Policier gentil versus répressif ?

La passe d’armes pourrait lasser.

Nous sommes de plus en plus nombreux à signaler une forme de violence sournoise qui affecte quelques formations de polices. Les commandants et les élus politiques concernés – indirectement – s’en défendent. Bien normal…

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

… si ce n’est cette propension à faire croire que notre intention serait de dénaturer voire de démanteler les forces de polices.

Voir article publié dans 24Heures du 10 juin 2017 : 24heures-Pichonnaz

Qui a suivi une seule heure d’un de mes cours connaît mes efforts à rendre nos polices plus fortes encore et mieux armées qu’elles le sont déjà. L’opposition du gentil policier au “robocop” nous égare. Puiser son élan, son enthousiasme et ses forces intérieures dans le profond respect de l’autre ne réduit en rien, pour un policier, sa dextérité et son action physique de coercition. Tout au contraire.

C’est que la dualité “policier prévenant – policier répressif” n’a pas lieu d’être. Ce faux débat entraîne nombre de susceptibilités vaines et le fond du fond finit par crever dans l’œuf avec son lot d’interprétations plus folâtres les unes que les autres.

La question de fond du fond

1. C’est quoi qui rend fort un policier civil d’État de Droit pour se défendre et défendre autrui, en proximité et résolution de problèmes comme en répression ?

Au lieu de répondre à cette question de fond, on nous rappelle, ce sur quoi j’insiste moi-même dans toutes mes pratiques : que sur le champ sécuritaire – attention, là encore, il est nécessaire de contextualiser le résultat de l’étude de l’Académie militaire rattachée à l’EPFZ auquel d’aucun se réfère – le taux de sympathie accordé à nos polices par notre population est excellent*, que cela me réjouit, que l’usage de la force policière est légitime et nécessaire, que les moyens tactiques, techniques et armés qui appuient la parole et le geste policiers doivent être les plus efficaces et les plus sophistiqués possibles, que la protection et l’autodéfense du policier est non seulement cruciale mais garante de notre démocratie… comme une plaidoirie que je fais mienne à toute occasion et chaque jour.

La « militarité »

Le terme est emprunté aux discours de nos voisins et amis français. Il trouve son essor linguistique en 2009 dans le transfert de la Gendarmerie du Ministère des Armées à celui de l’Intérieur. Chez nous, il sonne creux. Contrairement aux policiers nationaux ou municipaux, les gendarmes français disposent d’un statut militaire. En Suisse, les policiers patrouilleurs généralistes latins (y compris des services de Police Secours) que l’on surnomme parfois gendarmes (dans le canton de Vaud notamment) sont des policiers civils et l’ont toujours été. Je parlerais donc plutôt d’une forme de militarisation. Celle-là même qui squatte passagèrement et historiquement nos institutions de police à vocation et nature civiles.

Un étrange amalgame

Je persiste et signe. Sur un plan structurel, cette militarisation n’a rien à faire dans nos polices, ni du point de vue judiciaire ni du point de vue professionnel (au contraire du citoyen militaire en très grande majorité milicien). Pas les mêmes codes pénaux, pas les mêmes attributions politiques. Les rapprochements sont tendancieux. Ils font l’amalgame de deux forces diamétralement opposées. Deux forces qui méritent distinctions. Deux forces que le politique a volontairement organisées et légiférées séparément : l’une pour les temps de paix, l’autre pour les temps de guerre.

Passé cette confusion, il est parfaitement concevable et utile que certains modes organisationnels ou logistiques militaires puissent profiter à quelques opérations de polices – elles restent toutefois minoritaires  – comme celles liées au maintien de l’ordre par exemple.

Deux autres questions subsistent et ne sont toujours pas élucidées

2. La force policière est convoquée par quelles références de Droit ?

3. Non ou mal maîtrisée, la force policière peut devenir violence, donc faiblesse. Quand est-ce que la bascule s’opère ?

Ces deux dernières questions complètent la première. Pour notre population, les références et les maîtrises policières sont invisibles – contrairement à la présence uniformée dans nos rues – inconnues ou incomprises. Pour ces raisons et en sa qualité de bénéficiaire, notre population est en droit d’examiner et d’évaluer le comportement de ses polices de service public. Ce à quoi s’appliquent des chercheurs universitaires et des experts (indépendants ou non ?), députés ou observateurs.

Quelles références de fond du fond ?

Réponse : l’assermentation à la Constitution fédérale et de surcroît, cantonales. Préambule, extrait : « … sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres… ».

Que dire et que penser si durant sa formation, un aspirant policier, qui se prédestine à porter assistance au plus faible, est moqué, insulté et bafoué, que sa dignité psychique est violée, que son physique et son genre sont discriminés ?

Quelles maîtrises ?

Réponse : la devise « Servir et protéger » dans la proportionnalité de l’usage de la force, de la contrainte et de la privation momentanée de liberté et la non discrimination négative (le profilage, appelé aussi discrimination positive, sur signalements professionnels étant naturellement admis) dans le déploiement discrétionnaire et d’opportunité. Ces dosages sont subtils et exigeants. Pas toujours faisables. Je suis le premier à comprendre et à soutenir l’agent dans l’erreur, la fatigue ou la frustration. Mais diable, que les corporations de police instaurent des lieux de vidage et de réhabilitation, quelles s’ouvrent davantage aux compétences externes et reconnaissent leurs écueils. Taire les discriminations, comme c’est encore le cas aujourd’hui au sein de certaines institutions, laisse présager des formes de démissions multiples de policiers démotivés qui abandonnent la profession ou se contentent de faire figuration.

“Comment faire pour ne pas se confondre aux attitudes criminelles que l’on combat de toutes ses forces si je ne veux pas sombrer à mon tour dans la revanche et la violence ?”  Me confiait la semaine passée un policier cantonal romand sous-officier supérieur expérimenté.

La réponse à ces questions s’étend sur une génération au moins. Elle a nécessité des critiques extérieures aux institutions de police, des efforts de transparence, une bonne dose de remise en question, de la coordination fédérale et finalement l’élaboration d’un nouveau Brevet fédéral (instauré en 2004). Cette réponse tant attendue laisse envisager de futurs cursus de formation inscrits en Haute École Spécialisée de sécurité publique civile, d’une durée de 3 à 4 années et entrecoupées de formations pratiques (stages) à l’image des autres professions.

Commencer par dire NON !

Ne pas pouvoir répondre d’emblée à ces trois questions nous convie, pour le moins, à proclamer un NON ferme au spectre de l’autoritarisme et de la discrimination à chaque fois qu’il pointe son museau, qu’il souille notre Constitution et qu’il incite nos policiers au contre exemple.

 

 

 

* Extrait du rapport 2017 du centre d’études des questions de sécurité et de l’Académie militaire de l’EPFZ – Zurich sur le sentiment et la perception de la sécurité des Suisses.

« La confiance moyenne générale a significativement progressé en 2017 et est aujourd’hui supérieure à la moyenne enregistrée depuis de nombreuses années (6.3, 2017: 6.7, +0.1 par rapport à 2016). La police (7.9) continue de bénéficier de la plus haute confiance, suivie des tribunaux (7.4) et du Conseil fédéral (7.1) en troisième place. L’économie suisse (6.8), l’armée (6.8) et le parlement (6.6) se situent en milieu du peloton. Les partis politiques et les médias (avec 5.5), relégués au bas du classement, sont les institutions auxquelles on accorde le moins de confiance. Par rapport à l’année précédente, on accorde toutefois plus de confiance aux médias en particulier et aux partis politiques dans une moindre proportion. »

 

TRIAL, Public Eye, ONGs de police

L’ONG Trial International ou encore Public Eye s’apparentent à de véritables organismes policiers indépendants.

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La récente distinction universitaire du fondateur de TRIAL International, Philip Grant (Dr – Unige), nous rappelle l’œuvre courageuse et laborieuse qu’accomplit l’organisation qu’il dirige. Une telle organisation est comparable à une Startup de police.

Cinq régies définissent le travail policier

Les principes de base – hormis les exceptions dictées par le pouvoir judiciaire ou quelque forme d’état d’urgence et de préservation de la sécurité de l’État – qui régissent les missions de toute police d’État de Droit sont :

  1. Respect de la présomption d’innocence. Seule l’autorité judiciaire statue la culpabilité.
  2. Respect de la sphère privée.
  3. Conduite au procès le plus équitable possible. C’est la raison pour laquelle les polices sont chargées d’établir, par le travail d’enquête, les faits, les preuves et de définir les meilleurs signalements, indices, arguments et dossiers à l’adresse des juges.
  4. Énoncé des motifs de l’interpellation ou de l’arrestation momentanée, appelée garde-à-vue en France.
  5. Respect inconditionnel de l’intégrité physique, psychique et morale de tout individu en toutes circonstances.

En Suisse, il existe déjà une très large diversité policière

Toute autorité reconnue et assermentée qui applique l’une ou plusieurs de ces cinq régies engendre un acte policier. Que ce soit par le contrat privé d’une assurance, l’autorisation de construire un bien immobilier, la régulation d’un territoire et d’une temporalité de chasse de la faune, la préservation d’un patrimoine, la protection des eaux, l’officialité civile d’un mariage, la conduite d’un véhicule à usage public, le respect des normes d’hygiène ou encore l’inspection du droit au travail. Toutes ces prestations, non exhaustives, sont délivrées par des officiers d’État civil ou des notaires ou des inspecteurs assermentés et dotés de pouvoirs policiers et de représentation des autorités. Selon les cantons, ces fonctionnaires sont d’ailleurs dénommés officiers ou agents de police. Tous portent sur eux une carte de légitimation policière aux prérogatives plus ou moins étendues.

Les ONGs apparentées aux polices

Qu’en est-il des ONGs telles que Trial International ou Public Eye, qui, pour partie, agissent dans l’intérêt des régies policières décrites plus haut ?

Sont-elles apparentées aux polices usuelles ?

Selon moi, il ne fait aucun doute que de telles organisations contribuent de manière existentielle au travail de nos polices. Lorsque l’organisation TRIAL porte plainte contre l’ancien chef de la police du Guatemala ou que Public Eye dresse un dossier circonstancié sur les agissements douteux d’une société de négoce, l’une comme l’autre favorisent et facilitent la tenue de procès équitables et, in fine, le maintien de la justice et de la paix.

Félicitations à ces équipes performantes qui agissent comme de véritables polices !

 

 

Lâcher le formel pour convaincre

Vous êtes nombreux à me questionner sur les interprétations du « formel » en police.

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“Est-ce vraiment nécessaire d’user de tant de discipline, de “garde à vous !” et de mises en rang dans nos formations de police ?”

“Une pléthore de grades nous empêche d’agir spontanément.”

“Dans l’exercice de notre fonction, ne devons-nous pas improviser à tout instant et prendre de nombreuses initiatives ? C’est tout le contraire d’un esprit soumis au formel… non ?”

“Ne dit-on pas qu’un bon policier doit être souple et léger ?”

“Pourquoi surenchérir dans la chaîne des ordres et des protocoles ? Nous ne sommes pas des militaires qui nous préparons à la guerre… “

Un antagonisme

D’une part, il y a cette nécessité du formel imposée par la guerre et, d’autre part, il y a notre liberté, gage de toute paix durable. L’état de guerre implique, malheureusement, une forte discipline et une stricte hiérarchie. Notre survie de soldat incorporé peut en dépendre. En situation de paix, au contraire, le formel étouffe les initiatives, les remises en question et l’imagination. Pourtant ces dernières facultés sont indispensables à la résolution des problèmes que les policiers rencontrent au quotidien.

L’incroyable histoire de l’officier russe, Stanislav Petrov, qui, par son libre arbitre, évita la guerre (en septembre 1983), démontre l’importance de renoncer au formel en situation de paix. Voir le sujet développé par Luis Lema dans le quotidien Le Temps du 19 septembre 2017 en activant ce lien. Cet ancien Lieutenant-colonel russe empêcha une guerre qui aurait été dévastatrice. Extrait de l’article : « …à l’inverse de ses collègues, tous issus des écoles militaires, Stanislav Petrov avait été formé dans le civil, ce qui le rendait un peu moins enclin à suivre aveuglément les ordres.»

Faire un choix

Nous nous trouvons donc devant un choix à faire : conserver le formel pour nous préparer à la guerre ou réduire le formel pour maintenir la paix. Il y a dans ce dilemme deux écoles de pensée, deux aspirations, deux codes pénaux et deux organisations judiciaires.

L’expérience diplomatique suisse

Voici ce que me confiait récemment une chercheuse et ancienne fonctionnaire fédérale en charge de négociations interétatiques :

« Plus il y a de formel, de formalités, plus le cadre est stricte, moins il y a de sincérité, de spontanéité et de projets qui en résultent. Moins il y a d’espace pour bouger et moins d’engouement dans les prises de décisions novatrices. D’où l’importance de lâcher le formel pour convaincre.

Le but des rencontres formelles ? Elles permettent d’étouffer toute velléité et d’éviter les gaffes ministérielles. »

Moins de formel et nos polices seront plus fortes. Les talents qui les composent pourront éclore.

 

Remerciements

J’en profite pour remercier celles et ceux, la plupart policières et policiers – ils se reconnaîtront – qui me font régulièrement part de leurs suggestions.

Tel fut le cas pour ce 56ème blog.

Appel

Dans le prolongement de cette thématique liée au formel, plusieurs d’entre vous m’ont suggéré d’explorer le suréquipement policier mais aussi les insignes ainsi que les tatouages affichés ou non dans les métiers de sanction. Si vous détenez des sources sérieuses et objectives en la matière, je suis preneur.

Non à la peine de mort !

La peine de mort entrave le long et minutieux travail de la police. A son insu, cette dernière se voit soudain privée de toute remédiation possible.

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Une exécution capitale est non seulement un gravissime autogoal pour l’État de Droit mais représente aussi un cinglant revers dans l’évolution des enquêtes policières. N’oublions pas que nos polices sont codétentrices des archives pénales (au côté de l’autorité judiciaire). Une peine capitale et irréversible signe le désaveu de toute détermination policière dans les investigations criminelles.

Sauver des vies avant tout !

Nous le savons tous, une personne peut être condamnée à tort. Or, il est de plus plus fréquent, aux États-Unis notamment, de voir surgir, par le fruit du hasard, le regroupement d’affaires judiciaires et les progrès technologiques, de nouvelles preuves de culpabilité ou d’innocence. C’est à ce stade précis qu’interviennent les polices douées de compétence criminalistique et de persévérance pour ré-ouvrir certains dossiers et, in fine, libérer des individus du couloir de la mort, parfois bien des années après leur condamnation.

L’intention policière de « servir et protéger », à commencer par le plus faible, détermine les règles (ou régies policières) permettant de respecter toute loi démocratique. Condition sine qua non pour se voir conférer en sa qualité d’agent de police, sous assermentation, les deux pouvoirs exclusifs et exceptionnels que sont la coercition et le discrétionnaire. L’interpellation ou l’arrestation provisoire ne sont, à ce stade, que des conséquences.

Les régies policières ?

Au nombre de cinq et universellement admises en procédure judiciaire :

  1. Le respect de la présomption d’innocence.
  2. Le respect de l’intégrité physique, morale et psychique.
  3. Le respect de la sphère privée.
  4. L’énoncé des motifs d’interpellation et de privation de liberté momentanée (garde à vue) à la faveur de tout individu concerné.
  5. La conduite – ou l’amenée – au procès équitable (le policier établit les circonstances, les faits, les preuves, les témoins et les indices pour soutenir le déroulement d’un procès dont il/on espère l’issue la plus juste possible).

Actualité

Le travail des polices ne devrait jamais s’interrompre, même après une condamnation définitive par les tribunaux. Comme le démontre la suspension – quatre heures avant son exécution par injection létale -, mardi passé 22 août 2017, de la mise à mort de cet homme noir âgé de 48 ans dans l’État américain du Missouri. Condamné à la peine capitale en 2001, pour avoir tué une femme, des molécules ADN le sauvent in extremis. La récente analyse génétique a révélé que les traces trouvées sur l’arme du crime n’étaient pas les siennes. De plus, il s’est avéré que les témoignages recueillis à l’époque n’étaient pas fiables.

Découvrir, ici, d’autres cas innocentés (RTS info – 2014).

Policiers déterminés

Ils sont de plus en plus nombreux les policiers nords-amériains qui entreprennent de dépoussiérer, y compris sur leur temps libre, de vieux dossiers ou d’anciennes condamnations. Ils ont raison. La consécration du métier de policier consiste bel et bien à libérer les individus, leur opinion, leur mobilité et non à les détenir.

 

Les crimes contre l’environnement 2/2

Le concept de préservation de la nature à l’égal d’une personnalité juridique gagne les consciences. De plus en plus de gouvernements locaux, régionaux et nationaux s’engagent à faire respecter l’intégrité des éléments naturels ainsi que leurs habitants à l’exemple d’une trentaine de villes et Comtés Étasuniens, de la Nouvelle-Zélande, de la Bolivie, de l’Équateur, du Mexique, etc.

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Deuxième partie succédant au blog précédent : La police environnementale du 4 août 2017

En 2010, la juriste britannique, Polly Higgins, postule la reconnaissance du crime d’écocide. Elle a ainsi proposé à la Commission du droit international des Nations Unies que les crimes contre l’environnement composent le cinquième crime contre la paix aux côtés des crimes contre l’Humanité ou des crimes de guerre. Postulat que partage la juriste française Valérie Cabanes.

Les crimes contre l’environnement

Une définition qui progresse et s’émancipe

En l’an 2000, un rapport du gouvernement américain précise que l’atteinte à la nature par le biais d’une activité criminelle s’applique notamment au commerce d’animaux, à la pêche abusive et illégale, à l’exploitation sauvage des forêts, au commerce de matières précieuses en filières criminelles, à l’exploitation de matières nocives et à toutes pollutions par déchets et trafic de déchets, le tout à des fins financières.

Selon Interpol et d’autres sources concordantes comme la DGSE France, les revenus liés au trafic criminel des espèces et des biens naturels sont colossaux. Par exemple, les commerces d’essences de bois protégées atteignent la proportion d’un tiers du marché global et mondial. Cette activité illégale représente environ 30 milliards de dollars par année. La pêche interdite, quant à elle, rapporte environ 23 milliards de dollars. Les mafias (d’origine italiennes) ne sont pas en reste puisqu’elles généreraient 27 à 30 milliards de dollars uniquement dans l’évacuation des déchets toxiques à destination de pays d’Afrique ou d’autres contrées défavorisées. Enfin, le trafic d’espèces sauvages rapporterait 20  milliards de dollars par an.

Des précédents pour agir

Depuis le 15 septembre 2016, le tribunal international de La Haye*, aux Pays-Bas, peut enfin traiter les affaires qui lient la destruction de l’environnement aux violations des droits de l’homme. « La procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a annoncé l’élargissement de son champ d’action, pour la première fois, à certains crimes environnementaux. Désormais, la Cour, qui juge entre autres des affaires de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, s’intéressera également aux crimes liés à «l’exploitation illicite de ressources naturelles», à «l’appropriation illicite de terres ou à la destruction de l’environnement».

Pour Gillian Caldwell, directrice de l’ONG Global Witness, «cette décision montre que l’âge de l’impunité arrive à sa fin. Les dirigeants d’entreprises et les politiciens complices de l’expropriation de terres, de la destruction des forêts tropicales ou de la pollution de sources d’eaux pourraient bientôt se trouver assignés en justice à la Haye, aux côtés de criminels de guerre et de dictateurs. L’aide de la Cour pénale internationale pourrait permettre d’améliorer la vie de millions de personnes et de protéger des écosystèmes dans un état critique.»

Source de ce dernier paragraphe : Aude Massiot pour Libération le 16 septembre 2016

(Photo libre de droit)

Note

* Pour qu’un crime puisse être jugé par le Tribunal de La Haye, il doit avoir eu lieu après le 1er juillet 2002 dans un des 139 pays qui ont ratifié le statut de Rome ou que le prévenu soit originaire d’un de ces pays, ou encore que l’affaire soit transférée par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Pour en savoir plus :

Un procès en cas d ‘école

Le dernier ouvrage de Valérie Cabanes

Radio émission Prise de terre

 

Malaise policier…

… l’urgence de lieux de vidage libres, neutres et indépendants

« Vos petits malheurs, je m’assieds dessus » clamait haut et fort (à l’adresse de tous les policiers présents), il y a à peine dix ans, le chef d’une police romande lors de son bilan annuel. Autre lieu : la Police cantonale vaudoise; à en croire les propos de son commandant, qui s’exprimait dimanche soir 18 juin 2017 sur RTS – Mise au point (sujet de Marie Abbet), la prise en considération de l’épuisement professionnel a bien évolué.

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Le burn-out des policiers

Au moins cinq causes ont été identifiées par les services de psychologie de plusieurs polices suisses. L’ordre d’importance varie selon les cas.

  1. Des processus d’enquête et administratifs toujours plus complexes.
  2. Un environnement institutionnel oppressant – hiérarchie et voies de service – qui empêche ou étouffe la remise en question.
  3. Les causes extérieures – souvent inhérentes à la fonction de policier – se traduisant par des violences ou incivilités. Y compris les évènements critiques, à petite ou grande échelle “… qui sont une part non négligeable du stress des professionnels à risques” dixit Martine Bourquin, psychologue et ancienne déléguée du CICR.
  4. Des situations familiales et personnelles instables et/ou changeantes.
  5. Le manque d’effectif (variable selon les organisations).

« J’ai l’impression que parfois nous souffrons de schizophrénie. C’est mal vu dans le job de parler de nos problèmes alors on prend sur nous » « Les autres, les étrangers, les asociaux deviennent nos boucs émissaires… » « Depuis l’introduction du Brevet fédéral (en 2014 ndlr.), on nous a mis à disposition des intervenants extérieurs pour relayer nos critiques. Mais, le problème, c’est que lorsqu’ils se sont exprimés, on a tout renié… ch’ais pas… on ne veut pas se voir dans le miroir… on est trop fier… bon, on nous a aussi formaté comme ça… »

(Extraits de témoignages recueillis en analyse des pratiques professionnelles et en formation continue dans le cadre du Diplôme supérieur de policier (Brevet fédéral II) et en formations continues internes au sein de trois corporations romandes, l’une cantonale, l’autre municipale et la dernière régionale, de 2009 à 2014)

Les hostilités exogènes

Force est de constater que nous sommes impuissants face aux comportements indignes de certains groupuscules à l’encontre de nos représentants d’État, qu’ils soient urgentistes sanitaires, régulateurs téléphonistes ou agents de police. Je pourrais encore évoquer, ici, les conditions de travail des agents pénitentiaires qui agissent en milieu fermé mais qui subissent aussi des pressions. Toutes ces violences sont inacceptables. Néanmoins, nous devons les distinguer des formes de contestation (dans la limite égale) de l’autorité auxquelles nous assistons depuis deux ou trois décennies. Ces dernières, comme autant de revendications, sont, de manière générale, profitables à la société et préviennent, le cas échéant, certains abus des pouvoirs institutionnels.

“C’est le sujet qui fâche, le grand dilemme, l’ambiguïté parfaite…” me signalait l’autre jour un chef opérationnel alémanique. Il complétait : ” Un ambulancier, peut-il se plaindre des accidents ? Un policier, peut-il se plaindre des hostilités ? Quelle proportion ? Quelle limite ? Tant de nos jeunes (aspirants policiers ndlr.) n’attendent que la fin de leur formation pour batailler en rue…”

L’exemple du corps médical

Le corps médical profite aujourd’hui de l’augmentation des savoirs et des exigences de ses patients. Il profite de leurs revendications et de leur autonomie grandissante pour renforcer les liens relationnels et élaborer des diagnostics plus précis. Le directeur de l’institut universitaire de médecine de famille du CHUV s’exprimait sur les ondes de la RTS radio La Première le mardi 13 juin 2017. Il n’hésite pas à reconnaître une part de responsabilité et à trouver que son propre enseignement n’est pas assez bon. Ces remises en question sont rares dans les milieux policiers. La tendance est plutôt d’imputer les tiers.

La société est en pleine mutation pour tous et impacte tous les secteurs professionnels.

Il est donc nécessaire, selon moi, de critiquer les institutions, leur fonctionnement afin d’épargner autant que possible les membres individuels.

Briser le tabou !

Des lieux de vidage dans toutes les polices

De l’avis même des policiers praticiens que je croise jour après jour, la création de lieux de vidage représenterait un réel progrès.

De tels lieux pourraient offrir de nombreux avantages.

Voici cinq exemples :

  1. Le policier pourrait sortir son « joker professionnel » et éviter, à terme, une erreur pouvant se dégrader jusqu’à la faute avec son risque de bavure.
  2. Le policier pourrait sortir son « joker » à l’abri du regard de ses collègues et des mesures de qualification de sa hiérarchie.
  3. Le policier pourrait mieux maîtriser son destin professionnel, renforcer son autonomie et développer ses propres résolutions… sans attendre, parfois des mois durant, l’aval d’une dizaine de chefs successifs.
  4. Le policier pourrait bénéficier d’un diagnostic psychosocial neutre et indépendant.
  5. L’institution pourrait, quant à elle – enfin -, compter sur d’objectives statistiques afin de prévenir sérieusement les discriminations, les incapacités et dysfonctionnements opérationnels consécutifs aux formes d’épuisement professionnel.

 

Devenirs policiers. Pleine actualité !

London Bridge

Plus que jamais – après le troisième attentat meurtrier, en moins de trois mois au Royaume-Uni, ce 3 juin passé sur le London Bridge* – il est nécessaire d’incarner nos valeurs démocratiques et d’expertiser nos résistances morales et structurelles le long de la chaîne sécuritaire civile suisse.

(3 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

La moitié des maillons de cette chaîne sécuritaire concernent des services de polices. Dans notre pays, on en dénombre une vingtaine. Ils sont logés au sein d’environ 80 institutions (fédéralisme) et animés par plus de 120 métiers ou perfectionnements professionnels (de l’enquêteur-îlotier au spécialiste explosifs en passant par l’inspecteur judiciaire). J’entends par “services” aussi bien ceux des renseignements fédéraux que ceux réunis dans les réseautages de proximité de nos polices municipales.

Les services sécuritaires militaires, quant à eux, en temps de paix, ne sont que partiellement mobilisés pour des tâches auxiliaires et de soutien aux forces de l’ordre.

D’un bout à l’autre de la chaîne

J’ajouterais que cette chaîne, aussi solide que puisse offrir son apparence, reste vulnérable. Notamment lorsque ses tous premiers maillons en charge du recrutement et de la formation des aspirants policiers présentent de sérieuses lacunes. Car auprès de ces derniers seront déléguées nos capacités exécutives de prévention de nouveaux attentats mais aussi de protection et de lutte contre leurs méfaits.

Un long et patient travail de proximité physique dans les quartiers d’habitation et sur les réseaux sociaux câblés permet le démantèlement des groupuscules terroristes en Europe. Il est donc crucial que nos futurs policiers puissent acquérir les aptitudes et les outils nécessaires à la détection de toute radicalisation meurtrière durant leurs formations de base.

Un livre vient de paraître et nous offre l’occasion de nous pencher sur la formation de base du policier.

Devenirs policiers : un livre qui éclaire !

L’ouvrage Devenirs policiers aux éditions Antipodes du sociologue David Pichonnaz, issu de sa thèse de doctorat, apparaît comme une oasis de verdure dans le désert de la littérature policière scientifique de Suisse romande. L’auteur décrypte la formation et le parcours de celles et ceux qui rejoignent la force publique en Suisse romande. L’étude de terrain est basée sur une immersion dans une école de police et sur des entretiens approfondis menés avec des policières et des policiers fraîchement entrés dans le métier.

Extrait du communiqué de presse du 10 mai 2017 à Lausanne :

“…

Une profession en tensions

Dans le monde policier romand, les matières traditionnelles d’exercer le métier se trouvent mises en questions par des policiers que l’on peut qualifier de “réformateurs”. Ils ont pour projet de changer la police, se servant de la formation comme outil de réforme. Ces acteurs défendent une vision large des objectifs et compétences des policières et policiers…

Une formation marquée par la violence

Grâce à des séjours répétés effectués au sein de l’Académie de police de Savatan et des entretiens menés avec des formateurs dans toute la Suisse romande, l’auteur montre que ces efforts réformateurs se trouvent face à de nombreux obstacles, à commencer par la présence d’autres formateurs enseignant des modèles professionnels largement plus traditionalistes.

…”

Trois questions à David Pichonnaz

Rencontre de visu effectuée en date du 1er juin 2017 à Lausanne :

1. Monsieur Pichonnaz ; comment la parution de votre livre – au titre évocateur – est-elle accueillie et perçue ?

– Je me suis rendu compte que les activités policières et leurs enjeux soulevaient un intérêt important de la part du public. Mais, par ailleurs, je regrette que beaucoup d’études qui traitent des polices et de leurs activités restent confidentielles. Les chercheurs devraient davantage communiquer et diffuser plus largement leurs résultats, entre universités et institutions de police notamment.

2. Dans votre travail, vous relevez une nette différence entre les matières traditionnelles (ex. actions tactiques, maintien d’ordre, etc.) et réformatrices (ex. psychologie, éthique relationnelle, etc.). Quelle est donc cette différence ?

– Les matières que j’appelle réformatrices sont moins valorisées, moins légitimées dans la formation. Leur enseignement est essentiellement assuré par des femmes, des intervenants de l’extérieur et quelques hauts gradés. Aux yeux des aspirants, ce sont les membres des unités spéciales, par exemple, qui sont la référence. Je me questionne donc sur la pertinence d’une formation qui est si éloignée de la réalité du métier, avec une place si faible allouée aux savoir-faire relationnels.

3. Vous affirmez donc que la formation du policier romand est en décalage avec la pratique du métier ?

– En effet, elle est très centrée sur les usages de la force et de la contrainte. Alors que les études empiriques sur le travail policier montrent que l’essentiel des tâches policières sont d’ordre relationnel. De plus, comme certains cadres policiers le défendent, on peut penser que plus on est formé à l’usage des outils coercitifs, plus on risque de s’en servir souvent. Ainsi, de nombreux outils alternatifs, comme la médiation, la négociation ou la persuasion, sont rendus peu visibles par une formation qui se concentre sur la coercition.

 

Compléments écrits et audio-visuels

à lire :

Devenirs policiers communiqué de presse du 10 mai 2017

Article de Sylvie Arsever Le Temps du 28 mai 2017

à écouter :

Émission radio RTS Espace2 « Versus penser » du 10 mai 2017 ou/et émission radio RTS La Première « Tribu » du 2 juin 2017 sur RTS ou fredericmaillard.com

 

*Attentats au Royaume-Uni en 2017

Le 22 mars 2017, un homme à bord d’une voiture fonce sur des passants sur le pont de Westminster à proximité du Parlement Britannique à Londres, avant de poignarder un policier à l’intérieur du Parlement Britannique. Cinq morts (dont le policier) et au moins cinquante blessés. Cette attaque a eu lieu un an jour pour jour après les attentats de Bruxelles qui ont provoqué la mort de trente-deux personnes.

Le 22 mai 2017, un attentat-suicide fait au moins vingt-deux morts et cent seize blessés à la sortie du concert de la chanteuse américaine Ariana Grande dans la ville de Manchester. Les victimes sont pour la plupart des jeunes femmes, des adolescentes ou des enfants.

 

Délit de faciès : rien à signaler ?

L’enquête intitulée L’emploi de la gueule dans l’émission map – mise au point de la RTS-TV du dimanche 9 avril passé (2017) démontre le peu de capacité qu’ont certaines corporations policières à se remettre en question.

Ici, accès direct à la vidéo du reportage RTS map

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

C’est l’incapacité institutionnelle à reconnaître les dysfonctionnements inhérents à la fonction qui autorise (ou encourage ?) implicitement les comportements indignes de certains policiers.

Tout le monde le sait, la méchanceté est humaine et s’infiltre partout, y compris au sein des plus honorables polices. L’ultime question reste de savoir si nos polices profiteront de leurs erreurs pour progresser ? Comme l’a fait le monde médical hospitalier depuis deux décennies et comme doit le faire l’église catholique romaine depuis peu, ayant reconnu – enfin – son silence complice face aux exactions commises par plusieurs de ses représentants.

Pourquoi dénoncez-vous ces discriminations policières alors qu’elles sont minoritaires ?

Frédéric Maillard. “Dans mes réponses, je me concentrerai volontairement sur les effets néfastes pour les policiers et leurs corporations. Tel est mon dicastère. Il y aurait beaucoup à dire quant aux préjudices vécus par les victimes. Heureusement, des avocats s’en chargent et sont mieux outillés que moi. De manière générale, les quatre-vingts plus importantes institutions policières suisses sont fiables et respectables. Néanmoins, nous aurions tort de croire que nous sommes à l’abri de détériorations professionnelles. Ce, malgré les exigences du Brevet fédéral de policier avec ses cours obligatoires sur le respect de l’intégrité des personnes. Depuis deux ans, j’enregistre même une recrudescence des violences verbales et physiques. Les déclarations et les faits relatés et produits durant certaines interpellations et auditions le confirment. Je rappelle, ici, que ce sont des policiers, eux-mêmes, qui m’alertent au moins chaque semaine sur ce qu’ils considèrent comme une dégradation de leur pratique professionnelle.”

Est-ce utile ?

FM. “Je constate tous les jours que les polices les plus progressistes et les plus ouvertes aux apports pluridisciplinaires et extérieurs ne craignent pas la critique. Leurs hiérarchies me confient combien il leur est utile d’être interpellées sur leurs dysfonctionnements. Ces polices ont la volonté de maintenir le plus haut niveau de professionnalité comportementale. Pour les autres corporations, plus ou moins déviantes, je dirais plus qu’utile : nécessaire. Car ces dernières ne prennent pas suffisamment en compte les attitudes discriminantes de certains de leurs agents. Attitudes qui se traduisent par l’injure, le mépris et l’abus de pouvoir. La problématique dépasse souvent la responsabilité de la personne physique individuelle. Par capillarité, c’est toute la profession qui en pâtit. Une corporation ultra-hiérarchisée et soumise à de laborieux ordres de service qui tolère en son sein des dégradations relationnelles sans les avouer, les examiner ni les résoudre prend le risque de les normaliser.”

Les aumôneries : justifiées ou alibi ?

Les aumôneries suisses au sein des corps armés puisent leurs essences dans le service militaire étranger du 16 au 18ème siècle.

(2 minutes de lecture)

Un peu d’histoire…

Au 17ème siècle, malgré la révocation de l’édit de Nantes, la couronne française offrit aux soldats protestants suisses, mercenaires ou gardes, une franchise de culte. Le Roi Louis XIV était tolérant à l’égard des Suisses d’obédience réformée. Il leur autorisa le libre exercice de culte, faisant tout pour leur éviter injures et indispositions. Une ordonnance du Ministre de la guerre, Louvois, datée du 12 février 1687, prescrit même de remplacer les soldats protestants durant les processions du Saint-Sacrement catholique romain pour ne pas les exposer à d’insurmontables dilemmes de conscience. Les Corps suisses étaient, pour la majorité, mixtes et leurs aumôniers issus des deux principales confessions chrétiennes. Les uns et les autres vivaient paisiblement côte à côte. En plus d’accorder un soutien spirituel aux hommes, l’aumônerie jouait pleinement un rôle de modération institutionnelle. C’est à cette époque que fut saisie l’importance d’offrir aux aumôniers une autorité aussi forte que pouvait le prévoir l’échelle des grades militaires. Progressivement, les aumôniers se virent dotés de grades d’officier. Ils pouvaient ainsi contredire et contrevenir aux usages les plus néfastes de la discipline de guerre par la morale et la foi chrétiennes dont ils étaient dépositaires.

Plus tard, les religions israélites et musulmanes seront également représentées dans les rangs des armées modernes.

Des armées aux polices

Du monde militaire au monde civil policier, il n’y a qu’un pas.

Les premières polices civiles, dites de grands chemins, puis celles des villes et plus tard encore celles des gardiennages champêtres s’inspirèrent de cette cohabitation des églises avec les organisations militaires. Aujourd’hui, en Amérique du Nord ou dans de nombreux pays d’Europe, l’utilité des aumôneries se mesure à l’épreuve des deux principes suivants :

  1. Offrir une accessibilité et un soutien directs à toute recrue, aspirant ou agent de protection en exercice, sans nécessité ni obligation pour ces derniers de se soumettre aux ordres de service et à la voie hiérarchique.

C’est le principe de la voie directe, confidentielle et sans conditions.

 

  1. Les aumônières (de plus en plus de femmes sont nommées) et aumôniers bénéficient d’une gradation d’officier leur permettant de faire face aux hiérarchies usuelles.

C’est le principe de la contre-maîtrise.

Une aumônière ou un aumônier doit être officier (capitaine au minimum) et n’être soumis à aucune restriction institutionnelle.

Ces deux principes sont les garanties d’une aumônerie instituée sérieuse et efficace. Car, attention, il existe des services d’aumônerie qui ne remplissent pas ces critères et qui semblent avoir été créés dans le seul but de tromper les églises officielles et de séduire les politiques. Ces aumôneries de subterfuge ne disposent, en réalité, d’aucun pouvoir donc d’aucune utilité. Tout au plus complètent-elles le décorum ambiant, malheureusement sans honorer leur bien-fondé historique.

 

L’auto-maîtrise des policiers

Enfin, le débat s’ouvre au public.

(Le féminin est compris dans le texte – 3 minutes de lecture)

“Le débat contradictoire doit se loger au cœur du perfectionnement policier.” me confiait, il y a deux ans, un conseiller fédéral.

Il n’est pas dans les coutumes des policiers de s’expliquer, de s’excuser ni, par exemple, de revenir sur les lieux d’une intervention pour en justifier les raisons.

“C’est quand même pas de notre faute !” ou “Et, eux, tous ces voyous, vous ne les éduquez pas ?” sont les réponses types des quelques agents contrariés.

C’est à ce moment précis de l’exercice policier que doit intervenir la réflexion sur le comportement professionnel d’agent d’État, appelés aussi agent du service public.

Quatre préalables

  1. Distinguer les causes. Ce n’est pas parce que mes voisins sont malveillants que je devrais l’être aussi.
  1. Distinguer les références. Les casseurs, lors d’une manifestation publique, n’engagent pas directement l’État dans leurs propos et actes.
  1. Distinguer les branches du Droit. Le Droit privé en temps de paix ne dispose pas des mêmes contours que le Droit public.
  1. Distinguer les réponses. L’attente vis à vis d’un représentant d’État légitimé, assermenté et rémunéré par les soins du tout-public n’est pas comparable avec celle espérée d’un individu privé.

Je déplore les violences à l’encontre des agents d’État, policiers de surcroît. Je ne peux pas faire grand-chose face aux personnes physiques qui peinent à respecter les lois en vigueur. Je dois compter sur nos instances étatiques – comme les polices – et l’application du Droit et de la justice. Fort heureusement d’ailleurs… sans quoi je risquerais de glisser dans une spirale violente et incontrôlable.

Tout comme je déplore les discriminations ou indignités commises par nos agents d’État, policiers de surcroît. Par contre, dans ce cas, je peux beaucoup…

… en ma qualité de citoyen. Les policiers sont assermentés devant nos autorités qui me – et nous – représentent et devant le public-témoin auquel j’appartiens. Ces agents d’État portent sur leurs épaules l’écusson de ma commune, de ma région ou de mon canton. Ma responsabilité de citoyen est alors pleinement engagée.

… en ma qualité d’intervenant extérieur. Pour ma part, je contribue aux formations d’adultes des policiers et autres agents d’ordre et de sanction. Je crois à leur auto-maîtrise. Quand, ensemble – avec les policiers apprenants – nous examinons leurs cinq dernières interpellations, eux-mêmes se montrent sévères et exigeants. Ils ont raison. Une interpellation sur cinq est aujourd’hui perçue comme discriminante, dégénérescente ou insatisfaisante à leurs yeux et à l’aune de leurs propres critères professionnels. En soi, cette proportion n’est pas alarmante, notamment à la vue des complexités d’une intervention de terrain. Mais, elle est le résultat d’une lente dégradation, depuis deux ans, environ.

Pourquoi une telle détérioration ?

Entre autres, j’entrevois deux raisons principales :

  1. un contexte exogène menaçant, qui, de plus, est savamment entretenu par certains politiques ayant intérêt à flatter ou à apeurer leur électorat.
  2. Une distorsion entre certains policiers – les plus soucieux de vouloir bien faire, ai-je constaté… – et leurs institutions. Les connaissances et compétences des policiers, en Suisse, ont considérablement augmentées ces dix dernières années depuis l’introduction du Brevet fédéral. Elles renforcent ainsi leurs capacités de jugement, leur esprit d’initiative et leur autonomie professionnelle. Toutefois, dans certaines corporations, ces formes d’émancipations des individus se heurtent aux contraintes de service obsolètes et – toujours – fortement hiérarchisées. Le policier en question, frustré ou même désabusé, trouve alors dans certaines situations opérationnelles l’exutoire dont il a besoin, à défaut de pouvoir décharger la pénibilité de son travail dans l’institution elle-même.

“Vaut la peine de critiquer les institutions pour épargner les individus.” me rappelait, à toute cause, un de mes professeurs, expert en analyses institutionnelles.

Que faire alors ?

 A l’échelle de l’institution policière

  1. Reconnaître l’auto-maîtrise des policiers de terrain et développer leur critique analytique.
  2. Créer un organe de parole – ou de vidage – autour des dysfonctionnements, libre, neutre et indépendant, afin d’y recueillir des chiffres et des données objectifs et fiables. Le policier déviant déposera sa colère dans cet espace protégé plutôt que dans la rue.
  3. Former en continu. C’est déjà le cas. Mais, certaines formations sont trop peu ouvertes à l’introspection et à la pluridisciplinarité.

 A l’échelle de l’individu policier

  1. Être capable de résister, jusqu’à désobéir… à son ennemi intérieur. C’est refuser de se soumettre aux effets compromettants du groupe lorsque ceux-ci sont discriminants, c’est refuser l’inclinaison revancharde, expéditive et/ou violente; jusqu’à désobéir à son supérieur si ce dernier ne respecte pas les fondements de la Constitution qui garantissent la fonction de policier et la démocratie de notre pays.