En matière d’abus, seule l’enquête indépendante.

En matière d’abus et d’atteinte à l’intégrité physique, psychique et morale des personnes, seule l’enquête indépendante permet de connaître la vérité.

C’est valable dans tous les domaines d’activité.

L’église catholique romaine de France ne peut plus ignorer le cri des victimes de son clergé et de son personnel laïc.

Le rapport de la Commission Sauvé publié mardi 5 octobre 2021 – “un phénomène systémique ” prouve et démontre l’ampleur des blessures.

Déni et arrogance

Hier, j’ai travaillé en faveur de l’église catholique romaine. J’ai entendu, écouté et vu les abus. Je les ai dénoncés. Rien n’y fit. Le silence a tout emporté.

Les sports, les milieux hospitaliers, les médias, les écoles d’arts, et j’en passe… tous ces champs institutionnels ont connu et connaissent leurs révélations. Tous mettent en place des instances d’enquêtes indépendantes. Plusieurs y ont été contraints. Un seul champ se braque. Le plus emblématique : la police.

Le repli institutionnel est néfaste à la résolution des problèmes

Aujourd’hui, je travaille en faveur d’une vingtaine de corporations de polices et d’organisations de secours d’urgences comme les services d’ambulances ou les sapeurs-pompiers dont les apparentements organiques avec les polices sont si étroits qu’ils se confondent parfois.

Je constate que les fonctionnements qui prédestinent aux professions de secours d’urgence, de contrainte et d’ordre puisent dans des schémas assez proches de ceux de l’église catholique romaine : prédominance des mâles, forte hiérarchisation, uniformisation, rites, disciplines, obéissance aveugle, etc.

L’académie de police de Savatan sous le feu des critiques, juin 2018.

Seule la détection, l’enquête, le traitement et la régulation opérées par des instances indépendantes donnent des résultats !

Les services d’ambulances comme ceux des sapeurs-pompiers professionnels, les uns après les autres se remettent en question et s’engagent dans d’authentiques démarches de résolution des problèmes ; en confiant à des instances externes indépendantes leurs processus d’identification, de guérison et de réhabilitation.

La police, comme entité morale, quant à elle, persiste – toujours – à vouloir s’examiner toute seule. L’ultime question, à son sujet, dans les tourments de l’actualité, aujourd’hui, n’est plus de savoir pourquoi ? Mais, quand ?

Quand osera-t-elle appliquer ce qui la fonde et la légitime : la séparation des pouvoirs.

 

Frédéric Maillard

Frédéric Maillard, socio-économiste, accompagne les nouvelles gouvernances d’une dizaine de corporations policières suisses. De 2005 à 2015, il a analysé les pratiques professionnelles de 5000 agent-e-s. Depuis, il partage publiquement son diagnostic, commente l’actualité et propose des innovations. fredericmaillard.com

7 réponses à “En matière d’abus, seule l’enquête indépendante.

  1. Je suis en total désaccord avec vous.

    Le corps de police est le plus sanctionné, le plus surveillé et le plus exemplaire de toutes les administrations publiques.

    Vous exprimez une opinion publique. J’espère que les politiciens ne vous écouteront pas. Ils auraient tort.

    Je sais que vous ne publierez pas mon commentaire, comme d’hab. Je renonce donc à argumenter plus en détail.

    1. Il me semble au contraire que l’article enfonce des portes ouvertes. Votre commentaire est emblématique de l’incapacité d’un groupe à se remettre en question si sa perception est que le résultat du questionnement pourrait nuire à son image.
      Sur ce point je peux vous rassurer, si la police arrive à faire de l’ordre dans ses rangs sa perception par le public n’en sera que meilleure. La confiance se mérite, et il suffit de peu de brebis galeuses pour la perdre.

      1. Le public a dans son écrasante majorité une excellente perception de la police, car il perçoit bien l’engagement et la discipline de ce corps.

        On parle du contrôle et de la remise en questions des journalistes du service public?, des juges?, des politiciens?, des fonctionnaires?, …

        Je comprends l’idée politique derrière la proposition de saper l’esprit de corps des policiers au nom de vagues concepts pompeux. Je ne la partage pas.

        #jesoutienslapolice

    2. Bonjour Madame, Monsieur,

      Les opérations de nos polices sont très appréciées de la population. Les études de sympathie et de satisfaction le prouvent. Cela me réjouit et m’enchante. C’est une des raisons de mon engagement. Mais, lorsque l’on bénéfice d’un tel niveau de prestation publique, il est nécessaire de le maintenir, de prévenir toute détérioration. Il n’y a pas de raison que nos polices ne puissent pas profiter d’un service de régulation externe et indépendant. Nombreux sont les policiers qui le réclament. Enfin, je constate que les critiques extérieures à l’encontre de certains dysfonctionnements de nos polices renforcent l’esprit de corps. Par contre, ce qui fragilise ce même esprit de corps, ce sont les critiques internes, couvées, à moitié étouffées, celles qui me sont rapportées lors des formations continues que je dispense par exemple et que je répercute notamment sur ce blog car les policiers ne sont pas autorisés à le faire et ne disposent pas d’espace dans lequel ils pourraient vider leurs sacs.

      1. Service de régulation externe et indépendant = ?

        Il est impossible de garantir l’indépendance, alors que pour postuler à ce service, il faudrait une formation. Et quel type de personne se lévèra un jour à 18 ans pour entamer une formation pour enquêter et instruire exclusivement et durant toute sa carrière sur des policiers ?

        Le principe même de ce service indépendant est un motif légitime de doute. Car, rassurez-moi, vous défendez au moins que les enquêteurs “indépendants” de ce service externe disposeraient d’une formation professionnelle équivalente à celle d’un policier? et qu’ils garantiraient aux policiers les mêmes droits que ceux des criminels de droit commun ?

        Et si votre solution est d’engager d’ex policiers pour enquêter sur des policiers… cela restera des policiers qui enquêtent sur des policiers. Pourquoi changer alors ?

        En réalité, ce que les policiers critiquent, c’est à mon humble avis le manque d’implication des procureurs. Les procureurs devraient prendre plus de tâches directement en personne lorsque le prévenu est un policier.

        Et si les policiers veulent vider leurs sacs; ils peuvent demander l’aide d’un.e psy (pour le psychosocial) ou les procureurs (pour les dénonciations).

        Le système actuel est bon.
        Sa faiblesse tient uniquement au fait que les procureurs ne le défendent pas activement dans les médias. L’interview récente du procureur général du canton de Vaud était lamentable à cet égard.

  2. Bonjour,

    Je rejoins Monsieur Maillard, car il me semble en effet que l’on ne peut être juge et partie au sein d’une même organisation, a fortiori au sein de la police, qui est emblématique des valeurs d’une société.

    Je vous remercie pour vos chroniques que je lis toujours avec intérêt, car elles donnent à réfléchir, à penser, à se questionner.

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