Les aumôneries : justifiées ou alibi ?

Les aumôneries suisses au sein des corps armés puisent leurs essences dans le service militaire étranger du 16 au 18ème siècle.

(2 minutes de lecture)

Un peu d’histoire…

Au 17ème siècle, malgré la révocation de l’édit de Nantes, la couronne française offrit aux soldats protestants suisses, mercenaires ou gardes, une franchise de culte. Le Roi Louis XIV était tolérant à l’égard des Suisses d’obédience réformée. Il leur autorisa le libre exercice de culte, faisant tout pour leur éviter injures et indispositions. Une ordonnance du Ministre de la guerre, Louvois, datée du 12 février 1687, prescrit même de remplacer les soldats protestants durant les processions du Saint-Sacrement catholique romain pour ne pas les exposer à d’insurmontables dilemmes de conscience. Les Corps suisses étaient, pour la majorité, mixtes et leurs aumôniers issus des deux principales confessions chrétiennes. Les uns et les autres vivaient paisiblement côte à côte. En plus d’accorder un soutien spirituel aux hommes, l’aumônerie jouait pleinement un rôle de modération institutionnelle. C’est à cette époque que fut saisie l’importance d’offrir aux aumôniers une autorité aussi forte que pouvait le prévoir l’échelle des grades militaires. Progressivement, les aumôniers se virent dotés de grades d’officier. Ils pouvaient ainsi contredire et contrevenir aux usages les plus néfastes de la discipline de guerre par la morale et la foi chrétiennes dont ils étaient dépositaires.

Plus tard, les religions israélites et musulmanes seront également représentées dans les rangs des armées modernes.

Des armées aux polices

Du monde militaire au monde civil policier, il n’y a qu’un pas.

Les premières polices civiles, dites de grands chemins, puis celles des villes et plus tard encore celles des gardiennages champêtres s’inspirèrent de cette cohabitation des églises avec les organisations militaires. Aujourd’hui, en Amérique du Nord ou dans de nombreux pays d’Europe, l’utilité des aumôneries se mesure à l’épreuve des deux principes suivants :

  1. Offrir une accessibilité et un soutien directs à toute recrue, aspirant ou agent de protection en exercice, sans nécessité ni obligation pour ces derniers de se soumettre aux ordres de service et à la voie hiérarchique.

C’est le principe de la voie directe, confidentielle et sans conditions.

 

  1. Les aumônières (de plus en plus de femmes sont nommées) et aumôniers bénéficient d’une gradation d’officier leur permettant de faire face aux hiérarchies usuelles.

C’est le principe de la contre-maîtrise.

Une aumônière ou un aumônier doit être officier (capitaine au minimum) et n’être soumis à aucune restriction institutionnelle.

Ces deux principes sont les garanties d’une aumônerie instituée sérieuse et efficace. Car, attention, il existe des services d’aumônerie qui ne remplissent pas ces critères et qui semblent avoir été créés dans le seul but de tromper les églises officielles et de séduire les politiques. Ces aumôneries de subterfuge ne disposent, en réalité, d’aucun pouvoir donc d’aucune utilité. Tout au plus complètent-elles le décorum ambiant, malheureusement sans honorer leur bien-fondé historique.

 

Terrorisme : l’appel à la population comporte des risques !

Titre :

Terrorisme : l’appel* à la population comporte des risques !

* à ne pas confondre avec l’appel aux témoins. Nos polices sollicitent régulièrement les témoins d’un incident ou d’un accident avec raison et justesse.

(3 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Extraits des articles du Matin dimanche et de la SonntagsZeitung du 31 juillet 2016 :

Après la vague d’attaques qui a frappé l’Europe, les policiers suisses veulent s’inspirer de leurs confrères finlandais pour mieux prévenir la radicalisation des personnes. Ces derniers tablent sur les dénonciations des proches. « Il y a des signes observables chez les délinquants potentiels », comme des modifications du comportement, explique au Matin Dimanche et à la SonntagsZeitung le commissaire en chef de la police centrale finlandaise.

Les cantons suisses se disent intéressés par l’expérience nordique. « Nous allons discuter quels éléments prendre du Community Policing finnois », déclare le président de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police, le Bernois Hans-Juerg Kaeser.

L’émission radio “Tout un monde” RTS La Première de ce lundi matin 15 août donnait la parole à un représentant de la police nationale finlandaise :

 

Mon opinion :

Citoyens, résidents, touristes, saisonniers ou migrants, tous sont les bénéficiaires des polices, les plus faibles en priorité. Ils offrent le bassin de recrutement des futurs agents, ils financent leurs salaires et les infrastructures, ils légitiment l’usage de la force et s’assurent de leurs bienveillances publiques.

Historiquement, les populations ont délégué les tâches de police à des tiers, recrutés en leur sein, afin de distancier l’appréhension des soupçons et des événements dégénérescents. Ce, dans un intérêt commun d’objectivité et d’établissement rigoureux des faits, sous forme de preuves… et surtout pas de suppositions ou de rumeurs.

Les populations sont naturellement instigatrices, plaignantes ou indicatrices auprès des forces de polices. Faut-il, maintenant et en plus, insuffler auprès de tout un chacun une velléité d’auxiliaire de police ?

Faire appel pro-activement à la collaboration des populations pour la dénonciation de ce qui paraît étrange et potentiellement à risque présente des dangers que la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police ne doit pas sous-estimer.

Car l’histoire a aussi démontré que le zèle, la délation ou la pré-programmation des coupables par les populations peuvent considérablement réduire l’efficience du travail d’investigation et dénaturer les signalements ainsi révélés.

Contextualisation

La République de Finlande n’est pas notre Confédération de vingt six États. Ce vaste pays aux 3’000 lacs compte la plus faible densité de population de l’Union Européenne. Pour une surface huit fois supérieures à la Suisse, la Finlande dénombre 5,3 millions d’habitants. Le tissu socioculturel est donc d’une toute autre nature. De plus, le modèle finnois confie à des psychologues, religieux, infirmiers et travailleurs sociaux un rôle prédominant dans l’analyse des données ainsi recueillies. Chaque renseignement fourni par les citoyens ou résidents est passé au crible pluridisciplinaire de spécialistes précautionneux qui confrontent leur avis et les sources d’information, en toute transparence. Enfin, tous les policiers de la capitale ont été formés à la détection des signes et menaces terroristes. Autant de précautions qu’il s’agirait de mettre en place dans chacun de nos cantons et villes ou régions disposant de leurs polices propres.

Action concrète et pratique

Par contre, en Suisse, il est nécessaire, selon moi, de renforcer le rôle des acteurs professionnels déjà en place le long de la chaîne sécuritaire. Pompiers, soignants, urgentistes, enseignants, travailleurs sociaux, concierges, exploitants de régies communales et cantonales, employés d’édilité, contrôleurs et conducteurs de transports publics, etc. doivent être formés à la levée de renseignements. Ils contribueront ainsi à prévenir les discriminations négatives et contre-productives.

Enjeu genevois

Seulement en République et canton de Genève, les employés de l’État et des institutions parallèles représentent 46’000 personnes dont une fraction est assermentée. Toutes et tous suivent, plusieurs jours par année, des formations continues. Ces journées sont programmées. Alors, commençons avec ces  oreilles et ces yeux par milliers !

 

Le verbe policé

« Chères policières, chers policiers, je vous souhaite de pouvoir résister, résister de toutes vos forces jusqu’à désobéir. Désobéir à vos autorités et à votre hiérarchie si celles-ci bafouent les valeurs constitutionnelles sur lesquelles votre engagement est fondé ; mais, surtout, désobéir à vos ennemis intérieurs, au quotidien. »

Ici, l’exemple historique de la résistance du commandant de la police cantonale de Saint-Gall.

(3 minutes 30 secondes de lecture. Le féminin est compris dans le texte.)

Le verbe policier se conjugue.

Comme le geste, il sauve ou il blesse…

La gifle qui échappe à la maîtrise de proportionnalité d’un policier fatigué et irrité est un geste grave qui engendre des conséquences disciplinaires.

Témoignage réel : « ... n’obtempérant point, la personne interpellée se retourna contre moi et me provoqua. Je lui assainis une gifle sonnante et trébuchante… une seule, sans excès, afin qu’elle regagne sa cellule de rétention. Je n’ai prêté que peu d’attention à mon geste si ce n’est qu’un jeune stagiaire, un peu plus loin, immobile, m’observait… C’est pourquoi je profite de cette formation continue pour vous questionner Monsieur Maillard. Qu’en pensez-vous ? »

Le geste de ce policier est intolérable et témoigne d’un manque de résistance de sa part. Ceci dit, selon le contexte, je peux le comprendre. Or, je ne puis l’accepter. Une telle gifle, condamnée par la plupart des hiérarchies policières suisses, ne représente pas une violation des Droits humains. Je m’empresse de préciser qu’une deuxième gifle ou toute insistance soutenant l’intention de faire subir à la personne prévenue une punition aurait transformé ce geste en un acte progressif de torture et en une violation flagrante des Droits humains. La détermination volontaire et la souffrance infligée qualifient l’acte de torture.

Le comportement professionnel de ce policier est fautif mais son statut, construit sur les Droits humains, est préservé.

En clair, ce policier sera averti par voie disciplinaire usuelle mais ne sera pas privé d’exercer son activité. Idéalement, il participera à une analyse approfondie de sa pratique afin d’y déceler d’autres risques de dérive, d’éventuels travers ou dangers pour lui et autrui.

Plus grave aurait été son manque de contrôle verbal, dans la proclamation de propos injurieux, haineux, indignes ou le jugement irrespectueux et à voix haute à l’encontre d’une personne manifestement tourmentée, vulnérable, présumée coupable ou soupçonnée d’avoir commis un acte délictueux. L’article 5 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme ne laisse place à aucun doute : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. »

Ces trois termes suffisent à l’autoanalyse de la parole et du geste policiers. Alors, cette gifle était-elle cruelle ? Inhumaine ? … ou encore… dégradante ?

Et l’insulte indigne et répétée l’est-elle aussi ?

Si l’on peine à discerner, il est toujours possible d’étayer cette introspection avec les considérants explicites et complémentaires inscrits dans la Convention contre la torture qui précisent la nature volontaire, la durée et l’intensité d’actes qualifiés de torture.

Voyons, maintenant, où se situe cette gifle, dans l’ordre d’importance des valeurs auquel se réfère tout policier d’Etat de Droit.

L’échelle des valeurs légales et professionnelles en Suisse :

  1. Droits humains, Conventions internationales ratifiées par la Confédération helvétique
  2. Constitutions fédérale et cantonales
  3. Lois nationales et cantonales
  4. Règlements cantonaux et communaux
  5. Ethique appliquée ou d’engagement (administration publique et gouvernance institutionnelle)
  6. Déontologie professionnelle (obédience métier)
  7. Ordre de service (bonne pratique relative à un Corps de police en particulier)

Telle que décrite dans le témoignage plus haut, cette gifle est une entorse à l’échelon 7, l’Ordre de service, le dernier et le moins important de la liste. Les Droits humains, quant à eux, se situent tout en haut de l’échelle et correspondent aux valeurs suprêmes.

Les Droits humains forgent bel et bien le statut et la légitimité du policier.

Pour clarifier les doutes qui subsisteraient sur les comportements de nos policiers, je préconise les deux voies de résolution suivantes :

  1. La création d’un organe de médiation neutre et indépendant comme vient de le faire le Département de la sécurité et de l’économie (DSE) de la République et canton de Genève. Ce service est de bon augure et améliorera le fonctionnement de la Police cantonale genevoise.
  1. Et, dans le cadre de la formation continue : l’instauration d’analyses de pratiques au sein des Corps de polices. Cette pédagogie interactive offre aux policiers participants la possibilité de sonder et de déterminer la portée de leurs actes et de leurs paroles.

Le policier est un professionnel pragmatique ; il a besoin de voir pour croire et de croire pour gagner.

Lente agonie des vertus policières françaises ?

Le retour des oiseaux migrateurs confère à notre printemps un air de désinvolture. Les sujets d’actualité, quant à eux, se sont ultra-sédentarisés, comme s’ils restaient figés dans les pages les plus sombres de notre histoire.

En France, l’Etat d’urgence régurgite son lot d’abus, de violences et d’immaturités policières.

C’est ce que nous révèle le rapport de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT), publié en mars 2016. Cette ONG internationale est réputée pour son indépendance et sa rigueur. Elle compte parmi ses membres actifs des fonctionnaires d’armée et de police de tous rangs.

L’enquête en question est préoccupante, pour deux raisons. D’une part, la légitimité et l’exemplarité des polices de la République voisine sont compromises, notamment aux yeux des jeunes générations. D’autre part, les forces de polices françaises semblent ne point disposer d’outils pour résoudre leurs propres carences.

Chaque institution publique doit pouvoir compter sur des organes d’évaluation critique, et si possible, indépendants.

La menace terroriste

Actuellement, sur nos terres européennes, je distingue quatre axes de prévention et de lutte contre le terrorisme :

  1. Harmonisation des codes juridiques et judiciaires d’un pays à l’autre.
  2. Sécurisation et échanges des paramètres informatiques entre pays dotés des instruments adéquats (les 28 membres de l’UE ne sont pas égaux dans leurs moyens).
  3. Conduite de missions opérationnelles et d’investigations sur le terrain par l’enquête, la récolte d’indices probants et la neutralisation des personnes dangereuses ou potentiellement dangereuses.
  4. Information, sensibilisation et promotion des expériences et réflexions socioculturelles dans les cercles scolaires et les milieux associatifs.

Cette dernière action est capitale. Elle solidifie les trois premières.

“A quoi sert de nous battre si nous asséchons nos valeurs culturelles et morales ?” Avertissait Churchill au coeur de la deuxième guerre mondiale. Les mêmes propos ont été tenus par les défenseurs armés de Sarajevo qui subissaient le plus long siège de l’histoire de la guerre moderne (du 5 avril 1992 au 29 février 1996). Les mauvais gestes policiers, extrêmement dommageables, répertoriés dans le rapport de l’ACAT-France desservent non seulement la prévention des menaces terroristes mais aussi et surtout l’esprit constitutif de nos démocraties.

Nos constitutions sont forgées dans le respect et la protection des intégrités et des libertés humaines, sociales et culturelles.

Résolution & innovation

Peut-on, enfin, imaginer voir des policiers, actifs du bout à l’autre de la chaîne sécuritaire – radieux dans le sauvetage d’un animal domestique et hargneux dans l’usage de la force proportionnée -,  intervenir dans les cycles scolaires obligatoires ? Accompagnés de tous les volontaires de la démocratisation active, les animateurs socioculturels, les soignants, philosophes, théologiens, etc… ; ils témoigneraient, ensemble, de la complexité de la lutte antiterroriste, à toute échelle : temporelle, informatique, juridique et géographique.

Et, par la même occasion, ces agents du service public pourraient se valoriser personnellement et restaurer les essences des polices d’Etat de Droit… avant qu’elles n’agonisent.

Couvrez ce noir que je ne saurais voir

Le vêtement reflète les us et coutumes de l’humanité. Au cours de l’histoire, l’uniforme militaire apparaît dans le besoin de distinguer les combattants ennemis. Durant l’Ancien Régime, il sert à prévenir les désertions. On tisse, on brode. Ornements et passementeries empêchent alors les contrefaçons et autres usages inappropriés. Le statut militaire était enviable et digne de respect. L’uniforme devait impressionner les populations civiles. Les étoffes précieuses et richement décorées traduisaient les avantages sociaux de leurs détenteurs ou propriétaires. Les coiffes à plumes et épaulettes débordantes avaient pour but d’augmenter les statures physiques des officiers.

Du costume coloré à la combinaison noire

Aujourd’hui, dans la toute grande majorité des polices occidentales, l’uniforme noir, une pièce, est réservé aux unités spéciales d’intervention. Son usage poursuit deux objectifs : l’un, permettre à l’intervenant de se confondre aux environnements bâtis ou naturels, de jour comme de nuit, et l’autre, provoquer l’effroi dans la confrontation directe et physique.

 

Yuri Numerov
Yuri Numerov

 

L’habit ne fait pas le policier

 

En situation ordinaire ou d’apparat les couleurs des ordres militaires et des dignitaires religieux sont teintées de bleu ou de pourpre, parfois de vert et de gris. On porte haut les couleurs de son affiliation.

Les officiers généraux sont gantés de blanc, signe d’autorité admise et transparente, d’intention de paix, de sagesse et de confiance. Le gant noir est, à contrario, très mal perçu. Dans toutes les corporations porteuses d’armes, de sanction et d’ordre, le gant de cuir noir est réservé aux sans-grades et bourreaux à qui l’on délègue l’exécution des basses besognes, sanglantes et salissantes.

On ne badine pas avec la symbolique du noir. Le noir est sombre. Il représente la mort, la haine et le mal.

Aussi, faut-il le reconnaître, dans quelques occasions de grande solennité, il reflète également l’austérité d’une cérémonie de deuil ou l’inauguration d’une exposition d’art.

Le plus souvent, l’uniforme est la prolongation visible de l’Etat et de ses préceptes. Pas étonnant que se jouent précisément dans le déguisement et la dérision de ces attributs vestimentaires les ripostes et les grèves de certains fonctionnaires de polices. Travestir l’uniforme réglementaire reste, je suppose, assez jouissif.

En raison de ces acquis, la tenue noire est une exception. Seule une opération policière devant produire une extrême détermination face à un adversaire potentiellement dangereux justifie de se couvrir de la sorte.

 

Un policier civil, entièrement vêtu de noir, de la tête aux pieds, le long de ses journées de service n’est pas porteur de bonnes nouvelles.

 

Soit il obéit à une mission exceptionnelle, et, dans ce cas, nous sommes plutôt rassurés, soit il fomente de troubles intentions… et, dans cet autre cas, il vaudrait mieux pour tout le monde que nous découvrions quelles sont les faiblesses auxquelles il est soumis.

 

Natan Vance
Natan Vance

 

Le carré suisse : des enseignements pour la police ?

Le Carré « Swiss made » ne tourne pas rond

Sollicité, tout récemment, par plusieurs hauts cadres policiers suisses, pour repenser et refondre les toutes vieilles stratégies militaires de maintien de l’ordre en de nouvelles dispositions policières civiles, j’ai choisi de sonder l’histoire.

Notre histoire.

Comprendre le passé pour ne pas perdre son chemin dans l’avenir. A cette occasion, j’ai redécouvert le fameux « Carré suisse ». Examinant de près cette tactique de défense qui forgea la réputation guerrière des Confédérés mercenaires du 14ème au 16ème siècle,  j’ai été frappé – si je puis dire – par l’ingéniosité de nos devanciers.

Le « Carré helvétique » était formé dans son pourtour extérieur de soldats équipés de longues piques, utilisées pour arrêter les charges de cavaleries. Cette garde périphérique formait une ceinture protectrice et entourait les soldats hallebardiers positionnés au centre.

Au moins trois règles dictaient et animaient leurs actions.

 

  1. La problématique change, le chef change.

Comme première règle, les hommes choisissaient un capitaine dans leurs rangs, quel que soit son grade, au jour le jour, bataille après bataille. Ils privilégiaient celui qui détenait la meilleure idée du moment, celui qui appréhendait le mieux la configuration du terrain, celui qui était dans sa pleine capacité physique et psychique le jour “J”.

 

  1. La force de la différence.

La deuxième règle consistait à respecter et à mélanger, tout à la fois, les origines culturelles et religieuses des uns et des autres, d’un canton à l’autre, d’une ligue à l’autre. En ligne, à mes côtés gauche et droite, les voisins du village et en colonne, devant et derrière moi, deux inconnus ; ceux-là même qui prient dans une autre langue.

 

  1. Croire en l’issue, toujours.

Alors que la troisième condition fixait un point de ralliement au terme du combat, en un lieu précis, à retrouver impérativement et en santé si possible, prétexte à en découdre au plus vite.

 

Ce sont là des pistes qui pourraient être utiles pour redéfinir les stratégies de maintien de l’ordre au sein de nos corporations. Déjà qu’aujourd’hui, en des lieux incertains, la récupération de techniques militaires mortifères affaiblit les missions de police, si au moins nous profitions de l’enseignement de l’histoire…

Tourne le monde.