Une carte d’aide à la décision

Une police apaisante et conciliante, ça existe.

Et c’est rien de le dire… en cette période… durant laquelle nos voisins et amis de l’Hexagone sont si malmenés… de part et d’autre.

(Le féminin est compris dans le texte – 2 minutes de lecture – 105ème blog)

La fin de l’année approche et les stations suisses de ski suisses seront vraisemblablement ouvertes.

 

Résoudre un dilemme est la mission première d’une police !

Comme avant chaque haute saison, la Police Municipale de Crans-Montana se questionne pour améliorer sa pratique et répondre à ce dilemme : comment faire pour accueillir dans les meilleures conditions un grand nombre de visiteurs et de touristes* au sein de la station de 1’070 mètres qui culmine jusqu’à 1’500 mètres d’altitude ?
Et, en même temps, garantir la cohabitation et la sécurité pour tous sur la voie publique.

À ce défi, vous y ajoutez des conditions météorologiques capricieuses et vous aurez les ingrédients du bon – moyen discrétionnaire** – dont dispose toutes les polices de qualité.

L’occasion aussi de vérifier celles qui font preuve de capacité d’innovation.

*qui compte, en haute saison, jusqu’à 60’000 résidents, hôtes et habitants inclus. Alors que le long de l’année, ce sont 12’000 habitants permanents qui y vivent.

Une carte d’aide à la décision inventive et efficace : le triangle de résolution

Dans le cadre de leur cursus de formation continue, les collaborateurs de la Police Municipale de Crans-Montana ont suivi un enseignement spécifique sur la bonne application du moyen discrétionnaire** dans la gestion des stationnements et de l’établissement des amendes d’ordre.

Les objectifs de cette formation étaient les suivants :

  1. Appréhender les infractions au stationnement et autres particularités avec équité et efficience.
  2. Discerner, argumenter et intervenir dans le respect du bien public, de la proportionnalité, de la non discrimination négative et des ordres de service.
  3. Concevoir et disposer d’une carte d’appréciation de la situation concrète et d’aide à la décision.

De cette formation un outil est né !

Simple, sous la forme d’une petite carte (format carte de crédit) que chaque agent et chaque assistant de sécurité publique porte sur lui :

Recto :

 

Verso :

Au moins deux réponses positives – 2 ou 3x OUI – et l’assistant ou l’agent peut produire une amende d’ordre / un rapport***.

Au moins deux réponses négatives – 2 ou 3x NON – et l’assistant ou l’agent peut appliquer son moyen discrétionnaire** et préventif, une recommandation par exemple.

Flyer de résolution du stationnement de la Police Municipale de Crans-Montana.

Ainsi, l’arbitraire est exclu. Chaque situation est pensée, mesurée et contextualisée à sa juste valeur. Dans le cas d’un ressentiment négatif, un échange constructif est alors engagé autour de l’appréciation et des déductions logiques de la carte et non dans une confrontation bilatérale – souvent émotionnelle et non fructueuse – entre l’agent et son interlocuteur.

Bien joué.

Prenez soin de vous, respectez les mesures sanitaires et bonnes vacances !

 

 

**le moyen discrétionnaire offre au policier une liberté d’action qui lui permet d’adapter ses décisions selon les conditions et le contexte. Par exemple, donner un avertissement plutôt qu’une amende parce que l’automobiliste n’était pas mal intentionné ou que les difficultés étaient si particulières et exceptionnelles qu’il ne pouvait pas renoncer à l’erreur.

***sont exclus des présentes déductions, les cas de force majeure.

Les silences s’ébruitent

Enfin.

Je note.

Je note omissions, paresses et quelques lâchetés de plusieurs hiérarchies face aux exactions, harcèlements et autres intimidations sévissant dans leurs entreprises ; tous domaines professionnels et types d’organisations confondus.

Après les scandales révélés au sein de l’église catholique romaine, ceux du sport, notamment en gymnastique féminine, du show-biz et quelques-unes de ses fractions, de certaines polices, de certains établissements hospitaliers, etc. nous voici plongés dans les entrailles du plus grand média suisse de service public.

L’enquête du quotidien Le Temps La loi du silence du 31 octobre 2020.

Je note le rôle existentiel de ces mêmes médias d’intérêt public – tel Le Temps – dans la sauvegarde de nos enjeux sociétaux. Ce dernier, qui, par ses investigations indépendantes, peut encore convaincre les abstentionnistes à vouloir changer de camp et peut-être grossir les rangs des acteurs de la démocratie active.

Je prie longue vie d’une telle presse et appelle à la soutenir davantage.

Je note que tous les humains – nul n’est à l’abri – sont vulnérables et peuvent basculer dans l’indécence et l’indignité. Et, qu’il est donc nécessaire de prévoir, au sein des entreprises, des administrations et des institutions, des cellules organiques de contre-pouvoir, de prévention, de traitement, de gestion et de réhabilitation (si pas trop tard… avant le volet pénal…) ; libres, indépendantes et pluridisciplinaires avec alternance et rotation des responsabilités ; à l’image de ce que nous savons faire en Confédération helvétique depuis des siècles.

En police aussi, ce qui n’est pas communiqué n’est pas connu.

Je note que la direction du CHUV, la fédération suisse de gymnastique, l’évêché de Lausanne, Genève et Fribourg mais aussi la RTS, par son directeur et ses actions consécutives, reconnaissent les problèmes, se remettent en question et présentent publiquement la volonté d’améliorer leurs outils. Pour autant, la réputation et la notoriété des professions médicales exerçant au CHUV, par exemple, ne sont pas entachées.

Je note qu’en polices, à ma connaissance, les initiatives tardent.

J’attends toujours que les directions et/ou commandements de nos polices concernées annoncent leurs dispositions. Elles, qui sont chargées de recueillir les plaintes, de regrouper les témoignages et de vérifier les faits. Avez-vous déjà entendu un commandant de police reconnaître les dysfonctionnements et les harcèlements ayant cours au sein de son organisation ?

La démonstration par l’exemple nous rassurerait.

Harcèlement sexuel, une omerta policière

Interview du DRH du CHUV

Suggestion littéraire

 

Le matricule de la confiance

Le décès de la victime George Floyd (dont l’auteur – policier lors des faits – est inculpé de meurtre) et bien d’autres atteintes à la dignité humaine commises par des agent-e-s de police ont provoqué d’importantes manifestations en Europe et outre-Atlantique.

(Le féminin est compris dans le texte – 4 minutes de lecture)

Afin de prévenir d’autres discriminations, des motions et recommandations son déposées, y compris en Suisse comme celles des Vert.e.s genevois.e.s.

Nouvelles mesures = risques consécutifs

En soi, ces initiatives sont bénéfiques car elles vivifient notre démocratie. Néanmoins, deux risques consécutifs sont à prendre en compte.

  1. Celui de rajouter des couches normatives au cadre professionnel de nos agents de police. Déjà sous pression, plusieurs d’entre eux développent une attitude de rejet et se recroquevillent dans une forme de déni. Nous prenons alors le risque de creuser l’écart entre une part grandissante de la société civile plutôt revendicatrice et des forces de l’ordre plutôt conservatrices. Il y a lieu de craindre que nos polices s’isolent encore davantage.
  2. Toute mesure d’amélioration ou consignes venant du débat puis de la décision politiques et qui se traduisent ensuite par quelques formations ne servent pas à grand-chose si elles ne sont pas sincèrement plaidées par le management ; au risque de devenir des alibis.

Les résolutions envisageables

J’ai largement, et à plusieurs reprises, évoqué, ici, dans les colonnes de ce blog, les moyens à disposition du management policier permettant de réduire les dérives discriminatoires et racistes et, de surcroît, prévenir toutes formes de dégénérescences.

  • La création de lieux de vidages au sein des corporations en faveur des policiers qui fatiguent, dérapent, se fragilisent et se questionnent. Traiter l’erreur renforce l’efficience organisationnelle.
  • L’engagement d’experts qualifiés et indépendants dans l’animation d’ateliers de résolution éthique. De plus en plus de polices suisses ainsi que des organisations de secours s’engagent dans cette voie.
  • La mise sur pied d’organes de contrôle ou de réclamation neutres, libres et indépendants. L’instauration d’un tel outil dépend plus du pouvoir politique que des État-Majors de police, même si ces derniers ont les facultés de convaincre leur direction politique.
  • Des formations initiales et continues pluridisciplinaires et interactives. Il existe aujourd’hui des pédagogies et des didactiques qui échappent au risque d’alibi et qui impliquent davantage les apprenants, surtout lorsqu’il s’agit de policiers expérimentés.
  • L’idée et la possibilité de délivrer un récépissé récapitulant l’intervention policière. Remarque : j’émets quelques doutes quant à cet investissement administratif du policier. Néanmoins, je constate que le procédé existe dans des versions simples et efficaces.
  • Et, enfin, le port du matricule. C’est ce dernier moyen ou support que je souhaite développer ci-après.

Interview dans Forum – RTS La 1ère, du 17 septembre 2020 – Faut-il légiférer contre les discriminations raciales lors d’interpellations ?

Le matricule policier

Le policier suisse, rattaché à un organe étatique communal, régional, cantonal ou fédéral est avant tout un employé du service public.

À son engagement, il embrasse le service public et le devoir inhérent de rendre des comptes aux résidents et citoyens. Ce, avant même de déployer son exercice professionnel concret et quotidien. Il devient une représentation incarnée de l’État. C’est à cette juxtaposition (personne – État) précise – symbolisée, pour le policier, par son assermentation –  qu’intervient la dualité de l’exercice du pouvoir policier : être à la fois l’État – ou une personne morale – et, à la fois, une personne singulière, individuelle et physique, en chair et en os, avec ses émotions et sa sphère privée. Dans cette combinaison, un statut n’exclut pas l’autre mais nécessite une forte capacité de cohabitation. Une cohabitation trop peu discutée, trop peu régulée et trop peu éprouvée dans les formations de polices, malheureusement.

Une cohabitation de deux statuts qui alterne les priorités.

Durant son service professionnel, le policier est d’abord l’État. En congé, il est avant tout une personne individuelle et physique ; même si au travail il n’oublie pas son humanité et qu’au privé il n’oublie pas son engagement policier.

Le matricule apposé sur l’uniforme exprime bien cette dualité : un matricule personnel et un uniforme institutionnel étatique.

Le matricule… nominatif ou chiffré ?

Le matricule nominatif tel qu’utilisé, par exemple, à la Police cantonale bernoise – avec l’initiale du prénom et le nom complet en toutes lettres – démontre la dimension humaine derrière la fonction, alors même que la fonction prime dans l’exercice professionnel.

Les policiers bernois, que j’ai interrogés, ne voient pas d’inconvénient à s’afficher de la sorte. Au contraire, ils ont l’impression d’amortir les susceptibilités de certaines personnes interpellées et récalcitrantes. Une forme de réciprocité s’installe dans la relation qui gagne en confiance.

Le matricule de la confiance

Pour ma part, je ne veux pas d’une police qui se cache. Une police qui exige de connaître – à juste titre – les identités des personnes qu’elle interpelle se doit de donner l’exemple. La connaissance du terrain pour un policier nécessite de tisser des liens de confiance avec ses bénéficiaires et cela ne saurait se produire sous couvert de l’anonymat.

Notre service public ne craint pas de s’afficher.

Face au risque que représente la divulgation de son nom sur un matricule, une policière me confiait que sa meilleure assurance vie n’était pas la défiance mais bel et bien la confiance.

Dont acte.

 

Avertissement : il est bien entendu que les membres d’unités spéciales, lors d’opérations potentiellement dangereuses ou présentant des risques de confrontation importants, changent leurs matricules nominatifs contre des matricules chiffrés ou d’autres supports de légitimation.

Les lois cantonales sur la police précisent toutes, à quelques nuances près, que l’agent doit ou a le devoir de s’identifier ou de décliner son identité à la demande de la personne interpellée. Et, si menace, précise, par exemple, la loi cantonale neuchâteloise sur la police… l’agent donnera son numéro de matricule.

Les policières s’insurgent !

Ce sont les femmes qui émancipent les réformes policières !

Émilie, Rébecca, Camille, Ludivine, Lydia, Vanessa, Stéphanie témoignent aujourd’hui des conséquences d’une incapacité managériale à soutenir les victimes au sein des Corps de police.

Un “management suranné et complètement étanche” me confirme cet officier, comme désolé d’en être toujours là… après tant d’années… “J’en peux plus. Moi aussi, je souhaiterais quitter la police mais la reconnaissance de mon cursus ne vaut pas grand chose à l’extérieur… c’est pourquoi tant d’agents désabusés s’enferment dans le déni.” “Evidemment, ça ne se laisse pas découvrir dans les sondages de satisfaction… les citoyens nous plébiscitent… car ils n’ont pas accès à notre omerta…” complète-t-il.

“Nous sommes l’organe de l’administration le plus étanche et le levier politique le plus convoité.” renchérit cet autre officier lors d’une formation continue.

Harcèlement sexuel, une omerta policière

Tel est le titre du rendu de l’enquête de la journaliste Marion Police parue dans Le Temps aujourd’hui.

“Le phénomène semble même s’empirer…” me signale un troisième officier romand, chef de Police secours.

Quant à moi, je reste convaincu qu’en police la pression exercée par les mâles dominants sur leurs victimes à l’interne de leurs services est extrêmement forte et neutralise les initiatives de plaintes internes comme externes.

“Quant ce sont vos harceleurs qui décident de l’avancement de votre carrière et que votre entourage est si fier de vous savoir en police, vous ne pouvez plus bouger.” me confiait Jasmine, une policière romande en exercice, il y a un mois. Elle songe, comme au moins cinq autres policières de ma connaissance, à quitter la profession.

“On les essore… jour après jour. N’oublions pas que les policiers détiennent les principaux outils de plainte et de dénonciation, y compris lorsqu’il s’agit de les relativiser… quand ça les arrange.” me confiaient ces deux professionnels vaudois de la santé.

Quatre pistes managériales, … inlassablement.

  1. La création d’organes d’écoute active, de traitement et de réhabilitation ou de résolution ou de dénonciation ; libres, neutres et indépendants ; comme ils existent dans d’autres professions ou domaines (sports, médias, arbitrages interprofessions, etc.)
  2. Certains commandants le reconnaissent, engager plus de femmes et promouvoir de la pluridisciplinarité efficiente dans la chaîne de commandement.
  3. Maintenant que ces femmes – véritables et authentiques policières dans leurs postures – parlent, qu’on leur donne une place de choix dans les formations, les bilans de fin d’années, les cérémonies de nomination, qu’on publie leurs témoignages au sein des Corps.
  4. Enfin, rompre l’inversion sociologique tant de fois constatée et scientifiquement documentée, c’est-à-dire, qu’on écarte les auteurs au lieu de les grader ou de les déplacer de l’opérationnel vers les centres de formation ou les services généraux comme c’est encore malheureusement le cas.

Plébisciter la police c’est croire en sa capacité de réforme, aussi lente soit-elle.

En temps de paix, aucune autre force armée de service et de protection, incluant la contrainte et la sanction, ne saurait intrinsèquement remplacer nos polices publiques et assermentées.

Raison pour laquelle, nos polices n’ont pas à craindre la critique, ni la remise en question : conditions sine qua non pour réussir leurs adaptations et leurs évolutions managériales !

Faut-il encore le préciser ? – L’émission radio Le point J. du 29 juin 2020 – nous rappelle combien la police est existentielle au maintien de la démocratie active.

À quoi sert la police ?

À servir et à protéger, à commencer par le plus faible, à enquêter et à monter les dossiers de dénonciation.

C’est aussi valable pour elle-même, non ?

Une police représentative

La représentativité, les pouvoirs exceptionnels et les maîtrises policières ne sont pas assimilées à l’identité fédérale ou cantonale de l’agente.

(Le masculin est compris dans le texte – 101ème blog – 2 minutes de lecture)

Pourquoi ?

La délégation prévaut dans notre Confédération

1. Parce que les organes de notre démocratie sont séparés les uns des autres. Cette fabrication semi directe prévient les abus d’autorité et favorise l’équilibre des forces. Nul ne saurait être à la fois juge et partie. C’est d’autant plus vrai pour des policières *.

La territorialité est la limite du pouvoir policier

2. Parce que notre État est fédéral, composé de 26 États cantonaux desquels dépendent principalement nos polices. Nombre de policières sont étrangères à leur canton d’exercice professionnel.

La diversité est la marque de fabrique de notre Confédération

3. Parce que la police est le reflet des compositions culturelles diversifiées de notre société.

En Suisse, l’exercice policier est bien plus une affaire de territorialité et de délégation que de citoyenneté !

… ou une affaire de juridiction, préciseraient les américains du nord. Notre organisation confédérale est fractionnée par les cantons, les régions et les communes, toutes desservies par pas moins de 300 corporations de police incluant en cela les polices thématiques (et non géographiques) comme celle des transports étendue à l’ensemble des voies de communications publiques du pays.

Concrètement, l’intercantonalité est déjà en vigueur dans nos polices

Une ressortissante valaisanne n’est pas empêchée d’exercer en République et canton de Genève alors même qu’elle n’a aucun droit de vote à l’échelle du canton d’accueil de son exercice professionnel.

À l’heure actuelle, quatre états cantonaux accueillent les personnes détentrices d’un permis C. dans leurs effectifs : Les polices cantonales de Bâle-Ville (depuis 1996), de Schwyz, Neuchâtel et Jura.

Une motion déposée au Grand Conseil (pouvoir législatif ndlr.) demande que le métier de policier soit ouvert aux personnes titulaires d’un permis C.

 

Le doigt ou la lune ?

La police ne s’approprie pas le Droit qu’elle engage sur le plan visible et opérationnel. La police se contente d’indiquer et de renseigner le Droit du bout de son doigt puis conduit le résultat de ses investigations ou les personnes (présumées innocentes) qu’elle aura interpellées auprès du juge (pouvoir judiciaire séparé du pouvoir exécutif auquel appartient la police, ndlr.). Nous bénéficions, ici, comme le long des chaînes sécuritaire et judiciaire, de pouvoirs transposés et séparés. Cette logique peut aussi prévaloir dans l’engagement des futurs policiers vaudois. Une policière étrangère peut très bien renseigner sur le respect des règles et des lois de son pays d’accueil sans interagir au sein de l’identité cantonale qu’elle sert et protège.

Ainsi, ne craignions point cette distanciation étrangère à l’exercice policier, elle est une composante de notre démocratie.

Voir mon blog du 20 janvier 2017 :

A la police, les étrangers sont les bienvenus !

*On peut préciser encore qu’une policière ne détient pas moralement l’État (en main du peuple qui délègue ses représentantes) mais détient, par contre, les droits fondamentaux et par conséquence, la responsabilité de défendre les valeurs universelles dans l’espace public. Ces droits fondamentaux protègent aussi – et, sans distinction aucune – les personnes d’origine étrangère.

Sans ces droits fondamentaux, la policière perd toute légitimité, notamment dans le fait de détenir des moyens exceptionnels (usage de la force, de la contrainte, etc.). Dans tel cas, ces moyens ou pouvoirs ne seraient point maîtrisés et menaceraient notre fabrication démocratique pour laisser place, dans les pires situations, aux dérives et abus.

Oui à la police !

En démocratie suisse, malgré des dysfonctionnements cachés, il n’y a pas meilleure préservation de la paix que nos polices.

Grandir nos polices et résoudre leurs problèmes implique de devoir résoudre trois facteurs de déstabilisation.

Les voici.

Mon 100ème blog

(Le féminin est compris dans le texte, 3 minutes de lecture)

3 facteurs de déstabilisation

J’identifie trois facteurs principaux qui freinent les réformes de nos polices suisses.

Représentativité étatique

La police (dans ce qu’elle regroupe comme entités géographiques et thématiques), et nulle autre organisation, est répondante, garante et première représentante officielle des Droits de l’Homme. Notre Constitution fédérale et nos constitutions cantonales se mêlent, mot pour mot, aux valeurs fondamentales et universelles décrites dans les Conventions internationales des Droits de l’Homme. C’est à elles que tout policier prête serment.

Les Droits de l’Homme sont donc l’ultime référence du policier.

Malgré cela, lors de mes analyses de pratique, nombreux sont les policiers à défier l’Etat qui les emploie. Cette dichotomie est répandue en police depuis deux décennies au moins. C’est précisément la raison pour laquelle, le Conseil fédéral, dès 2003, a instauré le cours Droits de l’Homme comme prioritaire et déterminant dans le cursus du Brevet fédéral de policier et des certifications post-grades. C’est encore notre autorité fédérale qui a plaidé l’engagement d’intervenants extérieurs aux polices pour l’enseignement de ces branches comportementales. L’organe exécutif fédéral ayant toute conscience d’un urgent besoin de réforme en la matière.

La trop faible considération des Droits de l’Homme en police est le facteur 1.

Mais, ce facteur de représentation étatique ne suffit pas à comprendre le déni de plusieurs commandants de polices face à aux problèmes qui les affectent de l’intérieur.

Paradigmes inversés

Quand j’évoque cette inversion des paradigmes, je pense à la formation initiale. Un seul pourcent (1%) de son agenda est dévolu à l’exploration et à la pratique concrète de nos valeurs fondamentales, celles qui façonnent notre Confédération depuis des siècles. Imaginez-vous un référentiel métier humain de service et de protection qui ne dispose que de 45 heures de cours éthique et Droits de l’Homme sur un total de 1’600 heures.

Avec ce seul pourcent même un sirop n’a pas de goût.

Personne n’en voudrait.

Je précise, ici, que depuis octobre 2019 la nouvelle formation de base du policier suisse a vu sa durée doubler de 12 à 24 mois. Malgré cela, c’est encore la moitié du temps dévolu aux futurs travailleurs sociaux ou au personnel soignant.

Conservons les 1’600 heures pour les techniques et tactiques d’intervention, plus un nombre important d’heures pour la police de proximité et autant pour la psychologie. Enfin, attribuons au moins 1’000 autres heures aux Droits de l’Homme et à l’éthique appliquée, incluant pratiques médiatrices, résolution de problèmes, cohabitation genres, minorités, migration, etc. Alors, nous verrions les profils de sélection de nos futurs policiers se métamorphoser.

Cette formation par trop minimaliste et trop peu comportementale eu égard aux autres professions équivalentes en termes de complexité, de polyvalence et d’étendue des savoirs, est le facteur 2.

La remise en question

Nos polices sont-elles racistes ?

Nos polices suisses ne sont pas racistes. Sur un plan institutionnel, les personnes morales que sont nos polices ne sont pas racistes. C’est le contraire. Par contre, bien des individus aux relents racistes s’y cachent et pire, s’y sentent à l’aise, probablement plus qu’ailleurs.

Pourquoi ?

Parce que nos polices, telles que construites et telles que gérées, ont peine à se remettre en question. Rien n’est fait, dans la gestion des ressources, pour promouvoir la transparence, l’aveu de faiblesse et l’innovation. A cela, nous devons considérer les pouvoirs exceptionnels et exclusifs dont elles sont affublées et vous avez tous les ingrédients de l’immobilisme. C’est dans cette forme de sclérose que se cachent les abus. Les sociologues parlent alors de sous-culture lancinante. Nombre d’études scientifiques détaillent les multiples facteurs de ce repli. J’en ai largement fait écho dans mes blogs (Université de Lausanne, exemples : thèses du Dr. David Pichonnaz 2017 ou de la Dr Magdalena Burba 2019). Une fois l’aspirant (dénomination évocatrice) policier élu et successivement qualifié ou non, promu ou non et gradé ou non par ses pairs, toute introspection viendra perturber et contrarier cette quête. Le retour sur soi, le doute et les erreurs seront perçus comme une défaite ou pire, une trahison. Imaginez-vous, dès lors, ce que représente, pour un jeune agent, la dénonciation d’une dérive interne ?

Toutes les institutions à caractère humain recèlent naturellement des dysfonctionnements. Dès lors, ce qui compte, ce sont les capacités entrepreneuriales à les réguler, les remédier et les résoudre. La reconnaissance de l’erreur et son traitement permettent de progresser.

C’est dans cette volonté de résolution, à l’appui des valeurs de l’Etat de Droit décrites plus haut, que tout se joue. Une entreprise de l’économie privée dispose de pouvoirs circonscrits par son environnement légal, régulés par les exigences de sa clientèle, la rentabilité et la concurrence. La police, quant à elle, se couvre du devoir de réserve même lorsque ce n’est pas nécessaire et n’a pas à se soucier de rentabilité ni de concurrence. Elle est garante de l’application des lois, point barre. Elle bénéficie alors du meilleur bouclier de protection qui soit dans un Etat de Droit, pour le meilleur comme pour le pire.

Fort de ses prérequis, aucune transformation managériale ne peut s’imposer en police, du moins sans la pression publique. Ainsi, nos polices sont confortablement à l’abri de toute obligation de se réformer pour survivre, contrairement au secteur privé.

L’incapacité managériale de se remettre en question est le facteur 3.

Suivons l’exemple du CHUV

Voyez, le CHUV, qui, le lundi 26 novembre 2018 lance sa campagne de prévention des abus sexuels au sein de son organisation, reconnaissant par la même occasion les problèmes qui l’affectent. Voici ce qu’en disait son directeur RH, Monsieur Racciatti : “Moi, je ne sais pas ce qui se passe dans les autres secteurs, je ne sais pas si le milieu médical est plus sexiste que d’autres. Ce que je peux vous dire c’est que dans l’institution du CHUV ça existe… et puis qu’on a décidé d’y remédier. Ce qui nous distingue peut-être des autres secteurs, c’est que nous on en parle et ouvertement.”

Vous avez déjà entendu un commandant de police reconnaître de telles difficultés ? En Suisse romande, je les compte sur les doigts d’une main.

Est-ce pour autant que les professions oeuvrant au sein du CHUV ont été décriées ou dénigrées depuis ?

Tout au contraire.

Encore deux mots sur l’indice de satisfaction…

… souvent évoqué dans l’esprit du : « circulez, y’a rien à voir… ».

Un tel indice ne vaut rien par beau temps, pas mieux que toutes ces statistiques sur les criminalités que critiquait de l’intérieur le regretté Olivier Guéniat, chef de la Police judiciaire cantonale neuchâteloise, intervenant universitaire et Docteur en criminologie.

L’indice de sympathie à l’égard des institutions suisses mesuré chaque année au sein de l’EPFZ et de son Académie militaire place au premier rang la police, devant les autres institutions. Ce ranking est établit auprès d’une population d’usagers qui n’a pas – ou très rarement – accès aux salles d’audition, ni ne siège à l’intérieur des véhicules de patrouilles, ni n’a accès aux conversations téléphoniques, ni n’est présente dans les recoins et rues aux heures nocturnes, etc. Un indice qui n’éclaire pas les zones d’ombre, encore moins celles d’organisations traditionnellement étanches.

Conclusion

Grandir la police et sa fonction démocratique en considérant ces trois facteurs :

Facteur 1. Repositionner les Droits de l’Homme comme critère de référence absolue lors des recrutements, avant toute autre considération et toute autre attribution.

Facteur 2. Renforcer et doubler les formations comportementales en maîtrise des techniques et tactiques. Non l’inverse.

Facteur 3. Instaurer d’urgence des espaces managériaux de remise en question et de proposition constructive, libres, confidentiels, protégés et indépendants.

 

Compléments :

Aux Etats-Unis, l’urgence de réformer la police. Valérie de Graffenried, Le Temps du 7 juin 2020

Je préconise une réforme de fond de nos polices suisses depuis 1993 avec l’appui croissant de policiers. Mais, je m’oppose tout aussi fermement à la suppression de celles-ci. C’est une question qui m’est posée depuis quelques jours… Notre tissu fédéral helvétique est bien distinct de celui des US. Après le meurtre de George Floyd, la police de Minneapolis fait exception à mon postulat. Dans tel cas, j’appelle aussi de mes vœux son démantèlement car le mal est par trop enraciné.

 

Proportionnalité et opportunité en police ?

Ces deux termes ont été évoqués par nos élus cantonaux vaudois et municipaux lausannois en marge du rassemblement d’un millier de personnes pour un match de football illégal le 21 mai passé au nord de Lausanne.

(3 minutes de lecture – le masculin est compris dans le texte – 99ème blog)

Analyse dans Le Temps

Reportage sur RTS

La ou les police-s (lausannoise, régionale et cantonale) ont renoncées à intervenir. Plaidant, en les circonstances, un rapport de proportionnalité inadéquat et un manque d’opportunité.

La police neuchâteloise jugea, elle aussi, qu’il ne valait mieux pas mettre en péril sont rapport de force face à environ 250 jeunes fêtards s’étant rassemblés dans la nuit du 9 au 10 mai passé à Auvernier.

C’est quoi ces notions de proportionnalité et d’opportunité en police ?

Comme déjà expliqué à plusieurs reprises dans ce blog, nous avons confié à nos polices deux pouvoirs exceptionnels leur permettant de servir et protéger nos personnes – à commencer par les plus faibles d’entre nous, voir préambule de notre Constitution – et nos biens.

Deux pouvoirs équilibrés par deux maîtrises, afin d’éviter les abus. Il s’agit du principe des contre-pouvoirs si cher à notre démocratie helvétique.

Le premier pouvoir est coercitif. Détail sur ce tableau. Ce pouvoir n’est autre que l’application de la loi. En contre-pouvoir ou en maîtrise, l’habilité de proportionnalité lui fait face. C’est cette proportionnalité qui protège l’individu interpellé (présumé innocent jusqu’à l’éventuel jugement), la policière elle-même et les personnes avoisinantes. Ceci dit, ce pouvoir est ambivalent car il peut confondre la police au militaire et parce qu’il est progressivement supplanté par la robotique et les technologies… qui pourraient remplacer, à terme, la policière par une machine… peu réjouissant.

Le deuxième est discrétionnaire avec la notion d’opportunité en cas de manifestation ou d’attroupement (dans le jargon policier, on parle de maintien de l’ordre). Ce pouvoir est de loin le plus intéressant car il donne une marge d’appréciation et de discernement à l’agente de police. C’est dans l’exercice de ce pouvoir que réside tout ce qui fait qu’une police est une police… civile et de paix.

Pourquoi la liberté d’appréciation policière sauvegarde notre paix civile ?

La police n’est pas une force d’application définitive. La police s’inscrit le long d’une chaîne de contribution sécuritaire et délivre ses résultats à l’organe judiciaire, bien distinct et séparé. La police ne saurait être ou devenir une force d’opposition ou une pseudo armée d’occupation comme c’est le cas dans certaines banlieues françaises. Dans tel fait, elle a déjà perdu ses prérogatives. Seule l’armée pourrait alors lui succéder*.

La police est avant tout une force de libération

La police est l’expression d’un subtil équilibre – que nous qualifierions, en Confédération suisse, de consensus – ; et d’une cohabitation entre l’individu et sa fonction de policière, puis entre cette dernière, ses capacités professionnelles et le tout-public. C’est dans ces articulations ou contractions que se cachent les exigences mais aussi les dilemmes éthiques des policières.

Ce n’est pas parce que je suis policière que je ne commets point d’erreur, ni que je ne transgresse pas la loi, parfois. Dès lors, il m’appartient, comme policière, de préserver un rapport privé sain à ma fonction étatique et publique. De la même façon, en ma qualité de policière, je veille au lien que j’entretiens avec les tiers et leurs contradictions. Leurs contradictions pouvant être aussi les miennes. Et cela est possible que si je dispose d’une marge de manoeuvre, sur le champ de mon exercice professionnel, qui me permette, par exemple, de renoncer à intervenir face au rassemblement d’un millier de jeunes. Ce, dans le but de ne point laisser dégénérer une situation déjà tendue.

Dans mon for intérieur, toute policière que je suis, je perds peut-être une bataille de conscience avec moi-même, mais je gagne la paix avec une population que je sers et protège toute entière.

 

*en temps de paix, l’armée peut effectivement venir en aide auxiliaire des polices mais pas se substituer à elles.

Post-Covid-19

Contre vents et marées

Comme d’autres analystes de terrain, je prépare mon déconfinement professionnel et mon retour physique dans les centres d’intervention. Exercice tendu. Nombre de mes bénéficiaires (inspecteurs sociaux, ambulanciers, policiers, etc.) sont extrêmement fatigués, au bord du gouffre, elles et ils tentent de récupérer les fatigues lancinantes de la crise. À cela, il faut ajouter les cumuls des programmes, usuels et compensatoires. L’implosion pointe son museau.

(2 minutes de lecture – image d’accueil : tableau d’Auguste Mayer – bataille de Trafalgar, 1805)

Les premières réponses à mes sondages de restauration professionnelle sont éloquentes. En résumé : comment se servir de cette transformation de vie pour renaître plus fort, mieux préparé ?

Il nous advient, à mes partenaires et moi-même, d’intégrer les phénomènes de rupture, de changement managérial et de refondation professionnelle à nos programmes d’accompagnement et de formation, dès la semaine prochaine.

De nos expériences, un maître-mot s’impose :

Contre-pouvoir

Le contre-pouvoir est la clé de voûte de toute organisation démocratique vivace.

Maintenant que le Covid-19 s’estompe temporairement, et avant que son clone ne surgisse, ou que le désordre supplante le virus en France et ailleurs et que nos libertés individuelles compensent nos absences temporaires, vérifions l’état de santé de nos contre-pouvoirs politiques et institutionnels.

Justement, le contre-pouvoir tient le premier rôle dans l’excellent plaidoyer tricolore de Vincent Lindon. L’acteur français soulève des propositions concrètes et alimente le débat public. Vidéo de Vincent Lindon ici.

Exemple local

Ce même contre-pouvoir a manqué à l’ordre des avocats vaudois. Un contre-pouvoir capable de recueillir en toute indépendance et en toute confidentialité les cas d’harcèlements sexuels. Et, il manquera encore et toujours si d’autres avocats sont nommés pour traiter le problème. Vous savez, les fameux cordonniers les plus mal chaussés… Car le contre-pouvoir nécessite d’être naturellement étranger et détaché (sans parité professionnelle) de son environnement institutionnel ; libre dans son discernement, ses convictions intimes et ses déclarations publiques.

Le contre-pouvoir est distinct de la personne de confiance

La personne de confiance instaurée par l’arrêt du Tribunal fédéral le 12 mai 2002, et qui, en substance, impose à chaque entreprise de nommer une personne de confiance lorsqu’un doute subsiste sur les risques de protection de la santé et de l’intégrité personnelle de ses employés. Cette personne de confiance est nommée à l’interne de l’entreprise ou dans un voisinage professionnel proche. Elle doit répondre à plusieurs critères préalables. Voir le blog Le Temps de Cécile Laffont (GRH) qui présente les contours de la personne de confiance.

Le contre-pouvoir, finalement, c’est quoi ?

Le contre-pouvoir puise ses racines en dehors des sphères d’influence de l’entreprise. En police, par exemple, une inspection générale des services (IGS) ne saurait être suffisamment objective, neutre et indépendante face à l’institution qui l’emploie si par mésaventure cet organe devait dénoncer des abus de pouvoir.

Nommons les contre-pouvoirs qui nous sont utiles et qui garantissent la fabrication de notre démocratie malgré les restrictions de liberté temporaires, malgré les crises sanitaires, malgré les pénibilités économiques.

Tel est le défi de la restauration sociétale et du changement managérial post-Covid-19 qui nous attend.

Bonus : RTS du 7 mai 2020 “Enfants des années 30, Noam Chomsky et Edgar Morin redoutent un après-Covid totalitaire.”

Dans la tête d’un… flic

… que se passe t-il dans la tête d’une policière confrontée à la face sombre de notre société ?

(2 minutes de lecture – Le féminin comprend le masculin)

Selon les témoignages ainsi que les avis d’expertes recueillis au sein de – l’excellente ndlr. – émission “Dans la tête d’un… ” diffusée, sans poisson, le 1er avril 2020 sur RTS 1 : des hauts et des bas…

Policière : c’est encourir le risque de se noyer dans son propre destin professionnel

L’écart est vertigineux entre la représentation fantasmée de certains spots de recrutement et la réalité quotidienne au sortir de la formation initiale de policière. Les convictions vacillent.

Les formations initiales et continues ne préparent pas suffisamment la future policière, de même que l’expérimentée après 4, 5 ou 6 années, à la gestion de ses émotions, à la régulation de ses états d’âmes, à l’hostilité de certains publics révoltés ou en détresse. Engoncée au sein d’une organisation généralement ultra-formelle et stricte, ultra-hiérarchisée et superposée de couches de services stériles et interminables, la policière encourt le risque de se noyer dans son propre destin professionnel.

Remèdes

Pour y remédier, j’entrevois trois pistes :

1. En formation : renforcer ou introduire les thématiques et les méthodologies propres à la relation d’aide, à l’observation géopolitique, à la remise en question, à l’innovation et à la collaboration pluridisciplinaire. En clair, doubler le temps de formation initiale, de 2 à 4 ans ; à l’image des travailleuses sociales, des ambulancières, des soignantes, etc.

2. Renforcer l’autonomie des agentes, cultiver l’erreur comme outil de gestion et de perfectionnement et encourager les initiatives originales. En bref, s’engager en recherche action & développement et offrir des espaces de vidage et de réhabilitation.

3. Prévoir qu’après 5 ou 6 ans d’exercice, la policière puisse être invitée à séjourner temporairement dans un autre service de l’État communal, cantonal ou fédéral ; pour changer d’air et se ressourcer. Exemples d’employabilité : les services hospitaliers, l’accueil et l’accompagnement des migrants et des requérants d’asile, les secours d’urgence pré-hospitaliers (ambulances), le travail social hors murs, l’instruction publique (prévention et instruction routière), les offices de tourisme, la protection de l’environnement, l’accueil de nouveaux habitants, etc.

Mieux comprendre son environnement sociétal permet de durer dans son job, de nuancer ses préjugés et d’élargir son horizon pour mieux respirer. Au contraire, l’isolement corporatif pervertit le pouvoir que détient la policière dans l’exagération et l’abus. Cet enfermement favorise des comportements sectaires et de compromission malsains et dangereux pour notre démocratie.

Que respire, respire la profession de policière !

Visionner “Dans la tête d’un…flic” sur RTS 1 ici

Visionner “Dans la tête d’un…flic” sur mon site fredericmaillard.com ici

Maintien de l’ordre (en France) : à quel prix ?

Tel est le titre du rapport de l’ACAT-France sur le maintien de l’ordre des polices françaises (Police nationale – Gendarmerie nationale).

Un rapport accablant

Plus d’un an d’enquête, d’entretiens avec des victimes, des expert-e-s, des policiers et des représentants de la défense du Droit et des autorités sur 200 pages documentées, avec tableaux, schémas, explications des mises en oeuvre de la force et des sommations, chronologie historique, planches techniques, descriptions des armes et des équipements, chiffres et lexiques. Un travail fouillé et rigoureux.

Des faits vérifiés. La psychologue d’urgence, Noelia Miguel (Aradas) et moi-même, en avons été témoins.

La démonstration est éloquente, imparable. Ce rapport fera date, les aveux abondent dans des médias objectifs et d’utilité publique.

Vous vous en doutez, il en ressort l’impérative nécessité d’une nouvelle doctrine et la composition de formations pluridisciplinaires évolutives à l’exemple de ce qui se fait dans d’autres pays – voir dernier paragraphe du présent blog.

Résumé du rapport Maintien de l’ordre : à quel prix ?

Rapport Maintien de l’ordre : à quel prix ? pdf complet 

(Photographie de Réforme – Hebdomadaire protestant d’actualité – 11 mars 2020)

L’article publié le 11 mars 2020 dans l’hebdomadaire français Réforme

Selon l’ACAT, bien loin de concourir à apaiser les tensions et à maintenir l’ordre, le recours systématique aux armes de force intermédiaire est susceptible de générer une escalade de la violence.

Le maintien de l’ordre actuel en France est dysfonctionnel, de l’avis même des spécialistes. Des unités non spécialisées sont mobilisées ; inadéquates, mal renseignées, mal commandées et non formées. Elles ont régulièrement recours à des actions disproportionnées qui débordent alors qu’elles auraient pu être évitées (dès la page 72 du rapport).

Un autre maintien de l’ordre est possible.

28 recommandations

… parmi celles-ci :

Nommer des observateurs de manifestations

Garantir la présence de journalistes et le droit de filmer pour tous (p.103)

Une meilleur identification des agents des forces de l’ordre

Juger et décider de véritables sanctions

et … créer des organes de contrôle indépendants.

De la nécessité de créer des organismes de contrôle indépendants

Les défauts des polices françaises – et des polices suisses s’agissant de l’absence d’organes indépendants de contrôle -, à commencer par celui de ne pas devoir rendre des comptes à des organes neutres, apolitisés et indépendants, sèment le doute sur notre modèle démocratique. Ce qui, en soi, est très préjudiciable. Quelle exemplarité ? Quelle pédagogie ? Le bien-fondé de telles polices, comme de toute autorité, peut se résumer à la séparation des pouvoirs. Il n’existe pas de polices de Droit, civiles ou militaires, qui puissent exercer sans remettre et déposer enquêtes, preuves et rendus d’auditions à l’autorité judiciaire.

Un puissant aveu d’échec

Comment se fait-il que pour elles-mêmes, les polices, dans leurs propres gestions des affaires internes, ne sachent, ni ne puissent opérer ce qui les fondent, respecter ce qu’elles proclament ? À savoir, garantir un traitement séparé de l’analyse et du jugement de ses éventuels dysfonctionnements ou irrégularités. Font-elles parties de la solution ou du problème ? Cette question supplante toutes les autres recommandations du rapport en question.

S’inspirer des pratiques d’autres pays

Dans plusieurs pays des maintiens de l’ordre ratés ont engendrés au fil du temps des refontes innovantes et salutaires. Le rapport de l’ACAT donne des exemples concrets de défaillances (p. 140) et dresse le portrait des pays qui ont réformé les gouvernances de leurs polices. Parmi ceux-ci, la Suède avec ses officiers de dialogue (p. 151) mais aussi les “peace unit” aux Pays-Bas ou les “Police liaison officers” en Angleterre. En Allemagne, sont également déployées des unités de dialogue, lors des manifestations ou rencontres de football. L’objectif de ces unités est de faire en sorte que les actions de la police soient systématiquement expliquées, afin d’être correctement comprises et interprétées par les manifestants. Quant à l’Irlande du Nord (p. 156), un expert de l’OSCE explique à l’ACAT : ” La police est passée d’une logique de confrontation avec un usage important de la force vers un maintien de l’ordre de meilleure qualité, avec un vrai commandement, une bonne formation, l’application des principes des droits de l’homme. “