Les paliers du déni

Le temps et la raison passent leurs chemins… en polices comme partout ailleurs.

1993. Berne. Je préside la première Commission de vigilance et de prévention des violences policières et militaires de Suisse. Ce groupe de travail composé d’officiers de polices cantonales et d’officiers EMG militaires pose les bases de ce qui deviendra plus tard le Brevet fédéral de policier. Lors d’une séance, on me rétorque alors : “Maillard, des femmes policiers (pas… – ères ndlr.), vous n’y pensez pas. On voit bien que vous ne connaissez pas le métier. C’est impossible.”

Lire le sujet de Sylvia Revello dans Le Temps du 8 mai 2018 sur une policière vaudoise, pionnière de gendarmerie

2003. Genève. Canton pilote. Je suis sollicité et engagé pour élaborer les premiers cours de comportements policiers, droits humains et valeurs fondamentales du 1er Module (sur quatre) du Brevet fédéral de policier de base ainsi que pour rédiger les tests et examens finaux éliminatoires pour le compte de l’Institut Suisse de Police. “Un brevet pour intellectuels. En tous les cas pas pour des policiers. Ce brevet ne tiendra pas plus de deux ans !”

2005. Lausanne. Polices cantonales genevoises et vaudoises. “Nous sommes gendarmes. Pas des policiers; ça n’a rien à voir…”

2007. Genève. Je suis chargé de concevoir, de piloter et d’encadrer les premiers cours du Diplôme supérieur de policier suisse. À la demande des autorités, j’organise les premières analyses de pratiques professionnelles qui, très vite, deviennent obligatoires. “On n’est pas des travailleurs sociaux, ni des militaires d’ailleurs, pas des soignants non plus, ni des … on est à part. Merde !”

2007. Lausanne. Publication du rapport sur le fonctionnement de Police Secours de la Police Municipale de Lausanne (mai 2007 – GTPS). Confirmation de dysfonctionnements et de violences graves. “Vous croyez quoi ? Qu’on allait dévoiler nos méthodes au grand jour…”

2008 à 2011. Genève. À cette date, je travaille pour huit Corps de police suisses. Sollicité par d’autres Corps alémaniques, la Police cantonale genevoise insiste pour que je poursuive à leurs côtés encore quelques années et que je me charge aussi des remédiations de l’examen final et éliminatoire en Droits humains du Brevet fédéral en faveur des ressortissant-e-s de l’Académie de Police de Savatan. Lors de ces séances de rattrapage, je reçois, à mon insu, des témoignages alarmants.

2013. Martigny. À la demande de policières et policiers (parmi lesquels des officiers judiciaires) en exercice et soumis au secret de fonction je porte à connaissance les dégradations et les maltraitances avérées qui se sont produites et semblent toujours se produire (à cette époque – 2013) à l’Académie de Police de Savatan.

2015. Zurich & Lausanne. À l’appui d’aveux professionnels qui me sont directement confiés – et sans que je puisse avoir accès à d’éventuelles statistiques, qui, d’ailleurs, ne semblent point exister en la matière / un porte-parole de police me confiait dans le même temps qu’il triait les affaires internes avant toute communication aux pouvoirs politiques – je constate une détérioration (lors d’une intervention sur cinq en moyenne) du rapport relationnel entre le policier et la personne interpellée. “Pas du tout. Vous n’avez pas de chiffres. Tout va bien.”

2018. Lausanne. “La formation de Savatan est bonne car la criminalité est en baisse.”

Voir et écouter le débat animé par Virginie Gerhard pour La Télé du 2 mai 2018

Découvrir, ici, les quatre pistes de résolution que je propose. Opinion Le Temps publiée le 17 avril 2018

Pot-au-feu

Tu mélanges tout et tu laisses cuire à petit feu…

Les ingrédients :

… les dealers, des policiers, une académie de police, celle de Savatan et les sociologues… forcément gauchistes. Attention, depuis peu, on compte d’autres policiers… de la République genevoise (gauchistes eux aussi ?).

Revendiquer pour nos polices une meilleure formation et un comportement régulé lors de certaines interpellations de rue fait de vous un gauchiste détracteur qui épargne les dealers et s’acharne sur les agents d’ordre.

Cette contraction vient de toi.

Qui d’entre nous peut prétendre sonder les intentions et les référencements des personnes en proie aux drogues ? Personne. Leur sort est privé autant que sanitaire.

Qui d’entre nous peut prétendre stopper les intentions et les référencements des trafiquants de ces mêmes produits stupéfiants ? Les enquêteurs de long cours, probablement, le néfaste business n’ayant point été radié à ce jour.

Qui d’entre nous peut prétendre sonder les intentions et les référencements des policiers de fonction, faisant face à leurs difficultés opérationnelles ? Tout un chacun. Leur ressort est public ; comme le sont leur formation, leur légitimité, leurs moyens et leur assermentation.

C’est la distinction que je fais.

Une distinction de posture, Mon cher.

Le destin des dealers ne m’appartient pas. Ils ne détiennent rien de ce qui fait l’État et de ce qui me tient à cœur. Rien.

Tout au plus, puis-je interagir politiquement, à droite comme à gauche.

Le destin des policiers m’appartient. Ils représentent l’État, le service public, nous tous.

Dans le service et la protection qu’ils nous doivent, je suis le bénéficiaire de leur fonction publique et d’exemplarité. Toi aussi.

Toutes les violences

Les violences à l’encontre des agents de la force publique sont intolérables et me révoltent. Je les sais en augmentation. Je m’en inquiète grandement, aux côtés des policiers, sur le terrain, tous les jours. Fort de ce constat, je pourrais m’époumoner comme tu le fais et réduire à petit feu les distinctions, les contextualisations et les rapports de force.

La cuisson

… c’est la stigmatisation des personnes, celle que tu prônes et qui empêche de se remettre en question. Prétendre que la violence de rue serait le spectre d’un seul camp et que leurs complices sont les sociologues et les gauchistes est une grotesque mise en corner du seul ballon de résolution que nous possédons.

Pourquoi ?

Parce que la violence se fout des bords, des partis politisés, des tendances et des professions. Elle s’infiltre partout. Gros malin, tu l’ignorais ?

Que faire alors ?

Agir sur les dealers qui nous échappent autant qu’à toi ?

Ou agir sur nos polices parce qu’elles nous représentent ?

Alors, tu choisis quel champ d’intervention pour grandir le référencement de notre Constitution ? Le champ que nous ne maîtrisons aucunement ou celui que nous maîtrisons ? Décide-toi !

Mon choix ne souffre d’aucun doute depuis l’introduction en 2004 du brevet fédéral de policier.

Et le tiens, ton parti pris ? Il dit quoi ?

Si tu crois pouvoir te désinvestir du service public – que porte emblématiquement tout policier sur lui et en lui – et que tu te permettes de ne plus le détenir, de ne plus le cautionner, de ne plus le grandir, ne compte pas sur moi ni sur les policiers cantonaux genevois – de gauche (hic ?) – qui se sont exprimés en pleine page du reportage de ta consœur Sophie Roselli (de gauche aussi ?) dans la Tribune de Genève (de gauche encore ?) mercredi 11 avril passé.

20 ans déjà et encore

20 ans déjà !

Le temps d’un souffle, d’une génération et nous célébrons aujourd’hui la croissance d’un média de référence – Le Temps – initiateur et hébergeur de ce blog. Que mes vœux les plus fous accompagnent toute son équipe !

Nos polices dans 20 ans

Le temps de progression pour nos polices ; mieux servir et protéger ; accueillir les plaintes, établir les faits, écouter les témoins, rassembler les preuves, monter les enquêtes, maîtriser ses paroles et ses gestes.

20 ans pour grandir sa fierté, celle de femmes et d’hommes d’État, de Droit civil et de service public, assermenté-e-s, garant-e-s et détenteur-trice-s des valeurs fondamentales et constitutives* de notre démocratie.

20 ans encore…

Le temps pour nos polices de se restaurer et de compter autant de femmes que d’hommes, de toutes origines, dans leurs États-Majors.

   

20 ans pour que nos corporations de polices deviennent de véritables instituts de recherche et de résolution pluridisciplinaires.

20 ans pour surpasser la force physique par le discernement, l’adaptation et l’investigation.

20 ans pour se défaire du maintien de l’ordre.

20 ans pour créer des commissions indépendantes de vidage et de traitement des erreurs.

20 ans pour réduire les grades.

20 ans pour y croire ; ne pas céder aux peurs ni aux préjugés et encore moins aux discriminations.

20 ans pour défendre les plus faibles, les minorités et la diversité du commencement à aujourd’hui !

Préambule … sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres,

Polices : instaurer un SAV

Le SAV – Service après-vente – des polices serait profitable à tous et permettrait de réduire les effets boomerang et les retours de balanciers.

Il manque un Service après-vente au sein de nos polices européennes.

Suite à une intervention houleuse ou agitée toute police trouverait un intérêt managérial et collectif à se soucier de la bonne réception et de la bonne compréhension de son action auprès des personnes témoins de la scène.

Imaginons : l’appel secours à la centrale et le signalement d’une probable violence domestique, l’intervention d’une première patrouille, dans un immeuble, 4ème étage, des cris, les lumières intermittentes dans la cage d’escalier, une deuxième patrouille, une troisième, des voisins sur les paliers, des portes qui claquent… des enfants qui pleurent… finalement, la police emmène untel, père de famille connu du voisinage et familièrement apprécié… Imaginons les incompréhensions, les questions… laissées sans réponses. La police se devrait de retourner sur les lieux, quelques heures ou quelques jours plus tard, offrir de l’information, naturellement sans dévoiler les détails de l’enquête en cours ni attenter à la sphère privée des personnes concernées.

Juste expliquer le processus

Un appel urgent, des patrouilles dépêchées sur les lieux, les précautions d’usage, deux mots sur la tactique, l’établissement des faits et ce service public offert indistinctement à chacune et chacun ; retour auprès des voisins, des témoins, distribution de cartes de visite ou de dépliants, des coordonnées et une disponibilité en guise de prévention.

Bénéfices communs

Avec cette offre de médiation bien des situations conflictuelles en des zones problématiques s’apaiseraient au lieu de renaître de plus belle après le départ de la police. De plus, avec un tel Service après-vente la police bénéficierait d’une occasion unique d’évaluer et de valider ses missions auprès du public et, bien entendu, d’améliorer encore et toujours ses procédures et ses méthodes de travail.

La sécurité à la demande n’est pas policière

“Les Agents (des Polices Municipales (APM) genevoises ndlr.) des communes de Chêne-Bougeries et Veyrier effectueront des rondes spécifiques chez les habitants ayant annoncé leur absence.”

“Nos agents… font le tour de la maison. Pour les appartements, ils montent à l’étage…”

(2 minutes de lecture. Le féminin est compris dans le texte)

Sécurité sur mesure offerte par les communes, titrait 20 minutes le 1er février passé.

Cette nouvelle prestation, selon vous, pose-t-elle problème au principe de la régie policière ? Telle est la question, empreinte de doutes, du chef opérationnel d’une police vaudoise. (Merci au Capitaine P. de m’avoir interpellé à ce sujet)

Ma réponse : oui

Tout d’abord, je distingue ces commandes spécifiques des actions préventives qu’effectue toute police ainsi que des alertes ou signalements communiqués aux polices par la population.

Je suis navré de constater, une fois de plus, que ces Polices Municipales genevoises sont détrônées de leur intrinsèque nature policière. Déjà qu’elles ne bénéficient pas du Brevet fédéral, elles sont en plus considérées (à tort) comme des sous-polices ou des polices partielles. En leur confiant ce type de mission, à la demande des habitants, leurs autorités communales n’améliorent pas leur statut.

Voici pourquoi

1. Erreur de casting. Une telle initiative est intéressante en soi mais devrait être confiée à des employés communaux non policiers ou à des prestataires privés. Toute police est au service de la population mais ne lui est pas subordonnée. La police est un organe médium (ou “vis-à-vis”) entre le pouvoir exécutif, d’une commune par exemple, et la population ou entre le pouvoir judiciaire et la population ou/et sa défense.

2. Entrave à la liberté d’action de la police. Une telle initiative compromet le moyen discrétionnaire et d’opportunité propres (en plus du pouvoir de coercition) à nos polices d’État de Droit.

3. Les prérogatives de police des APM sont déjà limitées. Une telle initiative réduit encore davantage le champ d’initiative et de pouvoir de ses agents.

4. Réduction du discernement policier. Un policier qui répond à une préoccupation (ou parfois à un caprice ?) privée quitte son champ public d’intervention et n’exerce plus la vigilance objective et désintéressée que requiert sa fonction.

(Photographie : 20 minutes)

Conséquences problématiques

Avec une telle offre, on se trouve face à une contorsion de la régie policière suisse, qui, pour rappel, définit qu’un policier ne doit pas violer ou investir la sphère privée* de tout un chacun, hormis lorsque les juges l’y autorisent (perquisitions, écoutes téléphoniques, etc.) et ce, pour des raisons majeures.

Le champ policier est public, non privé. La surveillance du champ privé est, par conséquent, confié à des sociétés de sécurité privées, complémentaires.

Pendant que le policier répond, à la carte, à une préoccupation de bienveillance privée, il ne peut pas détecter d’autres incidences spontanées ni prioriser les secteurs vulnérables de sa commune et encore moins concevoir son action discrétionnaire tel que l’exige pourtant son statut de policier de proximité. Un tel pli dans son activité quotidienne risque de porter préjudice à l’intérêt commun et de favoriser, à terme, les personnes les plus craintives ou les plus aisées.

Une action de police répond à l’acte** au profit de la personne et de la collectivité et non à la personne au profit d’un éventuel acte.

 

* … en plus du respect de la sphère privée, la régie policière impose le respect de la présomption d’innocence (seule la justice définit la culpabilité – séparation des pouvoirs), la conduite des investigations pour le meilleur procès équitable possible, le respect intégral de la dignité humaine et l’annonce des motifs dans l’arrestation provisoire (aussi appelée garde à vue).

** avec ses faits, indices, témoins et preuves.

La terre de nos désillusions

Mon monde à moi

J’ai choisi de développer nos polices parce que dans la pire extrémité, celle que personne ne peut exclure, ce sont bien elles, avant toutes autres organisations, qui me réveilleront au cœur de la nuit et m’emmèneront Dieu sait où.

Le “monde” policier

Les trajectoires de nos polices croisent ou croiseront les nôtres, un jour ou l’autre, qu’on le veuille ou non. Nos terrains de vies cohabitent.

Et pourtant, il n’est pas rare que j’essuie de telles formules :

«De quoi parle-t-il ? Il n’a jamais menotté. », «Que connaît-il de notre terrain, et la nuit ? »

À toutes ces paraphrases, je pourrais en livrer une autre, plus répandue encore : « Les cordonniers sont les plus mal chaussés. »

 

Trêve de réparties.

 

Le terrain policier m’échapperait comme il échapperait à une majorité d’entre nous ?

On finirait par le croire à écouter certains fonctionnaires du service public. Ces derniers semblent se ranger dans un monde à part auquel ni vous ni moi ne saurions accéder.

Franchement, demande-t-on à son médecin de famille s’il a contracté préalablement la maladie qui nous ronge ou s’il a subi l’accident qui nous invalide ? Peuvent-ils, les professionnels des soins d’urgence, ou de la médecine, nous prodiguer conseils et attention alors qu’ils n’ont certainement jamais exercé notre activité professionnelle ni effleuré nos conditions de vies ?

Qui aurait la prétention d’exiger du policier qu’il commette préalablement délits, infractions et crimes de toutes espèces afin de pouvoir en mesurer les épaisseurs ? Qu’est-ce donc cette notion toute policière de suprématie sur les aléas, sur les failles et les troubles de nos existences ?

Cette forme d’intouchabilité ?

Les policiers connaîtraient-ils mieux les fêlures de toutes vies, mieux que celles et ceux qui les endurent ?

« Et la présomption d’innocence ? À sens unique ? Elle est aussi valable pour nous autres les policiers. »

Me rétorque-t-on encore.

Comme je ne commente jamais la personne du policier en particulier, l’allusion a, sans doute, trait à l’institution… Mais, je vous le demande. Cette institution ; est-ce bien la leur ? N’est-elle point critiquable ? Je les entends ces mêmes agents, tous les jours, dans leurs voitures de patrouille et dans les vestiaires, incendier leur employeur, critiquer l’État, la justice et se plaindre de leurs conditions de travail.

Je ne me permets pas d’hypothéquer le métier de policier, leur métier au sens technique, celui qu’ils accomplissent souvent avec efficience.

Un métier que je respecte beaucoup

Par contre, toutes les références de droit qui nous unissent et qui fondent le lien social, notre bien commun ; la fonction policière déléguée, assermentée et rémunérée par les citoyens bénéficiaires que nous sommes, toutes ces attributions publiques de service et de protection, elles, et bien elles continueront de forger mes exigences à la mesure des difficultés du monde. Car rien qui ne me concerne ou implique la quête de nos polices m’est étranger.

Une fonction commune

Enfin, ces terrains policiers que je ne saurais fréquenter ne peuvent pas se trouver ailleurs que dans notre monde. Autre part qu’en Suisse, dans un canton ou une localité avec lesquels je partage le sort comme tout résident.

Comment est-ce possible et par quel miracle ou quelle déportation corporelle puis-je en être davantage éloigné que nos policiers ?

Arpentent-ils un autre monde que le mien, une autre terre que celle que nous empruntons à nos enfants ?

Un monde à partager

Nous n’avons pas besoin de policiers qui sécurisent un autre terrain que celui où nous vivons.

Nouvel an, mise au rang, pan pan pan

Une petite mise au rang pour le nouvel an ?

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Lorsqu’on m’interroge sur les causes qui entravent les évolutions de nos polices, celles qui persistent envers et contre tout, j’en évoque principalement deux.

  1. La mise au rang ou l’anesthésie des grades

J’ai constaté que bien des policiers civils* bradaient leur ambition originelle et annihilaient leurs initiatives dans une lente et rampante dilutions de leur responsabilité personnelle lorsque celle-ci était mise au rang.

C’est souvent comme ça dans les corporations détentrices d’armes, d’ordre et de sanction. L’appointé est mis au rang par l’appointé-chef qui est mis au rang par le caporal qui est mis au rang par le caporal-chef qui est mis au rang par le sergent qui est mis au rang par le sergent-chef qui est mis au rang par le sergent-major qui est mis au rang par l’adjudant qui est mis au rang par le lieutenant qui est mis au rang par le premier-lieutenant qui est mis au rang par le capitaine qui est mis au rang par le major qui est mis au rang par le lieutenant-colonel qui est mis au rang par le colonel qui ne sait plus pourquoi il est là.

 

C’est ainsi que voulant protéger son métier, notre policier le perd.

  1. Les sous-groupes informels

Ils constituent la deuxième entrave et sont encore plus sournois que la mise au rang décrite plus haut. Ces groupuscules opèrent leurs influences dans les coulisses, les carnotzets et les vestiaires. Ces sociétés, fraternités et autres clubs, plus ou moins secrets, de type mafieux, para-sportifs, pseudo-guerriers, agissent selon le principe de la redevabilité. Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette…

La franc-maçonnerie, au demeurant honorable dans ses buts, est, entre autres confréries, régulièrement suspectée par certains policiers d’influencer le choix des promotions au sein d’institutions policières suisses. C’est aussi le cas à l’étranger comme nous le révèle cette nouvelle affaire qui secoue le Royaume-Uni. Le débat fait actuellement rage dans les rangs de la Police d’Angleterre et du Pays de Galles après le départ, fin décembre 2017, du chef de la Fédération nationale de ladite police. Celui-ci critique les liens occultes qui semblent favoriser les membres de la société franc-maçonne au sein de l’institution policière. Ces mêmes compromissions bloquent, toujours selon lui, plusieurs réformes à l’interne. À l’inverse, le responsable de la Grande Loge unie d’Angleterre s’est plaint publiquement et par voie de presse des pressions subies par ses membres, notamment ceux qui exercent une fonction de police. Ceux-ci sont souvent contraints de se réfugier dans l’anonymat. L’ex-chef de la Fédération de Police d’Angleterre et du Pays de Galles, quant à lui, rétorque et précise qu’appartenir à la fois à la franc-maçonnerie et à la police expose les agents concernés à des situations délicates et à des formes d’allégeance pour le moins ambivalentes. Enfin, toujours selon cet ancien représentant de police, il semblerait que les femmes et certains ressortissants des minorités en fassent les frais.

Pas de doute, c’est plus d’une nouvelle année et ses douze mois qu’il nous sera nécessaire d’arpenter, contre vents et marées, pour restaurer le management de nos polices civiles.

*Les grades sont par contre utiles, voire nécessaires, dans les structures militaires, celles prévues pour l’état de guerre, celles soumises au régime judiciaire d’exception et devant agir dans les situations de dégénérescence et de violence généralisées. Dans pareille déconfiture, les ordres ne sauraient être discutés. À contrario, les polices civiles s’activent dans des régimes de paix et interagissent avec des organes et des appareils de pouvoirs civils et pluridisciplinaires. Dans les temps de paix, les innovations et les résolutions naissent précisément en dehors des soumissions et des gradations, elles apparaissent dans le débat contradictoire et les remises en question.

Police violentée

Inaperçues, les conclusions du rapport du Conseil fédéral publiées le 1er décembre 2017, il y a seulement quelques jours, recouvertes qu’elles ont été par d’autres faits d’actualité et harcèlements sexuels.

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Mieux protéger les employés de l’État contre les actes de violence,

tel est l’intitulé de ce rapport qui donne réponse au postulat 13.4011 de la Commission des Affaires Juridiques du Conseil National *.

Conclusions du rapport

Nous lisons dans ce rapport qu’à défaut d’un état des lieux national il est pour l’instant quasi impossible de répertorier de façon objective les actes et tentatives de violence à l’encontre des employés de l’État (policiers, gardes-frontière, travailleurs sociaux, personnel hospitalier ou scolaire). Les disparités statistiques d’un canton, d’une Commune, d’une institution et d’une autorité à l’autre sont trop importantes. Les seuls chiffres, non définitifs, en relation avec les condamnations de l’article 285 du Code Pénal montrent une oscillation depuis 2006 et une légère baisse, inexplicable, depuis 2012 et 2013… Néanmoins, le Conseil fédéral propose quelques pistes d’amélioration ; législative, organisationnelle, pédagogique et de politique sociale.

D’autre part, l’usage des armes à feu par les agents d’ordre dans le cadre de leur fonction à diminuer de moitié depuis 2010.

Réflexion

Les violences à l’encontre des employés d’État sont aussi significatives qu’inacceptables. S’il est vrai que les policiers, par exemple, sont la représentation instituée et uniformée du gouvernement exécutif, il n’en demeure pas moins que ce sont des femmes et des hommes, en chair, en os et en émotion, qui animent la fonction.

Des responsabilités distinctes

Il est entendu que dans l’exercice courant de sa pratique, le policier engage plus de responsabilité que le citoyen ou le résident. Il représente l’État et les moyens qui lui sont conférés sont bien plus importants que ceux dont bénéficient le citoyen.

A quoi reconnaît-on un policier ?

C’est la raison pour laquelle j’interroge toujours et d’abord l’acte assermenté du policier avant la liberté du citoyen.

Deux paradoxes

  1. Comment valoriser l’humain derrière la fonction, notamment policière, tout en préservant l’uniformisation et le matricule ?
  2. Comment valoriser la fonction sans déshumaniser le policier ? Alors que d’aucun voudrait voir cette fonction augmentée et davantage robotisée ?

Ces deux questions, comme autant de dilemmes, sont lourdes de conséquences. Car privilégier l’humain derrière le policier c’est risquer son intégrité comme le montre bien les conclusions du rapport fédéral cité plus haut.

En résumé, s’en prendre à l’État c’est toucher l’humanité du fonctionnaire. Par trop surprotéger l’humanité du fonctionnaire c’est prendre le risque de dénaturer l’objectivité et la moralité de l’État.

* En octobre 2010, le Conseil national a renvoyé à sa Commission des affaires juridiques la pétition 10.2016 ” Stop à la violence contre la police” déposée par la Fédération suisse des fonctionnaires de police (FSFP), afin qu’elle élabore une intervention parlementaire dans ce sens. Ladite commission a ainsi déposé en novembre 2013 le postulat 13.4011 “Mieux protéger pénalement les employés de l’État contre les actes de violence”, qui charge le Conseil fédéral d’évaluer dans le cadre d’un rapport la nécessité de prendre des mesures pour mieux protéger les employés de l’État contre les actes de violence.

Complément avec l’Avis d’expert « Violences : qui est responsable ? » publié par le quotidien Le Temps le 24 février 2012

Racial Profiling – l’évaluation zurichoise

La ville de Zurich et son Département de la sécurité ont présentés hier matin (lundi 20 novembre 2017) l’évaluation “Racial Profiling” de leur Police municipale. Cette étude a été réalisée par le Centre suisse de compétence pour les Droits humains (centre mandaté par la Confédération) et donne réponse au postulat 2015/107 du Conseil Municipal de la Ville. Il en ressort des constats importants mais connus et des propositions pour l’évolution de nos polices (pages 16 et 20, 21 du rapport d’évaluation en question). Le rapport se réfère également aux pratiques d’autres pays.

Voir sujet développé par Ariane Gigon, correspondante alémanique, et publié ce jour (21.11.2017) dans huit quotidiens romands dont La Liberté et répercuté ce matin en revue de presse RTS La Première par Valérie Droux.

Pour ma part, j’appuie et “fais miennes” les propositions énoncées et approuvées par la Ville de Zurich.

Résumé en cinq points

  1. Recrutement : encourager les diversités culturelles, augmenter le bassin des origines culturelles des candidats.
  2. Renforcer la transparence des chiffres à l’interne de la corporation, puis les publier à l’externe. Ne pas camoufler ou diluer la nature des problèmes sous les voies de service…
  3. Mêler l’enseignement en Droits humains aux apprentissages pratiques de terrain.
  4. Annoncer les risques et développer (ou améliorer ?) un système d’enregistrement des incidents racistes.
  5. Davantage coopérer avec les partenaires extérieurs comme les organisations non gouvernementales.

Les options prises par la Ville de Zurich et relayées par le Centre de formation des Polices de Zurich sont encourageantes.

Voir également l’article du 10 novembre 2017 paru dans le quotidien La Liberté. Ariane Gigon. La Police de la ville de Zurich ne communique plus la nationalité des prévenus.

Journalisme bafoué = “policisme” raté

Que c’est dur pour un policier formaté et encaserné dans sa tête de saisir l’orientation et la destination journalistiques, de piger que la mission du journaliste poursuit le même but démocratique que la sienne.

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Oh que c’est dur pour cette frange de policiers, ou de gendarmes en la circonstance, d’œuvrer à la circulation des liens de société et non à leur restriction. Car ceux-ci entretiennent toujours la même confusion professionnelle. Telle une distorsion qui puise ses racines dans une formation déformée, des instructions de défiance, de confrontation et de guerre ouverte.

L’inversion du sens professionnel

C’est cette confusion qui induit, par exemple, certains policiers à traquer de façon compulsive les contrevenants de la route. Sans même comprendre que la sécurité routière consiste avant tout à libérer les flux de mobilité en faveur du plus grand nombre et non à s’acharner sur la minorité d’automobilistes fautifs. Tous les automobilistes sont fautifs un jour ou l’autre (je ne parle pas des chauffards). Les gendarmes n’y échappent pas non plus. Ne pas discerner le sens, le rôle et la finalité d’une contravention dans ce qu’elle permet de résoudre le problème, de libérer la rue, de réduire les entraves du trafic et surtout de prévenir les accidents trouble la vision et la mission première du policier.

On ne peut pas orienter son action sur le défaut, l’erreur ou la faute. De telles méprises intervertissent le référencement professionnel des policiers. Cette inversion de sens professionnel est d’ailleurs l’une des causes de démotivation et de frustration pour plusieurs d’entre eux. Ces derniers s’imaginent parfois devoir sauver le monde : “Seuls contre tous !” ou “Sommes le dernier rempart !”. Des expressions que j’entends encore dans des formations continues.

Agir pour ou contre ?

Malheureusement, ils sont trop nombreux les policiers qui agissent contre au lieu d’agir pour.

De dé-formation en déformation, des règles de la route à celles de l’audition, l’inclinaison de la basse besogne en piège plus d’un. Et finalement, ils convoquent et interrogent la journaliste du quotidien Le Temps de la pire manière qui soit. Ces faits ce sont produits le dimanche 12 novembre passé (2017) à Briançon dans le département des Hautes-Alpes en France. Que l’on ne vienne pas me dire qu’il s’agisse d’une exception. Chaque semaine de tels comportements me sont rapportés par d’autres policiers, désemparés. Je reconnais là l’esprit conquérant et discriminant qui pousse les mauvais flics à outrepasser leur cadre professionnel. En l’espèce, il y aurait eu grave atteinte à la sphère privée, fausse évocation des motifs de convocation et d’audition et, enfin, intimidation.

De tels manquements professionnels sont nuisibles à notre démocratie et par conséquent au développement de nos polices.

Lire l’édito de Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef du quotidien Le Temps

Lire l’Avis d’expert du 13 octobre 2015 : Policier et journaliste: même combat ?