Des fusils d’assaut policiers ?

À la mi-août, plusieurs médias annonçaient que la Police cantonale neuchâteloise étudiait la possibilité de se munir de fusils d’assaut.

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

La Police cantonale valaisanne se forme actuellement à l’arme automatique (FASS 90, version courte).

Plusieurs polices de Suisse centrale ont déjà intégré de tels fusils dans leur arsenal.

Le fusil d’assaut, comme son nom l’indique, est une arme de combat. Une arme qui, symboliquement et pratiquement, entraîne les forces de paix que sont nos polices civiles dans un pli guerrier qui leur est incompatible et qui peut corrompre leur nature intrinsèque. Une arme qui fait appel à des compétences opposées à celles que développe usuellement tout policier d’état civil. De plus, le fusil dassaut n’est pas une arme propice aux densités urbaines de notre territoire helvétique. Il n’est pas indiqué en zone d’habitation : trop dangereux pour les tiers, encombrant dans son usage. Tous les policiers expérimentés ne sont pas convaincus par le fusil dassaut.

Ce vice de forme ne me laisse pas tranquille. Son acquisition ne me réjouit pas. De plus, des questions subsistent dans l’usage d’une telle arme… 

Le danger que représente les fusils dassaut en zone urbaine avec leurs balles pénétrantes et les risques encourus pour les personnes derrière l’objectif (en zone 3 pour les spécialistes, les procédés tactiques inhérents, etc. ) ?

Quelle complémentarité entre ce fusil version courte et le pistolet mitrailleur HKMP5 et ses balles déformantes ?

Malgré ces questions ouvertes et le vice de forme évoqué plus haut,

j’approuve le principe d‘acquisition de ce fusil d’assaut pour trois raisons :

1. Une telle arme permettrait de neutraliser une personne particulièrement dangereuse et menaçante, porteur d’un gilet pare-balles ou distancé, eu égard, bien entendu, à l’habitat environnant et à sa fréquentation publique.

2. Le fusil d’assaut est un outil d’extension et non de substitution comme certains moyens informatiques policiers qui potentiellement peuvent violer la sphère privée des individus. Le policier reste maître de son discernement et de sa proportionnalité. Il peut user d’une telle arme tout en préservant les valeurs démocratiques qu’il détient et qu’il représente en notre nom ; l’habilité, la responsabilité et les pouvoirs de l’agent policier ne sont en rien altérés.

3. Enfin, si nous devons nous mêler à tout instant et en tout lieu de l’action de nos polices sur le champ social de nos vies parce que nous en sommes les bénéficiaires ; les attributs métier, par contre, leur appartiennent en propre. Si certaines polices jugent utile l’acquisition d’une telle arme, je peux les suivre.

Ci-après, mon précédent blog en la matière datant du 2 décembre 2016

Des fusils d’assaut policiers

https://mail.google.com/mail/u/0/?shva=1#search/fusil+d’assaut/158b9460a7653182?projector=1&messagePartId=0.1

 Sur le même sujet voir Le Courrier du 24.08.18, pdf disponible ici

Frédéric Maillard

Frédéric Maillard

Frédéric Maillard, socio-économiste, accompagne les nouvelles gouvernances d’une dizaine de corporations policières suisses. De 2005 à 2015, il a analysé les pratiques professionnelles de 5000 agent-e-s. Depuis, il partage publiquement son diagnostic, commente l’actualité et propose des innovations. fredericmaillard.com

5 réponses à “Des fusils d’assaut policiers ?

  1. Ces fusils sont une hérésie : la police suisse n’a pas souffert de perte par armes lourdes en Suisse. Les djihadistes ne sont pas du ressort de la police cantonale mais des groupes d’assaut spécialisés déjà équipés.
    Donnez un gros marteau à quelqu’un et il verra des clous partout.

    1. Donc, selon vous, il faut attendre un mort pour que l’on prenne les mesures nécessaires ? Faites-vous pareil lorsque vous êtes malade: attendre d’avoir un organe détruit pour aller chez le médecin ?
      Votre commentaire semble indiquer un cynisme sous un couvert de bien pensance.
      L’attentat du Bataclan montre au contraire le besoin d’une capacité offensive additionnelle par rapport aux moyens quotidiens. Il n’existe aucune force d’intervention capable d’intervenir en 10 ou 15 minutes, ce qui laissent à des terroristes ou à des braqueurs professionnels lourdement armés le temps de faire des dégâts et surtout de briser toute intervention policière par une puissance de feu supérieure.
      Dans des milieux ouverts, une arme de guerre peut compenser l’inexpérience d’un tireur face à des policiers armés d’arme de poing et mobiliser des moyens importants.

      Il faut donner à la police les mêmes moyens que ceux dont disposent les criminels, sinon comment leur permettre de lutter contre ces derniers ? Et les criminels peuvent désormais disposer d’armes de guerre. Donc acte.

      1. Bonjour, certainement pas.
        Vous lirez que j’approuve l’acquisition de tels fusils d’assaut par nos polices.
        Cela signifie que les patrouilles composées de policiers généralistes ou de proximité puissent disposer de telles armes; non seulement les unités d’élite. Précisément pour ne pas devoir attendre l’arrivée d’une force d’intervention.
        Alors pourquoi, me direz-vous, cette mise en garde dans la première partie de votre blog ?
        Pourquoi ce nouvel équipement ne me laisse pas tranquille ?
        La recrudescence des armes de guerre est dangereuse et ne résout rien dans les efforts policiers de maintien de la paix civile. Une police équipée comme des militaires s’annihile, n’a plus de raison d’être. Si tel était le cas, la police pourrait céder sa place à l’armée qui en matière d’outils de guerre est mieux équipée et mieux formée. Ce serait un formidable aveu d’échec et l’abandon de notre état de paix au profit de la guerre. Les militaires seraient alors chargés de l’ordre public et les policiers actuels deviendraient leurs auxiliaires, à l’inverse de la situation d’aujourd’hui (avec un autre code pénal, d’autres législations…). Je crois et je veux impérativement développer les moyens extraordinaires, parfois méconnus des policiers eux-mêmes, que disposent nos polices pour, dans les mesures du possible, déjouer les violences des criminels, investiguer et démanteler. Selon moi et de nombreux policiers (et militaires) expérimentés que je côtoie tous les jours, nous ne devons justement pas nous abaisser à cette multiplication des armes et de la violence. Là réside le piège.
        Si (la banalité des “si”) malgré tous ces efforts, la société civile devait subir la menace imminente d’un attentat alors j’espère que les policiers présents sur les lieux et équipés de fusils d’assaut pourront neutraliser le ou les auteurs.

  2. J’adore les blogs du Temps.
    On peut y lire des problématiques totalement hors des sentiers battus médiatiques, dont on ne pensait même pas qu’elles pussent exister.
    Merci pour ce point de vue, même s’il est peu rassurant:)!

  3. J’approuve totalement cette acquisition!
    Et laissons chacun faire son job sans constamnent ramener notre grain de sel!
    Surtout que la plupart du temps, le niveau de compétence concernant le sujet des intervenants ne dépasse pas le niveau du bistrot-apéro..
    En toute amitié!

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