Bravo le CHUV ! À quand le tour des polices ?

Remarquable initiative du CHUV, qui fait tout juste.

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Je suis impatient de voir naître pareille action du côté de certaines polices… C’est pas faute d’avoir proposé. Mais, chut ! Le culte du secret, les “circulez y’a rien à voir” prédominent encore dans quelques “hôtels” barricadés.

Le CHUV s’engage contre le sexisme !

Lundi 26 novembre passé (2018), le CHUV a lancé une campagne d’affichage et ouvert une ligne téléphonique d’écoute pour prévenir et traiter les harcèlements sexuels dont sont victimes des étudiantes en médecine.

Sur RTS info, l’interview complète du directeur des ressources humaines du CHUV, Monsieur Antonio Racciatti.

Question de Nadine Haltiner, Radio La 1ère : “Est-ce que le milieu médical est particulièrement sexiste ?”

Réponse de M. Racciatti, DRH du CHUV : “Moi, je ne sais pas ce qui se passe dans les autres secteurs, je ne sais pas si le milieu médical est plus sexiste que d’autres. Ce que je peux vous dire c’est que dans l’institution du CHUV ça existe… et puis qu’on a décidé d’y remédier. Ce qui nous distingue peut-être des autres secteurs, c’est que nous on en parle et ouvertement.”

Les ingrédients d’une entreprise responsable

1. Un collectif officieux, informel, que la direction générale du CHUV reconnaît.

Je pense à un autre collectif qui dénonce depuis cinq ans les malveillances et le sexisme qui arpentent les couloirs et les salles d’entraînement de l’Académie de Police de Savatan sans que rien de conséquent ne soit entrepris pour y remédier, contrairement à ce que prétendent les représentants politiques parmi lesquels on compte Madame Béatrice Métraux et Monsieur Pierre Maudet. Ces derniers ont pourtant été alertés et interpellés de nombreuses fois par une psychologue, des intervenants juridiques, des témoins, des syndicats et les médias.

2. Les paroles sont libérées se réjouit le CHUV. La direction du CHUV, à son tour, décide d’en parler ouvertement.

Il existe encore des polices, membres assermentées du service public que nous finançons, qui craignent l’autocritique.

3. Ce collectif est pris au sérieux, il est sincèrement remercié. On lui fait confiance. Le collectif est associé, à part entière, à la direction générale du CHUV dans l’élaboration de la campagne de prévention et lors des présentations publiques.

4. Une vraie remise en question est initiée, concrètement. Elle est largement communiquée à l’interne et à l’externe, et rendue visible, tangible.

5. Le DRH du CHUV annonce sa détermination de vouloir changer de culture.

Le contre-exemple du secteur policier

est le plus dommageable que je connaisse…

(Pourquoi ?)

… car il oppose le sens de la mission étatique la plus visible et la plus emblématique ainsi que son devoir de dénonciation à la passivité, au silence. Il en est de même face aux discriminations raciales. À ce propos, lire le blog du 6 novembre passé 2018.

Avez-vous déjà entendu un commandant de police ou un DRH police reconnaître que sa corporation n’avait pas tout fait juste ?

Pour des institutions de police constituées au service et à la protection des plus faibles, la comparaison avec le CHUV fait pâle figure. Les polices que je connais, pour partie, ne sont pas promptes à se remettre en question. Elles ne sont non plus encouragées par leurs politiques, dont certains ne montrent en rien l’exemple de la transparence…

Si ce manque de courage prévaut également dans la lutte contre les criminalités, à l’extérieur, nos policiers détiennent alors une des explications majeures de l’amertume qui affecte nombre d’entre eux.

Frédéric Maillard

Frédéric Maillard

Frédéric Maillard, socio-économiste, accompagne les nouvelles gouvernances d’une dizaine de corporations policières suisses. De 2005 à 2015, il a analysé les pratiques professionnelles de 5000 agent-e-s. Depuis, il partage publiquement son diagnostic, commente l’actualité et propose des innovations. fredericmaillard.com

Une réponse à “Bravo le CHUV ! À quand le tour des polices ?

  1. Il faudrait peut-être rappeler, pour celles et ceux qui n’ont pas vécu leur jeunesse dans les années 70 et 80, que la notion de sexisme était définie selon d’autres critères. Les moyens de séduction, courants à cette époque et consentis par les deux sexes, seraient aujourd’hui nommés harcèlement. Je ne critique pas pour autant négativement le désir de changement, dans ce domaine, de la nouvelle génération, avec ses règles de communication destinées à éviter tout “faux” ou “vrai” malentendu, et qui permet en cas d’abus manifeste de recourir à des lois pour mieux se défendre en justice. Aux USA, par exemple, une règle a été introduite sur les campus universitaires : Il est considéré que deux futurs partenaires sont en accord quand chacun a dit oui à l’autre. À mon époque de jeunesse, si j’avais posé ouvertement la question ainsi, mes potentielles amoureuses seraient parties en courant ou auraient rit de moi ! Nous communiquions dans le non-dit, à la manière de la dame des années 30 qui laissait tomber son mouchoir. Il n’y avait qu’au moment du mariage que le couple répondait bien sérieusement “oui” (et rarement non heureusement !) La presque “élaboration d’un contrat d’entrée” qui devient obligatoire me paraît triste et désolante. Je me souviens qu’adolescent j’avais posé discrètement une question, très importante pour moi, à un psychiatre qui avait donné une conférence au gymnase : “Celle que j’aime, comment le lui dire ? Si je lui dis et qu’elle répond non…” Et sa réponse avait été : “Ce sera oui au moment où vous la prenez dans vos bras. Et si c’est non vous prendrez peut-être une claque. C’est le risque, soyez courageux ! Vous voudriez que ce soit elle qui vous dise qu’elle a envie de vous ?..” Et moi : “Non, pas vraiment, je préférerais…” Et lui : “Mais oui… Regardez dans la nature comment un lion prend la lionne, pour nous les humains ce n’est pas si différent ! L’homme des cavernes attrappait simplement par les cheveux la femme qu’il voulait avoir. C’est la civilisation qui a tout foutu en l’air”. La civilisation… Je ne pense pourtant pas que la liberté et la confiance qui règnait dans les années 70 était un retour à la sauvagerie. C’est peut-être la violence en général qui a déteint sur les comportements dans le contexte de la sexualité. Et ces questions que je me pose aujourd’hui n’ont peut-être plus aucun intérêt pour l’avenir !

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