Le fusil d’assaut* policier ne suffit pas

Les menaces d’attentat sont réelles.

Nos polices civiles sont garantes de notre sécurité publique. Elles doivent donc y répondre en améliorant leurs connaissances des terrains de vie et d’habitation notamment dans les quartiers à forte densité. Elles ne sauraient répondre aux menaces terroristes par une course aux équipements. Améliorer l’armement de nos polices est nécessaire mais cela ne suffit pas. Les polices ne doivent pas suivre les montées en puissance des groupes criminels mais plutôt les déjouer.

Nous devons éviter que nos polices soient entraînées dans des formes de militarisation pour lesquelles elles ne sont pas habilitées.

Si les polices civiles entrent en guerre, elles seront perdantes.

Elles ne sont pas destinées au conflit armé.

Les polices ne doivent pas s’abaisser aux seules confrontations ni devenir une pâle copie de l’armée. Elles ont tant de facultés intrinsèques à développer.

Le piège existe

Ce que je crains : une course à l’équipement et aux investissements financiers et temporels (acquisitions et formations à l’usage du fusil d’assaut) qui se produirait au détriment du développement des compétences civiles de nos polices. Pour déjouer d’éventuels attentats seules les attributions intrinsèques de nos polices civiles sont efficaces. Les voici :

– L’investigation

– Le renseignement

– La proximité et la présence sur les terrains sociaux, la connaissance et le maillage des territoires pour prévenir les radicalisations et d’éventuels passages à l’acte.

– La collaboration pluridisciplinaire à l’exemple de la réponse de Winterthour, sujet de Céline Zünd pour Le Temps du 13 novembre 2018

– L’archivage studieux des indices et signalements

Néanmoins, je le répète, j’approuve ces acquisitions de fusil type SIG 553. Ce fusil est spécialement destiné à la police, comme le précise le Commandant Allain de la Police cantonale de Fribourg, et ne sert pas à conduire un assaut mais à contrer un risque de fusillade.

(Photo :  fusil d’assaut court facile à la manipulation, tire au coup par coup, se range dans les coffres des véhicules de police et dispose d’un système d’aide à la visée.)

Voir le sujet TJ RTS du 13 novembre 2018 – 19h30′

Voir mes blogs précédents du 21 août 2018 et 2 décembre 2016

Frédéric Maillard

Frédéric Maillard

Frédéric Maillard, socio-économiste, accompagne les nouvelles gouvernances d’une dizaine de corporations policières suisses. De 2005 à 2015, il a analysé les pratiques professionnelles de 5000 agent-e-s. Depuis, il partage publiquement son diagnostic, commente l’actualité et propose des innovations. fredericmaillard.com

4 réponses à “Le fusil d’assaut* policier ne suffit pas

  1. @ M. Frédéric Maillard, merci pour votre nouvel article.
    Contrer le risque de fusillade ne nécessite-t-il pas, dans des cas de figure potentiels, de donner l’assaut après le refus d’obtempération ? Le scénario peut être mené plus par le groupe terroriste que par les forces de police qui ne le connaissent pas en arrivant, ou qui peinent à imposer le leur. A moins que les commandos d’intervention rapide ne soient pas inclus dans les forces de « police civile »… Je songe aussi à des groupes qui pourraient commencer par formuler une revendication immédiate (libérer un activiste), puis en constatant leur faible chance d’aboutir, ou se trouvant déjà en situation de faiblesse, décident de mettre fin à leur mission première par une attaque délibérée où ils sont prêts à se sacrifier. Et si ce serait à l’armée de réagir rapidement, elle n’est pas plus préparée à le faire que dans l’espace aérien (Blog de M. Jacques Neirynck dans lequel M. Keckeis Christophe a donné l’assaut une semaine après sa parution). Autrement dit, ce n’est pas à la police civile de jouer ce rôle, mais à qui actuellement ?.. Le fusil d’assaut choisi « ne sert pas à conduire un assaut mais à contrer un risque de fusillade » : Ce n’est donc pas l’arme qui fait la fonction de l’homme, mais la décision souhaitée qu’il protège et se protège en ne dépassant pas la limite entre défense et assaut. Cela est-il pratiquement réalisable sur le terrain, compte tenu de l’orgnisation et des moyens actuels que vous ne voudriez pas voir prendre essort ?..

    1. Bonjour Monsieur,
      merci pour votre aperçu. Les groupes d’intervention sont des unités spéciales membres des polices civiles. Ils interviennent sur appel, par exemple lors d’une prise d’otage, et sont fort heureusement très bien équipés.
      Les fusils d’assaut, quant à eux et sujet de mon dernier blog, sont mis à disposition des agent-e-s généralistes – appelés gendarmes par endroit – qui circulent ou patrouillent en tous lieux. Raison pour laquelle ils peuvent se trouver nez à nez avec un tireur forcené. Dans tel cas, ils doivent immédiatement agir pour limiter le danger. Vous évoquez des techniques d’opérations sur lesquelles je ne saurais m’exprimer, c’est l’affaire de spécialistes d’intervention. Et, je puis vous affirmer que nos polices en comptent d’excellents. Notre préoccupation de citoyen se porte sur le respect des valeurs et de la proportionnalité.
      Enfin, quand j’évoque l’armée c’est pas que je crois que l’institution militaire est mieux préparée tactiquement que nos polices, mais elle disposerait, en situation d’état d’urgence comme en France, de prérogatives plus étendues.

      1. Merci pour le temps que vous avez consacré à me fournir ce complément.
        Une proposition pour un prochain sujet : Qu’ont à dire les policiers sur le droit à l’erreur, les marges admises, et la procédure engagée en cas de dépassement ? Un article qui ne traiterait pas seulement de ce qu’on attend d’eux, mais également ce qu’ils en pensent, en particulier la nécessité d’anticiper une situation de légitime défense, et d’agir le cas échéant ni trop tard ni trop tôt. Le Taser semblait apporter une solution de neutralisation moins rapide que l’arme de poing, mais aussi bien moins risquée en terme de dégâts physiques. La probabilité de décès dû au Taser n’est-elle pas bien moindre en regard de celle liée à l’usage d’une arme de gros calibre ? Le Taser est-il écarté en prévention d’un usage abusif ? Quel est le point de vue de la police ?..

    2. Merci pour votre suggestion, j’y songerai mais ne vous le garantis pas. La liste des propositions est longue et alimentée par plusieurs policiers, notamment, qui, devant obéir à la discrétion professionnelle, me glissent nombre de pistes… Le meilleur pour vous, Frédéric Maillard

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