La police environnementale 1/2

Les incendies qui sévissent au sud de la France ou au Portugal nous rappellent l’extrême vulnérabilité de nos environnements naturels dont dépendent nos vies.

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Première partie

Ces catastrophes révèlent aussi la complexité des forces opérationnelles à l’œuvre composées, entre autres, des polices environnementales et des services de protection ou de sécurité civiles (ces dernières engagent, par exemple, les avions bombardiers d’eau). Deux maillons de la longue chaîne sécuritaire qui interviennent en concert avec les pompiers.

L’occasion de nous pencher sur les polices environnementales.

Qui sont-elles ?

À quoi servent-elles ?

Les polices environnementales, telles qu’elles se nomment en France, sont essentiellement gardiennes des espaces protégés. En Suisse, nous disposons de gardes-faune ou gardes-chasse comme par exemple en République et canton de Genève ou encore d’un service particulier, intégré à la Police cantonale, s’agissant du canton de Berne.

Dans la plupart des cantons suisses, les gardes-faune sont uniformés et armés. Leurs prérogatives et territorialités sont assez proches de celles d’un policier cantonal. Pour ma part, j’ai eu l’occasion d’offrir à plusieurs d’entre eux des formations similaires à celles dont bénéficient les policiers cantonaux, dans le cadre du Brevet fédéral, notamment à Genève.

Des polices promises à un très grand avenir…

Le réchauffement climatique, le consumérisme touristique, la destruction volontaire de zones naturelles ou autres atteintes au respect des espèces vivantes sont autant de facteurs qui augmentent les risques environnementaux et nécessiteront d’importantes adaptations législatives, juridiques et policières.

Parle-t-on des menaces environnementales dans les formations de base de nos policiers ?

Évoque-t-on les crimes pouvant être commis à l’encontre de la nature ?

La semaine passée, je me suis entretenu, sur le terrain des incendies, au sud de la France, avec un responsable policier environnemental. Son point de vue sécuritaire (…jusqu’à l’identification criminelle d’une cause d’incendie…), sa philosophie d’action, son rôle préventif et ses actions pédagogiques, tout comme son équipement d’ailleurs, n’étaient en rien comparables à ceux d’un patrouilleur généraliste – appelé gendarme en France ou dans le canton de Vaud. L’attitude de ce policier environnemental, à l’apparence fluette, adepte de mobilité douce et de non-violence, tranchait avec l’archétype de nombreux de ses pairs amateurs de gros cubes et volontiers démonstratifs. Pourtant, tous ces agents d’État œuvrent en politia.

Je reste donc persuadé que de tels antagonismes policiers présentent des opportunités d’ouverture et de résolution indispensables pour relever les défis sécuritaires d’aujourd’hui et de demain : multiplicité et pluridisciplinarité des approches et des méthodes policières afin de mieux servir et protéger nos vies, nos biens et notre environnement.

Deuxième partie : les crimes contre l’environnement, la semaine prochaine, deuxième semaine d’août 2017.

Malaise policier…

… l’urgence de lieux de vidage libres, neutres et indépendants

« Vos petits malheurs, je m’assieds dessus » clamait haut et fort (à l’adresse de tous les policiers présents), il y a à peine dix ans, le chef d’une police romande lors de son bilan annuel. Autre lieu : la Police cantonale vaudoise; à en croire les propos de son commandant, qui s’exprimait dimanche soir 18 juin 2017 sur RTS – Mise au point (sujet de Marie Abbet), la prise en considération de l’épuisement professionnel a bien évolué.

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Le burn-out des policiers

Au moins cinq causes ont été identifiées par les services de psychologie de plusieurs polices suisses. L’ordre d’importance varie selon les cas.

  1. Des processus d’enquête et administratifs toujours plus complexes.
  2. Un environnement institutionnel oppressant – hiérarchie et voies de service – qui empêche ou étouffe la remise en question.
  3. Les causes extérieures – souvent inhérentes à la fonction de policier – se traduisant par des violences ou incivilités. Y compris les évènements critiques, à petite ou grande échelle “… qui sont une part non négligeable du stress des professionnels à risques” dixit Martine Bourquin, psychologue et ancienne déléguée du CICR.
  4. Des situations familiales et personnelles instables et/ou changeantes.
  5. Le manque d’effectif (variable selon les organisations).

« J’ai l’impression que parfois nous souffrons de schizophrénie. C’est mal vu dans le job de parler de nos problèmes alors on prend sur nous » « Les autres, les étrangers, les asociaux deviennent nos boucs émissaires… » « Depuis l’introduction du Brevet fédéral (en 2014 ndlr.), on nous a mis à disposition des intervenants extérieurs pour relayer nos critiques. Mais, le problème, c’est que lorsqu’ils se sont exprimés, on a tout renié… ch’ais pas… on ne veut pas se voir dans le miroir… on est trop fier… bon, on nous a aussi formaté comme ça… »

(Extraits de témoignages recueillis en analyse des pratiques professionnelles et en formation continue dans le cadre du Diplôme supérieur de policier (Brevet fédéral II) et en formations continues internes au sein de trois corporations romandes, l’une cantonale, l’autre municipale et la dernière régionale, de 2009 à 2014)

Les hostilités exogènes

Force est de constater que nous sommes impuissants face aux comportements indignes de certains groupuscules à l’encontre de nos représentants d’État, qu’ils soient urgentistes sanitaires, régulateurs téléphonistes ou agents de police. Je pourrais encore évoquer, ici, les conditions de travail des agents pénitentiaires qui agissent en milieu fermé mais qui subissent aussi des pressions. Toutes ces violences sont inacceptables. Néanmoins, nous devons les distinguer des formes de contestation (dans la limite égale) de l’autorité auxquelles nous assistons depuis deux ou trois décennies. Ces dernières, comme autant de revendications, sont, de manière générale, profitables à la société et préviennent, le cas échéant, certains abus des pouvoirs institutionnels.

“C’est le sujet qui fâche, le grand dilemme, l’ambiguïté parfaite…” me signalait l’autre jour un chef opérationnel alémanique. Il complétait : ” Un ambulancier, peut-il se plaindre des accidents ? Un policier, peut-il se plaindre des hostilités ? Quelle proportion ? Quelle limite ? Tant de nos jeunes (aspirants policiers ndlr.) n’attendent que la fin de leur formation pour batailler en rue…”

L’exemple du corps médical

Le corps médical profite aujourd’hui de l’augmentation des savoirs et des exigences de ses patients. Il profite de leurs revendications et de leur autonomie grandissante pour renforcer les liens relationnels et élaborer des diagnostics plus précis. Le directeur de l’institut universitaire de médecine de famille du CHUV s’exprimait sur les ondes de la RTS radio La Première le mardi 13 juin 2017. Il n’hésite pas à reconnaître une part de responsabilité et à trouver que son propre enseignement n’est pas assez bon. Ces remises en question sont rares dans les milieux policiers. La tendance est plutôt d’imputer les tiers.

La société est en pleine mutation pour tous et impacte tous les secteurs professionnels.

Il est donc nécessaire, selon moi, de critiquer les institutions, leur fonctionnement afin d’épargner autant que possible les membres individuels.

Briser le tabou !

Des lieux de vidage dans toutes les polices

De l’avis même des policiers praticiens que je croise jour après jour, la création de lieux de vidage représenterait un réel progrès.

De tels lieux pourraient offrir de nombreux avantages.

Voici cinq exemples :

  1. Le policier pourrait sortir son « joker professionnel » et éviter, à terme, une erreur pouvant se dégrader jusqu’à la faute avec son risque de bavure.
  2. Le policier pourrait sortir son « joker » à l’abri du regard de ses collègues et des mesures de qualification de sa hiérarchie.
  3. Le policier pourrait mieux maîtriser son destin professionnel, renforcer son autonomie et développer ses propres résolutions… sans attendre, parfois des mois durant, l’aval d’une dizaine de chefs successifs.
  4. Le policier pourrait bénéficier d’un diagnostic psychosocial neutre et indépendant.
  5. L’institution pourrait, quant à elle – enfin -, compter sur d’objectives statistiques afin de prévenir sérieusement les discriminations, les incapacités et dysfonctionnements opérationnels consécutifs aux formes d’épuisement professionnel.

 

iCop : police numérique

C’est lors du 9ème Congrès de la sécurité urbaine, le 8 septembre 2011 à Zurich, que la Police municipale zurichoise (la plus importante en effectif de Suisse) nous a présenté son projet et sa volonté de vouloir s’engager sur les réseaux sociaux par l’intermédiaire d’agents de police visibles.

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Je me souviens. J’étais enthousiasmé par cette idée, qui rejoignait mon postulat exprimé lors de ma conférence, le même jour, en faveur d’un meilleur usage des voies médiatiques et numériques par les polices suisses.

Aujourd’hui, six ans plus tard, après un test opéré dès 2014, le premier policier de proximité zurichois s’affiche et intervient sur la toile.

Voyez le reportage de Noémie Guignard sur RTS – TJ du 10 juin 2017

Une initiative encourageante

Je ne peux qu’encourager les autres institutions de police à suivre cet exemple. Certes, la Police cantonale vaudoise, la Police municipale lausannoise ou encore la Police municipale de Crans-Montana sont déjà présentes sur les réseaux sociaux et répercutent leurs campagnes de prévention ou des avis de recherche de personne disparue, mais la démarche zurichoise va plus loin. Dans le cas d’espèce, c’est un policier, fort de son statut public, qui interpelle, modère, prévient, renseigne, bref, interagit en direct. Au lieu d’arpenter la rue, il fréquente le monde virtuel usant de ses facultés professionnelles.

Non, la posture du policier ne change pas.

La configuration juridique oui.

Le flou juridique

Le cadre légal régissant les réseaux sociaux est encore flou.

Au constat d’une infraction, quels sont les moyens à disposition du policier pour intervenir ?

La juridiction est-il délimitée au territoire d’assermentation ?

Nous devrons répondre à ces questions. En attendant, le policier peut détecter des irrégularités sur le champ virtuel et transposer ensuite ses observations sur le champ physique puis enclencher une procédure comme il a l’habitude de le faire.

Trois avantages !

au moins…

  1. S’offrir le moyen policier d’une relation avec les personnes les plus vulnérables ou isolées, celles qui n’osent pas déranger ou se présenter au poste de quartier.
  2. Détecter par capillarité sociale diverses formes de radicalisme et les confronter au tissu de proximité policière physique (à l’exemple de l’îlotage anglo-saxon).
  3. Espérer que la présence officielle de policiers sur les réseaux sociaux contribuera à freiner les ardeurs et les rancœurs de leurs collègues qui, parfois et à titre personnel, se répandent dans des propos indignes tout en contrevenant à leur devoir de réserve.

Devenirs policiers. Pleine actualité !

London Bridge

Plus que jamais – après le troisième attentat meurtrier, en moins de trois mois au Royaume-Uni, ce 3 juin passé sur le London Bridge* – il est nécessaire d’incarner nos valeurs démocratiques et d’expertiser nos résistances morales et structurelles le long de la chaîne sécuritaire civile suisse.

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La moitié des maillons de cette chaîne sécuritaire concernent des services de polices. Dans notre pays, on en dénombre une vingtaine. Ils sont logés au sein d’environ 80 institutions (fédéralisme) et animés par plus de 120 métiers ou perfectionnements professionnels (de l’enquêteur-îlotier au spécialiste explosifs en passant par l’inspecteur judiciaire). J’entends par “services” aussi bien ceux des renseignements fédéraux que ceux réunis dans les réseautages de proximité de nos polices municipales.

Les services sécuritaires militaires, quant à eux, en temps de paix, ne sont que partiellement mobilisés pour des tâches auxiliaires et de soutien aux forces de l’ordre.

D’un bout à l’autre de la chaîne

J’ajouterais que cette chaîne, aussi solide que puisse offrir son apparence, reste vulnérable. Notamment lorsque ses tous premiers maillons en charge du recrutement et de la formation des aspirants policiers présentent de sérieuses lacunes. Car auprès de ces derniers seront déléguées nos capacités exécutives de prévention de nouveaux attentats mais aussi de protection et de lutte contre leurs méfaits.

Un long et patient travail de proximité physique dans les quartiers d’habitation et sur les réseaux sociaux câblés permet le démantèlement des groupuscules terroristes en Europe. Il est donc crucial que nos futurs policiers puissent acquérir les aptitudes et les outils nécessaires à la détection de toute radicalisation meurtrière durant leurs formations de base.

Un livre vient de paraître et nous offre l’occasion de nous pencher sur la formation de base du policier.

Devenirs policiers : un livre qui éclaire !

L’ouvrage Devenirs policiers aux éditions Antipodes du sociologue David Pichonnaz, issu de sa thèse de doctorat, apparaît comme une oasis de verdure dans le désert de la littérature policière scientifique de Suisse romande. L’auteur décrypte la formation et le parcours de celles et ceux qui rejoignent la force publique en Suisse romande. L’étude de terrain est basée sur une immersion dans une école de police et sur des entretiens approfondis menés avec des policières et des policiers fraîchement entrés dans le métier.

Extrait du communiqué de presse du 10 mai 2017 à Lausanne :

“…

Une profession en tensions

Dans le monde policier romand, les matières traditionnelles d’exercer le métier se trouvent mises en questions par des policiers que l’on peut qualifier de “réformateurs”. Ils ont pour projet de changer la police, se servant de la formation comme outil de réforme. Ces acteurs défendent une vision large des objectifs et compétences des policières et policiers…

Une formation marquée par la violence

Grâce à des séjours répétés effectués au sein de l’Académie de police de Savatan et des entretiens menés avec des formateurs dans toute la Suisse romande, l’auteur montre que ces efforts réformateurs se trouvent face à de nombreux obstacles, à commencer par la présence d’autres formateurs enseignant des modèles professionnels largement plus traditionalistes.

…”

Trois questions à David Pichonnaz

Rencontre de visu effectuée en date du 1er juin 2017 à Lausanne :

1. Monsieur Pichonnaz ; comment la parution de votre livre – au titre évocateur – est-elle accueillie et perçue ?

– Je me suis rendu compte que les activités policières et leurs enjeux soulevaient un intérêt important de la part du public. Mais, par ailleurs, je regrette que beaucoup d’études qui traitent des polices et de leurs activités restent confidentielles. Les chercheurs devraient davantage communiquer et diffuser plus largement leurs résultats, entre universités et institutions de police notamment.

2. Dans votre travail, vous relevez une nette différence entre les matières traditionnelles (ex. actions tactiques, maintien d’ordre, etc.) et réformatrices (ex. psychologie, éthique relationnelle, etc.). Quelle est donc cette différence ?

– Les matières que j’appelle réformatrices sont moins valorisées, moins légitimées dans la formation. Leur enseignement est essentiellement assuré par des femmes, des intervenants de l’extérieur et quelques hauts gradés. Aux yeux des aspirants, ce sont les membres des unités spéciales, par exemple, qui sont la référence. Je me questionne donc sur la pertinence d’une formation qui est si éloignée de la réalité du métier, avec une place si faible allouée aux savoir-faire relationnels.

3. Vous affirmez donc que la formation du policier romand est en décalage avec la pratique du métier ?

– En effet, elle est très centrée sur les usages de la force et de la contrainte. Alors que les études empiriques sur le travail policier montrent que l’essentiel des tâches policières sont d’ordre relationnel. De plus, comme certains cadres policiers le défendent, on peut penser que plus on est formé à l’usage des outils coercitifs, plus on risque de s’en servir souvent. Ainsi, de nombreux outils alternatifs, comme la médiation, la négociation ou la persuasion, sont rendus peu visibles par une formation qui se concentre sur la coercition.

 

Compléments écrits et audio-visuels

à lire :

Devenirs policiers communiqué de presse du 10 mai 2017

Article de Sylvie Arsever Le Temps du 28 mai 2017

à écouter :

Émission radio RTS Espace2 « Versus penser » du 10 mai 2017 ou/et émission radio RTS La Première « Tribu » du 2 juin 2017 sur RTS ou fredericmaillard.com

 

*Attentats au Royaume-Uni en 2017

Le 22 mars 2017, un homme à bord d’une voiture fonce sur des passants sur le pont de Westminster à proximité du Parlement Britannique à Londres, avant de poignarder un policier à l’intérieur du Parlement Britannique. Cinq morts (dont le policier) et au moins cinquante blessés. Cette attaque a eu lieu un an jour pour jour après les attentats de Bruxelles qui ont provoqué la mort de trente-deux personnes.

Le 22 mai 2017, un attentat-suicide fait au moins vingt-deux morts et cent seize blessés à la sortie du concert de la chanteuse américaine Ariana Grande dans la ville de Manchester. Les victimes sont pour la plupart des jeunes femmes, des adolescentes ou des enfants.

 

Olivier Guéniat. La liberté de penser !

La parole de l’homme épousait celle du policier assermenté.

Nulle compromission, nulle manipulation, nul besoin de déformer son rapport à la réalité. L’homme était – et est toujours – libre, dévoué et intègre. La parole et les écrits de l’homme épousaient la posture du chef de la Police judiciaire neuchâteloise. C’est rare.

Un policier de talent et d’audace s’en est allé

Depuis hier après-midi, nous devons poursuivre les réformes de nos polices sans lui. Dans le dernier message qu’il m’a adressé, il y a peu, il s’insurgeait, une fois de plus, contre la militarisation de son métier.

Un policier qui osait prendre position publiquement

En automne 2009, il signait la postface de notre premier ouvrage scientifique “Police, état de crise. Une réforme nécessaire”*.

Extraits :

“ … toutes ces valeurs (l’éthique et les Droits humains ndlr.) ne sont rien si elles ne sont pas portées par la hiérarchie qui, … doit … ne jamais tolérer ni taire les écarts…” “… vous avez raison d’insister…”

“La transparence et l’ouverture (des Corps de police ndlr.) doivent être érigées en véritable culture d’entreprise… y compris lorsqu’il s’agit de reconnaître et d’analyser ses erreurs…” “ Le chemin est encore long et les obstacles nombreux… Je vous remercie de nous rappeler l’urgence des réformes et de nous fournir des outils modernes, convaincants et crédibles.”

Olivier Guéniat, Neuchâtel, le 1er septembre 2009

Facilitateur de démocratie active

Olivier Guéniat a considérablement développé les méthodologies d’enquêtes criminelles. À l’université et sur les terrains pratiques, il formait ses pairs en continu. Ce, malgré ses nombreuses sollicitations pour des conférences et des conseils. Je me souviens… à peine avait-il été nommé Commandant (ad intérim) de la Police cantonale jurassienne, qu’il m’invita, en compagnie d’Yves Patrick Delachaux, afin que nous présentions nos innovations à l’ensemble de son État-Major. Nous avions carte blanche et du temps. Du temps pour débattre et convaincre.

Un partenaire des médias et de l’information étayée

Il estimait le travail des journalistes et leur rôle essentiel, vital pour la démocratie. À toute occasion, il tissait de nouveaux liens et s’aventurait à la découverte d’autres appartenances culturelles. Curieux, humaniste, il a toujours questionné notre politique de prévention et de lutte contre les drogues, telles qu’elles sont appliquées aujourd’hui. Il n’hésitait pas à contredire un ou une Conseillère d’État ou tout autre élu qui semblait se soumettre aveuglément aux statistiques et aux pressions électorales. “… se remettre en question, toujours…” nous répétait-il souvent. Il ne craignait pas les critiques, ni les publics jeunes et contestataires.

Ainsi, Olivier, tu as prêté vie au développement d’une police plus ouverte, plus forte. Je te jure que ni les fanfarons, ni les “va-t-en-guerre”, ni les prestidigitateurs, ni les égocentriques n’emporteront le métier de policier, la fonction publique de Polisse et notre aspiration profonde.

Olivier, je ne sais pas pourquoi tu es parti. Mais, je sais qu’interroger le monde, comme tu l’as fait, avec acuité, nous coûte la vie.

* Le Président du Conseil d’État genevois, David Hiler, signait, quant à lui, la préface du même ouvrage.

Seul le débat est salutaire !

Le licenciement du porte-parole de la Police cantonale valaisanne

Vous êtes nombreux à solliciter mon opinion sur l’éviction du porte-parole de la police cantonale valaisanne. J’ai longtemps hésité. D’ordinaire, je ne me prononce pas sur les sujets que je ne maîtrise pas de fond en comble et encore moins sur les affaires interpersonnelles.

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Néanmoins, j’ai envie de commenter cette déconfiture pour deux raisons publiques :

  1. Monsieur Jean-Marie Bornet était le chef de la communication et de la prévention d’une police cantonale. La parole et le développement argumentatif étaient et sont toujours ses aptitudes. N’en déplaise à certains.
  2. Monsieur Jean-Marie Bornet avait le grade de Premier-lieutenant, membre de l’État-Major. Ce grade n’est pas anodin. Monsieur Bornet s’est vu confié la responsabilité de « Premier tenant des lieux*», autrement dit de premier gardien de la bienséance de l’institution policière valaisanne. Ce grade** est doté d’une haute charge symbolique.

Une faille institutionnelle

Il y a les femmes, les hommes et les institutions : leurs réceptacles professionnels. Les institutions sont faites pour être critiquées. Ainsi, les personnes individuelles devraient être épargnées afin que l’organisation morale puisse progresser.

Nonobstant quelques antécédents, le deal produit par les parties et autorisant Monsieur Jean-Marie Bornet à s’extraire de sa corporation le temps de faire politique politisée ne pouvait pas se conclure sereinement.

Pourquoi ?

Parce que les organisations étatiques qui employaient Monsieur Bornet peinent à renouveler leurs méthodes de management. En effet, ce ne sont pas les contenus des propos que l’officier Bornet, devenu candidat, a pu discourir le long de sa campagne qui posâtent problème. Ceux-ci n’étaient autres que ceux articulés par toutes les bouches des agents sous assermentation, 24h./24h., dans les vestiaires et dans les voitures de patrouille. Nos autorités ne sauraient l’ignorer alors même que ces agents bavards et peu courageux souffrent d’amnésie en toutes occasions de se faire reconnaître.

C’est le contenant institutionnel qui manque d’audace et de place

L’exiguïté organique de certaines instances étatiques, l’absence d’espace de libre parole, l’incapacité à débattre la contradiction et à traiter les critiques sont les causes de ce problème en particulier.

De tels espaces offrent le plus fabuleux outil managérial… le seul qui, véritablement, à long cours, protège la cohésion interne, renforce le taux de sympathie externe et surtout développe l’innovation.

Malheureusement, il existe encore des institutions frileuses qui s’imaginent ne pas avoir besoin d’autocritique et d’introspection, figées comme une suprématie momifiée … jusqu’au jour où l’un des leurs fait don de lui-même, sans restrictions.

ou “qui tient lieu de ” càd. représentant du pouvoir.

** Nombre d’agents ignorent la nature de leurs grades. Ils les convoitent ou s’en accommodent dans l’unique but de gravir l’échelle des salaires ainsi que leur ego.

 

 

 

 

Délit de faciès : rien à signaler ?

L’enquête intitulée L’emploi de la gueule dans l’émission map – mise au point de la RTS-TV du dimanche 9 avril passé (2017) démontre le peu de capacité qu’ont certaines corporations policières à se remettre en question.

Ici, accès direct à la vidéo du reportage RTS map

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C’est l’incapacité institutionnelle à reconnaître les dysfonctionnements inhérents à la fonction qui autorise (ou encourage ?) implicitement les comportements indignes de certains policiers.

Tout le monde le sait, la méchanceté est humaine et s’infiltre partout, y compris au sein des plus honorables polices. L’ultime question reste de savoir si nos polices profiteront de leurs erreurs pour progresser ? Comme l’a fait le monde médical hospitalier depuis deux décennies et comme doit le faire l’église catholique romaine depuis peu, ayant reconnu – enfin – son silence complice face aux exactions commises par plusieurs de ses représentants.

Pourquoi dénoncez-vous ces discriminations policières alors qu’elles sont minoritaires ?

Frédéric Maillard. “Dans mes réponses, je me concentrerai volontairement sur les effets néfastes pour les policiers et leurs corporations. Tel est mon dicastère. Il y aurait beaucoup à dire quant aux préjudices vécus par les victimes. Heureusement, des avocats s’en chargent et sont mieux outillés que moi. De manière générale, les quatre-vingts plus importantes institutions policières suisses sont fiables et respectables. Néanmoins, nous aurions tort de croire que nous sommes à l’abri de détériorations professionnelles. Ce, malgré les exigences du Brevet fédéral de policier avec ses cours obligatoires sur le respect de l’intégrité des personnes. Depuis deux ans, j’enregistre même une recrudescence des violences verbales et physiques. Les déclarations et les faits relatés et produits durant certaines interpellations et auditions le confirment. Je rappelle, ici, que ce sont des policiers, eux-mêmes, qui m’alertent au moins chaque semaine sur ce qu’ils considèrent comme une dégradation de leur pratique professionnelle.”

Est-ce utile ?

FM. “Je constate tous les jours que les polices les plus progressistes et les plus ouvertes aux apports pluridisciplinaires et extérieurs ne craignent pas la critique. Leurs hiérarchies me confient combien il leur est utile d’être interpellées sur leurs dysfonctionnements. Ces polices ont la volonté de maintenir le plus haut niveau de professionnalité comportementale. Pour les autres corporations, plus ou moins déviantes, je dirais plus qu’utile : nécessaire. Car ces dernières ne prennent pas suffisamment en compte les attitudes discriminantes de certains de leurs agents. Attitudes qui se traduisent par l’injure, le mépris et l’abus de pouvoir. La problématique dépasse souvent la responsabilité de la personne physique individuelle. Par capillarité, c’est toute la profession qui en pâtit. Une corporation ultra-hiérarchisée et soumise à de laborieux ordres de service qui tolère en son sein des dégradations relationnelles sans les avouer, les examiner ni les résoudre prend le risque de les normaliser.”

Crans-Montana et sa police…

… au cœur du monde.

En haute saison, la cité alpine du Haut-Plateau (Crans-Montana est la résultante de quatre communes fusionnées au 1er janvier 2017; plus Lens et Icogne pour la couverture policière locale) devient la plus grande ville du canton du Valais avec ses 50’000 résidents dont plus de 15’000 habitants.

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Un véritable défi pour sa Police municipale !

Lieu de prédilection pour les écoles internationales et autres établissements privés ou publics, la station accueille de nombreux visiteurs du monde entier. En totalité, on dénombre plus d’une centaine de nationalités qui se côtoient jour et nuit lors de séjours de courte ou longue durée. C’est pourquoi la Police municipale de Crans-Montana s’est fixé comme prestations prioritaires la proximité et la sensibilisation sur le terrain physique mais aussi sur les réseaux sociaux.

Exemple d’une prestation de proximité originale :

“Cafés avec un policier”

Deux fois par mois en moyenne, le commandant Yves Sauvain en personne, accompagné d’un ou plusieurs de ses collègues, consacre de son temps pour rencontrer la population. “Ce sont autant d’occasions pour être à l’écoute, mieux comprendre notre tissu social et appréhender les préoccupations de chacun. De petites difficultés peuvent se dégrader très vite et devenir extrêmement dommageables si nous perdons le lien et la confiance avec les habitants et les résidents. Elles peuvent contaminer le canton dans son entier et bien au-delà.” précise le commandant Sauvain.

Exemple d’une action de sensibilisation internationale

L’appointé Alain Boschung, quant à lui, fréquente l’école hôtelière Les Roches pour expliquer aux étudiants, ressortissants de 91 pays, que la police est d’abord là pour les protéger. M. Boschung leur décrit les raisons éventuelles qui obligeraient la police d’intervenir jusqu’à eux, ainsi que les contours d’une telle interpellation. Il précise en outre, non sans humour, les conséquences pour chacun. “ J’ai face à moi des personnes qui proviennent de pays où la police est corrompue, violente et pas fiable du tout. Je me dois de les rassurer et de leur présenter les valeurs de notre État de Droit. Je leur confie, enfin, que personne ne nous dérange jamais. ” conclut l’appointé Boschung.

Un Corps de police qui se perfectionne en continu

Pour optimiser ses missions à caractère international, le Police municipale de Crans-Montana propose une formation facultative d’anglais à son personnel (11 personnes sur 22 sont inscrites à ces cours de langue).

Faciliter la relation, l’information et la compréhension inter et multi-culturelles comme autant d’outils pratiques contribuant à prévenir les propagations criminelles, toutes petites et locales jusqu’aux plus grandes et universelles !

 

 

Les aumôneries : justifiées ou alibi ?

Les aumôneries suisses au sein des corps armés puisent leurs essences dans le service militaire étranger du 16 au 18ème siècle.

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Un peu d’histoire…

Au 17ème siècle, malgré la révocation de l’édit de Nantes, la couronne française offrit aux soldats protestants suisses, mercenaires ou gardes, une franchise de culte. Le Roi Louis XIV était tolérant à l’égard des Suisses d’obédience réformée. Il leur autorisa le libre exercice de culte, faisant tout pour leur éviter injures et indispositions. Une ordonnance du Ministre de la guerre, Louvois, datée du 12 février 1687, prescrit même de remplacer les soldats protestants durant les processions du Saint-Sacrement catholique romain pour ne pas les exposer à d’insurmontables dilemmes de conscience. Les Corps suisses étaient, pour la majorité, mixtes et leurs aumôniers issus des deux principales confessions chrétiennes. Les uns et les autres vivaient paisiblement côte à côte. En plus d’accorder un soutien spirituel aux hommes, l’aumônerie jouait pleinement un rôle de modération institutionnelle. C’est à cette époque que fut saisie l’importance d’offrir aux aumôniers une autorité aussi forte que pouvait le prévoir l’échelle des grades militaires. Progressivement, les aumôniers se virent dotés de grades d’officier. Ils pouvaient ainsi contredire et contrevenir aux usages les plus néfastes de la discipline de guerre par la morale et la foi chrétiennes dont ils étaient dépositaires.

Plus tard, les religions israélites et musulmanes seront également représentées dans les rangs des armées modernes.

Des armées aux polices

Du monde militaire au monde civil policier, il n’y a qu’un pas.

Les premières polices civiles, dites de grands chemins, puis celles des villes et plus tard encore celles des gardiennages champêtres s’inspirèrent de cette cohabitation des églises avec les organisations militaires. Aujourd’hui, en Amérique du Nord ou dans de nombreux pays d’Europe, l’utilité des aumôneries se mesure à l’épreuve des deux principes suivants :

  1. Offrir une accessibilité et un soutien directs à toute recrue, aspirant ou agent de protection en exercice, sans nécessité ni obligation pour ces derniers de se soumettre aux ordres de service et à la voie hiérarchique.

C’est le principe de la voie directe, confidentielle et sans conditions.

 

  1. Les aumônières (de plus en plus de femmes sont nommées) et aumôniers bénéficient d’une gradation d’officier leur permettant de faire face aux hiérarchies usuelles.

C’est le principe de la contre-maîtrise.

Une aumônière ou un aumônier doit être officier (capitaine au minimum) et n’être soumis à aucune restriction institutionnelle.

Ces deux principes sont les garanties d’une aumônerie instituée sérieuse et efficace. Car, attention, il existe des services d’aumônerie qui ne remplissent pas ces critères et qui semblent avoir été créés dans le seul but de tromper les églises officielles et de séduire les politiques. Ces aumôneries de subterfuge ne disposent, en réalité, d’aucun pouvoir donc d’aucune utilité. Tout au plus complètent-elles le décorum ambiant, malheureusement sans honorer leur bien-fondé historique.

 

L’auto-maîtrise des policiers

Enfin, le débat s’ouvre au public.

(Le féminin est compris dans le texte – 3 minutes de lecture)

“Le débat contradictoire doit se loger au cœur du perfectionnement policier.” me confiait, il y a deux ans, un conseiller fédéral.

Il n’est pas dans les coutumes des policiers de s’expliquer, de s’excuser ni, par exemple, de revenir sur les lieux d’une intervention pour en justifier les raisons.

“C’est quand même pas de notre faute !” ou “Et, eux, tous ces voyous, vous ne les éduquez pas ?” sont les réponses types des quelques agents contrariés.

C’est à ce moment précis de l’exercice policier que doit intervenir la réflexion sur le comportement professionnel d’agent d’État, appelés aussi agent du service public.

Quatre préalables

  1. Distinguer les causes. Ce n’est pas parce que mes voisins sont malveillants que je devrais l’être aussi.
  1. Distinguer les références. Les casseurs, lors d’une manifestation publique, n’engagent pas directement l’État dans leurs propos et actes.
  1. Distinguer les branches du Droit. Le Droit privé en temps de paix ne dispose pas des mêmes contours que le Droit public.
  1. Distinguer les réponses. L’attente vis à vis d’un représentant d’État légitimé, assermenté et rémunéré par les soins du tout-public n’est pas comparable avec celle espérée d’un individu privé.

Je déplore les violences à l’encontre des agents d’État, policiers de surcroît. Je ne peux pas faire grand-chose face aux personnes physiques qui peinent à respecter les lois en vigueur. Je dois compter sur nos instances étatiques – comme les polices – et l’application du Droit et de la justice. Fort heureusement d’ailleurs… sans quoi je risquerais de glisser dans une spirale violente et incontrôlable.

Tout comme je déplore les discriminations ou indignités commises par nos agents d’État, policiers de surcroît. Par contre, dans ce cas, je peux beaucoup…

… en ma qualité de citoyen. Les policiers sont assermentés devant nos autorités qui me – et nous – représentent et devant le public-témoin auquel j’appartiens. Ces agents d’État portent sur leurs épaules l’écusson de ma commune, de ma région ou de mon canton. Ma responsabilité de citoyen est alors pleinement engagée.

… en ma qualité d’intervenant extérieur. Pour ma part, je contribue aux formations d’adultes des policiers et autres agents d’ordre et de sanction. Je crois à leur auto-maîtrise. Quand, ensemble – avec les policiers apprenants – nous examinons leurs cinq dernières interpellations, eux-mêmes se montrent sévères et exigeants. Ils ont raison. Une interpellation sur cinq est aujourd’hui perçue comme discriminante, dégénérescente ou insatisfaisante à leurs yeux et à l’aune de leurs propres critères professionnels. En soi, cette proportion n’est pas alarmante, notamment à la vue des complexités d’une intervention de terrain. Mais, elle est le résultat d’une lente dégradation, depuis deux ans, environ.

Pourquoi une telle détérioration ?

Entre autres, j’entrevois deux raisons principales :

  1. un contexte exogène menaçant, qui, de plus, est savamment entretenu par certains politiques ayant intérêt à flatter ou à apeurer leur électorat.
  2. Une distorsion entre certains policiers – les plus soucieux de vouloir bien faire, ai-je constaté… – et leurs institutions. Les connaissances et compétences des policiers, en Suisse, ont considérablement augmentées ces dix dernières années depuis l’introduction du Brevet fédéral. Elles renforcent ainsi leurs capacités de jugement, leur esprit d’initiative et leur autonomie professionnelle. Toutefois, dans certaines corporations, ces formes d’émancipations des individus se heurtent aux contraintes de service obsolètes et – toujours – fortement hiérarchisées. Le policier en question, frustré ou même désabusé, trouve alors dans certaines situations opérationnelles l’exutoire dont il a besoin, à défaut de pouvoir décharger la pénibilité de son travail dans l’institution elle-même.

“Vaut la peine de critiquer les institutions pour épargner les individus.” me rappelait, à toute cause, un de mes professeurs, expert en analyses institutionnelles.

Que faire alors ?

 A l’échelle de l’institution policière

  1. Reconnaître l’auto-maîtrise des policiers de terrain et développer leur critique analytique.
  2. Créer un organe de parole – ou de vidage – autour des dysfonctionnements, libre, neutre et indépendant, afin d’y recueillir des chiffres et des données objectifs et fiables. Le policier déviant déposera sa colère dans cet espace protégé plutôt que dans la rue.
  3. Former en continu. C’est déjà le cas. Mais, certaines formations sont trop peu ouvertes à l’introspection et à la pluridisciplinarité.

 A l’échelle de l’individu policier

  1. Être capable de résister, jusqu’à désobéir… à son ennemi intérieur. C’est refuser de se soumettre aux effets compromettants du groupe lorsque ceux-ci sont discriminants, c’est refuser l’inclinaison revancharde, expéditive et/ou violente; jusqu’à désobéir à son supérieur si ce dernier ne respecte pas les fondements de la Constitution qui garantissent la fonction de policier et la démocratie de notre pays.