2017 : quelle retraite pour nos policiers ?

Fin 2016, une nouvelle résolution m’est apparue, comme une évidence, lors de l’une de mes dernières interventions de clôture d’exercice d’un Corps de police :

comment mieux bénéficier des compétences de nos policiers seniors !

Pour deux raisons :

  • D’une part, les adversités toujours plus complexes nécessitent maturité et distanciation de la part de nos agents policiers afin qu’ils optimisent leur métier.
  • D’autre part, les savoirs policiers ont considérablement augmenté ces quinze dernières années, mais, se dissolvent au départ à la retraite de leurs détenteurs. Il n’est pas coutume au sein des corporations de polices d’ouvrir des médiathèques, de produire des recherches ou d’autres travaux scientifiques afin de les partager aux nouvelles générations.

Alors que penser des mises à la retraite dès l’âge de 53 ou 56 ans ?

Ces retraites sont méritées et viennent compenser les permanences nocturnes et les mobilisations sur congés. Néanmoins, j’aimerais questionner un tel système qui, finalement, se sépare bien trop tôt, comparativement aux autres métiers de tous secteurs, de policiers au sommet de leur art. D’autant qu’ils sont nombreux ces mêmes policiers qui, une fois pensionnés, du haut de leur flamboyante santé, reconvertissent la somme de leurs savoirs au profit d’intérêts privés… aux buts divergents parfois même contraires à ceux du service public auquel ils ont appartenu… (hic !).

Qu’on ne puisse et ne sache pas cultiver de telles expériences me désole. Quel gâchis humain et financier !

Il suffirait d’élargir les conditions d’âge d’entrée, comme a su le faire, avec succès, la Police cantonale bernoise pour mieux et plus longtemps bénéficier des compétences de nos policiers et offrir à nombre d’entre eux des conditions aussi bonnes que le système actuel, sans surplus d’années de service.

 

 

Bodycams

Faut-il équiper nos policiers de minicaméras ?

Le projet pilote de la Police municipale zurichoise associée à la Police fédérale des transports est mesuré et intelligent. Il est issu d’un bon travail de concertation pluridisciplinaire.

Néanmoins, je maintiens ma réserve, de façon générale, concernant l’utilisation de ces minicaméras. Ce, pour trois raisons :

Avant une intervention.  À l’exemple d’un contrôle d’identité

  1. Une minicaméra portée sur le corps de l’agent ne représente pas une extension des facultés policières. Le pouvoir de coercition et le moyen discrétionnaire du policier n’augmentent pas, contrairement à l’apport d’un fusil d’assaut dans certaines situations (voir mon blog précédent). Je crains donc que la minicaméra ne puisse renforcer l’habileté du policier.

Pendant l’intervention

  1. Cette minicaméra charge encore et davantage l’équipement de l’agent, déjà lourd et encombrant. Le suréquipement peut transmuter progressivement nos agents de police en robots et faire d’eux des gardes automatisés d’interface, d’enregistrement et d’ordre, dont le discernement humain serait fortement réduit ou pire… ignoré par le pouvoir judiciaire.

Après l’intervention

  1. N’importe quel enregistrement filmique, une fois visionné, n’explique rien des conditions de tournage et de montage. Ces derniers renseignements sur le contexte de l’intervention forment pourtant des paramètres qui comptent dans une enquête de police.

 

Voir sujet d’Ariane Gigon, correspondante zurichoise pour plusieurs quotidiens romands

Voir mon blog antérieur du 15 septembre 2015 : “Pour ou contre les caméras portées sur le corps des policiers ?”

Des fusils d’assaut policiers

Les fusils d’assaut font progressivement leur entrée dans les polices cantonales suisses

(1 minute 30 de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Je pense aussi que leur mise à disposition est une réponse raisonnable, justifiée et proportionnée. Cet apport technique n’induit aucune facilité mais représente plutôt une exigence. Voici pourquoi : un tel fusil est une arme d’assaut, donc, à priori, ne concerne pas les polices dans le cours de leurs activités. Pourtant, les menaces terroristes obligent ces mêmes polices à proportionner leurs ripostes. L’arme de poing ou la mitraillette sont efficaces mais uniquement à courte distance. Dans l’éventualité d’une attaque terroriste, le champ défensif ou de neutralisation retient les agents à longue distance des malfaiteurs (100 à 400 mètres). Le cas échéant, l’utilisation d’un fusil d’assaut s’avère salutaire.

L’introduction de ces fusils, sous strictes conditions – lire les précautions du Commandant cantonal bernois Stefan Blättler et de l’Officier vaudois Jean-Christophe Sauterel dans La Liberté du 1er décembre 2016 –, suscite de nombreux débats dans les Corps de polices. Et, c’est tant mieux. D’aucuns s’en réjouissent alors que d’autres craignent une inclinaison de la profession civile vers son plus mauvais penchant militaire. Les récalcitrants veulent éviter une course au suréquipement qui entraverait la mobilité des agents mais également leurs décisions.

Éviter les confusions et les dérives

C’est précisément à ce point de juxtaposition « police – militaire » que se joue ou se déjoue une confusion capitale. Confusion qui est source de nombreuses dérives provoquées par plusieurs polices locales Étatsuniennes, notamment.

Nous devons rester vigilants. Certains policiers se couchent volontiers dans le fossé de la logique guerrière. Bien évidemment, ils n’ont que peu d’idées de ce que la guerre dévaste; ignorant même qu’une telle dégradation mutilerait leurs facultés et radierait leur légitimité de l’échiquier sécuritaire civil pour faire place aux militaires. Ce serait l’aveu d’une cuisante défaite pour les gardiens de la paix et nous tous.

Heureusement, à ce jour, il n’en est rien. Nous ne sommes pas en guerre et nos policiers préservent – très bien – la paix publique et le bien commun. Raisons pour lesquelles le fusil d’assaut ne doit en aucun cas entraver le statut et l’image d’une police régie par les valeurs fondamentales et universelles résumées dans le respect de la présomption d’innocence, le respect de l’intégrité physique, morale et psychique de tout un chacun, quelque soit son statut (légal ou non), dans le respect de la sphère privée et enfin, dans l’établissement d’un solide dossier d’enquête et l’amenée étayée au procès équitable.

 

Le paradoxe discrétionnaire ou comment bannir le contrôle “au faciès”

Pas une semaine ne s’écoule sans qu’un agent de sanction ou d’ordre (policier, inspecteur du travail, garde-frontière, garde-faune, surveillant de détention, etc… ) ne m’interroge sur l’étendue de son moyen discrétionnaire.

(3 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Autour de l’usage de ce moyen s’évaporent moultes interprétations. Il existe bel et bien une base juridique qui détermine le moyen – appelé aussi pouvoir – discrétionnaire. Les écoles de magistrature traitent de son étendue et de ses conséquences. Et les écoles de police ? Trop peu. C’est sans doute la raison pour laquelle la plus haute juridiction administrative de France (la Cour de cassation) a condamné l’État français pour avoir violé le respect de l’égalité de traitement lors de plusieurs contrôles “au faciès” effectués par ses policiers.

Définition du moyen discrétionnaire

Le moyen discrétionnaire permet à l’agent étatique assermenté d’ordre et de sanction de choisir la personne qu’il juge utile de contrôler ou l’orientation qu’il donne à son enquête. Il peut ainsi sélectionner son travail, fixer des priorités, privilégier son intuition professionnelle et confirmer ou non les soupçons, les signalements et les indices en sa possession. C’est le propre d’une mise à l’écart d’un danger ou d’une détérioration.

Rappelons que le policier municipal, cantonal ou fédéral – tout comme l’agent de détention malgré ses prérogatives réduites – bénéficie de deux pouvoirs exclusifs et exceptionnels nécessaires à l’accomplissement de son action professionnelle représentative de l’État, exposée et uniformée : le pouvoir de coercition et le moyen discrétionnaire. La coercition est maîtrisée par la proportionnalité et le discrétionnaire par la non discrimination négative. Ces deux maîtrises sont le b.a.-ba du job d’agent policier ou des parentés et constituent l’essentiel de son programme de formation.

Détails complémentaires

Ces deux attributs – ou ces privilèges – n’appartiennent qu’aux agents détenteurs de pouvoirs et assermentés par une entité (municipale, cantonale ou fédérale) d’État. Un employé administratif de l’État qui n’est pas concerné par l’assermentation ni ne dispose des pouvoirs d’intervention cités plus haut ne peut pas sélectionner l’orientation de ses prestations ni les destinataires de celles-ci. L’agent policier ou de détention, quant à lui, peut choisir d’interpeller une personne en particulier ou de fouiller telle cellule dès lors qu’il ne discrimine pas négativement le destinataire comparé aux autres. Mais, encore une fois, il ne peut pas discriminer négativement sur la base du genre, de l’origine culturelle, l’appartenance religieuse, etc. Le cas échéant, une telle dérive s’assimilerait à de la discrimination négative. Alors qu’une arrestation provisoire ou la recherche d’un individu répondant à des signalements précis correspond à de la détermination professionnelle ou à de la discrimination dite positive ou constructive.

Précisons encore que le moyen discrétionnaire se confond parfois au principe d’opportunité. Ce dernier n’étant reconnu et développé que par certaines doctrines et lois cantonales. Le principe d’opportunité concerne les polices et s’applique essentiellement lors de manifestations publiques.

Notre Constitution fédérale donne un cadre avec son article 5. Les lois, quant à elles, régissent les compétences des polices, de cas en cas, selon les cantons, les communes ou les ententes intercommunales (à l’exemple vaudois et ses neuf polices communales et régionales).

Le contrôle au “faciès” viole le respect à notre Constitution et est inefficace

On l’a vu, quand le policier ou l’agent de détention use de coercition, il se doit de maîtriser une juste proportionnalité de la force ou de la contrainte afin de préserver l’intérêt du public, sa propre sécurité et l’intégrité de la personne interceptée. Quant le même agent d’ordre étatique use de discrétion(-naire) pour s’engager dans une poursuite automobile ou toute autre investigation et enfin interpeller un individu plutôt qu’un autre, dans le but de prévenir un incident imminent, il se doit de maîtriser toute tentation ou toute facilité pouvant le conduire à de la discrimination négative vulgairement appelée contrôle “au faciès”.

Deux exemples :

La Police de Los Angeles exclut de ses pratiques tout contrôle de personne sur la base du statut ou des apparences. La Police Région Morges prend soin de former et d’analyser les pratiques de son personnel d’intervention sur ces questions et en continu.

Pour l’agent policier ou de détention, user de discrétionnaire sans discriminer c’est gagner en efficacité,

pour trois raisons :

  1. Il obéit à de vrais indices et à des signalements objectifs. Il évite ainsi que des préjugés personnels le commandent, selon l’adage qu’un corps fort obéit et qu’un corps faible est commandé. Les critères objectifs qui priment sur toute apparence offrent de bonnes garanties à la procédure judiciaire. Ce ne serait pas la première fois qu’une piste criminelle échappe à la police à cause des préjugés récurrents et infondés de certains agents.
  2. Il contient son champ d’action professionnelle. Combien de policiers s’épuisent et s’élancent dans toutes les directions lorsqu’ils cèdent à leur arbitraire personnel.
  3. Il est alors autorisé à quittancer (ou à clore) son travail. Si l’agent de sanction ne parvient pas à faire les bons choix dans sa large palette de “discrétion”, il peut “mourir” ou étouffer dans l’exercice même de sa fonction, ne parvenant pas à prendre suffisamment de recul.

 

 

Infantilisation à l’Académie de Savatan ?

Telle est la question que l’on se pose à la lecture – surréaliste – du Guide de l’aspirant de l’Académie de Police de Savatan.

(Le féminin est compris dans le texte – 2 minutes de lecture)

Des aspirants immatures ?

– Sait-on là-haut sur le rocher que les apprenants sont adultes et ont été éduqués avant leur entrée en cursus ? Dans le doute, pourquoi les aurait-on engagés ?

– Sait-on qu’ils ont été auditionnés, sélectionnés tout au long du processus d’admission par des corporations étatiques municipales, régionales et cantonales vaudoises, valaisannes et genevoise ? Ceci, bien avant que ces mêmes corporations les confient à l’Académie.

– Sait-on que ces aspirants bénéficient de contrats de travail les liant exclusivement à leurs Corps et Départements respectifs (par exemple celui de l’État de Vaud avec sa loi sur le personnel) avant, pendant et après (en cas de réussite) leur formation d’adulte ?

Ces questions ne sont pas anodines. L’Académie de Savatan n’est pas une entité policière en soi et n’a pas pour vocation de mener des actions coercitives, elle n’a pas l’autorité ni ne dispose de capacités opérationnelles.

Ce « guide » continue de faire parler de lui, comme dimanche passé 30 octobre (2016) sous la plume de Raphaël Leroy dans Le Matin Dimanche. Depuis 2013, il est aussi l’objet iconique des retrouvailles et des carnavals des anciens aspirants.

Je vous invite à vous le procurer et à lire ces 20 pages (sans compter la somme des annexes). Dans le menu détail, il explique à la mère et au père de famille comment se moucher, comment serrer une main, comment marcher… Bref, comment subir dans la plus minable des positions humaines les innombrables conventions dogmatiques de ladite académie… conventions qui, pour le coup… de grâce, ne collent absolument pas aux exigences des employeurs responsables du recrutement des aspirants…

Le contre-exemple parfait !

Un “guide” qui pourrait bien induire auprès des futurs agents du service public l’inverse de ce que nous sommes en droit d’attendre d’eux.

Il trompe l’aspiration policière et brise son évolution. Je ne sais pas vous ? Mais moi, j’aspire à forger une assermentation de policiers qui puissent interroger la légitimité des grades qui les entourent et auxquels ils seront naturellement conviés un jour. Je rêve de policiers qui puissent s’opposer, et le cas échéant, dénoncer ou corriger sur le champ le comportement indigne et immoral de plusieurs instructeurs et intervenants de cette même Académie. Je rêve de policiers qui puissent initier leur développement personnel en toute responsabilité – tel que le prévoit légalement leur pouvoir discrétionnaire -, marcher à contre-courant, au nom du Droit, s’il le faut. Autant de qualités et de caractéristiques intrinsèques à la nature du policier qui ne démord pas face aux crimes puissants, mobiles et maléfiques.

Je crains que les ressortissants de Savatan s’écraseront, encore et toujours, devant les injustices auxquelles ils sont parfois confrontés dans le cadre de leur formation. Continueront-ils de se murer dans un silence de plomb jusqu’à l’obtention de leur Brevet fédéral ?

Pour terminer, j’aimerais rappeler la faille cruciale qui ressort de toutes les analyses de pratique professionnelles et comportementales effectuées auprès de policiers suisses en exercice, et ce, depuis neuf ans : une majorité d’entre eux nous signale souffrir d’un manque de reconnaissance et de considération.

Ce guide n’aide pas.

Deux courts extraits du Guide de l’aspirant :

7.1 L’entretien

… Ne faites rien de votre propre chef sauf oubli manifeste de votre interlocuteur… ne vous balancez pas d’une jambe sur l’autre, ne triturez pas d’objet pour vous donner une contenance,…

7.2 Attitude à l’extérieur

Lors de déplacements à pied en compagnie d’un supérieur vous devez vous placer à sa gauche. Si vous êtes deux, le plus gradé se place à sa gauche et le second à sa droite ou à quelques pas en arrière.

 

Détecter les signes avant-coureurs du crime

Les polices cantonales de Soleure puis de Zurich, suivies de Lucerne, de Thurgovie et de Bâle-Campagne misent sur l’organisation de réseaux interprofessionnels de détection et de prévention des dégénérescences des incidents pouvant conduire jusqu’au crime.

Ces modèles d’analyse des risques et de gestion des menaces prédéfinissent l’avenir policier.

La procédure est simple mais pas évidente à instaurer. Pas évident car les milieux policiers traditionnels peinent à accueillir d’autres disciplines et d’autres pratiques. Pourtant, les cantons alémaniques précités l’ont fait et s’en réjouissent.

La méthode ?

Simple et concrète :

les professionnels de tous milieux, témoins d’agissements équivoques ou alarmants, déposent leurs signalements dans un cercle d’analyse, de détection, d’alerte opérationnelle et d’intérêt public.

Réunir les employés des administrations communales, les enseignants, les travailleurs sociaux, les spécialistes de la protection des enfants, les psychologues, etc. autour de la police dans une plateforme d’échanges et de signalements : tel est le but de ce cercle ou réseau d’analyse. Que l’ensemble des partenaires puisse se tenir en alerte autour des risques de dérive que peuvent engendrer, par exemple, les absences scolaires d’un élève turbulent ou des violences domestiques répétées ou encore des plaintes de voisinage.

Comme précisé dans le sujet d’Ariane Gigon, correspondante de plusieurs quotidiens romands à Zurich, « Le partage des compétences (des professionnels de tels réseaux ndlr.) repose sur des bases légales réglant notamment la question du secret professionnel et de la protection des données. »

J’approuve, j’encourage et j’accompagne la mise en place de ces systèmes d’analyse pour autant que les responsabilités soient clairement définies et réparties. Pour les partenaires de la police, il ne s’agit pas de dénoncer mais de partager une inquiétude qui est déposée en un lieu de régulation. Contrairement à la délation qui est une démarche bilatérale, ce système de mise en réseau est animé par une dynamique multilatérale d’autocontrôle démocratique.

J’invite les cantons romands et leurs polices à s’y mettre sans plus tarder.

Qui doit porter la parole policière ?

L’invité du quotidien La Liberté du 26 septembre 2016, responsable de la communication de la police cantonale fribourgeoise, relève l‘importance d’être policier de métier et issu du rang pour exercer cette fonction médiatique.

Question du journaliste : vous êtes le premier responsable de la communication à être policier. Un atout ?

Réponse du policier : oui clairement ! Ma hiérarchie voulait améliorer ce secteur. Mes collègues me font confiance. Ils savent de quoi je parle car j’ai travaillé dans l’opérationnel durant plusieurs années. Connaître le fonctionnement interne facilite mon rôle de communicateur. Il y a aussi davantage de respect.

(2 minutes de lecture. Le féminin est compris dans le texte)

J’entends toujours ces mêmes arguments. Ils ne me convainquent point. … parce que je ne suis pas policier ? Non, car je suis bénéficiaire des prestations de police, comme chacun d’entre nous. Je me trouve être au point de finalité du processus policier et le mieux placé pour connaître mes besoins et ceux de ma communauté. C’est précisément à ce croisement d’échanges de procédés, entre le prestataire et l’usager (ou le contrevenant ?), que certaines corporations policières se figent, repliées sur elles-mêmes.

Une population multiple, une police multiple

Prenons l’exemple du secteur de l’habillement qui intègre depuis des décennies des professionnels issus de la clientèle au service de leur communication afin de concilier les intérêts des uns et des autres et surtout répondre le mieux possible aux exigences des consommateurs. En police, « nous » – j’utilise le « nous » dans l’idée du service public – devons être encore plus soucieux que les entreprises de l’économie privée n’étant pas soumis à la rentabilité ni à la concurrence. « Nous » devons traduire nos prestations policières, y compris contraignantes, d’une façon vulgarisée, ouverte et autocritique.

Dans l’idée d’un carrefour commun d’intérêts, digne des diversités qui fabriquent notre démocratie, le service de communication publique d’une institution de police devrait réunir en son sein des ressortissants du Corps policier mais aussi des personnes aux compétences étrangères.

Une parole plus libre qui ouvre de nouvelles perspectives

  • Comme les personnes provenant de l’extérieur ne connaissent pas les ficelles de la profession, elles questionneront les praticiens policiers et les obligeront à s’expliquer autrement, à revisiter leurs conditionnements et peut-être même, dans certains cas, à se corriger.
  • Mais encore, ces personnes de l’extérieur échappent aux pressions hiérarchiques et aux qualifications internes souvent compromettantes et subjectives. Elles se sentent plus libres de réformer certaines méthodes désuètes et d’inventer de nouvelles stratégies.
  • Enfin, elles révèlent d’autres points de vue et d’autres perspectives nécessaires à la sauvegarde de la paix et au respect des différences dans un État de Droit comme le nôtre.

 

Armes et espace public

“Acquérir une arme létale vous engage dans un processus lent et complexe pour aboutir à une action rapide. » C’est en ces termes que les policiers instructeurs de tirs, avec lesquels je collabore, introduisent leurs cours.

En effet, aucune arme de défense, qu’elle soit morale, politique, spirituelle ou létale n’est efficiente, à terme, sans qu’au préalable, son détenteur ait pu discerner son intention initiale, réfléchir son comportement et finalement entraîner sa parole, son geste et son attitude le long du processus d’apprentissage.

Une population porteuse d’armes au quotidien : une idée mort-née !

Bernard Wicht, Professeur à l’Institut d’études politiques, historiques et internationales de l’Université de Lausanne et invité du journal RTS La Première du vendredi 16 septembre passé (2016), est favorable au port d’armes généralisé, selon le principe de liberté accordée aux citoyens. Monsieur Wicht pense qu’il faut diffuser le port d’armes auprès de la population.

Ce principe pourrait me plaire. À priori, il me semble juste. Pourtant, à y lire les risques de plus près, son application détournerait la vocation de l’espace public.

Armer l’espace public nécessite l’arbitrage d’une autorité déléguée, reconnue par tous et détentrice du pouvoir d’interpellation.

Une autorité investie par nos soins et qui puisse nous rendre compte de chacun de ses gestes comme devra le faire cette policière de l’Oklahoma, aux Etats-Unis, ayant abattu un homme noir le 16 septembre passé (2016). Comment gérer les actions armées de personnes privés au sein de l’espace public, détentrices du pouvoir de neutralisation, sans qu’elles aient été investies et mandatées sous assermentation, sans qu’elles puissent bénéficier de formations continues, sans qu’elles soient dotées d’un pouvoir public et transparent ?

Que les populations soient responsables de leur défense, y compris en situation de paix, ne fait naître aucun doute en moi. Raison pour laquelle nous devons nous mêler de très près de la gouvernance de nos polices et de notre armée de défense. Nous devons aussi étendre les prérogatives et augmenter les champs disciplinaires de nos corporations policières.

Pourquoi alors ne suis-je donc point favorable à l’armement généralisé de la population ?

Armée de milice

En Suisse, plus de 180’000 adultes sont déjà armés, incorporés et prêts à nous défendre en cas de guerre. On peut y ajouter les milliers de membres des sociétés de tirs, les milliers d’amateurs et toutes celles et ceux qui ont épuisé leurs obligations militaires. La population adulte suisse est accoutumée aux armes et un grand nombre en dispose déjà.

Temps de paix

Nous ne sommes pas en guerre. La tentation politique – émotionnelle – d’imprimer la guerre sur nos fronts, depuis les attentats de Paris, est mortifère. Les menaces terroristes ne nous réduisent pas à la guerre. Aucunement. En ce sens, je partage l’avis de Michel Serres exprimé dans le quotidien Le Monde du 10 septembre 2016. En Europe, nous vivons des temps de paix comme jamais nous n’en avions connus. Prétendre le contraire, reviendrait à ignorer ce que représente le basculement et les ravages destructeurs de la vraie guerre. Celle qui vous déracine et broie vos lendemains, celle qui entrave vos libertés et votre dignité, de fond en comble. A ce que je sache, nos militaires ne contrôlent pas nos mouvements au bas de nos rues, dans nos quartiers. Darius Rochebin ne présente par le TJ en uniforme et le code pénal ainsi que les tribunaux sont toujours civils. Équiper d’armes létales les citoyens suisses reviendrait implicitement à reconnaître, dans les usages et coutumes de notre pays, l’entrée, de fait, en guerre. Ce serait forcer le scénario catastrophe, sans mesure aucune, et bousiller du jour au lendemain nos espérances et nos tentatives de prévention et d’éducation.

S’incliner et se coucher devant la propagande et les attaques des terroristes : jamais !

Il n’est pas question, pour moi et tant d’autres, d’accorder nos pas au rythme de danse macabre que ces cinglés tentent de nous imposer. Sans compter ces autres individus, esseulés et désabusés, qui se jettent sur la même piste de danse à la conquête d’un partenaire de mort.

Multiplicité des armes

Les armes sont diverses. Pas question pour moi non plus de désarmer les citoyens mais plutôt de promouvoir la multitude d’armes à notre disposition. Dans une démocratie vivante, la prévention des dégénérescences des conflits violents s’opère de mille manières et par des moyens, instruments et armes tels que le savoir, la transparence, l’initiative, le référendum, le service milicien non obligatoire et, entre autres, l’usage formé et encadré d’armes létales.

Je suis favorable au service militaire milicien mais pas à la généralisation du port des armes.

Pas de confusion entre sphère privée et espace public

L’espace public ne saurait succomber aux velléités privées de quelques téméraires.

Nos bibliothèques sont ouvertes et libres d’accès, nos écoles, nos institutions, nos fondations culturelles battent le plein… Ne disposons-nous pas d’armes suffisantes pour résister à la tentation de nos peurs ?

Enfin, en relation à la posture policière, je suggère d’armer nos comportements et de réduire les risques mortels d’accidents de voiture, de pollution, d’incendie, qui, à ce jour, comptabilisent des probabilités bien plus fortes de nous atteindre de plein fouet qu’une attaque terroriste. Je ne minimise pas les menaces terroristes et leur augmentation mais je refuse de m’y soumettre.

Oui, je l’entends cet instinct qui clame l’action fortuite pour taire les assauts d’un tireur fou déboulant sur la terrasse de mon café. Je l’entends. Je la comprends. Dans ce cas hypothétique, la dégaine de mon arme automatique que je devrais avoir sur moi, après me l’être procurée, et l’avoir révisée, et chargée, tout en la protégeant du tempérament joueur de mes enfants, engendrera tout au plus un vaste business sournois et une lourde régulation juridique, ce, au détriment de notre vivacité démocratique.

L’entreprise est disproportionnée.

Ne greffons pas une deuxième tête d’armement industriel et généralisé sur le monstre terroriste.

 

Libérons les policiers de tout maintien d’ordre !

(3 minutes de lecture)

(Le féminin est compris dans le texte)

Une activité chronophage

Le maintien d’ordre engloutit des milliers d’heures d’entraînement et de présence, fort onéreuses. Ce, au détriment des urgentes et complexes investigations des milieux et réseaux pédophiles, terroristes et extrémistes de tous bords.

Le maintien d’ordre éloigne le policier de ses missions essentielles que sont la prévention, la protection des personnes, l’accueil des plaintes, l’enquête, l’interpellation et la garde à vue (appelée aussi arrestation provisoire ou de courte durée). Voir Habilité du policier suisse.

Le maintien d’ordre n’est pas une nécessité policière

A l’examen des principales compétences de police, notamment celles nécessitant un solide secret de fonction, le maintien de l’ordre est bel et bien une des tâches que l’on pourrait soustraire sans conséquences néfastes. La prestation du maintien d’ordre est étrangère à l’intrinsèque vocation des polices de bien public. Elle se réfère à des tactiques militaires et fait appel, dans les situations extrêmes, à des modes opératoires qui s’apparentent à une forme de guérilla urbaine.

Qui pourrait s’en charger alors ?

Des agents d’Etat assermentés, autres que policiers, pourraient se charger des opérations de maintien d’ordre, accompagnés qu’ils seraient de quelques policiers judiciaires ou tacticiens.

Par exemple, en Suisse, les Assistants de Sécurité Publique Niveau 3. (ASP3), moyennant un complément de formation, seraient tout à fait aptes au maintien d’ordre lors de manifestations publiques ou sportives. Ils seraient encadrés par des policiers expérimentés qui, le cas échéant, procéderaient aux contrôles, fouilles ou interpellations. Ces ASP3 sont des auxiliaires de police aux compétences variées (voir l’exemple genevois). Il sont uniformés et armés.

Quatre avantages d’intérêt public

Je vois quatre avantages à libérer nos policiers de terrain de tout maintien d’ordre lors des manifestations publiques.

  1. Soulager les ressources humaines et les dépenses publiques. Transférer le maintien d’ordre préserverait les forces policières judiciaires, d’enquête, de proximité, de prévention des violences et déprédations, de sensibilisation et de protection de l’environnement.
  2. Encourager et faciliter l’entraide intercantonale. Les différentes directions et corporations de polices pourraient plus facilement mettre à la disposition de leurs pairs et voisins le personnel non policier affecté au maintien de l’ordre sans obliger les policiers en exercice à interrompre le fil des enquêtes et des procédures en cours.
  3. Élargir le rayon dissuasif. Confier le maintien de l’ordre à des agents professionnels (exemple : les ASP3 – voir plus haut) et/ou à des miliciens de sécurité publique formés et assermentés permettrait encore de diversifier l’identité des interlocuteurs de sanction et par là même de renforcer la dissuasion.
  4. Maintenir l’autorité de l’État de Droit. Ces agents d’État s’investiraient, en dehors des mobilisations de maintien d’ordre, dans diverses tâches de surveillance, de protection et de rétention. Les Assistants de Sécurité Publique le font déjà dans plusieurs cantons. Ainsi, la parenté policière d’une commune ou d’un canton s’en trouverait enrichie.

Terrorisme : l’appel à la population comporte des risques !

Titre :

Terrorisme : l’appel* à la population comporte des risques !

* à ne pas confondre avec l’appel aux témoins. Nos polices sollicitent régulièrement les témoins d’un incident ou d’un accident avec raison et justesse.

(3 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Extraits des articles du Matin dimanche et de la SonntagsZeitung du 31 juillet 2016 :

Après la vague d’attaques qui a frappé l’Europe, les policiers suisses veulent s’inspirer de leurs confrères finlandais pour mieux prévenir la radicalisation des personnes. Ces derniers tablent sur les dénonciations des proches. « Il y a des signes observables chez les délinquants potentiels », comme des modifications du comportement, explique au Matin Dimanche et à la SonntagsZeitung le commissaire en chef de la police centrale finlandaise.

Les cantons suisses se disent intéressés par l’expérience nordique. « Nous allons discuter quels éléments prendre du Community Policing finnois », déclare le président de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police, le Bernois Hans-Juerg Kaeser.

L’émission radio “Tout un monde” RTS La Première de ce lundi matin 15 août donnait la parole à un représentant de la police nationale finlandaise :

 

Mon opinion :

Citoyens, résidents, touristes, saisonniers ou migrants, tous sont les bénéficiaires des polices, les plus faibles en priorité. Ils offrent le bassin de recrutement des futurs agents, ils financent leurs salaires et les infrastructures, ils légitiment l’usage de la force et s’assurent de leurs bienveillances publiques.

Historiquement, les populations ont délégué les tâches de police à des tiers, recrutés en leur sein, afin de distancier l’appréhension des soupçons et des événements dégénérescents. Ce, dans un intérêt commun d’objectivité et d’établissement rigoureux des faits, sous forme de preuves… et surtout pas de suppositions ou de rumeurs.

Les populations sont naturellement instigatrices, plaignantes ou indicatrices auprès des forces de polices. Faut-il, maintenant et en plus, insuffler auprès de tout un chacun une velléité d’auxiliaire de police ?

Faire appel pro-activement à la collaboration des populations pour la dénonciation de ce qui paraît étrange et potentiellement à risque présente des dangers que la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police ne doit pas sous-estimer.

Car l’histoire a aussi démontré que le zèle, la délation ou la pré-programmation des coupables par les populations peuvent considérablement réduire l’efficience du travail d’investigation et dénaturer les signalements ainsi révélés.

Contextualisation

La République de Finlande n’est pas notre Confédération de vingt six États. Ce vaste pays aux 3’000 lacs compte la plus faible densité de population de l’Union Européenne. Pour une surface huit fois supérieures à la Suisse, la Finlande dénombre 5,3 millions d’habitants. Le tissu socioculturel est donc d’une toute autre nature. De plus, le modèle finnois confie à des psychologues, religieux, infirmiers et travailleurs sociaux un rôle prédominant dans l’analyse des données ainsi recueillies. Chaque renseignement fourni par les citoyens ou résidents est passé au crible pluridisciplinaire de spécialistes précautionneux qui confrontent leur avis et les sources d’information, en toute transparence. Enfin, tous les policiers de la capitale ont été formés à la détection des signes et menaces terroristes. Autant de précautions qu’il s’agirait de mettre en place dans chacun de nos cantons et villes ou régions disposant de leurs polices propres.

Action concrète et pratique

Par contre, en Suisse, il est nécessaire, selon moi, de renforcer le rôle des acteurs professionnels déjà en place le long de la chaîne sécuritaire. Pompiers, soignants, urgentistes, enseignants, travailleurs sociaux, concierges, exploitants de régies communales et cantonales, employés d’édilité, contrôleurs et conducteurs de transports publics, etc. doivent être formés à la levée de renseignements. Ils contribueront ainsi à prévenir les discriminations négatives et contre-productives.

Enjeu genevois

Seulement en République et canton de Genève, les employés de l’État et des institutions parallèles représentent 46’000 personnes dont une fraction est assermentée. Toutes et tous suivent, plusieurs jours par année, des formations continues. Ces journées sont programmées. Alors, commençons avec ces  oreilles et ces yeux par milliers !