Afrique: Ouganda, un scénario connu

Presque partout en Afrique, la découverte de pétrole a conduit les pays à un climat politique propice à la corruption, au saccage de l’environnement, à des expropriations douloureuses, à des conflits internes, à du trafic illégal, cela même si de précieuses devises rentrent dans le pays… Une malédiction ? Oui sans doute. Nigéria, Angola, Libye, RDC, Cameroun, Egypte, Tchad, pour n’en citer que quelques-uns. Total vient de signer le plus grand contrat pétrolier de l’année avec l’Ouganda, alors que cette entreprise vante sa transition vers les énergies renouvelables, comme d’autres d’ailleurs. Les associations de défense de l’environnement sont déjà sur la piste, et sur celle de l’entreprise canadienne ReconAfrica dans le paradis du delta du Kavango (Namibie/Botswana) qui ne parle que de gaz pour éviter d’alerter les opposants. Mais finalement, les principaux responsables du dérèglement climatique sont aussi les consommateurs de pétrole que nous sommes qui ont beau jeu de diaboliser les entreprises qui pillent les ressources en toute légalité.
L’Ouganda compte 45 millions d’habitants dont la moitié à moins de 14 ans, et 2% les plus de 65 ans. La population a doublé en 20 ans. On comprend dès lors la nécessité pour le gouvernement ougandais de chercher des devises par tous les moyens (La Croix 25.04.21). L’aide américaine en 2020 s’est élevée à presque 1 milliard de dollars pour sécuriser toute la région. En plus, l’armée ougandaise, qui compte 50 000 hommes, est déployée en Somalie dans le cadre de la mission de l’Union Africaine 6.200 (Amisom), et 620 dans le cadre de l’ONU (Unsom). Quelques centaines aident aussi à la formation en Guinée équatoriale. C’est dire que ce pays « se débrouille » pour essayer de nourrir sa population, mais la corruption est de mise à tous les niveaux de la société.
C’est par les armes que le président Yoweri Museveni était arrivé au pouvoir en 1986. il vient d’être réélu le 14 janvier 2021 après 36 ans de pouvoir. Comme dans d’autres pays africains, les élections ont été marquées par des violences, des fraudes, des emprisonnements de ses opposants, notamment Bobi Wine, 39 ans, de son vrai nom Robert Kyagulanyi Ssentamu), un chanteur reconverti en politique. Il a remporté les élections avec son parti la Plateforme de l’Unité Nationale à Kampala et Buganda, région centrale et poumon économique du pays. Il est soutenu par presque toute la jeunesse. Certains opposants ont été « achetés » par Yoweni Museweni en recevant des postes dans le nouveau gouvernement ou des enveloppes bien garnies. D’autres ont été emprisonnés ou ont disparu. La tradition continue…
Dans plusieurs pays africains, ce sont les Eglises, notamment l’Eglise catholique, qui défend la population. L’archevêque de Kampala, Mgr Cyprian Kizito Lwanga, avait déjà mis en garde les forces de sécurité : « Ne vous conduisez pas comme au temps d’Idi Amin ». En effet, l’ancien président était connu pour sa cruauté, il jetait ses opposants, en majorité des intellectuels, dans le marécage aux crocodiles… « Ils ne veulent pas quitter le pouvoir, ajoute l’archevêque, les autorités nous accusent de faire de la politique parce que nous condamnons la torture et les enlèvements. Mais ce sont les forces de sécurité qui devraient être poursuivies en justice pour leurs violations des Droits de l’homme. » Un journaliste explique : « A 76 ans, Museweni, qui joue au bon grand père et a accueilli beaucoup de réfugiés de pays voisins, ne devrait pas être en mesure d’obtenir un septième mandat en 2026. Mais personne ne connaît les intentions du vieux lion. Son fils n’est pas populaire et ne fait pas l’unanimité au sein de l’armée. Pourtant, c’est elle qui jouera un rôle clé dans la transition. » Il y a plus de vingt ans le président Museweni et Paul Kagame (Rwanda) étaient de bons amis et se sont rendu des services mutuels, mais ils se sont disputés.
Dans sa maison où il s’est réfugié, le chef de l’opposition Bobi Wine, attend, il risque à tout moment l’arrestation, l’exil et même l’assassinat. Et que font les Etats-Unis et les pays européens ? Ils ont dénoncé mollement la violence excessive des forces de sécurité avant les élections. Cela ressemble étrangement à ce qui se passe aujourd’hui dans d’autres pays où la jeunesse frustrée se révolte et veut avoir son mot à dire pour leur avenir (Algérie, Palestine).

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

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