La vérité sur les violences xénophobes en Afrique du Sud

 

Début septembre, des violences xénophobes ont éclaté en Afrique du Sud à Johannesburg puis à Pretoria.  Des dizaines de commerces et des camions appartenant à des étrangers ont été pillés et brûlés,  et au moins dix personnes ont été tuées. Officiellement, on a parlé de xénophobie, condamnée partout sur le continent africain, surtout au Nigéria et en RDC (République Démocratique du Congo) par une organisation laïque, dont des ressortissants ont été particulièrement touchés. Le Président Cyril Ramaphosa a fermement dénoncé ces attaques « totalement inacceptables en Afrique du Sud. Il ne peut y avoir d’excuses pour la xénophobie ». Mais ces déclarations n’ont pas suffi. Malgré des excuses officielles, il s’est fait huer aux funérailles de Robert Mugabe à Harare. Parmi les étrangers malmenés ou tués, il y a non seulement des Nigérians et des Congolais, mais aussi des Zimbabwéens, des Pakistanais, des Ethiopiens, des Somaliens, des Mozambicains, entre autres. Mais les plus fermes condamnations sont venues de la part de l’Episcopat de toute l’Afrique australe (Imbisa) le 11 septembre. Il comprend les évêques d’Angola, du Mozambique, du Zimbabwe, de Namibie, de Zambie, du Botswana, d’Afrique du Sud, du Lesotho, d’Eswatini (ex.Malawi) : « Ces actions déplorables ne peuvent être excusées, mais nous croyons que la majorité des Sud-Africains de toutes les couches sociales sont épouvantés par ces violences. Nous vous exhortons à éviter la vengeance… » Ils sont soutenus par le Cardinal ghanéen Peter Turkson, responsable du Conseil pontifical Justice et Paix et qui participait au Cap au Forum sur la paix et la sécurité dédié à Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, lui aussi Ghanéen. Il faut souligner que 83 % de la population en Afrique du Sud (53 millions) est encore très chrétienne, comme d’ailleurs les pays voisins. Elle ne compte que 1 % de Musulmans. Et même s’il y a eu un attentat djihadiste contre une mosquée chiite le 11 mai 2018 dans les environs de Durban, l’Afrique du Sud reste un pays tolérant en matière religieuse. Pour le moment !

Mais le mot de xénophobie cache une réalité bien plus grave que le Président Ramaphosa et les Eglises hésitent à reconnaître : le chômage chez les jeunes (50 %), le changement climatique, surtout la sécheresse, – la Ville du Cap avec ses restrictions d’eau en sait quelque chose -,  et la récession économique qui touchent de nombreux pays africains. Tous ces facteurs sont suffisants pour ceux qui ont peur de l’avenir et même faim, pour les faire réagir de manière agressive. Des rivalités ethniques vont sans doute réapparaître. Dans ce contexte, les « frères » africains  d’autres pays sont aussi marqués par ces problèmes car pour eux, l’Afrique du Sud représentait leur « paradis » où ils pouvaient toujours aller… Ils comprennent soudain que cela pourrait ne plus être le cas. Dans ces condamnations il y a donc une frustration sous-jacente, alors que le Nigéria, la RDC ou le Zimbabwe ne sont pas non plus exempts de violences.

Comme l’Europe, le continent africain est bouleversé par les changements climatiques, un début de récession économique pour plusieurs et les migrations, et cela ira en empirant. Des milliers d’Africains ont aussi émigré au Mexique, mais ils sont bloqués dans leur espoir d’arriver aux Etats-Unis… Partout, les rêves s’évanouissent comme des mirages.

Mugabe et le Réarmement moral de Caux

Une petite histoire dans la grande histoire de la décolonisation de l’Afrique australe :

Le Réarmement moral, aujourd’hui « Initiatives et Changements », était très actif dans les années 70-80 en Afrique australe au moment des décolonisations et contre l’apartheid. En Angola, au Mozambique, en Rhodésie en Namibie, et en Afrique du Sud, il y avait des mouvements de libération soutenus essentiellement par les Russes et les Chinois dans un contexte de guerre froide.  Mais à l’intérieur de ces pays, il y avait aussi des Blancs qui luttaient pour la justice et l’indépendance.

L’apartheid était particulièrement inacceptable pour les Calvinistes suisses romands car c’était la toute puissante Eglise calviniste hollandaise sud-africaine qui, en se basant sur l’Ancien Testament, avait enraciné sa politique raciste. Le Réarmement moral de Caux (fondé à la suite de la 2e guerre mondiale) se sentait ainsi particulièrement concerné. Certains de ses membres étaient actifs à faire changer ces mentalités en Afrique du Sud, mais aussi à préparer les futurs responsables de ces pays. C’est ainsi qu’ils « coachaient » le fils de Jan Smith, Premier Ministre de la Rhodésie  (Zimbabwe ) qui avait refusé les Accords de Lancaster de Londres voulant donner l’indépendance à leur ancienne colonie. Mais Jan Smith refusa et déclara une indépendance unilatérale. Son fils Alec, qui étudiait en Afrique du sud, n’était pas du tout d’accord avec son père et menait une vie d’étudiant un peu désordonnée. C’est à lui que deux membres du Réarmement moral s’adressèrent, d’abord pour l’aider et ensuite pour lui proposer de rentrer en Rhodésie pour convaincre son père de rencontrer le « terroriste » Mugabe, qui luttait par les armes. Et il réussit. Jan Smith finit par accepter de rencontrer secrètement chez lui le «terroriste» Mugabe et ensemble ils préparèrent l’indépendance du pays.  Un des sujets délicats était de réunir les deux armées : celle de libération et celle de Rhodésie. C’est Alec Smith devenu entre temps aumônier, qui réussit cette tâche difficile.

L’auteur de ces lignes l’a rencontré quelques années plus tard à Harare alors qu’il venait d’écrire un livre « Tu seras mon frère ». Il avait beaucoup d’humour et pas trop d’illusions. Pendant quelques années, Mugabe dirigea le pays  avec compétence, mais comme presque partout dans les pays nouvellement indépendants, les groupes ethniques se firent la guerre. Mugabe fut implacable envers Nkomo et les Ndebele qui s’étaient aussi battus pour l’indépendance du pays. Il devint un dictateur qui emprisonnait ses adversaires politiques et les torturait. Le Réarmement moral n’avait pas prévu cela….    

Erythrée, le gouvernement confisque les hôpitaux catholiques

 

En juin, les 29 hôpitaux de la petite Eglise catholique ont été confisqués par le régime totalitaire du président Issayas Afeworki . « Il ne supporte pas son indépendance qui a toujours dérangé le régime », selon le père Mussie Zerai, président de l’agence Habeshia pour l’aide au développement des migrants et des réfugiés érythréens et éthiopiens (voir La Croix 1.08.19) Le régime communiste totalitaire ne tolère pas le secteur privé et encore moins le rôle des religions dans la société. Il est arrivé la même chose à l’Eglise orthodoxe qui est plus coopératrice.  Ce régime veut limiter le champ d’action de l’Eglise catholique dans la vie publique et lui faire perdre toute pertinence morale, sociale et politique dans le pays (loi No 73/1995).

Son indépendance et son autonomie ont toujours dérangé le régime, car elle est la seule institution courageuse depuis 1991 (date de l’indépendance de l’Erythrée conquise de haute lutte contre l’Ethiopie et de l’arrivée au pouvoir du dictateur Afeworki),  qui ose parler à voix haute avec ses lettres pastorales. Ainsi le régime n’a toujours pas digéré la lettre pastorale de 2014 intitulée « Qu’as-tu fait de ton frère ? », qui dénonce les innombrables crimes commis par le régime érythréen et le silence de la communauté internationale. Le gouvernement aimerait pouvoir manipuler l’Eglise catholique comme il le fait avec l’Eglise orthodoxe tewahedo d’Erythrée. La confiscation des 29 hôpitaux catholiques,  en excellent état, est donc une mesure de représailles et vient soutenir les hôpitaux d’état qui fonctionnent mal, faute de médicaments, de médecins, d’équipes médicales…

Mais le régime totalitaire ne va pas en rester là. Il a aussi  l’intention de nationaliser les 50 écoles et les 100 jardins d’enfants catholiques. Dans certaines régions le régime a déjà demandé d’empêcher l’inscription des élèves dans les écoles catholiques pour la nouvelle année scolaire. Le pays perdra ainsi la qualité de son enseignement. En effet, les écoles publiques sont très pauvres, les enseignants manquent parce que beaucoup se sont enfuis, les plus jeunes à cause d’un service militaire très long et pénible. Le régime est obligé des faire venir des enseignants d’Inde et du Kenya. En fait, le gouvernement érythréen est en faillite. Il est incapable de garantir le bien-être, les droits fondamentaux, la justice, ce qui est aussi la cause de l’exode de centaines de milliers de jeunes.

Depuis 2001, le gouvernement a fermé tous les journaux indépendants et réduit les journalistes au silence par la détention et la torture. Les tribunaux ne sont pas indépendants, influencés par les membres du parti et l’armée. Il n’y a plus d’assemblée parlementaire.

Au vu de ces faits et surtout de la lettre pastorale des évêques de 2014, on peut se demander comment des parlementaires suisses dont Claude Béglé faisait partie, ont pu revenir d’Erythrée faisant remarquer que “le pays est en train de s’ouvrir.” C’est le même optimisme en Corée du Nord… Un peu plus d’humilité et une connaissance approfondie des pays visités sont indispensables. 

 

Les grandes entreprises mondiales du pétrole au Vatican…

 

Avec les attaques contre les pétroliers au large du détroit d’Ormuz, nous devenons de plus en plus conscients de la fragilité de notre économie reposant sur le pétrole. Et voilà que le gentil Nounours Pompeo veut nous faire avaler un serpent dangereux : c’est l’Iran qui en est responsable ! C’est justement le moment choisi par le pape François pour s’adresser aux géants mondiaux du pétrole pour les exhorter à agir d’urgence sur le réchauffement climatique. Il utilise le même vocabulaire que le scientifique allemand Carl Friedrich von Weizsäcker il y a plus de 30 ans pour conjurer le danger de l’escalade nucléaire : le temps presse, et qui nous avait été bénéfique au delà de tout espoir.

Oui, le temps presse, a insisté le pape François, en conclusion d’une session de dialogue à l’Université pontificale devant les entreprises mondiales de l’énergie. « Pendant trop longtemps nous avons collectivement ignoré les fruits des analystes scientifiques, mais désormais les prévisions catastrophiques ne peuvent plus être regardées avec ironie et mépris. Ne rien faire serait une grave injustice vis-à-vis des pauvres et des générations futures… Il y a de l’espérance et  il reste du temps pour éviter les pires impacts du changement climatique, à condition qu’il y ait une action prompte et résolue. »

Les responsables des géants du pétrole se sont ainsi retrouvés au Vatican ces derniers jours et se sont prononcés sur la nécessité de fixer un prix du carbone pour permettre de réduire les émissions et sur une plus grande transparence concernant leur action et ses conséquences sur le climat. « Les entreprises devraient clairement indiquer aux investisseurs comment ils envisagent et investissent dans la transition énergétique. Cela inclut la publication d’éléments fournissant des informations matérielles et significatives conformes à leurs obligations de déclaration dans leurs juridictions respectives, reconnaissent ces entreprises. »

Parmi les signataires de cette déclaration inédite et qui participaient à cette rencontre au Vatican, figurent, entre autres, les PDGs de Shell, BP, Chevron, ExxonMobil, Eni, et Total.  C’est vrai qu’on peut se réjouir prudemment de cette avancée, mais il y aura toujours ceux qui pensent comme l’UDC dans son tout ménage du 14 juin, que le changement climatique est une idéologie. Un langage méprisant qui rappelle une dictature.

 

 

Le nord du Mozambique mis à feu et à sang par des djihadistes

 

A peine remis du passage dévastateur de l’ouragan Kenneth en avril dernier, le nord du Mozambique, constitué essentiellement de Musulmans, et riche en gaz,  doit faire face à des djihadistes radicaux qui veulent instaurer la loi islamique. Depuis plus d’un an et demi, plus de 200 personnes ont été tuées, surtout à la machette, ou brûlées vives dans leurs cases incendiées dans des villages ou des embuscades. Jusqu’à présent, l’identité de ce groupe est restée mystérieuse.

Mais pour la première fois, à fin mai, le groupe EI (Etat Islamique) explique opérer au Mozambique : « Les soldats du califat ont pu repousser une attaque de l’armée mozambicaine des croisés dans le village de Metudi (nord). Ils les ont affrontés avec une variété d’armes tuant et blessant un certain nombre d’entre eux… Les moujahidines ont saisi des armes, des munitions, des roquettes comme butin. » La police mozambicaine a démenti ces affirmations : « Les forces de sécurité sont présentes sur tout le territoire. L’armée et la police ont nettement renforcé leur présence dans la province de Cabo Delgado (nord), région où opèrent les islamistes, pour les mettre hors d’état de nuire. Sans succès. Pour le seul mois de mai ce mystérieux groupe que la population locale appelle  « Al Shabab (les jeunes) a tué au moins 40 personnes, blessés des dizaines d’autres, et incendiés des centaines de maisons (AFP).

Les informations dans le nord du Mozambique sont très difficiles à obtenir à cause de la répression contre les journalistes par les autorités mozambicaines. Mais des experts ont dénoncé une propagande : « Il est normal d’entendre de telles revendications, a estimé Fernando Jorge Cardoso (Institut universitaire de Lisbonne), c’est bon pour l’EI de dire qu’ils s’étendent, et c’est bon pour le groupe au nord du Mozambique qui se sent faire partie d’un groupe plus important. C’est de la propagande. » Un autre expert qui ne souhaite pas dire son nom, explique : «  L’EI n’est pas au Mozambique mais il a peut-être des liens au Mozambique. Dans son communiqué, il fait une grave erreur géographique. Le village de Matudi où auraient eu lieu les affrontements se situe dans la région de Mocimboa. Or Matudi est dans le district de Quissanga à une centaine de kilomètre de Mocimboa.  En plus la date du communiqué n’est pas anodine, elle coïncide avec l’Aïd qui marque la fin du ramadan. »

« C’est vrai que depuis la disparition de son califat autoproclamé en Syrie et en Irak, l’EI essaye de montrer qu’il a des liens ailleurs et tente de compenser son absence sur internet. Ils ont toujours un site internet  et veulent montrer qu’ils sont toujours là. »,  expliquent encore les deux experts.

Il est aussi préoccupant de constater que les djihadistes essayent de s’infiltrer au Burkina Faso, et dans d’autres pays de l’ouest africain où ils sont combattus au Mali par l’armée française aidée par des coups de mains américains.  Au Mozambique ils ont l’appui des shababs de Somalie. Inquiétantes déstabilisations…

 

En Ouganda, les évêques interdisent le plastique !

 

Le 3 juin, les sacs en plastique seront interdits au sanctuaire de Namugongo, une décision qui sera aussi étendue aux autres institutions et sanctuaires catholiques du pays ! Le président de la Conférence catholique épiscopale d’Ouganda, Mgr Anthony Zziwa l’a annoncé le 10 mai dernier à Kampala. Le gouvernement, qui avait déjà essayé plusieurs fois sans succès d’interdire le plastique, en fera de même. En fait, ils suivent l’exemple de la Tanzanie voisine qui a publié un communiqué à l’intention des voyageurs stipulant une interdiction totale de sacs plastique à partir du 1er juin.

Mgr Zziwa s’est inspiré de l’encyclique Laudato Si du pape François qui insiste sur les devoirs de l’humanité envers l’environnement. En outre il est au courant des recherches de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)  ayant démontré le lien entre la pollution, surtout liée au plastique, et les maladies telles que le diabète, l’asthme et certains cancers. « En tant que membres de l’Eglise catholique, nous reconnaissons l’obligation de prendre soin de l’ensemble de la Création et nous admettons l’existence d’un lien entre la promotion de la dignité humaine et le droit à un environnement propre, un air propre et une eau propre, non contaminée par la pollution ». En outre, il a expliqué que les sacs en plastique mettent 400 ans à se décomposer…  Ils risquent de détruire les cultures et de porter atteinte à l’agriculture, colonne vertébrale de l’économie de l’Ouganda. Il y aurait 5000 milliards de sacs par an utilisés dans un monde qui est malade de sa consommation de plastique.

Le sanctuaire de Namugongo, à 15 km de Kampala, est un lieu saint où affluent des milliers de pèlerins chaque année, là où le roi Mwanga avait fait exécuter 22 catholiques en 1886. Que deux pays africains donnent ainsi l’exemple concernant le plastique, est réjouissant.

Maroc: un Islam du “juste milieu” et l’Appel d’Al Quods

 

 

En tant que Commandeur des croyants, le roi Mohammed VI se veut le défenseur d’un « islam du juste milieu ». Le royaume marocain montre des signes d’ouverture aux autres religions, même si ses minorités restent discriminées. Selon l’agence de presse officielle (MAP), le souverain a réitéré sa détermination à œuvrer avec le pape François pour « la consécration des valeurs religieuses et spirituelles nobles partagées par l’humanité, des valeurs qui prônent la paix, la tolérance et la coexistence et qui rejettent toutes les formes d’ignorance, de haine et d’extrémisme ». Et ce ne sont pas que des mots.

En effet, François, lui aussi fervent partisan du dialogue interreligieux, a pu s’en rendre compte lors de sa visite les 30 et 31 mars dernier au Maroc où il a été accueilli par Mohammed VI à sa descente d’avion qui lui a fait visiter son Institut de formation d’imams. Le Maroc a choisi de reprendre en main le champ religieux à travers un programme de formation de cadres du culte religieux. Un islam tolérant, ouvert au dialogue et à la coexistence avec les autres religions. Ce centre a aussi un aspect diplomatique et se positionne dans le monde musulman et en Afrique subsaharienne comme un rempart contre l’extrémisme et la violence. Il s’agit de faire en sorte que les imams étrangers qui y participent, deviennent les ambassadeurs du modèle religieux marocain. Environ 1300 hommes et femmes suivent le cursus de 2-3 ans qui permet de devenir officiellement imams. Ils étudient le Coran, la jurisprudence islamique et ont des cours sur le christianisme et le judaïsme pour une vue globale sur les religions afin de pouvoir cohabiter avec d’autres communautés. La France a passé un accord avec le Maroc pour la formation de ses imams. Ainsi pourra être contré à long terme l’influence néfaste du Quatar (salafisme) non seulement en Afrique, mais aussi en France, en Suisse, en Belgique et ailleurs (voir « Qatar papers » de G. Malbrunot et C. Chesnot). Après avoir entendu les témoignages de plusieurs étudiants, le dialogue s’est transformé en musique avec l’orchestre philarmonique du Maroc : l’Ave Maria de Caccini, le chant juif du Chema Israël et celui de l’appel à la prière musulmane. Un moment de grâce et de beauté qui a émerveillé le pape.

En plus, Mohammed VI et François ont lancé « l’Appel d’Al-Quods (Jérusalem) » qui a été transmis à l’ONU. Il demande de maintenir Jérusalem comme « lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique entre juifs, chrétiens et musulmans ». Il plaide aussi pour la garantie de la pleine liberté d’accès à Jérusalem par les fidèles des trois religions et le droit de chacun d’y exercer son propre culte. C’est la réponse à la décision américaine en 2017, très contestée, de reconnaître Jérusalem comme seule capitale de l’Etat israélien.

Le discours du pape François était très attendu par le peuple marocain, 37 millions d’habitants dont quelque 30 000 chrétiens (catholiques, protestants et évangéliques) représentés par des Français et d’autres Européens, et en majorité, par des migrants africains. Il a plaidé pour la liberté de conscience et la liberté religieuse qui ne se limite pas seulement à la seule liberté du culte, mais qui doivent permettre à chacun de vivre selon sa propre conviction religieuse. « La tentation de croire en la vengeance comme un moyen légitime d’assurer la justice de manière rapide et efficace, nous menace toujours, mais l’expérience nous dit que la seule chose qu’apportent la haine, la division et la vengeance, c’est de tuer l’âme de nos peuples, d’empoisonner l’espérance de nos enfants, de détruire et d’emporter avec elles tout ce que nous aimons. Pas de prosélytisme, a-t-il encore ajouté »

A Abu Dhabi en janvier, le pape François et le grand imam de la mosquée Al Azhar, Ahmed Al Tayeb, avaient aussi signé un texte commun, sincère et sérieux, à l’issue d’une conférence qui avait réuni 700 représentants de toutes les religions, un texte qui peut être lu et médité par tous, marqué par le désir de réunir chrétiens et musulmans, les autres croyants, et finalement les hommes de bonne volonté. Un texte qui puise dans la tradition chrétienne, la tradition musulmane, et aussi dans les valeurs universelles et qui n’est pas sans provoquer des résistances. Mais il veut contrer les discours de haine et lutte contre les discriminations de sexe et d’ethnie comme religion. Le pape François, déclaré naïf par certains, n’ignore pas les grandes divisions politiques et religieuses du monde musulman, mais il mise sur la confiance et le dialogue. Le risque est bien plus grand pour le grand imam Al Thayeb (Egypte), le roi Mohammed VI et le roi Abdallah II de Jordanie, d’être assassinés par des fondamentalistes religieux comme l’avait été Yitzak Rabin en Israël (1995). Ils méritent notre soutien.

 

 

 

 

Afrique: Di Maio et la colonisation italienne

 

Le trublion Di Maio, vice-président du Conseil italien, semble ne pas connaître l’histoire coloniale de son pays, puisqu’il critique la colonisation française, sa monnaie CFA qui a permis aux anciennes colonies de s’intégrer dans le commerce mondial, et l’accuse tout simplement d’être responsable de la mort des migrants noyés dans la Méditerranée pour avoir pillé les ressources du continent africain !

Au XIXe et XXe siècle, l’Italie a colonisé l’Erythrée, la Somalie, la Libye, et plus tard l’Ethiopie sous Mussolini (1935-41). L’écrivaine Igiabo Scego, citée par Le Monde Afrique du 10 février, ne mâche pas ses mots. Fille de migrants Est africains, à la fois romaine et somalienne, elle dévoile comment  les territoires conquis ont été brutalisés, malmenés, violentés, les femmes souvent réduites en domestiques et esclaves sexuelles et  les hommes pendus. Des actes de barbarie, des atrocités sans noms, sont restés impunis que la société italienne de l’époque  a préféré oublier, malgré les noms des édifices, des places, des rues donnés attestant la présence italienne et culturelle : avenue de Libye, rue Asmara, quartier africain.  Le pire a été la guerre menée par Mussolini pour conquérir l’Ethiopie du célèbre Negus à partir de 1935. Deux pays pourtant membres de la Société des Nations (SDN) et ayant signé la Convention de Genève. Mussolini a fait bombarder les soldats éthiopiens pieds nus avec des gaz toxiques interdits et des hôpitaux de campagne nouvellement installés dans ce pays dénué de tout.  Un épisode bouleversant raconté dans le livre du délégué du CICR Marcel Junod : Le troisième combattant  qui a inspiré de nombreux nouveaux délégués pour le CICR.

La colonisation italienne, comme les autres colonisations, a laissé de profondes marques dans les peuples, notamment en Somalie, par les écoles et la langue italienne. L’auteur de ces lignes a rencontré un jour dans le train Genève-Zurich un migrant poussant le chariot des boissons qui parlait parfaitement l’italien !  Parmi les migrants actuels, beaucoup viennent d’Erythrée, d’Ethiopie et de Somalie, n’en déplaise au vice-président du Conseil Di Maio. Ils fuient les dictatures, les guerres tribales, les Shabab. Les 400 qui se sont noyés près de l’île de Lampedusa en octobre 2013  venaient d’Erythrée. Ils croyaient qu’ils seraient accueillis !  Le pape François italien d’origine y est accouru pour jeter des fleurs dans la mer en criant : vergonia, vergonia ! Quelle honte ! Quelle honte ! Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur, a lui refusé le débarquement d’autres Erythréens en août 2018. Aucun journal italien n’a mentionné les liens historiques de l’Italie avec ces migrants… Au contraire de la France qui ne nie pas son passé colonial, le président Macron a même parlé de crimes contre l’humanité pour l’Algérie….

Il y a des ressemblances entre la colonisation portugaise en Angola où le dictateur Salazar avait envoyé ses troupes auteurs aussi à toutes sortes d’atrocités que les rescapés ayant fui en Namibie dans les années 70 racontaient dans les camps. Après l’indépendance en 1975, trois mouvements de libération vont encore s’entretuer pendant plusieurs années, soutenus par les Russes et les Allemands de l’Est d’une part (MPLA), et les Sud-Africains aidant Jonas Savimbi… Toute une génération de jeunes furent ainsi sacrifiés comme ceux des anciennes colonies italiennes. Maintenant ce sont en partie les Chinois qui en récoltent partout les fruits.

Afrique: quand les Eglises s’en mêlent…

Dans beaucoup de pays africains, les Eglises sont les seules institutions solides et bien structurées. Presque partout, elles jouent le rôle de médiatrice. Des évêques, en partenariat avec d’autres Eglises ou communautés religieuses, ont élevé la voix pour dénoncer les abus d’hommes politiques ou alerter sur des faits politiques qui peuvent devenir dangereux pour les populations. A lire ce qui suit, il semble que les hommes au pouvoir dans les pays africains ont été catéchisés par l’influence chinoise pour démolir la démocratie et les droits de l’homme et se mettre au pas. De plus l’influence des gilets jaunes en France dont certains veulent tout simplement casser le système, n’est pas négligeable non plus.

On l’a vu ces derniers jours avec l’Eglise catholique, aidée par d’autres Eglises, en République Démocratique du Congo (RDC). Avec ses 40 000 témoins dans tout le pays, elle a pu rapidement savoir qui avait gagné les élections sans prononcer son nom. Quand la Commission électorale indépendante (Ceni) a prononcé le nom de Félix Tshisekedi, elle a pu révéler celui de Martin Fayulu. Communications internet et téléphoniques bloquées, intimidations, répressions, report de 3 millions de voix de Fayulu en faveur de Félix Tshisekedi et du dauphin de Kabila Emmanuel Ramazani Shadary… Ils ont été bien conseillés par certains acteurs étrangers… Malgré l’intervention de l’Union Africaine et de l’ONU qui sont intervenus pour faire connaître la « vraie » vérité, la Cour constitutionnelle a proclamé Tshisekedi président, qui est devenu un exécutant du clan Kabila.

La victoire du peuple a été volée. Il se révoltera peut-être à sa manière. Boko Haram les aidera…  La RDC est un exemple typique des mentalités actuelles en Afrique sub-saharienne. Les dictateurs et leurs cours, armés par des états étrangers, font la loi et font croire à une croissance économique sans problèmes. – Au Togo, en août 2017, un mouvement de protestation contre le pouvoir du président Faure Gnassigbé (40 ans au pouvoir avec le père), s’est organisé. Les évêques togolais sont sortis de leur silence en janvier 2019, revendiquant leur « mission prophétique » : « Les événements que nous vivons dans notre pays au plan politique et social ne sauraient nous laisser indifférents. Les violences contre les blessés, les personnes détenues et les morts au cours du dialogue entre les acteurs politique, sont inacceptables… »

Au Cameroun, en décembre 2017, même scénario, le président de la Conférence épiscopale, Mgr Samuel Kleda, s’est prononcé contre une éventuelle candidature de Paul Biya au pouvoir depuis 35 ans : « il y a un temps pour tout », a-t-il dit, l’enjoignant de réfléchir à une transition pacifique. Peine perdue, Paul Biya a gagné avec 71,28 % des suffrages. « D’où viennent tous ces pourcentages », se sont demandé les Eglises ?

Au Sénégal, ancienne vitrine d’une démocratie assumée par les exemples des présidents Léopold Senghor et Abdou Diouf, le président Macky Sall n’en fait qu’à sa tête. Mgr Ndiaye, archevêque de Dakar, lors d’une déclaration de la presse en 2018 : « C’est Dieu qui donne le pouvoir et le pouvoir est un service ». – Au Tchad, en partenariat avec les autres communautés religieuses, l’archevêque de Njamena Edmond Djitangar a dénoncé la mauvaise gestion du pays et critique l’application des mesures que le gouvernement avait proposées suite à des grèves : « Manifestement, ces mesures n’ont pas donné de résultats escomptés. D’autres mesures se sont ajoutées, prises unilatéralement par le gouvernement alors que les conditions de vie de la population n’ont cessé de se dégrader. »

Au Kenya, c’est la Conférence épiscopale qui est en première ligne pour appeler le pouvoir et l’opposition à des « comportements responsables » Le Kenya a traversé une longue crise politique entre 2017 et 2018 avec un scrutin controversé au terme duquel Raila Odinga s’était autoproclamé président en janvier 2018. Mais sous pression des Eglises, il s’est réconcilié avec le président Uhuru Kenyatta.

Au Soudan du Sud, les Eglises ne cessent de dénoncer les affrontements loyalistes et la rébellion. La Conférence des évêques sud-soudanais avait publié une lettre pastorale dénonçant les crimes dans le plus jeune Etat indépendant d’Afrique. Elle avait rencontré le président, les deux vice-présidents, les ministres, les parlementaires, les responsables de l’opposition, les militaires et autres hommes politiques. Pourtant, le Soudan du Sud continue d’être en proie à une guerre civile depuis 5 ans. Les combats opposent les forces du président Salva Kiir et son ancien vice-président Rick Machar, ayant des bases ethniques. – Enfin en Tanzanie, les Evêques ont dénoncé les abus de pouvoir du président John Magufuli, qui a interdit les réunions des partis politiques jusqu’aux prochaines élections. Ils ont condamné les violations de la Constitution, notant que : « Les médias sont suspendus temporairement, restreignant ainsi le droit pour les citoyens d’être informés, la liberté d’opinion et le droit d’expression. » Au Burkina Faso où règne l’état d’urgence, Boko Haram sévit au nord,et les Eglises viennent en aide aux habitants effrayés. Au Burundi, le président, Pierre Nkurunziza, règne comme le roi Louis XIV d’après une participante à un séminaire à Caux…

Durcissement des expulsions en Algérie

 

Depuis plus d’un an, les expulsions d’étrangers se sont aggravées en Algérie.  Rien d’étonnant quand on considère ce qui se passe également à Malte, en Italie avec le nouveau gouvernement, et dans d’autres pays européens et aux Etats-Unis. Mais la méthode est consternante. Des bus et des camions amènent des groupes d’étrangers vers les frontières de l’extrême sud du pays (La Croix 11.01.2019). Le sort de 117 demandeurs d’asile déposés comme des paquets dans le désert à une quinzaine de km. de la frontière avec le Niger, a choqué beaucoup de monde. Un cri d’alarme a été lancé le 31 décembre dernier par la Ligue Algérienne des Droits de l‘Homme (LADDH) : les autorités algériennes ont abandonné un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants près de la frontière nigérienne,  qui a pu être identifié : 47 Syriens, 17 Yéménites, et 53 Palestiniens. Tous avaient été détenus dans un centre de rétention à Tamanrasset, condamnés à 3 mois de prison avec sursis pour entrée illégale sur le territoire algérien ! Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) s’en est aussi mêlé, exigeant une aide humanitaire aux personnes bloquées. Certains Syriens avaient même été enregistrés par le HCR à Alger, au Liban et en Jordanie.

Mais rien de s’est passé. La Ligue des Droits de l’Homme a été stupéfaite de lire en plus un faux communiqué affirmant que l’opération s’était bien passée dans le respect des droits humains… ! Martin Wyss, le chef de l’Organisation Internationale des Migrations basée au Niger (OIM), est lui satisfait de la bonne coopération du Niger pour enrayer les migrations du Sud vers le Nord. Mais il ne prend pas en considération celles du Nord vers le Sud qui représentent actuellement un défi humanitaire et logistique considérable, ceci d’autant plus qu’on assiste à un durcissement de la politique algérienne. Le fait que le pays s’en prenne indistinctement à des personnes vulnérables ou pas, a créé un choc. Un haut fonctionnaire au ministère algérien de l’intérieur a justifié cette manière de faire en disant que ces personnes sont des djihadistes liés aux groupes armés au Soudan et au Mali et bénéficient de faux passeports ! Alors pourquoi ne sont-ils pas arrêtés et jugés ? Certains ont rebroussé  chemin sur Alger, ne voulant pas aller au Niger dont ils ne connaissent pas la langue. D’autres  requérants d’asile ont été vus au Maroc à 2600 km. d’Assamakka à la frontière du Niger.  Les 90 restants n’ont donné aucun signe de vie… Le HCR a même dû démentir des informations selon lesquelles il aurait donné son aval aux refoulements.

Des mensonges pour se justifier. C’est pourtant ce qu’on entend dans un pays où l’hospitalité était sacrée. Mais les pays européens ne sont guère différents. Quand on pense au million de réfugiés au Liban qu’on laisse patauger sous la neige et l’eau dans leurs camps, on ne peut qu’avoir honte… Au même moment un joueur de tennis britannique se met à pleurer devant la TV parce que, handicapé de la hanche, il ne peut plus participer aux compétitions. Et la grande perdante du concours de descente dames à Adelboden, a 2 secondes de retard sur la première !  Nous ne sommes pas sur la même terre apparemment…

Au secours, l’humanité des gens  est en voie de disparition, comme les espèces animales ou les plantes….