Le naufrage de l’Afrique du Sud en 5487 pages…

Le juge Raymond Zondo a été déclaré «héros de la Nation». Il fait partie de
ces hommes (et femmes) exceptionnels dont ce grand pays a le secret qui ne
veulent pas le laisser disparaître dans la corruption et le pillage. In
fatigable, il a commencé ses travaux il y a dix ans pour montrer comment
une clique de truands les deux frères Gupta, ont fait main basse sur l’État
sud-africain avec la complicité de l’ancien président Jacob Zuma,
détournant 3,5 milliards de dollars (Le Monde Afrique).

C’est le 22 juin que le juge Zondo, à la tête de la commission d’enquête sur
la «capture d’État», a remis les deux derniers volets de son énorme rapport
au Président Cyril Ramaphosa (plus de 5000 pages). Il n’épargne personne,
ni l’ANC (le parti de Mandela au pouvoir depuis 1994), ni le Président lui-même
(l’affaire de cambriolage).

Il faut se souvenir de l’intronisation de Mandela en 1994 par un juge blanc
à Prétoria devant une foule accourue du monde entier. Mandela lui même
un «héros», 29 ans de prison, a bénéficié de l’aide de plusieurs anges-

  • gardiens

    qui l’ont aidé à monter les marches de la présidence : entre
    autres : le CICR et ses visites de prison, dont Nicolas de Rougemont (fils de
    Denis de Rougemont l’Européen),

  • puis le professeur de Droit
    constitutionnel de l’Université d’Afrique du Sud, Marinus Wiechers, qui
    lui a fait passer ses examens en Relations internationales en prison (il était
    déjà avocat), ensuite Frederik de Klerk qui a compris ses compétences
    pour lui succéder ; sa femme qui ne l’a pas suivi, a été assassinée. Enfin et
    non des moindres, des Namibiens au pouvoir depuis 1990 qui l’ont
    persuadé de faire le pas de la présidence.

    L’Afrique du Sud, tant critiquée, était ainsi à son apogée. Mais les loups
    étaient à l’affût… Jacob Zuma, sans éducation scolaire formelle, n’a pas été
    à la hauteur, il est devenu la marionnette des frères Gupta issus d’une
    famille richissime d’origine indienne. Ils l’ont manipulé comme un pantin.
    De ce fait, la Commission du juge Zondo va refaire ce que la Commission
    Vérité et Réconciliation de l’évêque Tutu et de Mandela 30 années plus tôt,
    avaient entrepris, et qui avait démontré, TV à l’appui, ce que la politique
    d’apartheid, notamment la Police, avait fait subir au peuple noir consterné
    de tout apprendre. Une Mama africaine s’est exclamée à la déposition d’un
    policier blanc : «Pauvre type» ! La commission du juge Zondo a aussi
    provoqué une catharsis collective. – Trois cent témoins ont pu raconter
    devant la TV, comment des gardes de corps de cadres ont dû transporter
    des sacs pleins de cash, par exemple, ou comment des lanceurs d’alerte ont
    été réduits au silence par des membres de l’ANC qui peu à peu a
    commencé à perdre ses membres aux élections. Corruptions et pillages à
    l’ordre du jour!

    En 2018, le président Zuma a été démissionné par le Parlement. Les deux
    frères Gupta, Atul et Ragesh, -le troisième Ajay n’est pas impliqué à ce
    stade-, ont disparu de la scène et ont été retrouvés à Dubai début juin 2022
    et arrêtés grâce à Interpol. Le gouvernement sud-africain en a demandé
    l’extradition, «mais cela va être compliqué avoue-t-il, car ils doivent
    d’abord passer devant un juge de Dubai. Tout cela pourrait durer des
    années». En plus ils ont un ami sur place à Dubai, Al Zarooni, qui a un
    commerce sur la rue de Bourg à Lausanne, Charles King SA, qui vend
    officiellement des vêtements, mais peut faciliter des transferts…

    Cette histoire incroyable, révélée par un juge sud-africain, résilient et
    incorruptible, sert d’exemple non seulement pour le peuple sud-africain,
    mais aussi pour d’autres pays d’Afrique. Il montre que la démocratie a
    bien fonctionné à toutes les étapes difficiles. On ne peut que s’en réjouir,
    car cela prouve que l’impunité n’a pas le dernier mot.

  • Faim Afrique : un retour à la nourriture traditionnelle ?

    Les populations en Afrique souffrent de plus en plus de la famine. L’augmentation des prix rend les aliments importés inabordables pour les plus pauvres. Un projet au Kenya encourage la population et pourrait s’étendre à d’autres pays africains, d’où la nécessité urgente de le faire connaître…
    Pendant des siècles, les peuples d’Afrique ont réussi à se nourrir eux-mêmes malgré les sécheresses et les inondations. Ils ont développé des cultures culinaires variées et saines grâce aux légumes, aux herbes, aux épices et aux fruits indigènes. Les représentants des régimes coloniaux ont apporté en Afrique leur mode de vie européen, qui a été adopté par les classes aisées et éduquées. La nourriture traditionnelle a longtemps été considérée comme un signe de pauvreté et d’arriération. Des «maladies de civilisation» sont alors apparues : le diabète, les maladies cardiaques et le cancer se sont répandues avec ce mode d’alimentation européen ; et même des maladies psychiques avec la manière de travailler et le stress que cela implique, observé en Namibie et en Afrique du Sud Pour lutter contre les préjugés envers l’alimentation traditionnelle, des instituts de recherche, des organisations communautaires et des services gouvernementaux du Kenya ont mis au point un projet intéressant il y a déjà 20 ans dont voici quelques résultats : 24 variétés de légumes parmi les 210 utilisées en Afrique ont été analysées en termes d’acceptation, de fiabilité commerciale et d’impact sur la santé. Il a été constaté que de nombreuses plantes traditionnelles ont une valeur plus élevée que les trois légumes les plus populaires : le chou, le chou frisé (sukuma wiki) et la bette. Quelques exemples : les feuilles de la plante araignée fournissent plusieurs fois plus de vitamine A que le chou. L’amarante contient 12 fois plus de fer et de calcium et 2x plus de fibres. Les feuilles de manioc, un légume important en Afrique centrale, sont riches en protéines et en vitamine A. La pulpe du baobab peut fournir jusqu’à 10 x plus de vitamine C que les oranges. Les insectes, comme les termites volantes et les oiseaux, tels les cailles sont une source importante de protéine, comme les champignons. Personnellement je recommande les gros champignons qui poussent sur les termitières qui font penser à des steaks !
    Toutes ces plantes utiles et bien d’autres protègent d’une alimentation déséquilibrée, évitent la malnutrition très répandue chez les enfants et préviennent les maladies.
    Un grand succès : des semences ont été collectées, améliorées et distribuées aux personnes intéressées. Des experts sont allés conseiller des agriculteurs sur la culture à faire, sur les recettes de cuisines et la commercialisation de leurs produits. Donc peu à peu, la situation s’est inversée, les supermarchés ont commencé à offrir des légumes traditionnels, comme le mchicha, le managu et le saga, même dans les petits marchés de rue. Leur consommation n’est plus stigmatisée négativement. Le succès de cette campagne a attiré l’attention de l’UNESCO et cela a été inscrit sur la liste de la protection du patrimoine culturel…
    Qu’on imagine ce qu’aurait signifié pour les Français si des étrangers leur avaient supprimé des frites, aux Italiens des spaghettis et aux Suisses leurs fromages ! Une perte d’identité profonde! Il est temps que les Africains suppriment peu à peu cette dépendance des importations de nourritures extérieures, et se réapproprient leur bonne alimentation traditionnelle en ces temps de guerre en Ukraine, d’insécurité alimentaire et de manque de blé.

    Afrique: la faim n’est pas une fatalité…

    Selon l’ONG Oxfam, il y aurait 27 millions de personnes qui souffrent de la faim en Afrique de l’Ouest, et le CICR estime à 346 millions d’Africains souffrant globalement d’une faim alarmante ; il déplore cette crise alimentaire «inaperçue», parce que nous sommes capturés par les évènements à l’Est de l’Europe. Les grands bailleurs de fonds ne sont pas au rendez-vous, alors que les besoins augmentent du fait de la hausse des prix sur les marchés mondiaux à cause de la guerre. La folie d’un tsar et ses acolytes, qui veulent reconstituer l’ancien empire russe (URSS), a des répercussions dramatiques sur le continent africain où règne une sécheresse implacable, notamment dans la Corne de l’Afrique. Aujourd’hui, avec la mondialisation des marchés, tout est lié. Une erreur à un point de la terre se répercute durement ailleurs. Les ONGs et le CICR agitent la sonnette d’alarme pour éviter que ne se répète la catastrophe de 2011 en Somalie où 250.000 personnes étaient mortes de faim… Elles citent 2017 l’année pendant laquelle la mobilisation internationale avait permis d’éviter la famine. La preuve que la faim n’est pas une fatalité !

    Aujourd’hui nous sommes tous paralysés par les images en Ukraine de destructions massives et les aides affluent, y compris en matériel de guerre. C’est le prix de la démocratie, un système politique qui fait si peur aux dirigeants russes, mais aussi chinois. Les récoltes africaines sont déjà perdues et le bétail meure, faute d’eau. Il y a urgence pour l’Ethiopie, la Somalie, le Kenya et le Soudan du Sud. Si les êtres humains ne sont pas directement responsables de la sécheresse, il n’en va pas de même avec les inondations catastrophiques en Afrique du Sud, dans la région de Durban. La corruption pratiquée par l’ancien président Zuma aidé par une famille hindoue les Gupta, a beaucoup affaibli le pays qui, grâce à Mandela et à des Blancs éclairés, était un espoir pour tout le continent. Le président actuel Cyril Ramaphosa fait ce qu’il peut. Il y a déjà de nombreux morts (500) et l’est du pays mettra beaucoup de temps pour s’en remettre faute de moyens et de structures qui n’existent plus…

    Il est hautement regrettable qu’il faille 6 rapports des experts du GIEC pour faire pendre conscience aux principaux dirigeants des pays qu’ils jouent avec le destin de l’humanité. Il a été prévu que les catastrophes climatiques seraient extrêmes, et nous y voilà ! Que va faire la Suisse qui compte sur d’autres pays pauvres pour calculer ses émissions permises de CO2, qui sont bien réelles de toute manière ? Nous devrions avoir honte.

    Afrique: et les massacres commis par des Russes continuent…

    Alors que nous sommes tous secoués par les massacres à Boucha et ailleurs en Ukraine, commis par des soldats Russes, le même scénario se passe au Mali par les mercenaires russes du groupe Wagner appuyés par l’armée malienne, selon Human Richts Watch (HRW): «La pire atrocité au Mali depuis le début du conflit il y a une dizaine d’années. Elles sont soupçonnées d’avoir exécuté près de 300 civils parmi lesquels se dissimulaient des combattants djihadistes».
    Ce massacre a eu lieu à Moura, centre des violences intercommunautaires qui endeuillent le pays depuis plusieurs années.

    Les victimes ont été tuées d’une balle dans la tête par petits groupes précise HRW qui cite des témoins directs. Cela s’est passé le 27 mars lors du marché aux bestiaux où les villageois et des commerçants venaient vendre leur bétail. Les hommes ont été emmenés vers un terrain vague, principalement des Peuls soupçonnés par Bamako de soutenir les groupes djihadistes de la région. Ni l’armée française en train de se retirer du Mali, ni la mission de l’ONU au Mali, pas informée, n’ont pu intervenir.

    La présence du groupe Wagner de mercenaires russes, qui se fait payer, donne un très mauvais exemple au continent africain. Egalement actif en Centre Afrique et dans des pays voisins sur demande, il vient court-circuiter la tendance des Africains à se prendre enfin en main. Telle l’armée rwandaise, appelée récemment au Mozambique, qui se comporte beaucoup mieux que les mercenaires du groupe Wagner, et rapporte ainsi de l’argent au pays. De plus, la République Démocratique du Congo, selon le Wall Street Journal (2.04), fait pression sur les Chinois, pour avoir une meilleure part du marché du cobalt pour les batteries des voitures électriques et commence à s’opposer à la présence chinoise en Afrique. Le Tribunal de Lumumbashi a retiré pour 6 mois la direction de la mine de Tenke Fungurume à China Molybdenum, «société publique congolaise» où l’on a constaté que les contrats chinois sont opaques… Les compagnies minières chinoises ont consacré ces dix dernières années, des milliards de dollars pour acheter de mines de cobalt, et même d’uranium (Namibie).

    On ne peut que souhaiter aux Africains de prendre toujours plus en mains les richesses de leurs sols et d’en faire mieux bénéficier leurs populations.

    Guerre n Ukraine: La poutinophilie d’une partie des pays africains s’explique par le rejet de l’Occident…

    Le titre du texte provient du Monde Afrique du 9.03.22. En effet, lors du vote de la résolution de l’ONU condamnant l’agression russe en Ukraine, 17 pays africains se sont abstenus… Mais l’écrasante majorité de l’assemblée onusienne 141 sur 193, ont condamné l’invasion de la Russie.

    Paul Simon Handy, un chercheur camerounais, basé à Addis Abbeba à l’Institut de Sécurité de l’Union Européenne, s’y attentait : « L’éloignement géographique du conflit crée une distance émotionnelle ; c’est une guerre entre grandes puissances et les Africains préfèrent ne pas s’aligner. Mais il faut regarder l’ensemble : des 55 pays africains, 28 ont condamné massivement l’invasion russe de l’Ukraine, cela montre qu’une majorité tient au principe (colonial !) de l’intangibilité des frontières et au respect, par les grands pays, de l’intégrité territoriale des petits états, des principes non négociables, selon eux.

    A Moscou évidemment, cela a été interprété comme un geste amical ! D’autant plus que le Mali et le Centre Afrique, sous «directive du groupe russe Wagner», se sont aussi abstenus. La Guinée et le Burkina Faso, aux mains de militaires, ne pouvaient pas se positionner. Seule l’Ethiopie a voté franchement contre la résolution de condamnation. Rappelons que le Premier ministre éthiopien, Ahmed Aby qui assaille le Tigré, est prix Nobel de la Paix (2019)… Les autres états étaient absents.

    Ce qui interpelle, c’est l’abstention du Sénégal. Le Président Macky Sall est conscient d’un discours antifrançais et anti occidental dans une partie du peuple sénégalais. Mais, comme au cours de 2022, il assurera la présidence de l’Union Africaine (UA), il se doit d’appeler au respect de la souveraineté nationale de l’Ukraine…

    L’abstention sénégalaise pose cependant problème, elle s’explique de plusieurs manières. Le Russie instille une certaine peur : l’offensive militaire genre Wagner (Kremlin) est très active au Mali, au Soudan, en Centre Afrique et même à Madagascar. Certes. Mais les Sénégalais et d’autres pays africains francophones craignent surtout les manœuvres de désinformation russe et la manipulation de la fibre populaire. Il s’agit de les contrer par une information tout azimuts. Et ce n’est pas simple, les moyens de communication africains étant limités sur le continent africain.

    Le continent africain prépare sa révolution industrielle

    Le successeur de Mandela, Thabo Mbeki en 1999, avait proposé une Renaissance de l’Afrique à l’Union Africaine, mais elle ne s’était pas concrétisée. Plus tard, l’idée d’un continent africain mieux organisé et structuré avait été proposé par le président rwandais Paul Kagame, mais elle n’avait pas vraiment décollé, bien que l’idée ait fait du chemin. C’est que l’Afrique, un continent riche et prometteur, a passé par une très lente évolution économique, qui paraît en gros, suivre le même parcours qu’ont suivi les états européens : des Louis XIV qui pillent leurs sujets ou s’enfuient avec leur magot comme Louis XVI ; un empereur pathétique, Bokassa, qui distribue ses diamants, des dictateurs qui saignent leur pays à blanc (Mobutu, Dos Santos, etc), d’autres qui ont pourtant conquis de haute lutte leur liberté comme Mugabe, mais s’arrogent ensuite des droits divins avec l’aide de leur femme et d’une caste corrompue, notamment aussi par des multinationales, ou alors qui partent en guerre pour piller d’autres états (les précieuses ressources du Congo), etc. Quant à l’évasion fiscale, elle représenterait quatre fois le montant de l’aide étrangère…. De quoi faire naître des djihadistes…

    Depuis plus de vingt ans, ce sont les Chinois qui se sont intéressés aux ressources des sols africains (uranium, lithium, pétrole, bois, etc), en proposant leur «win-win», qui dans certains cas sont des winwin-win, n’hésitant pas à corrompre de nombreux cadres, et se mettant eux-mêmes au travail, en se débarrassant ainsi de leurs prisonniers. Depuis peu, ce sont les Russes, aussi intéressés par les fabuleuses ressources des sols qu’ils paient en assistance militaire, remplaçant maintenant les Français au Mali priés de partir par les putschistes du nouveau gouvernement. Un imbroglio militaire auxquels s’ajoutent les 12 000 soldats de la Minusco dans les environs.

    Quel gâchis tout cela ! Où la majorité des jeunes n’ont pas eu la priorité dans l’éducation, qui, faute de travail, se tournent vers l’Europe en train de se barricader partout, ou vers les djihadistes ! Ainsi, on ne peut plus accuser le colonialisme en un rituel délivrant de toute responsabilité… Car l’Afrique n’a pas manqué de sages pour montrer le chemin: les deux anciens présidents du Sénégal, Léopold Senghor et Abdou Diouf, pays qui est à l’origine de la «Charte africaine des droits des peuples», dont se sont inspirés des constitutionalistes pour la nouvelle constitution de la Namibie (1990) et sud-africaine (1994). Ajoutons encore Julius Nyerere (Tanzanie), Nelson Mandela, et tant d’autres hommes et femmes, telle la directrice nigériane de l’OMC Ngozi Okonjo-Iwalea. Des personnalités qui ont été épargnées par le fétichisme de l’argent et ont pensé au bien commun de leurs peuples, contrairement à Jakob Zuma ancien président sud-africain, qui a contribué largement à la décadence de l’ANC, le parti de Nelson Mandela.

    Les 17 et 18 février, c’est l’Union Européenne qui organise un sommet Europe-Afrique et affirme sa volonté d’être un partenaire «fiable» des Africains, comme le dit fermement la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. L’Europe se réveille enfin ! Non seulement elle veut contrer l’avance chinoise, mais elle veut aussi renforcer une zone de libre échange et le développement de ses infrastructures pour attirer de nouvelles usines en comptant sur des investisseurs et ingénieurs africains, et non pas seulement sur des étrangers. Des projets portés par la société civile. Les usines actuelles produisent essentiellement pour l’exportation : extraction et alimentation. La Chine semble se désengager de l’industrie textile à l’est, faute d’infrastructures compétitives et de main d’oeuvre qualifiée. Il y a malgré tout quelques pays qui connaissent un début d’essor industriel : le Maroc (industrie automobile notamment), l’Ethiopie (industrie des baskets), des Centres d’appels et de services informatiques (Île Maurice). Et bien sûr l’Afrique du Sud déjà très avancée qui va produire des vaccins en grande quantité, car seulement 11 % de la population du continent est vaccinée contre le Covid.

    L’UE a promis 150 milliards d’Euros à l’Union Africaine jusqu’en 2027, permettant des investissements conséquents Mais il faudra bien une génération pour rattraper ce retard et stopper les djihadistes qui sont particulièrement intéressés par les pays du Golfe de Guinée (Côte d’Ivoire, Bénin, Togo) et ses ports pour toutes sortes de trafics. La situation globale est très complexe avec en plus la famine qui plombe certains pays du Sahel, les migrants et les changements climatiques. Rien n’est vraiment acquis. Espérons que les jeunes seront enfin mieux formés, pas comme enfants soldats, et contribueront au succès de ce sommet à long terme. Le temps est un facteur important en Afrique dont il faut tenir compte.

    En Afrique du Sud: décès de l’évêque anglican Desmond Tutu, le Parlement en feu

    En Afrique du Sud, décès de l’évêque Tutu et un parlement en feu
    A peine disparu le dernier grand représentant de la transition de l’après Mandela, un opposant consacre la fin de l’ère des compromis en mettant le feu au symbole de la démocratie «arc en ciel» : le Parlement. Un peu comme le font les djihadistes dans certains pays africains en brûlant notamment les églises ou aux Etats-Unis où les opposants au jeu démocratique sont allés occuper le Capitole… Une grande naïveté, car cela ne fait que renforcer ceux qui veulent vraiment la paix et l’égalité pour tous. Comme si la destruction de bâtiments suffisait à éradiquer la démocratie ! Desmond Tutu justement a voulu montrer qu’il n’était pas du côté des destructeurs, demandant un enterrement tout simple contraire à d’autres personnalités en Afrique et ailleurs. Adepte de Gandi, il a fustigé non seulement le gouvernement de l’apartheid et ses forces policières, mais aussi les corrompus de l’ANC, son parti, qu’ils ont fait dérailler de son but de diriger une Afrique du Sud multiraciale et égalitaire. En effet, l’ancien président, Jacob Zuma s’en est chargé par l’intermédiaire d’une très riche famille hindoue, les Gupta, qui ont verrouillé les postes les plus importants en politique et aussi dans l’économie à tel point que l’Assemblée nationale l’avait démissionné. Ce qui prouve que la démocratie jouait son rôle. Mais l’actuel président, Cyril Ramaphosa, un syndicaliste intègre et chevronné, a de la peine à gagner cette partie d’échecs se heurtant sans cesse à des oppositions. C’est dans ce sens qu’il faut soutenir l’Afrique du Sud et ne pas la laisser tomber dans des mains chinoises comme dans plusieurs pays du continent africain ou dans les mains de multinationales douteuses
    Une autre personnalité qui a joué un rôle important, lui aussi disparu, l’ancien président blanc De Klerk, qui avait réussi à force de compromis que Mandela avait acceptés, à mener le pays vers une transition pacifique sans la guerre civile que tout le monde craignait. Quelle image plus symbolique de démocratie, que le juge blanc qui a assermenté Mandela en 1994 lors du passage à la majorité noire devant un public accouru du monde entier à Prétoria ! Si les choses se sont passées ainsi, c’est aussi grâce à des personnalités namibiennes noires et blanches, car la Namibie était «en avance» sur l’Afrique du Sud qui est devenue indépendante de l’Afrique du Sud en 1990 après des élections sous supervision de l’ONU et auxquelles un contingent militaire et médical suisse avait participé ! Plusieurs personnes d’Afrique du Sud venaient en pèlerinage voir ce qui se passait en Namibie dans les années 80, ainsi Desmond Tutu, Ramaphosa, des militaires, des juges, des avocats, Perez de Cuellar pour l’ONU, surtout des représentants de l’ Eglise calviniste qui détenait les clés du succès, tant elle était puissante à Prétoria. Son acceptation du changement a bien favorisé la transition. On oublie trop vite que l’Afrique du Sud est un pays encore très chrétien. L’évêque anglican Tutu, montrait l’exemple, mais aussi les Eglises catholique, anglicane, luthérienne, méthodiste, les Quakers, les communistes, malgré certaines réticences ici et là… Les djihadistes ont peu de chance d’y faire leur nid., même s’ils font des tentatives au nord du Mozambique voisin.
    Cette passation de pouvoir pacifique n’a pas plu à tout le monde en Afrique du Sud. La preuve en est l’incendie au Parlement, précédé d’un autre incendie en avril dernier sur la Montagne de la Table qui a touché de précieuses archives de l’Université. Ce qui doit être résolu maintenant c’est le partage des terres. Si cela n’a pas encore été fait de manière juste, c’est parce qu’il a fallu former des fermiers noirs aux méthodes modernes de gestion. Il n’en demeure pas moins que plusieurs fermiers blancs ont été assassinés ces dernières années.

    Il faut soutenir le président Ramaphosa comme le pays tout entier. Car des forces contraires cherchent à déstabiliser la démocratie et à l’éradiquer commme partout.
    Christine von Garnier, 4.01.22 sociologue et journaliste

    Le réveil des pays africains face à la Chine et à la France

    Il y a trente ans quand la Chine commençait à s’intéresser sérieusement à l’Afrique pour y trouver des moyens de se développer toujours plus, elle a commencé à pratiquer un néocolonialisme auprès des pays africains qui étaient sortis des colonisations européennes une vingtaine d’années auparavant. Pourquoi acceptaient-ils alors cette nouvelle forme de colonialisme soit disant gagnant-gagnant? Subtiles comme ils sont, les Chinois ont bien réussi leur tour de passe-passe, et les mise en garde des Européens n’y ont rien fait. Les promesses faites concernant les constructions d’infrastructures ou des exportations africaines, de même que l’argent payé généreusement à des hauts fonctionnaires, avaient bien arrangé les choses. Les louanges à l’égard des Chinois étaient intarissables. Mais le temps a passé… Les téléphones portables les ont informés même au fin fond de la brousse.

    Lors du récent sommet Chine-Afrique à Dakar les 27-28 novembre, Xi Jinping, qui n’avait pas fait cette fois le déplacement, a dû entendre les critiques de plusieurs chefs d’État africains notamment les investissements transformés en dette…Les Africains ont dû alors convenir que les histoires du Tibet, de Hong-Kong et des Ouighours sont du ressort de politique interne et aussi qu’ils n’insisteront pas sur le sort de Taïwan. C’est le win-win chinois. En échange, le président chinois a promis un milliard de vaccins dont une partie sera produite en Afrique. C’était bienvenu pour l’Afrique du Sud et ses voisins aux prises avec un nouveau virus appelé Omicron. Pourtant aucune démonstration claire de satisfaction ne s’est exprimée. On dirait que les Africains ont été échaudés par l’attitude soudaine des Chinois.

    Pendant ce temps, le rejet de la France grandit lui aussi dans le Sahel. Un convoi logistique de l’armée française (Barkhane) a été bloqué une semaine au Burkina Faso. En route pour le Mali, il a affronté le 27 novembre, l’hostilité des populations du Niger. Jamais un convoi logistique n’avait connu autant d’obstacles et d’hostilité de la part de civils sur la route qu’elle emprunte entre la Côte d’Ivoire et le nord du Mali. Selon le ministère de l’Intérieur de Niamey, le convoi, placé sous escorte de la gendarmerie nationale, a été bloqué par des manifestants violents à Tera, dans la région de Tillaberi où il a passé la nuit. Pour se dégager il a dû faire usage de la force. Et le porte-parole de l’état major français, le colonel Pascal Ianni a expliqué de son côté qu’un groupe violent parmi les manifestants a tenté de s’emparer des camions. Les soldats nigériens et français ont effectué des tirs de sommation. Le convoi a repris sa route vers le Mali. Mais des appels à s’opposer à sa progression ont été relayés par les réseaux sociaux lancé par la Coalition des Patriotes du Burkina Faso (Copa-BF), un mouvement panafricain qui s’oppose à la présence des soldats français de Barkhane incapables de chasser les groupes djihadistes du Sahel. Pour Paris, l’attaque du convoi Barkhane sert d’exutoire à la frustration des populations sahéliennes.

    En effet, la gendarmerie burkinabée a essuyé une cuisante défaite à Inaba le 14 novembre où 53 gendarmes ont été tués par des djihadistes… Selon le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, cette exaspération dont témoignent les manifestants contre le convoi de Barkhane seraient instrumentalisée par des puissances étrangères comme la Russie. Après avoir mis la main sur la Centrafrique, ex-colonie française, Moscou essaye de reproduire le même scénario au Mali et au Burkina Faso, confie au magazine La Croix une source sécuritaire française. Souvenons-nous des mercenaires russes, le groupe Wagner, qui ont aussi agi en Syrie, en Libye et au Mali très récemment. La Russie cherche non seulement à déloger les Français et à se mettre à leur place en se rendant indispensable militairement, mais aussi à bénéficier des ressources du sol. Cela donne l’impression que Russes et Chinois se donnent la main pour saigner le continent africain faisant la guerre par pays interposés par des moyens peu conventionnels : corruption, désinformation, pillages, refus du droit international… En Europe, surtout à l’Est, ce n’est guère différent. Là, il faut vraiment se réveiller…

    L’ancien président sud-africain blanc Frederik De Klerk est mort

    Né en 1936, Frederik de Klerk était un conservateur nationaliste qui a fait libérer Mandela en 1990 emprisonné depuis 27 ans. Il a été l’initiateur du grand changement en Afrique du Sud qui a eu un retentissement sur tout le continent. Afrikaner convaincu, personne n’avait pensé qu’il ferait ce pas. Comme quoi, on peut quand même croire aux miracles en politique ! Différents facteurs l’avaient amené à retourner sa veste : la chute du mur de Berlin qui supprimait la menace communiste en Angola et au Mozambique sur laquelle reposait en partie la politique de l’apartheid, mais surtout l’influence de membres du nouveau gouvernement multiracial indépendant en Namibie depuis 1990. Ils sont allés lui expliquer qu’un gouvernement multiracial sans apartheid était possible. Les choses sont ensuite allées très vite. Mandela et de Klerk ont reçu tous les deux le Prix Nobel de la Paix en 1993. En 1994, Mandela a été assermenté à Prétoria par un juge encore blanc devant un parterre de chefs d’Etats du monde entier. Un de ces moments qui a fait jaillir les larmes aux yeux de beaucoup : la fin de l’apartheid et de l’Afrique du Sud blanche depuis 1948. Un miracle sans effusion de sang, bien que l’extrême droite blanche ne l’aie pas suivi. L’Afrikaner Terblanche a été assassiné plus tard par des employés de sa ferme, comme d’autres plus tard.
    Frederik de Klek est resté vice-président de Mandela pendant deux ans, et plus tard, il s’est retiré de la politique. Son couple en a souffert. Il a divorcé de sa femme Marike qui ne l’a pas suivi dans son évolution humaine, elle était restée raciste. Elle a malheureusement été assassinée dans son appartement au Cap. Appuyé par l’évêque Desmond Tutu et sa commission Paix et Réconciliation, non seulement avocat, il avait poursuivi ses études de relations internationales en prison grâce à University of South Africa – le professeur responsable venait lui faire passer ses examens en prison – mais il a aussi eu la visite régulière d’un délégué du CICR, Nicolas, fils de Denis de Rougemont. Malgré sa grande notoriété, Mandela a vécu d’une manière modeste contrairement à bien de chefs d’État africains. Dans ce pays encore profondément marqué par le calvinisme, d’autres personnalités se sont abstenues d’avoir la folie des grandeurs. Ce qui n’a pas été le cas d’un de ses successeurs, Jacob Zuma qui, avec la complicité d’une grande famille hindoue, les Gupta, a pillé les ressources de l’Afrique du Sud dont le président actuel Cyril Ramaphosa a de la peine à s’en remettre. De ce fait, l’ANC, le parti au pouvoir depuis 1994, est en déroute. Cette déstabilisation en fait la proie des vautours qui planent dans son ciel, comme dans d’autres pays africains déjà victimes de pillages… Deux jours avant sa mort, Frederik De Klerk a demandé officiellement pardon (en s’excusant plusieurs fois) pour avoir favorisé la politique indigne d’apartheid. Avant il aurait été sans doute assassiné.
    Il faut soutenir l’Afrique du Sud. C’est sur elle que comptent d’autres pays africains voisins, notamment contre les djihadistes, ces destructeurs de pays. Selon les décisions de la Cop 26, elle devra se passer de sa principale source d’énergie, le charbon. Les Etats-Unis vont l’aider. De plus, elle n’est pas dépourvue de moyens nucléaires qui lui avaient été octroyés par la France dans les années 70 à cause de la menace communiste de l’Angola et du Mozambique.

    En Afrique du Sud, les peuples autochtones ne veulent pas d’Amazon

    Pendant que les chefs d’Etats font des promesses à la Cop26 pour stopper les émissions de methane liées aux énergies fossiles, des peuples autochtones protestent contre le géant américain Amazon qui veut implanter son siège social en Afrique dans la ville du Cap. Un complexe d’environ 15 000 m². Selon la mairie cela créait de nombreux emplois, mais les peuples premiers sud-africains dénoncent une destruction d’un site historique et sacré leurs yeux….Leur mot d’ordre : Amazon n’est pas une rivière sacrée. Les risques d’inondation et de sécheresse chroniques au Cap étant une réalité, ils dénoncent un passage en force au mépris des obligations environnementales. Le plus vieux peuple d’Afrique du Sud sont les Khoï San (Bushmen que les premiers blancs chassaient comme du gibier…), aux côtés d’associations de riverains aussi opposés. Une action contre les tribunaux sud-africains est en cours, mais les promoteurs se dépêchent de faire avancer leurs travaux. La mairie de son côté fait valoir les 5000 emplois dans un lieu où le chômage avoisine les 35 %.Les efforts de conservation visant à préserver le patrimoine des peuples et des communautés autochtones ont été paralysés par la politique du diviser pour régner. En effet, plusieurs collectifs se sont rangés du côté de la mairie et d’Amazon qui offrent un centre culturel mettant en valeur l’historique des lieux. Ces terres font partie de la mémoire coloniale avec une première bataille en 1510 entre les San contre les Portugais…Ce type de projet n’est pas nouveau en Afrique du Sud: le projet Princess Vlei en 2014, qui devait être un grand centre commercial, a été abandonné sous la pression d’une grande mobilisation.

    Il n’en est pas de même par contre dans un lieu paradisiaque dans le delta du Kavango, au nord de Namibie et du Botswana. Là tout un monde d’animaux y vivent encore paisiblement : éléphants, hippopotames, crocodiles, lions, buffles, et de nombreux oiseaux. Un peuple premier, les Bushmen (San) – on se souvient du merveilleux film Les dieux sont tombés sur le tête – s’y étaient établi il y a des milliers d’années. Il en reste quelques centaines à condition bien sûr qu’ils ne vivent pas là où on trouve encore des diamants (Botswana). En plus, une biodiversité à faire pâlir de jalousie. En fait, la Genèse à livre ouvert qu’une multinationale canadienne, Recon Africa, est venue violenter, avec des forages pour le pétrole et le gaz, même si elle jure le contraire grâce à la consultation d’experts qui n’ont jamais vécu là. Il n’y aura pas de fragmentation de roche, promet le dirigeant Craig Steinke.
    Faire des trous de 5km de profondeur pour du gaz et du pétrole, ce n’est rien apparemment, «ils seront remplis par du sable et de l’eau». Les protestations par des organisations écologistes ont commencé il y a plus d’une année, aussi en Allemagne (ancienne puissance coloniale pendant 70 ans), et par l’évêque Geoff Davies responsable de l’institut sud-africain Environnement et Foi. Il demande que les investisseurs et les sociétés financières renoncent à ce projet. Il est outré que les gouvernements de Namibie et du Botswana aient accepté. Un exemple typique de multinationales
    qui ont sans doute fait des promesses financières aux dirigeants dont on sait comment elles sont utilisées…Est-ce que les rentes de retraites des Canadiens et autres personnes valent la peine de détruire cette beauté originelle qui nous enchante ? La Cop26, et le Canada en particulier, vont-ils interdire à ces vautours de violer une nature qui ne leur appartient même pas ? Réponse dans quelques semaines. Qu’ils écoutent Hubert Reeves : «Est-ce que nous somme enfin prêts à vivre ensemble espèce humaine et non humaine maintenant que nous avons compris que nous sommes parfaitement interdépendants ? ».