François en Egypte : Aimez vos amis et aussi vos ennemis….

 

« La charité est l’unique extrémisme des croyants… » Naïf ces petites phases ? Pas tant que cela. François est malin. Par là il nomme directement le cœur du problème : la vengeance dans les mentalités arabes (et juives) qui empêche toute réconciliation, prolonge les guerres indéfiniment et refuse que la paix s’installe. Au Caire les 28 et 29 avril derniers, il a prononcé à son arrivée deux discours de paix et de réconciliation très applaudis qui ont été retransmis à la Une de la TV égyptienne. Le premier lors de la  Conférence pour la paix à la célèbre université millénaire sunnite d’Al Azhar et l’autre à l’accueil du maréchal Al Sissi devant un parterre de diplomates. Il fallait voir l’accolade chaleureuse du grand imam Ahmed al Tayeb pour saisir les profonds sentiments d’amitié qui lient les deux hommes, en même temps que le vif désir de l’imam que son « frère de Rome » vienne l’aider à établir la paix dans son pays si fragilisé.  L’iman al-Tayeb est originaire d’une grande famille soufie de Louxor, il a étudié à la Sorbonne en 1973 la philosophie islamique et souhaite faire barrage aux djihadistes qui veulent détruire toute influence occidentale en Egypte, de même que les Frères musulmans eux par des moyens un peu « démocratiques ». Les deux hommes prennent cependant deux voies différentes. Le pape François veut démontrer qu’il n’y a pas de guerre de religion, mais que ce qui est en œuvre en Egypte, en Irak, en Syrie, c’est un choc entre la barbarie et l’humanisme. Il veut signifier que le christianisme et l’islam se tiennent du même côté contre le barbarisme et l’obscurantisme, et il a  bien  insisté dans son discours «que le christianisme en Egypte n’est pas un produit d’importation, et qu’il a même précédé l’islam… » Par sa part, l’imam al-Tayeb, démuni face aux mouvements islamistes, Daech et les Frères musulmans, veut montrer sa légitimité et  qu’il a un rôle très important pour défendre un islam modéré. Un mot honni par beaucoup de musulmans qui ne veulent pas être « modérément » musulmans. Il souhaite apparaître comme la voix autorisée pour contester le monopole médiatique du diabolique calife Abou Bakr al Bagdadi.

Le voyage du pape s’inscrivait aussi dans le désir  d’unité avec les coptes orthodoxes, 10 % de la population égyptienne qui compte environ 90 millions d’habitants. Les coptes catholiques ne sont que 0,3 % de l’ensemble des coptes. Tawaros II, patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique, est lui aussi un ami de François auquel il a rendu visite à Rome. Les deux Eglises sont séparées depuis 14 siècles et « il est urgent de se réconcilier »  ont-ils affirmé. François désirait aussi  apporter aux coptes, durement touchés par des attentats répétés,  courage et soutien. Le régime d’Al Sissi est dur, musclé, autoritaire, et la Charia est encore théoriquement la religion officielle.  Si les coptes ne sont pas persécutés, ils sont des citoyens brimés de deuxième catégorie comme cela avait été fixé par Nasser. Un document signé en février à Al-Azhar, ce centre théologique de première importance pour le sunnisme, affirme que les différentes communautés, quelle que soit leur importance numérique, doivent avoir les mêmes droits. Un pas donc vers une saine laïcité qui va vers la reconnaissance de la pleine citoyenneté et de la liberté religieuse, demandée par François. Et d’ajouter : «Le défi majeur à relever pour les chrétiens du Moyen-Orient, et donc des coptes, est l’éducation sans évangélisation ». En effet, si la barbarie et l‘obscurantisme caractérisent la majorité des populations de ces pays, c’est dû à des méthodes d’enseignement moyenâgeuses. C’est donc aux chrétiens à s’attacher à cette tâche commencée il y a longtemps qu’ils n’avaient pas complètement abandonnée. D’ailleurs, la majorité des enfants dans les écoles chrétiennes sont musulmans. Un espoir donc qui les fera évoluer vers un esprit d’ouverture et de liberté et les aidera à prendre le virage de la modernité. Une illusion ? Un pari difficile, fragilisé certes par les mouvements fondamentalistes, par une situation économique précaire, le chômage, le tourisme durement touché. Et pourtant la première manche est gagnée. Les djihadistes n’ont pas réussi à provoquer un attentat qui les aurait auréolés de gloire. Le président égyptien avait pris d’exceptionnelles mesures de sécurité que les coptes ont relevées en le remerciant. Le courage de l’évêque de Rome a fait le reste. Il faut soutenir l’Egypte par des investissements et surtout ses écoles, renforcer le barrage que constitue l’imam al Tayeb.

Le président Trump veut lui aussi contribuer à la paix en entreprenant prochainement une « tournée » des trois monothéismes : à Jérusalem, à Ryad et à Rome le 24 mai. S’imagine-t-il qu’il peut «modifier » des mentalités vieilles de plusieurs millénaires ?  Reste donc à connaître l’attitude de l’Arabie saoudite, berceau du wahabisme qu’elle continue à répandre en Asie comme en Afrique….

Al Azhar invite à une conférence mondiale pour la paix

 

Le vent de la résistance religieuse se lève enfin concrètement pour contrer le terrorisme et la haine. Du 27au 29 avril, les principaux leaders religieux se rencontreront au Caire à l’invitation du grand imam de la mosquée sunnite d’al-Azhar, Ahmed al-Tayeb. Cette conférence avait déjà été évoquée au Vatican lors de sa visite en mai 2016. Le 28 avril, le pape François, après une brève visite de courtoisie au président al Sissi, prononcera un discours devant 300 personnalités religieuses et politiques dont on ne connaît pas encore les noms.  Il sera accompagné du patriarche œcuménique de Constantinople Bartolomée 1er et du patriarche copte-orthodoxe Tawadros II. Ensemble, ils représentent les principales religions au Moyen Orient. Rappelons que pendant le dimanche des Rameaux, des terroristes islamistes avaient tué plusieurs dizaines de Coptes dans les églises d’Alexandrie et de Tanta. Pour al-Azhar, « la société actuelle fait l’expérience de crises qui détruisent l’essence de la vie humaine. La voix de la raison nous appelle à faire de notre mieux pour éliminer les causes des souffrances, de la montée du terrorisme et du fondamentalisme, et à trouver les moyens de coopérer à la place de continuer les conflits.» Le cardinal français Jean-Louis Tauran qui avait préparé le voyage du pape au Caire, en est revenu en affirmant : «Les terroristes voudraient démontrer qu’il n’est pas possible de vivre ensemble avec les musulmans, mais nous affirmons le contraire. » Marine Le Pen devrait s‘en inspirer et ne pas faire leur jeu.

Il est tout de même très significatif que le mot « raison » soit utilisé par un religieux musulman. Il faut rappeler qu’en février déjà, un document important avait été élaboré par l’Imam al-Tayeb et un Conseil des Sages musulmans  sur « les libertés religieuses, la nature civile de l’Etat, la citoyenneté », en fait, les valeurs de base de la démocratie. Il paraît que le président al Sissi s’en inspire. « Nous devons prendre l’initiative d’avancer en intégrant les principes religieux et éthiques dans la réalité tumultueuse, cite le document. Il faut abaisser les tensions qui existent entre les différentes religions. Etablir la paix entre elles est la clé du futur… » Que demander de plus pour le moment ? Il est si difficile de faire évoluer des mentalités religieuses ! De son côté, le pape François avait refusé de parler de guerre de religion après l’assassinat du Père Jacques Hamel dans son église en France par deux djihadistes se réclamant de l’islam. Il préfère parler de guerre, sans adjectif.  Pour lui, tous les musulmans ne sont pas violents, et il y a aussi des chrétiens qui sont violents. Probablement une allusion  aux Croisades et aux bombardements en Syrie.  Selon lui il y a des fondamentalistes dans toutes les religions.

Un des buts politiques il est vrai, de l’imam al-Tayeb(voir LT 10 mars), serait de venir se montrer à Rome aux côtés du pape François, ce qui n’est pas exclu d’ailleurs. Cela aurait des répercussions énormes dans le monde entier !  A ajouter à cela, en août dernier, le roi du Maroc Mohamed VI avait lui aussi fermement condamné le terrorisme djihadiste et l’instrumentalisation de la religion par la violence. Il faut alors souhaiter qu’en Iran le président actuel Hassan Rohani,  un chiite, soit réélu, car il était aussi allé voir François en janvier 2016. Et on dit que Donald Trump pourrait prendre le chemin de Rome quand il sera en Europe pour l’OTAN… Croyons donc aux miracles !

 

Inquiétante Afrique du Sud… Une guerre civile programmée ?

 

Le ministre des finances  Pravin Gordhan qui était le gardien du Trésor sud-africain contre le clan Zuma, a été remercié le 31 mars en même temps que dix ministres et neuf ministres délégués. Un choc, un coup de tonnerre dans le ciel sud-africain, mais que beaucoup redoutaient. Tous venaient pourtant d’enterrer Ahmed Kathrada, vieux compagnon de lutte de Mandela. Il semble que le président Zuma ait attendu la disparition du dernier héros de la lutte contre l’apartheid « pour tirer une ligne rouge en écartant tous ceux qui le gênaient en ouvrant l’Etat, ses ressources et son économie à la convoitise de ses alliés »  (Le Monde, 31 mars).

Qui sont ces alliés ? En premier lieu trois hommes d’affaires d’origine indienne de la famille Gupta arrivés dans les années 1990, très liés au chef de l’Etat et à certains parlementaires, bien que le Parlement jusqu’à présent, donc l’ANC en majorité, ait réussi à faire rempart contre les visées de Jacob Zuma et de ses acolytes qui possèdent déjà un empire : immobilier, informatique, mines, aviation, tourisme et même leurs propres medias  Ils ont plusieurs projets destinés à piller les coffres de l’Etat, dont la construction aberrante de plusieurs centrales nucléaires au pays du soleil (on peut se demander si Areva en fait partie ?). David Maynier du parti d’opposition DA parle de « capture d’Etat ». Un remaniement qui risque d’apporter une rupture dans l’ANC fondée il y a 100 ans. Officiellement Jacob Zuma prétend inscrire tout cela dans un vaste programme de « transformation socio-économique » dont les observateurs de la scène sud-africaine pensent que serait une dérive à la Zimbabwe.

Certes, à l’heure de la passation de pouvoir en 1994, il était entendu que les Noirs ont le pouvoir politique et les Blancs le pouvoir économique.  Une élite noire, cooptée par une élite blanche, dirigeait ainsi le pays engrangeant de larges bénéfices. Les inégalités sont restées, mais la démocratie fonctionnait : partis politiques, un judiciaire très indépendant, syndicats,  liberté de la presse, éducation, universités renommées, investissements étrangers, etc… Cependant, ces deux dernières années, l’Etat était déjà en proie à la corruption et à des pillages : marchés publics attribués à des « amis », détournements dans les entreprises parapubliques, contraintes sous menaces, trafic d’influence, etc. Pourtant, le gardien du Trésor Pravin Gordhan, veillait encore pour rassurer les investisseurs. Son successeur, Malusi Gigaba, n’a pas de connaissances particulières en économie et la majorité des nouveaux ministres sont peu qualifiés, ce qui fait profondément douter de la réussite du plan Zuma

La résistance s’organise. Jacob Zuma aura fort à faire. Le vice-président Cyril Ramaphosa, un syndicaliste très connu, est opposé à cette manœuvre. Un groupe de pression, le Save South Africa Campaign qui est constitué par l’élite urbaine noire et blanche et les grands patrons d’entreprises dans  une classe moyenne bien éduquée et multiraciale,  ont appelé à occuper le centre de Pretoria pour empêcher la mainmise sur l’économie. La Cosatu, le grand syndicat associé à l’ANC prévoyait de soutenir la candidature de Cyril Ramaphosa à la succession de Jacob Zuma… Enfin, Julius Malema, “commandant en chef » des Combattants de la liberté économique, avait lancé il y a peu une procédure en destitution du chef de l’Etat au Parlement. Comme en Namibie, environ 20 ans après l’indépendance, les prédateurs sont à l’œuvre qui guettaient leurs proies depuis longtemps C’est la fin de l’ère Mandela et le début d’une possible guerre civile. Inquiétante Afrique du Sud.

 

La faim pour 20 millions de personnes: climat et conflits

«20 millions de personnes touchées par la faim, c’est la plus importante crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale », a affirmé le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres en lançant un appel le 22 février pour la solidarité internationale.

Parmi les pays les plus touchés le Soudan du Sud, le Yémen, le Nigeria, la Somalie. »Des millions de personnes peinent pour survivre, abattent leurs animaux, mangeant leurs réserves de semences nécessaires pour replanter l’année suivante », écrit le Monde qui proclame le 28 mars  journée de la faim. Jean Ziegler, ancien rapporteur de l’ONU pour l’alimentation, le dit bien : « C’est horrible de mourir de faim, on souffre beaucoup ». – Mais pourquoi ces famines récurrentes ?

D’un côté le climat. Le phénomène El Ninò qui provoque des pluies torrentielles en Amérique latine, et la sécheresse dans tout l’Est du continent africain, même au sud. Mais il y a aussi des conflits qui viennent aggraver la situation. L’exemple du Soudan du Sud est parlant : Riek Machar qui a perdu les élections s’oppose depuis 3 ans à son successeur Salva Kiir, ce qui a fait fuir des milliers de déplacés qui ne cultivent plus leurs champs. Le reste des habitants se débattent pour survivre. Non seulement le gouvernement actuel rend la vie difficile aux humanitaires qui doivent payer pour entrer dans le pays, mais en plus il achète des armes… – L’horreur aussi au Yémen où la coalition armée emmenée par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis veut vaincre les Houtis chiites soutenus par l’Iran.  – Mêmes horreurs dans les villages pillés et incendiés par Boko Haram au nord du Nigeria et au Tchad. – Et en Somalie, les Chabab  qui refusent l’aide des ONG. – Ainsi, on le constate, le climat et les conflits sont à l’origine de ces famines. Mais l’ancien prix Nobel d’économie Amartya Sen ose ajouter : le manque de démocratie caractérise surtout les pays les plus touchés.

Certes plusieurs pays disposent de « plans de réponses humanitaires », mais ils ne sont pas toujours opérationnels. Les donateurs sont donc débordés par la multiplication des crises, surtout à cause de la guerre en Syrie et en Irak. Le Bureau de coordination de l’ONU pour les affaires humanitaires (OCHAM) estime le besoin à 4,4 milliards de dollars. Bientôt, si les guerres et les conflits se perpétuent et si Trump réduit ses dépenses à l’ONU, la Coopération au développement des pays occidentaux se réduira à une aide humanitaire pour les réfugiés et on laissera les Chinois prendre en grande partie le relais du développement de l’Afrique à leur manière, c’est-à-dire d’abord pour leur avantage, le continent africain devenant leur colonie quoi qu’ils affirment… Mettre fin aux guerres et aux conflits doit être la priorité. Les destructions, les morts et les affamés, ça suffit !

 

 

Dans le ciel africain, les vautours planent et plongent sur les terres

Les œuvres d’entraide Action de Carême et Pain pour le Prochain ont choisi cette année pour leur campagne œcuménique le scandale de l’accaparement de terres en Afrique et aussi ailleurs. En effet, les vautours dépècent le continent à coup de milliards de dollars depuis l’an 2000.  Mais, à qui donc appartient la terre ? Question difficile à répondre. Dans de nombreux pays d’Afrique les familles paysannes y cultivent depuis des générations les terres de leurs ancêtres, mais ne possèdent généralement pas de titre de propriété, surtout parce que leurs gouvernements n’ont pas de politique agricole bien définie dans la loi. C’est le règne de l’arbitraire. Les investisseurs étrangers (multinationales, banques, gouvernements) tirent alors parti de ce vide juridique pour s’approprier sans vergogne les ressources naturelles : la terre, l’eau, les forêts, la pêche, les minerais, ceci avec la complicité de chefs locaux ou fonctionnaires corrompus et incompétents. Comme si leur pays leur appartenait de droit divin ! Et les paysans et leurs familles sont dépossédés et parfois réengagés comme journaliers pour des salaires dérisoires.  Quand on pense aussi que l’Afrique est un des grands poumons de la terre, il y a de quoi s’inquiéter.

A l’heure d’une démographie croissante dans le monde, d’augmentation des prix des matières premières, céréales comprises, de sécheresse répétées, c’est la course à l’acquisition de terres. Quelques statistiques nous éclairent, mais elles varient suivant les rapports de l’Union Africaine (UA), de l’ONU, ou d’ONG. Ainsi, selon la Banque mondiale en 2010, 2,5 millions d’hectares ont été cédés en Afrique subsaharienne par de nombreux pays : Ethiopie, Ghana, Madagascar, Liberia, Mali, Niger, Guinée,  Soudan, République Démocratique du Congo (RDC), Tanzanie, Ouganda, Kenya,  entre autres…(Pour mémoire, le continent africain a une surface 30 millions de km2, le nord compris).   Entre 51 et 63 millions d’hectares sont exploités par des sociétés étrangères : Americana Group, Al Rabie, Agrisa, Al proAgro, Abu Dhabi Fund for Development ; Agrowill Barclays, entre autres.   Depuis l’année 2000,  on compte 227millions d’hectares qui ont fait l’objet de transactions foncières. Quels sont les pays qui achètent ou louent ? La Chine, la Corée du Sud, le Qatar, les Etats-Unis (avec leurs banques Barclays et Goldman Sachs), l’Arabie saoudite elle a proposé l’achat de 120 000 hectares au Niger, mais des protestations diverses en ont empêché la réalisation pour le moment, pour n’en citer que quelques-uns. En Suisse, des multinationales connues et certaines banques (Crédit Suisse notamment) qui assurent un « rendement  très profitable »

On est consterné par l’attitude des pays africains qui vendent si facilement leurs terres. Il semble que leurs dirigeants n’aient pas encore compris les trésors que recèlent leurs terres et comment les mettre en valeur à long terme pour le développement de leurs pays et de leurs populations. Ils préfèrent cette manne dorée tombée du ciel, mais qui ne profite qu’à une minorité. Avec les conflits incessants et les sécheresses récurrentes, on comprend mieux dès lors pourquoi tant de jeunes africains émigrent et veulent traverser la Méditerranée, alors qu’une gestion plus judicieuse de leur pays, sans corruption exagérée, leur permettrait de se former et de mettre leurs capacités au service de leur pays pour un développement durable. Ce qu’on pourrait commencer en Suisse avec les requérants d’asile… Il faut souligner cependant que dans plusieurs pays francophones, des petits paysans regroupés dans leur organisation patronnée par la CEDEAO,  tentent de résister grâce à l’impulsion de dirigeants éclairés, et que la Cop21 et l’UA ont donné le coup d’envoi de la restauration de 100 millions d’hectares de forêts et de terres d’ici 2030. Ceci aussi avec l’aide des ONG suisses et de la Coopération suisse au développement.  Il y a donc de l’espoir, car l’Afrique pourrait nourrir toute sa population avec ses 60 millions de petits paysans.

Les banques et les établissements financiers suisses doivent prendre conscience du fossé qui sépare leurs déclarations d’intentions (ex. Glencore) et la réalité du terrain. C’est ce que demandent Pain pour le prochain et Action de Carême.

 

 

XENOPHOBE AFRIQUE DU SUD…

 

Sous la pression de migrations importantes, des milliers de personnes, la grande nation arc-en-ciel sud-africaine est en train de devenir xénophobe. « Les attaques répétées contre les Africains étrangers conduites par des bandes armées de gourdins, de machettes et de fusils, montrent que les héritiers de Nelson Mandela n’ont pas expliqué à leur peuple le rôle décisif d’une Afrique unie contre le racisme dont ils sont sortis », explique le Financialafrik du 22 février. En dix jours d’attaques et d’incendies des échoppes nigérianes et d’autres pays africains, aucun membre de l’ANC (African National Congress), le parti au pouvoir, n’est intervenu. Trop occupées à une guerre de succession, les élites embourgeoisées ne se sont même pas excusées auprès des pays concernés, si bien que le Nigéria s’en est ému et a appelé l’Union Africaine (UA) à admonester Prétoria. Mais comme en Europe, et maintenant aux Etats-Unis, l’Afrique du Sud traîne les pieds dès qu’il s’agit d’intégration et de libre circulation.

Accuser de xénophobie les couches défavorisées de la population est trop simple. Il y a un malaise généralisé, comme dans de nombreux pays en Afrique, « né de la nomenklatura corrompue et ivre de pouvoir »,  explique le Financialafrik, qui accuse aussi les élites pourtant légataires des valeurs de fraternité et de solidarité, qui n’acceptent pas les Africains « envahisseurs ». Le maire de Johannesburg Herman Mashaba, appelle à chasser les sans-papiers africains. Mandela doit penser qu’ils sont tous devenus fous…

L’Afrique du Sud, qui était appelée à jouer un rôle modèle dans le continent africain, a bien failli. Mais il n’y a pas de miracle. Comme partout ailleurs, l’argent a détruit toutes ses valeurs issues de la lutte contre l’apartheid. Quelle amertume…

 

Les réfugiés yéménites d’Obock(Djibouti) croisent les migrants éthiopiens et érythréens à Aden

Depuis 2015, les bombardements au Yémen ont fait plus de 7000 victimes et causé de nombreuses destructions d’infrastructures, écrit un envoyé spécial de l’AFP. Cette guerre oubliée oppose les partisans sunnites du gouvernement du président Hadi soutenus par l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, contre les rebelles houthistes chiites, armés par l’Iran, ce que Téhéran dément.  2000 réfugiés yéménites vivent dans le camp poussiéreux d’Obock (Djibouti) amarré sur la côte africaine du golfe d’Aden. Entre les deux rives, le détroit de Bab-El-Mandeb (« la porte des larmes »), a vu défiler le trafic des esclaves, la piraterie et la violence des clans.  Maintenant ce sont d’un côté les réfugiés yéménites qui fuient la guerre et les bombardements qui croisent les migrants éthiopiens et les érythréens fuyant eux aussi la violence dans leurs pays pour atteindre l’Arabie saoudite et de là l’Europe … Ce camp est géré par le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU et par l’Office national djiboutien d’assistance aux réfugiés et sinistrés. Mais c’est difficile d’y entrer. Il est géré par un préfet qui n’est pas au-dessus de tout soupçon. Un habitant d’Obock pense qu’il prélève une partie de l’aide humanitaire, un autre affirme qu’il détourne le travail proposé aux réfugiés au profit des Afars, l’ethnie de la région.

Mais la gendarmerie est plus serviable paraît-il, elle laisse visiter ce camp comme on en voit partout. Fathia, une infirmière réfugiée du Yémen où elle risquait sa vie pour soigner les blessés, affirme que les Houthistes ont bombardé son pays sans interruption, mais aussi les Saoudiens avec des avions de la coalition, dont les Américains… Elle a perdu 22 membres de sa famille. « Ces gens, les Saoudiens, viennent à notre secours, mais ils nous bombardent ! Je les hais aussi ». Mais le vieux Ahmed, salafiste, défend les Saoudiens « qui nous aident au Yémen ». Ce que conteste aussi Anissa qui étudiait l’anglais à l’université d’Aden et en veut spécialement aux Saoudiens accusés de détruire le pays.

Au Yémen, la guerre place de nombreux parents devant un dilemme douloureux : ou bien envoyer les enfants à l’école, ou bien les nourrir convenablement et les faire travailler. Selon un chercheur du Conseil européen sur les relations étrangères (ECFR) : « Les bombardements parfois quotidiens de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les Etats-Unis ont accru la pauvreté du pays le plus pauvre du Moyen-Orient et de ses 26 millions d’habitants… » De telles destructions d’infrastructures civiles ont conduit des experts de l’ONU à estimer dans un rapport au Conseil de sécurité que certaines attaques pourraient constituer des crimes de guerre.

Tout cela favorise un autre belligérant : Al Quaida. Et c’est pourtant à cause d’Al Quaida que l’armée américaine mène des raids au Yémen! Un résultat contraire qui ne plaira pas au président Trump, car il augmentera le nombre de réfugiés yéménites voulant venir aux Etats-Unis. L’ONU, le CICR et le Haut-Commissariat aux Réfugiés viennent de lancer un appel urgent à cause de la pauvreté grandissante et du manque de nourriture au Yémen.

 

 

28e Sommet de l’Union Africaine (UA)

Du 30 au 31 janvier 2017, le 28e Sommet de l’Union Africaine s’est réuni à Addis Abeba qui semble devenir la capitale de l’Afrique. Cette rencontre a été marquée par plusieurs événements dont le plus discuté a été le retour du Maroc en son sein. En effet, il y a 33 ans, le Maroc avait claqué la porte à cause du Sahara occidental – plus précisément la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) – qu’elle considère comme lui appartenant. Le roi du Maroc Mohammed VI n’a pas ménagé ses efforts dans plusieurs pays pour mettre en valeur les compétences de son pays et l’aide technique  qu’il peut apporter à de nombreux pays.  Mais plusieurs pays sont toujours contre, en priorité l’Algérie qui a  des visées sur la République Sahraouie, mais aussi les pays d’Afrique australe, notamment l’Afrique du Sud, la Namibie, l’Ouganda, le Zimbabwe qui réclament son indépendance. Il y a 54 Etats membres de l’UA,  28 ont voté pour la réintégration comme cela avait été fait pour le Soudan du Sud. Le problème n’en est pour autant pas résolu, l’attitude du Maroc faisant penser à celle de l’Afrique du Sud qui voulait intégrer la Namibie (pays alors sous mandat de l’ONU), devenu indépendante en 1990. D’autre part, l’ancienne présidente de la Commission de l’UA, Nkosazama Dlamini Zuma, qui a plus pensé à remplacer prochainement son ancien mari aux élections de 2019 en Afrique du Sud, aurait bien voulu marquer ce refus de la réintégration à son palmarès de présidence de la Commission de l’UA. Elle a été remplacée par le Tchadien Moussa Faki Mahamat, ministre des Affaires étrangères de la République du Tchad et connu pour sa lutte contre le terrorisme de Boko Haram. Le nouveau président élu de l’UA est le président de la République de Guinée Alpha Condé qui succède au président tchadien Idriss Déby.

Un autre sujet a été débattu à ce Somment de l’UA : la réforme de l’UA proposée par le président rwandais Paul Kagamé qui n’a pas soulevé l’enthousiasme lors du huis-clos des chefs d’Etats et de gouvernement du continent. Si le texte a fait consensus sur la quasi-totalité des sujets, les homologues du président rwandais demandent plus de temps pour évaluer les propositions de réforme de l’organisation, mais ils ont tout de même accepté formellement le texte qui sera mis à exécution par la nouvelle Commission. Le rapport Kagame dresse un bilan sévère : « Nous avons une organisation dysfonctionnelle dont la valeur pour nos états membres est limitée, qui a peu de crédibilité auprès de nos partenaires internationaux et en laquelle nos citoyens n’ont pas confiance ». Il dénonce aussi l’échec constant des décisions de l’UA et le problème de financement.

On ne peut que se réjouir de ces propositions qui, si elles sont mises en œuvre, ne pourront qu’améliorer la situation du continent et inspirer la confiance pour des investissements plus nombreux. « Espérons, déclare un diplomate d’Afrique du Nord, que ce ne sont pas que des déclarations d’intention… »

 

République Démocratique du Congo:”Habemus pactum”

 

« Habemus pactum » titrait le 1er janvier le journal Afrik.com. En effet, la majorité au pouvoir et le Rassemblement de l’opposition sont parvenus à un accord tard le soir du 31 après la menace de l’Eglise catholique de se retirer de son rôle de médiation depuis le 8 décembre. La RDC évite ainsi la prolongation d’une longue crise politique et le bain de sang annoncé (voir blog du 22 déc. RD Congo : La grande inquiétude). Un accord arraché au forceps il est vrai, et qui a réussi aussi grâce au geste de Moïse Katumbi, un opposant important, qui met de côté son intérêt personnel.

Cet accord est l’épilogue de longues semaines d’âpres discussions menées sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) dirigée par Mgr Marcel Utembi. Il prévoit la tenue de l’élection présidentielle d’ici la fin 2017, l’interdiction pour Joseph Kabila de s’y présenter, l’impossibilité d’ici là de modifier la Constitution, y compris par voie référendaire, l’attribution au poste de Premier ministre au Rassemblement de l’opposition, l’encadrement de la CENI, et la mise en place d’un Conseil national  de contrôle du suivi  de l’accord, présidé par Etienne Tshisekedi , opposant historique de Kabila.

Bien sûr tout n’est pas résolu pour autant. Si l’Eglise catholique, seule institution stable et respectée de la RDC,  a accompli là un « miracle », il faut aussi dire que cela tient à la maturité de cadres de l’opposition et au désir de beaucoup de vivre enfin mieux : 88 % des 71 millions d’habitants vivent en-dessous du seuil de pauvreté (1,25 $ par jour), seulement 10 % ont l’eau et l’électricité (moyenne ville-campagne), plusieurs groupes rebelles à l’Est sèment la terreur, il y a 2 millions de déplacés, les grands singes et les gorilles sont décimés par les conflits…  Et pourtant, dans ce pays grand comme 30 fois la Belgique,  les énormes ressources minières attirent tous les vautours du monde (multinationales) : or, diamants, coltan, cobalt, cuivre, etc. Il y a un potentiel hydraulique majeur avec le fleuve Congo et le  lac Tanganyika) et une très grande biodiversité. Impossible donc de laisser tous ces trésors en mains des corrompus du régime Kabila. Et puis, l’exemple du Burundi voisin avec 500 assassinats depuis  que Pierre Nkurunziza s’accroche au pouvoir et 300 000 déplacés qui survivent dans des camps. Celui de l’Ouganda où le président Museweni s’est installé à vie, comme au Rwanda aussi où règne la dictature de Paul Kagame. De quoi faire réfléchir tous les Congolais car la pauvreté dans ces régions mène à Boko Haram…

Il est intéressant de constater qu’en RDC, comme au Kenya il y a quelques années, l’Eglise catholique  est très impliquée pour la défense de la démocratie et des Droits de l’homme, malgré les assassinats (3 en RDC) de prêtres courageux. En Afrique du Sud aussi, les Conseils des Eglises d’Afrique du Sud (toutes Confessions) et en Namibie, ont joué le même rôle pour libérer les pays de l’apartheid et pour l’indépendance. Les Eglises en Afrique restent donc les veilleurs de la démocratie et de la dignité humaine, ce qui n’est pas encore le cas de la plupart des pays  musulmans, fortement influencés par le wahabisme de l’Arabie Saoudite.

Cet accord tiendra-t-il ? La France et l’Union Européenne ont proposé d’accompagner financièrement et stratégiquement la nouvelle période de transition. C’est bien la moindre des choses si elles veulent moins de réfugiés !

RD Congo: la grande inquiétude

 

Sous pression de ses opposants, Joseph Kabila était allé chercher conseil auprès du pape François le 26 septembre dernier qui lui a dit de dialoguer avec tous les représentants politiques, la société civile, les ONG, pour travailler au bien commun du pays. En effet, il arrive à la fin de son second mandat, et selon la Constitution de la RDC, il ne peut pas se représenter. Comme d’autres chefs d’Etat, Joseph Kabila ne veut pas céder le pouvoir et depuis plus d’une année, il manigance pour y rester, inspiré sans doute par un de ses voisins le Rwandais Paul Kagame. L’Eglise catholique est la seule institution respectée et encore debout dans ce pays de 70 millions d’habitants. Elle  a joué un rôle essentiel  vers une transition démocratique au temps de Mobutu Sese Seko et de la nouvelle présidence du père de Joseph Kabila, assassiné en 2001. Il lui a donc succédé presque de droit monarchique, mais refuse de s’en aller. L’Eglise catholique a accepté le 8 décembre de jouer le rôle de médiatrice entre toutes les parties. Sans arriver pourtant à un consensus, les évêques ont dû se rendre quelques jours à Rome pour d’autre raisons. Mais Kabila, 45 ans,  en a profité pour nommer un gouvernement « fantôme » juste avant la date fatidique du 19 décembre, date de la fin de son mandat de président. Il a décidé qu’un nouveau président devrait être élu plus tard en 2018.  Des violences ont éclaté dans tout le pays faisant de nombreux morts. La vraie opposition a refusé d’en faire partie, parmi eux son opposant historique Etienne Tshisekedi qui avait pourtant demandé d’agir de manière non violente.

La Conférence des évêques congolais (Cenco) lui a alors lancé un ultimatum le 21 décembre : elle exige qu’un accord soit trouvé avant Noël dans cette crise provoquée par le maintien de Kabila au pouvoir. Mais il y a peu d’espoir qu’elle soit entendue. Pourquoi est-il rejeté par la majorité de la population ? Les années Kabila ont été marquées par la corruption, les violences policières, l’augmentation de la pauvreté, l’impunité des bandes armées. Près de 90 % des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 1,25 dollars par jour). 50 % ont accès à l’eau potable en ville, 30 % en milieu rural. L’espérance de vie est passée de 59 ans à 49 ans. Et pourtant, ce pays est un des plus riches d’Afrique : cuivre, diamants, coltan, cobalt, or, zinc, immenses forêts tropicales. Mais ces richesses sont aux mains d’intérêts privés et de sociétés étrangères indifférentes au sort terrible des populations. En plus, il y a les scandales révélés par l’agence de presse américaine Bloomberg : « Les Kabila ont bâti ensemble un réseau d’entreprises qui s’étend dans tous les secteurs de l’économie congolaise et qui a rapporté des centaines de millions de dollars à leur famille. La femme de Joseph Kabila, ses deux enfants et huit de ses frères et sœurs contrôlent plus de 120 permis d’extraction d’or, de diamants, de cuivre, de cobalt et d’autres minerais. Ils ont aussi des ramifications dans la banque, l’agriculture, la distribution de carburant, le transport aérien, la construction de routes, l’hôtellerie, la pharmacie, les boîtes de nuit, etc. »

Cette situation effrayante ne peut que provoquer de futurs Boko Haram. Et pourtant ce pays abrite aussi des personnalités remarquables tel le Dr Mukwege qui a déjà réparé des centaines de femmes violées, des prêtres qui rendent visite aux prisonniers opposants en train de mourir de faim, des ONG, une jeunesse courageuse qui manifeste malgré les tirs à balles réelles… Vraiment il y a de quoi à être très inquiet pour l’avenir de ce grand pays…