Un accord au Soudan du Sud ?

Parmi les réfugiés que la Suisse accueille, il y a plusieurs sud-soudanais. Pourquoi ?  Créé en 2011, le Soudan du Sud est le plus jeune Etat d’Afrique. En 2013, un conflit a éclaté entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat. Ils sont issus de deux groupes ethniques importants, les Dinkas et le Neuers. Ils vont s’affronter pendant 5 ans, et le pays s’enfonce dans une guerre civile qui fera fuir près d’un million de personnes en Ouganda où ils seront bien accueillis, en recevant même un lopin de terre en attendant un retour. Ils seront aidés en outre par le HCR et le PAM. (Programme Alimentaire Mondial)

Ainsi, en 2018, 7 millions de Sud-Soudanais sont encore dépendants dans leur pays de l’aide humanitaire et survivent avec peine, car la faim fait son apparition, les brigandages, les viols, la prostitution. Cela a motivé des jeunes à émigrer en Europe.

Mais coup de théâtre dimanche 5 août,  un accord sous forme de pacte est signé à Khartoum, en présence d’Omar El Béchir, entre les deux frères ennemis qui s’engagent à aboutir à un accord de paix définitif et à former un gouvernement de transition pour une durée de 3 ans avec 35 ministres  se partageant le pouvoir. « C’est du bricolage », commente un chercheur du CNRS, Roland Marchal, « mais pourquoi pas ? ». Une nième tentative visant à établir la paix au Soudan du Sud  où tant d’êtres humains luttent pour leur survie. On a même pu voir ces jours à la TV des enfants-soldats démobilisés…

Cette fois-ci, on est vraiment tenté d’y croire à cause de l’arrivée au pouvoir du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed en avril 2018 qui a fait la paix avec l’Erythrée et vise la stabilisation de toute la région. Un exemple à suivre donc et il semble que les deux rivaux sud-soudanais y soient prêts. A suivre…

L’éléphant indien en Afrique

                                         

Le continent africain, malgré son insécurité due à des rebelles dangereux dans plusieurs pays, attirent les investisseurs étrangers grâce à ses énormes potentialités économiques et au dynamisme de ses habitants qui sont plus d’un milliard. Les Chinois s’y sont installés durablement depuis deux décennies, pas trop aimés de la population africaine qui ne voit pas vraiment les retombées de leurs investissements. Ils profitent surtout aux cadres que les Chinois ont corrompus et au développement de la Chine. Et voilà maintenant les Indiens, qui, à vrai dire, sont là depuis longtemps sur la côte Est et en Afrique du Sud que Gandhi avait vus au début du XXe siècle.   Il y a entre eux un lien important, celui d’avoir été colonisés et non-alignés.

Le Premier ministre indien Narenda Modi veut que son Etat  se fasse une place plus grande sous le  soleil africain. En 2015 à New Delhi lors du sommet Inde-Afrique, l’Inde avait déjà promis d’accorder aux pays africains des prêts concessionnels de 10 milliards de dollars ainsi qu’une aide de 600 millions de dollars sur cinq ans, auxquels s’ajouterait un nouveau fond de développement Inde-Afrique en discussion. L’Exim Bank of India qui a financé jusqu’ici des projets d’infrastructures à l’Est et au Sud, a aussi ouvert des bureaux à Abidjan et Dakar avec des antennes à Johannesburg et Addis Abeba. En plus des 29 ambassades qu’elle a déjà, elle en a ouvert de nouvelles qui permettront de consolider les liens avec la diaspora indienne établie dans plusieurs pays africains.

Le ministre indien du commerce, Seresh Prabhu, estime que « l’Inde et l’Afrique gagneraient à négocier un accord de libre-échange pour renforcer les échanges commerciaux bilatéraux qui demeurent en deça de leurs potentiels » (voir Hebdo3, 6.04).  Il a aussi exhorté les pays africains à utiliser le régime préférentiel indien de franchise de droits pour les pays les moins avancés (DFTP), qui pourrait faire passer les échanges commerciaux de 53 milliards en 2017 à 150 milliards d’ici cinq ans.

Il est important de noter que dans le cadre du 1er sommet de l’Alliance solaire internationale ((ASI), le gouvernement indien a annoncé l’octroi d’un milliard de dollars à 13 pays africains (Bénin, Burkina Faso, Mali, Togo, entre autres) pour financer des projets d’énergie solaire. Imaginée par l’Inde et la France lors de la Cop21, l’ASI est destiné à diminuer le coût de l’énergie solaire. En effet, les panneaux solaires seront fournis par des entreprises indiennes dont les prix sont plus bas que les chinois !

Pour renforcer son implantation sur le continent africain, le gouvernement indien s’est allié au Japon pour lancer une initiative commune baptisée Asia African Growth Corridor (AAGC), la route de la croissance Asie-Afrique. Elle est surnommée la « Route de la Liberté », car considérée  comme une alternative au projet chinois pharaonique de la Route de la Soie (One Belt, One Road). La riposte indo-nippone au projet chinois a été annoncée une dizaine de jours seulement après le premier sommet international sur la Route de la Soie organisé à Pékin en 2017.  On ne peut que se réjouir de ces initiatives indo-niponnes qui cassent le monopole chinois sur l’Afrique.

  

Un marché unique africain comme en Europe ?

 

Les choses ne traînent pas à l’Union Africaine (UA) qui s’était réunie les 28-29 janvier en Assemblée générale à Addis Abeba (voir blog LT) et avait élu l’efficace Paul Kagame comme président. Les 54 chefs d’Etat et de gouvernement du continent se réunissent ce 21 mars à Kigali au Rwanda pour signer un traité instituant une zone de libre-échange continentale (Ziec). Mais le Nigeria, 190 millions d’habitants, probablement sous pression de syndicats et de milieux d’affaires, n’en fait pas partie. Pour le moment sans doute.

Il y a 20 ans que cette idée d’instaurer un marché commun continental a émergé. Pourquoi le continent africain ne profiterait-il qu’aux puissances extérieures ? Europe, Chine, USA, Brésil, Turquie, etc. ? Le commissaire aux Affaires économiques de l’UA, Victor Harison, estime que la croissance africaine devrait se maintenir autour des 4 % en 2018, ceci malgré la pauvreté et le chômage des jeunes. Néanmoins, selon lui, la création d’une telle zone interne de libre-échange devrait permettre une hausse de 52 % du commerce interne d’ici à 2022. L’idée de formater le continent africain avec les mêmes structures que le continent européen pour mieux se hisser au niveau du commerce mondial, a fait son chemin. En 2015, un accord tripartite de libre-échange a réuni trois communautés : Afrique occidentale, Afrique australe et de l’Est qui représentent 530 millions d’habitants et un PIB de 512 milliards d’euros, soit la moitié des richesses produites par le continent. La Ziec se propose d’élargir cette base pour toute l’Afrique. Victor Harison explique : « Abaisser les barrières douanières, libéraliser les services, ouvrir son marché à la concurrence, exige que l’on tienne compte des disparités entre pays. Cela veut dire qu’il faudra beaucoup discuter et négocier.

Les pays plus développés adopteront sans doute la Ziec, car cela leur ouvrira de nouveaux marchés, mais ceux qui disposent de ports desservant des pays enclavés auront peur de perdre des revenus douaniers. Ils voudront aussi plutôt commercer avec l’extérieur comme le Nigeria où le conseiller Schneider-Ammann va se rendre ces jours… Va-t-il desservir la cause de l’Union Africaine ?

Quand on pense aux difficultés qu’a l’Union Européenne, notamment avec les pays de l’Est, on peut penser que cela prendra beaucoup de temps encore, et que tous ne signeront pas,  mais l’Afrique a toujours eu le temps de son côté. « Le continent ne peut pas se permettre de rater ce rendez-vous avec l’histoire », affirme Victor Harison. L’Union Européenne de son côté peut s’attendre à voir son commerce diminuer, notamment avec ses Accords de Partenariats Economiques (APE)…

Afrique du Sud: “So help me God” !

                                         

Il est vraiment important de rendre hommage à deux figures du syndicalisme en Afrique australe tant leur parcours politique se ressemble, mais pas leurs destins. Il s’agit de Morgan Tsvangirai, du Zimbabwe, mort d’un cancer à 65 ans dans un hôpital de Johannesburg, et Cyril Ramaphosa, ancien syndicaliste, 65 ans également,  devenu président  de l’Afrique du Sud après la démission forcée de Jacob Zuma. Morgan Tsvangirai a lutté toute sa vie pour la démocratie et le multipartisme, bête noire du dictateur Mugabe que les sbires ont emprisonné à plusieurs reprises, torturé et menacé de mort. Lors d’un accident provoqué par ses assassins, il s’en est sorti, mais sa femme est décédée ce qui l’avait beaucoup affecté. En 2008, il avait gagné le premier tour des élections, et a proposé une union nationale avec le parti de Mugabe, la Zanu-PF. Des violences ont alors éclaté faisant 200 morts, ce qui l’a persuadé de se retirer.

L’ensemble de la classe politique a salué sa mémoire, à commencer par le président Emmerson Mnangagwa (ancien militaire) qui a succédé  à Mugabe il y a trois mois. L’Union Européenne a loué son courage et  de même Boris Johnson, le ministre britannique des Affaires étrangères. Morgan Tsvangirai est mort pauvre, alors que Mugabe reçoit 3 millions de rente par année et la promesse qu’on ne touchera pas à ses nombreuses propriétés dans un pays qu’il a ruiné.

Cyril Ramaphosa, lui aussi syndicaliste de la première heure,  était même venu en Namibie alors sous mandat de l’Afrique du Sud, pour parler de son travail et aussi se renseigner sur les syndicats namibiens qui existaient déjà. Nelson Mandela l’avait pressenti pour lui succéder, mais les vieux cadres de l’ANC (African National Congress) refusèrent, préférant Thabo Mbeki plus manipulable.   Ramaphosa  préféra alors se tourner vers le privé où il fit fortune tout en restant fidèle à l’ANC qui l’a élu président en décembre dernier. Il a ainsi barré la route à Nkosazana Dhlamini Zuma, médecin, ex-femme de Zuma et qui a été présidente de la Commission de l’Union Africaine (2002-2014). L’ancien président sud-africain avait tout tenté pour qu’elle soit élue présidente de l’ANC et puisse ensuite devenir présidente de l’Afrique du Sud et le faire bénéficier d’une impunité pour ces multiples scandales. Lui aussi était en train de dévaliser l’Afrique du Sud avec la complicité de la famille indienne les Gupta. Le clan Zuma est aux commandes de nombreux postes stratégiques et il sera sans doute difficile à Ramaphosa de les faire travailler pour le bien de tous les Sud-Africains et non pour eux-mêmes. Sa prestation de serment était empreinte de modestie, d’humilité et du désir de faire du bien pour tous les Sud-Africains : « So help me God ». Son discours sur l’Etat de la nation au Parlement au Cap a été longuement ovationné par tous les partis. Il a jusqu’aux prochaines élections en 2019 pour réussir son pari. Mais des partis ennemis sont tapis dans l’ombre, dont les Combattants pour la liberté du trublion Julius Malema.

Pourquoi donc, dans le cas de Tsvangirai, son destin a-t-il été si tragique alors qu’il avait toutes les capacités pour gouverner, et dans le cas de Ramaphosa, il a pu accéder à la présidence au même âge ? C’est le problème de nombreux pays d’Afrique : RDC, Burundi, République centre africaine, Guinée Bissau, Cameroun, Tchad, etc. qui sacrifient des gens plus compétents qu’eux et aussi une partie de leur jeunesse qui, faute de travail, doit émigrer. Ces présidents sont aux mains de multinationales puissantes et de pays étrangers corrupteurs, de vrais vautours,  qui les aident à se maintenir en place avec leur clan afin de bénéficier des faveurs nécessaires pour piller les ressources de ces pays où les chacals collaborateurs sont partout.

 En Afrique du Sud, la démocratie est enracinée depuis longtemps,  les institutions sont stables, la société civile bien éduquée, du moins une bonne partie. Si l’ANC a accepté de démissionner le président Zuma, c’est pour regagner des voix perdues par les extravagances et les scandales du gouvernement. Cette victoire de la démocratie et de l’Etat de droit aura sans doute des répercussions positives sur tout le continent qui aspire à une vraie indépendance. C’est aussi ce AAque souhaite l’Union Africaine. Lors du remaniement de son gouvernement le 26 février, le président Ramaphosa, conscient qu’il faut maintenir un équilibre,  a réintégré deux ministres que Zuma avait limogés, Pravin Gordhan aux Affaires publiques (particulièrement minées par Zuma), et David Nhdlanhla aux Finances qu’il connaît bien. Mais il a gardé David Mabuza à la vice-présidence, qui s’était illustré par des manipulations de votes et même des assassinats, et l’ex-femme de Zuma Nkosazana-Dhlamini Zuma, dans l’équipe de la présidence. Un signe prometteur entre tous : le Rand est considérablement remonté.

Sous le Rwandais Paul Kagame, une nouvelle Union Africaine ?

La 30e session de l’Union Africaine (UA) qui s’est tenue les 28 et 29 janvier 2018 à Addis-Abeba s’est terminée, selon le communiqué, par des décisions « remarquables » qui paveront le chemin de l’agenda jusqu’en 2063 : continuation de la lutte contre la corruption,  réalisation d’une seule compagnie aérienne sur tout le continent, vitale pour atteindre une « Afrique intégrée, prospère et paisible » d’ici 2063. Elle favorisera le tourisme industriel, la croissance économique, la création d’emplois. 23 états sur 55 se sont déjà déclarés prêts à réaliser cet objectif.

Succédant au président guinéen Alpha Condé, le président rwandais Paul Kagame a été élu à la tête de l’UA. Il a la réputation d’être autoritaire, efficace et excellent stratège, ce qui lui permettra d’affronter les dossiers chauds : la corruption donc, la sécurité et la paix en Libye, en Centre Afrique, en RDC et au Burundi, au Soudan du Sud et dans la zone sahélienne frappée par des attaques récentes. Il souhaite la mise en place de la libre circulation des personnes (avec un seul passeport africain comme en Europe) et le libre-échange. Il saura sans doute redonner un élan à cette institution qui ronronnait dans son coin. Malgré les mots blessants de Donald Trump envers Haïti et les pays africains (« ces pays de merde »), il est le seul Africain à l’avoir rencontré au Forum de Davos avec lequel il s’est « bien » entendu. Le Rwanda est très proche d’Israël qu’il s’est abstenu de condamner à l’ONU sur la question de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale. Il ouvre ainsi la porte aux Israéliens qui sont d’ailleurs déjà très présents sur le continent là où il y a des diamants…Le Rwanda entretient également d’excellentes relations avec la Chine, l’Inde, les Emirats Arabes Unis et Singapour.

Les Américains  ont aussi des visées en Afrique, mais sont plus discrets que les Chinois. En effet, ces derniers ont construit en 2012 le magnifique bâtiment de l’UA « don de la Chine aux amis de l’Afrique ». Mais récemment, des informaticiens ont découvert que tout le bâtiment était truffé de micros et autres instruments informatiques et que les serveurs transmettaient tout à Shanghai depuis 6 ans… Ce sont des ingénieurs algériens qui ont effectué les réparations. Mais la secousse a été sérieuse pour les chefs d’Etats et ministres africains peu au courant de ces méthodes informatiques ! Un ancien fonctionnaire de l’OUA (1963-2002) ne s’est pas énervé : «Les Chinois sont là 27 heures sur 24, on laisse faire et on ne dit rien ». Selon Le Monde, d’autres puissances ou organisations internationales avaient ou ont encore leurs services secrets pour espionner.

L’UA, qui était jusqu’à présent sous perfusion des bailleurs de fonds internationaux devra, dès 2018, financer 40 % du budget de l’institution – 770 millions de dollars – ce qui sera difficile, car à part l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Nigéria et l’Egypte, les autres pays sont de mauvais payeurs. Certains arrivent même aux rencontres bisannuelles avec des sacs plein d’argent ! Mais le président Kagame, et le président de la Commission de l’UA, le tchadien Moussa Faki Mahamat, veulent y mettre de l’ordre et améliorer la gestion. « Sans indépendance, l’Afrique n’est rien du tout, avec son indépendance, elle peut être tout », affirme le Tchadien. Les rémunérations des 1174 employés de l’UA restent basses, loin de celles des fonctionnaires de l’ONU, 5000 $ par mois, à moins d’être  à la tête d’une des 7 commissions de l’UA qui couvrent tous les domaines importants du continent.  Cela procure ainsi la possibilité à l’UA de se profiler au niveau international et c’est aussi ce que recherche Paul Kagame : hisser le continent africain au même niveau institutionnel que l’Europe. Cependant, il est vrai que tous les fonctionnaires ne sont pas modestes. La Sud-Africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, ex-femme du président Zuma, qui était à la tête de la Commission de l’UA (2002-2014), recevait 3 millions de dollars de son pays en plus du salaire de l’UA. Cette générosité s’expliquait par le fait que le président Zuma comptait sur elle pour gagner l’élection de la présidence de l’ANC, puis celle du pays. Zuma ayant été forcé par son parti de démissionner le 15 février 2018,  Cyril Ramaphosa, un ancien syndicaliste puis homme d’affaires, est élu président de l’ANC, puis de l’Afrique du Sud. Il a été longuement ovationné au Parlement du Cap lors de son discours sur l’état de la nation. La démocratie et l’Etat de droit ont vaincu le désordre. Cela aura sans doute des répercussions positives sur l’UA et le reste du continent, surtout en RDC où l’Eglise catholique défie ouvertement le gouvernement Kabila qui emprisonne ses prêtres et jette des bombes lacrymogènes dans les églises en pleine messe.

Monusco en RDC : une Algérienne à l’honneur

Mme Leila Zerrougui a été nommée représentante spéciale et cheffe de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (RDC). Elle succède à M. Maman Sedikou du Niger dont la mission s’est terminée ce 1er janvier. Mme Zerrougui a plus de 30 années d’expérience dans les domaines de l’état de droit et de la protection des civils, ainsi que des compétences en matière de gestion et de leadership. Son parcours de vie est exceptionnel. Elle est donc bien préparée pour ce poste, car elle a été aussi Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflits armés de 20012 à 2016, et Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général à la Monusco, de 2008 à 2012 où elle s’est efforcée de renforcer l’état de droit et la protection civile (RDC). Cette Algérienne hors norme, née en 1956 et diplômée de l’Ecole nationale d’administration à Alger, a d’abord mené une longue carrière en Algérie où en 2000, elle a été nommée à la Cour suprême.

Etre cheffe de la Monusco qu’elle connaît, va être extrêmement délicat. Ce contingent de l’ONU est présent en RDC depuis 1999 et comprend 18 000 militaires et policiers, 4000 civils et un budget de 1,4 milliards de dollars par an. C’est la mission la plus onéreuse de l’ONU à cause de l’instabilité permanente dans ce pays depuis l’ère Mobutu qui n’a connu que des conflits internes et externes. Au début décembre, 15 casques bleus tanzaniens de la Monusco ont été tués et 53 autres blessés, par des hommes lourdement armés et bien organisés à Semuliki dans le Nord-Kivu. Un combat qui a duré plusieurs heures auquel un détachement de l’armée congolaise (FARDC) est venu porter secours. Antonio Gueterres, le Secrétaire général de l’ONU, était outré. Qui sont ces criminels qui osent s’attaquer à une mission de paix ? Un observateur de la région de Beni pense que ces attaquants étaient soutenus par des force extérieures.

La RDC aujourd’hui est devenue un pays chaotique avec des zones de non droit où des bandes armées ou des groupes aidés par des pays voisins (Ouganda, Rwanda) se livrent au pillage des ressources et des habitations. Malgré la fin de son mandat, en décembre 2016, le président Joseph Kabila reste au pouvoir grâce au report continuel des élections qui aujourd’hui ont été repoussées pour la 3ième fois en décembre 2018… D’ici là, les observateurs craignent que les groupes armés forment une coalition. Dans la région de Beni, mais aussi à Kinshasa, les populations sont confrontées à des assassinats, des enlèvements et des pillages. La barbarie à l’état pur avec des armes modernes provenant de pays européens et asiatiques. Leur but, déstabiliser le pays. A qui cela profite-t-il réellement ? Des réfugiés congolais en Suisse répondent : aux élites qui nous ont sacrifiés, au clan Kabila qui possède les principales ressources du pays et qui a la mainmise sur les réseaux stratégiques du pays, à certaines multinationales plus ou moins complices (anglaises, américaines, chinoises, suisses, etc.) et des banques (voir blog du 9.01.2018)

C’est dans ce contexte instable et violent que l’Eglise catholique a décidé de prendre résolument position contre Kabila et son équipe présidentielle, alors que jusqu’à présent, elle avait joué le rôle de médiatrice. Elle est la seule institution encore efficace qui apparaît comme un rempart face à la dérive autocratique du pouvoir, d’autant que l’opposition, depuis la mort récente de son leader historique Etienne Tshisekedi, est décapitée. Elle plaide pour le respect du droit et des personnes. Deux manifestations récentes de laïcs catholiques organisées pacifiquement à fin décembre et début janvier, ont été réprimées par la force, les gaz lacrymogènes jusque dans les églises, et même des tirs à balles réelles. L’Union Européenne, pourtant lasse de toujours réclamer des élections conformément à la Constitution, vient de les exiger haut et fort en menaçant de supprimer tout soutien. Elle est évidemment violemment critiquée par les hommes en place qui ressortent leurs litanies anticolonialistes.

C’est dire la tâche extrêmement difficile de Mme Leila Serrougui  pour sauver les plus vulnérables, les femmes, les enfants, et ses propres troupes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

République démocratique du Congo: le clan Kabila se croit éternel

 

Deux réfugiés congolais en Suisse pleurent de douleur et d’amertume… ils viennent d’apprendre qu’une nouvelle manifestation a fait 8 morts officiellement. Elle a eu lieu le dimanche 31 décembre à Kinshasa en particulier, à l’appel de catholiques laïques. Elle fait suite aux manifestations de septembre 2016 qui avaient fait au moins 50 morts dans le pays. Les manifestants demandaient déjà des élections et le départ de Kabila après deux mandats. L’Eglise catholique de RDC, majoritaire dans ce pays chrétien à 80 %, avait alors accepté une médiation entre le pouvoir et le peuple. Il avait été décidé en décembre 2016, d’un commun accord, qu’il y aurait des élections à fin décembre 2017, une année pour donner le temps au gouvernement de les préparer. Mais la Commission électorale a de nouveau  décidé de les reporter une nouvelle fois à décembre 2018…La démocratie manipulée.

Les laïques catholiques ont alors décidé d’organiser une marche d’opposition au président Kabila le dimanche 31 décembre pour exiger l’application intégrale de l’accord de sortie de crise d’il y a un an qui prévoyait le départ de Kabila avant la fin de 2017 et des élections présidentielles. Mais le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, l’a interdite avec des prétextes fallacieux. De nouveaux morts, une centaine de personnes arrêtées à Kinshasa dont deux prêtres, et 41 dans le reste du pays. Un policier a été tué. Les forces de sécurité congolaises ont chahuté des messes dans des églises à coup de gaz lacrymogènes. Mais quelques prêtres ont continué de dire la messe. Coupures internet, déploiement sécuritaire, barrages policiers, les autorités congolaises ont sorti l’artillerie lourde pour étouffer ces marches pacifiques des catholiques contre le chef de l’Etat, malgré l’appel des Nations Unies et de chancelleries au respect du droit de manifester. Même l’AFP a été menacée de mort par un officier congolais.

Le clan Kabila qui possède les principales ressources de ce pays, mines, terres, entreprises,  se croit éternel parce qu’il a la main mise sur les réseaux stratégiques du pays avec l’aide « d’hommes d’affaires », de certaines multinationales complices (anglaises, chinoises, américaines, françaises, suisses), de banques et d’états. C’est tout un empire économique, politique et familial que Kabila a construit depuis son accession au trône présidentiel en 2001. « On arme et on manipule des jeunes désoeuvrés qui ne peuvent plus travailler ni étudier. Pour 20 dollars, vous pouvez manipuler qui vous voulez, dénonce Mgr Muyango. Nous sommes dans un état d’insécurité permanente au sud Kivu : braquages de véhicules, pillages, assassinats. L’anarchie et l’absence d’état règnent qui favorisent la résurgence de bandes armées dans un pays mal gouverné. Ce climat social, politique et économique favorise la balkanisation ».

Global witness a découvert en juillet 2017 que 750 millions de recettes minières se sont évaporées du Trésor public entre 2013-2015. Et d’ajouter : « Si l’argent continue à être siphonné vers des réseaux parallèles liés au pouvoir en place, la crise politique au Congo ne fera que d’empirer ».  Mais le peuple patient depuis longtemps vient de le montrer, il ne supporte plus cet état de fait déstabilisant et dangereux pour l’évolution de la société civile. On peut se poser la même question que se posait déjà Cicéron à Rome un siècle avant notre ère ! « Jusqu’à quand abuseras-tu du pouvoir Catilina ? » Rien ne change !  La même chose vient de se passer au Zimbabwe avec Mugabe,   en Angola, à un degré moindre, avec Dos Santos, en Afrique du Sud avec Zuma qui dilapide les richesses de ce grand pays et veut mettre son ex-femme au pouvoir pour jouir d’une impunité. Au Nigéria, cela a mené à Boko Haram, etc.

A qui cette déstabilisation actuelle de l’Afrique profite-t-elle ? A cette question, nos deux réfugiés congolais répondent : « Aux élites qui nous ont sacrifiés. Et encore à l’Occident, et aux pays communistes Chine et Corée du Nord en tête »

 

 

La Russie perd le contact avec le premier satellite angolais, puis le retrouve deux jours plus tard…

 

Un satellite africain ! Il y a de quoi lever les yeux au ciel… Le 27 décembre 2017, la Roscosmos Space Agency (russe) publie une photo montrant le décollage d’une fusée Zenit-2sb transportant Angosat-1, premier satellite angolais de télécoms. La fusée est partie de Baïkonour au Kazakhstan le 26 décembre. Mais la Russie en a perdu le contact. De fabrication ukrainienne, « ce satellite reposait dans un entrepôt depuis plus de trois ans dans l’attente de son lancement sans cesse repoussé, ce qui a pu entraîner sa dégradation », a expliqué à l’AFP l’expert Vitali Egorov. Evidemment, cela fait craindre un nouveau revers un mois après la perte embarrassante d’un autre appareil. Cet échec, s’il est avéré, serait d’autant plus dommageable pour la réputation de la Russie car elle vise les « marchés émergents » en proposant un accès « bon marché » à l’espace.

L’Angola et la Russie avaient décidé en 2009 déjà de lancer Angosat-1 dont la mission d’une durée de 15 ans, avait pour but d’améliorer les communications par satellite, l’accès à internet et les services de radio-télévision en Afrique. Pour cela, environ 50 ingénieurs angolais ont été formés au Brésil (à cause de la langue portugaise), mais aussi en Chine et au Japon. La Russie devrait superviser le tout à partir d’un centre de contrôle construit près de Luanda… Tout cela pour un coût estimé à 280 millions d’euros. Si ce but est certes très important, on peut se demander à qui il profite réellement ? Des 21 millions d’habitants de l’Angola, la moitié vit avec moins de 2 dollars par jour. Ce sont avant tout les Russes, les Chinois, les Américains ou autres entreprises étrangères qui font de bonnes affaires. Ils mettent la charrue avant les bœufs, car le plus important pour les Angolais, c’est une réforme de l’agriculture pour manger à leur faim, l’électrification de tout le pays, l’éducation pour tous et la formation professionnelle pour les 40% de jeunes sans travail. L’Angola produit beaucoup de pétrole, des diamants et construit des infrastructures. Mais actuellement, ses revenus ont considérablement diminué à cause de la baisse du prix du brut. De plus, comme dans d’autres pays d’Afrique, la corruption gangrène tout le système. Le président sortant Dos Santos, encore président du MPLA au pouvoir, est accusé d’avoir pillé les revenus de l’Etat. C’est ce qui est arrivé au Zimbabwe avec Mugabe, en RDC avec Kabila et pourrait arriver avec Zuma en Afrique du Sud…  – Deux jours plus tard, le 29 décembre, la Russie annonçait avoir retrouvé le contact…

 

 

 

De la Rhodésie au Zimbabwe: petites histoires avec des Suisses

Le Zimbabwe, anciennement Rhodésie du Sud jusqu’en 1980, était l’un des greniers de l’Afrique australe, exportant blé et maïs. Son indépendance s’est faite en deux temps, d’abord sous la  présidence forcée de Ian Smith en 1965, déclarée unilatéralement (UDI), puis en 1980 conclue par les accords de Lancaster (Londres). Cette indépendance a été sanglante comme dans les trois pays d’Afrique australe : l’Angola, le Mozambique, la Namibie, soutenus par le bloc communiste. C’était l’époque de la guerre froide que se faisaient l’Est et l’Ouest par peuples interposés en Afrique. Il est vrai que cela n’a pas vraiment changé aujourd’hui avec Poutine et Trump…

Mugabe, Issu d’une famille catholique,  a fait ses classes en partie chez des missionnaires suisses d’Immensee (Lucerne), puis dans le prestigieux collège jésuite de Kutoma, non loin de Harare. Quoique minoritaire (15 % de la population contre 75 % d’Anglicans et protestants), l’Eglise catholique a toujours eu une très grande influence sociale parce que la majorité de ses évêques et les catholiques en général ont soutenu et soutiennent majoritairement le MDC (Mouvement pour le changement démocratique) fondé en 1999 par Morgan Tsvangirai. Quand il se battait contre Ian Smith, Mugabe portait ostensiblement un chapelet dans sa poche et le priait dans ses déplacements en voiture… Il semble que le jésuite Fidelis Mukonori  ait été son conseiller pendant des années et qu’actuellement il joue un rôle de médiateur entre lui et les officiers de l’armée. Mais pour autant, cela n’a pas empêché Mugabe de se débarrasser de l’archevêque de Bulawayo, Mgr Ncube, connu pour son franc-parler, le faisant accuser faussement d’adultère. Après la publication en janvier 2011 d’une lettre pastorale des évêques du Zimbabwe demandant de travailler pour le Bien commun du pays,  plusieurs prêtres furent emprisonnés.

Le 19 novembre 2017, de nombreuses Eglises du Zimbabwe demandent alors le départ du président Mugabe,  invitant la population «à s’abstenir de toute action anarchiste et massive qui ne pourrait que faire empirer la situation politique », et réclamant avec insistance « qu’une transition vers une démocratie normale soit mise en place sans passer par les armes ». Malheureusement en 37 ans, le pays a subi une lente descente aux enfers malgré les mises en garde répétées de l’opposition et des institutions internationales. Le départ forcé des fermiers blancs a conduit à la ruine alimentaire. Une grande partie des terres avaient été données aux combattants de la liberté qui, faute de compétences, les laissèrent en friche. D’autres furent données comme « cadeaux » à des ministres et des proches du gouvernement qui en firent leurs résidences secondaires…

Une autre personnalité qui a joué un rôle important sur le chemin de l’indépendance est  le fils de Ian Smith, Alec, *le mouton noir », qui n’était pas d’accord avec son père. Parti étudier en Afrique du Sud, il a  commencé à se droguer, par désespoir sans doute.  C’est alors qu’il a rencontré des Suisses du Réarmement moral de Caux (aujourd’hui Initiative et Changement) qui ont réussi à le convaincre de retourner en Rhodésie et d’amener son père à rencontrer  Mugabe… Ce qui arriva ! Ian Smith invita le *terroriste Mugabe » qu’il avait combattu, chez lui à la maison pour discuter. Alec est devenu par la suite l’aumônier des deux armées réunies des « terroristes » et des Blancs. Il a écrit un livre retentissant : »Tu seras mon frère ». Il est sans doute contre-productif de critiquer  cette passation de pouvoir comme étant illégale. Il vaut mieux investir massivement dans ce pays qui sort d’un enfer et pourrait devenir un exemple d’une « démocratie normale » pour les autres dictateurs en Afrique. Espérons-le !

Le Mozambique et Pyongyang

C’est vrai qu’on peut s’étonner des moyens financiers de Pyongyang qui construit missiles et futures bombes à la chaîne. C’est que la Corée du Nord envoie ses citoyens travailler dans d’autres pays pour des salaires de misère dont elle empoche le 80 %… En Pologne par exemple ou dans des pays asiatiques ou africains comme instructeurs militaires. Ses diplomates en Afrique, notamment au Mozambique, sont liés au trafic de cornes de rhinocéros et de défenses d’éléphants pour se payer leurs salaires !  Le kilo de corne de rhinocéros vaut 60 000 dollars ; une défense d’éléphants entre 6 à 7000 dollars. Des réseaux mafieux sont ainsi établis depuis des décennies où les assassinats ne sont pas absents comme celui du défenseur des éléphants, le Sud-Africain Wayne Lotter le 17 août dernier ou récemment du maire de Nampala Muhamudo Amurane, qui combattait la corruption au Mozambique. On peut penser que Chinois, aussi friands d’ivoire, et les Nord-Coréens, collaborent dans ce domaine !

Mais la Corée du Nord a d’autres revenus. Elle se comporte un peu en pays « frère », puisqu’elle avait soutenu le Frelimo (Front de Libération du Mozambique) lors de la guerre civile après l’indépendance,  entre 1976-1992, contre la Renamo (Résistance Nationale Mozambicaine), aidé par l’Afrique du Sud. Cette guerre civile a coûté un million de morts, comparable à celle de l’Angola entre le MPLA de Dos Santos et l’UNITA de Savimbi.  Les conflits n’ont jamais vraiment cessé au Mozambique malgré plusieurs trêves. La Renamo a repris le maquis en 2012, car elle exige un plus grand partage des richesses et du pouvoir. Son leader, Alfonso Dhlakama, a proclamé en 2016 un cessez-le-feu après l’échec d’une médiation internationale. Au mois d’août, il a rencontré le président Felipe Nyusi,  dans le but de finaliser un accord. En effet, il s’agit pour les deux parties de ne pas inquiéter les investisseurs attirés par l’immense potentiel gazier du pays. Mais le gouvernement du Frelimo a provoqué un scandale énorme  par l’achat de matériel militaire pour 2 milliards de dollars, financés par un prêt caché aux députés et bailleurs de fonds… Récemment, l’ONU a accusé le Mozambique d’acheter à la Corée du Nord des armes pour un montant de 6 millions de dollars, ceci malgré l’embargo qui frappe Pyongyang. C’est vrai qu’entre pays « frères », on peut s’aider de temps à autres…

On peut aussi s’étonner des armes nord-coréennes qui sont dans les mains de certains soldats du Congo Brazzaville et même de la République Démocratique du Congo ? Et d’où viennent celles utilisées par les djihadistes et Boko Haram ou des rebelles en Centre Afrique ? Khadafi avait-il autant d’armes ? Quand on apprend que les Russes arment probablement les talibans, il y a de quoi s’inquiéter…