Pauvre Afrique: maintenant c’est les Russes après les Chinois

En décembre 2017, l’ONU a autorisé les Russes d’envoyer des armes et des instructeurs en République centrafricaine (RFA). Bien fait et vite fait. Début 2018, 5 militaires et 170 civils débarquaient. « Ils sont partout dans le pays, explique Roland Marchal du Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) : drapeaux, pin’s, publicité de leurs actions, protection rapprochée du président Faustin-Archange Touadera ; en juillet ils étaient entre 300 et 400 ». Et Thierry Vircoulon, de l’Institut français des relations internationales (Ifri) ajoute : « Ce sont d’anciens militaires travaillant pour une société de sécurité, la Wagner (connue pour ses mercenaires), présente en Syrie et en Ukraine, et des militaires des Forces spéciales. Le 22 août, ils ont signé un accord de défense avec les Faca, l’armée centrafricaine, qui pourra être formée dans les écoles militaires russes… »

Un pied de nez fait à la France que Moscou veut affaiblir et aux 350 militaires français encore présents à l’aéroport de Bangui. En fait, coup classique, tout se passe comme les Français avaient fait du temps de la colonisation. Les Russes ont placé un homme, Valery Zakharov  au cœur du Palais présidentiel qui a plus de pouvoir qu’il n’en paraît. Les Français sont fatigués, déçus par le président  Touadéra qui n’a pas ramené la paix dans le pays où les ex-Seleka (à majorité musulmans) s’entre déchiraient contre les Balaka d’obédiance chrétienne (le pays est encore chrétien à 80 %.) L’ancien président Bozizé, un règne marqué par le népotisme et le tribalisme. Il avait  fait venir des Sud-Africains pour le défendre en 2013, mais effrayés par la cruauté des clans et ayant perdu 13 soldats, ils se sont retirés rapidement. En 2015 le pape François est allé redonner confiance à toutes les parties en allant notamment prier à la mosquée de Bangui avec le grand Imam. Mais la réconciliation a été de courte durée, le pays est retombé dans une situation de non-droit  malgré la présence des Français qui ont eu alors « l’idée » de dire  au président centrafricain d’aller demander l’aide du président Poutine de venir les remplacer, et à l’ONU, d’accepter la levée de l’embargo sur les armes pour la RFA…

Evidemment, venir dans le pré carré de la France, n’est pas pour déplaire à la Russie qui est aussi attirée par les ressources minières (diamants) et à du retard par rapport aux autres puissances.  Mais du temps de la guerre froide, ils soutenaient les mouvements de libération  dans les années 60-70. Et comme les Russes ne font rien pour rien, on craint qu’ils utilisent les méthodes brutales qu’on connaît en Syrie et en Ukraine.  En effet,  trois journalistes russes qui voulaient enquêter sur la mystérieuse société Wagner et ses mercenaires, ont été assassinés le 30 juillet dernier. Son gérant est Evgeni Khodotov homme de main d’ Evgeni Prigozin, un proche du président Poutine, propriétaire de la société.  De plus, les Russes, qui disent faire de l’humanitaire, ont ouvert deux bases militaires dans le nord-est du pays près des zones diamantaires à Bria et Ouata. Leur venue coïncide aussi avec une campagne antifrançaise dans les media centrafricains, pour affaiblir l’influence de la France sur la scène africaine et de ce fait gagner des voix à l’ONU. Une stratégie à long terme, comme la Chine…

Sur le plan politique, les Russes aimeraient arriver à obtenir une signature entre les groupes armés. Le 28 août, la Russie a obtenu la signature d’une entente de paix entre les leaders des ex-Seleka et quelques chefs des anti-Balaka à Khartoum, en présence de membres du gouvernement. Ceux qui sont venus ont touché 40 millions de FCFA (61 000 Euros). Un nouvel accord avec les leaders manquants pourrait ensuite partager les ressources minières en trois : un tiers pour le gouvernement, un tiers pour les groupes armés, un tiers pour les Russes. Et voilà, on recommence avec d’autres !

Les vautours sont toujours plus nombreux planant dans le ciel du continent africain  avant de plonger et de se repaître de ses précieuses ressources. Ces vautours ont besoin de groupes armés locaux et étrangers, soit pour défendre leur butin, soit pour combattre certaines multinationales, qui, elles veulent assurer un développement rapide chez eux (Chine) ou le plein emploi et les rentes de vieillesse (Europe). Même des Etats vautours sont en quête de terres arables pour nourrir leurs peuples (Vietnam, Corée, Libye, etc..),  ou les chameaux de l’Arabie saoudite. Enfin il y a les marchands d’armes européens, chinois, coréens du nord qui luttent ainsi contre le chômage chez eux et enveniment l’avenir africain.  Penser que la Suisse puisse en faire partie est inacceptable. Elle a un autre rôle à jouer avec sa réputation humanitaire.

Il y a heureusement beaucoup des mères et pères courage sur ce continent malmené par tant de mauvais vents contraires, comme le docteur Mukwege, récent prix Nobel de la Paix ?

Nicolas Hulot et l’Afrique

Evidemment il y a la récupération politique de gauche et de droite, mais Nicolas Hulot c’est tout autre chose. Même si sa manière de quitter le gouvernement français est choquante, mais il est sincère. Nul mieux que lui à parcouru la planète dans tous les sens, dans les airs et dans les mers, et spécialement en Afrique dont il nous a fait découvrir les beautés époustouflantes par son émission Ushuaïa

Une société, a-t-il dit, qui est incapable de descendre dans la rue pour laisser à ses enfants une planète décente, et qui, égoïstement, assiste aux conséquences du dérèglement climatique dans les pays du Sud et notamment en Afrique par la sécheresse, sans vouloir renoncer à son confort et à son modèle de développement… Peut-on l’appeler encore « société » ?  C’est le court terme qui compte, et tant pis pour le long terme qui est « le temps de l’écologie », mais dont le politique ne veut pas entendre parler. Est-que l’éthique dont les entreprises se targuent à bon marché aujourd’hui dans leurs offres d’actions, peut encore être synonyme de responsabilité ? Non ! On ne veut pas reconnaître qu’on est en face d’un défi de civilisation qui prime sur tout. Déjà Jacques Chirac disait « la maison brûle », mais qu’est-ce qu’on fait ? Cela nous concerne tous, pas seulement un ministre et un ou deux gouvernements ou pays, mais toute l’humanité, notre « maison commune » comme le dit le pape François dans sa très intéressante encyclique Laudato Si . Mais qui l’a lue ? Les journaux préfèrent parler des abus sexuels honteux d’ecclésiastiques…

Et en Suisse on ne fait pas mieux. Le Conseil fédéral a accepté de changer la loi qui interdisait d’exporter des armes dans les pays en guerre, maintenant c’est possible ! Les entreprises d’armement sont allées pleurnicher auprès de nos institutions et ont fait un intense lobbying pour assurer le plein emploi dans ce domaine. Court terme d’abord ! Et c’est notre Coopération au développement qui assurera le service après-vente en tentant de réparer les dégâts ! Alors nos valeurs de neutralité et notre réputation de médiateurs, sous le tapis. Où sera encore notre crédibilité avec le CICR ? On détruit ce qui nous assurait la paix.

 

Un accord au Soudan du Sud ?

Parmi les réfugiés que la Suisse accueille, il y a plusieurs sud-soudanais. Pourquoi ?  Créé en 2011, le Soudan du Sud est le plus jeune Etat d’Afrique. En 2013, un conflit a éclaté entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat. Ils sont issus de deux groupes ethniques importants, les Dinkas et le Neuers. Ils vont s’affronter pendant 5 ans, et le pays s’enfonce dans une guerre civile qui fera fuir près d’un million de personnes en Ouganda où ils seront bien accueillis, en recevant même un lopin de terre en attendant un retour. Ils seront aidés en outre par le HCR et le PAM. (Programme Alimentaire Mondial)

Ainsi, en 2018, 7 millions de Sud-Soudanais sont encore dépendants dans leur pays de l’aide humanitaire et survivent avec peine, car la faim fait son apparition, les brigandages, les viols, la prostitution. Cela a motivé des jeunes à émigrer en Europe.

Mais coup de théâtre dimanche 5 août,  un accord sous forme de pacte est signé à Khartoum, en présence d’Omar El Béchir, entre les deux frères ennemis qui s’engagent à aboutir à un accord de paix définitif et à former un gouvernement de transition pour une durée de 3 ans avec 35 ministres  se partageant le pouvoir. « C’est du bricolage », commente un chercheur du CNRS, Roland Marchal, « mais pourquoi pas ? ». Une nième tentative visant à établir la paix au Soudan du Sud  où tant d’êtres humains luttent pour leur survie. On a même pu voir ces jours à la TV des enfants-soldats démobilisés…

Cette fois-ci, on est vraiment tenté d’y croire à cause de l’arrivée au pouvoir du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed en avril 2018 qui a fait la paix avec l’Erythrée et vise la stabilisation de toute la région. Un exemple à suivre donc et il semble que les deux rivaux sud-soudanais y soient prêts. A suivre…

L’éléphant indien en Afrique

                                         

Le continent africain, malgré son insécurité due à des rebelles dangereux dans plusieurs pays, attirent les investisseurs étrangers grâce à ses énormes potentialités économiques et au dynamisme de ses habitants qui sont plus d’un milliard. Les Chinois s’y sont installés durablement depuis deux décennies, pas trop aimés de la population africaine qui ne voit pas vraiment les retombées de leurs investissements. Ils profitent surtout aux cadres que les Chinois ont corrompus et au développement de la Chine. Et voilà maintenant les Indiens, qui, à vrai dire, sont là depuis longtemps sur la côte Est et en Afrique du Sud que Gandhi avait vus au début du XXe siècle.   Il y a entre eux un lien important, celui d’avoir été colonisés et non-alignés.

Le Premier ministre indien Narenda Modi veut que son Etat  se fasse une place plus grande sous le  soleil africain. En 2015 à New Delhi lors du sommet Inde-Afrique, l’Inde avait déjà promis d’accorder aux pays africains des prêts concessionnels de 10 milliards de dollars ainsi qu’une aide de 600 millions de dollars sur cinq ans, auxquels s’ajouterait un nouveau fond de développement Inde-Afrique en discussion. L’Exim Bank of India qui a financé jusqu’ici des projets d’infrastructures à l’Est et au Sud, a aussi ouvert des bureaux à Abidjan et Dakar avec des antennes à Johannesburg et Addis Abeba. En plus des 29 ambassades qu’elle a déjà, elle en a ouvert de nouvelles qui permettront de consolider les liens avec la diaspora indienne établie dans plusieurs pays africains.

Le ministre indien du commerce, Seresh Prabhu, estime que « l’Inde et l’Afrique gagneraient à négocier un accord de libre-échange pour renforcer les échanges commerciaux bilatéraux qui demeurent en deça de leurs potentiels » (voir Hebdo3, 6.04).  Il a aussi exhorté les pays africains à utiliser le régime préférentiel indien de franchise de droits pour les pays les moins avancés (DFTP), qui pourrait faire passer les échanges commerciaux de 53 milliards en 2017 à 150 milliards d’ici cinq ans.

Il est important de noter que dans le cadre du 1er sommet de l’Alliance solaire internationale ((ASI), le gouvernement indien a annoncé l’octroi d’un milliard de dollars à 13 pays africains (Bénin, Burkina Faso, Mali, Togo, entre autres) pour financer des projets d’énergie solaire. Imaginée par l’Inde et la France lors de la Cop21, l’ASI est destiné à diminuer le coût de l’énergie solaire. En effet, les panneaux solaires seront fournis par des entreprises indiennes dont les prix sont plus bas que les chinois !

Pour renforcer son implantation sur le continent africain, le gouvernement indien s’est allié au Japon pour lancer une initiative commune baptisée Asia African Growth Corridor (AAGC), la route de la croissance Asie-Afrique. Elle est surnommée la « Route de la Liberté », car considérée  comme une alternative au projet chinois pharaonique de la Route de la Soie (One Belt, One Road). La riposte indo-nippone au projet chinois a été annoncée une dizaine de jours seulement après le premier sommet international sur la Route de la Soie organisé à Pékin en 2017.  On ne peut que se réjouir de ces initiatives indo-niponnes qui cassent le monopole chinois sur l’Afrique.

  

Un marché unique africain comme en Europe ?

 

Les choses ne traînent pas à l’Union Africaine (UA) qui s’était réunie les 28-29 janvier en Assemblée générale à Addis Abeba (voir blog LT) et avait élu l’efficace Paul Kagame comme président. Les 54 chefs d’Etat et de gouvernement du continent se réunissent ce 21 mars à Kigali au Rwanda pour signer un traité instituant une zone de libre-échange continentale (Ziec). Mais le Nigeria, 190 millions d’habitants, probablement sous pression de syndicats et de milieux d’affaires, n’en fait pas partie. Pour le moment sans doute.

Il y a 20 ans que cette idée d’instaurer un marché commun continental a émergé. Pourquoi le continent africain ne profiterait-il qu’aux puissances extérieures ? Europe, Chine, USA, Brésil, Turquie, etc. ? Le commissaire aux Affaires économiques de l’UA, Victor Harison, estime que la croissance africaine devrait se maintenir autour des 4 % en 2018, ceci malgré la pauvreté et le chômage des jeunes. Néanmoins, selon lui, la création d’une telle zone interne de libre-échange devrait permettre une hausse de 52 % du commerce interne d’ici à 2022. L’idée de formater le continent africain avec les mêmes structures que le continent européen pour mieux se hisser au niveau du commerce mondial, a fait son chemin. En 2015, un accord tripartite de libre-échange a réuni trois communautés : Afrique occidentale, Afrique australe et de l’Est qui représentent 530 millions d’habitants et un PIB de 512 milliards d’euros, soit la moitié des richesses produites par le continent. La Ziec se propose d’élargir cette base pour toute l’Afrique. Victor Harison explique : « Abaisser les barrières douanières, libéraliser les services, ouvrir son marché à la concurrence, exige que l’on tienne compte des disparités entre pays. Cela veut dire qu’il faudra beaucoup discuter et négocier.

Les pays plus développés adopteront sans doute la Ziec, car cela leur ouvrira de nouveaux marchés, mais ceux qui disposent de ports desservant des pays enclavés auront peur de perdre des revenus douaniers. Ils voudront aussi plutôt commercer avec l’extérieur comme le Nigeria où le conseiller Schneider-Ammann va se rendre ces jours… Va-t-il desservir la cause de l’Union Africaine ?

Quand on pense aux difficultés qu’a l’Union Européenne, notamment avec les pays de l’Est, on peut penser que cela prendra beaucoup de temps encore, et que tous ne signeront pas,  mais l’Afrique a toujours eu le temps de son côté. « Le continent ne peut pas se permettre de rater ce rendez-vous avec l’histoire », affirme Victor Harison. L’Union Européenne de son côté peut s’attendre à voir son commerce diminuer, notamment avec ses Accords de Partenariats Economiques (APE)…

Afrique du Sud: “So help me God” !

                                         

Il est vraiment important de rendre hommage à deux figures du syndicalisme en Afrique australe tant leur parcours politique se ressemble, mais pas leurs destins. Il s’agit de Morgan Tsvangirai, du Zimbabwe, mort d’un cancer à 65 ans dans un hôpital de Johannesburg, et Cyril Ramaphosa, ancien syndicaliste, 65 ans également,  devenu président  de l’Afrique du Sud après la démission forcée de Jacob Zuma. Morgan Tsvangirai a lutté toute sa vie pour la démocratie et le multipartisme, bête noire du dictateur Mugabe que les sbires ont emprisonné à plusieurs reprises, torturé et menacé de mort. Lors d’un accident provoqué par ses assassins, il s’en est sorti, mais sa femme est décédée ce qui l’avait beaucoup affecté. En 2008, il avait gagné le premier tour des élections, et a proposé une union nationale avec le parti de Mugabe, la Zanu-PF. Des violences ont alors éclaté faisant 200 morts, ce qui l’a persuadé de se retirer.

L’ensemble de la classe politique a salué sa mémoire, à commencer par le président Emmerson Mnangagwa (ancien militaire) qui a succédé  à Mugabe il y a trois mois. L’Union Européenne a loué son courage et  de même Boris Johnson, le ministre britannique des Affaires étrangères. Morgan Tsvangirai est mort pauvre, alors que Mugabe reçoit 3 millions de rente par année et la promesse qu’on ne touchera pas à ses nombreuses propriétés dans un pays qu’il a ruiné.

Cyril Ramaphosa, lui aussi syndicaliste de la première heure,  était même venu en Namibie alors sous mandat de l’Afrique du Sud, pour parler de son travail et aussi se renseigner sur les syndicats namibiens qui existaient déjà. Nelson Mandela l’avait pressenti pour lui succéder, mais les vieux cadres de l’ANC (African National Congress) refusèrent, préférant Thabo Mbeki plus manipulable.   Ramaphosa  préféra alors se tourner vers le privé où il fit fortune tout en restant fidèle à l’ANC qui l’a élu président en décembre dernier. Il a ainsi barré la route à Nkosazana Dhlamini Zuma, médecin, ex-femme de Zuma et qui a été présidente de la Commission de l’Union Africaine (2002-2014). L’ancien président sud-africain avait tout tenté pour qu’elle soit élue présidente de l’ANC et puisse ensuite devenir présidente de l’Afrique du Sud et le faire bénéficier d’une impunité pour ces multiples scandales. Lui aussi était en train de dévaliser l’Afrique du Sud avec la complicité de la famille indienne les Gupta. Le clan Zuma est aux commandes de nombreux postes stratégiques et il sera sans doute difficile à Ramaphosa de les faire travailler pour le bien de tous les Sud-Africains et non pour eux-mêmes. Sa prestation de serment était empreinte de modestie, d’humilité et du désir de faire du bien pour tous les Sud-Africains : « So help me God ». Son discours sur l’Etat de la nation au Parlement au Cap a été longuement ovationné par tous les partis. Il a jusqu’aux prochaines élections en 2019 pour réussir son pari. Mais des partis ennemis sont tapis dans l’ombre, dont les Combattants pour la liberté du trublion Julius Malema.

Pourquoi donc, dans le cas de Tsvangirai, son destin a-t-il été si tragique alors qu’il avait toutes les capacités pour gouverner, et dans le cas de Ramaphosa, il a pu accéder à la présidence au même âge ? C’est le problème de nombreux pays d’Afrique : RDC, Burundi, République centre africaine, Guinée Bissau, Cameroun, Tchad, etc. qui sacrifient des gens plus compétents qu’eux et aussi une partie de leur jeunesse qui, faute de travail, doit émigrer. Ces présidents sont aux mains de multinationales puissantes et de pays étrangers corrupteurs, de vrais vautours,  qui les aident à se maintenir en place avec leur clan afin de bénéficier des faveurs nécessaires pour piller les ressources de ces pays où les chacals collaborateurs sont partout.

 En Afrique du Sud, la démocratie est enracinée depuis longtemps,  les institutions sont stables, la société civile bien éduquée, du moins une bonne partie. Si l’ANC a accepté de démissionner le président Zuma, c’est pour regagner des voix perdues par les extravagances et les scandales du gouvernement. Cette victoire de la démocratie et de l’Etat de droit aura sans doute des répercussions positives sur tout le continent qui aspire à une vraie indépendance. C’est aussi ce AAque souhaite l’Union Africaine. Lors du remaniement de son gouvernement le 26 février, le président Ramaphosa, conscient qu’il faut maintenir un équilibre,  a réintégré deux ministres que Zuma avait limogés, Pravin Gordhan aux Affaires publiques (particulièrement minées par Zuma), et David Nhdlanhla aux Finances qu’il connaît bien. Mais il a gardé David Mabuza à la vice-présidence, qui s’était illustré par des manipulations de votes et même des assassinats, et l’ex-femme de Zuma Nkosazana-Dhlamini Zuma, dans l’équipe de la présidence. Un signe prometteur entre tous : le Rand est considérablement remonté.

Sous le Rwandais Paul Kagame, une nouvelle Union Africaine ?

La 30e session de l’Union Africaine (UA) qui s’est tenue les 28 et 29 janvier 2018 à Addis-Abeba s’est terminée, selon le communiqué, par des décisions « remarquables » qui paveront le chemin de l’agenda jusqu’en 2063 : continuation de la lutte contre la corruption,  réalisation d’une seule compagnie aérienne sur tout le continent, vitale pour atteindre une « Afrique intégrée, prospère et paisible » d’ici 2063. Elle favorisera le tourisme industriel, la croissance économique, la création d’emplois. 23 états sur 55 se sont déjà déclarés prêts à réaliser cet objectif.

Succédant au président guinéen Alpha Condé, le président rwandais Paul Kagame a été élu à la tête de l’UA. Il a la réputation d’être autoritaire, efficace et excellent stratège, ce qui lui permettra d’affronter les dossiers chauds : la corruption donc, la sécurité et la paix en Libye, en Centre Afrique, en RDC et au Burundi, au Soudan du Sud et dans la zone sahélienne frappée par des attaques récentes. Il souhaite la mise en place de la libre circulation des personnes (avec un seul passeport africain comme en Europe) et le libre-échange. Il saura sans doute redonner un élan à cette institution qui ronronnait dans son coin. Malgré les mots blessants de Donald Trump envers Haïti et les pays africains (« ces pays de merde »), il est le seul Africain à l’avoir rencontré au Forum de Davos avec lequel il s’est « bien » entendu. Le Rwanda est très proche d’Israël qu’il s’est abstenu de condamner à l’ONU sur la question de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale. Il ouvre ainsi la porte aux Israéliens qui sont d’ailleurs déjà très présents sur le continent là où il y a des diamants…Le Rwanda entretient également d’excellentes relations avec la Chine, l’Inde, les Emirats Arabes Unis et Singapour.

Les Américains  ont aussi des visées en Afrique, mais sont plus discrets que les Chinois. En effet, ces derniers ont construit en 2012 le magnifique bâtiment de l’UA « don de la Chine aux amis de l’Afrique ». Mais récemment, des informaticiens ont découvert que tout le bâtiment était truffé de micros et autres instruments informatiques et que les serveurs transmettaient tout à Shanghai depuis 6 ans… Ce sont des ingénieurs algériens qui ont effectué les réparations. Mais la secousse a été sérieuse pour les chefs d’Etats et ministres africains peu au courant de ces méthodes informatiques ! Un ancien fonctionnaire de l’OUA (1963-2002) ne s’est pas énervé : «Les Chinois sont là 27 heures sur 24, on laisse faire et on ne dit rien ». Selon Le Monde, d’autres puissances ou organisations internationales avaient ou ont encore leurs services secrets pour espionner.

L’UA, qui était jusqu’à présent sous perfusion des bailleurs de fonds internationaux devra, dès 2018, financer 40 % du budget de l’institution – 770 millions de dollars – ce qui sera difficile, car à part l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Nigéria et l’Egypte, les autres pays sont de mauvais payeurs. Certains arrivent même aux rencontres bisannuelles avec des sacs plein d’argent ! Mais le président Kagame, et le président de la Commission de l’UA, le tchadien Moussa Faki Mahamat, veulent y mettre de l’ordre et améliorer la gestion. « Sans indépendance, l’Afrique n’est rien du tout, avec son indépendance, elle peut être tout », affirme le Tchadien. Les rémunérations des 1174 employés de l’UA restent basses, loin de celles des fonctionnaires de l’ONU, 5000 $ par mois, à moins d’être  à la tête d’une des 7 commissions de l’UA qui couvrent tous les domaines importants du continent.  Cela procure ainsi la possibilité à l’UA de se profiler au niveau international et c’est aussi ce que recherche Paul Kagame : hisser le continent africain au même niveau institutionnel que l’Europe. Cependant, il est vrai que tous les fonctionnaires ne sont pas modestes. La Sud-Africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, ex-femme du président Zuma, qui était à la tête de la Commission de l’UA (2002-2014), recevait 3 millions de dollars de son pays en plus du salaire de l’UA. Cette générosité s’expliquait par le fait que le président Zuma comptait sur elle pour gagner l’élection de la présidence de l’ANC, puis celle du pays. Zuma ayant été forcé par son parti de démissionner le 15 février 2018,  Cyril Ramaphosa, un ancien syndicaliste puis homme d’affaires, est élu président de l’ANC, puis de l’Afrique du Sud. Il a été longuement ovationné au Parlement du Cap lors de son discours sur l’état de la nation. La démocratie et l’Etat de droit ont vaincu le désordre. Cela aura sans doute des répercussions positives sur l’UA et le reste du continent, surtout en RDC où l’Eglise catholique défie ouvertement le gouvernement Kabila qui emprisonne ses prêtres et jette des bombes lacrymogènes dans les églises en pleine messe.

Monusco en RDC : une Algérienne à l’honneur

Mme Leila Zerrougui a été nommée représentante spéciale et cheffe de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (RDC). Elle succède à M. Maman Sedikou du Niger dont la mission s’est terminée ce 1er janvier. Mme Zerrougui a plus de 30 années d’expérience dans les domaines de l’état de droit et de la protection des civils, ainsi que des compétences en matière de gestion et de leadership. Son parcours de vie est exceptionnel. Elle est donc bien préparée pour ce poste, car elle a été aussi Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflits armés de 20012 à 2016, et Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général à la Monusco, de 2008 à 2012 où elle s’est efforcée de renforcer l’état de droit et la protection civile (RDC). Cette Algérienne hors norme, née en 1956 et diplômée de l’Ecole nationale d’administration à Alger, a d’abord mené une longue carrière en Algérie où en 2000, elle a été nommée à la Cour suprême.

Etre cheffe de la Monusco qu’elle connaît, va être extrêmement délicat. Ce contingent de l’ONU est présent en RDC depuis 1999 et comprend 18 000 militaires et policiers, 4000 civils et un budget de 1,4 milliards de dollars par an. C’est la mission la plus onéreuse de l’ONU à cause de l’instabilité permanente dans ce pays depuis l’ère Mobutu qui n’a connu que des conflits internes et externes. Au début décembre, 15 casques bleus tanzaniens de la Monusco ont été tués et 53 autres blessés, par des hommes lourdement armés et bien organisés à Semuliki dans le Nord-Kivu. Un combat qui a duré plusieurs heures auquel un détachement de l’armée congolaise (FARDC) est venu porter secours. Antonio Gueterres, le Secrétaire général de l’ONU, était outré. Qui sont ces criminels qui osent s’attaquer à une mission de paix ? Un observateur de la région de Beni pense que ces attaquants étaient soutenus par des force extérieures.

La RDC aujourd’hui est devenue un pays chaotique avec des zones de non droit où des bandes armées ou des groupes aidés par des pays voisins (Ouganda, Rwanda) se livrent au pillage des ressources et des habitations. Malgré la fin de son mandat, en décembre 2016, le président Joseph Kabila reste au pouvoir grâce au report continuel des élections qui aujourd’hui ont été repoussées pour la 3ième fois en décembre 2018… D’ici là, les observateurs craignent que les groupes armés forment une coalition. Dans la région de Beni, mais aussi à Kinshasa, les populations sont confrontées à des assassinats, des enlèvements et des pillages. La barbarie à l’état pur avec des armes modernes provenant de pays européens et asiatiques. Leur but, déstabiliser le pays. A qui cela profite-t-il réellement ? Des réfugiés congolais en Suisse répondent : aux élites qui nous ont sacrifiés, au clan Kabila qui possède les principales ressources du pays et qui a la mainmise sur les réseaux stratégiques du pays, à certaines multinationales plus ou moins complices (anglaises, américaines, chinoises, suisses, etc.) et des banques (voir blog du 9.01.2018)

C’est dans ce contexte instable et violent que l’Eglise catholique a décidé de prendre résolument position contre Kabila et son équipe présidentielle, alors que jusqu’à présent, elle avait joué le rôle de médiatrice. Elle est la seule institution encore efficace qui apparaît comme un rempart face à la dérive autocratique du pouvoir, d’autant que l’opposition, depuis la mort récente de son leader historique Etienne Tshisekedi, est décapitée. Elle plaide pour le respect du droit et des personnes. Deux manifestations récentes de laïcs catholiques organisées pacifiquement à fin décembre et début janvier, ont été réprimées par la force, les gaz lacrymogènes jusque dans les églises, et même des tirs à balles réelles. L’Union Européenne, pourtant lasse de toujours réclamer des élections conformément à la Constitution, vient de les exiger haut et fort en menaçant de supprimer tout soutien. Elle est évidemment violemment critiquée par les hommes en place qui ressortent leurs litanies anticolonialistes.

C’est dire la tâche extrêmement difficile de Mme Leila Serrougui  pour sauver les plus vulnérables, les femmes, les enfants, et ses propres troupes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

République démocratique du Congo: le clan Kabila se croit éternel

 

Deux réfugiés congolais en Suisse pleurent de douleur et d’amertume… ils viennent d’apprendre qu’une nouvelle manifestation a fait 8 morts officiellement. Elle a eu lieu le dimanche 31 décembre à Kinshasa en particulier, à l’appel de catholiques laïques. Elle fait suite aux manifestations de septembre 2016 qui avaient fait au moins 50 morts dans le pays. Les manifestants demandaient déjà des élections et le départ de Kabila après deux mandats. L’Eglise catholique de RDC, majoritaire dans ce pays chrétien à 80 %, avait alors accepté une médiation entre le pouvoir et le peuple. Il avait été décidé en décembre 2016, d’un commun accord, qu’il y aurait des élections à fin décembre 2017, une année pour donner le temps au gouvernement de les préparer. Mais la Commission électorale a de nouveau  décidé de les reporter une nouvelle fois à décembre 2018…La démocratie manipulée.

Les laïques catholiques ont alors décidé d’organiser une marche d’opposition au président Kabila le dimanche 31 décembre pour exiger l’application intégrale de l’accord de sortie de crise d’il y a un an qui prévoyait le départ de Kabila avant la fin de 2017 et des élections présidentielles. Mais le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, l’a interdite avec des prétextes fallacieux. De nouveaux morts, une centaine de personnes arrêtées à Kinshasa dont deux prêtres, et 41 dans le reste du pays. Un policier a été tué. Les forces de sécurité congolaises ont chahuté des messes dans des églises à coup de gaz lacrymogènes. Mais quelques prêtres ont continué de dire la messe. Coupures internet, déploiement sécuritaire, barrages policiers, les autorités congolaises ont sorti l’artillerie lourde pour étouffer ces marches pacifiques des catholiques contre le chef de l’Etat, malgré l’appel des Nations Unies et de chancelleries au respect du droit de manifester. Même l’AFP a été menacée de mort par un officier congolais.

Le clan Kabila qui possède les principales ressources de ce pays, mines, terres, entreprises,  se croit éternel parce qu’il a la main mise sur les réseaux stratégiques du pays avec l’aide « d’hommes d’affaires », de certaines multinationales complices (anglaises, chinoises, américaines, françaises, suisses), de banques et d’états. C’est tout un empire économique, politique et familial que Kabila a construit depuis son accession au trône présidentiel en 2001. « On arme et on manipule des jeunes désoeuvrés qui ne peuvent plus travailler ni étudier. Pour 20 dollars, vous pouvez manipuler qui vous voulez, dénonce Mgr Muyango. Nous sommes dans un état d’insécurité permanente au sud Kivu : braquages de véhicules, pillages, assassinats. L’anarchie et l’absence d’état règnent qui favorisent la résurgence de bandes armées dans un pays mal gouverné. Ce climat social, politique et économique favorise la balkanisation ».

Global witness a découvert en juillet 2017 que 750 millions de recettes minières se sont évaporées du Trésor public entre 2013-2015. Et d’ajouter : « Si l’argent continue à être siphonné vers des réseaux parallèles liés au pouvoir en place, la crise politique au Congo ne fera que d’empirer ».  Mais le peuple patient depuis longtemps vient de le montrer, il ne supporte plus cet état de fait déstabilisant et dangereux pour l’évolution de la société civile. On peut se poser la même question que se posait déjà Cicéron à Rome un siècle avant notre ère ! « Jusqu’à quand abuseras-tu du pouvoir Catilina ? » Rien ne change !  La même chose vient de se passer au Zimbabwe avec Mugabe,   en Angola, à un degré moindre, avec Dos Santos, en Afrique du Sud avec Zuma qui dilapide les richesses de ce grand pays et veut mettre son ex-femme au pouvoir pour jouir d’une impunité. Au Nigéria, cela a mené à Boko Haram, etc.

A qui cette déstabilisation actuelle de l’Afrique profite-t-elle ? A cette question, nos deux réfugiés congolais répondent : « Aux élites qui nous ont sacrifiés. Et encore à l’Occident, et aux pays communistes Chine et Corée du Nord en tête »

 

 

La Russie perd le contact avec le premier satellite angolais, puis le retrouve deux jours plus tard…

 

Un satellite africain ! Il y a de quoi lever les yeux au ciel… Le 27 décembre 2017, la Roscosmos Space Agency (russe) publie une photo montrant le décollage d’une fusée Zenit-2sb transportant Angosat-1, premier satellite angolais de télécoms. La fusée est partie de Baïkonour au Kazakhstan le 26 décembre. Mais la Russie en a perdu le contact. De fabrication ukrainienne, « ce satellite reposait dans un entrepôt depuis plus de trois ans dans l’attente de son lancement sans cesse repoussé, ce qui a pu entraîner sa dégradation », a expliqué à l’AFP l’expert Vitali Egorov. Evidemment, cela fait craindre un nouveau revers un mois après la perte embarrassante d’un autre appareil. Cet échec, s’il est avéré, serait d’autant plus dommageable pour la réputation de la Russie car elle vise les « marchés émergents » en proposant un accès « bon marché » à l’espace.

L’Angola et la Russie avaient décidé en 2009 déjà de lancer Angosat-1 dont la mission d’une durée de 15 ans, avait pour but d’améliorer les communications par satellite, l’accès à internet et les services de radio-télévision en Afrique. Pour cela, environ 50 ingénieurs angolais ont été formés au Brésil (à cause de la langue portugaise), mais aussi en Chine et au Japon. La Russie devrait superviser le tout à partir d’un centre de contrôle construit près de Luanda… Tout cela pour un coût estimé à 280 millions d’euros. Si ce but est certes très important, on peut se demander à qui il profite réellement ? Des 21 millions d’habitants de l’Angola, la moitié vit avec moins de 2 dollars par jour. Ce sont avant tout les Russes, les Chinois, les Américains ou autres entreprises étrangères qui font de bonnes affaires. Ils mettent la charrue avant les bœufs, car le plus important pour les Angolais, c’est une réforme de l’agriculture pour manger à leur faim, l’électrification de tout le pays, l’éducation pour tous et la formation professionnelle pour les 40% de jeunes sans travail. L’Angola produit beaucoup de pétrole, des diamants et construit des infrastructures. Mais actuellement, ses revenus ont considérablement diminué à cause de la baisse du prix du brut. De plus, comme dans d’autres pays d’Afrique, la corruption gangrène tout le système. Le président sortant Dos Santos, encore président du MPLA au pouvoir, est accusé d’avoir pillé les revenus de l’Etat. C’est ce qui est arrivé au Zimbabwe avec Mugabe, en RDC avec Kabila et pourrait arriver avec Zuma en Afrique du Sud…  – Deux jours plus tard, le 29 décembre, la Russie annonçait avoir retrouvé le contact…