Les grandes entreprises mondiales du pétrole au Vatican…

 

Avec les attaques contre les pétroliers au large du détroit d’Ormuz, nous devenons de plus en plus conscients de la fragilité de notre économie reposant sur le pétrole. Et voilà que le gentil Nounours Pompeo veut nous faire avaler un serpent dangereux : c’est l’Iran qui en est responsable ! C’est justement le moment choisi par le pape François pour s’adresser aux géants mondiaux du pétrole pour les exhorter à agir d’urgence sur le réchauffement climatique. Il utilise le même vocabulaire que le scientifique allemand Carl Friedrich von Weizsäcker il y a plus de 30 ans pour conjurer le danger de l’escalade nucléaire : le temps presse, et qui nous avait été bénéfique au delà de tout espoir.

Oui, le temps presse, a insisté le pape François, en conclusion d’une session de dialogue à l’Université pontificale devant les entreprises mondiales de l’énergie. « Pendant trop longtemps nous avons collectivement ignoré les fruits des analystes scientifiques, mais désormais les prévisions catastrophiques ne peuvent plus être regardées avec ironie et mépris. Ne rien faire serait une grave injustice vis-à-vis des pauvres et des générations futures… Il y a de l’espérance et  il reste du temps pour éviter les pires impacts du changement climatique, à condition qu’il y ait une action prompte et résolue. »

Les responsables des géants du pétrole se sont ainsi retrouvés au Vatican ces derniers jours et se sont prononcés sur la nécessité de fixer un prix du carbone pour permettre de réduire les émissions et sur une plus grande transparence concernant leur action et ses conséquences sur le climat. « Les entreprises devraient clairement indiquer aux investisseurs comment ils envisagent et investissent dans la transition énergétique. Cela inclut la publication d’éléments fournissant des informations matérielles et significatives conformes à leurs obligations de déclaration dans leurs juridictions respectives, reconnaissent ces entreprises. »

Parmi les signataires de cette déclaration inédite et qui participaient à cette rencontre au Vatican, figurent, entre autres, les PDGs de Shell, BP, Chevron, ExxonMobil, Eni, et Total.  C’est vrai qu’on peut se réjouir prudemment de cette avancée, mais il y aura toujours ceux qui pensent comme l’UDC dans son tout ménage du 14 juin, que le changement climatique est une idéologie. Un langage méprisant qui rappelle une dictature.

 

 

Le nord du Mozambique mis à feu et à sang par des djihadistes

 

A peine remis du passage dévastateur de l’ouragan Kenneth en avril dernier, le nord du Mozambique, constitué essentiellement de Musulmans, et riche en gaz,  doit faire face à des djihadistes radicaux qui veulent instaurer la loi islamique. Depuis plus d’un an et demi, plus de 200 personnes ont été tuées, surtout à la machette, ou brûlées vives dans leurs cases incendiées dans des villages ou des embuscades. Jusqu’à présent, l’identité de ce groupe est restée mystérieuse.

Mais pour la première fois, à fin mai, le groupe EI (Etat Islamique) explique opérer au Mozambique : « Les soldats du califat ont pu repousser une attaque de l’armée mozambicaine des croisés dans le village de Metudi (nord). Ils les ont affrontés avec une variété d’armes tuant et blessant un certain nombre d’entre eux… Les moujahidines ont saisi des armes, des munitions, des roquettes comme butin. » La police mozambicaine a démenti ces affirmations : « Les forces de sécurité sont présentes sur tout le territoire. L’armée et la police ont nettement renforcé leur présence dans la province de Cabo Delgado (nord), région où opèrent les islamistes, pour les mettre hors d’état de nuire. Sans succès. Pour le seul mois de mai ce mystérieux groupe que la population locale appelle  « Al Shabab (les jeunes) a tué au moins 40 personnes, blessés des dizaines d’autres, et incendiés des centaines de maisons (AFP).

Les informations dans le nord du Mozambique sont très difficiles à obtenir à cause de la répression contre les journalistes par les autorités mozambicaines. Mais des experts ont dénoncé une propagande : « Il est normal d’entendre de telles revendications, a estimé Fernando Jorge Cardoso (Institut universitaire de Lisbonne), c’est bon pour l’EI de dire qu’ils s’étendent, et c’est bon pour le groupe au nord du Mozambique qui se sent faire partie d’un groupe plus important. C’est de la propagande. » Un autre expert qui ne souhaite pas dire son nom, explique : «  L’EI n’est pas au Mozambique mais il a peut-être des liens au Mozambique. Dans son communiqué, il fait une grave erreur géographique. Le village de Matudi où auraient eu lieu les affrontements se situe dans la région de Mocimboa. Or Matudi est dans le district de Quissanga à une centaine de kilomètre de Mocimboa.  En plus la date du communiqué n’est pas anodine, elle coïncide avec l’Aïd qui marque la fin du ramadan. »

« C’est vrai que depuis la disparition de son califat autoproclamé en Syrie et en Irak, l’EI essaye de montrer qu’il a des liens ailleurs et tente de compenser son absence sur internet. Ils ont toujours un site internet  et veulent montrer qu’ils sont toujours là. »,  expliquent encore les deux experts.

Il est aussi préoccupant de constater que les djihadistes essayent de s’infiltrer au Burkina Faso, et dans d’autres pays de l’ouest africain où ils sont combattus au Mali par l’armée française aidée par des coups de mains américains.  Au Mozambique ils ont l’appui des shababs de Somalie. Inquiétantes déstabilisations…

 

En Ouganda, les évêques interdisent le plastique !

 

Le 3 juin, les sacs en plastique seront interdits au sanctuaire de Namugongo, une décision qui sera aussi étendue aux autres institutions et sanctuaires catholiques du pays ! Le président de la Conférence catholique épiscopale d’Ouganda, Mgr Anthony Zziwa l’a annoncé le 10 mai dernier à Kampala. Le gouvernement, qui avait déjà essayé plusieurs fois sans succès d’interdire le plastique, en fera de même. En fait, ils suivent l’exemple de la Tanzanie voisine qui a publié un communiqué à l’intention des voyageurs stipulant une interdiction totale de sacs plastique à partir du 1er juin.

Mgr Zziwa s’est inspiré de l’encyclique Laudato Si du pape François qui insiste sur les devoirs de l’humanité envers l’environnement. En outre il est au courant des recherches de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)  ayant démontré le lien entre la pollution, surtout liée au plastique, et les maladies telles que le diabète, l’asthme et certains cancers. « En tant que membres de l’Eglise catholique, nous reconnaissons l’obligation de prendre soin de l’ensemble de la Création et nous admettons l’existence d’un lien entre la promotion de la dignité humaine et le droit à un environnement propre, un air propre et une eau propre, non contaminée par la pollution ». En outre, il a expliqué que les sacs en plastique mettent 400 ans à se décomposer…  Ils risquent de détruire les cultures et de porter atteinte à l’agriculture, colonne vertébrale de l’économie de l’Ouganda. Il y aurait 5000 milliards de sacs par an utilisés dans un monde qui est malade de sa consommation de plastique.

Le sanctuaire de Namugongo, à 15 km de Kampala, est un lieu saint où affluent des milliers de pèlerins chaque année, là où le roi Mwanga avait fait exécuter 22 catholiques en 1886. Que deux pays africains donnent ainsi l’exemple concernant le plastique, est réjouissant.

Maroc: un Islam du “juste milieu” et l’Appel d’Al Quods

 

 

En tant que Commandeur des croyants, le roi Mohammed VI se veut le défenseur d’un « islam du juste milieu ». Le royaume marocain montre des signes d’ouverture aux autres religions, même si ses minorités restent discriminées. Selon l’agence de presse officielle (MAP), le souverain a réitéré sa détermination à œuvrer avec le pape François pour « la consécration des valeurs religieuses et spirituelles nobles partagées par l’humanité, des valeurs qui prônent la paix, la tolérance et la coexistence et qui rejettent toutes les formes d’ignorance, de haine et d’extrémisme ». Et ce ne sont pas que des mots.

En effet, François, lui aussi fervent partisan du dialogue interreligieux, a pu s’en rendre compte lors de sa visite les 30 et 31 mars dernier au Maroc où il a été accueilli par Mohammed VI à sa descente d’avion qui lui a fait visiter son Institut de formation d’imams. Le Maroc a choisi de reprendre en main le champ religieux à travers un programme de formation de cadres du culte religieux. Un islam tolérant, ouvert au dialogue et à la coexistence avec les autres religions. Ce centre a aussi un aspect diplomatique et se positionne dans le monde musulman et en Afrique subsaharienne comme un rempart contre l’extrémisme et la violence. Il s’agit de faire en sorte que les imams étrangers qui y participent, deviennent les ambassadeurs du modèle religieux marocain. Environ 1300 hommes et femmes suivent le cursus de 2-3 ans qui permet de devenir officiellement imams. Ils étudient le Coran, la jurisprudence islamique et ont des cours sur le christianisme et le judaïsme pour une vue globale sur les religions afin de pouvoir cohabiter avec d’autres communautés. La France a passé un accord avec le Maroc pour la formation de ses imams. Ainsi pourra être contré à long terme l’influence néfaste du Quatar (salafisme) non seulement en Afrique, mais aussi en France, en Suisse, en Belgique et ailleurs (voir « Qatar papers » de G. Malbrunot et C. Chesnot). Après avoir entendu les témoignages de plusieurs étudiants, le dialogue s’est transformé en musique avec l’orchestre philarmonique du Maroc : l’Ave Maria de Caccini, le chant juif du Chema Israël et celui de l’appel à la prière musulmane. Un moment de grâce et de beauté qui a émerveillé le pape.

En plus, Mohammed VI et François ont lancé « l’Appel d’Al-Quods (Jérusalem) » qui a été transmis à l’ONU. Il demande de maintenir Jérusalem comme « lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique entre juifs, chrétiens et musulmans ». Il plaide aussi pour la garantie de la pleine liberté d’accès à Jérusalem par les fidèles des trois religions et le droit de chacun d’y exercer son propre culte. C’est la réponse à la décision américaine en 2017, très contestée, de reconnaître Jérusalem comme seule capitale de l’Etat israélien.

Le discours du pape François était très attendu par le peuple marocain, 37 millions d’habitants dont quelque 30 000 chrétiens (catholiques, protestants et évangéliques) représentés par des Français et d’autres Européens, et en majorité, par des migrants africains. Il a plaidé pour la liberté de conscience et la liberté religieuse qui ne se limite pas seulement à la seule liberté du culte, mais qui doivent permettre à chacun de vivre selon sa propre conviction religieuse. « La tentation de croire en la vengeance comme un moyen légitime d’assurer la justice de manière rapide et efficace, nous menace toujours, mais l’expérience nous dit que la seule chose qu’apportent la haine, la division et la vengeance, c’est de tuer l’âme de nos peuples, d’empoisonner l’espérance de nos enfants, de détruire et d’emporter avec elles tout ce que nous aimons. Pas de prosélytisme, a-t-il encore ajouté »

A Abu Dhabi en janvier, le pape François et le grand imam de la mosquée Al Azhar, Ahmed Al Tayeb, avaient aussi signé un texte commun, sincère et sérieux, à l’issue d’une conférence qui avait réuni 700 représentants de toutes les religions, un texte qui peut être lu et médité par tous, marqué par le désir de réunir chrétiens et musulmans, les autres croyants, et finalement les hommes de bonne volonté. Un texte qui puise dans la tradition chrétienne, la tradition musulmane, et aussi dans les valeurs universelles et qui n’est pas sans provoquer des résistances. Mais il veut contrer les discours de haine et lutte contre les discriminations de sexe et d’ethnie comme religion. Le pape François, déclaré naïf par certains, n’ignore pas les grandes divisions politiques et religieuses du monde musulman, mais il mise sur la confiance et le dialogue. Le risque est bien plus grand pour le grand imam Al Thayeb (Egypte), le roi Mohammed VI et le roi Abdallah II de Jordanie, d’être assassinés par des fondamentalistes religieux comme l’avait été Yitzak Rabin en Israël (1995). Ils méritent notre soutien.

 

 

 

 

Afrique: Di Maio et la colonisation italienne

 

Le trublion Di Maio, vice-président du Conseil italien, semble ne pas connaître l’histoire coloniale de son pays, puisqu’il critique la colonisation française, sa monnaie CFA qui a permis aux anciennes colonies de s’intégrer dans le commerce mondial, et l’accuse tout simplement d’être responsable de la mort des migrants noyés dans la Méditerranée pour avoir pillé les ressources du continent africain !

Au XIXe et XXe siècle, l’Italie a colonisé l’Erythrée, la Somalie, la Libye, et plus tard l’Ethiopie sous Mussolini (1935-41). L’écrivaine Igiabo Scego, citée par Le Monde Afrique du 10 février, ne mâche pas ses mots. Fille de migrants Est africains, à la fois romaine et somalienne, elle dévoile comment  les territoires conquis ont été brutalisés, malmenés, violentés, les femmes souvent réduites en domestiques et esclaves sexuelles et  les hommes pendus. Des actes de barbarie, des atrocités sans noms, sont restés impunis que la société italienne de l’époque  a préféré oublier, malgré les noms des édifices, des places, des rues donnés attestant la présence italienne et culturelle : avenue de Libye, rue Asmara, quartier africain.  Le pire a été la guerre menée par Mussolini pour conquérir l’Ethiopie du célèbre Negus à partir de 1935. Deux pays pourtant membres de la Société des Nations (SDN) et ayant signé la Convention de Genève. Mussolini a fait bombarder les soldats éthiopiens pieds nus avec des gaz toxiques interdits et des hôpitaux de campagne nouvellement installés dans ce pays dénué de tout.  Un épisode bouleversant raconté dans le livre du délégué du CICR Marcel Junod : Le troisième combattant  qui a inspiré de nombreux nouveaux délégués pour le CICR.

La colonisation italienne, comme les autres colonisations, a laissé de profondes marques dans les peuples, notamment en Somalie, par les écoles et la langue italienne. L’auteur de ces lignes a rencontré un jour dans le train Genève-Zurich un migrant poussant le chariot des boissons qui parlait parfaitement l’italien !  Parmi les migrants actuels, beaucoup viennent d’Erythrée, d’Ethiopie et de Somalie, n’en déplaise au vice-président du Conseil Di Maio. Ils fuient les dictatures, les guerres tribales, les Shabab. Les 400 qui se sont noyés près de l’île de Lampedusa en octobre 2013  venaient d’Erythrée. Ils croyaient qu’ils seraient accueillis !  Le pape François italien d’origine y est accouru pour jeter des fleurs dans la mer en criant : vergonia, vergonia ! Quelle honte ! Quelle honte ! Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur, a lui refusé le débarquement d’autres Erythréens en août 2018. Aucun journal italien n’a mentionné les liens historiques de l’Italie avec ces migrants… Au contraire de la France qui ne nie pas son passé colonial, le président Macron a même parlé de crimes contre l’humanité pour l’Algérie….

Il y a des ressemblances entre la colonisation portugaise en Angola où le dictateur Salazar avait envoyé ses troupes auteurs aussi à toutes sortes d’atrocités que les rescapés ayant fui en Namibie dans les années 70 racontaient dans les camps. Après l’indépendance en 1975, trois mouvements de libération vont encore s’entretuer pendant plusieurs années, soutenus par les Russes et les Allemands de l’Est d’une part (MPLA), et les Sud-Africains aidant Jonas Savimbi… Toute une génération de jeunes furent ainsi sacrifiés comme ceux des anciennes colonies italiennes. Maintenant ce sont en partie les Chinois qui en récoltent partout les fruits.

Afrique: quand les Eglises s’en mêlent…

Dans beaucoup de pays africains, les Eglises sont les seules institutions solides et bien structurées. Presque partout, elles jouent le rôle de médiatrice. Des évêques, en partenariat avec d’autres Eglises ou communautés religieuses, ont élevé la voix pour dénoncer les abus d’hommes politiques ou alerter sur des faits politiques qui peuvent devenir dangereux pour les populations. A lire ce qui suit, il semble que les hommes au pouvoir dans les pays africains ont été catéchisés par l’influence chinoise pour démolir la démocratie et les droits de l’homme et se mettre au pas. De plus l’influence des gilets jaunes en France dont certains veulent tout simplement casser le système, n’est pas négligeable non plus.

On l’a vu ces derniers jours avec l’Eglise catholique, aidée par d’autres Eglises, en République Démocratique du Congo (RDC). Avec ses 40 000 témoins dans tout le pays, elle a pu rapidement savoir qui avait gagné les élections sans prononcer son nom. Quand la Commission électorale indépendante (Ceni) a prononcé le nom de Félix Tshisekedi, elle a pu révéler celui de Martin Fayulu. Communications internet et téléphoniques bloquées, intimidations, répressions, report de 3 millions de voix de Fayulu en faveur de Félix Tshisekedi et du dauphin de Kabila Emmanuel Ramazani Shadary… Ils ont été bien conseillés par certains acteurs étrangers… Malgré l’intervention de l’Union Africaine et de l’ONU qui sont intervenus pour faire connaître la « vraie » vérité, la Cour constitutionnelle a proclamé Tshisekedi président, qui est devenu un exécutant du clan Kabila.

La victoire du peuple a été volée. Il se révoltera peut-être à sa manière. Boko Haram les aidera…  La RDC est un exemple typique des mentalités actuelles en Afrique sub-saharienne. Les dictateurs et leurs cours, armés par des états étrangers, font la loi et font croire à une croissance économique sans problèmes. – Au Togo, en août 2017, un mouvement de protestation contre le pouvoir du président Faure Gnassigbé (40 ans au pouvoir avec le père), s’est organisé. Les évêques togolais sont sortis de leur silence en janvier 2019, revendiquant leur « mission prophétique » : « Les événements que nous vivons dans notre pays au plan politique et social ne sauraient nous laisser indifférents. Les violences contre les blessés, les personnes détenues et les morts au cours du dialogue entre les acteurs politique, sont inacceptables… »

Au Cameroun, en décembre 2017, même scénario, le président de la Conférence épiscopale, Mgr Samuel Kleda, s’est prononcé contre une éventuelle candidature de Paul Biya au pouvoir depuis 35 ans : « il y a un temps pour tout », a-t-il dit, l’enjoignant de réfléchir à une transition pacifique. Peine perdue, Paul Biya a gagné avec 71,28 % des suffrages. « D’où viennent tous ces pourcentages », se sont demandé les Eglises ?

Au Sénégal, ancienne vitrine d’une démocratie assumée par les exemples des présidents Léopold Senghor et Abdou Diouf, le président Macky Sall n’en fait qu’à sa tête. Mgr Ndiaye, archevêque de Dakar, lors d’une déclaration de la presse en 2018 : « C’est Dieu qui donne le pouvoir et le pouvoir est un service ». – Au Tchad, en partenariat avec les autres communautés religieuses, l’archevêque de Njamena Edmond Djitangar a dénoncé la mauvaise gestion du pays et critique l’application des mesures que le gouvernement avait proposées suite à des grèves : « Manifestement, ces mesures n’ont pas donné de résultats escomptés. D’autres mesures se sont ajoutées, prises unilatéralement par le gouvernement alors que les conditions de vie de la population n’ont cessé de se dégrader. »

Au Kenya, c’est la Conférence épiscopale qui est en première ligne pour appeler le pouvoir et l’opposition à des « comportements responsables » Le Kenya a traversé une longue crise politique entre 2017 et 2018 avec un scrutin controversé au terme duquel Raila Odinga s’était autoproclamé président en janvier 2018. Mais sous pression des Eglises, il s’est réconcilié avec le président Uhuru Kenyatta.

Au Soudan du Sud, les Eglises ne cessent de dénoncer les affrontements loyalistes et la rébellion. La Conférence des évêques sud-soudanais avait publié une lettre pastorale dénonçant les crimes dans le plus jeune Etat indépendant d’Afrique. Elle avait rencontré le président, les deux vice-présidents, les ministres, les parlementaires, les responsables de l’opposition, les militaires et autres hommes politiques. Pourtant, le Soudan du Sud continue d’être en proie à une guerre civile depuis 5 ans. Les combats opposent les forces du président Salva Kiir et son ancien vice-président Rick Machar, ayant des bases ethniques. – Enfin en Tanzanie, les Evêques ont dénoncé les abus de pouvoir du président John Magufuli, qui a interdit les réunions des partis politiques jusqu’aux prochaines élections. Ils ont condamné les violations de la Constitution, notant que : « Les médias sont suspendus temporairement, restreignant ainsi le droit pour les citoyens d’être informés, la liberté d’opinion et le droit d’expression. » Au Burkina Faso où règne l’état d’urgence, Boko Haram sévit au nord,et les Eglises viennent en aide aux habitants effrayés. Au Burundi, le président, Pierre Nkurunziza, règne comme le roi Louis XIV d’après une participante à un séminaire à Caux…

Durcissement des expulsions en Algérie

 

Depuis plus d’un an, les expulsions d’étrangers se sont aggravées en Algérie.  Rien d’étonnant quand on considère ce qui se passe également à Malte, en Italie avec le nouveau gouvernement, et dans d’autres pays européens et aux Etats-Unis. Mais la méthode est consternante. Des bus et des camions amènent des groupes d’étrangers vers les frontières de l’extrême sud du pays (La Croix 11.01.2019). Le sort de 117 demandeurs d’asile déposés comme des paquets dans le désert à une quinzaine de km. de la frontière avec le Niger, a choqué beaucoup de monde. Un cri d’alarme a été lancé le 31 décembre dernier par la Ligue Algérienne des Droits de l‘Homme (LADDH) : les autorités algériennes ont abandonné un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants près de la frontière nigérienne,  qui a pu être identifié : 47 Syriens, 17 Yéménites, et 53 Palestiniens. Tous avaient été détenus dans un centre de rétention à Tamanrasset, condamnés à 3 mois de prison avec sursis pour entrée illégale sur le territoire algérien ! Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) s’en est aussi mêlé, exigeant une aide humanitaire aux personnes bloquées. Certains Syriens avaient même été enregistrés par le HCR à Alger, au Liban et en Jordanie.

Mais rien de s’est passé. La Ligue des Droits de l’Homme a été stupéfaite de lire en plus un faux communiqué affirmant que l’opération s’était bien passée dans le respect des droits humains… ! Martin Wyss, le chef de l’Organisation Internationale des Migrations basée au Niger (OIM), est lui satisfait de la bonne coopération du Niger pour enrayer les migrations du Sud vers le Nord. Mais il ne prend pas en considération celles du Nord vers le Sud qui représentent actuellement un défi humanitaire et logistique considérable, ceci d’autant plus qu’on assiste à un durcissement de la politique algérienne. Le fait que le pays s’en prenne indistinctement à des personnes vulnérables ou pas, a créé un choc. Un haut fonctionnaire au ministère algérien de l’intérieur a justifié cette manière de faire en disant que ces personnes sont des djihadistes liés aux groupes armés au Soudan et au Mali et bénéficient de faux passeports ! Alors pourquoi ne sont-ils pas arrêtés et jugés ? Certains ont rebroussé  chemin sur Alger, ne voulant pas aller au Niger dont ils ne connaissent pas la langue. D’autres  requérants d’asile ont été vus au Maroc à 2600 km. d’Assamakka à la frontière du Niger.  Les 90 restants n’ont donné aucun signe de vie… Le HCR a même dû démentir des informations selon lesquelles il aurait donné son aval aux refoulements.

Des mensonges pour se justifier. C’est pourtant ce qu’on entend dans un pays où l’hospitalité était sacrée. Mais les pays européens ne sont guère différents. Quand on pense au million de réfugiés au Liban qu’on laisse patauger sous la neige et l’eau dans leurs camps, on ne peut qu’avoir honte… Au même moment un joueur de tennis britannique se met à pleurer devant la TV parce que, handicapé de la hanche, il ne peut plus participer aux compétitions. Et la grande perdante du concours de descente dames à Adelboden, a 2 secondes de retard sur la première !  Nous ne sommes pas sur la même terre apparemment…

Au secours, l’humanité des gens  est en voie de disparition, comme les espèces animales ou les plantes….

 

 

Discours à Oslo du Dr Mukwege, prix Nobel de la Paix

Accordez trois minutes de lecture au discours courageux du Dr Mukwege…

 

Dans la nuit tragique du 6 octobre 1996, des rebelles ont attaqué notre hôpital à Lemera, en République Démocratique du Congo (RDC). Plus de trente personnes tuées. Les patients abattus dans leur lit à bout portant. Le personnel ne pouvant pas fuir tué de sang-froid.

Je ne pouvais pas m’imaginer que ce n’était que le début.

Obligés de quitter Lemera, en 1999 nous avons créé l’hôpital de Panzi à Bukavu où je travaille encore aujourd’hui comme gynécologue-obstétricien.

La première patiente admise était une victime de viol ayant reçu un coup de feu dans ses organes génitaux.

La violence macabre ne connaissait aucune limite. Cette violence malheureusement ne s’est jamais arrêtée.

Un jour comme les autres, l’hôpital a reçu un appel. Au bout du fil, un collègue en larmes implorait : « S’il vous plaît, envoyez-nous rapidement une ambulance. S’il vous plait, dépêchez-vous. » Ainsi, nous avons envoyé une ambulance comme nous le faisons habituellement.

Deux heures plus tard, l’ambulance est revenue. A l’intérieur une petite fille de tout juste dix-huit mois. Elle saignait abondamment et a été immédiatement emmenée en salle d’opération.

Quand je suis arrivé, les infirmières étaient toutes en larmes. La vessie du nourrisson, son appareil génital, son rectum étaient gravement endommagés. Par la pénétration d’un adulte.

Nous prions en silence : mon Dieu, dites-nous que ce que nous voyons n’est pas vrai.

Dites-nous que c’est un mauvais rêve.

Dites-nous qu’au réveil tout ira bien.

Mais, ce n’était pas un mauvais rêve.

C’était la réalité.

C’est devenu notre nouvelle réalité en RDC.

Quand un autre bébé est arrivé, j’ai réalisé que ce problème ne pouvait pas trouver une solution au bloc opératoire, mais qu’il fallait se battre contre les causes profondes de ces atrocités.

Je me suis rendu au village de Kavumu pour parler avec les hommes : pourquoi vous ne protégez pas vos bébés, vos filles et vos femmes ? Où sont les autorités ?

À ma grande surprise, les villageois connaissaient le suspect. Tout le monde avait peur de lui, car il était membre du Parlement provincial et jouissait d’un pouvoir absolu sur la population.

Depuis plusieurs mois sa milice terrorisait le village entier. Elle avait instillé la peur en tuant un défenseur des droits humains qui avait eu le courage de dénoncer les faits. Le député s’en est tiré sans conséquences. Son immunité parlementaire lui permettait d’abuser en toute impunité.

Ces deux bébés ont été suivis de dizaines d’autres enfants violés.

Lorsque la quarante-huitième victime est arrivée, nous étions désespérés.

Avec d’autres défenseurs des droits humains, nous avons saisi un tribunal militaire. Finalement, ces viols ont été poursuivis et jugés comme crimes contre l’humanité. Les viols des bébés à Kavumu ont cessé.

Les appels à l’hôpital de Panzi aussi. Mais l’avenir psychologique, sexuel et génésique de ces bébés est hypothéqué.

Ce qui s’est passé à Kavumu et qui continue aujourd’hui dans de nombreux autres endroits au Congo, tels que les viols et les massacres à Béni et au Kasaï, a été rendu possible par l’absence d’un État de droit, l’effondrement des valeurs traditionnelles et le règne de l’impunité, en particulier pour les personnes au pouvoir.

Le viol, les massacres, la torture, l’insécurité diffuse et le manque flagrant d’éducation, créent une spirale de violence sans précédent.

Le bilan humain de ce chaos pervers et organisé a été des centaines de milliers de femmes violées, plus de 4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et la perte de 6 millions de vies humaines. Imaginez, l’équivalent de toute la population du Danemark décimée.

Les gardiens de la paix et les experts des Nations Unies n’ont pas été épargnés. Plusieurs ont trouvé la mort dans l’accomplissement de leur mandat. La Mission des Nations Unies en RDC reste présente jusqu’à ce jour afin que la situation ne dégénère pas davantage. Nous leur en sommes reconnaissants.

Cependant, malgré leurs efforts, cette tragédie humaine se poursuit sans que tous les responsables ne soient poursuivis. Seule la lutte contre l’impunité peut briser la spirale des violences.

Nous avons tous le pouvoir de changer le cours de l’Histoire lorsque les convictions pour lesquelles nous nous battons sont justes.

Vos Majestés, Vos Altesses Royales, Excellences, Distingués membres du Comité Nobel, Chère Madame Nadia Murad, Mesdames et Messieurs, Amis de la paix,

C’est au nom du peuple congolais que j’accepte le prix Nobel de la Paix. C’est à toutes les victimes de violences sexuelles à travers le monde que je dédie ce prix.

C’est avec humilité que je me présente à vous portant haut la voix des victimes des violences sexuelles dans les conflits armés et les espoirs de mes compatriotes.

Je saisis cette occasion pour remercier tous ceux qui pendant ces années ont soutenu notre combat. Je pense, en particulier, aux organisations et institutions des pays amis, à mes collègues, à ma famille et à ma chère épouse, Madeleine.

Je m’appelle Denis Mukwege. Je viens d’un des pays les plus riches de la planète. Pourtant, le peuple de mon pays est parmi les plus pauvres du monde.

La réalité troublante est que l’abondance de nos ressources naturelles – or, coltan, cobalt et autres minerais stratégiques – alimente la guerre, source de la violence extrême et de la pauvreté abjecte au Congo.

Nous aimons les belles voitures, les bijoux et les gadgets. J’ai moi-même un smartphone. Ces objets contiennent des minerais qu’on trouve chez nous. Souvent extraits dans des conditions inhumaines par de jeunes enfants, victimes d’intimidation et de violences sexuelles.

En conduisant votre voiture électrique, en utilisant votre smartphone ou en admirant vos bijoux, réfléchissez un instant au coût humain de la fabrication de ces objets.

En tant que consommateurs, le moins que l’on puisse faire est d’insister pour que ces produits soient fabriqués dans le respect de la dignité humaine.

Fermer les yeux devant ce drame, c’est être complice.

Ce ne sont pas seulement les auteurs de violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard.

Mon pays est systématiquement pillé avec la complicité des gens qui prétendent être nos dirigeants. Pillé pour leur pouvoir, leur richesse et leur gloire. Pillé aux dépens de millions d’hommes, de femmes et d’enfants innocents abandonnés dans une misère extrême… tandis que les bénéfices de nos minerais finissent sur les comptes opaques d’une oligarchie prédatrice.

Cela fait vingt ans, jour après jour, qu’à l’hôpital de Panzi, je vois les conséquences déchirantes de la mauvaise gouvernance du pays.

Bébés, filles, jeunes femmes, mères, grands-mères, et aussi les hommes et les garçons, violés de façon cruelle, souvent en public et en collectif, en insérant du plastique brûlant ou en introduisant des objets contondants dans leurs parties génitales.

Je vous épargne les détails.

Le peuple congolais est humilié, maltraité et massacré depuis plus de deux décennies au vu et au su de la communauté internationale.

Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, plus personne ne peut dire : je ne savais pas.

Avec ce prix Nobel de la Paix, j’appelle le monde à être témoin et je vous exhorte à vous joindre à nous pour mettre fin à cette souffrance qui fait honte à notre humanité commune.

Les habitants de mon pays ont désespérément besoin de la paix.

Mais :

Comment construire la paix sur des fosses communes ?

Comment construire la paix sans vérité ni réconciliation ?

Comment construire la paix sans justice ni réparation ?

Au moment même où je vous parle, un rapport est en train de moisir dans le tiroir d’un bureau à New York. Il a été rédigé à l’issue d’une enquête professionnelle et rigoureuse sur les crimes de guerre et les violations des droits humains perpétrés au Congo. Cette enquête nomme explicitement des victimes, des lieux, des dates mais élude les auteurs.

Ce Rapport du Projet Mapping établi par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits Humains, décrit pas moins de 617 crimes de guerre et crimes contre l’humanité et peut-être même des crimes de génocide.

Qu’attend le monde pour qu’il soit pris en compte ? Il n’y a pas de paix durable sans justice. Or, la justice ne se négocie pas.

Ayons le courage de jeter un regard critique et impartial sur les événements qui sévissent depuis trop longtemps dans la région des Grands Lacs.

Ayons le courage de révéler les noms des auteurs des crimes contre l’humanité pour éviter qu’ils continuent d’endeuiller cette région. Ayons le courage de reconnaître nos erreurs du passé.

Ayons le courage de dire la vérité et d’effectuer le travail de mémoire.

Chers compatriotes congolais, ayons le courage de prendre notre destin en main. Construisons la paix, construisons l’avenir de notre pays, ensemble construisons un meilleur avenir pour l’Afrique. Personne ne le fera à notre place.

Mesdames et Messieurs, Amis de la paix,

Le tableau que je vous ai brossé offre une réalité sinistre. Mais permettez-moi de vous raconter l’histoire de Sarah.

Sarah nous a été référée à l’hôpital dans un état critique. Son village avait été attaqué par un groupe armé qui avait massacré toute sa famille, la laissant seule.

Prise en otage, elle a été emmenée dans la forêt. Attachée à un arbre. Nue. Tous les jours, Sarah subissait des viols collectifs jusqu’à ce qu’elle perde connaissance.

Le but de ces viols utilisés comme armes de guerre étant de détruire Sarah, sa famille et sa communauté. Bref détruire le tissu social.

À son arrivée à l’hôpital, Sarah ne pouvait ni marcher ni même tenir debout. Elle ne pouvait pas retenir ni ses urines ni ses selles.

A cause de la gravité de ses blessures génito-urinaires et digestives couplées à une infection surajoutée, personne ne pouvait imaginer qu’elle serait un jour en mesure de se remettre sur ses pieds.

Pourtant, chaque jour qui passait, le désir de continuer à vivre brillait dans les yeux de Sarah. Chaque jour qui passait, c’était elle qui encourageait le personnel soignant à ne pas perdre espoir. Chaque jour qui passait, Sarah se battait pour sa survie.

Aujourd’hui, Sarah est une belle femme, souriante, forte et charmante.

Sarah s’est engagée à aider les personnes ayant survécu à une histoire semblable à la sienne.

Sarah a reçu cinquante dollars américains, une allocation que notre maison de transit Dorcas accorde aux femmes souhaitant reconstruire leur vie sur le plan socioéconomique.

Aujourd’hui, Sarah dirige sa petite entreprise. Elle a acheté un terrain. La Fondation Panzi l‘a aidée avec des tôles pour faire un toit. Elle a pu construire une maison. Elle est autonome et fière.

Son histoire montre que même si une situation est difficile et semble désespérée, avec la détermination, il y a toujours de l’espoir au bout du tunnel.

Si une femme comme Sarah n’abandonne pas, qui sommes-nous pour le faire ?

Ceci est l’histoire de Sarah. Sarah est Congolaise. Mais il y a des Sarah en République Centrafricaine, en Colombie, en Bosnie, au Myanmar, en Iraq et dans bien d’autres pays en conflit dans le monde.

A Panzi, notre programme de soins holistiques, qui comprend un soutien médical, psychologique, socioéconomique et juridique, montre que, même si la route vers la guérison est longue et difficile, les victimes ont le potentiel de transformer leur souffrance en pouvoir.

Elles peuvent devenir des actrices de changement positif dans la société. C’est le cas déjà à la Cité de la Joie, notre centre de réhabilitation à Bukavu où les femmes sont aidées pour reprendre leur destin en main.

Cependant, elles ne peuvent pas y arriver seules et notre rôle est de les écouter, comme nous écoutons aujourd’hui Madame Nadia Murad.

Chère Nadia, votre courage, votre audace, votre capacité à nous donner espoir, sont une source d’inspiration pour le monde entier et pour moi personnellement.

Le prix Nobel de la Paix qui nous est décerné aujourd’hui n’aura de valeur réelle que s’il peut changer concrètement la vie des victimes de violences sexuelles de par le monde et contribuer à ramener la paix dans nos pays.

Alors, que pouvons-nous faire ?

Que pouvez-vous faire ?

Premièrement, c’est notre responsabilité à tous d’agir dans ce sens.

Agir c’est un choix.

C’est un choix :

– d’arrêter ou non la violence à l’égard des femmes,

– de créer ou non une masculinité positive qui promeut l’égalité des sexes, en temps de paix comme en temps de guerre.

C’est un choix :

– de soutenir ou non une femme,

– de la protéger ou non,

– de défendre ou non ses droits,

– de se battre ou non à ses côtés dans les pays ravagés par le conflit.

C’est un choix : de construire ou non la paix dans les pays en conflits.

Agir, c’est refuser l’indifférence.

S’il faut faire la guerre, c’est la guerre contre l’indifférence qui ronge nos sociétés.

Deuxièmement, nous sommes tous redevables vis-à-vis de ces femmes et de leurs proches et nous devons tous nous approprier ce combat ; y compris les États qui doivent cesser d’accueillir les dirigeants qui ont toléré, ou pire, utilisé la violence sexuelle pour accéder au pouvoir.

Les États doivent cesser de les accueillir avec le tapis rouge et plutôt tracer une ligne rouge contre l’utilisation du viol comme arme de guerre.

Une ligne rouge qui serait synonyme de sanctions économiques, politiques et de poursuites judiciaires.

Poser un acte juste n’est pas difficile. C’est une question de volonté politique.

Troisièmement, nous devons reconnaître les souffrances des survivantes de toutes les violences faites aux femmes dans les conflits armés et les soutenir de façon holistique dans leur processus de guérison.

J’insiste sur les réparations ; ces mesures qui leur donnent compensation et satisfaction et leur permettent de commencer une nouvelle vie. C’est un droit humain.

J’appelle les États à soutenir l’initiative de la création d’un Fonds global de réparation pour les victimes de violences sexuelles dans les conflits armés.

Quatrièmement, au nom de toutes les veuves, tous les veufs et des orphelins des massacres commis en RDC et de tous les Congolais épris de paix, j’appelle la communauté internationale à enfin considérer le Rapport du Projet « Mapping » et ses recommandations.

Que le droit soit dit.

Cela permettrait au peuple congolais d’enfin pleurer ses morts, faire son deuil, pardonner ses bourreaux, dépasser sa souffrance et se projeter sereinement dans le futur.

Finalement, après vingt ans d’effusion de sang, de viols et de déplacements massifs de population, le peuple congolais attend désespérément l’application de la responsabilité de protéger les populations civiles lorsque leur gouvernement ne peut ou ne veut pas le faire. Il attend d’explorer le chemin d’une paix durable.

Cette paix passe par le principe d’élections libres, transparentes, crédibles et apaisées.

« Au travail, peuple congolais ! » Bâtissons un État où le gouvernement est au service de sa population. Un État de droit, émergent, capable d’entraîner un développement durable et harmonieux, non seulement en RDC mais dans toute l’Afrique. Bâtissons un État où toutes les actions politiques, économiques et sociales sont centrées sur l’humain et où la dignité des citoyens est restaurée.

Vos Majestés, Distingués membres du Comité Nobel, Mesdames et Messieurs, Amis de la paix,

Le défi est clair. Il est à notre portée.

Pour les Sarah, pour les femmes, les hommes et les enfants du Congo, je vous lance un appel urgent de ne pas seulement nous remettre le Prix Nobel de la Paix mais de vous mettre debout et de dire ensemble et à haute voix : « La violence en RDC, c’est assez ! Trop c’est trop ! La paix maintenant ! » Je vous remercie.

Denis Mukwege

Afrique du Sud: Un Forum social explosif contre l’économie extractive

 

 

Tout bouge en Afrique du Sud. Comme plusieurs mouvements en Europe, la nature reprend la place qu’elle avait avant la découverte de métaux précieux…

Une grande réunion a eu lieu les 12-15 novembre à Johannesburg qui a rassemblait quelques milliers de personnes venant de 60 pays, dont 28 d’Afrique, et aussi des deux Amériques, d’Asie Pacifique et d’Europe. Leur déclaration finale est sans ambiguïté : l’industrie extractive est destructrice, basée sur l’exploitation des  ressources naturelles  et des personnes qui y travaillent. « Nous reconnaissons notre diversité et nos perspectives différentes, mais nous sommes liés par notre désir d’un futur libre d’une économie extractive ! »

Qui sont-ils ? Un grand nombre de petits fermiers, des groupes de jeunes, d’Eglises, des pêcheurs, des représentants de syndicats et de communautés touchées par les activités des mines, des universitaires, des experts, etc. Tous veulent garantir l’intégrité de la nature et assurer un monde meilleur aux générations futures. Leurs exigences font échos à celles d’autres continents. Ils parlent tous par expérience : « Ces dernières décades, nous avons vu l’intensification de ce modèle économique néocolonial, raciste, patriarcal, basé sur une croissance sans limites sur une planète limitée ! Au nom du progrès, ce modèle a dévalué et dégradé notre terre. Il a surexploité les travailleurs, dépossédant les communautés concernées, ayant pour effet d’intensifier le réchauffement et créant une injustice climatique. Il a assujetti les communautés locales à une logique d’accumulation de capital qui profite aux entreprises transnationales, qui sont les nouveaux dirigeants du monde. »

« En plus, et comme si cela ne suffisait pas, des forces fascistes et autoritaires sont en progression partout qui nous menacent par la violence et la répression. Leur logique est d’accroître leur exploitation de la nature et de financiariser tout cela. Les océans, les fleuves, les petites rivières, les forêts, les montagnes, tout l’écosystème est maintenant au service du profit. Pour accompagner ce processus,  le spectre de guerres génocidaires apparaît qui montrera l’extermination des exclus et des marginalisés…Les paysans, les petits fermiers, les migrants, les personnes déplacées, les groupes de femmes, tous sont rendus esclaves du modèle patriarcal de développement d’extraction. Les droits des travailleurs ne sont souvent pas respectés, s’ils existent, les syndicats ne sont écoutés que s’ils sont d’accord avec l’entreprise. »

Les participants au Forum ne sont pas impressionnés par la révolution high-tech, le big data et l’intelligence artificielle qu’ils considèrent comme une mesure supplémentaire de l’industrie extractive. Ainsi, ils appellent à la résistance systématique contre les déplacements de populations,  la déforestation, la destruction des sources d’eau, et aussi l’extraction dans les mers.Toute l’assemblée a réclamé le droit de dire NON aux activités extractives sur leurs territoires, où les femmes ont un rôle important à jouer,  et OUI à une vie plus harmonieuse, à un modèle durable, respectueux de l’environnement. Ils demandent une transition juste, basée sur une reconversion industrielle où les travailleurs font un travail écologique et social, ou, s’ils ne peuvent pas, ils sont rétribués par un revenu et actifs dans les services publics essentiels. La déclaration explique la manière dont seraient gérées les communautés touchées par l’extraction minière. Avoir aussi le droit de laisser les ressources du sous-sol  (gaz, charbon, pétrole) qui ne doivent pas être exploitées à volonté pour maximiser le profit, mais pour un développement futur durable.

Oui aussi à des réparations pour les destructions écologiques faites aux peuples du Sud. La déclaration va loin en demandant l’abolition des investissements et des contrats commerciaux. Les communautés sont malheureusement divisées par la corruption et les fausses promesses où ceux qui résistent sont criminalisés, mis en prison ou tués, ceci avec la participation de leaders traditionnels, ce qui parle pour une démocratie populaire à tous les échelons. En fait la déclaration demande qu’on travaille au bien commun et à la préservation de cet impératif éthique. Elle affirme les droits de la nature qui n’est pas une propriété, mais sacrée.

En lisant cette déclaration, on se rend compte qu’elle se rapproche de l’encyclique du pape François « Laudato Si » qui met aussi en avant le bien commun et le caractère sacré de la terre. Mais comment vont réagir les multinationales,  et autres pays dictatoriaux qui achètent à coup de millions de dollars les terres des autres ou les endettent ? C’est le retour du balancier de la mondialisation à tout prix…

 

 

 

Une femme présidente de l’Ethiopie

 

Il aura fallu la démission du président Mulatu Teshome  pour qu’une femme soit élue présidente de l’Ethiopie, Shale Work Zwede. Depuis l’adoption d’une constitution moderne en 1995, elle devient la 4e cheffe de l’Etat.  Diplomate de carrière, elle a toutes les compétences. En effet, représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, auprès de l’Union Africaine (UA),  elle a été ambassadrice en France, à Djibouti, au Sénégal,  et représentante permanente de l’Ethiopie auprès de l’Autorité intergouvernementale pour le développement ((IGAD) dans l’est africain.

Le choix de cette femme hors du commun, résulte de négociations entre 4 partis qui forment la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), depuis 27 ans au pouvoir. Ces 4 partis veulent surtout éviter la confrontation et se sont bornés à 3 résolutions : respect de la loi, multipartisme, démocratie élargie à des partis dissidents.

Sa fonction de cheffe de l’Etat est essentiellement honorifique. Le vrai pouvoir est aux mains du premier ministre Ably Ahmed qui représente son pays dans les grands sommets internationaux. Il avait été choisi en avril dernier par la coalition EPRDF. Il est issu, pour la première fois, du plus grand groupe ethnique, les Oromo.

Depuis avril, il n’a cessé de montrer sa volonté de réformes. Une tâche ardue dans un pays de 104 millions d’habitants où les violences entre les communautés sont nombreuses. A cet effet, la Commission européenne des Droits de l’Homme a accusé le gouvernement de ne pas avoir su mieux protéger les citoyens lors des violences inter-communautaires qui ont fait fuir un million de personnes et fait de nombreuses victimes. Une victoire importante néanmoins pour lui, il a conclu la paix avec l’Erythrée, a libéré des milliers de prisonniers et créé un nouveau gouvernement où la moitié des postes sont occupés par des femmes…

Selon Le Monde Afrique (25.10.2018), l’EDPRF pourrait ne pas survivre aux réformes démocratiques en cours. La crise politique qui a secoué le pays a fissuré la grande coalition et la désignation du nouveau premier ministre Ably Ahmed a redistribué les cartes. « Le leadership est perdu* a osé dire un ancien maquisard tigréen. Plusieurs nouveaux partis émergent qui ont aussi quelque chose à dire. Le premier ministre, plein de bonne volonté, aura la tâche dure, et  Shale Work Zwede aussi. On l’a vu dans de nombreux autres pays, vouloir établir la démocratie, est un exercice périlleux qui demande beaucoup de temps…