Le Nobel de Paix Dr Denis Mukwege en Afrique il faut agir vite sinon ce sera l’hécatombe…

Prix Nobel de la Paix 2018 : Dr.Denis Mukwege, en Afrique, il faut agir au plus vite pour éviter une hécatombe….

Le Dr Denis Mukwege dans un discours retentissant à Oslo (voir blog déc. 2018) avait bien montré toutes les injustices et insuffisances en RDC ce qui lui avait valu d’être menacé de mort. Celui qui « répare les femmes et les petites filles violées », est connu mondialement. Il vient de prendre position sur le covid-19 en Afrique qui touche maintenant la moitié de l’humanité (voir Le Monde Afrique du 28 mars 2019). C’est vrai que ce vaste continent semblait bien résister en comparaison avec l’Europe. Pourtant, c’est avec frayeur qu’il voit ce nouveau coronavirus toucher presque tous les pays du continent africain. Si les mesures de prévention se multiplient partout, celles mises en oeuvre en Afrique sont difficilement applicables dans la plupart des pays pauvres et vivant en grande partie dans une économie informelle. « Mettre une distance entre nous est un luxe », titre un article du Temps (25.03.19). Dans son hôpital de Panzi à l’Est de la RDC, le Docteur Mukwege dit toute son inquiétude à un journaliste du Monde, mais il s’énerve aussi de constater les disputes en France au sujet de la chloroquine. « Mieux vaut administrer un médicament dont on n’a pas encore toutes les garanties, mais dont on a vérifié son inoquité depuis longtemps, que de laisser mourir une personne ».

Selon les statistiques dont il dispose, le Dr Mukwege appelle à s’impliquer pleinement pour contrer la pandémie, car il s’attend au pire. Sur 54 pays en Afrique, 43 sont déjà touchés et cette tendance se renforce. L’Afrique du Sud est très frappée avec 400 cas, l’Algérie 230, le Maroc 143, le Sénégal 79 à fin mars. Mais ce sont aussi ceux qui disposent de test de dépistage.

Ce n’est que le 19 mars, avec 50 cas et 4 décès, que le gouvernement de la RDC a pris conscience de l’urgence pour arrêter la propagation. Kinshasa, épicentre de la maladie, a été isolée des provinces. La population est sensibilisée à la notion de distance sociale… Des cellules de crise sont créées partout.

Ne désespérons pas de l’Afrique. Avec sa population jeune, robuste et créative, et peu de vieux, elle s’en tirera peut-être mieux que dans d’autres continents….

Un destin commun des peuples de la Méditerranée

 

Le vaste espace méditerranéen charrie une grande diversité de contextes politiques, sociaux, culturels et religieux. L’infatigable pape François a poussé les responsables de l’Eglise catholique à assumer leurs responsabilités politiques et sociales tout autour de la Mare Nostrum où il y a des conflits, même des guerres, des inégalités et des migrants qui y perdent souvent leur vie. C’est ainsi que 58 évêques de 19 pays du bassin méditerranéen se sont réunis pour un échange historique à Bari (Italie) du 19 au 23 février. Le président de la Commission des Episcopats de l’Union Européenne, le cardinal Jean-Claude Hollerich, a bien résumé l’impression générale : « Finalement, François nous montre que Dieu n’est que dans le réel et qu’il faut se salir les mains ». Sartre aurait approuvé…

Les participants ont eu à cœur de partager leurs préoccupations avec leurs confrères, souvent à mille lieues de leurs réalités, des échanges qui comblent une lacune fondamentale, s’ils veulent promouvoir que « les peuples de la Méditerranée partagent un destin commun ». Témoignage de l’archevêque de Tunis : « La première chose qui m’a surpris, c’est de voir combien nous étions des étrangers les uns pour les autres. Nos missions sont parfois opposées : l’Europe doit accueillir les migrants qui débarquent sur ses rives, alors que moi, mon travail c’est de retenir les migrants d’Afrique subsaharienne qui veulent traverser la Méditerranée et de leur expliquer que tout n’est pas facile en Europe et qu’ils ne trouveront pas forcément du travail ».

Les évêques européens ont écouté attentivement aussi les représentants du Proche-Orient qui ont expliqué leurs expériences de coexistence avec les fidèles musulmans. Ces échanges leur ont montré une réalité méditerranéenne souvent bien sombre : la guerre en Syrie, une immense tragédie, le chaos en Irak et en Libye, l’exode des minorités chrétiennes face aux persécutions des fondamentalistes musulmans. Les évêques en sont convaincus : leurs responsabilités sont aussi de créer des espaces de dialogues plus nombreux, de créer des comités interreligieux en particulier avec les croyants musulmans, de faciliter des échanges de prêtres, de favoriser le volontariat des jeunes qui veulent en connaître d’autres de l’autre côté de la mer. L’archevêque d’Alger a précisé : « Dans nos discussions, nous ne pensons pas aux seuls chrétiens, certes nous sommes les pasteurs de nos Eglises, mais aussi de nos peuples dans toute leur diversité ».

Une réunion inédite qui nous interpelle, convoquée par les responsables italiens qui espèrent ainsi bâtir une « frontière de paix ». C’est vrai qu’avec le pape François, on peut s’attendre à tout : en septembre 2018, il avait lancé un dialogue de paix entre les deux ennemis rivaux au Soudan du Sud, le président Salva Kiir et l’ancien vice-président Riek Machar. Un conflit d’une décennie qui a fait au moins 400 000 morts selon l’ONU et 4 millions de déplacés. Désespéré, François s’était jeté à leurs pieds en les suppliant de penser à leurs peuples et en leur promettant, avec l’archevêque de Cantorbéry, Justin Welby, de venir au Soudan du Sud quand ils auront fait la paix. Ce qui est arrivé début 2020. Ils se sont demandé pardon mutuellement…La DDC y soutient l’agriculture et la sécurité alimentaire depuis plusieurs années.

Utopie ? Grâce à cet exemple, les évêques du pourtour méditerranéen peuvent aussi espérer atteindre leur but d’une paix méditerranéenne…

 

 

 

Réponse à Cher journal, de Sylvia Ricci Lempen (2)

 

Défendre les femmes, les soutenir, leur donner leur juste place égale dans la société, qui aujourd’hui pourrait refuser cela ? Tous nous devons travailler dans ce sens. Mais ce qui se passe avec Le Temps, c’est que ce combat me paraît être devenu contre-productif.  Il a ses limites et ses auteures ne semblent pas s’en rendre compte ou plutôt elles ne veulent pas se l’avouer et absolutisent leur combat à tout prix.   A force de le forcer, cela devient banal et même ridicule. J’ai quitté la Suisse définitivement (ce que je croyais) en 1967, entre autre, parce que je n’avais pas le droit de vote même après une licence universitaire !  J’ai participé à la lutte de libération de la Namibie comme journaliste et sociologue pendant 20 ans, et ce sont les femmes africaines qui m’ont le plus impressionnées par leurs moyens mis en oeuvre, leur résilience et leur courage à supporter le mal, sans se poser en victimes.

Dénoncer, oui, comme le fait Le Temps, mais cela ne suffit pas,  il faut améliorer la situation, trouver des solutions. La violence de l’homme existe depuis des millénaires. C’est un animal comme la femme, mais c’est plus difficile pour lui de s’humaniser parce qu’il n’enfante pas. A elle de l’aider. Elle peut l’élever, mais aussi le détruire (voir la mante religieuse). Aujourd’hui, dans notre société hyper développée qui analyse tout et recherche la perfection,  la souffrance n’est plus acceptée. Les femmes se révoltent contre cet homme-animal qui ne la comprend pas et la bat. Elles utilisent alors la menace du divorce ou du moins d’une séparation en prenant les enfants.  Abandonner quelqu’un en train de se noyer, c’est le pousser à des extrémités… A elles d’essayer d’adopter une attitude plus compréhensive, ce qu’ont fait nos grands-mères en général…  Mais aujourd’hui elles ne sont pas soutenues par leur environnement sociétal plutôt tout de suite accusateur.

Il y aurait d’autres moyens. Une piste : s’engager pour le climat, de loin la priorité la plus importante. On l’a entendu à Davos avec Simonetta Sommaruga et Greta Thunberg. Ou avec le prix Nobel de chimie Jacques Dubochet dont la merveilleuse photo sur L’Illustré du 15 janvier avec son petit fils dans les bras, montre toute son humanité. Oui un enfant peut faire des miracles. Ce n’est pas pour rien que le fils de Dieu est né. Cela met en route la résilience, le courage et l’amour.  Il y a aussi l’engagement du Secrétaire général de l’ONU Antonio Gutierres  (dimanche 12 janvier à la TV Géopolitis). Egalement les femmes-témoins de résilience comme celles que j’ai vues dans les bidons-villes de l’Afrique australe et tant d’autres d’ici et d’ailleurs qui ne se confinent pas dans le rôle de victimes, mais le dépassent.  Surtout, les femmes, épouses, mères, grands-mères, devraient inspirer le respect par leurs attitudes dénuées de toute jalousie, de toute victimisation, mais animées par le désir de construire un dialogue de paix. Pas facile en effet et parfois impossible. Ringard diront certaines qui ont le jugement facile. Nous sommes égales oui, mais différentes. C’est la biodiversité humaine. Pourquoi accepte-t- on les homosexuels et pas les différences entre hommes et femmes ? Cette égalité qui aplatit tout est terriblement réductrice. Elle n’est pas sans conséquences…

Réponse à Cher journal, de Sylvia Ricci Lempen

Défendre les femmes, les soutenir, leur donner leur juste place égale dans la société, qui aujourd’hui pourrait refuser cela ? Mais ce qui se passe avec Le Temps, c’est que ce combat me paraît être devenu contre-productif.  Il a ses limites et ses auteures ne semblent pas s’en rendre compte ou plutôt elles ne veulent pas se l’avouer et absolutisent leur combat à tout prix.   A force de le forcer, cela devient banal et même ridicule.

>> A lire: Cher journal (Le Temps)

J’ai quitté la Suisse définitivement (ce que je croyais) en 1967, entre autre, parce que je n’avais pas le droit de vote même après une licence universitaire !  J’ai participé à la lutte de libération de la Namibie comme journaliste et sociologue, et ce sont les femmes africaines qui m’ont le plus impressionnée par leurs moyens mis en oeuvre, leur résilience, et leur courage. Dénoncer oui comme le fait Le Temps, cela ne suffit pas , il faut améliorer la situation.

Une piste aujourd’hui : s’engager pour le climat de loin la priorité la plus importante. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Gutierres l’a bien expliqué dimanche 12 janvier à la TV (Géopolitis). Il faut aussi des femmes, témoins de leurs résiliences, comme celles d’Australie qui perdent leur maison ou Myriam Roth (les glaciers pour combat, LT 13.01).

Surtout, les femmes, épouses, mères, grands-mères, doivent inspirer le respect par leurs attitudes dénuées de toute compétition malsaine, de toute victimisation, mais animées par le désir de construire un dialogue apaisant. Pas facile en effet, parfois impossible. Ringard diront certaines.

 

Elections en Namibie

Elections en Namibie : le parti au pouvoir, la SWAPO, perd des voix…

C’est en 1990 que la Namibie a accédé à l’indépendance sous supervision de troupes de l’ONU auxquelles un contingent militaire médical suisse avait participé. Ainsi libérée de la puissance mandataire l’Afrique du Sud, elle pouvait enfin tracer sa propre voie avec la SWAPO (South West Africain People’s Organisation). Les Namibiens ayant combattu l’apartheid pendant des années, étaient très au courant des Droits de l’homme, ce qui a eu pour conséquences que ce pays a passé les 20 premières années de son indépendance dans le respect de leur Constitution modèle et des minorités, malgré une majorité écrasante des Ovambo au Nord du pays.

Mais les vautours planaient dans le ciel namibien, très friands de ses richesses : l’uranium et le lithium pour les Chinois, la Corée du Nord et l’Iran entre autres, vestiges des amitiés passées du mouvement de libération ;  les diamants (De Beers et Cie, Afrique du Sud) ; les ressources pélagiques où Russes et Espagnols notamment se servaient en toute impunité. Sans oublier la richesse que représentent les fonds phosphatés dans l’Océan atlantique, convoités par des multinationales de l’agro-alimentaire, mais que les Namibiens ont pu défendre jusqu’à présent. La splendeur du pays attire aussi des touristes du monde entier, surtout parce qu’il n’y a pas de djihadistes. Comme l’Afrique du Sud, la Namibie est un pays encore très chrétien et l’Islam y est peu présent.

Les résultats des élections qui ont eu lieu le 27 novembre par vote électronique, se sont fait attendre pour différentes raisons. Tout d’abord l’ambiance morose du pays frappé par une récession économique grave comme bien d’autres pays en Afrique, mais surtout par la sécheresse. Des observateurs connaissant ce pays à la beauté saisissante,  n’ont jamais vu du bétail si maigre qui, à l’est, meure à cause du peu de fourrage. Ensuite, des voitures étatiques ont manqué pour aller chercher les urnes dans certaines régions lointaines. En effet, la Namibie est un immense pays,  une fois et demie la France, pour 824 269 km2 et 2,5 millions d’habitants, principalement concentrés au nord près de l’Angola.

L’ancien président Hage Geingob, 78 ans, un Damara, a été réélu, mais il a perdu 31 % des voix qu’il avait récoltées 5 ans auparavant, et l’Assemblée nationale a elle aussi perdu 21 %,  n’ayant plus les 2/3 nécessaires pour diriger seuls le pays. Comme presque partout en Afrique, le gouvernement a succombé aux sirènes de la corruption introduite surtout par des Chinois, mais Areva (uranium France) n’était pas en reste), sans parler d’autres multinationales. Deux ministres, dont celui de la pêche, Bernhard Esau,  ont été contraints démissionner pour avoir touché 10 millions de dollars de la part d’une entreprise islandaise, rapporte Wikileaks. Mais que cela cache-t-il ? Deux opposants ont divisé la SWAPO : M. Venaani, 42 ans, déjà candidat aux élections passées (Mouvement démocratique populaire) et un ancien membre de la SWAPO, Pantuleni Itula 62 ans, accusé d’avoir bradé les richesses du pays, soutenu par les jeunes surtout intéressés par l’argent et qui n’ont pas connu la lutte pour l’indépendance.

Que va devenir la Namibie avec cette perte d’influence de l’ancien mouvement de libération la SWAPO ?  Le changement climatique, les prédateurs des richesses, la perte de la conscience des Droits de l’homme par les jeunes surtout,  le peu de respect du droit international par les grandes puissances, Trump et Chinois en tête, ne sont pas des bonnes fées pour son avenir qui risque de prendre un chemin chaotique. La même évolution se fait jour en Afrique du Sud. L’ANC est divisée, minée par le clan  mis en place par l’ancien président Zuma, l’Ubuntu de Mandela (prendre soin de tous) s’efface devant l’égoïsme individuel. Le président Cyril Ramaphosa a fort à faire pour se maintenir en place.

La région sud du Sahel s’enflamme…

La région sud  du Sahel s’enflamme

Pendant que la droite et certains verts romands se chamaillent à propos du mouvement Extinction-Rébellion et de son icône Jacques Dubochet, plusieurs pays en Afrique sont de plus en plus atteints par une sécheresse impitoyable qui fait mourir hommes et bêtes. En plus, comme le décrit la NZZ du 29 octobre, la région sud du Sahel est en train de s’enflammer. Entendre par là, depuis la chute du pouvoir Kadhafi, le nombre de conflits, de destructions, de morts, ne cessent de s’aggraver. En cause, l’avancée des islamistes et les changements climatiques qui favorisent la peur, la pauvreté, la corruption, les conflits interethniques, les migrations. Mali, Burkina Faso, Tchad, Niger, totalisent à eux seuls 75 millions d’habitants, auxquels  pourraient s’ajouter bientôt le Ghana et la Côte d’Ivoire. Une immense région, aussi grande que l’Europe (le Nigéria mis à part). Les efforts de l’armée française Barkhane, à laquelle se joignent les armées locales aidées par quelques militaires allemands, ne viennent pas à bout de ces explosions de violences (voir blog Burkina Faso du 28 oct.). 80 % des personnes vivent dans une extrême pauvreté, 40 % des enfants de moins de 5 ans sont sous alimentés. Beaucoup de jeunes sont sans travail et sans perspectives d’avenir. Les migrations sont leur seule possibilité.  Le climat se réchauffe une fois et demie plus vite qu’ailleurs. Les femmes ont en moyenne 4-5 enfants, ce qui annule le progrès de la croissance. Les gouvernements semblent paralysés, souvent noyautés par la corruption ; les fonctionnaires veulent rester au pouvoir si bien que certains gouvernements sont devenus menaçants envers leur peuple.

Berlin et Paris sont conscients des dangers qui couvent depuis longtemps. L’UE a investi 12 milliards d’Euros depuis 2010 pour la sécurité et le développement de cette région. Mais c’est au cours de la réunion du G7 qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel ont enfin décidé de lutter plus efficacement contre le danger terroriste. Même la Suisse y a investi 100 millions de francs chaque année comme aide au développement. Et pourtant, le ministre de la Défense du Burkina Faso Moumina Cheriff Sy n’a pas hésité à dire que les engagements des Européens n’ont eu aucun effet… La ministre de la Défense française Florence Parly vient d’effectuer la tournée de plusieurs de ces états pour se rendre compte sur place de cette situation explosive et a assuré une aide militaire supplémentaire avec des militaires européens dès 2020. Elle ne veut pas laisser le champ libre aux djihadistes, a-t-elle affirmé.

Alors ? Il est temps de comprendre qu’il faut aussi aider cette grande région à créer des perspectives d’avenir par la formation et des places de travail. Rouvrir les centaines d’écoles qui ont été fermées et  établir des hôpitaux qui fonctionnent. Mais il faut beaucoup de courage et la bonne volonté des gouvernements, ce qui n’est pas toujours acquis. Les djihadistes savent très bien comment déstabiliser un pays. Ils s’y prennent actuellement de la même manière en Erythrée et au nord du Mozambique. Ils avancent partout comme des fourmis-soldats et, avec les changements climatiques, cela ne fait qu’empirer. Jacques Dubochet a raison de nous secouer, car il y a des dangers qui s’accumulent partout.

 

Le Burkina Faso s’enfonce dans la terreur

 

Depuis plus de quatre années, le Burkina Faso ne cesse d’être le théâtre de tueries commises par des groupes armés djihadistes, certains affiliés à Al-Qaïda au Maghreb, d’autres à l’Etat islamique du Sahel, d’autres enfin à des groupes de brigands et des coupeurs de route.  Le vendredi 11 octobre, la Grande Mosquée de Salmossi au Nord Est du pays, près de Gorom Gorom,  a été attaquée par des djihadistes qui ont tué 16 personnes. Ainsi, ce ne sont pas seulement des chrétiens et leurs églises qui ont visées – 27 chrétiens assassinés depuis le début de 2019 dont des prêtres et des pasteurs -,  mais aussi des mosquées et des Imams. Jusqu’à présent le gouvernement avait minimisé ces attaques, il doit bien se rendre à l’évidence. Selon l’AFP,  600 personnes ont été tuées dans cette grande région et 500 000 ont fui les localités voisines de la Mosquée, terrifiées par ces attaques meurtrières. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) fait maintenant état d’une crise humanitaire touchant 1,5 million de personnes dans cette région.

Le Burkina Faso, littéralement « le pays des hommes intègres », appelé la Haute Volta sous la colonisation française, est devenu indépendant en 1960. Durant les années 1980, c’est surtout le révolutionnaire Thomas Sankara qui a pris fermement en main ce pays. Il retira les pouvoirs féodaux aux chefs traditionnels et dénonça, déjà, la responsabilité humaine dans l’avance du désert… Mais il fut assassiné par Blaise Compaoré en 1987, son compagnon d’armes, « pour rectifier la gouvernance ». Lui-même fut chassé en 2014 par un soulèvement populaire au sein duquel se trouvaient aussi des djihadistes, et s’enfuit du pays. En cause, une mauvaise gouvernance de nouveau, et la corruption.  Son successeur, le président Kaboré, est lui accusé de passivité comme le président du pays voisin le Mali qui subit aussi de nombreuses attaques djihadistes. « Notre administration ne fonctionne pas comme un état en guerre. Il y a une perte totale du sens de l’Etat au profit de la prédation »,  explique un Burkinabè. Un rapport alarmant de la CEDEAO (Communauté des Etats de l’Afrique du l’Ouest) sur le Burkina Faso du 12 septembre, constate « une faible implication des leaders communautaires, de religieux, des femmes et des jeunes ; un sous-équipement des forces de défense et de sécurité ; un impact des changements climatiques et la prolifération des armes légères ; une faible coordination pour lutter contre l’insécurité ; la faiblesse des moyens de financement disponibles… » Pas étonnant, la haine et la peur se sont infiltrées partout comme au Mali où l’opération militaire française Barkhane n’est pas encore venu à bout de ces tentatives de déstabilisation. Elle opère pourtant dans toute le bande sahélo-saharienne conjointement avec les armées locales. A l’échelle du Burkina Faso, 15 millions d’habitants,  on compte 289 000 personnes déplacées. Environ 2000 écoles ont été fermées On ne compte plus les assassinats de représentants de l’Etat, de chefs traditionnels ou de certains marabouts considérés comme « déviants » par les djihadistes. Il y a environ 60 % de musulmans, 19 % de catholiques et 15 % d’animistes. « Tout le monde tire sur tout le monde, et tout le monde est responsable : groupes armés, djihadistes, communautés. Une chose est sûre : la réponse militaire n’est pas la solution », avoue un haut fonctionnaire en poste dans le nord.

Cette déstabilisation générale dans tout l’Ouest africain, par des djihadistes en majorité, est très préoccupante. Elle ne pourrait être contrée que par un plan Marshall colossal dont avait parlé Angela Merkel, et une éducation massive. Ainsi serait peut-être stoppée cette déliquescence indigne de plusieurs Etats africains jadis stables, sous la pression agressive d’un Islam dévoyé où la pauvreté est un des facteurs déstabilisant de même que le changement climatique.

 

 

La vérité sur les violences xénophobes en Afrique du Sud

 

Début septembre, des violences xénophobes ont éclaté en Afrique du Sud à Johannesburg puis à Pretoria.  Des dizaines de commerces et des camions appartenant à des étrangers ont été pillés et brûlés,  et au moins dix personnes ont été tuées. Officiellement, on a parlé de xénophobie, condamnée partout sur le continent africain, surtout au Nigéria et en RDC (République Démocratique du Congo) par une organisation laïque, dont des ressortissants ont été particulièrement touchés. Le Président Cyril Ramaphosa a fermement dénoncé ces attaques « totalement inacceptables en Afrique du Sud. Il ne peut y avoir d’excuses pour la xénophobie ». Mais ces déclarations n’ont pas suffi. Malgré des excuses officielles, il s’est fait huer aux funérailles de Robert Mugabe à Harare. Parmi les étrangers malmenés ou tués, il y a non seulement des Nigérians et des Congolais, mais aussi des Zimbabwéens, des Pakistanais, des Ethiopiens, des Somaliens, des Mozambicains, entre autres. Mais les plus fermes condamnations sont venues de la part de l’Episcopat de toute l’Afrique australe (Imbisa) le 11 septembre. Il comprend les évêques d’Angola, du Mozambique, du Zimbabwe, de Namibie, de Zambie, du Botswana, d’Afrique du Sud, du Lesotho, d’Eswatini (ex.Malawi) : « Ces actions déplorables ne peuvent être excusées, mais nous croyons que la majorité des Sud-Africains de toutes les couches sociales sont épouvantés par ces violences. Nous vous exhortons à éviter la vengeance… » Ils sont soutenus par le Cardinal ghanéen Peter Turkson, responsable du Conseil pontifical Justice et Paix et qui participait au Cap au Forum sur la paix et la sécurité dédié à Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, lui aussi Ghanéen. Il faut souligner que 83 % de la population en Afrique du Sud (53 millions) est encore très chrétienne, comme d’ailleurs les pays voisins. Elle ne compte que 1 % de Musulmans. Et même s’il y a eu un attentat djihadiste contre une mosquée chiite le 11 mai 2018 dans les environs de Durban, l’Afrique du Sud reste un pays tolérant en matière religieuse. Pour le moment !

Mais le mot de xénophobie cache une réalité bien plus grave que le Président Ramaphosa et les Eglises hésitent à reconnaître : le chômage chez les jeunes (50 %), le changement climatique, surtout la sécheresse, – la Ville du Cap avec ses restrictions d’eau en sait quelque chose -,  et la récession économique qui touchent de nombreux pays africains. Tous ces facteurs sont suffisants pour ceux qui ont peur de l’avenir et même faim, pour les faire réagir de manière agressive. Des rivalités ethniques vont sans doute réapparaître. Dans ce contexte, les « frères » africains  d’autres pays sont aussi marqués par ces problèmes car pour eux, l’Afrique du Sud représentait leur « paradis » où ils pouvaient toujours aller… Ils comprennent soudain que cela pourrait ne plus être le cas. Dans ces condamnations il y a donc une frustration sous-jacente, alors que le Nigéria, la RDC ou le Zimbabwe ne sont pas non plus exempts de violences.

Comme l’Europe, le continent africain est bouleversé par les changements climatiques, un début de récession économique pour plusieurs et les migrations, et cela ira en empirant. Des milliers d’Africains ont aussi émigré au Mexique, mais ils sont bloqués dans leur espoir d’arriver aux Etats-Unis… Partout, les rêves s’évanouissent comme des mirages.

Mugabe et le Réarmement moral de Caux

Une petite histoire dans la grande histoire de la décolonisation de l’Afrique australe :

Le Réarmement moral, aujourd’hui « Initiatives et Changements », était très actif dans les années 70-80 en Afrique australe au moment des décolonisations et contre l’apartheid. En Angola, au Mozambique, en Rhodésie en Namibie, et en Afrique du Sud, il y avait des mouvements de libération soutenus essentiellement par les Russes et les Chinois dans un contexte de guerre froide.  Mais à l’intérieur de ces pays, il y avait aussi des Blancs qui luttaient pour la justice et l’indépendance.

L’apartheid était particulièrement inacceptable pour les Calvinistes suisses romands car c’était la toute puissante Eglise calviniste hollandaise sud-africaine qui, en se basant sur l’Ancien Testament, avait enraciné sa politique raciste. Le Réarmement moral de Caux (fondé à la suite de la 2e guerre mondiale) se sentait ainsi particulièrement concerné. Certains de ses membres étaient actifs à faire changer ces mentalités en Afrique du Sud, mais aussi à préparer les futurs responsables de ces pays. C’est ainsi qu’ils « coachaient » le fils de Jan Smith, Premier Ministre de la Rhodésie  (Zimbabwe ) qui avait refusé les Accords de Lancaster de Londres voulant donner l’indépendance à leur ancienne colonie. Mais Jan Smith refusa et déclara une indépendance unilatérale. Son fils Alec, qui étudiait en Afrique du sud, n’était pas du tout d’accord avec son père et menait une vie d’étudiant un peu désordonnée. C’est à lui que deux membres du Réarmement moral s’adressèrent, d’abord pour l’aider et ensuite pour lui proposer de rentrer en Rhodésie pour convaincre son père de rencontrer le « terroriste » Mugabe, qui luttait par les armes. Et il réussit. Jan Smith finit par accepter de rencontrer secrètement chez lui le «terroriste» Mugabe et ensemble ils préparèrent l’indépendance du pays.  Un des sujets délicats était de réunir les deux armées : celle de libération et celle de Rhodésie. C’est Alec Smith devenu entre temps aumônier, qui réussit cette tâche difficile.

L’auteur de ces lignes l’a rencontré quelques années plus tard à Harare alors qu’il venait d’écrire un livre « Tu seras mon frère ». Il avait beaucoup d’humour et pas trop d’illusions. Pendant quelques années, Mugabe dirigea le pays  avec compétence, mais comme presque partout dans les pays nouvellement indépendants, les groupes ethniques se firent la guerre. Mugabe fut implacable envers Nkomo et les Ndebele qui s’étaient aussi battus pour l’indépendance du pays. Il devint un dictateur qui emprisonnait ses adversaires politiques et les torturait. Le Réarmement moral n’avait pas prévu cela….    

Erythrée, le gouvernement confisque les hôpitaux catholiques

 

En juin, les 29 hôpitaux de la petite Eglise catholique ont été confisqués par le régime totalitaire du président Issayas Afeworki . « Il ne supporte pas son indépendance qui a toujours dérangé le régime », selon le père Mussie Zerai, président de l’agence Habeshia pour l’aide au développement des migrants et des réfugiés érythréens et éthiopiens (voir La Croix 1.08.19) Le régime communiste totalitaire ne tolère pas le secteur privé et encore moins le rôle des religions dans la société. Il est arrivé la même chose à l’Eglise orthodoxe qui est plus coopératrice.  Ce régime veut limiter le champ d’action de l’Eglise catholique dans la vie publique et lui faire perdre toute pertinence morale, sociale et politique dans le pays (loi No 73/1995).

Son indépendance et son autonomie ont toujours dérangé le régime, car elle est la seule institution courageuse depuis 1991 (date de l’indépendance de l’Erythrée conquise de haute lutte contre l’Ethiopie et de l’arrivée au pouvoir du dictateur Afeworki),  qui ose parler à voix haute avec ses lettres pastorales. Ainsi le régime n’a toujours pas digéré la lettre pastorale de 2014 intitulée « Qu’as-tu fait de ton frère ? », qui dénonce les innombrables crimes commis par le régime érythréen et le silence de la communauté internationale. Le gouvernement aimerait pouvoir manipuler l’Eglise catholique comme il le fait avec l’Eglise orthodoxe tewahedo d’Erythrée. La confiscation des 29 hôpitaux catholiques,  en excellent état, est donc une mesure de représailles et vient soutenir les hôpitaux d’état qui fonctionnent mal, faute de médicaments, de médecins, d’équipes médicales…

Mais le régime totalitaire ne va pas en rester là. Il a aussi  l’intention de nationaliser les 50 écoles et les 100 jardins d’enfants catholiques. Dans certaines régions le régime a déjà demandé d’empêcher l’inscription des élèves dans les écoles catholiques pour la nouvelle année scolaire. Le pays perdra ainsi la qualité de son enseignement. En effet, les écoles publiques sont très pauvres, les enseignants manquent parce que beaucoup se sont enfuis, les plus jeunes à cause d’un service militaire très long et pénible. Le régime est obligé des faire venir des enseignants d’Inde et du Kenya. En fait, le gouvernement érythréen est en faillite. Il est incapable de garantir le bien-être, les droits fondamentaux, la justice, ce qui est aussi la cause de l’exode de centaines de milliers de jeunes.

Depuis 2001, le gouvernement a fermé tous les journaux indépendants et réduit les journalistes au silence par la détention et la torture. Les tribunaux ne sont pas indépendants, influencés par les membres du parti et l’armée. Il n’y a plus d’assemblée parlementaire.

Au vu de ces faits et surtout de la lettre pastorale des évêques de 2014, on peut se demander comment des parlementaires suisses dont Claude Béglé faisait partie, ont pu revenir d’Erythrée faisant remarquer que “le pays est en train de s’ouvrir.” C’est le même optimisme en Corée du Nord… Un peu plus d’humilité et une connaissance approfondie des pays visités sont indispensables.