Le pape François en Irak: un peu d’histoire

Il a du courage, mais il fait le voyage, et ce, pendant le Covid… A défaut de statistiques précises, on estime à environ 400 000 le nombre de chrétiens dans ce pays du Moyen Orient, en gros l’ancienne Mésopotamie, berceau du christianisme (La Croix 1er mars). Ils constituent ainsi 1% des 40 millions d‘Irakiens. Les deux-tiers d’entre eux sont catholiques (chaldéens et syriaques), les autres latins, arméniens et surtout orthodoxes. Ils sont presque tous implantés dans le nord du pays (plaine de Ninive et Kurdistan irakien), mais aussi à Bagdad où ils étaient un million après la chute de Saddam Hussein. « Avant la guerre du Golfe (1991), le pays comptait 1,2 à 1,5 millions de chrétiens, c’est-à-dire 4-6 % de la population. L’intervention américaine a largement contribué à exacerber leur vulnérabilité, explique le cardinal Louis Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens ». Ils ont été soupçonnés par les musulmans de « collaborer » avec l’occupant occidental. Beaucoup émigrèrent alors, principalement de Mossoul et Karakoch, qui ont fondu de 50 000 à 5000 âmes. Mais 40 % sont revenus dans les localités de la plaine de Ninive, depuis le départ de Daech en 2017. Différents responsables religieux invitent à manier ces chiffres avec prudence. « Les chrétiens ne sont pas une bulle », affirme Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’œuvre d’Orient à Paris, qui rappelle que les premières victimes de Daech ont été des musulmans. Et qui ajoute, « C’est l’ensemble du peuple irakien que François tient à rencontrer pour reconnaître les souffrances endurées collectivement au cours des quatre décennies de guerre et de violences ». En fait, ce sont les Américains qui sont responsables du départ des milliers de chrétiens – pour du pétrole – qui aujourd’hui, n’est plus aussi recherché… Mais Daech les a aussi fait fuir.
Au cours d’un important sommet « privé » de son voyage, François rencontrera à Nadjaf, le grand ayatollah Ali Sistani (90), lieu du tombeau de l’imam Ali qui joue le rôle de « Vatican » des chiites. Ainsi, après avoir rencontré à plusieurs reprises au Caire, à Rome ou à Abu Dhabi, le grand iman d’al-Azhar, Ahmed al-Tayyeb, autorité spirituelle pour une partie des sunnites, il rencontre le 6 mars à Nadjaf l’une des grandes figures du monde chiite, l’ayatollah Ali Sistani. Une grande personnalité du chiisme que les papes précédents auraient bien voulu rencontrer. Une voix qui compte en Irak. Son statut de marja-e-taglid (source d’imitation), le plus élevé dans la hiérarchie cléricale chiite, lui vaut un immense respect des fidèles. Son rôle est devenu déterminant depuis l’invasion américaine et la chute de Saddam Hussein en 2003. Il a vécu les persécutions du parti Baas (parti politique arabe socialiste et laïc).
Le chiisme imprègne aujourd’hui les institutions religieuses de l’Irak. Ali Sistani appelle à la résistance contre Daech en 2014 alors aux portes de Bagdad. Des milliers de miliciens rejoignent l’armée irakienne pour combattre l’état islamique de Daech. L’ayatollah Sistani ne veut pas d’une République islamiste comme en Iran, mais un Irak indépendant. En tant que chiite, il ne croit pas à un califat comme celui qu’ont institué les sunnites à la mort du prophète Mohamed. Il refuse le velayate-faqih (la tutelle des jurisconsultes), donc la fusion religion et politique de l’ayatollah Khomeini. Il ne croit pas à la primauté du religieux sur le politique et défend une citoyenneté commune transcendant les clivages religieux et ethniques qui déchirent l’Irak actuel. François et l’imam al Tayyeb, sunnite, de la grande mosquée du Caire, avaient signé une déclaration de fraternité humaine respectée jusqu’à présent. Avec l’ayatollah Sistani, on peut espérer que c’est une première étape.
La rencontre entre ces deux hauts responsables, l’un chrétien, l’autre chiite, est très importante et symbolique. Pourtant, dans les milieux pauvres et peu éduqués du chiisme, traîne encore la conviction que les chrétiens sont impurs et certains clercs tiennent des propos haineux dans leurs prêches, et aussi contre leur chef Ali Sistani. Parler avec un chrétien ne peut pas rester sans conséquences. En effet, des roquettes d’origine iranienne viennent d’être lancées contre une base militaire américaine près de Bagdad. On se rappelle qu’en janvier 2020, un général iranien Qassem Soleimani, très connu et aimé, avait été tué par un drone américain… La vengeance va-t-elle agir ? Rien n’a été annulé, ils sont courageux tous les deux. Mais Benoît XVI est inquiet.

Une Africaine à la tête de l’organisation mondiale du Commerce (OMC)

A 19 ans, Ngozi Okonjo part étudier aux Etats Unis, mais elle écoute les conseils de son père également professeur d’économie : « Tu quittes le Nigéria pour un autre pays où tu risques d’être confrontée à des discriminations en tant que femme noire africaine. Si ta couleur et ton genre gênent les autres, ce n’est pas ton problème, c’est le leur. Ne te laisse pas impressionner. Au contraire tires-en de la force. »

La nigérianne Ngozi Okonjo Iweala (66) ne l’a jamais oublié, première femme africaine, elle a été élue le lundi 15 février. Elle prend ainsi la tête d’une institution de 164 Etats membres qui poursuivent tant bien que mal, deux objectifs principaux : administrer un système mondial de règles commerciales et garantir le règlement de conflits de ses membres. Elle succède au brésilien Roberto Azevedo, un diplomate de l’OMC, mais pas quelqu’un qui pouvait changer les choses, et surtout malmené par un Trump tonitruant qui voulait imposer sa ligne. Il ne la voulait pas, mais le nouveau président Joe Biden a rétabli les Etats Unis dans l’OMC

Elle a un parcours de formation à faire pâlir de jalousie d’autres femmes : études au Nigéria, puis Harvard avec une thèse en économie sur le développement agricole de son pays, qu’elle soutient au Massasuchets Institute of Technology (MIT). Docteur en économie, elle intègre la Banque mondiale au poste numéro 2,  puis devient ministre des finances de son pays. Fondée par Jacques Delors à l’époque où il n’y avait pas encore internet, cette institution a besoin d’être dépoussiérée. Elle est régulièrement soumise à des blocages à cause de la règle du consensus comme mode de décision. L’Inde, et la Chine surtout, dans sa guerre commerciale avec les Etats-Unis à cause d’un libre-échange de plus en plus contesté, en a largement profité.

La crise du Covid 19 apporte à cette femme d’action, une montagne de nouveaux défis. Elle devra répondre à un réengagement des Etats au sein de l’OMC car la coopération commerciale est cruciale en matière environnementale et pour la régulation numérique. L’OMC devra prendre sa part pour une pleine coopération internationale sur la distribution des vaccins contre le Covid 19 sans laisser pour compte les pays pauvres…  Ngozi Okonjo y arrivera sans doute. Peut-être parce qu’elle a écouté son père et n’a jamais renié son africanité avec ses belles robes en coton.

 

 

Maroc, les Juifs se réjouissent, mais pas les Sahraouis…

Les Juifs marocains se réjouissent, mais pas les Sahraouis…

La main de Trump encore, qui vient de jouer au troc avec un territoire de «autonome», pas encore décolonisé, le Sahara occidental, ancienne possession coloniale espagnole (1884-1976) et dont le Polisario est reconnu par l’ONU comme seul représentant légitime du peuple sahraoui (env.un demi million). Un territoire aussi revendiqué par le Maroc. En 1991, l’ONU a lancé un referendum pour déterminer exactement le statut d’indépendance, sous surveillance de troupes de l’ONU, la Minusco. Mais les choses se sont compliquées car l’Espagne (Franco) n’a pas voulu d’un referendum et a partagé le pays en deux entre la Mauritanie et le Maroc.  Mais 20 ans plus tard, le problème n’est toujours pas résolu, d’autant plus que le Maroc y  a fait des investissements importants. En effet, le Sahara occidental est très riche en phosphate, cuivre, fer, et en terre rares qui lui rapportent beaucoup, sans compter les ressources pélagiques de la côte atlantique. D’où le troc de Donald Trump : les Etats-Unis reconnaissent  la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, disputé par le Front Polisario ; en échange, le Maroc reconnaît Israël pleinement et normalise ses relations et établit des liens de coopération…

Sans être officielles, des relations existaient déjà entre le Maroc et Israël, puisque 800 000 juifs marocains habitent en Israël et quelques milliers de juifs  vivent depuis longtemps au Maroc…Un « win-win »  mis à la mode par les Chinois en Afrique notamment… Le rabbin Israël Hazout juge que « la normalisation ne va pas changer beaucoup de choses. Même si cette décision va bien sûr faciliter nos relations, nous avons toujours eu des contacts avec les autorités religieuses israéliennes. C’est plutôt une officialisation de la relation qui a été décidée. »  Les liens entre les deux pays n’ont jamais été totalement coupés. Chaque année 50 000 touristes israéliens se rendraient ainsi dans le royaume : « De nombreux pèlerins du monde entier, dont des israéliens, viennent visiter chaque années les 500 saints juifs enterrés au Maroc. La spiritualité du judaïsme marocain est particulièrement vivante », estime de son côté le rabbin loubavitch Levi Banon, né au Maroc et qui a grandi au Canada.  Ils étaient 250 000 en 1940 et ont profondément marqué  l’histoire et la culture du royaume. Mais au milieu du XXe siècle, il y a eu un exode massif en Israël, en France, au Canada, et aux Etats-Unis. « L’inscription de l’influent hébraïque du Maroc est inscrit dans la Constitution de 2011 », se réjouit Fanny Mergui, une juive de 77 ans de Casablanca.

Mais cette normalisation avec l’Etat hébreu a été fraîchement accueillie par une partie des Marocains, traditionnellement acquis aux droits des Palestiniens : « Était-ce vraiment le moment de tendre la main aux gens qui sont responsables de cette situation, se  demande Sion Assidon qui se définit comme un Marocain d’ascendance juive. Le discours de l’Etat assimile une religion à l’œuvre coloniale (israélienne). Cela pourrait mener à une augmentation de la judéophobie ? » En effet, les autorités marocaines ont mis en avant la coexistence entre les religions pour justifier la normalisation.  Tout cela complique le statut du Sahara occidental ! Alors que la Namibie, « territoire de statut international » selon l’ONU, que l’Afrique du Sud voulait en fait intégrer, est devenue indépendante en 1990 lors d’élections supervisées par des troupes de l’ONU auxquelles un contingent militaire suisse a participé avec des médecins et des infirmières. Aujourd’hui tout se passe normalement, bien que  l’appétit des entreprises chinoises pour l’uranium se fasse sentir. Peut-on espérer que le nouveau président américain Joe Biden puisse faire marche arrière ? Ce serait la meilleure solution, et à ce moment-là, il faut souhaiter un referendum au peuple du Sahara occidental pour son indépendance. Rien n’est moins sûr du côté du Maroc, et des conflits pourraient resurgir malgré la présence de la Minusco qui n’a pas encore prouvé son utilité. En effet, des indépendantistes sahraouis viennent de lancer 4 missiles sur la zone tampon sous contrôle marocain de Guerguerat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COP21, pendant ce temps en Afrique australe…

 

Dans un récent article, Bertrand Piccard (LT 11.12.20), directeur de Solar Impulse, constate amèrement le peu de progrès faits depuis la COP21 il y a 5 ans, avec quelques gigatonnes de CO2 en plus. Mais l’inaction des Etats a réveillé les sociétés, dit-il, qui ont créé partout des mouvements écologiques. Et de citer que le photovoltaïque coûte désormais moins cher que l’énergie fossile et nucléaire. Encore faut-il que les Etats en soient conscients et que l’avidité et l’égoïsme humains diminuent.

En effet, pendant que nous discutons sans fin du Covid 19 et des vaccins, en réclamant à corps et à cris que l’on ne touche pas à notre bien-être, notre avenir se prépare ailleurs dans d’autres pays, par exemple en Afrique australe, dans le Delta du Kavango et en Namibie…

De nombreux touristes suisses et bien sûr du reste du monde, ont pu admirer ce paradis sur terre qu’est le Delta du Kavango où vivent encore paisiblement de nombreux animaux et un peuple premier (ce qu’il en reste), les Bochimans (San) depuis des centaines de milliers d’années auxquels on a laissé un coin pour vivre selon leurs traditions, à condition qu’il n’y ait pas de diamants là… (Botswana). En plus, une biodiversité à pâlir de jalousie. En fait, c’est la Genèse à livre ouvert qu’une multinationale canadienne, Recon Africa, va violenter, même si elle jure le contraire, bien informée par des « experts » qui n’ont jamais vécu là… Cela se fera par des « méthodes conventionnelles » (donc pas de fraction de roches) promet le dirigeant Craig Steinke. Faire des trous de 5km de profondeur pour chercher du pétrole et du gaz, ce n’est rien apparemment, « ils seront remplis par du sable et de l’eau »… Les organisations écologistes ont commencé de protester, et aussi l’évêque Geoff Davies responsable de l’Institut sud-africain Environnement et Foi. Il a demandé que les investisseurs et les sociétés financières renoncent à ce projet. « Nous savons tous qu’aujourd’hui, nous devons renoncer aux ressources fossiles ». Il est outré que les gouvernements de Namibie et du Botswana aient accepté ce projet… Un exemple typique de multinationales qui ont sans doute fait des promesses financières aux dirigeants, qui finissent souvent en partie dans leurs poches. Est-ce que les AVS des Canadiens et autres retraites valent la peine de détruire cette beauté antique qui nous enchante ? Le Canada a sûrement souscrit à l’accord de Paris. Alors pourquoi ne pas arrêter et écouter les sages ? Avoir de la sagesse et du respect, c’est bien ce que nous demande Bertrand Piccard, pour faire progresser la Cop21.

Et pourtant, il en est de même avec les vautours qui se précipitent sur la Namibie pour son uranium. Au temps du mandat de la SDN (Société des Nations), puis de l’ONU sur la Namibie (1920-1990), administrée par l’Afrique du Sud, il n’y avait qu’une grande multinationale de l’uranium Rössing (Britannique et Australienne), qui ne pratiquait pas le néolibéralisme exécrable d’aujourd’hui, mais pensait aussi à l’avancement des habitants. Trente ans plus tard, les multinationales sont légion, il y en a plus d’une vingtaine dont le nom n’indique pas forcément le pays : Chine, Inde, Russie, Japon, Corée (du nord), Iran, Afrique du Sud, etc. (Voir New Uranium projets in Namibia, jan.2020). A remarquer que l’Iran reçoit de l’uranium namibien depuis le temps du Shah. La Corée du nord a aidé le mouvement de libération de la Namibie, la SWAPO, maintenant au pouvoir, qui a aussi reçu beaucoup d’argent de la Chine. Areva (France) avait trouvé de l’uranium il y a environ 35 ans, mais la teneur en uranium n’était pas suffisante pour cette organisation française. Cela a été immédiatement racheté par la Chine qui a aussi racheté une partie de Rössing, dont Husab mine. Elle cherche aussi du lithium et a construit une « Route de la Soie » qui mène au seul port du pays pour l’exportation rapide des ressources du sous-sol namibien. Un port d’ailleurs qu’elle a amélioré pendant des années, et où on se demande si ce ne sera pas un jour un port militaire comme en Ethiopie pour surveiller toute la côte ouest de l’Afrique et, sans doute, les Etats-Unis. Il est interdit de s’en approcher.

Pourquoi tant de pays s’approvisionnent-ils en uranium ? Probablement qu’ils ont fait le choix du nucléaire pour vaincre les émissions de CO2 et ne pas polluer l’atmosphère, mais aussi celui d’armes nucléaires… La Chine compte déjà en 2020 49 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité opérationnels, et 10 réacteurs en construction. Si le côté positif de la Cop21, ce sont les mouvements écologiques, la réaction fondée sur le nucléaire pour ne pas polluer, est malheureusement problématique. Même s’il y a plusieurs instituts en Namibie pour protéger un environnement extraordinaire, l’économique prendra sûrement le dessus, comme partout ailleurs, à moins d’un revirement général dans le monde dû à de nouvelles décisions de la Cop21, de l’ONU, de l’UE et de chefs d’Etats africains conscients de l’importance de ce qu’ils perdent. Ne perdons pas confiance. « Le mariage de la lune et du soleil aura toujours lieu », disent les Bochimans…

 

 

 

 

 

 

 

Mozambique: la barbarie à l’état pur…

Beaucoup de choses ont changé au Mozambique depuis la fin de la guerre civile en 1992 qui opposait le Frelimo (financé par la Chine) et la Renamo (soutenue par l’Afrique du Sud), qui est devenu aujourd’hui un parti politique d’opposition. Le Frelimo est encore au pouvoir depuis son indépendance du Portugal en 1975, comme d’ailleurs tous les mouvements de libération de l’Afrique australe, malgré des élections démocratiques… Mais aujourd’hui, des entreprises étrangères ont fait leur apparition. En effet, depuis la découverte de vastes gisements de gaz naturel et de pétrole, ce pays est devenu la proie de consortiums chinois et brésilien, entre autres, qui sont sur place comme des vautours, attirés par le gaz, le pétrole, le charbon et des milliers d’hectares de forêts pour le bois précieux. La Chine utilise un gigantesque pétrolier pour exporter le gaz, le pétrole et le charbon dont elle a tant besoin, y compris le bois précieux qui est devenu le « take away » de gangs chinois. On peut imaginer les dégâts sur des milliers d’hectares car il n’y a pas de contrôle efficace. Seulement 5 % des revenus faramineux des ressources naturelles seraient réinvestis dans le pays. Et le reste, transféré ?

Et pourtant la pauvreté règne au nord… Deux mille morts, presque tous par décapitation, depuis 2017, dans la région septentrionale de Cabo Delgado. Les mots manquent pour décrire ces horreurs. Ce pays de 30 millions d’habitants, est devenu le théâtre de conflits effrayants à cause de la menace croissante des djihadistes africains qui forment une galaxie de groupes : Ansar al Sunna a fusionné avec l’Iscap, la plateforme islamiste de Daech en Afrique australe. Ces islamistes ont été d’abord chassés du Kenya en 2015, puis de Tanzanie en 2017, et ils sont maintenant au nord du Mozambique. Début novembre, un groupe armé lié à Daech a décapité une cinquantaine de civils (district de Muimbe) suscitant une émotion internationale. Selon des sources locales, les djihadistes s’en sont pris aux participants à une cérémonie d’initiation sur un terrain de foot. En août dernier, l’Iscap avait occupé Mocimba de Praia et attaqué un village tuant aussi 50 personnes, ceci malgré l’envoi de nombreux renforts de l’armée et la coopération d’agences de mercenariat dont la société russe Wagner envoyée en 2019, qui en est repartie rapidement.

Cabo Delgado est l’une des provinces les plus pauvres ce qui favorise l’implantation des djihadistes et où les rivalités ethnico-religieuses sont à l’œuvre. « La communauté à majorité chrétienne des Maconde, actuellement au pouvoir avec le Président Filipe Nyusi, marginalise une autre communauté, les Mwani, à dominante musulmane, ce qui favorise la radicalisation de la jeunesse » (La Croix 12.11.2020) Cette radicalisation, on l’aura compris, est en lien avec les énormes gisements de gaz qui attirent aussi les vautours du monde entier et dont les bénéfices vont à la capitale et ailleurs, et non aux locaux…

Voilà donc l’arrière fond de la terreur qui s’est installée dans cette région On dit que l’entreprise qui réussira à contrôler le canal du Mozambique, gagnera le trésor de 160 trillions de pieds cubes (1). Dans cette compétition, l’opacité est de mise comme partout en Afrique et la prolifération des groupes armés, la règle, comme on le voit notamment en RDC. Le Mozambique avec 2000 km de côte sur l’océan indien, a pour voisin la Tanzanie au nord, la Zambie, le Zimbabwe, le Malawi à l’ouest, et l’Afrique du Sud. Jusqu’où iront les djihadistes déjà présents dans plusieurs pays francophones ? On n’ose pas imaginer qu’ils atteindront le pays de Mandela. Et pourtant ce n’est pas impossible, le Covid est en train de grignoter l’économie et une partie de la population a faim…

(1) = un milliard de milliards pieds cube. Un pied cube = 0,03 m3 ou 28 litres. Mesures anglaises.

Nigéria: la colère des jeunes nigérians nous interpelle aussi

 

Le président nigérian septuagénaire Muhammadu Buhari, ancien général, n’arrive pas à venir à bout de la jeunesse révoltée par les violences de la Brigade spéciale de répression des vols (Sars). Il était pourtant venu presque à bout, ces cinq dernières années de pouvoir, de l’insurrection djihadiste de Boko Haram (nord-est) et d’une terrible récession économique. Mais la jeunesse appauvrie et avide de changement, lui pose un défi sans précédent.

Le 20 octobre, son armée et la police sont accusées d’avoir tiré à balles réelles sur des milliers de manifestants faisant au moins 12 morts à Lagos, provoquant une indignation générale, même à l’étranger, ce qui ne l’a pas affecté. Il s’est montré au contraire intransigeant et sourd à la douleur des jeunes. Il a même cru calmer les esprits en annonçant la dissolution de l’unité de police pourtant au cœur des revendications et en promettant de réformer la police. Mais ces annonces n’ont pas suffi à calmer la jeunesse et les protestations sont devenues peu à peu un mouvement contre le pouvoir central. Dans ces villes surpeuplées où vit une population jeune et pauvre, les violences ont rapidement éclaté et les répressions ont été trop sévères.

Tout cela a mis à jour le fossé énorme qui sépare une élite nigériane âgée comme leur président, et la jeune génération qui veut se faire entendre. Un modèle que l’on retrouve hélas dans presque tous les pays du continent africain où la force armée ne peut venir à bout des révoltes populaires quand ce n’est pas les djihadistes. En plus, les flux d’argent sud-nord (75 milliards d’euros), en majorité des capitaux illicites, sont plus importants que ceux nord-sud. Le Nigéria est un colosse de 214 millions d’habitants. Sa population atteindra les 410 millions en 2050, c’est en effet, le pays le plus peuplé d’Afrique. Il est aussi le premier producteur et exportateur de pétrole et le 3e producteur de gaz derrière l’Algérie et l’Egypte. Depuis 2014, le Nigéria est passé devant l’Afrique du Sud (57 millions habitants) pour sa puissance économique, grâce aussi à son industrie cinématographique.

Le continent africain abrite aujourd’hui 1,3 milliard d’habitants. Mais la pandémie du Covid vient jeter son ombre diabolique sur tout le continent, augmentant partout la pauvreté, ce qui révolte les jeunes qui se sentent privés d’avenir et qui voudront émigrer. On se demande alors comment certains grands patrons d’entreprises sur ce continent peuvent encore refuser de payer pour les dégâts qu’ils causent sur des populations et leurs environnements… Le Forum de Davos 2021 a pris les devants. Il va demander de réduire leurs dividendes, comme Christine Lagarde d’ailleurs, l’ONU et le pape François dans son encyclique Fratelli Tutti. C’est une question de survie de l’humanité… De grands mots ? Non, la réalité à moyen terme. A méditer pour un oui aux votations du 29 novembre.

 

 

Initiative pour des entreprises responsables

 

A l’heure où l’on apprend la fuite, chaque année, depuis le continent africain, de 75 milliards d’euros qui sont en majorité des capitaux illicites (évasion fiscale, contrebande, corruption, sous facturation, etc.) et représentent à peu près la totalité de l’aide au développement générale, on est consterné ! Comment est-ce possible alors que les représentants des 4 principaux partis politiques suisses, soient contre cette initiative pour que des entreprises ayant leur siège en Suisse soient responsables des dégâts qu’elles causent dans les pays émergents ? Tout y est : environnement, pollution, empoisonnements de populations, morts dans les mines artisanales (or surtout), achat d’armes, etc. Bien sûr cela coûterait quelques sous. Evidemment, on ne peut le reprocher au PLR (Petra Gössi) ou à l’UDC (Marco Chiesa, dont c’est la ligne de pensée. Oui, mais à la Verte libérale Isabelle Chevalley et au président du PDC Gerhard Pfister qui utilisent des arguments tordus, on doit le leur reprocher.

Certes il y a des entreprises qui agissent correctement et même noblement et font leur possible pour limiter les dégâts et éduquer la jeunesse de ces pays émergents où rôdent les djihadistes à l’affût. La plupart des entreprises basées en Suisse, assistés par des lobbyistes onéreux, vous racontent la main sur le cœur, tout le bien qu’elles font localement, mais elles ne savent pas vraiment ce qui s’y passe, qui empoche les dividendes et comment ces montants sont rapatriés dans des paradis fiscaux. La plupart utilisent à peu près les mêmes méthodes que les Chinois (prendre la terre en cas de dettes) ou celles d’organisations mafieuses (s’emparer d’uranium). Donc inutile de parler du respect de la souveraineté d’un état comme Gerhard Pfister. Les états, au contraire, se réjouiraient que de telles magouilles soient punies chez eux. Et évoquer le Covid et la pauvreté qui en découle n’est pas acceptable non plus, car il y aurait assez d’argent dans ces pays sans la corruption…

Il vient d’y avoir un appel de plusieurs centaines d’intellectuels africains pour soutenir l’action du prix Nobel de littérature 1986 Wole Soyinka (Nigéria) qui essayent justement de moraliser leurs dirigeants corrompus. Ils se sont bien rendu compte que c’est le seul moyen de responsabiliser les Africains à la place de continuer à en faire des assistés qui sabotent ainsi la démocratie. Même les peuples en ont assez, les jeunes surtout, qui maintenant osent protester ouvertement dans la rue contre leurs dirigeants. Aidons-les.

Pensons au « Great Reset » dont a parlé Klaus Schwab au Forum des 100. A Davos 2021 il demandera aux actionnaires de ces entreprises de diminuer leurs profits (caisses de retraite et AVS notamment) et de prendre plus en compte la dignité des personnes et la solidarité. C’est ce que pensent aussi Christine Lagarde depuis longtemps et le pape François dans sa récente encyclique « Tutti Fratelli ». Selon eux, il n’y a pas d’autres moyens de sauver l’humanité… Bien sûr cela ne convient pas à l’Américain Mike Pompeo, secrétaire d’Etat et au président Trump.

 

 

Chine: Quand la femme adultère est lapidée par Jésus…

 

La Chine et le Vatican se sont entendus pour prolonger l’accord historique provisoire conclu en 2018. Ce texte permet à Rome et à la Chine de se mettre d’accord sur la question ultrasensible de la nomination d’évêques dans un contexte actuel  durcissement du pouvoir chinois. Il utilise cependant les mêmes termes qu’en 2018. La question de nomination d’évêques peut paraître technique, mais ce qui importe pour Rome, est l’unité des catholiques chinois et l’évitement d’un schisme. En effet, depuis une dizaine d’années, les autorités désignaient elles-mêmes les évêques, parallèlement à ceux clandestins par Rome. Par deux fois les autorités chinoises avaient affirmé leur volonté de les nommer, une quarantaine, en dehors de l’approbation de Rome, ce qui aurait rendu difficile une reconnaissance postérieure. Aujourd’hui, Rome a une sorte de veto et s’engage à ne plus nommer des évêques clandestins.

Une première : en novembre 2019, plusieurs négociateurs venus de Rome avaient reçu l’autorisation de célébrer une messe dans la cathédrale de Pékin, un évènement suivi, en février 2020, d’une rencontre entre le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et son homologue au Vatican Mgr. Paul Richard Gallagher, avec l’ordination possible de deux nouveaux évêques.

Mais tout cela se produit dans le nouveau contexte de durcissement chinois. Il y a l’importante critique du cardinal Joseph Zen, ancien évêque de Hong Kong. Il estime que cela peut amener à « l’anéantissement de la vraie Eglise » chinoise. D’autres critiquent aussi le fait que cet accord reste secret ce qui permet aux autorités chinoises de pouvoir toujours se prévaloir d’une caution du Vatican pour mener ses actions. Des catholiques chinois pensent que cet accord ne conduit pas au respect de la liberté religieuse.

Ce qui a fait sursauter le ministre américain des Affaires étrangères Mike Pompeo en visite ces jours au Vatican après sa tournée au Moyen Orient et en Méditerranée, c’est l’interprétation du « catéchisme chrétien » chinois où Jésus doit se fondre dans l’idéologie chinoise : « La femme adultère est lapidée par Jésus », obéissant ainsi aux lois de son pays Israël. Jésus est ainsi mis au service de la culture politique chinoise. Une sorte de win-win…

Mais le Père Antonio Spadaro reste malgré tout positif. Cela permet de passer d’une Eglise clandestine à une Eglise officielle. La revue jésuite Civiltà Cattolica a aussi la permission de publier les messages du pape François en chinois, et utilise aussi le réseau Wechat, très prisé. Une manière d’entretenir un lien entre Pékin et Rome. Ce n’est pas l’avis de Trump évidemment, ni de Mike Pompeo, ni d’un ancien cardinal Carlo Maria Vigano qui avait osé demander la démission de François aussi pour d’autres raisons. Mais au Vatican, on parle du « martyre de la patience »…

 

 

 

 

 

 

Quand des intellectuels africains moralisent leurs dirigeants…

 

L’économiste sénégalais Felwine Sarr exigeait dans son livre « Afrotopie » (2016) un tournant civilisationnel (voir NZZ 12.09.20). Il faut baisser, selon lui, les différentes manettes de la locomotive de croissance, pour avoir enfin le temps de penser où nous devons aller… Evidemment il ne pensait pas, il y a quatre ans, qu’une pandémie allait forcer le monde à une pause, et maintenant, on peut même penser que l’appel révolutionnaire provenant du continent africain pourrait donner le ton globalement.

Depuis plusieurs années, des philosophes et des politiciens africains débattent d’une période postcoloniale et demandent un « reset » pour construire un monde économique et des sociétés plus intégrées, plus égales, et plus durables, comme l’a expliqué le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. On entend les mêmes exigences du Forum de Davos qui invite, pour le début 2021, à une rencontre mondiale des actionnaires (stakeholders) qui doivent penser à un « Great Reset ». Il s’agirait de jeter les bases d’un contrat de civilisation mettant au centre la dignité humaine et la justice sociale et non pas en premier lieu le développement économique. Inimaginable il y a encore une année !

C’est un nouvel espoir pour le continent africain que la locomotive occidentale axée sur le profit prenne une autre direction qui ressemble à la philosophie humaniste de l’Ubuntu sud-africaine où le choix de la solidarité permet la participation au bien-être de tous. Mais la crise du Covid va-t-elle même pousser à l’application des idées extrêmes du Camerounais Achille Mbembe qui exige lui une « justice compensatoire » des ex-colonies ?

En avril 2020, une centaine d’intellectuels africains ont co-signé une lettre ouverte du prix Nobel de littérature Wole Soyinka du Nigeria (1986) à leurs dirigeants et élites, les invitant à ne plus être des spectateurs passifs, à avoir plus de compassion envers leurs peuples, à cesser leurs égoïsmes et leurs suffisances, qu’ils mettent en place ensemble des mesures solidaires. Après la pandémie, la coopération au développement à l’égard surtout d’une population jeune (60 %) et les richesses du sous-sol ne créeront un bien être partagé et une reconnaissance internationale que si les 54 états auront pu rassembler ensemble tous leurs potentiels, une tentative déjà dirigée par l’Union Africaine (UA) sous l’impulsion du président rwandais Paul Kagame, reprenant un essai plus ancien du président sud-africain Thabo Mbeki « Renaissance », vouée à l’échec rapidement.

Il est vrai que l’OMS n’enregistre « officiellement » que 5 % de personnes infectées ce qui serait dû à la jeunesse de la population de moins de 25 ans. Mais néanmoins les menaces des conséquences de la pandémie mettent la politique africaine sous pression : exportations de matières premières, investissements étrangers, remises de dettes…Les intérêts nationaux, les luttes pour le pouvoir (Côte d’Ivoire aujourd’hui), la concurrence, continueront d’imprégner les relations internationales malgré les exigences environnementales et une meilleure répartition des biens. C’est seulement sur la base d’actionnaires convainquants pesant de tout leur poids dans la balance, que les Africains pourront aussi participer au Great Reset, à la même hauteur que les autres. Et pas seulement dans l’espoir d’un fonctionnement moralisateur de la politique et de l’économie. Mais les multinationales et autres investisseurs joueront-ils le jeu renonçant cette fois à leurs énormes profits, Chinois compris ? Pas sûr. Nous venons d’apprendre que la compagnie canadienne ReconAfrica a l’autorisation de forer pour du gaz et du pétrole dans une des plus belles régions entre le Botswana et la Namibie. 

 

 

 

 

 

Sans vérité et justice, pas de paix durable en RD Congo

Le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix 2018, « le médecin qui répare les femmes victimes d’abus sexuels en RD Congo », en est convaincu, c’est une étape essentielle pour avancer vers la paix. En effet, il faut que les victimes et leurs bourreaux puissent reconstruire un avenir apaisé pour les générations futures.

Et pourtant l’ONU avait déjà mis au jour de nombreuses violations des droits humains commis entre 1993 et 2003 surtout dans les régions de l’Est et tout est documenté dans le rapport Mapping. Mais voilà, il a été très rapidement enterré par les autorités responsables d’alors. Aujourd’hui, l’ONU s’inquiète d’une détérioration de la situation des droits de l’homme dans les provinces en conflits. Le Bureau conjoint des Nations Unies a rapporté plus de 4000 violations et atteintes aux droits humains, commises entre janvier et juin 2020… Le Dr Mukwege a rapidement compris, avec l’aide d’une juriste internationale Céline Bardet, spécialiste des questions de crimes de guerre, que pour stopper ces violences, il fallait résoudre le problème de l’impunité. Et son combat vise à déterrer le rapport Mapping pour que la liste officielle des commanditaires établie par l’ONU soit publiée. En plaidant ouvertement pour cette justice, il soulève la question d’une impunité totale sur un conflit dont les responsables n’ont jamais été jugés. Depuis 25 ans, un grand nombre d’auteurs présumés figurent dans les hautes instances dirigeantes politiques et militaires des pays de la région des Grands Lacs, ce qu’avait déjà dénoncé l’ONG Acat en 2019. Tout cela participe de la déstabilisation de l’Afrique centrale, du Mali à Mogadiscio.

Mais les intentions de Denis Mukwege dérangent beaucoup de personnes et il a été menacé de mort, ainsi que des membres de sa famille. Des menaces qu’il prend aujourd’hui très au sérieux. C’est pourquoi il en appelle aussi à la communauté internationale. L’ONU est particulièrement concernée puisqu’elle avait déjà fait un rapport. Seule une décision du Conseil de Sécurité peut permettre la création d’un Tribunal pénal international chargé de juger les exactions commises au cours des dernières décennies.

La Coopération suisse au développement a plusieurs projets d’aide aux populations de l’Est de la RDC et a cofinancé un film projeté récemment à Lutry (VD) montrant un concert pour la paix. Le chœur africain chantait le Requiem de Mozart sans aucun livret, pour donner du courage aux victimes de nombreux deuils. Un rappeur mimait des scènes terribles. C’était sous le patronage de Denis Mukwege et de l’évêque de Bukavu. Un moment émouvant que diverses personnalités ont aidé à réaliser, notamment le représentant de la DDC Jean-Luc Virchaux. Une manière aussi de rendre hommage aux milliers de morts innocents.