Les djihadistes au Mozambique, et après ?

Un coup d’œil sur la carte de l’Est du continent africain, et l’on voit la progression des djihadistes depuis la Somalie, sans mentionner ceux de la Syrie et en Irak où ils étaient installés dans leur Califat. Ils partent de Somalie (les shababs), puis passent par le Kenya et la Tanzanie d’où ils ont été chassés, ensuite dans l’Est de la RDC (République Démocratique du Congo), et maintenant, ils sont au Nord du Mozambique, en majorité musulman, dans la province de Cabo Delgado. Là où, depuis 2017, les violences ont fait 2400 morts, dont des centaines décapités, et 600 000 déplacés.
Ouvrons encore plus les yeux, trop souvent rivés sur l’Afrique francophone, l’organisation armée de l’Etat islamique (EI) qui existe toujours, pousse ainsi ses pions un peu partout dans cette région Est et Australe où de nombreux groupes locaux y ont fait allégeance, créant ainsi une plateforme Daech appelée ISCAP depuis 2015 (Islamic State Central Africa Province), dont le but est de conquérir l’Afrique australe… Evidemment l’armée sud-africaine est un rempart puissant qui pourra les arrêter et aussi dans les pays voisins (Botswana, Namibie, Zambie) qui vont riposter avec son aide pour protéger leurs ressources importantes : diamants, uranium et pétrole au nord- Est de la Namibie, exploité depuis peu par Recon Africa (Canada) dans un lieu paradisiaque dans le delta du Kavango à la frontière du Botswana.
Pendant ce temps, l’armée française, 5000 hommes, aidée par quelques soldats européens, se bat au Mali en priorité, mais intervient aussi au Niger et au Burkina Faso. Une tâche complexe puisque des djihadistes se sont infiltrés dans les populations… Néanmoins, ils ont ainsi créé, en une vingtaine d’années, une sorte de toile d’araignée sur une grande région du continent africain, mais sans véritable communication entre eux ce qu’a bien compris le Département d’Etat américain. Il a rebaptisé le groupe très meurtrier de l’Est du Congo, Daech RDC, et ceux du Mozambique appelés Ansar Al Sunna, Daech Mozambique. Ces deux groupes sont inscrits sur la liste des sanctions américaines pour lequel « il est criminel de fournir sciemment un soutien matériel ou des ressources à ces organisations ou de conspirer à cet effet ». Entendons ici, les Russes qui sont intéressés comme ils l’ont fait en Syrie et en Libye sans vrai succès ou en Centre Afrique, en détruisant nombre de bâtiments. Mais les Chinois, qui ont beaucoup investis dans le continent africain pourraient bien être de la partie dans des discussions. Ils pourraient aider les djihadistes avec leurs savoirs, eux qui sont déjà presque partout sur le continent dont ils retirent des ressources importantes qui passent par les routes de la soie et les ports qu’ils ont améliorés. Ils en ont besoin pour leur propre développement…Mais tout cela reste vague et n’est pas encore confirmé.
Aujourd’hui Il y a déjà des soldats américains pour former de marins mozambicains à se défendre contre les djihadistes, et peut-être même que ceux qui se retirent de l’Afghanistan leur viendront-ïls en aide avec leurs expériences. Cabo Delgado, la province septentrionale du Mozambique (30 millions d’habitants), est pauvre et les investissements du gouvernement y sont maigres. Mais elle est riche en gaz naturel ce qui a attiré Total qui vient de commencer ses forages. Cependant les attaques des djihadistes du 10.11.21 ont freiné net les travaux. Suivant leurs méthodes horrifiantes, ils ont décapités 50 civils sur un terrain de foot, des jeunes surtout, et poursuivi les femmes et les enfants dans les forêts voisines. D’autres attaques ont eu lieu, comme celles récentes à Palma le 11 avril, ville de 20 000 habitants qui a subi les mêmes traitements.
Même si les forces du gouvernement ont repris Palma aux djihadistes, elles sont bien faibles. Le Mozambique est un pays où des années de corruption ont permis la montée de djihadistes comme dans d’autres pays. En plus, il a été très meurtri il y a deux ans par un cyclone dévastateur dont il n’est pas encore remis et la sécheresse au Sud est persistante comme à Madagascar, où des villages sont devenus des mouroirs, à la merci de brigands qui volent leur bétail. Un tableau sombre dans cette partie de l’Afrique qui était pourtant pleine de promesses. Christine von Garnier, 13 avril, 2021. Dr en Sociologie politique et journaliste.

Christine von Garnier

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

Une réponse à “Les djihadistes au Mozambique, et après ?

  1. Bonjour Madame,
    vous écrivez ceci:
    “Mais les Chinois, qui ont beaucoup investis dans le continent africain pourraient bien être de la partie dans des discussions. Ils pourraient aider les djihadistes avec leurs savoirs, eux qui sont déjà presque partout sur le continent dont ils retirent des ressources importantes qui passent par les routes de la soie et les ports qu’ils ont améliorés.”

    Excusez ma naïveté, mais si je saisis bien, les chinois pourraient aider les djihadistes au Mozambique d’un coté, et de l’autre éliminer les Ouïghours en Chine ?
    et, tant qu’à faire, tout aussi naïvement, ne pourrait-on pas se dire que les occidentaux font de meme ? que la course aux ressources est au-dessus de toute autre considération ?

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