Elections en Namibie

Elections en Namibie : le parti au pouvoir, la SWAPO, perd des voix…

C’est en 1990 que la Namibie a accédé à l’indépendance sous supervision de troupes de l’ONU auxquelles un contingent militaire médical suisse avait participé. Ainsi libérée de la puissance mandataire l’Afrique du Sud, elle pouvait enfin tracer sa propre voie avec la SWAPO (South West Africain People’s Organisation). Les Namibiens ayant combattu l’apartheid pendant des années, étaient très au courant des Droits de l’homme, ce qui a eu pour conséquences que ce pays a passé les 20 premières années de son indépendance dans le respect de leur Constitution modèle et des minorités, malgré une majorité écrasante des Ovambo au Nord du pays.

Mais les vautours planaient dans le ciel namibien, très friands de ses richesses : l’uranium et le lithium pour les Chinois, la Corée du Nord et l’Iran entre autres, vestiges des amitiés passées du mouvement de libération ;  les diamants (De Beers et Cie, Afrique du Sud) ; les ressources pélagiques où Russes et Espagnols notamment se servaient en toute impunité. Sans oublier la richesse que représentent les fonds phosphatés dans l’Océan atlantique, convoités par des multinationales de l’agro-alimentaire, mais que les Namibiens ont pu défendre jusqu’à présent. La splendeur du pays attire aussi des touristes du monde entier, surtout parce qu’il n’y a pas de djihadistes. Comme l’Afrique du Sud, la Namibie est un pays encore très chrétien et l’Islam y est peu présent.

Les résultats des élections qui ont eu lieu le 27 novembre par vote électronique, se sont fait attendre pour différentes raisons. Tout d’abord l’ambiance morose du pays frappé par une récession économique grave comme bien d’autres pays en Afrique, mais surtout par la sécheresse. Des observateurs connaissant ce pays à la beauté saisissante,  n’ont jamais vu du bétail si maigre qui, à l’est, meure à cause du peu de fourrage. Ensuite, des voitures étatiques ont manqué pour aller chercher les urnes dans certaines régions lointaines. En effet, la Namibie est un immense pays,  une fois et demie la France, pour 824 269 km2 et 2,5 millions d’habitants, principalement concentrés au nord près de l’Angola.

L’ancien président Hage Geingob, 78 ans, un Damara, a été réélu, mais il a perdu 31 % des voix qu’il avait récoltées 5 ans auparavant, et l’Assemblée nationale a elle aussi perdu 21 %,  n’ayant plus les 2/3 nécessaires pour diriger seuls le pays. Comme presque partout en Afrique, le gouvernement a succombé aux sirènes de la corruption introduite surtout par des Chinois, mais Areva (uranium France) n’était pas en reste), sans parler d’autres multinationales. Deux ministres, dont celui de la pêche, Bernhard Esau,  ont été contraints démissionner pour avoir touché 10 millions de dollars de la part d’une entreprise islandaise, rapporte Wikileaks. Mais que cela cache-t-il ? Deux opposants ont divisé la SWAPO : M. Venaani, 42 ans, déjà candidat aux élections passées (Mouvement démocratique populaire) et un ancien membre de la SWAPO, Pantuleni Itula 62 ans, accusé d’avoir bradé les richesses du pays, soutenu par les jeunes surtout intéressés par l’argent et qui n’ont pas connu la lutte pour l’indépendance.

Que va devenir la Namibie avec cette perte d’influence de l’ancien mouvement de libération la SWAPO ?  Le changement climatique, les prédateurs des richesses, la perte de la conscience des Droits de l’homme par les jeunes surtout,  le peu de respect du droit international par les grandes puissances, Trump et Chinois en tête, ne sont pas des bonnes fées pour son avenir qui risque de prendre un chemin chaotique. La même évolution se fait jour en Afrique du Sud. L’ANC est divisée, minée par le clan  mis en place par l’ancien président Zuma, l’Ubuntu de Mandela (prendre soin de tous) s’efface devant l’égoïsme individuel. Le président Cyril Ramaphosa a fort à faire pour se maintenir en place.

Christine von Garnier

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

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