Djibouti, capitale de la Chinafrique

Vous doutez encore de l’emprise de la Chine sur l’Afrique ? C’est pourtant chose faite. Après avoir amélioré ou construit des ports sur l’Est du continent, et via Le Cap jusqu’en Namibie et en Angola, la Chine a aussi construit des routes, des ponts, des voies de chemins de fer, majoritairement avec ses propres ressortissants. Elle termine maintenant son étau par le port de Djibouti. Il devrait accueillir d’ici fin 2017, 10 000 militaires chinois. Officiellement pour ravitailler en nourriture et carburant leurs escortes navales dans le Golfe d’Aden et dans les eaux somaliennes (voir http://chinafrique.info). Evidemment cela doit aussi permettre à ses sous-marins nucléaires de se rendre maître de toute la région Est de l’Afrique. La France, les Etats-Unis et le Japon disposent déjà de bases militaires à Djibouti. La France paie 30 millions d’euros chaque année pour sa garnison de 2700 hommes, le Japon et les Etats-Unis chacun 30 millions de dollars pour leurs bases… La base américaine de Djibouti (4000 hommes) a même dû déménager d’Obock sur son autre base de Camp Lemonnier pour faire de la place aux Chinois qui ne paient rien, mais construisent toutes les infrastructures nécessaires pour relier Djibouti au reste de l’Afrique, et surtout pour son commerce avec l’Ethiopie (minerais). Le président de cette Cité-Etat, Ismaïl Omar Guelleh veut transformer son petit pays en un Singapour de la Corne de l’Afrique.

Alliance stratégique chinoise

La Chine poursuit ainsi sa stratégie maritime déjà bien avancée dans la Mer de Chine et ses environs lointains, irritant notamment les Japonais, les Coréens du Sud et les Philippins, de même que les Indiens, forçant l’Inde, inquiète, à augmenter son budget militaire pour acquérir aussi des sous-marins comme si elle n’avait rien de mieux à faire. C’est dans une ancienne zone franche de 48 km2 que la construction d’une plateforme de transbordement pour le commerce Chine-Afrique a commencé. Selon le Monde (25.1.2016), plusieurs accords économiques et militaires ont été signés. Un des accords porte sur la mise en œuvre d’un cadre légal permettant un afflux rapide de banques chinoises à Djibouti et prévoit la création d’une Chambre de compensation qui permettra de ne pas perdre des devises dans les échanges avec la Chine. Ceci sans passer par le dollar américain. Pékin et Djibouti sont en train de sceller une alliance stratégique majeure qui fera de ce petit Etat une étape obligée de la Chine dans sa fameuse “route de la soie” reliant la Chine à l’Afrique en passant par le Golfe arabique. Un projet estimé à 48 milliards de dollars par la presse officielle chinoise. Pour les Emirats arabes et surtout les Etats-Unis, l’arrivée des Chinois dans cette région complique la donne et provoque une recomposition des alliances diplomatiques autour de la Mer rouge. Les Occidentaux redoutent de voir Djibouti tomber dans l’orbite de Pékin et de perdre ainsi un pays-clé au carrefour des grandes routes maritimes.

Dépendance croissante de l’Afrique

Si le nouveau président de l’Union Africaine Idriss Déby a récemment déclaré que le continent africain devrait être moins dépendant de l’extérieur, il ne semble pas en suivre le chemin. Le vide laissé par les anciennes puissances coloniales a vite été rempli par la Chine qui avait aidé des mouvements de libération. Elle achève ainsi sa toile d’araignée économique, politique, financière (monnaie chinoise), militaire et même religieuse (Confucius est enseigné dans plusieurs universités) sur tout le continent. Les droits de l’homme ne sont pas prioritaires selon Xi Jinping. Une recolonisation spectaculaire en un temps record ! La Chine s’assure ainsi l’approvisionnement de toutes les ressources minérales dont elle a besoin pour son propre développement, y compris des céréales pour sa population et de l’ivoire pour ses riches. L’Afrique est en train de perdre sa liberté.

Christine von Garnier

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

2 réponses à “Djibouti, capitale de la Chinafrique

  1. Bonjour
    J ai passé 26 ans de mon existence à djibouti J ai même travaillé pour guelleh votre analyse et exact les gouvernements occidentaux ne font rien et de plus le tiran guelleh vend son pays qui sera dans peu de temps une province chinoise c est purement une annexion contre especeis sonnantes le seul Hic et la réaction que risque d avoir le peuple djiboutien dont les souches somaliennes sont pour l instant refoulée mais l ont ne peu changer les gènes tout ceci se terminera mal par la faute de tiran avide

  2. alors je lis maintenant votre commentaire alors que j’avais répondu à votre autre Blog “Afrique, grenier du monde”, mais je vois que nous sommes d’accord sur la question chinoise:)

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