Les Russes en Afrique

Après l’esclavage où 200 millions de personnes ont été déportées selon l’ancien président Senghor, sans compter les pays arabes voisins, et après la Conférence de Berlin en 1884 où les Européens se sont partagés l’Afrique comme un gâteau, il faut compter 150 ans de différentes colonisations européennes, qui ont enrichis leurs pays, mais où il convient de mentionner leurs efforts surtout dans l’éducation, la santé et la religion. Puis sont venus de certains pays, turcs, américains, et surtout les Chinois qui avaient déjà tout planifié sur l’Afrique il y a trente ans. Avec leur win-win (en fait un winwin-win) ayant pour but le développement de la Chine grâce aux grandes richesses du sous-sol africain.
Il est vrai que pendant longtemps, ils ne se sont pas vraiment intéressés au continent africain, trop pris par leur décolonisation de l’empire communiste chez eux. Cela a commencé, il y a quelques années, par leur engagement pendant la guerre en Syrie, puis récemment en Libye et en République Centre Africaine (RCA). Des occasions rêvées pour leurs ventes d’armes et booster leur industrie. Il est toujours question dans la presse d’un groupe de mercenaires, le groupe Wagner, surtout connu pour ses exactions brutales et son but de s’insérer dans des conflits pour en tirer le maximum de profits pour la Russie.
Les Russes sont donc très présents en Centre Afrique. Bangui sa capitale, a été le théâtre récemment de la présentation d’un film, – il n’y a pas de cinéma dans cette ville – sur le stade national, avec un énorme écran (voir NZZ 1.07.2021). Dix mille personnes se sont massées pour voir le film « Touriste ». Tapis rouge pour les ministres, les hauts gradés et les acteurs. Ils y ont appris comment les Russes voient leur pays : après des années de guerre et de violences, le pays est enfin libre des mains des rebelles grâce à l’aide héroïque des Russes ! Pendant 90 minutes, les spectateurs africains ont vu des combats sans fin et des tentatives de prises de pouvoir qui se terminent finalement par un « merci les Russes ! », prononcé en riant par une jeune fille de Bangui derrière des drapeaux russes… Cela sent très fortement les méthodes chinoises. Un film de propagande qui doit servir à améliorer l’image des Russes sur le continent africain.
Nulle part ailleurs que sur le continent, l’influence russe est montée si rapidement qu’en Centre Afrique où la coopération avec la Russie s’est faite avec les livraisons d’armes : kalachnikov, pistolets, fusées, avec des conseillers militaires susceptibles de former les forces locales. En fait, il s’agissait principalement du groupe Wagner, une organisation paramilitaire de l’Etat russe, qui appartient à l’ami de Poutin Jewgeni Prigoschin, dont le rôle est de favoriser les intérêts du Kremlin sans qu’on le sache. Evidemment le film « Touriste » ne parle pas de violations des droits de l’homme. Les « gladiateurs russes » sont les seuls qui puissent stopper les avancées des rebelles sanguinaires de François Bozizé, l’ancien président, conseillé par un « Français malveillant » qui organise un putsch juste avant les élections… Même des casques bleus sont totalement inopérants et le gouvernement appelle à l’aide les Russes qui permettent ainsi les élections ! Un narratif bien inventé. Il s’agit de présenter l’engagement russe sous une lumière favorable. Même dans les rues de Bangui on pouvait voir des affiches vantant l’engagement de la Russie : « Nous parlons peu, mais travaillons beaucoup ! » Les journalistes et la radio ont été payés pour parler de la coopération centre africaine-russe…
Le Conseil de Sécurité de l’ONU s’est emparé du problème centre africain il y a quelque temps. La France et les Etats Unis ont critiqué fortement les tentatives d’élargissement du ministère de la défense russe. Le représentant de l’ONU de l’Afrique centrale, Mankeur Ndlyae a dénoncé sans ambages les violations graves des droits de l’homme, non seulement par l’armée locale, mais aussi par des « forces bilatérales » et autre personnel militaire. Un rapport sur le groupe Wagner décrit même des tueries sans raison, l’occupation d’école. Un autre groupe parlait en mars déjà de viols, d’arrestations, d’expulsions, d’exécutions… Une auteure du rapport explique que les populations sont complètement apeurées et angoissées.
On peut se demander ce que recherche la Russie dans un des pays les plus pauvres du continent ? La RCA est riche en or et en diamants qui sont déjà en partie dans les mains d’entreprises russes. Côté géopolitique, « La Russie revient en Afrique » aurait déclaré Sakarov dans une interview sur CNN , conseiller en sécurité du président Centre africain Touadera.
Des troupes russes sont aujourd’hui présentes dans une demi-douzaine de pays africains, parmi lesquels : le Soudan, le Mozambique et la Libye. D’après la BBC, la Russie essaye d’influencer les élections à Madagascar, et suppose la même chose pour le Zimbabwe et la Guinée. « Nous voulons approfondir nos relations avec l’Afrique dans tous les domaines », avait expliqué Poutin lors d’une rencontre à Sotchi avec les chefs d’Etats africains il y a deux ans. Cela renforcera notre sécurité. » Mais qu’en est-il de ses relations avec les djihadistes ? Et avec les Chinois ? Cela reste très mystérieux.

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

Une réponse à “Les Russes en Afrique

  1. Vos explications historiques sur l’esclavage sont partielles et partiales ( car vous connaissez l’histoire africaine) mais sont conformes aux idées développées par les théoriciens ” des droits de l’homme”. Votre irritation compréhensible augmente avec l’ingérence de la Russie dans les nations africaines et votre combat pour “la non ingérence” reste dans la tradition protestante (Mr Kouchner). La vie des nations et des peuples africains ont une histoire démocratique qui a commencé avec la décolonisation et la mondialisation a accentué la fragilité des institutions politiques issues de celle-ci ( la décolonisation). L’ingérence , la guerre font partie de la vie des nations et peut-être que l’Occident actuellement refuse par idéologie cette vision négative de la démocratie.

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