A Genève les aumôniers de l ‘AGORA célèbrent 30 ans de présence auprès des requérants d’asile

Du 10 au 16 septembre 2018, l’Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile et des réfugiés (AGORA) organise plusieurs événements autour de l’accueil des requérants d’asile à Genève et en Suisse pour célébrer 30 ans d’assistance, de dévouement et d’écoute auprès des personnes migrantes en procédure d’asile.

Au contact des aumôniers de l’AGORA on comprend vite leur travail inestimable

Très présents sur le terrain et connectés avec les associations impliquées, peu de chose leur échappe. L’activité de l’AGORA a commencé dans un bus postal réquisitionné pour la bonne cause et parqué à quelques mètres du CERA (Centre d’enregistrement pour requérants d’asile) de Cointrin. Depuis 1988, l’AGORA a vu évoluer le droit d’asile vers un rétrécissement important, contribuant à créer des situations familiales et personnelles difficiles. Les aumôniers de l’AGORA ne font pas d’angélisme et répondent aux besoins de ces personnes simplement et le plus efficacement possible avec humanité et clairvoyance.

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Mussie Zerai: “Le futur des migrants est en Afrique”

Dans le récent documentaire “Aquarius : un bateau au secours des migrants” présenté dans l’émission “Faut pas croire” (1), le témoignage percutant du prêtre érythréen Mussie Zerai (2) vaut la peine d’être écouté.

 

L’Aquarius est le bateau affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF) engagé depuis 2016 dans le sauvetage des personnes migrantes en détresse.  L’équipage a déjà secouru 28’000 personnes au large des eaux territoriales libyennes.

 

Plusieurs autres ONG sont actives dans cette zone mais les pressions politiques en Italie et les nouvelles règles d’intervention dans les eaux territoriales en Libye ont passablement réduits les possibilités de sauvetage. Depuis 2017, les embarcations sont régulièrement interceptées par les garde-côtes libyens puis ramenées en Libye où les migrants (hommes, femmes et enfants) sont à nouveau placés dans des centres où ils sont encore maltraités. Les dernières élections en Italie ne rassurent personne puisque le nouveau Ministre de l’intérieur Matteo Salvini, dirigeant de la Ligue (parti d’extrême droite), a déclaré vouloir expulser 100 000 migrants illégaux par année de mandat.

 

Pour la RTS, Aline Bachofner a interviewé Basile Fischer (sauveteur suisse sur L’Aquarius), Moussa Touré (réalisateur sénégalais du film La Pirogue, 2012) et Mussie Zerai sur  l’Aquarius. Ce sont quelques minutes exceptionnelles qui rendent ce documentaire marquant. Je retranscris ici uniquement les réponses saisissantes du Père Mussie Zerai qui depuis longtemps vient en aide aux migrants perdus en Méditerranée.

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Avec « Human Flow » l’artiste Ai Wei Wei donne une leçon d’humanité

Photo © Nicole Matschoss, FIFDH 18 mars 2018

 

Ai Wei Wei est venu à Genève présenter son film « Human Flow » au Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH). Tourné dans 23 pays le film raconte la fuite, la souffrance et l’impuissance de millions de personnes pleines de courage et d’espérance.

Les images sont dignes, d’une beauté sensationnelle. Elle place l’humain au centre du propos. Avec ses équipes, Ai Wei Wei a accompagné beaucoup de réfugiés. Il s’est posé dans le camp d’ Idoméni (Grèce) planté dans la boue hivernale, avec les personnes bloquées à la frontière macédonienne. Il a filmé les immenses murs et les hautes barrières métalliques en Palestine, en Hongrie, aux Etats-Unis. Il a vu et montré la détresse des migrants sauvés en Méditerranée, les refoulements aux frontières, l’injustice faite aux habitants de Gaza, prison à ciel ouvert, où les femmes parviennent encore à espérer une vie meilleure, plus juste. Il filme le plus grand camp de réfugié du monde de Dadaab au Kenya et regrette les générations perdues et gaspillées de millions de personnes dans le monde parce que les états gouvernent sans vision.

Dans ce film, les images raisonnent avec la déclaration d’Hanan Ashrawi, porte-parole palestinienne et membre du Conseil législatif palestinien : «Être un réfugié c’est bien plus qu’un statut politique, c’est la cruauté la plus importante qui peut être exercée à l’encontre d’une personne. Vous enlevez de force tous les aspects qui rendaient le vie tolérable et significative à des être humains. »

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Le FIFDH 2018 sera sensationnel et vous donnera envie d’agir !

Du 9 au 18 mars 2018, le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) se tiendra à Genève en même temps que la 37 ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Cette 16ème édition réunira des réalisateurs, des artistes, des activistes avec le grand public dans 65 lieux sur Genève, Lausanne, Renens, Orbe, Bienne, Neuchâtel, Sion, Oron et la Vallée de Joux. Le festival sera un peu partout, dans les salles de sport, les hôpitaux, les théâtres et les écoles bien sûr, les restaurants mais aussi dans les maisons de privations de liberté et les centres d’hébergement collectif (CHC) pour personnes migrantes avec plusieurs projections gratuites. Le programme entier du festival est accessible ici.

Pas question d’en sortir assombri ou déprimé. Au contraire, les débats et les discussions organisés à la suite des projections dans le cadre du “Forum international”, des “Films discussions” et des “Rencontres” vous permettront de vous exprimer et de retrouver la foi en un monde meilleur. J’aimerais m’entretenir avec Ai Weiwei ou Vanessa Redgrave ou Barbet Schroeder. Je me réjouis d’écouter Filippo Grandi (HCR) ou Yves Daccord (CICR) et de découvrir d’autres personnes engagées comme Asli Erdogan, Sharmeen Obaid Chinoy, Abigail Disney et surtout Chimamanda Ngozi Adichie.

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Véronique Marti sur les traces d’Angèle, requérante d’asile renvoyée en Italie

Cette semaine accrochez-vous à l’émission radio Vacarme sur la RTS qui sera diffusée tous les jours à 13 heures. Vous en sortirez grandis car vous vivrez quelques jours du parcours d’Angèle (1), une jeune requérante d’Afrique de l’Ouest. Elle voulait rester en Suisse pour sa procédure d’asile mais elle a été transférée par avion en Italie en application de l’Accord d’association au règlement Dublin, le lendemain de son arrestation à Genève. C’est en Italie que sa demande devrait être examinée si les circonstances pratiques le permettent.

Une arrestation honteuse

C’est le jeudi 30 mars vers 9 heures alors que la jeune femme vient de faire renouveler son « permis de rester » – son attestation d’aide d’urgence – à l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM) qu’Angèle est arrêtée.

Elle était accompagnée de Véronique Egger, aumônier à l’AGORA. Tout en prolongeant son attestation jusqu’au 6 avril, l’OCPM a donné le signal de sa présence à la police pour qu’elle puisse l’arrêter et la renvoyer. C’est une pratique courante très contestable et très critiquée par les organisations proches des requérants d’asile. Véronique Egger avait mis en garde la jeune femme : un prolongement de l’attestation ne garantit pas que la Suisse renonce au renvoi. Alors que les deux femmes étaient installées dans la voiture pour repartir, soulagées du prolongement de délai, elles furent violemment appréhendées par des policiers surgissant d’un véhicule banalisé.

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L’affaire Musa bientôt à la Cour européenne des droits de l’homme?

De retour de Croatie où ils avaient été brutalement renvoyés de Suisse en septembre 2016, dans le cadre d’un renvoi Dublin exécuté par le canton de Genève, Slava, Hazna et Walat Musa attendent à présent la décision du Tribunal administratif fédéral (TAF) sur leur recours contre la décision de non-entrée en matière sur leur deuxième demande d’asile. Jeudi 23 mars, le TAF a accordé l’effet suspensif au recours permettant ainsi à la fratrie de rester légalement en Suisse le temps de la procédure.

Selon leur avocat Maître Philippe Currat plusieurs éléments nouveaux exigent une reconsidération du dossier familial.

L’arrivée du reste de la famille, soit de Solin, âgée de 12 ans, et des parents, constitue un fait nouveau justifiant plus que jamais une approche qui permette, dans le respect des Accords de Dublin, de préserver l’unité de la famille. Jusqu’à ce que le TAF statue, il faut encore souligner que le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) garde la possibilité, au vu de ces faits nouveaux, de reconsidérer sa décision. Dans cette hypothèse, le recours deviendrait sans objet, ce qui constituerait sans doute la solution la plus adéquate à cette affaire, en conjuguant la bonne application des Accords de Dublin au respect des droits fondamentaux de mes mandants comme de l’économie de procédure“.

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“4.1 Miles” le documentaire choc de Daphne Matziaraki

Voulez-vous vivre un sauvetage en mer? C’est sans espoir et plein d’espoir. Tout à la fois. C’est révoltant et réjouissant. C’est une expérience émotionnelle volcanique et remuante. On aimerait être là sur le bateau à tirer les cordes, à lancer les bouées, à réchauffer les uns et les autres. Ce film est obsédant. C’est l’un des reportages les plus frappant que j’ai vu sur la crise migratoire. Je vous le recommande.

Attention à la dureté des images! Ce documentaire poignant de Daphne Matziaraki pour le NEW YORK TIMES est intitulé 4.1 Miles. Il raconte le travail du corps des garde-côtes de l’île de Lesvos en Grèce en 2015 et 2016. C’est une plongée extrême dans la détresse de femmes, d’enfants et d’hommes sauvés au large d’une île qui se trouve seulement à six kilomètres des côtes turques.

4.1 Miles 3On y découvre le travail admirable de Kyriakos Papadopoulos et de ses collègues gardes-côtes. L’immersion est troublante. Elle nous permet de vivre quelques secondes de la réalité de milliers de réfugiés, une réalité faite d’espoir et de souffrance alors qu’ils quittent les côtes turques, avec leurs petits enfants dans les bras, en sachant qu’ils risquent de se noyer en mer. Dans l’urgence des besoins, les personnes sur le port de Lesvos font tout leur possible pour sauver des vies à même le sol. Un petit enfant inconscient est pendu par les pieds pour être réanimé jusqu’à ce qu’il crache l’eau salée. Des hommes et des femmes grecs réchauffent ceux qu’ils peuvent, certains s’acharnent à faire des massages cardiaques pour ressusciter ceux qui sont presque morts.

Après une journée de sauvetage, Kyriakos Papadopoulos dit: “Il n’y a pas de mots pour décrire ce que je ressens (…) C’est un cauchemar, c’est l’agonie. Partout où nous sommes allés il y avait des gens dans l’eau. La seule chose que j’espère c’est que nous n’avons laissé personne.4.1 Miles

Entre 2015 et 2016, 600’000 personnes ont fait la traversée des six kilomètres (4.1 miles) pour arriver à Lesvos. Depuis le mois de janvier ce sont plus de 94’000 personnes qui ont fait cette traversée dont la moitié proviennent de Syrie selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

On admire le travail de cette journaliste qui fait actuellement un Master à UC Berkeley. Dans ce documentaire de 21 minutes 20, elle a déclaré vouloir montrer la force et la détermination de certains héros inconnus comme Kyriakos Papadopoulos. Kyriakos est une homme qui m’a fait voir la vie autrement grâce à son courage, sa force, sa philosophie, son dévouement et sa gentillesse”, a-t-elle récemment déclarée sur le blog SKOPELOS NEWS.

 

 

Au bout de la nuit avec Enaïat, Fahim et Samia

 

Enaïat (11 ans), Fahim (12 ans) et Samia (21 ans) ont parcouru des milliers de kilomètres pour arriver en Europe. Leurs parcours uniques sont racontés par des auteurs talentueux qui ont décrit leurs voyages, et les obstacles qu’ils ont rencontré, avec simplicité, sans pathos. Chaque récit est une immersion sensationnelle au cœur de la migration.

 

A dix ans, il voyage seul pour atteindre l’Europe

GEDA Fabio and AKBARI Anaiatollah, writer« Dans la mer il y a des crocodiles » de Fabio Geda, est l’histoire d’Enaïat Akbari qui fuit l’Afghanistan en 2005, à l’âge de 10 ans. Il appartient à l’ethnie des Hazaras, persécutée par les Pachtounes et les Talibans. Pour lui débute cinq ans de voyage vers l’Europe. Il passera par l’Iran, la Turquie et la Grèce et finira en Italie où il obtiendra, en 2011, le statut de réfugié politique.

Fabio Geda, a tiré de ce témoignage un livre remarquable. Il fait revivre les aventures du jeune Afghan laissé à lui-même pour affronter les dangers et les obstacles qui se mettent en travers de son chemin solitaire. Enaïat a surtout eu de la chance au cours de ce périple. Il a travaillé sur le chantier des Jeux olympiques à Athènes, il a voyagé dans le double-fond des camions et il a marché avec des passeurs 18 jours dans le froid pour traverser la frontière entre l’Iran et la Turquie. Il a traversé la Méditerranée de nuit.imgres

Il a été arrêté, tabassé, emprisonné et expulsé plusieurs fois pour connaitre enfin la générosité désintéressée d’hommes et de femmes en Grèce. Fabio Geda a écrit ce livre avec simplicité, réalisme, sans angélisme. Chaque étape du voyage est une leçon de vie.

 

Il est sauvé par les échecs

Fahim« Un roi clandestin », raconte l’histoire de Fahim Mohammad contraint de fuir le Bangladesh avec son père en 2008. Après avoir traversé la Hongrie et l’Italie, Fahim et son père Nura arrivent à Paris en octobre 2008. Trois ans et demi durant, ils vont vivre l’existence précaire des demandeurs d’asile.

A Créteil, Xavier Parmentier, entraîneur d’échecs de haut niveau, a rapidement décelé le potentiel du jeune prodige, ses incroyables facultés de concentration et ses capacités exceptionnelles de calcul. Il propose de l’intégrer dans son club et l’inscrit aux tournois qui se succèdent. Pourtant son statut est plus que précaire. Son père et lui ont été déboutés de l’asile et ils peuvent être renvoyés au Bangladesh à n’importe quel moment. Sans logement, ils doivent camper, changer de lieux improbables pour passer la nuit.C_Un-roi-clandestin_2438-1

Mais en avril 2012 à Nîmes, Fahim est devenu champion de France des moins de 12 ans. Les médias s’y intéressent et l’affaire remonte jusqu’aux oreilles de François Fillon. Le Premier ministre promet, lors d’une interview sur France Inter, d’examiner la situation «avec la plus grande attention».

Aujurd’hui Fahim a 16 ans. Il est membre de l’équipe d’échec de France.

 

 

Le destin tragique de Samia Yusuf Omar

samia-yusuf-omarEn avril 2012, la coureuse somalienne Samia Yusuf Omar est décédée tragiquement dans un naufrage en Mer Méditerranée alors qu’elle souhaitait aller à Londres pour participer aux Jeux olympiques. En 2008, elle avait participé à 17 ans aux Jeux olympiques de Beijing. Le dessinateur Reinhard Kleist a retracé l’histoire tragique de cette jeune femme dans un livre intitulé « Rêve d’Olympe : le destin de Samia Yusuf Omar » qui vient d’être publié en France.

Dans un entretien récent, Reinhard Kleist m’a expliqué avoir été bouleversé par les risques que la jeune fille de 21 ans a pris pour faire le voyage. En recoupant les témoignages de sa sœur Hodan qui a trouvé refuge en Finlande en 2006 et de la journaliste Teresa Krug qui connaissait personnellement Samia, Reinhard Kleist a dessiné et raconté le parcours tragique de la jeune femme qui, au lieu d’emprunter la voie clandestine vers la Lybie et l’Europe, aurait dû bénéficier d’un visa britannique pour participer aux jeux de Londres.Samia Yusuf Omar

Mais à la veille des Jeux olympiques de Londres, la Somalie a perdu une perle rare en Méditerranée. C’est l’athlète somalien Abdi Bile qui a annoncé son décès. Dans son livre, Reinhard Kleist raconte pourquoi et comment elle a dû fuir son pays et gagner la Lybie en utilisant des passeurs. Sa tante qui a voyagé avec elle a survécu au naufrage.