Enregistrement audio des auditions d’asile, le SEM considère la chose

Mettre en place l’enregistrement audio systématique des auditions d’asile est inéluctable et le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) le sait. Son directeur, Mario Gattiker, vient de répondre à une lettre signée par 66 professeurs de droit, avocats, juristes, directrices et directeurs des principales associations d’aide juridique aux requérants d’asile. Cette lettre demande l’enregistrement audio des auditions d’asile, de meilleurs formations pour les interprètes et d’autres mesures permettant d’améliorer la qualité des auditions d’asile. 

 

Consensus autour de l’enregistrement audio des auditions d’asile

 

Il existe aujourd’hui un large consensus parmi les spécialistes de l’asile en Suisse. Il faut instaurer un système de surveillance et de vérification des traductions durant les auditions et il faut, selon les spécialistes de l’interprétariat communautaire, renforcer les compétences des interprètes recrutés pour les auditions d’asile. De nombreux avocats, des juristes et des professeurs d’universités le demandent afin de garantir une procédure d’asile de qualité et ainsi les droits fondamentaux des personnes concernées. 

 

D’ailleurs, le SEM a avoué avoir dû licencié des interprètes lorsqu’il y avait des soupçons de partialité. Mais c’est souvent trop tard. En pratique, ni les auditeurs, ni les représentants juridiques, ni les requérants d’asile ne sont capables de constater les omissions délibérées ou les erreurs involontaires des interprètes à moins de maîtriser à la fois la langue d’origine de la personne auditionnée et la langue dans laquelle l’audition est menée. 

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COVID-19: L’appel de SEP Jordan en faveur des réfugiés palestiniens de Jerash

SEPJordan est une entreprise sociale privée créée en 2013 dans le camp de réfugiés palestiniens de Jerash en Jordanie. La société produit des vestes, châles, sacs, nappes et coussins brodés grâce au travail de 500 artistes brodeuses rémunérées par la société. Une expérience inédite dans un camp où la grande majorité des réfugiés est sans emploi.

 

Equipe SEP

 

Aujourd’hui, les articles de SEP Jordan sont vendus dans le monde entier et font la une des magazines de mode ou de décoration comme Vogue et Bazaar quand ils ne sont pas sélectionnés pour habiller des acteurs de cinéma comme ce fût le cas pour le film primé Marie Madeleine en 2018. En décembre 2018, sa fondatrice Roberta Ventura et le directeur financier de la société Stefano D’Ambrosio ouvrait la boutique SEP à Carouge au 31 rue Vautier. 

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Dans une lettre ouverte, le Centre social protestant de Genève demande la suspension urgente des procédures d’asile en cours

De nombreuses associations spécialisées dans l’assistance juridique aux requérants d’asile, membres de la Conférence romande des permanences juridiques pour requérant-e-s d’asile (COPERA) sont choquées par la décision du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) de poursuivre le traitement des procédures d’asile en Suisse.

Il y a quelques jours, la COPERA, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) et Amnesty international demandaient la suspension immédiate des procédures d’asile suite à l’instauration de l’état de nécessité le 16 mars 2020 afin de lutter contre le Covid-19.

Le 22 mars, la RTS publiait sur son site une information selon laquelle le SEM avait décidé la suspension durant une semaine des “enquêtes auprès des demandeurs d’asile”  le temps d’équiper les salles d’entrevues en séparations de plexiglas. En réalité, l’appel des organisation a été largement ignoré. De nombreux requérants d’asile continuent de recevoir des décisions qui les forcent à entreprendre des démarches comme des visites médicales pour obtenir des certificats, des rencontres avec leurs avocats et représentants juridiques et beaucoup ont reçu des convocations aux auditions.

Dans deux lettres, l’une adressée le 17 mars à la présidente du Tribunal administratif fédéral (TAF), l’autre le 18 mars au Secrétariat d’Etat aux Migrations (SEM), le Centre social protestant de Genève demandait la suspension immédiate du traitement de toutes les procédures en cours. Aujourd’hui 26 mars 2020, c’est dans une lettre ouverte que le Centre social protestant Genève dénonce publiquement le comportement irresponsable des autorités d’asile.

 

Le temps des réfugiés la relaie ci-dessous.

 


 

 

 

 

 

LETTRE OUVERTE DU CENTRE SOCIAL PROTESTANT GENEVE   CONCERNANT LA LUTTE

CONTRE LE COVID-19 DANS LE DOMAINE DE L’ASILE

 

Genève, le 26 mars 2020 

Madame, Monsieur, 

A l’instar de plusieurs autres organisations, le Centre social protestant (CSP) s’est adressé la semaine dernière aux autorités fédérales concernées pour demander la suspension du traitement des procédures d’asile en cours. Cet appel n’a malheureusement pas été entendu. Aucune réponse ne lui est parvenue et les procédures d’asile se poursuivent. 

De nombreux demandeurs d’asile continuent ainsi à recevoir des courriers et des décisions qui les obligent à contacter et à rencontrer travailleurs sociaux, traducteurs et services juridiques pour les aider à les comprendre et à y apporter des réponses. D’autres continuent à être convoqués à des auditions les contraignant à se déplacer d’un canton à l’autre, généralement en transports publics et souvent accompagnés de proches et de personnes de confiance pour les assister durant les entretiens. Beaucoup d’entre eux, souffrant de problèmes de santé, se voient aussi obligés de solliciter le corps médical, soit pour produire les certificats médicaux que ces démarches administratives requièrent, soit en raison du stress qu’elles induisent. 

Le monde entier ne parle plus aujourd’hui que du coronavirus et de sa propagation foudroyante. Ce sont partout des images de structures médicales débordées par l’afflux de personnes contaminées, et le nombre de victimes se multiplie et double pratiquement chaque jour dans de nombreux pays, dont le nôtre. Devant ce drame, à l’instar des autres Etats, la Suisse a dû prendre des mesures drastiques et inédites. Le mot d’ordre du Conseil fédéral et de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), répété haut et fort, est de Rester à la maison – Sauvez des vies. Il est demandé à tout le monde d’adopter un comportement responsable, car c’est seulement en agissant tous ensemble que nous parviendrons à limiter le nombre de personnes gravement malades et une surcharge de notre système de santé (voir ofsp-coronavirus.ch). Comme on le sait, toutes les activités jugées non essentielles ont été suspendues. Sur le plan judiciaire, le Tribunal fédéral a suspendu dans un premier temps les délais accordés dans le cadre des procédures en cours. En matière civile et administrative, le Conseil fédéral a fait débuter avec effet immédiat les féries judiciaires de Pâques, interrompant ainsi les procédures en cours devant les instances concernées. Toutefois, ces féries ne s’appliquent pas à la procédure d’asile, qui elle se poursuit. Tout au plus le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a-t-il décrété une suspension d’une semaine des auditions, le temps d’installer des vitres de plexiglas dans les salles prévues à cet effet afin d’éviter la contamination des personnes présentes. Alors que la plupart si ce n’est tous les pays  voisins ont mis leurs procédures d’asile à l’arrêt, la Suisse fait cavalier seul, tout en prônant une politique concertée entre les Etats membres du système Dublin dans ce domaine. 

Invoquer une quelconque urgence pour justifier la poursuite des procédures d’asile en cours est  mensonger et totalement hors de propos dans la situation actuelle. Selon les autorités fédérales elles-mêmes, le nombre de nouveaux demandeurs d’asile a chuté depuis une dizaine de jours, notamment en raison des nombreuses limitations frontalières réintroduites entre les Etats de l’espace Schengen. Il est certes logique de garder les centres d’enregistrement (CFA) ouverts, afin d’éviter que les nouveaux arrivants doivent rester à la rue. Il n’y a par contre aucune nécessité à maintenir une cadence accélérée des procédures, puisque les renvois sur les pays de provenance ou d’origine ne peuvent de toutes manières plus être exécutés aujourd’hui et que les intéressés seront quoi qu’il arrive envoyés des centres d’enregistrement vers les cantons après une certaine période (140 jours selon la loi). Il en va de même pour les demandeurs d’asile déjà attribués dans lesdits cantons. Ils y attendent une décision fédérale depuis des mois et souvent des années. En quoi est-il nécessaire que leur cas soit traité sans délai et que cette décision leur parvienne aujourd’hui, alors que toute activité est en suspens et qu’ils ne peuvent de toutes manières pas être renvoyés de Suisse ? 

Cette politique des autorités fédérales concernées entraîne de nombreux déplacements en transports publics et de nombreuses réunions de personnes. Vu les informations médicales disponibles, on sait qu’il en résulte tout autant de foyers et de champs de contagion. Les recommandations et mesures officielles mentionnées ci-dessus ont précisément pour but d’éviter cette contagion. Il est donc aussi inadmissible qu’irresponsable de la part des autorités en question qu’au lieu d’être les premières à montrer l’exemple, comme il se devrait, elles bafouent au contraire les consignes que l’on demande à la population de respecter, et participent ainsi activement à la propagation de la pandémie.  Il est de plus particulièrement choquant qu’à l’exact opposé de la réalité, elles prétendent continuer à mener les procédures d’asile en appliquant pleinement les mesures d’hygiène recommandées par l‘OFSP (voir la lettre circulaire du Département fédéral de justice et police du 17 mars dernier). A l’heure où nombre de sommités médicales et de spécialistes en épidémiologie de notre pays demandent des mesures de confinement général bien plus strictes que celles actuellement en vigueur, avec le soutien déclaré de presque la moitié de la population, l’attitude du SEM et du DFJP est tout-à-fait scandaleuse, pour ne pas dire criminelle, et ce vis-à-vis de l’ensemble des habitants de notre pays.    

Cette attitude témoigne aussi d’un mépris regrettable des administrés directement concernés, soit les demandeurs d’asile, et viole leur droit à une protection juridique effective. Comme les autres bureaux de consultation juridique, nous avons ont été contraints d’apporter d’importantes restrictions à nos activités et ne pouvons plus assurer normalement nos permanences de consultation. Nombre de demandeurs ne pourront donc pas faire valoir valablement leurs arguments et notamment leur droit de recours. De plus, dans le contexte actuel, les sollicitations qu’ils reçoivent dans le cadre de leur procédure d’asile, qu’ils comprennent souvent mal, les plongent inévitablement dans le désarroi et le stress. 

Enfin, et ce n’est sûrement pas le moins grave, la poursuite des différentes étapes de la procédure constitue une surcharge de travail significative pour le corps médical, à l’heure où celui-ci est entièrement mobilisé par la pandémie et consacre tous ses efforts à sauver des vies. Les médecins concernés doivent ainsi recevoir des patients supplémentaires et rédiger les certificats médicaux que la procédure d’asile requiert. Comme l’écrit une médecin responsable d’un service de médecine communautaire, en tant que médecin hospitalier mon activité professionnelle, comme celle de mes collègues prenant en charge des demandeurs d’asile en ambulatoire, est entièrement réorganisée pour contribuer à la lutte contre l’épidémie de COVID19 au sein de notre institution. Prendre du temps pour rédiger un rapport médical (…) est du temps perdu pour la lutte contre l’épidémie et c’est éthiquement peu acceptable. Alors que toute la population de notre pays et de nombreux autres se rassemble le soir à sa fenêtre pour faire part de ses encouragements et de ses remerciements au formidable travail accompli par tous le personnel médical, la politique d’asile menée aujourd’hui par les autorités fédérales résonne comme une trahison. 

Au vu de ce qui précède, le CSP demande instamment et urgemment à toute autorité ou tout organisme concerné, quel qu’il soit, de prendre toute initiative en son pouvoir pour faire pression sur les autorités fédérales responsables afin qu’elles prononcent la suspension jusqu’à nouvel ordre des procédures d’asile en cours, ou à tout le moins de tout acte de procédure impliquant une action ou une réponse de son destinataire. 

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’assurance de notre considération distinguée.  

Alain Bolle, Directeur


Lire aussi:

Urgence COVID-19: Le Conseil fédéral doit suspendre toutes les procédures d’asile

Les Bureaux de consultations juridiques (BCJ) en Suisse (1) se mobilisent en ce moment pour demander l’arrêt des procédures d’asile. Car encore aujourd’hui, les convocations aux auditions pleuvent et des personnes sont censées faire des heures de train pour être auditionnées à Berne par un fonctionnaire, en présence d’un interprète et d’un procès-verbaliste. Selon l’association Vivre ensemble, un requérant résidant au Tessin vient d’être convoqué à Berne. Avec cela les décisions d’asile continuent de tomber alors que de nombreux bureaux d’aide juridique ont fermés leurs bureaux. 

Mercredi 18 mars, un appel au Conseil fédéral signé par plusieurs organisations dont Solidarité sans frontières (SOSF) et Vivre Ensemble demande un moratoire immédiat sur les auditions et sur les décisions d’asile afin de protéger la santé des requérants d’asile, des fonctionnaires et des juristes. Ces demandes urgentes s’adressent au Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) et au Tribunal administratif fédéral (TAF).

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Agir pour éviter que le COVID-19 ne tue dans les camps de réfugiés et bien au-delà

Photo de Dr Mike Ryan (OMS)

 

Il y a quelques jours Priti Patnaik, journaliste pour The New Humanitarian, interrogeait Mike Ryan, qui dirige à l’Organisation mondial de la santé (OMS) le programme d’urgence sanitaire. Épidémiologiste de formation avec 25 ans d’expérience dans des zones de conflit, Mike Ryan met en garde tous les gouvernements qui placent au second plan les programmes de prévention, les opérations de dépistage et l’assistance médicale aux requérants d’asile et aux réfugiés confinés dans des camps où les conditions sanitaires sont alarmantes et la surpopulation inquiétante. Dans ces camps, c’est évident, le potentiel de propagation d’une épidémie comme le Covid-19 est accru alors que l’état de santé sous-jacent des personnes qui y sont confinées est déjà compromis. 

Nous sommes particulièrement préoccupés pour les personnes vivant dans des camps – les Rohingyas vivant au Bangladesh, les personnes vivant dans des camps de déplacés internes en Syrie et au Yémen, les réfugiés vivant au-delà des frontières turques… Le fait est que les systèmes de santé qui les entourent sont déjà faibles et pas nécessairement fonctionnels. Il y a une autre vulnérabilité dont nous ne parlons pas, à savoir la vulnérabilité de l’enfant sous-alimenté ou du réfugié stressé vivant dans un camp surpeuplé. Je crains un peu que l’impact sur ces populations soit potentiellement beaucoup plus important que ce à quoi les gens s’attendent. Mais la dernière chose que je veux, c’est que les réfugiés s’inquiètent de quelque chose de plus. Ils ont déjà de quoi s’inquiéter. Il s’agit ici d’un appel à l’action.”

Selon Mike Ryan, si l’épidémie pénètre dans un camp de réfugié, il est impératif d’y intervenir rapidement afin d’isoler les cas. Parvenir à stopper la propagation de la maladie nécessite d’agir sur trois priorités: la conception du camp, l’espace dans le camp et l’hygiène. 

 

Appel de MSF pour l’évacuation des requérants d’asile bloqués sur les îles grecques

Le 12 mars, l’organisation MSF lançait un appel au gouvernement grec demandant l’évacuation des camps qui se trouvent sur les îles de Lesbos, Samos, Chios, Kos et Leros. Un cas de coronavirus COVID-19 à Lesbos a suscité de nouvelles craintes pour la santé et la sécurité des personnes prises au piège dans ces camps insalubres et exigus. 

Selon l’ONG, la menace d’une épidémie parmi les personnes est réelle à cause du manque d’installations et services sanitaires adéquats et parce que les soins médicaux y sont plus que limités. Selon Hilde Vochten, coordinatrice médicale de MSF en Grèce, il n’y a dans certaines parties du camp de Moria, qu’un seul robinet d’eau pour 1 300 personnes. Beaucoup de personnes n’ont d’ailleurs même pas de savon. Des familles nombreuses s’entassent la nuit dans des tentes humides de 3 mètres carrés. Les mesures recommandées comme le lavage fréquent des mains et l’éloignement social pour éviter la propagation du virus sont impossibles à mettre en pratique.

Dans une lettre adressée aux dirigeants grecs et européens, plusieurs organisations non-gouvernementales européennes ont demandé une action urgente pour protéger et soutenir les familles et les mineurs non accompagnés arrivés en Grèce ces dernières semaines. Elles exigent notamment que toutes les mesures adéquates soient prises afin de les protéger.

La Grèce a annoncé mardi 17 mars une série de nouvelles mesures d’urgence afin d’empêcher la propagation du COVID-19 à l’intérieur des centres d’accueil et des camps. Mais ces dernières ne feront probablement qu’empirer la situation. Parmi ces mesures, il y a celle de contrôler la santé des demandeurs d’asile nouvellement arrivés sur le continent et les îles et celle de suspendre l’entrée du personnel de plusieurs ONG dans les camps et ce pendant au moins 14 jours. L’UNICEF s’inquiète des restrictions aux frontières européennes visant à ralentir la propagation du coronavirus. Ces mesures affectent aussi les plans de transfert de centaines de requérants mineurs non accompagnés des îles grecques vers d’autres États membres de l’UE. Un drame pour des centaines d’enfants qui ne pourront pas rejoindre leurs familles. 

Situation en Bosnie 

Selon le HCR, il y a actuellement environ 7 000 requérants d’asile en Bosnie. Beaucoup sont situés dans les camps de Tuzla, Bihac et Velika Kladusa, à la frontière croate, où ils vivent dans des conditions exiguës dans des bâtiments abandonnés ou des gares désaffectées. Beaucoup d’entre eux vivent sans électricité, chauffage ou eau potable. Les médecins disent que si le virus s’y propage ce serait dramatique. 

Nous n’avons pas de place pour les mettre en quarantaine“, a déclaré au Guardian Semra Okanović, médecin à Velika Kladuša, une ville proche de la frontière croate. «Nous n’avons pas assez de tests pour notre population, et nous n’en avons pas pour les migrants. Et vraiment, nous ne savons pas si certains d’entre eux ont été infectés ou non. » 

Situation en France

En France, 24 organisations ont envoyé une lettre au gouvernement français et aux maires de Calais et de Grande-Synthe les implorant d’intervenir auprès des réfugiés et migrants qui se trouvent dans le nord de la France. Parmi elles, Médecins du Monde et Refugee Rights Europe dénoncent une situation très grave. Les migrants manquent de tout et vivent dans des conditions sanitaires déplorables. Selon elles, le gouvernement français doit prendre des mesures d’urgence pour l’hébergement, l’alimentation, l’accès à l’eau chaude et au savon et ce dans le but de prévenir et freiner autant que possible la propagation du virus Covid-19 au sein de ce groupe vulnérable et au-delà.

En Suisse, plusieurs associations demandent un moratoire sur les procédures d’asile 

Plusieurs associations demandent au Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) de prendre des mesures exceptionnelles en faveur des requérants d’asile dans les centres fédéraux d’asile (CFA). Ces centres hébergent des centaines de personnes et l’accès aux soins médicaux y est déjà passablement restreint. Ces associations demandent un moratoire sur toute la procédure d’asile mais la continuation de l’enregistrement des nouvelles demandes. D’autres demandes importantes ont été soumises en faveur des personnes qui ont reçu des décisions de renvoi Dublin vers l’Italie, des personnes en détention administrative et des sans-papiers en Suisse. 

Ne laisser personne derrière nous

Une réfugiée syrienne rencontrée récemment à Genève me disait qu’elle avait tellement de chance de ne pas être bloquée à Moria. Elle pensait  tous les jours à celles et ceux qui se trouvent aujourd’hui là-bas. Pour elle comme pour l’OMS, les gouvernements feraient bien de ne pas laisser les réfugiés de côté.

Je crains que les gouvernements ne fassent rien pour des personnes qui ont été forcées de fuir leur pays d’origine, qui ont tout perdu et qui survivent tant bien que mal dans des camps et dans des conditions abjectes. Mais la vérité est que les Etats, pour sauver leurs citoyens, doivent sauver toutes celles qui se trouvent sur leur territoire, un virus ne distingue pas le Français, du Suisse, de l’Américain, du Syrien, du migrant sans-papiers, du réfugié. Alors nous devons combattre ensemble, main dans la main.”

Lire aussi How Coronavirus is Affecting Refugees

 

Norbert Valley: «Ce que j’aimerais dire aux juges».

Photo © BNJ

Le pasteur du Locle, Norbert Valley, est accusé d’avoir facilité le séjour illégal de Joseph (1), un ressortissant togolais débouté de l’asile. Condamné en août 2018 par ordonnance pénale pour avoir offert quelques nuits au chaud et des repas à l’homme en détresse, le pasteur a écopé de 1000 francs d’amende et de frais de justice. Au lieu de l’innocenté, le Ministère public neuchâtelois a confirmé sa condamnation en avril 2019 en vertu de l’article 116 de la Loi sur les étrangers et l’intégration (LEI) qui punit celui qui facilite le séjour illégal d’un étranger.

Son audience au Tribunal de police de la Chaux-de-Fonds est ce jeudi 12 mars. On espère qu’il décidera d’innocenter Norbert Valley puisqu’il a agit conformément à l’article 12 de la Constitution fédérale selon lequel une personne dans une situation de détresse et incapable de subvenir à son entretien a le droit d’être aidé et assisté et le droit de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine (2).

Il y a quelques jours, le Parlement s’est opposé à la modification de l’article 116 LEI malgré les centaines de condamnations injustes qui en résultent chaque année (3). Ce sont donc aux tribunaux suisses de juger chaque cas (4). C’est problématique pour deux raisons: tout le monde n’est pas en mesure de financer des recours et beaucoup de personnes condamnée pour “délit de solidarité” sont des étrangers qui héritent d’un casier judiciaire, un obstacle de taille pour obtenir un permis B ou C.

Pour Olivier Bigler son avocat, ce qu’a fait Norbert Valley “ne tombe pas sous le coup de l’art. 116 LEI qui punit celui qui facilite le séjour illégal, donc celui qui empêche l’expulsion d’un étranger, par exemple en lui fournissant une cachette. Norbert Valley ne voulait pas empêcher l’expulsion, il était au contraire présent avec Joseph qu’il a accompagné au service des migrations. Il a fait son travail de pasteur. Là on parle de la mise à disposition d’un local d’église qui était public dans lequel Joseph ne venait que de façon sporadique. Donc on parle d’un devoir minimum d’humanité et non pas d’une facilitation du séjour illégal.”

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65 organisations demandent la relocalisation urgente de 1’800 mineurs non accompagnés bloqués sur les îles grecques

De nombreuses organisations appellent les Etats de l’Union européenne à déployer des mesures urgentes de regroupement familial ou de relocalisation pour les 1 800 requérants d’asile mineurs non accompagnés qui sont bloqués depuis des mois sur les îles grecques. Relocaliser 70 enfants par pays ce n’est pas trop demander pour venir en aide à la Grèce, “bouclier bonne poire” de l’UE (et de la Suisse) et qui pourrait bientôt abandonner ce rôle. 

 

Les 65 organisations dont MSF, METAdrasi, Human Rights Watch, Caritas Europe et Save the Children sont mobilisées et rappellent que les 1 800  mineurs non accompagnés doivent être rapidement réunis avec leurs familles en Allemagne, en France, en Suisse et dans d’autres pays en Europe. Ces enfants attendent depuis longtemps des réponses sur leur demande de regroupement familial mais les formalités administratives complexes traînent. 

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Le FIFDH 2020: les films et événements sur la migration

Covid-19: L’édition 2020 du FIFDH est annulée – Toutes les projections publiques du Festival sont annulées. Le FIFDH maintient sa mission sous une forme repensée.

“Suite à la décision du Conseil fédéral d’annuler toute manifestation de plus de 1000 personnes et en concertation avec les autorités sanitaires du Canton de Genève, le Conseil de Fondation, la Direction et l’équipe du FIFDH ont pris la décision d’annuler la 18ème édition du Festival, qui devait se tenir du 6 au 15 mars 2020 dans 65 lieux de Genève et ses environs. Cette décision signifie que toutes les projections publiques du Festival sont annulées et les billets déjà achetés remboursés sur demande (les détails de la procédure sont disponibles sur la page billetterie). Toutefois, l’équipe est au travail pour proposer une offre qui respecte sa mission au service des droits humains, en utilisant notamment les outils numériques. Des précisions à ce sujet seront apportées dans les prochains jours.” Communiqué du FIFDH.

Pour vous mettre à jour sur la nouvelle offre, veuillez vérifier régulièrement le site du FIFDH ici.

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Des suggestions pour une aide suisse efficace en Grèce

Photo © Abdul Aziz Muhamat, de retour de Lesbos

Il y a quelques jours, la Suisse annonçait son aide financière et matérielle à la Grèce. Elle s’accompagnera sans doute de conseils suisses au gouvernement grec qui s’intéresse au bilan positif de la procédure accélérée. Mais sur les îles la situation humanitaire est si grave que l’on se trouve dans une situation où les criminels de droit commun sont bien mieux traités en Europe. En plus, l’aide suisse se concentre sur un objectif, celui de maintenir les réfugiés loin de nos frontières. C’est regrettable. Elle doit faire mieux en soutenant des ONG locales expérimentées et connectées et elle doit faire plus en proposant la relocalisation rapide de familles particulièrement vulnérables.

 

Une souffrance sans nom dans les îles grecques

 

Avec l’arrivée de 59 726 personnes en 2019, les îles de Samos, Lesbos, Chios, Leros et Kos accueillent actuellement quelque 40 000 personnes dont 85% viennent de pays en conflits (Syrie, Afghanistan, Irak, Palestine, Somalie, RDC) et méritent selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) un statut de protection

Depuis le mois de juillet 2019, le nombre de personnes enregistrées à Moria (Lesvos) a quadruplé. Il accueille désormais plus de 18 000 personnes, neuf fois sa capacité d’hébergement réelle (2 200 personnes) et surtout le tiers de la population du camp est constituée d’enfants de moins de 12 ans dont beaucoup sont malades. Ils ne bénéficient d’ailleurs plus de soins depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’asile en novembre.

MSF et le HCR ont demandé l’évacuation rapide des personnes dont la santé s’aggrave, des mineurs non accompagnés et des familles vers des logements décents en Grèce continentale.   

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En Suisse, les demandes d’asile ont chuté depuis 2015 et le SEM bâcle la procédure accélérée

A Lesvos, où près de 20’000 réfugiés sont retenus dans des conditions dégradantes et dangereuses, la police grecque se rabaisse à devoir confronter la colère des réfugiés avec des gaz lacrymogènes, même à l’encontre de jeunes femmes et d’enfants.

 

En Méditerranée les gardes-côte libyens les accostent pour les retourner de force en Libye avec la complicité et l’assistance de l’Union européenne et de l’Italie. En Hongrie, la police les repousse à la frontière serbe et place les requérants d’asile dans des centres de transit fermés le temps de la procédure. 

Voilà qui explique pourquoi les demandes d’asile en Suisse sont au plus bas depuis douze ans. 14’269 nouvelles demandes d’asile en 2019, représentent 6,5% de moins qu’en 2018, 21% de moins qu’en 2017, 48% de moins qu’en 2016 et 64% de moins qu’en 2015.

C’est si bas que que Madame Karin Keller-Sutter annonçait, en septembre dernier, la fermeture de plusieurs centres d’hébergement.

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