Les obstacles au regroupement familial des réfugiés freinent leur intégration

Opinion publiée dans Le Temps le 13 décembre 2017.

Pour les réfugiés, le regroupement familial fait partie intégrante de la jouissance effective du droit au respect de la vie familiale garanti dans la Constitution et dans la Convention européenne des droits de l’homme (article 8). Sans regroupement familial, les réfugiés ont peu de chances de reprendre une vie normale et de s’intégrer dans la société d’accueil.

Or, dans notre pays comme dans la plupart des Etats européens, les obstacles administratifs, pratiques et juridiques au regroupement familial des réfugiés et des personnes admises à titre provisoire sont nombreux.

Un exemple parmi d’autres

Prenons un cas réel. Un homme somalien vit en Suisse depuis 2011. Après plusieurs années avec un permis F (admission provisoire) et grâce à son travail à plein temps dans un garage, il obtient un permis de séjour (permis B). Sa femme et ses trois enfants vivent dans un camp de réfugiés au Kenya. Il dépose une demande de regroupement familial, qui lui est refusée au motif que son salaire est insuffisant. Il manque 200 francs au revenu minimum exigé par les autorités suisses.

Très affecté par cette décision, il tombe en dépression. La qualité de son travail baisse, avec sa motivation en chute libre, et il perd son emploi. Pendant ce temps, son enfant cadet décède au Kenya. Sa femme décide de venir en Suisse par ses propres moyens. Ce cas a été suivi par la Croix-Rouge suisse et n’est malheureusement pas unique.

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Credit: Marijan Murat/dpa

A Genève, beaucoup de requérants d’asile n’ont pas d’accès internet dans leur foyer

A Genève, plusieurs foyers ne sont pas encore dotés d’accès internet. C’est pourtant un service de première nécessité pour les réfugiés durant leurs parcours migratoire et au moment de leur arrivée en Suisse.

A l’heure où les Transports public genevois (TPG) offrent, dans plusieurs véhicules,  l’accès wifi gratuit à leurs passagers, à l’heure où Genève ambitionne de devenir une cybercapitale mondiale, la lenteur de l’Hospice général dans ce dossier et la mauvaise communication défensive et imprécise de son personnel à ce sujet n’est pas à la hauteur de ce que l’on pourrait attendre d’une institution qui dit souvent faire le maximum avec les moyens du bord.

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La Suisse doit mieux répondre aux besoins des migrants vulnérables selon le Conseil de l’Europe

Dans un rapport de 40 pages dont la moitié concerne “les droits de l’homme des migrants, y compris des réfugiés et des demandeurs d’asile”, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muižnieks, a présenté ses recommandations à la Suisse, suite à une visite en mai 2017.

Félicitant la Suisse pour la nouvelle Loi sur l’Asile (LAsi) qui vise à accélérer la procédure d’asile et  établir des mécanismes de conseil et de représentation juridique gratuits, il a insisté sur le maintien d’une qualité de service juridique aux requérants d’asile dès le début de la procédure sans quoi leurs droits fondamentaux ne seraient pas garantis. 

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Emmanuel Macron nouveau leader de la politique migratoire européenne

Lundi 9 octobre, Emmanuel Macron a lancé le coup d’envoi pour un accueil important de réfugiés sélectionnés au Niger et au Tchad et la possibilité pour un plus grand nombre d’être reçu en France en empruntant une voie légale d’entrée dans ce pays. La France accepte ainsi de participer plus largement au programme de réinstallation présenté depuis longtemps par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) comme une des solutions crédibles et humanitaires à la crise migratoire.  

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Un drame qui exige une réflexion sur la liberté de mouvement des requérants d’asile

Un drame et une campagne nationale

En mai 2017 un requérant d’asile a été empêché d’assister à la naissance de son enfant parce qu’un employé d’un Centre fédéral l’a puni de sortie.

“L’homme est arrivé en Suisse quelques mois après sa femme, enceinte.  Celle-ci a été attribuée à un canton et va bientôt accoucher. Au lieu de rapprocher le couple, les autorités placent l’homme pour trois mois dans un centre fédéral plus éloigné et isolé de tout: les Rochats, situé à 6 kilomètres d’un arrêt de bus. La veille de l’accouchement, Madame est hospitalisée. Il la rejoint, par ses propres moyens. Mais rentre au centre après le couvre-feu de 17 heures. Or le règlement stipule, en cas de retard, une privation de sortie le jour suivant. Le certificat de l’hôpital attestant de la nécessité de sa présence le lendemain pour assister à l’accouchement n’y a rien fait. Il sera puni, privé d’assister à la naissance de son premier enfant.”

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SEP Jordan, un modèle d’entreprise sociale

Crédit pour la photographie d’entête: Farras Oran pour SEP. De gauche à droite: Hiba, Asma et Fatima. 

 

En Jordanie dans le camp de réfugiés de Jerash qui abrite près de 30’000 palestiniens, des artistes rémunérées produisent de très beaux châles, coussins, nappes, vestes, sac à main, serviettes de bains, tous brodés avec soin et précaution. Ces objets raffinés, dont Vogue et plusieurs autres magazines ont parlé cet été, sont maintenant vendus à Genève, Paris, Londres, Beyrouth, Abu Dhabi et Amman. C’est le résultat du travail génial de Roberta Ventura, CEO de l’entreprise sociale privée SEP Jordan lancée en 2013.

 

Le lancement de ce projet inédit est l’aboutissement d’une longue réflexion qui a débouché sur une conviction: l’assistance humanitaire, indispensable dans des situations d’urgence est inadéquate à long-terme car elle instaure une situation malsaine de dépendance économique des populations réfugiées de longue durée. Partout, au Kénya, au Soudan, au Bangladesh, en Malaysie, le marché de l’emploi est difficilement accessible aux réfugiés. C’est aussi le cas en Jordanie à Jerash qui abrite les réfugiés palestiniens depuis 1968.

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Les Rohingyas, un peuple sans droits, victime des pires abus

Les images de villages incendiés par les forces de sécurité et les groupes paramilitaires bouddhistes, les témoignages concordants des réfugiés interrogés, les photos satellites disponibles et le documentaire poignant du New York Times confirment les craintes d’un nettoyage ethnique à grande échelle à l’encontre des Rohingyas. La communauté internationale s’évertue à convaincre Aung San Suu Kyi d’agir pour stopper l’exode et les crimes commis dans l’Etat du Rakhine mais elle a peu de pouvoir. Patriote bouddhiste, elle baigne depuis longtemps dans une propagande anti-rohingya à laquelle elle adhère pleinement. Cela ne signifie pas qu’elle souscrit aux crimes commis sur le terrain.  

150’000 Rohingyas ont fui le Myanmar pour trouver refuge au Bangladesh

Selon le HCR, ils seraient aujourd’hui 270’000 à avoir déjà traversé la frontière entre l’Etat du Rakhine (Myanmar) et le Bangladesh. Depuis le 25 août, date de l’attaque d’une trentaine de postes de police par les rebelles de l’Arakhan Rohingya Slavation Army (ARSA), l’armée birmane, appuyée par un groupe paramilitaire bouddhiste, a riposté de manière disproportionnée brûlant des villages entiers, massacrant des civils et violant des femmes et de filles.

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Calais : deux enquêtes dénoncent les violences policières françaises à l’égard des requérants mineurs non-accompagnés

Le All Party Parliamentary Group sur le trafic de personnes et l’esclavage moderne s’est penché minutieusement sur les conditions des requérants mineurs non-accompagnés à Calais afin de comprendre ce qui les incitait à vouloir rejoindre l’Angleterre. C’est sur les informations récoltées auprès de 86 mineurs par le « Refugee Rights Data Project (RRDP) » entre le 5 et le 9 avril 2017 que le groupe parlementaire s’est basé. Les résultats de cette enquête sont sans appels : à Calais et dans les environs la plupart des jeunes ont été victimes de violences policières soit lors d’arrestations, soit durant une période de détention soit pendant leurs interactions avec la police française. L’enquête révélée dans un rapport de 60 pages publié par une fondation anglaise (« Human Trafficking Foundation »), aboutit à la conclusion que les procédures d’entrée légale en Angleterre pour les mineurs non-accompagnés bloqués à Calais doivent être rapidement améliorées.

Les mineurs isolés ne reçoivent pas d’information sur la procédure d’asile

Selon le All Party Parliamentary Group, les témoignages des mineurs interrogés sont graves et démontrent l’incompétence mais aussi le manque de volonté du côté français et anglais pour améliorer la situation déplorable des mineurs isolés à Calais. Sur le 86 mineurs interrogés seulement 28% sont passés par des centres d’accueil et d’orientation pour mineurs isolés (CAOMI), 33% ont de la famille en Angleterre, 97% ont subi des violences policières dans la région de Calais, seulement 17% ont reçu de l’information sur leurs droits et les possibilités de changer leur situation et seulement 5% des mineurs non-accompagnés ont bénéficié d’une information sur le droit européen en matière de migration i.e. règlement Dublin.

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Pourquoi les renvois vers l’Afghanistan doivent cesser

Pour les autorités d’asile suisses, les renvois vers les villes de Kaboul, Herat et Mazar-i-Sharif sont exigibles, lorsque les personnes disposent d’un réseau social et familial. Mais l’Office suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) qui estime que la situation sécuritaire s’est encore aggravée depuis 2016 demande une suspension des renvois.

Tous les rapports convergent : les attentats et les combats armés entre les forces de sécurité, les Talibans et les autres factions armées (Al-Qaida et Etat islamique) continuent de provoquer des déplacements de population et de nombreuses victimes civiles dont un nombre croissant d’enfants.

Mieux protéger les requérants afghans en Suisse

En 2016, 3’229 personnes originaires d’Afghanistan ont déposé une demande d’asile en Suisse. C’est 60% de moins qu’en 2015. Cette année, de janvier à mai, ce sont 466 nouvelles demandes d’asile qui ont été enregistrées.

Pour les personnes en provenance d’Afghanistan, les autorités suisses accordent la protection à plus de 90% d’entre elles mais l’asile revient à une minorité de personnes, ce qui n’est pas toujours justifié. L’histoire étonnante de Mortaza Shahed, qui n’a pas reçu l’asile malgré les motifs de persécution avancés lors de sa demande d’asile, illustre les difficultés que rencontrent la plupart des requérants afghans.

De janvier 2016 à mai 2017, 240 renvois ont été exécutés vers l’Afghanistan dont 10 étaient des renvois contrôlés non-volontaires. Plusieurs pays européens comme l’Allemagne, la Suède, la France et la Norvège ont aussi procédé à de nombreux renvois qui ont été facilités par l’accord d’octobre 2016, entre l’Union européenne et l’Afghanistan.

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Avec «Open Homes», Airbnb devient un acteur humanitaire

Offrir un logement gratuit aux personnes victimes de catastrophes climatiques ou humanitaires est un geste qui est venu naturellement aux membres de la communauté Airbnb. De fil en aiguille, pour répondre le mieux possible aux besoins urgents des victimes de catastrophes, Airbnb a mis en place une plateforme d’offre de logements gratuits en collaboration avec des organisations gouvernementales et non-gouvernementales.

Des privés viennent en aide aux victimes de l’ouragan Sandy

L’idée a pris forme avec l’ouragan Sandy qui a ravagé l’Etat de New York en 2012. En pleine crise,  des hôtes membres de la plateforme ont proposé leur aide en accueillant les personnes en difficulté. Cette vague de générosité a motivé Airbnb a créé un service de réponse aux catastrophes.

Le mécanisme est simple. En situation d’urgence, Airbnb envoie un courriel à des hôtes locaux pour les informer de la façon dont ils peuvent aider et proposer leur logement aux personnes touchées. Les organisations non-gouvernementales et gouvernementales sont mises à contribution pour soutenir les communautés touchées pendant et après les catastrophes. Actuellement les “catastrophes actives” de Airbnb sont destinées aux victimes des inondations au Brésil et en Afrique du Sud. Airbnb est déjà intervenue dans 47 urgences et plus de 3’000 annonces de logement ont été activées.

La crise migratoire de 2015 et l’arrivée de Trump ont motivé l’aide aux réfugiés

C’est lors de la crise migratoire de 2015 qu’un ingénieur de Airbnb a pensé à créer une autre sous-plateforme pour venir en aide aux réfugiés en manque de logements. L’idée a fait son chemin au sein de l’entreprise et il a fallu un an pour qu’elle s’organise avec le Département d’Etat américain et les neuf agences américaines de réinstallation. Un projet pilote à Oakland (Californie) en octobre 2016, en coopération avec le centre d’accueil et de placement de l’International Rescue Committee, a abouti  au placement d’un réfugié dans une famille. D’autres placements ont suivi.

Puis est venue la mobilisation américaine contre le décret migratoire du président Donald Trump et celle, réactive, de la communauté d’Airbnb qui a offert des logements gratuits à ceux qui se sont retrouvés sans toit du jour au lendemain.

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