Credit: Marijan Murat/dpa

A Genève, beaucoup de requérants d’asile n’ont pas d’accès internet dans leur foyer

A Genève, plusieurs foyers ne sont pas encore dotés d’accès internet. C’est pourtant un service de première nécessité pour les réfugiés durant leurs parcours migratoire et au moment de leur arrivée en Suisse.

A l’heure où les Transports public genevois (TPG) offrent, dans plusieurs véhicules,  l’accès wifi gratuit à leurs passagers, à l’heure où Genève ambitionne de devenir une cybercapitale mondiale, la lenteur de l’Hospice général dans ce dossier et la mauvaise communication défensive et imprécise de son personnel à ce sujet n’est pas à la hauteur de ce que l’on pourrait attendre d’une institution qui dit souvent faire le maximum avec les moyens du bord.

 

Installations achevées et en cours

 

Selon les listes fournies par le service de communication de l’Hospice général, seulement huit lieux d’hébergement sur seize actuellement occupés (1) sont entièrement équipés dont Appia, Bois-de-Bay, Etoile, Frank-Thomas, William-Rappard, Coudriers, Poussy, Malagnou. Ce sont donc 1’579 personnes sur 2’271 personnes en hébergement collectif, soit 60% des résidents, qui n’ont pas accès à internet et doivent compter sur des abonnements wifi mobile. Ceux qui ne peuvent le faire dépendent de l’ouverture de grands magasins comme IKEA à Vernier ou de cafés internet pour se faire envoyer des documents importants à soumettre aux autorités suisses, maintenir autant que possible le contact avec des enfants mineurs restés dans les pays d’origine voir bloqués dans les pays de transit, ou simplement informer leurs familles de leur situation en Suisse.

 

Toujours selon l’Hospice général, le centre d’Anières (227 résidents) et le centre des Tattes à Vernier (558 résidents) seront entièrement équipés d’ici la fin de l’année. Dans le premier centre, l’existence d’un cybercafé ouvert tous les jours de 18 heures à 22 heures n’est pas connu de tous. Plusieurs résidents n’ont pas été informés de son existence alors qu’ils comprennent le français. Ils ont donc opté pour un abonnement mobile qui donne accès à internet mais qui est relativement coûteux.

 

L’Hospice général précise que “l’extension de la wifi se poursuit à un rythme soutenu. Les difficultés qui peuvent se présenter sont davantage d’ordre technique que budgétaire (…) L’installation est assez compliquée au centre des Tattes car il y a 12 bâtiments pour lesquels il faut tirer des lignes en fibre optique.”

 

En effet les coûts d’installation ne sont pas astronomiques selon les informations recueillies auprès du service de construction de Swisscom et d’une entreprise d’installation spécialisée. Ils varient entre 800 et 5’000.- selon qu’une ligne d’accès (ADSL / fibre optique)  existe déjà ou non. Pourtant ni Swisscom, ni les Services industriels de Genève (SIG) n’ont reçu de demande d’installation de lignes pour le centre des Tattes à Verniers. Ce centre ne sera donc certainement pas équipé à la fin de l’année contrairement à ce qu’affirme l’Hospice général.

 

L’accès internet est un droit fondamental reconnu par l’ONU

 

Depuis 2012, l’accès internet est un droit fondamental reconnu par l’ONU au même titre que d’autres droits de l’homme. C’est le Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui en a décidé ainsi. Ses 47 membres ont signé à l’unanimité la résolution qui établit que chaque individu a le droit de se connecter et de s’exprimer librement sur internet. En 2016, ses membres ont adopté une autre résolution pour «la promotion, la protection et l’exercice des droits de l’homme sur internet» et condamnait les restrictions de l’accès à l’information sur internet.

 

Si ce droit est reconnu à tous, il est impératif que les réfugiés et les migrants puissent en bénéficier. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les Croix-Rouges nationales, le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) et l’Organisation internationales des migrations (OIM) le constatent tous les jours, l’accès internet est primordial pour ces personnes. En 2016 l’installation du programme “Trace the Face” par plusieurs Sociétés nationales de la Croix-Rouge en Europe a été mis sur pied pour réunir les membres de familles dispersées. Ce programme ne fonctionnerait pas sans un accès wifi.

 

Point sur la communication de l’Hospice Général

 

Par courriel, l’Hospice général déclare que “l’accès à Internet via la WiFi dans les centres d’hébergement collectif répond à un besoin des résidents ainsi qu’au souhait de l’Hospice général de favoriser leur autonomie. Ils peuvent ainsi maintenir les liens avec leur proches dans le respect de leur intimité.” Officiellement il reconnaît donc l’importance de l’installation de ce service. Cependant la communication a été inutilement défensive et vague. Un réceptionniste du centre des Tattes a eu des propos dénigrants à l’égard des requérants d’asile et de leurs besoins. Ces messages n’ont eu qu’un seul effet: semer le doute quant aux intentions de l’institution sur ce dossier.

 

  1. Le centre du Lagnon à Bernex est en travaux  de rénovation jusqu’en avril 2018. Il sera entièrement équipé. Le centre d’Appia qui est équipé d’un accès internet fermera en mai 2018.

 

 

Tableau de la répartition des requérants d’asile et réfugiés logés dans des centres d’hébergement collectif et abris de protection civile (PCi) au 31 octobre 2017

En foncé les lieux entièrement équipés, et en italique ceux qui le seront d’ici la fin de l’année.

Lieux d’hébergement collectif Type de population Nb de pers.
centre d’Anières familles et personnes seules 227
centre William-Rappard (Bellevue) familles et personnes seules 36
centre du Lagnon (Bernex)  – Fermé pour rénovation  – réouverture  en avril 2018 hommes

primo-arrivants

0
centre av. de la Praille (Carouge) familles et personnes seules 92
centre rue Alexandre-Gavard (Carouge) hommes à l’aide d’urgence et primo-arrivants 46
centre de l’Etoile (Carouge) RMNA et ex-RMNA 184
centre de Frank-Thomas (Genève) personnes seules 127
centre de Saconnex (Genève) population mixte 327
abri PCi des Coudriers (Genève) hommes à l’aide d’urgence et primo-arrivants 20
centre des Tilleuls (Gd-Saconnex) familles et personnes seules 143
centre de Feuillasse familles et personnes seules 175
centre d’Appia – Fermeture en mai 2018 hommes primo-arrivants 125
centre de Presinge familles 57
centre des Tattes (Vernier) familles et personnes seules 558
centre de Poussy (Vernier) familles et personnes seules 34
centre de Malagnou (Thônex) femmes primo-arrivantes 21
Centre du Bois-de-Bay (Stigny) familles 99

 

Photo © Marijan Murat/dpa

La Suisse doit mieux répondre aux besoins des migrants vulnérables selon le Conseil de l’Europe

Dans un rapport de 40 pages dont la moitié concerne “les droits de l’homme des migrants, y compris des réfugiés et des demandeurs d’asile”, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muižnieks, a présenté ses recommandations à la Suisse, suite à une visite en mai 2017.

Félicitant la Suisse pour la nouvelle Loi sur l’Asile (LAsi) qui vise à accélérer la procédure d’asile et  établir des mécanismes de conseil et de représentation juridique gratuits, il a insisté sur le maintien d’une qualité de service juridique aux requérants d’asile dès le début de la procédure sans quoi leurs droits fondamentaux ne seraient pas garantis. 

 

Un nouveau statut de protection subsidiaire doit remplacer l’admission provisoire

 

Le Commissaire aux droits de l’homme a fustigé non seulement la politique restrictive à l’égard des requérants d’asile syriens souvent déboutés de l’asile avec une admission provisoire mais aussi la politique endurcie vis-à-vis des requérants d’asile érythréens, injustifiée au vu de la situation critique des droits de l’homme en Erythrée.

Par ailleurs, il a encouragé les autorités suisses, qui envisagent actuellement une révision de l’admission provisoire (1), à mettre en place un statut de protection internationale subsidiaire. Ce nouveau statut donneraient les mêmes droits que ceux accordés aux réfugiés bénéficiant de l’asile. Selon lui: 

« Il n’est pas acceptable de placer durablement des personnes qui resteront très probablement à long terme en Suisse dans une situation difficile et précaire entravant leur intégration. C’est pour cela qu’il convient de lever les restrictions juridiques que ce statut impose à des personnes nécessitant une protection internationale, notamment en matière de mobilité géographique, de regroupement familial et d’aide sociale ».

Ses remarques vont d’ailleurs dans le sens des autorités suisses. Dans un récent rapport, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) estime que près de 90% des étrangers admis provisoirement restent durablement en Suisse (2). Comme ce statut s’accompagne d’importantes restrictions juridiques notamment en terme de mobilité géographique et d’accès au marché du travail, les personnes admises à titre provisoire mettent beaucoup de temps à trouver un emploi. Leur intégration professionnelle est aussi entravée par des dispositions administratives restrictives et par la méconnaissance de ce statut par les employeurs. 

Nils Muižnieks souligne en outre les conséquences dramatiques pour les familles séparées par la fuite. Celles-ci restent bien trop longtemps exclues du droit au regroupement familial puisque ce droit dépend, entre autre, de leur situation financière (indépendance de l’aide sociale).

 

Couvre-feu excessif et détention de mineurs sont pointés du doigt

 

Selon le Commissaire aux droits de l’homme, le couvre-feu instauré en semaine entre 17h00 et 9h00 dans les centres d’accueil est une restriction importante à la liberté de mouvement imposées aux demandeurs d’asile résidant dans ces centres. Dans son rapport, il rappelle les critiques de la Commission nationale de prévention de la torture (CNPT) condamnant la privation partielle de la liberté des résidents. Il invite les autorités à considérer la demande de la Commission fédérale contre le racisme qui appelle à une révision du couvre-feu. Les autorités suisses disent poursuivre leurs réflexions en faveur d’un éventuel assouplissement dans le nouveau système de l’asile qui, dès 2019, étend la durée maximale du séjour dans les centres fédéraux à 140 jours au lieu de 90 jours actuellement.

 

La détention des mineurs même dans les zones de transit des aéroports doit être évitée autant que possible. Dans les zones de transit, les autorités d’asile peuvent retenir les familles avec enfants dans une zone fermée, durant une période de 60 jours ce qui représente une limitation excessive à la liberté de mouvement des requérants d’asile et contrevient à la Convention sur les droits de l’enfant selon laquelle l’intérêt supérieur de l’enfant doit être respecter en tout temps. Le Commissaire a aussi recommandé la suppression de la détention administrative des enfants migrants de plus de 15 ans, malheureusement pratiquée dans certains  cantons. Par ailleurs il a recommandé aux autorités d’assurer l’unité familiale même en cas de tentative de renvoi.

 

Le rapport comporte d’autres recommandations sur la prise en compte des aspects liés au genre et aux enfants dans les décisions relatives à la migration, sur la méthode de détermination de l’âge des migrants employée par les autorités suisses pour déterminer s’ils ont moins de 18 ans et sur les  renvois dans le cadre de la procédure Dublin et les renvois forcés. Ces recommandations peuvent être consultés ici.

 

Monsieur Nils Muižnieks sera en Suisse le 21 novembre dans le cadre d’une Conférence sur le regroupement familial des réfugiés en Suisse organisée par le Centre Suisse pour la Défense des Droits des Migrants (CSDM) et le Bureau du HCR pour la Suisse et le Liechtenstein afin de présenter le rapport intitulé «Réaliser le droit au regroupement familial des réfugiés en Europe».

 

Lire aussi la réponse du Conseiller fédéral, Chef du Département fédéral des Affaires étrangères au rapport du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe.

 

Lire aussi: La Suisse devrait renforcer son cadre de protection des droits de l’homme et mieux répondre aux besoins des migrants vulnérables

 

  1. Dans les cas où l’étranger a été débouté de sa demande d’asile, il doit en principe quitter le territoire suisse et fait donc l’objet d’une décision de renvoi. Toutefois, pour les étrangers qui ne peuvent pas être expulsés, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) émet une admission provisoire qui prend la forme d’un permis F.
  2. Voir: Conseil fédéral, Admission provisoire et personnes à protéger : analyse et possibilités d’action, Rapport, adopté le 12 octobre 2016.

 

Emmanuel Macron nouveau leader de la politique migratoire européenne

Lundi 9 octobre, Emmanuel Macron a lancé le coup d’envoi pour un accueil important de réfugiés sélectionnés au Niger et au Tchad et la possibilité pour un plus grand nombre d’être reçu en France en empruntant une voie légale d’entrée dans ce pays. La France accepte ainsi de participer plus largement au programme de réinstallation présenté depuis longtemps par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) comme une des solutions crédibles et humanitaires à la crise migratoire.  

 

Macron promet de réinstaller plus de réfugiés en France

 

D’après le tweet de Filippo Grandi, Haut Commissaire aux réfugiés, sa rencontre à l’Elysée avec Emmanuel Macron lundi 9 octobre fut fructueuse puisque le Président français annonçait juste après le lancement des missions d’identification des demandeurs d’asile au Tchad et au Niger.

Au total, 10 000 réfugiés seront acceptés lors des deux prochaines années, dont 3 000 en provenance de ces deux pays ce qui correspond à une participation beaucoup plus importante au programme de réinstallation du HCR, longtemps boudé par la France comme par la plupart des pays européens (1).

En juin dernier à Bruxelles, Emmanuel Macron donnait le ton lors d’une déclaration sur la crise migratoire: 

Ce n’est pas une crise passagère. C’est un défi de long terme qui ne trouvera sa réponse que dans les stabilisations à long terme en Afrique, au Proche et Moyen-Orient. Nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur.

Puis en août 2017, lors d’un mini-sommet à l’Elysée, réunissant des dirigeants européens – français, italien, espagnol, allemand – et africains – nigérien, tchadien et libyen, Emmanuel Macron avait présenté un plan d’action en trois points pour réduire les arrivées en Europe tout en garantissant des voies d’entrées légales, notamment depuis le Niger et le Tchad aux réfugiés vulnérables.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron confirme son engagement humanitaire, pragmatique et calculé en ouvrant la voie à l’arrivée légale de réfugiés depuis l’étranger.  C’est l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui devra identifier ceux qui peuvent prétendre au droit d’asile en France. Cet office travaillera à partir des listes établies par le HCR. Selon l’organisation, les besoins au Tchad et au Niger sont énormes. Actuellement ce sont 150’ 000 réfugiés vulnérables qui ont besoin d’un transfert.

Un rapport récent sur la situation des déplacés et des réfugiés dans la région du Lac Tchad témoigne de l’ampleur de la crise et des besoins.

Pour l’instant, l’idée – exprimée par le Président en juillet dernier – d’installer des centres “hot spots” en Libye, et fortement critiquée de toute part, est abandonnée en raison de l’insécurité qui règne sur place.

 

Permettre des voies de migration légale et sécurisée est impératif pour l’Europe

 

Bien sûr la question est de savoir si la France respectera son engagement. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à avoir fait des promesses en ce sens. L‘Allemagne, l’Espagne et l’Italie se sont aussi engagés à envoyer des représentants au Niger et au Tchad afin d’auditionner et évaluer la situation des migrants vulnérables, identifiées au préalable par le HCR et l’OIM.

Le 13 septembre, dans son discours annuel sur l’état de l’Union, le président Jean-Claude Juncker déclarait:

Même si les questions gravitant autour de la migration ont souvent suscité débats et polémiques, nous sommes parvenus à faire de réels progrès sur de nombreux plans (…)Mais nous devons redoubler d’efforts. À la fin du mois, la Commission présentera une nouvelle série de propositions centrées sur les retours, la solidarité avec l’Afrique et l’ouverture de voies de migration légales.

Si la réinstallation de réfugiés vulnérables n’a jamais été une priorité en Europe, la réussite de la sécurisation de ses frontières et le combat contre les réseaux de passeurs, passe par une démonstration de solidarité aux pays qui abritent les réfugiés en Afrique de l’Ouest et dans le monde en leur proposant des solutions humanitaires crédibles. L’ouverture de voies de migrations légales fait désormais partie intégrante du dispositif migratoire européen et c’est une excellente nouvelle. 

Néanmoins, dans la région l’ampleur des besoins est énorme comme le confirme sur RFI, Romain Desclous, du bureau régional du HCR de Dakar:

L’annonce française est bienvenue, il s’agit de montrer la solidarité de la France et de l’Europe à l’égard des pays qui sont actuellement  en train d’accueillir des réfugiés sur la route qui mène à la Méditerranée. Le nombre de 10’000 mentionné par la France représente une partie des besoins. Nous estimons à 150’000 le nombre de réfugiés en besoin de relocalisation pour la seule Afrique de l’Ouest, donc c’est un bon début mais le HCR (…) appelle à plus de solidarité, plus d’effort de la part de l’Europe et de l’ensemble de la communauté internationale.

(1) Le nombre total de personnes réinstallées ou admises à travers les programmes d’admission (humanitaire) pour tous les États membres qui ont fourni des statistiques était de plus de 5 400 pour 2011 et 2012, plus de 16 100 pour 2013, près de 18 000 en 2014, 10 300 en 2015 et près de 18 000 jusqu’à présent pour 2016. Le quota national annuel de personnes réinstallées ou admises a varié énormément parmi les États membres. sur la période 2011-2016, de moins de cent (BG, HU, LU) à 2 000 (AT, IT) et jusqu’à plus de 10 000 (DE, SE, NO). Toutefois, la comparaison entre les années est limitée car certains États membres utilisent plutôt un programme ou des mécanismes d’admission qui s’étendent sur deux années calendaires. Plus de détails dans le rapport: Programmes de réinstallation et d’admission humanitaire en Europe. Qu’est-ce qui fonctionne ?

Un drame qui exige une réflexion sur la liberté de mouvement des requérants d’asile

Un drame et une campagne nationale

En mai 2017 un requérant d’asile a été empêché d’assister à la naissance de son enfant parce qu’un employé d’un Centre fédéral l’a puni de sortie.

“L’homme est arrivé en Suisse quelques mois après sa femme, enceinte.  Celle-ci a été attribuée à un canton et va bientôt accoucher. Au lieu de rapprocher le couple, les autorités placent l’homme pour trois mois dans un centre fédéral plus éloigné et isolé de tout: les Rochats, situé à 6 kilomètres d’un arrêt de bus. La veille de l’accouchement, Madame est hospitalisée. Il la rejoint, par ses propres moyens. Mais rentre au centre après le couvre-feu de 17 heures. Or le règlement stipule, en cas de retard, une privation de sortie le jour suivant. Le certificat de l’hôpital attestant de la nécessité de sa présence le lendemain pour assister à l’accouchement n’y a rien fait. Il sera puni, privé d’assister à la naissance de son premier enfant.”

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SEP Jordan, un modèle d’entreprise sociale

Crédit pour la photographie d’entête: Farras Oran pour SEP. De gauche à droite: Hiba, Asma et Fatima. 

 

En Jordanie dans le camp de réfugiés de Jerash qui abrite près de 30’000 palestiniens, des artistes rémunérées produisent de très beaux châles, coussins, nappes, vestes, sac à main, serviettes de bains, tous brodés avec soin et précaution. Ces objets raffinés, dont Vogue et plusieurs autres magazines ont parlé cet été, sont maintenant vendus à Genève, Paris, Londres, Beyrouth, Abu Dhabi et Amman. C’est le résultat du travail génial de Roberta Ventura, CEO de l’entreprise sociale privée SEP Jordan lancée en 2013.

 

Le lancement de ce projet inédit est l’aboutissement d’une longue réflexion qui a débouché sur une conviction: l’assistance humanitaire, indispensable dans des situations d’urgence est inadéquate à long-terme car elle instaure une situation malsaine de dépendance économique des populations réfugiées de longue durée. Partout, au Kénya, au Soudan, au Bangladesh, en Malaysie, le marché de l’emploi est difficilement accessible aux réfugiés. C’est aussi le cas en Jordanie à Jerash qui abrite les réfugiés palestiniens depuis 1968.

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Les Rohingyas, un peuple sans droits, victime des pires abus

Les images de villages incendiés par les forces de sécurité et les groupes paramilitaires bouddhistes, les témoignages concordants des réfugiés interrogés, les photos satellites disponibles et le documentaire poignant du New York Times confirment les craintes d’un nettoyage ethnique à grande échelle à l’encontre des Rohingyas. La communauté internationale s’évertue à convaincre Aung San Suu Kyi d’agir pour stopper l’exode et les crimes commis dans l’Etat du Rakhine mais elle a peu de pouvoir. Patriote bouddhiste, elle baigne depuis longtemps dans une propagande anti-rohingya à laquelle elle adhère pleinement. Cela ne signifie pas qu’elle souscrit aux crimes commis sur le terrain.  

150’000 Rohingyas ont fui le Myanmar pour trouver refuge au Bangladesh

Selon le HCR, ils seraient aujourd’hui 270’000 à avoir déjà traversé la frontière entre l’Etat du Rakhine (Myanmar) et le Bangladesh. Depuis le 25 août, date de l’attaque d’une trentaine de postes de police par les rebelles de l’Arakhan Rohingya Slavation Army (ARSA), l’armée birmane, appuyée par un groupe paramilitaire bouddhiste, a riposté de manière disproportionnée brûlant des villages entiers, massacrant des civils et violant des femmes et de filles.

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Calais : deux enquêtes dénoncent les violences policières françaises à l’égard des requérants mineurs non-accompagnés

Le All Party Parliamentary Group sur le trafic de personnes et l’esclavage moderne s’est penché minutieusement sur les conditions des requérants mineurs non-accompagnés à Calais afin de comprendre ce qui les incitait à vouloir rejoindre l’Angleterre. C’est sur les informations récoltées auprès de 86 mineurs par le « Refugee Rights Data Project (RRDP) » entre le 5 et le 9 avril 2017 que le groupe parlementaire s’est basé. Les résultats de cette enquête sont sans appels : à Calais et dans les environs la plupart des jeunes ont été victimes de violences policières soit lors d’arrestations, soit durant une période de détention soit pendant leurs interactions avec la police française. L’enquête révélée dans un rapport de 60 pages publié par une fondation anglaise (« Human Trafficking Foundation »), aboutit à la conclusion que les procédures d’entrée légale en Angleterre pour les mineurs non-accompagnés bloqués à Calais doivent être rapidement améliorées.

Les mineurs isolés ne reçoivent pas d’information sur la procédure d’asile

Selon le All Party Parliamentary Group, les témoignages des mineurs interrogés sont graves et démontrent l’incompétence mais aussi le manque de volonté du côté français et anglais pour améliorer la situation déplorable des mineurs isolés à Calais. Sur le 86 mineurs interrogés seulement 28% sont passés par des centres d’accueil et d’orientation pour mineurs isolés (CAOMI), 33% ont de la famille en Angleterre, 97% ont subi des violences policières dans la région de Calais, seulement 17% ont reçu de l’information sur leurs droits et les possibilités de changer leur situation et seulement 5% des mineurs non-accompagnés ont bénéficié d’une information sur le droit européen en matière de migration i.e. règlement Dublin.

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Pourquoi les renvois vers l’Afghanistan doivent cesser

Pour les autorités d’asile suisses, les renvois vers les villes de Kaboul, Herat et Mazar-i-Sharif sont exigibles, lorsque les personnes disposent d’un réseau social et familial. Mais l’Office suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) qui estime que la situation sécuritaire s’est encore aggravée depuis 2016 demande une suspension des renvois.

Tous les rapports convergent : les attentats et les combats armés entre les forces de sécurité, les Talibans et les autres factions armées (Al-Qaida et Etat islamique) continuent de provoquer des déplacements de population et de nombreuses victimes civiles dont un nombre croissant d’enfants.

Mieux protéger les requérants afghans en Suisse

En 2016, 3’229 personnes originaires d’Afghanistan ont déposé une demande d’asile en Suisse. C’est 60% de moins qu’en 2015. Cette année, de janvier à mai, ce sont 466 nouvelles demandes d’asile qui ont été enregistrées.

Pour les personnes en provenance d’Afghanistan, les autorités suisses accordent la protection à plus de 90% d’entre elles mais l’asile revient à une minorité de personnes, ce qui n’est pas toujours justifié. L’histoire étonnante de Mortaza Shahed, qui n’a pas reçu l’asile malgré les motifs de persécution avancés lors de sa demande d’asile, illustre les difficultés que rencontrent la plupart des requérants afghans.

De janvier 2016 à mai 2017, 240 renvois ont été exécutés vers l’Afghanistan dont 10 étaient des renvois contrôlés non-volontaires. Plusieurs pays européens comme l’Allemagne, la Suède, la France et la Norvège ont aussi procédé à de nombreux renvois qui ont été facilités par l’accord d’octobre 2016, entre l’Union européenne et l’Afghanistan.

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Avec «Open Homes», Airbnb devient un acteur humanitaire

Offrir un logement gratuit aux personnes victimes de catastrophes climatiques ou humanitaires est un geste qui est venu naturellement aux membres de la communauté Airbnb. De fil en aiguille, pour répondre le mieux possible aux besoins urgents des victimes de catastrophes, Airbnb a mis en place une plateforme d’offre de logements gratuits en collaboration avec des organisations gouvernementales et non-gouvernementales.

Des privés viennent en aide aux victimes de l’ouragan Sandy

L’idée a pris forme avec l’ouragan Sandy qui a ravagé l’Etat de New York en 2012. En pleine crise,  des hôtes membres de la plateforme ont proposé leur aide en accueillant les personnes en difficulté. Cette vague de générosité a motivé Airbnb a créé un service de réponse aux catastrophes.

Le mécanisme est simple. En situation d’urgence, Airbnb envoie un courriel à des hôtes locaux pour les informer de la façon dont ils peuvent aider et proposer leur logement aux personnes touchées. Les organisations non-gouvernementales et gouvernementales sont mises à contribution pour soutenir les communautés touchées pendant et après les catastrophes. Actuellement les “catastrophes actives” de Airbnb sont destinées aux victimes des inondations au Brésil et en Afrique du Sud. Airbnb est déjà intervenue dans 47 urgences et plus de 3’000 annonces de logement ont été activées.

La crise migratoire de 2015 et l’arrivée de Trump ont motivé l’aide aux réfugiés

C’est lors de la crise migratoire de 2015 qu’un ingénieur de Airbnb a pensé à créer une autre sous-plateforme pour venir en aide aux réfugiés en manque de logements. L’idée a fait son chemin au sein de l’entreprise et il a fallu un an pour qu’elle s’organise avec le Département d’Etat américain et les neuf agences américaines de réinstallation. Un projet pilote à Oakland (Californie) en octobre 2016, en coopération avec le centre d’accueil et de placement de l’International Rescue Committee, a abouti  au placement d’un réfugié dans une famille. D’autres placements ont suivi.

Puis est venue la mobilisation américaine contre le décret migratoire du président Donald Trump et celle, réactive, de la communauté d’Airbnb qui a offert des logements gratuits à ceux qui se sont retrouvés sans toit du jour au lendemain.

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Projet Intégration allie les besoins d’intégration des réfugiés et les besoins informatiques suisses

Projet Intégration a été lancé par Vincent Baumgartner et Priya Burci, deux étudiants visionnaires. Ce projet vise à former des réfugiés à la programmation web pour faciliter leur intégration et combler les besoins du marché de l’emploi. En Suisse seulement 2.7% des requérants d’asile qui peuvent travailler le font. Cette proportion faible s’explique en partie par l’obstacle de la langue et par le manque de compétences adaptées au monde du travail. Pourtant les spécialistes pensent que l’économie suisse va au devant d’une pénurie de plusieurs milliers d’informaticiens.

En enseignant la programmation web aux requérants d’asile à Genève et bientôt à Lausanne, ce projet offre une des solutions au problème.

C’est en faisant un stage à Flowminder l’été dernier que Vincent Baumgartner s’est penché sur les projets de programmations destinés aux réfugiés en Allemagne. Inspiré, il a décidé de créer avec Priya Burci l’association Projet Intégration en octobre 2016 pour lancer, un mois après, une première formation de programmation web pour 25 requérants d’asile. Un cours pour débutants en informatique a commencé en mars 2017, une deuxième formation de programmation a débuté en mai et la troisième session aura lieu en août. Les formations ont lieu au Centre de jour de la Croix-Rouge genevoise pour les débutants et à Impact Hub Genève pour la programmation. Ce cours aboutit à l’obtention d’un certificat d’aptitude et si possible à un stage rémunéré dans une entreprise.

Pour Vincent Baumgartner le projet est un succès.

« Plusieurs sociétés, dont Holly Star et Protonmail, nous ont déjà approchés et nous sommes en contact avec d’autres entreprises et organisations en Suisse. Pour l’instant nous n’avons que des candidats masculins dont un mineur non-accompagné. C’est dommage mais il faut dire que même en Suisse la programmation reste un domaine qui attire beaucoup plus d’hommes que de femmes. Notre formation est gratuite et ouverte à tous ceux qui ont une bonne compréhension du français ou de l’anglais.»

Les idées et les projets ne manquent pas. Cette année un autre projet de formation va démarrer à Lausanne en partenariat avec la Business School de Lausanne et une coopération avec Emplab sur le projet Coding Girl en Ukraine est en cours. Projet Intégration est aussi en train de réfléchir à mettre sur pied une section Suisse de Techfugees, une entreprise sociale qui mobilise la communauté internationale technologique pour répondre à la situation des réfugiés.

Mise à part Impact Hub Geneva qui fournit l’espace de travail, l’association a obtenu 20 ordinateurs portables de Global Shapers et peut compter sur des spécialistes informatiques bénévoles issus du monde professionnel.

Aujourd’hui l’association, qui forme de jeunes hommes érythréens, soudanais, somaliens et afghans en procédure d’asile, est à la recherche d’autres bénévoles pour mener ces formations, pour la récolte de fonds et pour la communication. L’association est aussi à la recherche de matériel informatique comme des ordinateurs, des écrans et des clés USB. Vous pouvez visiter le site www.projetintegration.ch ou contacter l’association en envoyant un mail à info@projetintegration.ch. Je recommande aussi la Page Facebook de Projet Intégration qui est accessible sur ce lien : https://www.facebook.com/ProjectIntegration/. Et enfin je vous invite à lire le portrait de la co-fondatrice Priya Burci sur le blog d’Aline Isoz: Priya Burci : l’associatif conjugué en mode digital.