Pour MSF le monde est sourd à la souffrance des migrants en Libye

“Deux mois, trois semaines, un jour et 12 heures en enfer”.

C’est le témoignage d’un migrant épuisé et traumatisé qui s’est échappé d’une prison clandestine en Libye. Ses propos ont été recueillis par l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) dans un centre d’accueil à Bani Walid, une ville située à 200 kilomètres au sud-est de Tripoli où l’organisation fournit, avec une ONG libyenne, des soins médicaux aux personnes survivantes des centres de détention clandestins.

Depuis la Libye, difficile de parler de “retour volontaires”

Dans une interview publié sur le site internet de MSF, Christophe Biteau, chef de mission en Libye, dresse un tableau sombre de la situation des migrants dans ce pays où les réseaux de trafiquants continuent de s’enrichir.

Si l’Organisation internationale des migrations (OIM) et le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) se sont démenés pour vider les centres de détention officiels, MSF doute  non seulement de l’aspect “volontaire” des retours mais constate que les trafics de migrants augmentent et font encore plus de victimes.

En effet, depuis novembre 2017, les prisons officielles se sont vidées grâce à l’intervention de  l’OIM et du HCR. La mesure principale de l’OIM a été de faciliter et d’organiser les retours des personnes détenues dans les centres de détentions officiels vers les pays d’origine. Les chiffres sont impressionnants. En sept mois, l’évacuation d’urgence a permis de sortir 15’000 personnes sur les 17’000 comptabilisés au début de l’opération.

Ces retours qualifiés de “volontaires” par l’OIM ne le sont pas selon MSF car ils sont la seule alternative proposée pour échapper aux sévices subis en détention. Actuellement il resterait en tout 4’000 à 5’000 détenus dans les prisons officielles.

De son côté, le HCR a évacué près de 1’000 réfugiés vulnérables vers le Niger d’où ils attendent leur réinstallation dans un autre pays d’accueil.  Sur les 50’000 réfugiés enregistrés par le HCR en Libye, la majorité d’entre eux sont syriens.

Une partie des migrants interceptés en mer sont remis aux trafiquants

Désespérant de constater, selon Christophe Biteau, que rien n’est fait pour empêcher les horreurs commises à l’encontre des migrants victimes des réseaux criminels alors même que l’Europe avalise et soutient les interceptions des gardes-côte libyens.

Normalement, toutes les personnes interceptées en mer devraient être retournées dans des centres officiels de détention. Mais ce n’est pas le cas. Dans 12 embarcadères libyens, l’OIM et le HCR sont présents pour effectuer des contrôles médicaux sur les personnes qui débarquent avant d’être emmenées vers des centres de détention. Mais beaucoup terminent à nouveau dans les filets des trafiquants. Christophe Biteau s’explique:

Pour beaucoup de migrants, retourner au pays n’est pas une option et les trafiquants restent leur seule chance d’accéder à l’Europe. Ces réseaux de trafiquants, que l’Europe prétend démanteler, ont un monopole dans l’organisation des mouvements des personnes vulnérables, qui n’ont pas d’autre alternative (…) Nous (MSF) ne sommes pas en mesure d’estimer le nombre de personnes détenues dans des prisons clandestines, mais l’enlèvement de migrants et de réfugiés, l’utilisation de la torture pour l’obtention de rançons sont des pratiques généralisées qui augmentent. Ils remplacent les revenus des économies locales frappées par le manque de liquidités dans les banques libyennes.”

MSF n’a évidemment pas accès aux prisons clandestines mais à Bani Walid, où l’organisation fournit des soins aux migrants rescapés souvent gravement blessés, le nombre de personnes assistées n’a pas baissé et le nombre de morts a augmenté. Dans cette région MSF est très inquiet de constater plus de décès qu’en 2017.

Une décision de justice qui vient confirmer la position de MSF et de beaucoup d’autres ONG

“La Libye n’est pas un port sûr tel que défini par le droit international” ont déclaré hier les juges de la Cour de Raguse qui ont rejeté l’appel du Procureur contre la libération du navire de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms.

Au centre de l’affaire la mise sous séquestre le 20 mars 2018 du navire utilisé pour les opérations de recherche et de sauvetage des migrants dont l’équipage fût accusé à tort d’association criminelle présumée à des fins d’immigration clandestine. Les procureurs de Catane avait saisi en mars dernier le navire, alors que l’équipage avait refusé de remettre 218 migrants aux autorités libyennes. Les juges ont rappelé, dans leur décision, les conditions inhumaines dans les centres de détentions en Libye, la situation conflictuelle dans le pays et les traitements inhumains et dégradants dont sont victimes les migrants. Elle a donc ordonné la levée de saisie du navire.  

Photo © MSF, Tripoli avril 2017.

Jasmine Caye

Jasmine Caye

Avec une expérience juridique auprès des requérants d'asile à l'aéroport de Genève, Jasmine Caye aime décrypter l'information sur les réfugiés et les questions de migration. Elle a présidé le Centre suisse pour la défense des droits des migrants (CSDM) et continue d'assister des personnes en procédure d'asile. Les articles sur ce blog paraissent en version courte sur un autre blog ForumAsile.

10 réponses à “Pour MSF le monde est sourd à la souffrance des migrants en Libye

  1. La question est simple : combien d’africains en Europe ? L’Afrique verra 1 milliard d’habitants supplémentaires d’ici 30 ans; Combien les gauchistes sont-ils prêts à en assumer (car jamais ils ne produiront en Europe, tout illétrés qu’ils sont). 10 miilions (la taille de la Suisse), 100 millions, 200 millions ? A partir de 100 m, 10% es nouveaux habitants, donc très peu, l’Europe sera une nouvelle colonie africaine : corruption, népotisme, batialles ethniques dans nos rues. DOnc la question est simple : combien ???

  2. Les dirigeants de MSF ont ils lutté, manifesté, protesté, fait la grève de la faim, signé des pétitions pour empêcher l’expédition militaire désastreuse et inhumaine contre la Libye de Kadhafi qui est la cause de tout le mal? Non, évidemment! Il semble même que Bernard Kouchner était à fond derrière son comparse BHL qui fut le mauvais génie de cette expédition. Des centaines de milliers de victimes, le pays en ruine, livré à l’esclavage et à la violence. Il est beau le résultat. Alors maintenant MSF devrait faire preuve d’un minimum de décence.

  3. Je ne partage en rien les deux commentaires précédents.
    En revanche, est-ce que le marché de l’asile sauve vraiment des vie ? ou est-ce ce marché qui les tue ? combien de personnes meurent dans les guerres en Afrique/Asie ? et combien pour venir en Europe y chercher une vie meilleure (sans avoir jamais connu la guerre) ?

    En négociant avec des milices illégales la fermeture de ports en Libye, est-ce que l’Italie a condamné des personnes à la torture ou a-t-elle au contraire permis de fermer une route migratoire contrôlée par organisations criminelles qui torturaient et qui gagnaient des sommes considérables au profit de personnes qui cherchaient simplement une vie meilleure (sans avoir pour la majorité d’entre eux jamais connu une persécution ou la guerre); avec toutes les conséquences que cet argent signifie pour la région (déstabilisation des gouvernements, corruptions, financement du terrorisme, etc.)

    Ne sommes-nous pas responsables en premier lieu pour avoir fermé les yeux sur les principaux problèmes du marché de l’asile et d’avoir ainsi encouragé par notre naïveté/ignorance/lâcheté des milliers de personnes à prendre la route uniquement pour chercher une vie meilleure en Europe et avoir créé un “marché de l’asile” dont les pires organisations criminelles se sont emparées ?

  4. Sara n’est. pas d’accord avec moi. OK c’est son droit. Mais au moins elle est assez lucide sur les trafics sordides des marchands d’esclaves qui tirent des bonnes âmes de chez nous.
    Sara, seriez-vous d’accord avec la politique suivante que je propose pour la Suisse?
    1. Augmentation massive du budget de l’aide suisse au développement. Politique généreuse de co développement de l’Afrique.
    2. Ceci doit avoir pour contreparties:
    – politique d’immigration zéro, soit cas extrêmes très rares. Il faut que l’Afrique se développe pour que les gens restent chez eux.
    -rapatriement immédiat de tous les abuseurs du droit l’asile, trafiquants de shit et autres voyous illégaux qui encombrent nos villes.
    -les pays d’origine doivent signer des accords de réadmission faute de quoi l’aide à à au développement dans ces pays doit être immédiatement suspendue en attendant la signature d’un accord satisfaisant.

    Cette politique généreuse me semble la seule possible et réaliste, car on ne peut tout de même pas attendre d’être submergés par environ un milliard de surplus démographique africain qui viendra se déverser chez nous si on continue les politiques suicidaires prônées par Jasmine Caye & Co.

    1. Non Martin, votre proposition est précisément l’un des problèmes.
      Il y a ici une forme de naïveté qui nous pousse à croire que nous sommes responsables de l’écart des richesses. Vous proposez quoi ? plus d’argent ? et après ? que l’on construise dans le pays de destination un aéroport flambant neuf ? des routes pour les reconduire jusque dans leur village ? puis des maisons ? puis qu’on leur garantisse un travail ? puis des études ? puis la sécurité sociale ? (c’est d’ailleurs ce que l’on a fait en Bosnie… pour quel résultat ? c’est un des pays principaux de recrutement du djihadisme en Europe) … pour enfin conclure que tous ceux qui n’ont pas le même niveau de vie que “nous” peuvent rester ?
      Vous connaissez certainement l’histoire de cette femme des Balkans. Une déboutée du droit d’asile (mais au bénéfice d’une admission provisoire) a accepté de renter si la Suisse lui garantissait une maison puis un accès aux soins. La Suisse a payé l’hôpital, puis lui a fait construire une maison. Et quand le moment du retour est venue, elle a dit: non, j’aimerais finalement plus. Cette naïveté doit cesser.

      Il faut donc accepter un fait: la Suisse – grâce aux accords de Schengen notamment (qui fait qu’elle peut se revendiquer de l’ensemble des accords négociés par l’UE ou ses Etats membres) – possède un accord de réadmission avec l’ensemble des pays d’origine à travers le monde. Techniquement, rien ne s’oppose aujourd’hui à un retour de l’ensemble des déboutés de l’asile ou des clandestins.

      La difficulté (pratique) apparaît uniquement lorsque l’on doit garantir la sécurité du personnel d’escorte parce que le débouté ne participe pas à son renvoi. En effet, beaucoup des pays d’origine refusent de garantir la sécurité (physique) des policiers chargés des retours et le problème est là. P. ex. l’Iran a expliqué qu’elle considérerait tout policier suisse comme une force d’invasion, arrêterait cette personne et la condamnerait fermement. Un vol spécial vers l’Iran est dès lors impossible non pas pour des raisons techniques (accord de réadmission) mais parce que la sécurité des policiers n’est pas assurée.

      En revanche, c’est le point important, la Suisse possède tous les accords pour qu’un citoyen Iranien (ou n’importe quel autre citoyen du monde) puisse rentrer dans son pays d’origine s’il le désire ou en application d’une décision de renvoi. En pratique, la personne refuse donc de participer soit à son identification soit à son renvoi (et plus généralement aux deux).

      Mais ce refus nous concerne et doit nous questionner; pas l’état d’origine; pas les ONGs, etc. mais bien nos autorités à qui le peuple a donné des moyens de contrainte (notamment une détention de plus de 18 mois pour garantir l’exécution du renvoi) et le mandat clair d’exécuter systématiquement les renvois.

      Actuellement, les personnes s’opposent donc à leur renvoi parce qu’elles ont l’espoir que si elles tiennent suffisamment longtemps (et malgré les difficultés véritables de la précarité de leur situation), elles seront ensuite régularisées.

      Et encore une fois, cet espoir n’est pas donné pas leur Etat d’origine, par des ONGs, etc. mais bien par nos autorités qui acceptent de ne pas appliquer les mesures de contrainte (et attention: je ne dis pas qu’il ne faut pas les appliquer avec discernement et proportionnalité, mais qu’elles ne sont tout simplement pas appliquées dans des cantons comme Genève ou Vaud; sauf pour des cas Dublin).

      Alors, désolé Martin, le souci n’est pas plus d’argent; mais il faut plus de volonté dans l’exécution concrète des mesures de renvoi. Et je le souligne: dans l’exécution de mesures qui auront été validées par une autorité judiciaire et qui remplissent à chaque stade toutes les conditions les plus hautes d’un Etat de droit. Et c’est alors, lorsque les décisions seront exécutées, et que les déboutés auront la certitude que leur renvoi sera exécuté, qu’on pourra parler d’une amélioration de l’aide au retour ou de l’aide au développement. L’Allemagne a par exemple conclut des accords de réadmission intelligents, qui prévoient que le pays d’origine envoie ses propres policiers rechercher la personne et que ce sont ces policiers qui l’accompagnent dans le vol retour. Là, oui, contre de tels accords un deal financier peut être conclu. Mais, please, il faut arrêter de croire que les renvois sont bloqués à cause des Etats d’origine; non ils le sont uniquement par nos autorités qui se plaisent dans le confort (elles rendent des décisions négatives sur le séjour, mais ne les appliquent pas) et rechignent à faire le sale boulot (mesures de contrainte); c’est-à-dire raccompagner une personne désespérée par sa situation économique dans son pays d’origine.

      Et d’ailleurs, je suis sûr que Madame Caye me rejoindra sur un point: les ONGs se plaignent avant tout du côté arbitraire du choix de la personne sur dix qui est effectivement renvoyée; en revanche, il n’existe quasiment aucune ONG en Suisse qui s’oppose au principe même d’un renvoi (exécuté selon les normes les plus hautes de qualité et surveillée par une autorité indépendante). S’il y avait 9 personnes sur 10 qui étaient renvoyée, le sujet serait certainement beaucoup moins sensible/émotionnel et les personnes concernées moins prêtes à utiliser jusqu’à leur vie pour rester ici (car elles auraient la certitude que le renvoi serait exécuté malgré tout).

  5. Ma proposition de refonte de la procédure d’asile:
    1. Toute personne qui demande l’asile est attribuée à un centre d’enregistrement pour son audition et l’examen de ses motifs;
    2. Elle a droit et l’obligation de participer à des cours intensifs (si possible dans sa langue ou dans une langue qu’elle connait) de 08.00 à 17.30 pendant toute la durée de la procédure (p. ex. enfants recoivent des cours appropriés et complets pour éviter un déracinement en cas de retour); but: refresh/approfondissement des connaissances de base utiles en cas de retour pour les adultes et scolarisation appropriés (standards élevés pour les enfants, mais sans les attribuer à des classes ordinaires pendant la durée d’examen de leur statut). But secondaire: supprimer l’oisiveté qui choque la population + tout interet pour les trafiquants de drogue ou autres delinquants de venir parasiter le systeme de l’asile;
    3. Une décision est prise au plus tard après 48 heures pour les cas simples / six semaines pour les autres;
    4. Recours eventuel.

    5 Si asile-> attribution à un canton (debut de la phase d integration; travail/scolarisation ordinaire, etc.);

    Si admission provisoire -> attribution au canton, puis debut de la procédure complète de verification de l’identité, réseau social, etc. via sa collaboration, entraide internationale + ambassade suisse; en cas de confirmation -> permis b (=sortie du processus asile et debut de la phase d integration).

    Si renvoi = attribution au canton pour l’exécution du renvoi. Pour ce faire, obligation de dresser un plan cantonal d’execution du renvoi avec compte à rendre si les délais ne sont pas remplis + avis consultatif du sem sur la nomination des chefs des offices cantonaux.
    6. La régularisation est possible uniquement pour les personnes qui ont pleinement participé à la procédure de renvoi + (c’est important) établi leur identité par des documents certifiés. Tout délai posé pour demander la regularisation débute par ailleurs après la cloture definitive de la derniere procedure et repart a zero en cas de depot d une demande d asile (y compris revision/reexamen/etc.) -> but: supprimer la tentation pour le fonctionnaire de tarder à statuer ou pour une ong de deposer des demandes dilatoires (si la demande est fondée, la personne obtiendra l asile; donc quel serait le problème?).

    C’est inhumain, vraiment?

  6. Bonjour,
    Merci pour vos commentaires. Le dernier commentaire de MARTIN contient un vocabulaire insultant à l’égard des personnes migrantes et je ne peux l’approuver malheureusement.
    Sinon les commentaires constructifs ou critiques sont bienvenus. Merci pour vos contributions qui enrichissent le débat.
    Jasmine Caye

  7. Voulez-vous donc dire qu’il n’y a pas d’abuseurs du droit d’asile, ni de traficants de drogue (qu’on appelle shit en langage courant), ni de voyous, ni de personnes en situation illégales? Et voulez-vous nier que les rues des villes suisses sont encombrés de ce genre de personnes?

    Vous niez donc des évidences que chacun peut constater de ses yeux.

    Je n’ai pas dit que tous les requérants d’asiles se comportent de la sorte. Mais certains le font, et vous le savez très bien. Cela cause des nuisances et il est choquant que ces comportements bénéficient de la faiblesse de nos autorités. Cela nuit aux requérants d’asile légitimes.

    Votre réaction est caractéristique de la manière biaisée dont on présente trop souvent les choses, ce qui empêche toute discussion sensée et toute solution. Au lieu de dire les choses comme elles sont on essaie de contraindre les gens au silence en plaçant la discussion sur un plan émotionnel des bons sentiments. Cette manière de faire n’est pas honnête intellectuellement.

  8. Et que pensez-vous de ce genre d’informatiins ?
    http://m.20min.ch/ro/news/monde/story/il-avoue-avoir-viole-et-tue-une-ado-22465257

    Un homme vient d’irak pour se refugier d’une “persécution” en Europe, tue une enfant de 14 ans, puis rentre tranquilement en irak pour fuir l’enquete de police allemande …
    Ou ce cadre de ISIS qui a obtenu l’asile en France avant que l irak ne les previennent de leur enorme et ckndamnable appreciation?
    Ou encore ce procureur neuchatelois qui a dit a infrarouge que 80% des requerants d asile d afrique de l ouest vendaient de la drogue a neuchatel (ca parait beaucoup, les chiffres sont verifiés ?)…

    Avons-nous vraiment une forteresse europe ou sommes nous ouverts aux 4 vents?? Et incapables d identifier les (quelques) monstres qui profitent de notre mollesse pour tuer, violer, etc

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