“Now is Not the Time to Give Up”: le FIFDH dévoile son programme 2019

Now is not the time to give up“! C’est sur ces mots d’ Evdokia Romanova que le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) a présenté le programme de sa 17ème édition qui se tiendra à Genève du 8 au 17 mars 2019. Evdokia Romanova est une militante féministe russe qui a été condamnée pour propagande homosexuelle.

“Elle a courageusement fait appel de sa décision et malgré les pressions, malgré les menaces, malgré les intimidations, elle continue son combat et cette édition lui est dédiée”, a déclaré Isabelle Gattiker, directrice générale et des programmes du FIFDH.

“Avec Evdokia cette édition du FIFDH se veut un vibrant hommage à ces milliers d’hommes et de femmes qui partout à travers la planète en Syrie, en RDC, au Soudan, au Guatemala, en Chine, sont privés de lumière et de justice et même écrasés, harcelés, torturés, arrêtés ils continuent leurs combats et ils nous regardent comme elle, droit dans les yeux avec cette question: pendant que nous avons résisté vous qu’avez vous fait? Et nous avons tous et toutes dans cette salle une responsabilité par rapport à cette question.”

 

De cette intranquillité dans le monde nous avons fait notre force

 

“Nous sommes tous rentrés dans l’air de l’intranquillité” et cette année plus que jamais le FIFDH est crucial, précise Isabelle Gattiker, car l’assaut contre le respect des droits humains est sans précédent notamment dans la liberté d’expression, le droit d’asile et le droit du travail.  Mais voilà, Isabelle Gattiker nous donne sa solution “de cette intranquillité dans le monde nous avons fait notre force”. Avec Yves Daccord, directeur général du CICR, Caroline Abu Sa’da (responsable éditoriale du Forum et directrice de SOS Méditerranée Suisse) et Manon Schick (directrice d’Amnesty international Suisse), elle a rappelé le rôle primordial du festival, événement mondial sans comparaison, plateforme unique où les artistes s’expriment librement en faveur d’une meilleure protection des droits fondamentaux dans le monde.

 

© Getty Images: Zuko Wonderfull Sikhafungana

 

 

Du 8-17 mars Genève sera en ébullition

 

Durant la semaine du festival du 8 au 17 mars, Genève sera en ébullition puisque le FIFDH rassemblera des artistes, réalisateurs, activistes, diplomates, personnes politiques, journalistes du monde entier et le grand public pendant qu’à l’ONU se tiendra la 40 ème session du Conseil des droits de l’homme. Et parmi toutes ces personnes, il y aura  beaucoup beaucoup de femmes a tenu à préciser Isabelle Gattiker.

 

Le programme de cette année est particulièrement riche. Il peut être consulté directement sur le site du FIFDH. Vous y trouverez une sélection de films, débats et conférences passionnants mais aussi des lectures, des conférences, de la photographie, un hackathon, de la bande dessinée et du théâtre, ainsi que des séances pour le jeune public, dans 62 lieux du Grand Genève et de la Suisse romande. Enfin les débats du Forum seront transmis en direct, permettant au public de poser des questions depuis n’importe quel endroit de la planète.

 

Journée internationale des droits des femmes célébrée avec Nadia Murad

 

La Journée internationale des droits des femmes le 8 mars sera consacré à Nadia Murad, Prix Nobel de la Paix 2018 avec la projection du film “Sur leurs épaules” (“On Her Shoulders d’Alexandria Bombach), en présence de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Michelle Bachelet et de la Secrétaire d’État suisse aux affaires étrangères Pascale Baeriswyl. Trois défenseuses des droits humains, Hajer Sharief (Libye), Tatiana Pechonchyk (Ukraine) et Sareta Ashraph (Irak), mettront en lumière les obstacles rencontrés dans leur combat quotidien.

Mais encore parmi les 300 invités attendus il y aura, les acteurs Forest Whitaker et Aïssa Maïga, l’artiste Ai Weiwei, les écrivains Roberto Saviano, Leïla Slimani, Laurent Gaudé et Uzodinma Iweala, les cinéastes Rithy Panh, Petra Costa, Amos Gitaï et Fernando Perez Valdes, le créateur du web Tim Berners-Lee, la sociologue Saskia Sassen, l’activiste et réfugiée syrienne Sarah Mardini, la juriste et militante féministe Ratna Kapur, les journalistes Lyse Doucet (BBC), Nadia Daam (Slate. fr et ARTE) et Lenaïg Bredoux (Mediapart), l’ancienne Présidente de la Confédération suisse Ruth Dreifuss, le programmateur du Festival de Sundance Hussain Currimbhoy et Pat Mitchell, première femme présidente de CBS. Le Festival sera clôturé par l’écrivain Édouard Louis.

 

Découvrir, comprendre, échanger, s’engager

 

Lors de la conférence de presse ce matin, la question de l’engagement est revenue. Comment s’engager à mieux protéger et promouvoir les droits humains attaqués de toutes parts? Caroline Abu Sa’ad a exprimé l’importance de pouvoir offrir au public des idées et des possibilités d’engagement. C’est pourquoi le FIFDH a démarré un nouveau chantier pour réfléchir et augmenter les mesures d’impacts concrets tout au long de l’année. Autre question importante celle du débat contradictoire avec des acteurs qui traditionnellement s’opposent au respect des droits humains. Le FIFDH invite régulièrement des personnalités qui tiennent un discours différent. Il offre dans le cadre du Forum international  la possibilité aux participants de s’exprimer ouvertement.

 

Le sort des migrants et des réfugiés dans le monde

 

Les questions qui sont abordées chaque année au FIFDH sont toutes liées au problème des migrations forcées qu’elles soient économiques, environnementales ou politiques. Mais précisément certains films et événements concerneront plus directement la situation des réfugiés et des déplacés dans le monde. En voici quelques-uns dans le cadre du Forum international:

  • Sur leurs épaules : les combats des défenseuses des droits humains, Vendredi 8 mars – 20:00 – Espace Pitoëff – Théâtre. Présentation du film On her Shoulders de Alexandria Bombach, États-Unis, 2018, qui raconte le combat de Nadia Murad, Prix Nobel de la Paix 2018. Elle est devenue la voix du peuple Yézidi après avoir survécu aux violences et crimes perpétrés par Daesh. Puis débat.
  • Soudan du Sud : la plus jeune nation du monde à la recherche de la paix, Samedi 9 mars – 14:00 – Espace Pitoëff – Grande salle. Présentation du film de la Whitaker Peace & Development Initiative en présence de Forest Whitaker, acteur et réalisateur et Président de la Whitaker Peace & Development Initiative. Puis débat.
  • Qui parle encore des palestiniens? Vendredi 15 mars – 18:00 – Espace Pitoëff – Théâtre. Présentation du film The Occupation of the American Mind (la guerre des relations publiques d’Israël aux Etats-Unis), d’Alper et Earp, analyse comment l’avenir de la question palestinienne se joue plus dans les newsrooms américaines que sur le terrain. Puis débat.
  • Migrations : quand la solidarité est criminalisée, Samedi 16 Mars – 14:30 – Espace Pitoëff – Grande salle. Présentation du film Strange Fish, de Giulia Bertoluzzi qui met à l’honneur les pêcheurs de Zarzis qui ramassent et enterrent les corps sans noms échoués sur les pages tunisiennes.

 

Une personne à découvrir, Leïla Slimani, Présidente du Jury Documentaire de création

 

Je ne peux terminer ce billet sans mentionner la présence de la romancière et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani qui présidera le jury Documentaires de création aux côtés du cinéaste Felipe Barbosa.

 

 

Leïla Slimani a publié trois livres qui ont eu un certain retentissement: Dans le jardin de l’ogre  (2014), Chanson douce (Prix Goncourt 2016) et Sexe et mensonges: la vie sexuelle au Maroc (2017). Cette écrivaine est courageuse, féministe et engagée.  Elle est la représentante personnelle d’Emmanuel Macron pour la Francophonie ce qui ne l’a pas empêchée de l’interpeller publiquement en novembre dernier en soutien aux personnes migrantes et aux réfugiés dans le cadre notamment du débat en cours sur le projet de loi asile et immigration en France.

 

Ainsi en janvier 2018 elle déclarait sur la plateforme d’information regards.fr impassible et rayonnante:

 

« Cette façon de parler de la politique migratoire avec une grande froideur, avec un pragmatisme, en ne parlant que de chiffres, ça déshumanise les gens. C’est là où les mots sont très importants, remettre des mots, de la poésie, c’est remettre de l’individu, et c’est rappeler que se sont des âmes, des corps, des gens qui ont une histoire, qui ont des parents et qu’on ne pourra jamais qu’on le veuille ou non faire cette espèce de distinction entre des migrants économiques – qui viennent en fuyant la misère et seraient des sous-migrants – et les autres migrants qui fuient des situations terribles, politiques, la guerre, les viols, etc. (…) Le fait qu’ils soient des humains, le fait même qu’ils parcourent des distances pareilles, qu’ils meurent et qu’ils soient prêts à mourir fait qu’on ne peut pas les regarder avec une telle simplicité. Donc l’intellectuel doit ramener de la complexité et de l’humanité dans ce débat. »

J’aime cette femme et je me réjouis de la rencontrer grâce au FIFDH qui permet ce genre de rencontres et aussi toutes les remises en question.

 

Pour visionner son interview cliquez sur l’image…

 

Interview de Leila Slimani sur regards.fr , janvier 2018

INFORMATION ET BILLETTERIE SUR LE SITE DU FIFDH

L’horreur d’un sauvetage en Méditerranée et la culpabilité de l’Europe

Un document vidéo ambitieux publié le 23 janvier par le New York Times montre comment une équipe de gardes-côtes libyens, intervenus sur les lieux d’un naufrage le 6 novembre 2017, a laissé 20 migrants se noyer en mer, littéralement sous ses yeux. Parmi les garde-côtes plusieurs personnes avaient reçu une formation de l’Union européenne. Ce document a été soumis à la Cour européenne des droits de l’homme en mai 2018 dans le cadre d’une requête contre l’Italie au nom des survivants et des parents de deux enfants décédés après le naufrage. 

Cliquez sur l’image pour voir le documentaire.

Parmi tant d’autre un drame qui aurait pu être évité

 

Sur les lieux du drame le navire de l’ONG allemande Sea-Watch arrive peu après les libyens et démarre son opération rapidement pour sauver autant de naufragés que possible. Mais l’équipage du Sea-Watch peine à venir en aide aux naufragés très dispersés et constate que les gardes-côtes ne font rien pour sauver les personnes ou font semblant de leur jeter des bouées trop loin des victimes qui se noient. D’autres migrants sont battus une fois sortis de l’eau, d’autres sont littéralement repoussés alors qu’ils essaient de s’agripper aux cordes pour se hisser. En tout 47 migrants ont été ramenées vers d’horribles conditions de détention en Libye.

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Pacte migratoire: une large coalition de sympathisants anti-islam, extrême droite et néo-nazis a influencé les partis traditionnels en Europe

Sur le site d’information POLITICO Europe deux chercheurs universitaires – Laurens Cerulus et Eline Schaart – racontent la virulente campagne en ligne de nombreux activistes d’extrême droite contre le Pacte migratoire de l’ONU. Elle a réussi à influencer les principaux partis traditionnels en Europe.

Depuis le mois de septembre dernier une coalition de sympathisants anti-islam, extrême droite et néo-nazis s’est mobilisée sur les réseaux sociaux contre le Pacte migratoire. Le texte non contraignant n’avait jusque là pas inquiété les gouvernements, régulièrement consultés durant le processus de rédaction à l’ONU.

Analyse du cyber activisme de groupuscules d’extrême droite

L’intensité des interventions coordonnées sur Twitter notamment, les nombreuses vidéos et les pétitions en ligne, ont incité les responsables politiques de plusieurs pays à revenir en arrière sur leurs positions initiales. En Suisse, le Conseil fédéral a fait marche arrière sur son engagement favorable initial et a demandé au parlement de se prononcer. En Belgique, la controverse a conduit à la chute du gouvernement.

Selon Laurens Cerulus et Eline Schaart, l’engouement initial quasi planétaire autour du Pacte migratoire – seuls les Etats-Unis et la Hongrie s’étaient initialement opposés au Pacte migratoire – a été stoppé par les attaques d’un réseau mondial de militants nationalistes d’extrême droite.

Martin Sellner est un militant politique identitaire autrichien. Cofondateur du mouvement identitaire autrichien (Identitäre Bewegung Österreichs (en) IBÖ) une organisation nationaliste autrichienne de droite appartenant au mouvement identitaire paneuropéen.

Elles ont été menées par des “youtuber” populaires et des influenceurs politiques d’extrême droite comme l’activiste autrichien Martin Sellner. Ces efforts ont été coordonnés via des groupes de discussion et des sites Web hyper-partisans. Sur YouTube, les vidéos de Sellner figurent en tête de liste des clips les plus regardés, selon Tagesschau, un journal télévisé de la chaîne publique allemande.

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Nos belles tomates d’Italie: un rapport dénonce l’exploitation des migrants illégaux qui les cultivent

En 2012, l’OCDE déclarait que l’agriculture en Europe était le principal secteur touché par le fléau du travail illégal où des formes graves d’exploitation avaient lieu. C’est évidemment toujours le cas. Une étude de l’Open Society Policy Institute demande à l’Union européenne (UE) et aux Etats européens de prendre les mesures qui s’imposent pour mettre un terme à l’exploitation des migrants illégaux dans les productions agricoles du sud de l’Italie.

 

Le rapport intitulé “Is Italian Agriculture a ‘Pull Factor’ for Irregular Migration—and, If So, Why?” (“L’agriculture italienne est-elle un «facteur d’attraction» pour la migration irrégulière et, dans l’affirmative, pourquoi?” ) analyse le fonctionnement du système agricole italien et présente les facteurs structurels qui attirent les migrants illégaux souvent exploités et abusés dans cette région. Le rapport critique aussi la mollesse de l’Europe qui ferment les yeux.

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Un réfugié d’Alep raconte comment et pourquoi il est venu en Europe trouver refuge

Karim Albrem est venu raconter sa fuite de Syrie et le long parcours qui a suivi dans le cadre de la Table ronde “Humanizing Borders” (Humaniser les frontières) organisée par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) le 27 novembre 2018. Cette discussion a réuni plusieurs juristes et experts. Elle s’est déroulée deux semaines avant l’adoption du Pacte mondial pour les migrations à Marrakech. Vous pouvez visionner toute la discussion en cliquant sur l’image ci-dessous.

 

 

Aujourd’hui Karim habite et travaille comme conseiller psychosocial en Allemagne. Il est membre du Conseil consultatif mondial du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) dont il est aussi “Youth Ambassador”. Son histoire est intéressante et illustre les difficultés et l’insécurité rencontrées au Liban et en Turquie où il n’a pas pu trouver d’aide ni de travail déclaré ce qui l’a motivé à poursuivre sa route vers la Grèce et l’Allemagne en utilisant des passeurs. A la Table ronde il est venu raconter son parcours migratoire. Je vous invite à lire son histoire.

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La caravane des migrants au Mexique est pleine de réfugiés climatiques

Photo © GUILLERMO ARIAS/AFP/GETTY IMAGES

Celles et ceux qui ont lancé la caravane des migrants depuis la petite ville meurtrière de San Pedro Sula au Honduras ont réussi à intéresser le monde entier sur leurs conditions de vies déplorables et dangereuses. Partis le 12 octobre 2018 avec l’aide de l’organisation humanitaire Pueblos sin fronteras (« Peuples sans frontières »), ils ont décidé de quitter leur pays en groupe pour mieux s’entraider durant le long parcours vers les Etats-Unis et se protéger des gangs criminels.

Source: BBC World Service

Au départ la caravane comptait 160 personnes puis elle s’est agrandie atteignant près de 7’000 personnes principalement originaires du Honduras mais aussi du Guatemala et du Salvador. La caravane a fait une pause ce dimanche à Tapanatepec dans la province de Oaxaca au sud du Mexique.

Passablement diminuée, elle compte maintenant 3 à 4000 personnes. Hier la caravane a quitté la localité de Niltepec pour rejoindre Juchitan, toujours dans l’Etat d’Oaxaca.

Selon Annie Correal du New York Times, la caravane avance très lentement et elle ne fait pas pour l’instant route vers les Etats-Unis contrairement aux informations alarmistes de l’administration Trump qui prévoit de déployer 5200 soldats à la frontière, en plus des 2100 membres de la Garde nationale déjà mobilisés. 

 

 

Une deuxième caravane de près de 2000 personnes progresse plus au Sud, vers Tapachula, dans l’Etat du Chiapas après être parvenue à traverser le fleuve Suchiate qui sépare le Guatemala du Mexique.

 

Le changement climatique, une des causes du mouvement migratoire

Si pour le Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés (UNHCR), les migrants fuient principalement la persécution de gangs prédateurs qui volent les terres, les maisons et les biens de milliers de familles, beaucoup d’experts insistent sur l’impact néfaste du changement climatique sur les conditions de vie en Amérique centrale. La sécheresse provoquée par El Niño a touché une grande partie de l’Amérique centrale au cours des quatre dernières années, mais elle a été ponctuée de pluies catastrophiques. Les ouragans, les inondations et les glissements de terrain se sont intensifiés et ont affecté les agriculteurs.

Le Guardian vient de publier un article éclairant à ce sujet. Certaines personnes dans la caravane ont expliqué qu’ils ne pouvaient plus rembourser leurs dettes à cause d’une mauvaise récolte due au changement climatique.

Récemment le journaliste Todd Miller, auteur du livre Storming the Wall: Climate Change, Migration, and Homeland Security,” affirme que le changement climatique est un facteur clé obligeant les familles à fuir l’Amérique centrale et le Mexique. Autre problème, la puissance commerciale des Etats-Unis qui désavantage les producteurs agricoles de petites tailles. Miller évoque, statistiques à l’appui, les effets dévastateurs de l’Accord de libre-échange centraméricain sur les petits agriculteurs qui se sont soudainement retrouvés en concurrence directe avec l’agroalimentaire et les transporteurs de céréales fortement subventionnés des États-Unis. Selon Miller, environ 2 millions de petits agriculteurs, en particulier dans le sud du Mexique, ont été déplacés ou n’arrivent plus à joindre les deux bouts.

Par ailleurs, le manque de moyens pour contrer des épidémies qui touchent l’agriculture, est aussi une cause de migration. Les données de la douane et de la patrouille frontalière des États-Unis révèlent une augmentation de la migration de l’ouest du Honduras, où se cultive le café. Or depuis 2012, une épidémie appelée rouille des feuilles ravage les plantations en Amérique centrale. Selon certaines estimations, 70% des exploitations agricoles sont détruites. Normalement, le champignon meurt lorsque les températures chutent le soir, mais les nuits plus clémentes lui permettent de se développer.

Vers une meilleure protection des réfugiés climatiques en Amérique centrale

Fatigués et découragés, beaucoup de personnes ont décidé de rebrousser chemin, d’autres ont choisi de déposer une demande d’asile au Mexique, d’autres encore aimeraient poursuivre leur chemin vers Mexico à 700 km, en car si possible, car ils souhaitent y déposer des demandes de permis transitoire avant de reprendre leur route vers les Etats-Unis. Mais c’est une option de moins en moins envisagée, selon Annie Coreal. Le UNHCR tente d’informer les migrants sur la possibilité de déposer une demande d’asile au Mexique et a déjà enregistré près de 2000 demandes. Le Mexique s’attend cette année à recevoir près de 23’000 demandes d’asile, une projection qui pourrait être bientôt revue à la hausse. 

Mais la Convention de Genève de 1951 relative au statut international des réfugiés exclu de son champ d’application les réfugiés du climat. Depuis 1951, aucune autre convention n’est venue préciser leur statut en droit international. Avec environ 150 millions à 300 millions de réfugiés climatiques qui devraient être déplacés dans le monde d’ici 2050, un nouveau cadre international sera nécessaire pour les accueillir.

«Si votre ferme a été complètement séchée ou si votre maison a été inondée et si vous vous enfuyez pour sauver votre vie, vous n’êtes pas très différent de tout autre réfugié», a déclaré au Guardian Michael Doyle, spécialiste des relations internationales à l’Université Columbia.

Doyle fait partie d’un groupe d’universitaires qui plaident en faveur d’un nouveau traité qui se concentrerait sur les besoins des personnes déplacées plutôt que sur la raison de leur départ, afin de couvrir la vague attendue de migrants climatiques.

Très alarmée, la Banque mondiale estime que le réchauffement climatique et les conditions météorologiques extrêmes obligeront environ 3,9 millions de migrants climatiques à fuir l’Amérique centrale au cours des 30 prochaines années.

Le débat s’est enflammé aux Etats-Unis à la veille des élections législatives de mi-mandat du 6 novembre. La décision très choquante de l’administration Trump de déployer 5000 soldats supplémentaires pour empêcher des femmes, des enfants et des hommes souhaitant déposer une demande d’asile coûterait USD 50 millions de dollars, une sommes qui pourrait être intelligemment investie en Amérique centrale pour venir en aide aux agriculteurs et pour soutenir des projets de développement durable dans la région. 

Lire aussi:

Migrant caravan: What is it and why does it matter?

The unseen driver behind the migrant caravan: climate change


(1) Sam Dupre, chercheur à l’Université du Maryland Baltimore.

Non les conditions ne sont pas remplies pour des renvois en Erythrée

Les autorités suisses rêvent de pouvoir renvoyer vers l’Erythrée des personnes démises de leur permis F (admission provisoire). Elles disent agir en conformité avec les récentes jurisprudences du Tribunal administratif fédéral (TAF) que l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), Amnesty International (AI) et les Bureaux de consultation juridique (BCJ) en Suisse estiment absolument inadmissibles (1).

 

Clairement, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) doit suspendre la procédure de levée des admissions provisoire et attendre que la situation des droits humains dans ce pays s’améliore. Sheila B. Keetharuth, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Érythrée estime que rien n’a été fait. Au contraire il semblerait même que les choses s’empirent. Des Erythréens victimes du régime, disent que la situation s’est dégradée et depuis l’ouverture des frontières avec l’Ethiopie le 11 septembre des milliers de personnes ont traversé la frontière pour s’installer en Ethiopie.

Monsieur Mario Gattiker, Secrétaire d’Etat aux migration, se trompe quand il dit que les “conditions sont réunies pour des renvois en Erythrée” comme il le déclarait au Temps il y a peu. Encore une fois, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a montré à quel point il est influencé par le politique ce qui justifie le besoin d’une surveillance supranationale  – comme celle de la Cour européenne des droits de l’homme – sur le respect des droits fondamentaux des personnes en Suisse.

 

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Etats-Unis: quand la sécurité des frontières rime avec torture d’enfants mineurs

Photo © John Moore/Getty Images North America

Au Texas, dans un centre de détention, un enregistrement audio d’enfants migrants âgés entre 4 à 10 ans pleurant et appelant leurs parents alors qu’ils viennent d’être séparés d’eux, vient de faire surface.

Cet enregistrement a fuité de l’intérieur, remis à l’avocate Jennifer Harbury qui l’a transféré au média d’investigation américain ProPublica. L’enregistrement a été placé sur les images filmées dans ce centre. Il soulève l’indignation des américains et du monde entier. Elles sont une torture pour nous, spectateurs impuissants de la barbarie d’un homme, Donald Trump et de son administration.

Le rythme des séparations s’est beaucoup accéléré depuis début mai, lorsque le ministre de la Justice Jeff Sessions a annoncé que tous les migrants passant illégalement la frontière seraient arrêtés, qu’ils soient accompagnés de mineurs ou pas. Du 5 mai au 9 juin 2018 quelque 2’342 enfants ont été séparés de leurs parents placés en détention, accusés d’avoir traversé illégalement la frontière. C’est le résultat d’une politique sécuritaire dite de “tolérance zéro” qui criminalise ces entrées même lorsqu’elles sont justifiées par le dépôt d’une demande d’asile aux Etats-Unis. Un protocol empêche la détention d’enfants avec leurs parents. Ils sont alors placés dans des centres fermés qui ressemblent tout autant à des prisons adaptées.

 

Photo © Jon Moore/Getty Images North America, AFP

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Mussie Zerai: “Le futur des migrants est en Afrique”

Dans le récent documentaire “Aquarius : un bateau au secours des migrants” présenté dans l’émission “Faut pas croire” (1), le témoignage percutant du prêtre érythréen Mussie Zerai (2) vaut la peine d’être écouté.

 

L’Aquarius est le bateau affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF) engagé depuis 2016 dans le sauvetage des personnes migrantes en détresse.  L’équipage a déjà secouru 28’000 personnes au large des eaux territoriales libyennes.

 

Plusieurs autres ONG sont actives dans cette zone mais les pressions politiques en Italie et les nouvelles règles d’intervention dans les eaux territoriales en Libye ont passablement réduits les possibilités de sauvetage. Depuis 2017, les embarcations sont régulièrement interceptées par les garde-côtes libyens puis ramenées en Libye où les migrants (hommes, femmes et enfants) sont à nouveau placés dans des centres où ils sont encore maltraités. Les dernières élections en Italie ne rassurent personne puisque le nouveau Ministre de l’intérieur Matteo Salvini, dirigeant de la Ligue (parti d’extrême droite), a déclaré vouloir expulser 100 000 migrants illégaux par année de mandat.

 

Pour la RTS, Aline Bachofner a interviewé Basile Fischer (sauveteur suisse sur L’Aquarius), Moussa Touré (réalisateur sénégalais du film La Pirogue, 2012) et Mussie Zerai sur  l’Aquarius. Ce sont quelques minutes exceptionnelles qui rendent ce documentaire marquant. Je retranscris ici uniquement les réponses saisissantes du Père Mussie Zerai qui depuis longtemps vient en aide aux migrants perdus en Méditerranée.

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Pour MSF le monde est sourd à la souffrance des migrants en Libye

“Deux mois, trois semaines, un jour et 12 heures en enfer”.

C’est le témoignage d’un migrant épuisé et traumatisé qui s’est échappé d’une prison clandestine en Libye. Ses propos ont été recueillis par l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) dans un centre d’accueil à Bani Walid, une ville située à 200 kilomètres au sud-est de Tripoli où l’organisation fournit, avec une ONG libyenne, des soins médicaux aux personnes survivantes des centres de détention clandestins.

Depuis la Libye, difficile de parler de “retour volontaires”

Dans une interview publié sur le site internet de MSF, Christophe Biteau, chef de mission en Libye, dresse un tableau sombre de la situation des migrants dans ce pays où les réseaux de trafiquants continuent de s’enrichir.

Si l’Organisation internationale des migrations (OIM) et le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) se sont démenés pour vider les centres de détention officiels, MSF doute  non seulement de l’aspect “volontaire” des retours mais constate que les trafics de migrants augmentent et font encore plus de victimes.

En effet, depuis novembre 2017, les prisons officielles se sont vidées grâce à l’intervention de  l’OIM et du HCR. La mesure principale de l’OIM a été de faciliter et d’organiser les retours des personnes détenues dans les centres de détentions officiels vers les pays d’origine. Les chiffres sont impressionnants. En sept mois, l’évacuation d’urgence a permis de sortir 15’000 personnes sur les 17’000 comptabilisés au début de l’opération.

Ces retours qualifiés de “volontaires” par l’OIM ne le sont pas selon MSF car ils sont la seule alternative proposée pour échapper aux sévices subis en détention. Actuellement il resterait en tout 4’000 à 5’000 détenus dans les prisons officielles.

De son côté, le HCR a évacué près de 1’000 réfugiés vulnérables vers le Niger d’où ils attendent leur réinstallation dans un autre pays d’accueil.  Sur les 50’000 réfugiés enregistrés par le HCR en Libye, la majorité d’entre eux sont syriens.

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