Cette image qui hante et le témoignage poignant de Julia Le Duc photographe et journaliste

Mardi 25 juin à 10 heures du matin sur les bords du Rio Grande, Óscar Ramírez et sa fille Valeria ont été retrouvés morts noyés et toujours enlacés. Ils n’ont pas réussi leur traversée, emportés par les courants sous les yeux de la mère Tania Vanessa Ávalos, hurlant à l’aide en les voyants partir dans les flots. L’image prise par Julia Le Duc, reporter pour La Jornada à Matamoros, fait penser à celle d’Alan Kurdi, l’enfant syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage de Bodrum en septembre 2015. Julia Le Duc était sur les lieux au moment où les corps ont été retrouvés. Elle a raconté à la BBC Mundo les raisons du drame.

Cette photographie a fait le tour du monde et pour cause, elle montre les dangers quotidiens que rencontrent les personnes migrantes durant leurs parcours, les effets dramatiques du durcissement américain et la gestion inhumaine de la crise migratoire sur la frontière mexicaine. Le couple salvadorien de San Martin avait un revenu modeste mais rêvait d’une vie meilleure aux Etats-Unis. Arrivés au Mexique ils ont obtenu un visa humanitaire mais ils ont réalisé que la procédure de demande d’asile prendraient des mois et qu’ils devraient attendre dans des conditions insoutenables. Ignorant les mises en garde sur les dangers d’une traversée à la nage, la malchance les a rattrapés.

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New-York: A huit ans un requérant d’asile nigérian est champion d’échec et parvient à loger sa famille

C’est une très belle histoire, racontée par Nicholas Kristof chroniqueur du New York Times. Un premier article le 16 mars raconte le parcours de la famille de Tanitoluwa Adewumi (“Tani”), champion d’échec de 8 ans et son ascension fulgurante dans les championnats. Un deuxième article six jours plus tard raconte leur installation dans un appartement après une belle récolte de fonds sur GoFundMe. Plusieurs bourses d’étude dans des écoles prestigieuses viennent d’être proposées au jeune garçon.

 

«Je veux être le plus jeune grand maître»

 

La famille de Tani a fui le nord du Nigéria en 2017, craignant les attaques de Boko Haram contre les chrétiens. Tanitoluwa Adewumi (“Tani”), ses parents et son frère aîné sont arrivés à New York il y a un peu plus d’un an où ils ont déposé une demande d’asile. Sans logement, c’est un pasteur de Manhattan qui les a orientés vers un refuge pour sans-abri. C’est dans sa nouvelle école que Tani a appris à jouer aux échecs. L’enfant a mordu au jeu et a demandé s’il pouvait rejoindre le Club d’échec. Puis Tani a rapidement participé à son premier tournoi avec le classement le plus bas de tous les participants (105) et son ascension a été fulgurante.

 

Le 10 mars dernier Tani a gagné le trophée de champion d’échecs dans sa catégorie lors du Championnat de New-York, après avoir gagné 73 matches d’affilée et seulement un an et demi après avoir commencé à pratiquer le jeu. C’est son septième championnat et il a sept trophée. Son maître d’échec a confié à Nicholas Kristof avoir découvert chez l’enfant d’excellente capacités mais aussi une plus grande soif et beaucoup plus de ténacité. Il s’exerce 10 fois plus que les autres membres du Club. Sa cote est maintenant à 1587 et augmente rapidement. En comparaison, Magnus Carlsen, le meilleur joueur du monde, s’élève à 2845. Les entraîneurs ont observé chez l’enfant un style de jeu agressif et des tactiques améliorant ses positions plusieurs coups plus tard.

 

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A Zarzis en Tunisie, Chamseddine Marzoug offre une tombe aux migrants noyés en Méditerranée

Connaissez-vous Chamseddine Marzoug? Je l’ai rencontré au Festival international et forum sur les droits humains (FIFDH) qui s’est tenu à Genève du 8 au 17 mars. Cet ancien pêcheur et chauffeur de taxi est membre du Croissant-Rouge et l’émouvant protagoniste du film “Strange Fish” de Giulia Bertoluzzi.

Ce film a été présenté dans le cadre du Forum international intitulé “Migrations: quand la solidarité est criminalisée“.

                               

De quoi parle le film? Surtout de l’angoisse des pêcheurs de Zarzis, une ville située au sud de la Tunisie à quelques kilomètres de la frontière libyenne. Lorsqu’ils partent à la pêche, ils tombent régulièrement sur des corps flottants de femmes, d’enfants et d’hommes morts. Il arrive bien sûr qu’ils en sauvent et depuis quelques années ils remplissent leurs bateaux de pêche avec des litres d’eau et des couvertures en plus, au cas ou.

La trajectoire des pêcheurs de Zarzis croise celle des bateaux qui transportent les migrants à destination de l’Europe. Les drames ne sont pas nouveaux, m’explique Chamseddine Marzoug:

 

Nous découvrons des corps en pleine mer ou sur nos rivages depuis 2003. Avant la révolution tunisienne, les cadavres étaient enterrés dans des fosses communes. Depuis 2011, les autorités ont décidé de changer de procédure et j’ai insisté pour trouver un terrain et créer un cimetière. C’est le “Cimetière des Inconnus. Il est exclusivement dédié à ces personnes qui ont tant souffert et dont nous ne savons rien. Elles méritent une sépulture digne.”

 

Sur le site du PriMed (Prix International du Documentaire et du Reportage Méditerranéen) on peut lire ce qui suit:

 

Strange Fish” évoque la chanson “Strange Fruit” de Billie Holiday où, dans l’indifférence générale, la violence contre les Noirs est normalisée au point que « des corps noirs pendent des arbres » comme des fruits bizarres. Au sud de la Méditerranée, le sentiment est le même.”

Aujourd’hui, le “Cimetière des Inconnus” compte 400 tombes. A chaque fois qu’une personne noyée est trouvée, en pleine mer ou sur le rivage, il faut annoncer le décès à la police, c’est une longue procédure. Il est rare que l’on trouve des traces d’identité. Chamseddine Marzoug déshabille les corps et s’occupe entièrement des formalités avec les autorités, puis il prend le temps de les enterrer un à un.

 

Depuis le début de l’année, 160 personnes se sont noyées en Méditerranée centrale, c’est-à-dire sur la route Libye-Italie. Ce mardi 19 mars, un naufrage a encore causé la mort d’un bébé et la disparition d’au moins huit personnes a indiqué un responsable libyen à l’AFP. Vingt-sept personnes étaient à bord de l’embarcation en bois qui a fait naufrage au large de la ville de Sabratha.

Au début nous ne comprenions pas pourquoi les zodiacs causaient autant de morts,” raconte Chamseddine Marzoug, “alors on a découpé un de ces bateaux et on a compris. Les zodiacs sont gonflés aux pots d’échappement. C’est plus rapide. Mais avec la chaleur les zodiacs se dégonflent et les gens se noient.”

Pour Chamseddine Marzoug, le drame s’arrêtera lorsque la Libye sera pacifiée et réorganisée. Jusque là, à Zarzis d’autres corps anonymes continueront d’agrandir le cimetière. Il se rappelle d’une femme qui avait attaché son enfant sur le ventre, d’un enfant dont la main avait été liée à un gros bout de bois. Bientôt le cimetière s’appellera “Le Jardin d’Afrique” et sera décoré de fleurs du continent.

Ce cimetière est un lieu unique au monde qui symbolise le courage de milliers d’individus persécutés dans leur pays d’origine, de milliers de jeunes qui soif de justice et d’avenir et de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants abusés dans les centres libyens.

 

Et puis avant de terminer je vous recommande d’écouter le reportage de RFI du 19 mars 2019 sur le travail de Cristina Cattaneo, médecin légiste à Milan. Elle a écrit un livre sur son travail: “Naufragés sans visage”. En France, il sortira en septembre 2019 chez Albin Michel. Franceline Beretti de RFI est allée à la rencontre de son équipe au service des morts. Dans “Les morts en disent plus que les vivants : identifier les victimes des naufrages en Méditerranée” on se rend compte que même dans la mort les gens ne sont pas égaux.

 

“Now is Not the Time to Give Up”: le FIFDH dévoile son programme 2019

Now is not the time to give up“! C’est sur ces mots d’ Evdokia Romanova que le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) a présenté le programme de sa 17ème édition qui se tiendra à Genève du 8 au 17 mars 2019. Evdokia Romanova est une militante féministe russe qui a été condamnée pour propagande homosexuelle.

“Elle a courageusement fait appel de sa décision et malgré les pressions, malgré les menaces, malgré les intimidations, elle continue son combat et cette édition lui est dédiée”, a déclaré Isabelle Gattiker, directrice générale et des programmes du FIFDH.

“Avec Evdokia cette édition du FIFDH se veut un vibrant hommage à ces milliers d’hommes et de femmes qui partout à travers la planète en Syrie, en RDC, au Soudan, au Guatemala, en Chine, sont privés de lumière et de justice et même écrasés, harcelés, torturés, arrêtés ils continuent leurs combats et ils nous regardent comme elle, droit dans les yeux avec cette question: pendant que nous avons résisté vous qu’avez vous fait? Et nous avons tous et toutes dans cette salle une responsabilité par rapport à cette question.”

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L’horreur d’un sauvetage en Méditerranée et la culpabilité de l’Europe

Un document vidéo ambitieux publié le 23 janvier par le New York Times montre comment une équipe de gardes-côtes libyens, intervenus sur les lieux d’un naufrage le 6 novembre 2017, a laissé 20 migrants se noyer en mer, littéralement sous ses yeux. Parmi les garde-côtes plusieurs personnes avaient reçu une formation de l’Union européenne. Ce document a été soumis à la Cour européenne des droits de l’homme en mai 2018 dans le cadre d’une requête contre l’Italie au nom des survivants et des parents de deux enfants décédés après le naufrage. 

Cliquez sur l’image pour voir le documentaire.

Parmi tant d’autre un drame qui aurait pu être évité

 

Sur les lieux du drame le navire de l’ONG allemande Sea-Watch arrive peu après les libyens et démarre son opération rapidement pour sauver autant de naufragés que possible. Mais l’équipage du Sea-Watch peine à venir en aide aux naufragés très dispersés et constate que les gardes-côtes ne font rien pour sauver les personnes ou font semblant de leur jeter des bouées trop loin des victimes qui se noient. D’autres migrants sont battus une fois sortis de l’eau, d’autres sont littéralement repoussés alors qu’ils essaient de s’agripper aux cordes pour se hisser. En tout 47 migrants ont été ramenées vers d’horribles conditions de détention en Libye.

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Pacte migratoire: une large coalition de sympathisants anti-islam, extrême droite et néo-nazis a influencé les partis traditionnels en Europe

Sur le site d’information POLITICO Europe deux chercheurs universitaires – Laurens Cerulus et Eline Schaart – racontent la virulente campagne en ligne de nombreux activistes d’extrême droite contre le Pacte migratoire de l’ONU. Elle a réussi à influencer les principaux partis traditionnels en Europe.

Depuis le mois de septembre dernier une coalition de sympathisants anti-islam, extrême droite et néo-nazis s’est mobilisée sur les réseaux sociaux contre le Pacte migratoire. Le texte non contraignant n’avait jusque là pas inquiété les gouvernements, régulièrement consultés durant le processus de rédaction à l’ONU.

Analyse du cyber activisme de groupuscules d’extrême droite

L’intensité des interventions coordonnées sur Twitter notamment, les nombreuses vidéos et les pétitions en ligne, ont incité les responsables politiques de plusieurs pays à revenir en arrière sur leurs positions initiales. En Suisse, le Conseil fédéral a fait marche arrière sur son engagement favorable initial et a demandé au parlement de se prononcer. En Belgique, la controverse a conduit à la chute du gouvernement.

Selon Laurens Cerulus et Eline Schaart, l’engouement initial quasi planétaire autour du Pacte migratoire – seuls les Etats-Unis et la Hongrie s’étaient initialement opposés au Pacte migratoire – a été stoppé par les attaques d’un réseau mondial de militants nationalistes d’extrême droite.

Martin Sellner est un militant politique identitaire autrichien. Cofondateur du mouvement identitaire autrichien (Identitäre Bewegung Österreichs (en) IBÖ) une organisation nationaliste autrichienne de droite appartenant au mouvement identitaire paneuropéen.

Elles ont été menées par des “youtuber” populaires et des influenceurs politiques d’extrême droite comme l’activiste autrichien Martin Sellner. Ces efforts ont été coordonnés via des groupes de discussion et des sites Web hyper-partisans. Sur YouTube, les vidéos de Sellner figurent en tête de liste des clips les plus regardés, selon Tagesschau, un journal télévisé de la chaîne publique allemande.

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Nos belles tomates d’Italie: un rapport dénonce l’exploitation des migrants illégaux qui les cultivent

En 2012, l’OCDE déclarait que l’agriculture en Europe était le principal secteur touché par le fléau du travail illégal où des formes graves d’exploitation avaient lieu. C’est évidemment toujours le cas. Une étude de l’Open Society Policy Institute demande à l’Union européenne (UE) et aux Etats européens de prendre les mesures qui s’imposent pour mettre un terme à l’exploitation des migrants illégaux dans les productions agricoles du sud de l’Italie.

 

Le rapport intitulé “Is Italian Agriculture a ‘Pull Factor’ for Irregular Migration—and, If So, Why?” (“L’agriculture italienne est-elle un «facteur d’attraction» pour la migration irrégulière et, dans l’affirmative, pourquoi?” ) analyse le fonctionnement du système agricole italien et présente les facteurs structurels qui attirent les migrants illégaux souvent exploités et abusés dans cette région. Le rapport critique aussi la mollesse de l’Europe qui ferment les yeux.

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Un réfugié d’Alep raconte comment et pourquoi il est venu en Europe trouver refuge

Karim Albrem est venu raconter sa fuite de Syrie et le long parcours qui a suivi dans le cadre de la Table ronde “Humanizing Borders” (Humaniser les frontières) organisée par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) le 27 novembre 2018. Cette discussion a réuni plusieurs juristes et experts. Elle s’est déroulée deux semaines avant l’adoption du Pacte mondial pour les migrations à Marrakech. Vous pouvez visionner toute la discussion en cliquant sur l’image ci-dessous.

 

 

Aujourd’hui Karim habite et travaille comme conseiller psychosocial en Allemagne. Il est membre du Conseil consultatif mondial du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) dont il est aussi “Youth Ambassador”. Son histoire est intéressante et illustre les difficultés et l’insécurité rencontrées au Liban et en Turquie où il n’a pas pu trouver d’aide ni de travail déclaré ce qui l’a motivé à poursuivre sa route vers la Grèce et l’Allemagne en utilisant des passeurs. A la Table ronde il est venu raconter son parcours migratoire. Je vous invite à lire son histoire.

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La caravane des migrants au Mexique est pleine de réfugiés climatiques

Photo © GUILLERMO ARIAS/AFP/GETTY IMAGES

Celles et ceux qui ont lancé la caravane des migrants depuis la petite ville meurtrière de San Pedro Sula au Honduras ont réussi à intéresser le monde entier sur leurs conditions de vies déplorables et dangereuses. Partis le 12 octobre 2018 avec l’aide de l’organisation humanitaire Pueblos sin fronteras (« Peuples sans frontières »), ils ont décidé de quitter leur pays en groupe pour mieux s’entraider durant le long parcours vers les Etats-Unis et se protéger des gangs criminels.

Source: BBC World Service

Au départ la caravane comptait 160 personnes puis elle s’est agrandie atteignant près de 7’000 personnes principalement originaires du Honduras mais aussi du Guatemala et du Salvador. La caravane a fait une pause ce dimanche à Tapanatepec dans la province de Oaxaca au sud du Mexique.

Passablement diminuée, elle compte maintenant 3 à 4000 personnes. Hier la caravane a quitté la localité de Niltepec pour rejoindre Juchitan, toujours dans l’Etat d’Oaxaca.

Selon Annie Correal du New York Times, la caravane avance très lentement et elle ne fait pas pour l’instant route vers les Etats-Unis contrairement aux informations alarmistes de l’administration Trump qui prévoit de déployer 5200 soldats à la frontière, en plus des 2100 membres de la Garde nationale déjà mobilisés. 

 

 

Une deuxième caravane de près de 2000 personnes progresse plus au Sud, vers Tapachula, dans l’Etat du Chiapas après être parvenue à traverser le fleuve Suchiate qui sépare le Guatemala du Mexique.

 

Le changement climatique, une des causes du mouvement migratoire

Si pour le Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés (UNHCR), les migrants fuient principalement la persécution de gangs prédateurs qui volent les terres, les maisons et les biens de milliers de familles, beaucoup d’experts insistent sur l’impact néfaste du changement climatique sur les conditions de vie en Amérique centrale. La sécheresse provoquée par El Niño a touché une grande partie de l’Amérique centrale au cours des quatre dernières années, mais elle a été ponctuée de pluies catastrophiques. Les ouragans, les inondations et les glissements de terrain se sont intensifiés et ont affecté les agriculteurs.

Le Guardian vient de publier un article éclairant à ce sujet. Certaines personnes dans la caravane ont expliqué qu’ils ne pouvaient plus rembourser leurs dettes à cause d’une mauvaise récolte due au changement climatique.

Récemment le journaliste Todd Miller, auteur du livre Storming the Wall: Climate Change, Migration, and Homeland Security,” affirme que le changement climatique est un facteur clé obligeant les familles à fuir l’Amérique centrale et le Mexique. Autre problème, la puissance commerciale des Etats-Unis qui désavantage les producteurs agricoles de petites tailles. Miller évoque, statistiques à l’appui, les effets dévastateurs de l’Accord de libre-échange centraméricain sur les petits agriculteurs qui se sont soudainement retrouvés en concurrence directe avec l’agroalimentaire et les transporteurs de céréales fortement subventionnés des États-Unis. Selon Miller, environ 2 millions de petits agriculteurs, en particulier dans le sud du Mexique, ont été déplacés ou n’arrivent plus à joindre les deux bouts.

Par ailleurs, le manque de moyens pour contrer des épidémies qui touchent l’agriculture, est aussi une cause de migration. Les données de la douane et de la patrouille frontalière des États-Unis révèlent une augmentation de la migration de l’ouest du Honduras, où se cultive le café. Or depuis 2012, une épidémie appelée rouille des feuilles ravage les plantations en Amérique centrale. Selon certaines estimations, 70% des exploitations agricoles sont détruites. Normalement, le champignon meurt lorsque les températures chutent le soir, mais les nuits plus clémentes lui permettent de se développer.

Vers une meilleure protection des réfugiés climatiques en Amérique centrale

Fatigués et découragés, beaucoup de personnes ont décidé de rebrousser chemin, d’autres ont choisi de déposer une demande d’asile au Mexique, d’autres encore aimeraient poursuivre leur chemin vers Mexico à 700 km, en car si possible, car ils souhaitent y déposer des demandes de permis transitoire avant de reprendre leur route vers les Etats-Unis. Mais c’est une option de moins en moins envisagée, selon Annie Coreal. Le UNHCR tente d’informer les migrants sur la possibilité de déposer une demande d’asile au Mexique et a déjà enregistré près de 2000 demandes. Le Mexique s’attend cette année à recevoir près de 23’000 demandes d’asile, une projection qui pourrait être bientôt revue à la hausse. 

Mais la Convention de Genève de 1951 relative au statut international des réfugiés exclu de son champ d’application les réfugiés du climat. Depuis 1951, aucune autre convention n’est venue préciser leur statut en droit international. Avec environ 150 millions à 300 millions de réfugiés climatiques qui devraient être déplacés dans le monde d’ici 2050, un nouveau cadre international sera nécessaire pour les accueillir.

«Si votre ferme a été complètement séchée ou si votre maison a été inondée et si vous vous enfuyez pour sauver votre vie, vous n’êtes pas très différent de tout autre réfugié», a déclaré au Guardian Michael Doyle, spécialiste des relations internationales à l’Université Columbia.

Doyle fait partie d’un groupe d’universitaires qui plaident en faveur d’un nouveau traité qui se concentrerait sur les besoins des personnes déplacées plutôt que sur la raison de leur départ, afin de couvrir la vague attendue de migrants climatiques.

Très alarmée, la Banque mondiale estime que le réchauffement climatique et les conditions météorologiques extrêmes obligeront environ 3,9 millions de migrants climatiques à fuir l’Amérique centrale au cours des 30 prochaines années.

Le débat s’est enflammé aux Etats-Unis à la veille des élections législatives de mi-mandat du 6 novembre. La décision très choquante de l’administration Trump de déployer 5000 soldats supplémentaires pour empêcher des femmes, des enfants et des hommes souhaitant déposer une demande d’asile coûterait USD 50 millions de dollars, une sommes qui pourrait être intelligemment investie en Amérique centrale pour venir en aide aux agriculteurs et pour soutenir des projets de développement durable dans la région. 

Lire aussi:

Migrant caravan: What is it and why does it matter?

The unseen driver behind the migrant caravan: climate change


(1) Sam Dupre, chercheur à l’Université du Maryland Baltimore.

Non les conditions ne sont pas remplies pour des renvois en Erythrée

Les autorités suisses rêvent de pouvoir renvoyer vers l’Erythrée des personnes démises de leur permis F (admission provisoire). Elles disent agir en conformité avec les récentes jurisprudences du Tribunal administratif fédéral (TAF) que l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), Amnesty International (AI) et les Bureaux de consultation juridique (BCJ) en Suisse estiment absolument inadmissibles (1).

 

Clairement, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) doit suspendre la procédure de levée des admissions provisoire et attendre que la situation des droits humains dans ce pays s’améliore. Sheila B. Keetharuth, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Érythrée estime que rien n’a été fait. Au contraire il semblerait même que les choses s’empirent. Des Erythréens victimes du régime, disent que la situation s’est dégradée et depuis l’ouverture des frontières avec l’Ethiopie le 11 septembre des milliers de personnes ont traversé la frontière pour s’installer en Ethiopie.

Monsieur Mario Gattiker, Secrétaire d’Etat aux migration, se trompe quand il dit que les “conditions sont réunies pour des renvois en Erythrée” comme il le déclarait au Temps il y a peu. Encore une fois, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a montré à quel point il est influencé par le politique ce qui justifie le besoin d’une surveillance supranationale  – comme celle de la Cour européenne des droits de l’homme – sur le respect des droits fondamentaux des personnes en Suisse.

 

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