Non les conditions ne sont pas remplies pour des renvois en Erythrée

Les autorités suisses rêvent de pouvoir renvoyer vers l’Erythrée des personnes démises de leur permis F (admission provisoire). Elles disent agir en conformité avec les récentes jurisprudences du Tribunal administratif fédéral (TAF) que l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), Amnesty International (AI) et les Bureaux de consultation juridique (BCJ) en Suisse estiment absolument inadmissibles (1).

 

Clairement, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) doit suspendre la procédure de levée des admissions provisoire et attendre que la situation des droits humains dans ce pays s’améliore. Sheila B. Keetharuth, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Érythrée estime que rien n’a été fait. Au contraire il semblerait même que les choses s’empirent. Des Erythréens victimes du régime, disent que la situation s’est dégradée et depuis l’ouverture des frontières avec l’Ethiopie le 11 septembre des milliers de personnes ont traversé la frontière pour s’installer en Ethiopie.

Monsieur Mario Gattiker, Secrétaire d’Etat aux migration, se trompe quand il dit que les “conditions sont réunies pour des renvois en Erythrée” comme il le déclarait au Temps il y a peu. Encore une fois, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a montré à quel point il est influencé par le politique ce qui justifie le besoin d’une surveillance supranationale  – comme celle de la Cour européenne des droits de l’homme – sur le respect des droits fondamentaux des personnes en Suisse.

 

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L’ONU suspend le renvoi scandaleux d’une famille syrienne yézidie vers la Grèce

Le Comité des Nations unies sur les droits de l’enfant vient d’ordonner la suspension du renvoi vers la Grèce d’une famille syrienne yézidie d’origine kurde. La suspension est effective durant la procédure d’examen au Comité des droits de l’enfant. Les autorités suisses ont six mois pour soumettre leurs observations et justifier leur décision, réexaminer la situation réelle de la famille, revenir sur leur décision de renvoi et accorder l’asile à la famille ou au minimum l’admission provisoire après une procédure en bonne et due forme.

 

Un couple et cinq enfants qui méritent de rester en Suisse

 

En quittant Afrin en 2015 pour fuir l’avancée des troupes de l’Etat islamique, un couple et leurs cinq enfants sont partis en Turquie, puis ont traversé la rivière Evros pour atteindre la Grèce. A peine arrivés ils ont été contraints par la police de livrer leurs empreintes. En deux jours, grâce à une procédure d’asile accélérée, ils ont obtenu le statut de réfugié, sans aucun examen de leurs motifs. Après trois mois à Athène, à survivre tant bien que mal, occasionnellement aidée par l’Eglise, la famille a décidé de soumettre une autre demande d’asile en Suisse. Ils sont arrivés au Tessin en septembre 2015.

 

Une décision incohérente qui ridiculise nos autorités d’asile

 

En mars 2017, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a rejeté la demande d’asile (2) sans tenir compte de la fragilité psychologique du père et des deux enfants les plus jeunes. Chose étrange, tout en reconnaissant les conditions de vie extrêmement difficiles des réfugiés en Grèce, le tribunal les a ignoré, recommandant à la famille de demander de l’aide aux autorités et aux associations privées de bienfaisance et de s’adresser aux juridictions grecques et internationales pour faire valoir ses droits. Plus étonnant encore, lorsque le TAF a constaté la fragilité extrême de la santé des parents et des enfants et recommandé  de “prendre des pinces” lors de la communication à la famille de la décision de renvoi et aussi dans l’exécution forcée de leur renvoi vers la Grèce. L’incohérence même.

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Pour MSF le monde est sourd à la souffrance des migrants en Libye

“Deux mois, trois semaines, un jour et 12 heures en enfer”.

C’est le témoignage d’un migrant épuisé et traumatisé qui s’est échappé d’une prison clandestine en Libye. Ses propos ont été recueillis par l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) dans un centre d’accueil à Bani Walid, une ville située à 200 kilomètres au sud-est de Tripoli où l’organisation fournit, avec une ONG libyenne, des soins médicaux aux personnes survivantes des centres de détention clandestins.

Depuis la Libye, difficile de parler de “retour volontaires”

Dans une interview publié sur le site internet de MSF, Christophe Biteau, chef de mission en Libye, dresse un tableau sombre de la situation des migrants dans ce pays où les réseaux de trafiquants continuent de s’enrichir.

Si l’Organisation internationale des migrations (OIM) et le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) se sont démenés pour vider les centres de détention officiels, MSF doute  non seulement de l’aspect “volontaire” des retours mais constate que les trafics de migrants augmentent et font encore plus de victimes.

En effet, depuis novembre 2017, les prisons officielles se sont vidées grâce à l’intervention de  l’OIM et du HCR. La mesure principale de l’OIM a été de faciliter et d’organiser les retours des personnes détenues dans les centres de détentions officiels vers les pays d’origine. Les chiffres sont impressionnants. En sept mois, l’évacuation d’urgence a permis de sortir 15’000 personnes sur les 17’000 comptabilisés au début de l’opération.

Ces retours qualifiés de “volontaires” par l’OIM ne le sont pas selon MSF car ils sont la seule alternative proposée pour échapper aux sévices subis en détention. Actuellement il resterait en tout 4’000 à 5’000 détenus dans les prisons officielles.

De son côté, le HCR a évacué près de 1’000 réfugiés vulnérables vers le Niger d’où ils attendent leur réinstallation dans un autre pays d’accueil.  Sur les 50’000 réfugiés enregistrés par le HCR en Libye, la majorité d’entre eux sont syriens.

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Le Venezuela se vide et provoque une crise migratoire sans précédent dans l’histoire récente de la région

Le HCR estime qu’un million huit cent mille personnes soit 5 % de la population totale quittera le pays en 2018. Cette crise migratoire est sans précédent dans l’histoire récente de la région. C’est surtout le triste résultat de la déchéance politique et économique du pays depuis la mort d’Hugo Chavez en 2013. Secoué par des grèves et des manifestations importantes depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro, le pays enregistre le pire taux d’inflation au monde, conséquence direct de la baisse continue du prix du baril depuis 2016. Si le Venezuela détient les plus importantes réserves pétrolières au monde, la chute des revenus du pétrole a réduit les importations, provoquant des pénuries alimentaires importantes, l’impossibilité de fournir des médicaments à la population qui est aussi en manque régulier d’électricité.

A cause de la crise mais pas seulement, le pays souffre aussi d’une criminalité extrême . Maduro est accusé d’avoir manipulé les élections qui l’ont porté au pouvoir et d’être lui-même à l’origine d’une impunité généralisée. 

Ainsi entre avril et juillet 2017 la répression des manifestants a été particulièrement violente et disproportionnée comme le montrent les images recueillies par l’organisation Human Rights Watch et aucun responsable n’a été poursuivi. Les nombreux rapports et témoignages soumis à la Cour pénale internationale  ont motivé l’ouverture d’ un examen préliminaire sur l’analyse de crimes commis au Venezuela durant cette prériode.

Le Venezuela subit depuis 2014 les sanctions des Etats-Unis (1). L’Union européenne  et maintenant la Suisse ont suivi. Embargo sur les armes et sanctions à l’encontre de personnalités ciblées, ces mesures ont été prises en réponse aux fraudes électorales et aux violences qui ont succédé les élections régionales d’octobre 2017. 

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Avec « Human Flow » l’artiste Ai Wei Wei donne une leçon d’humanité

Photo © Nicole Matschoss, FIFDH 18 mars 2018

 

Ai Wei Wei est venu à Genève présenter son film « Human Flow » au Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH). Tourné dans 23 pays le film raconte la fuite, la souffrance et l’impuissance de millions de personnes pleines de courage et d’espérance.

Les images sont dignes, d’une beauté sensationnelle. Elle place l’humain au centre du propos. Avec ses équipes, Ai Wei Wei a accompagné beaucoup de réfugiés. Il s’est posé dans le camp d’ Idoméni (Grèce) planté dans la boue hivernale, avec les personnes bloquées à la frontière macédonienne. Il a filmé les immenses murs et les hautes barrières métalliques en Palestine, en Hongrie, aux Etats-Unis. Il a vu et montré la détresse des migrants sauvés en Méditerranée, les refoulements aux frontières, l’injustice faite aux habitants de Gaza, prison à ciel ouvert, où les femmes parviennent encore à espérer une vie meilleure, plus juste. Il filme le plus grand camp de réfugié du monde de Dadaab au Kenya et regrette les générations perdues et gaspillées de millions de personnes dans le monde parce que les états gouvernent sans vision.

Dans ce film, les images raisonnent avec la déclaration d’Hanan Ashrawi, porte-parole palestinienne et membre du Conseil législatif palestinien : «Être un réfugié c’est bien plus qu’un statut politique, c’est la cruauté la plus importante qui peut être exercée à l’encontre d’une personne. Vous enlevez de force tous les aspects qui rendaient le vie tolérable et significative à des être humains. »

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Giving Birth in Exile, la belle exposition de Sylvie Léget

Aujourd’hui 8 mars c’est la Journée internationale des droits des femmes et mes pensées vont aux requérantes d’asile en Suisse, en particulier aux jeunes femmes arrivées seules qui ont accouché en Suisse ou durant leur parcours migratoire.

Dans le cadre du Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH), la photographe Sylvie Léget présente l’exposition « Giving Birth in Exile » à la maison des Arts du Grütli du 9 au 18 mars 2018.

Cette exposition montre les difficultés de la vie quotidienne de jeunes femmes seules en cours de procédure d’asile et leur grande solitude puisqu’elles ne peuvent s’appuyer sur le soutien d’un mari, d’un compagnon ou même sur celui de la voisine de palier. L’exposition est aussi destinée à être une expérience participative, un appel à témoignage pour toutes les personnes qui ont donné la vie ou qui sont nées dans le déchirement de l’exil. Un livre sera mis à la disposition du public afin de recueillir les expériences personnelles. Il est aussi possible d’envoyer un témoignage directement à Sylvie Léget par email à contact@sylvieleget.com.

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Genève: la Cour des comptes exige un meilleur encadrement  des requérants mineurs non-accompagnés.

La Cour des comptes vient de communiquer son Audit de gestion et de conformité sur les requérants mineurs non accompagnés (RMNA) à Genève. L’audit a permis d’arriver à la conclusion que Genève doit améliorer l’encadrement des requérants mineurs non accompagnés et que les départements en charge de leur accueil doivent mieux se coordonner. En effet, certains considèrent les RMNA comme des migrants, d’autres comme des mineurs. Cela entraîne malheureusement une prise en charge différente en matière d’hébergement et d’encadrement, selon le département qui en a la charge.

La superposition de deux politiques publiques (protection des mineurs et asile) et des points de vue divergents entre le Département de l’instruction publique (DIP) et le Département de l’action sociale (DEAS) ont occasionné une certaine complexité de mise en œuvre.

Les failles dans le dispositif d’assistance aux RMNA ont conduit la Cour des comptes à proposer 12 recommandations dont 11 ont déjà été acceptées par les différents départements concernés. Dans son rapport de 98 pages, la Cour reconnaît que de nombreuses améliorations sont à faire dans les domaines prioritaires de la représentation légale, de l’hébergement et de l’encadrement, mais aussi dans les modalités de prise en charge des pathologies psychiques des RMNA.

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Le FIFDH 2018 sera sensationnel et vous donnera envie d’agir !

Du 9 au 18 mars 2018, le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) se tiendra à Genève en même temps que la 37 ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Cette 16ème édition réunira des réalisateurs, des artistes, des activistes avec le grand public dans 65 lieux sur Genève, Lausanne, Renens, Orbe, Bienne, Neuchâtel, Sion, Oron et la Vallée de Joux. Le festival sera un peu partout, dans les salles de sport, les hôpitaux, les théâtres et les écoles bien sûr, les restaurants mais aussi dans les maisons de privations de liberté et les centres d’hébergement collectif (CHC) pour personnes migrantes avec plusieurs projections gratuites. Le programme entier du festival est accessible ici.

Pas question d’en sortir assombri ou déprimé. Au contraire, les débats et les discussions organisés à la suite des projections dans le cadre du “Forum international”, des “Films discussions” et des “Rencontres” vous permettront de vous exprimer et de retrouver la foi en un monde meilleur. J’aimerais m’entretenir avec Ai Weiwei ou Vanessa Redgrave ou Barbet Schroeder. Je me réjouis d’écouter Filippo Grandi (HCR) ou Yves Daccord (CICR) et de découvrir d’autres personnes engagées comme Asli Erdogan, Sharmeen Obaid Chinoy, Abigail Disney et surtout Chimamanda Ngozi Adichie.

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Le CICR dénonce les refoulements aveugles vers la Libye et rappelle l’Europe à ses obligations internationales

Dans un communiqué de presse le CICR tire la sonnette d’alarme sur la situation humanitaire en Libye. Pour la première fois, le président du Comité international de la Croix‑Rouge (CICR), Peter Maurer, a fait le déplacement vers ce pays détruit et souffrant. Il a visité les villes de Tripoli, Tobrouk et Benghazi pour évaluer la situation et s’entretenir avec des hauts responsables libyens.

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Credit: Marijan Murat/dpa

A Genève, beaucoup de requérants d’asile n’ont pas d’accès internet dans leur foyer

A Genève, plusieurs foyers ne sont pas encore dotés d’accès internet. C’est pourtant un service de première nécessité pour les réfugiés durant leurs parcours migratoire et au moment de leur arrivée en Suisse.

A l’heure où les Transports public genevois (TPG) offrent, dans plusieurs véhicules,  l’accès wifi gratuit à leurs passagers, à l’heure où Genève ambitionne de devenir une cybercapitale mondiale, la lenteur de l’Hospice général dans ce dossier et la mauvaise communication défensive et imprécise de son personnel à ce sujet n’est pas à la hauteur de ce que l’on pourrait attendre d’une institution qui dit souvent faire le maximum avec les moyens du bord.

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