Pourquoi les Verts renouent avec le succès, en Suisse et en Europe

Les Verts ont gagné cinq sièges ce dimanche au Grand Conseil de Neuchâtel. Ce succès n’est pas isolé : le parti a obtenu 12 sièges supplémentaires lors des dernières élections cantonales, dont beaucoup en Suisse romande. A cela s’ajoutent l’élection d’Alec von Graffenried à la Mairie de Berne et la belle victoire de Jurg Altwegg, qui a battu son concurrent UDC avec 60 % des voix à la Municipalité de Winterthur. L’écologie a de nouveau le vent en poupe, et pas seulement en Suisse. En Autriche et en Hollande, ce sont les Verts, avec Alexander van der Bellen et Jesse Klaver, qui ont fait sensation lors des dernières élections et barré la route à l’extrême droite populiste. Ces succès suisses et européens sont bien sûr le résultat de l’engagement fort, sur le terrain, de personnalités vertes dont la crédibilité a été reconnue par les électeurs. Mais ils s’inscrivent également dans un mouvement de fond, dont j’aimerais souligner ici deux aspects.

On assiste tout d’abord à une repolitisation de l’écologie. Les Verts ont subi des pertes un peu partout en Suisse entre 2011 et 2015, après que Doris Leuthard ait annoncé la sortie du nucléaire. Ce déclin ne doit pas être interprété comme un rejet de l’écologie. Le thème est simplement passé, dans sa dimension politique, après d’autres préoccupations, dont la crise migratoire et la force du franc. Cependant, la dimension politique de l’écologie est progressivement revenue sur le devant de la scène. En Suisse, la population a compris, au fil du traitement de la Stratégie énergétique, passablement édulcorée puis attaquée en référendum par l’UDC, que le tournant énergétique n’était pas joué d’avance et qu’un engagement politique restait nécessaire dans ce domaine comme dans d’autres. Parallèlement à cela, les Verts ont mené devant le peuple deux initiatives populaires, pour une économie verte et pour une sortie programmée du nucléaire, remettant les enjeux écologiques au cœur du débat public. Au niveau international, la signature de l’Accord de Paris, quelques semaines après les élections fédérales de 2015, a montré qu’un engagement politique concerté au niveau international était possible, rendant espoir à de nombreux citoyens favorables à l’environnement. Peu après, l’élection de Trump et sa volonté de détruire les récentes avancées environnementales et climatiques, ont mobilisé ces citoyens, qui ont constaté que rien n’était définitivement acquis. On peut enfin citer les mouvements de rejet, partout en Europe, des accords TTIP ou CETA, qui manifestent la même prise de conscience. Notre engagement comme consommateur responsable ne suffit pas. Les solutions qui font la transition écologique existent aujourd’hui déjà, mais elles ont besoin, pour s’imposer, de conditions-cadres favorables et d’un soutien clair au niveau politique. Or les Verts restent le parti le plus crédible sur les questions environnementales.

Les Verts sont aussi le parti d’une société ouverte sur le monde, accueillante, tolérante, respectueuse. En 2015, il n’est pas exclu que cette orientation ait contribué à leurs pertes, en pleine crise migratoire, alors que les craintes que cette crise a pu susciter ont été habilement récupérées par l’UDC. Mais la donne a changé. La montée de l’extrême droite et de courants populistes, nationalistes et xénophobes, choque à juste titre une partie croissante de la population. En Suisse, celle-ci sanctionne désormais les excès de l’UDC en votation. Le repli et l’exclusion n’apportent aucune réponse aux conflits et à la misère qui contraignent des centaines de milliers de personnes à l’exil. Le vert hollandais Jesse Klaver, dont les parents sont issus de la migration, a su montrer qu’au contraire, la solidarité et l’ouverture sont une chance et constituent les fondements de l’Europe. Si les Verts défendent une société et une économie ouvertes, ils exigent des règles du jeux équitables pour cadrer les échanges internationaux et les mettre au service tant de l’environnement que des citoyens. Une telle perspective d’avenir, confiante et positive, est nécessaire aujourd’hui pour contrer les discours conservateurs des populistes. Une société et une économie à la fois ouvertes et équitables, c’est possible et c’est ce que nous devons construire ensemble : voilà ce que disent les Verts. Et ils sont entendus, car ils ont toujours défendu cette ligne, par beau comme par mauvais temps.

Trump et ceux qui s’en inspirent sont allés trop loin. Instrumentaliser les peurs issues des conflits et des ratés de la mondialisation, nier les grands enjeux environnementaux, tout en ne proposant aucune vision crédible pour l’avenir : cela ne peut pas être convaincant sur le long terme. Nous avons au contraire besoin d’un projet collectif positif pour demain. Les récents succès des Verts illustrent certainement cette aspiration.

Contre la post-réalité et le désenchantement, un récit pour donner envie de demain

2016 aura montré que les faits seuls ne font plus recette dans nos démocraties. Je ne parle pas seulement du Brexit ou de l’élection de Donald Trump : en Suisse aussi. La campagne des opposants à l’initiative pour une économie verte, qui annonçait une dictature du renoncement pour les particuliers, alors qu’il s’agissait de soutenir l’efficience et l’innovation dans les entreprises, est un bon exemple de désinformation à succès. Quelques mois plus tard, une étude montrait que les citoyens ayant refusé la sortie programmée du nucléaire, deuxième vote environnemental crucial de l’année, l’avaient fait en étant mal informés.

 

Nous sommes nombreux à être inquiets et scandalisés par ce phénomène. Doit-on pour autant en conclure que les citoyens aiment à être trompés ? Certainement pas. Ce qui les séduit, ce n’est probablement pas qu’on leur raconte des mensonges. C’est qu’on leur raconte une histoire. La différence est ténue, mais elle existe. Elle est importante, parce qu’elle ouvre la porte à une troisième voie entre un discours strictement rationnel, exact et descriptif, et le délire cynique qu’il est désormais convenu de qualifier de « post-factuel ». Au fond, ce que montre 2016, c’est que les citoyens sont aujourd’hui à la recherche d’un récit. Or un récit peut très bien être fondé sur des faits, qu’il se contente de mettre en perspective, de manière sérieuse, crédible et loyale.

 

C’est ce que nous, défenseurs d’une société libérale, ouverte, responsable et durable, avons à apprendre de 2016. Je ne suis pas toujours d’accord avec le grand écologiste Pierre Rabhi, mais il a dit quelque chose de très beau sur son engagement. L’écologie, dit-il, c’est l’émerveillement. L’émerveillement face à la nature, bien sûr, mais aussi face aux solutions de toutes sortes qui nous permettent aujourd’hui de vivre en harmonie avec elle, face à un projet de société capable d’assurer notre bien-être sans remettre en cause celui de nos enfants. Cet émerveillement, et le récit qui le porte, sont aujourd’hui en panne, ou du moins sont recouverts par un autre récit. Un récit de peur, de fermeture et de repli vers un passé mythique et idéalisé, où tout était tellement plus simple et plus facile. Le slogan « Yes we can », qui désignait l’envie d’un monde nouveau, plein de possibles, a été remplacé par « Make America great again », parce qu’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui pensent que « c’était mieux avant ».

 

Comme  verte, je suis la première à trouver que nous devons considérer la notion de « progrès » de manière critique. Mais une société où l’histoire qui convainc est un récit de repli sur le passé a un grave problème. Le désenchantement – antithèse de l’émerveillement prôné par Pierre Rabhi – mais aussi le cynisme, le « no future » ou le « après moi le déluge » qui en découle, ne peuvent pas guider nos choix. Comme le disait en substance Nelson Mandela, nos décisions doivent être fondées sur nos espoirs, et non sur nos craintes.

 

Or des pistes existent pour des récits d’espoir d’aujourd’hui. En ce qui concerne les écologistes, il est clair que le temps n’est plus – ou plus seulement – à la dénonciation sèche et chiffrée des dommages que nous portons à l’environnement. Tout le monde sait aujourd’hui que nous allons dans le mur, et c’est peut-être pour cela que certains, méconnaissant les solutions qui sont à notre disposition, sombrent dans une funeste nostalgie conservatrice. Nous, les écologistes, devons assumer d’être aussi des porteurs de bonnes nouvelles ! Il s’agit de valoriser les nombreuses solutions qui nous permettront de relever les défis de ce siècle et de les mettre en perspective dans un récit abordable et motivant: nouvelles technologies, nouveaux modèles économiques, nouvelles pratiques individuelles et collectives…

 

Le succès du film Demain montre que c’est possible. Il constitue une narration, strictement basée sur des faits mais très mobilisatrice, qui présente toute une série de solutions, d’ores et déjà développées au niveau local, et qui ne demandent qu’à être mieux connues, puis généralisées. Ce film redonne du sens aux notions de progrès ou d’innovation, en liant solutions locales et enjeux globaux (un des fondamentaux des Verts), en intégrant les innovations technologiques dans un projet de société, et en montrant le plaisir – et les succès – de ceux qui s’engagent dans leur quotidien pour un monde plus durable. Lors de la campagne pour l’initiative pour une économie verte, nous avons adopté la même ligne, avec Swisscleantech et bien d’autres, symbolisée sur les réseaux sociaux par le « hashtag » #çamarche ou #esgeht. Nous n’avons pas atteint une majorité cette fois-ci, mais ce n’est que le début de notre engagement pour une économie verte. La campagne pour la stratégie énergétique 2050, dans le cas de l’aboutissement du référendum de l’UDC, devra elle aussi raconter en quoi la transition énergétique est non seulement possible, mais constitue un magnifique projet de société, qui permettra à chacun d’entre nous de contribuer à notre approvisionnement en énergie propre.

 

Les enjeux écologiques ne sont pas les seuls auxquels doit s’appliquer cette logique narrative. Nous avons urgemment besoin de nouveaux récits mobilisateurs autour d’une Europe plus décentralisée, solidaire et citoyenne, des acquis incontestables du droit international et des droits humains, des chances d’une globalisation équitable et d’une numérisation bien gérée pour notre économie comme pour notre société. Parviendrons-nous à développer de tels récits, à la fois crédibles et enthousiasmants, ancrés dans des données factuelles, mais portés par nos espoirs, sur les grands enjeux du 21ème siècle ? Ces récits feront-il le poids face à la mythologie passéiste des populistes et extrémistes de tout bords ? Les citoyens seront-ils disposés, selon l’expression de l’économiste Nicolas Bouzou, à « aimer l’avenir » ?  Voilà les questions que je me pose en ces premiers jours de 2017.

 

 

Soutenir la Stratégie énergétique 2050 face aux fantasmes étatistes et passéistes de Blocher

Christoph Blocher veut donc subventionner les centrales nucléaires, qui fonctionnent actuellement à perte à cause de la surproduction de courant en Europe. Une telle proposition va à rebours du bon sens et amène le tribun UDC à se contredire lui-même.

 

Comment Christoph Blocher peut-il proposer de telles subventions, alors qu’il dénonce en même temps la politique de soutiens aux énergies renouvelables en Allemagne, mais aussi en Suisse, via le référendum contre la Stratégie énergétique 2050 ? La question de savoir si des subventions se justifient dans le domaine de l’énergie et plus particulièrement de l’électricité est pertinente. Mais alors, il faut la poser sérieusement.

 

Pourquoi soutient-on aujourd’hui les énergies renouvelables ? Parce qu’il s’agit d’un investissement indispensable pour garantir notre approvisionnement. Les énergies renouvelables sont des technologies récentes, dont le prix est encore relativement élevé, même s’il baisse régulièrement. Ceci les rend, du moins momentanément, moins concurrentielles. Or nous avons besoin de les développer rapidement. En effet, à part quelques rares illuminés, plus personne ne souhaite construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse. Et notre parc nucléaire, parmi les plus vieux du monde, est en bout de course. Actuellement, tous nos réacteurs, sans exception, sont touchés par des problèmes techniques. Mühleberg fermera en 2019 à cause de fissures irréparables. Leibstadt est à l’arrêt depuis plusieurs mois du fait d’une anomalie de ses combustibles. Beznau I est à l’arrêt depuis bientôt deux ans, après la découverte de plus de 900 « défauts » dans la paroi en acier de sa cuve. Enfin, on a appris tout récemment que les centrales de Beznau et de Gösgen doivent subir des contrôles car des malfaçons pourraient avoir affecté certains de leurs composants. On voit combien le nucléaire, qui centralise la production d’électricité sur un petit nombre de sites, fragilise notre sécurité d’approvisionnement et notre autonomie énergétique. Si nous voulons garantir ces dernières, nous devons aujourd’hui investir dans des énergies alternatives sûres et décentralisées. C’est la raison pour laquelle nous soutenons les énergies renouvelables : elles doivent pouvoir remplacer rapidement une production nucléaire de plus en plus défaillante.

 

De tels soutiens ne sont d’ailleurs nécessaires que pour pallier à un important dysfonctionnement du marché. En effet, si les énergies renouvelables tardent à s’imposer, c’est principalement à cause des subventionnements directs et indirects apportés en Suisse et ailleurs aux énergies fossiles et à l’industrie de l’atome. Nos centrales nucléaires ne sont pas correctement assurées : ce sont les contribuables qui se portent garants et qui passeraient à la caisse en cas d’accident. Ils le feront aussi, ainsi que leurs descendants sur de nombreuses générations, pour le démantèlement des centrales et la gestion de leurs déchets, pendant des milliers d’années. Les prix actuels de l’électricité nucléaire, tout comme ceux du pétrole, du charbon et du gaz, ne reflètent pas leurs coûts réels pour notre société. Si c’était le cas, il ne serait pas nécessaire de subventionner les énergies renouvelables, qui reviendraient beaucoup moins cher. Le nucléaire ne se serait d’ailleurs jamais développé. Il est, de fait, indissociable des soutiens de l’Etat.

 

Ce que demande Christoph Blocher, c’est dès lors que nous nous enfoncions encore un peu plus dans cette politique étatiste et centralisée de subventionnement, qui plus est d’une filière qui n’a jamais été effectivement rentable, et qui est aujourd’hui moribonde et sans avenir. Ceci au détriment d’un système énergétique décentralisé, qui nécessite des investissements momentanés, certes, mais qui sera rapidement rentable, et dont les véritables acteurs sont la population – le peuple, dirait M. Blocher. En effet, chacun peut aujourd’hui devenir producteur d’électricité, renforçant ainsi notre autonomie et notre sécurité. La position de Christoph Blocher est donc non seulement passéiste et absurde d’un point de vue économique, mais elle est en outre étatiste et centralisatrice. Elle empêche le peuple suisse de devenir, en toute indépendance, l’acteur de son propre approvisionnement. Beau paradoxe.

 

Plutôt que de dépenser de l’argent à fonds perdu dans une technologie en fin de vie, mieux vaudrait y mettre rapidement un terme. Christoph Blocher n’aime pas les subventions aux énergies renouvelables ? Alors fermons nos vieilles centrales nucléaires, en commençant par les deux réacteurs de Beznau. En luttant contre la surproduction d’électricité et la chute des prix qui lui est liée, une telle mesure revalorisera nos centrales hydroélectriques, actuellement en difficultés, et les énergies renouvelables, en contribuant à les rendre plus rapidement rentables. La Stratégie énergétique 2050 s’inscrit dans cette perspective d’investissements ponctuels et ciblés, qui relève du pur bon sens. Il faudra la soutenir avec la plus grande fermeté si le référendum de l’UDC aboutit.

Pour une agriculture multifonctionnelle et durable, sans OGM

Le Conseil national vient de refuser d’autoriser la culture d’OGM en Suisse dans le cadre d’un concept de “coexistence” que proposait le Conseil fédéral. Il a en outre prolongé le moratoire sur la production d’OGM de quatre années supplémentaires. Ces deux décisions sont à saluer car elles renforcent une agriculture et une production alimentaire durables dans notre pays.

 

En 1996, les Suisses ont fait un choix de société en inscrivant dans la Constitution les principes d’une agriculture multifonctionnelle, répondant à la fois aux exigences du développement durable et à celles du marché. Quelques années plus tard, en 2005, ils votaient pour un moratoire sur les OGM, prolongé plusieurs fois depuis. C’est dans ce cadre qu’un large consensus s’est constitué autour de la notion de « Stratégie qualité ». Celle-ci se base sur des valeurs comme le naturel, la sécurité et la santé, l’authenticité ou la durabilité. Elle implique notamment que « l’agriculture renonce volontairement, afin de saisir des opportunités du marché, à utiliser des organismes génétiquement modifiés ».

 

Ce positionnement axé sur la qualité et sur le renoncement aux OGM a fait ses preuves et contribue à rendre l’agriculture suisse plus concurrentielle, performante et attractive, pour le plus grand bénéfice de nos agriculteurs. Il correspond en outre aux attentes des consommateurs. Selon un récent sondage de la Coop, 85 % des consommateurs suisses rejettent les produits contenant des OGM.

 

Or le système de coexistence proposé par le Conseil fédéral porterait atteinte à cette volonté des consommateurs. La Suisse est un petit territoire et une séparation sûre et surtout économiquement viable des filières avec et sans OGM est parfaitement illusoire. La coexistence aboutirait de fait à un renchérissement des produits alimentaires, sur le dos des producteurs “sans OGM”, et sur une impossibilité de garantir des produits sans OGM, au détriment de la liberté de choix des consommateurs.

 

La culture d’OGM implique, de fait, une agriculture intensive et polluante, qui est à l’opposé de ce que recherchent les consommateurs suisses, mais aussi des exigences de l’article 104 de notre Constitution tout comme de la stratégie qualité. Les plantes OGM actuellement sur le marché, principalement du soja, du maïs et du colza, sont utilisées comme fourrages pour le bétail dans le cadre de la production industrielle de viande, dont l’impact sur le climat est désastreux, sans parler du bien-être des animaux. Leur contribution à la diminution de la faim dans le monde, une promesse récurrente des promoteurs des OGM, est inexistante, puisqu’elles sont principalement utilisées pour la production de masse de produits carnés à l’intention des pays développés.

 

Les plantes génétiquement modifiées sont en outre en général conçues pour résister, dans le cadre de monocultures intensives, à des pesticides. Les OGM contribuent ainsi à une augmentation de leur usage. Or la Confédération vient de décider, dans le cadre du Plan d’action sur les pesticides, de réduire l’usage de ces produits pour des raisons écologiques et sanitaires. La culture d’OGM en Suisse serait absurde au vu de cet objectif.

 

Les promoteurs des OGM aiment décrire ceux qui s’y opposent comme des obscurantistes, mus par des craintes irrationnelles. C’est tout à fait faux. Il n’est pas nécessaire d’entrer dans le débat sur les risques liés – ou pas – à la consommation de produits OGM, pour en refuser la production dans notre pays. Les conséquences néfastes sur la santé et sur l’environnement d’une agriculture intensive et riche en pesticides sont scientifiquement prouvées, or ce type d’agriculture est aujourd’hui indissociable des OGM.

 

Avec le moratoire prolongé par le parlement, la recherche reste en tout temps possible dans ce domaine. Si des produits OGM de qualité, sûrs et écologiques, s’inscrivant dans une agriculture durable et respectueuse de l’autonomie des paysans, et répondant aux attentes des consommateurs, arrivaient soudainement sur le marché, le débat pourrait reprendre dans notre pays.

 

Le refus des OGM ne repose ainsi pas sur le rejet obtus d’une technologie. Il se fonde sur une réflexion principalement économique, réalisée par la branche agro-alimentaire elle-même, à propos du positionnement qu’elle souhaite adopter sur le marché, et sur la manière dont elle entend répondre à la volonté des Suisses de bénéficier d’une agriculture et de produits alimentaires durables. Une volonté exprimée depuis des années, à maintes reprises, à la fois dans leurs choix de consommateur et dans leurs votes en tant que citoyens, au point que notre Constitution en a été modifiée à deux reprises. Ceci est absolument légitime et n’a rien à voir avec un rejet de la science.

 

Sortie du nucléaire : qui sont les hypocrites?

Le débat sur la sortie du nucléaire tourne beaucoup autour des conséquences de la première étape de la fermeture des centrales, à savoir celle de nos trois plus anciens réacteurs, Beznau 1 et 2, et Mühleberg. Ceux-ci devraient en effet être débranchés dans l’année succédant le vote, c’est à dire à en 2017.

 

Les opposants à l’initiative ont commencé par nous annoncer à grands cris un black-out. Mais dans une Europe où l’on produit tellement d’électricité que les prix se sont effondrés et mettent en péril la rentabilité de nos barrages, une telle menace ne tient pas la route. De plus, deux réacteurs, Beznau I et surtout le très puissant Leibstadt, sont actuellement à l’arrêt à cause de problèmes techniques et le resteront encore une bonne partie de cet hiver. L’électricité manquant de ce fait est nettement plus élevée que celle des trois petits réacteurs qui devraient fermer en 2017 si l’initiative était acceptée. Or point de black-out, il faut bien le constater.

 

Ne pouvant plus effrayer les citoyens avec cet épouvantail, les adversaires de l’initiative accusent les initiants d’hypocrisie. En fermant nos plus vieux réacteurs après 45 ans, nous nous condamnerions à importer de l’électricité sale, issue de centrales nucléaires ou à charbon. On doit tout d’abord se réjouir du fait que ces Messieurs s’inquiètent autant du changement climatique. C’est nouveau.

 

Pour ce qui est des importations d’électricité sale, le problème existe cependant aujourd’hui déjà. La Suisse importe et exporte régulièrement de l’électricité et celle qui arrive chez nous n’est pas garantie « sans tache ». Or peu de parlementaires s’en émeuvent. Et ceux qui dénoncent aujourd’hui les risques d’importations de courant sale ont refusé de le soumettre à une taxe afin d’en décourager l’importation lors du traitement de la Stratégie énergétique. Certains d’entre eux attaquent même la Stratégie énergétique en référendum. Ils rejettent ainsi plusieurs mesures favorables au climat, ainsi que les soutiens au développement d’énergies renouvelables locales, qui nous permettraient justement de nous émanciper des importations de courant. Alors, qui est hypocrite, dans cette affaire ?

 

En réalité, une offre importante d’électricité propre européenne existe. Elle est en plein boom, alors que les modes de production néfastes pour l’environnement sont appelés à régresser, notamment du fait des engagements de l’Accord de Paris sur le climat. Actuellement, la moitié des centrales nucléaires françaises sont en outre à l’arrêt pour des raisons techniques et l’Allemagne sort du nucléaire en 2022. La sécurité de l’approvisionnement n’est pas à chercher là, mais dans les énergies renouvelables. Il est tout à fait possible de les privilégier lors de nos importations. C’est d’ailleurs ce que les initiants demandent depuis longtemps, indépendamment de la date de fermeture de nos centrales. Nos entreprises électriques ont investi dans des installations d’énergies renouvelables en Europe, dont il serait tout naturel de rapatrier les fruits.

 

Enfin, quelle est l’alternative proposée par les adversaires à l’initiative pour une sortie programmée du nucléaire ? Ils misent précisément sur de l’électricité sale ! Leur but est de continuer à faire fonctionner, en les tirant jusqu’à la corde, des centrales nucléaires suisses qui mettent inutilement en danger la population, tout en produisant du courant sale, générant des déchets toxiques pendant des milliers d’années, qu’aucune région de notre pays ne veut stocker sur son territoire ! Même l’argument « autarcique » ne tient pas la route : produire notre propre électricité nucléaire – sale – ne nous rend pas plus indépendants de l’étranger, puisque nous devons importer l’uranium utilisé dans nos centrales.

 

Bref, la meilleure solution pour la Suisse est de fermer à temps ses vieux réacteurs dangereux, qui ne sont de toute façon plus rentables, pour autant qu’ils l’aient jamais été. La question des importations ne se serait pas posée si le parlement avait, comme les Verts le demandent depuis longtemps, encouragé suffisamment le développement des énergies renouvelables locales. A cause de cette erreur politique, on ne peut exclure qu’il faille, pendant une brève phase de transition, importer un peu plus d’électricité que nous le faisons aujourd’hui. De l’électricité propre, car c’est tout à fait possible. Ceci jusqu’à ce que les 40'000 projets en attente des soutiens prévus par la Stratégie énergétique soient réalisés. L’électricité qu’ils produiront compensera alors intégralement les pertes liées à la fermeture de nos trois plus vieux réacteurs.

Cela vaudra toujours mieux que de continuer à produire sur place de l’électricité nucléaire sale, dépendant d’un combustible importé, en mettant en danger la population de notre pays. Pour rappel, nos centrales ont été conçues pour durer 30 à 40 ans, pas 60. Et un accident nucléaire sur le plateau suisse exigerait l’évacuation de villes comme Fribourg, Berne ou Zurich. Il y a des risques que nous n’avons pas le droit de prendre, alors que des alternatives sûres existent.

 

L’initiative pour la sortie programmée du nucléaire doit compléter la Stratégie énergétique

La Stratégie énergétique a enfin été votée par les chambres, plus de cinq ans après Fukushima. Elle constituait le contre-projet du Conseil fédéral à l’initiative pour la sortie programmée du nucléaire, lancée par les Verts juste après l’accident nucléaire. Pourtant, l’initiative sera soumise au peuple le 27 novembre prochain. En effet, la Stratégie énergétique, même si elle constitue un indiscutable progrès, ne permet pas de prendre congé du nucléaire dans des conditions économiques et de sécurité acceptables.

 

Malgré des objectifs de développement des énergies renouvelables revus à la baisse, la Stratégie énergétique permettra certes de réduire le blocage des investissements dans les énergies renouvelables, en augmentant les moyens de la rétribution à prix coûtant (RPC). Par ailleurs, elle facilitera la construction de grandes installations d’énergie renouvelable, par exemple d’éoliennes, en leur accordant le même niveau d’importance que la protection du paysage, et fixe des objectifs de réduction de notre consommation d’électricité.

 

Tout cela est très positif mais pas suffisant. La Stratégie énergétique néglige un volet central de la transition énergétique : la fermeture progressive de notre vieux parc nucléaire. En termes sécuritaires, notre situation est en effet – c’est un paradoxe – plus incertaine aujourd’hui qu’avant Fukushima. Les exploitants envisageaient alors de fermer leurs vieilles centrales, pour des raisons économiques et de sécurité, après 45 à 50 ans d’exploitation, au profit de nouvelles installations nucléaires. La Stratégie énergétique exclut certes la construction de nouvelles centrales, mais elle ne dit pas quand les anciennes doivent être arrêtées. Pire, elle permet leur prolongation indéterminée : nos vielles centrales pourraient fonctionner jusqu’à 60 ans ou plus, une durée de vie qui n’avait jamais été envisagée jusqu’ici. Les centrales nucléaires ont été conçues à l’origine pour durer environ 30 ans. Et la durée de vie moyenne des centrales nucléaires dans le monde est de 25 ans.

 

Lors du traitement de la Stratégie énergétique, L’IFSN, qui est notre organe de surveillance nucléaire, a demandé au parlement de renforcer au moins les exigences de sécurité et de surveillance pour les centrales nucléaires fonctionnant au-delà de 40 ans. Cette demande a été balayée. Nous nous apprêtons donc à soumettre le peuple suisse à un test grandeur nature, en tirant nos vieilles centrales nucléaires jusqu’à la corde, sans aucune cautèle supplémentaire et contre l’avis de notre propre organe de surveillance. Prendre un tel risque est absurde, car nous disposons déjà des technologies nécessaires au remplacement de l’électricité nucléaire. La réalisation des 40'000 projets d’installations d’énergie renouvelable qui sont en attente d’un soutien de la part de la RPC permettrait déjà de produire l’équivalent de l’électricité de nos deux plus vieux réacteurs nucléaires : Beznau I qui, avec ses 47 ans, est le plus vieux réacteur encore en service au monde, et Beznau II. Pour un approvisionnement électrique autochtone renouvelable à 100 % d'ici 2029, nous devrions augmenter la production d'électricité propre de seulement 210 kWh par an et par habitant. Ceci est inférieur à la production d'un simple panneau photovoltaïque !

 

Economiquement, il est par ailleurs plus intelligent d’investir dans les énergies propres de demain, créatrices d’emplois localement ancrés, plutôt que dans de l’uranium importé et dans la prolongation d’installations dangereuses et obsolètes. Les centrales nucléaires ne sont d’ailleurs pas rentables. Elles perdent plus de 500 millions de francs par an par rapport au marché de l’électricité. Pour compenser ces pertes, les électriciens veulent brader notre patrimoine hydraulique à des fonds étrangers ! Plutôt que d’accepter l’inéluctable, ils se lancent dans une fuite en avant, au mépris de notre sécurité, espérant vainement que les profits reviendront. Ce sont vraisemblablement les contribuables qui finiront par payer la facture… sans parler des risques croissants d’un accident nucléaire, qui pourrait rendre une grande partie du plateau suisse inhabitable et exiger l’évacuation de villes entières.

 

Misons plutôt sur nos barrages et sur les énergies renouvelables, qui sont à même d’assurer notre prospérité, notre sécurité et notre autonomie sur le long terme. C’est ce que veut l’initiative pour une sortie programmée du nucléaire. En limitant la durée d’exploitation de nos centrales à 45 ans, elle nous évite de prendre des risques inutiles et dirige les investissements vers les technologies propres et sûres de demain. Elle constitue ainsi un complément nécessaire à la Stratégie énergétique.

Une économie durable en 2050, pour assurer notre prospérité

La Suisse, qui fut pionnière dans le domaine environnemental, a beaucoup régressé depuis. Malgré ses efforts en matière de recyclage, elle est aujourd’hui le deuxième plus gros producteur de déchets ménagers d’Europe. Elle a pris du retard dans la transition vers les énergies renouvelables. Et elle cause des dégâts majeurs à l’environnement hors de ses frontières, via ses importations.

                                                                                                                                                   

L’initiative pour une économie verte veut inverser cette tendance en inscrivant dans la Constitution une vision, celle d’une économie durable pour 2050. La Suisse se donnerait donc un peu plus d’une génération pour assainir la dette écologique accumulée au détriment de nos descendants. Cette vision n’est pas révolutionnaire. Le Conseil fédéral y souscrit dans son Masterplan Cleantech. Elle a aussi été adoptée récemment par l’Union européenne et par la Finlande. Enfin, elle correspond à la stratégie « Vision 2050 » du World Business Council for Sustainable Development, qui réunit des entreprises comme Firmenich, Novartis, Nestlé, ABB ou Toyota.

 

Pour devenir durable d’ici à 2050, notre économie doit passer d’un fonctionnement linéaire à un fonctionnement circulaire. Actuellement, nous prélevons des matières premières, souvent non renouvelables, nous en faisons des marchandises, puis nous les consommons et jetons très rapidement. L’initiative pour une économie verte inscrirait les principes de l’économie circulaire dans la Constitution : un maximum de matériaux et d’émissions doivent être revalorisés dans de nouveaux cycles de production ou d’utilisation, puis éliminés sans dommage pour la nature. Les technologies renouvelables et efficientes doivent être privilégiées et les produits conçus pour être adaptables, réparables, réutilisables, recyclables et éliminés de manière écologique. Déchets, pollutions et gaspillage peuvent ainsi être prévenus efficacement.

 

Les technologies propres de l’économie circulaire existent déjà. Il n’est dès lors pas nécessaire de se priver pour réduire notre impact environnemental. Nous ne sommes plus dans les années soixante : il s’agit de produire mieux, pas de consommer moins. L’initiative ne vise pas les comportements individuels, mais veut instaurer des conditions-cadre favorables à une économie responsable. Les collectivités publiques peuvent encourager les énergies renouvelables, soutenir l’éco-conception des produits et des matériaux, créer de nouvelles filières de recyclages, éviter les emballages inutiles, réduire le gaspillage des aliments, exiger que les appareils puissent être réparés, ou favoriser les nouveaux modèles économiques axés sur la location. Nous devons aussi agir sur notre impact écologique à l’étranger. Il représente plus de 70 % de nos atteintes à l’environnement et offre ainsi un grand potentiel d’amélioration, que le Conseil fédéral néglige lors de son évaluation de l’initiative. Il s’agit en particulier d’encourager les standards écologiques lors de l’importation de produits à fort impact comme l’huile de palme, le bois, le poisson ou le coton.

 

L’initiative pour une économie verte n’est pas contraignante concernant les mesures à appliquer pour atteindre une économie durable : le Conseil fédéral et le parlement fixeront leurs priorités et des objectifs intermédiaires. Ils sont soumis aux principes constitutionnels de subsidiarité, de proportionnalité et de liberté de l’économie et favoriseront dès lors des solutions pragmatiques, en dialogue avec l’économie. L’initiative est ainsi soutenue par Swisscleantech et par de nombreux entrepreneurs qui ont compris qu’une économie basée sur l’innovation et l’efficience est plus compétitive, plus autonome et créatrice d’emplois. Elle est aussi soutenue par les associations de consommateurs : ces derniers en ont assez du gaspillage et souhaitent consommer plus facilement des produits durables, en toute bonne conscience. Elle va surtout de soi, car seule une économie durable assurera la prospérité et la qualité de vie de nos enfants et petits-enfants.

Texte initialement rédigé pour Swissinfo

RBI et numérisation de l’économie : le débat doit continuer

Rarement un objet de votation aura soulevé autant de passions et de questions de fond sur l’avenir de notre société que le revenu de base inconditionnel. Il serait regrettable d’interrompre la réflexion à l’issue du vote. Le fait que le peuple ait refusé l’initiative ne résout en effet en rien les problèmes de conciliation entre vie professionnelle et familiale, la complexité de notre système d’assurances sociales, les inégalités dans l’accès à la formation ou les difficultés que l’on peut rencontrer lors de la création de son entreprise. Des mesures ciblées doivent être prises dans ces domaines.

 

La réflexion amorcée ces derniers mois sur l’avenir du travail doit en outre se poursuivre. L’un des arguments émis en faveur de l’initiative est la réduction des postes de travail en lien avec la numérisation de notre économie (industrie 4.0). On peut mettre en doute ce phénomène ou dire que de nouveaux emplois compenseront ceux que nous aurons perdus au profit des algorithmes et des robots, comme cela a été le cas lors des précédentes révolutions industrielles. On peut aussi exiger que des études et des projections soient réalisées, afin d’avoir une base de discussion plus solide. Personne ne peut cependant prévoir avec certitude l’effet exact de la numérisation sur l’emploi. Il est par contre permis d’essayer de prévenir, aujourd’hui déjà, les risques identifiés.

 

L’économie verte a un fort potentiel de création et de relocalisation d’emplois. Le nombre de postes dans le domaine des Cleantech atteint déjà près de 530'000 équivalents plein-temps, soit 8,5 % des emplois en Suisse. Et ils augmentent d’environ 6,7 % par an[1]. Ce processus pourrait être encouragé via des incitations positives dans le domaine de l’économie circulaire, comme le demande l’initiative pour une économie verte : soutiens aux produits innovants, conçus pour être plus durables, réparables et adaptables, création de nouvelles filières de revalorisation et de recyclage, promotion des produits de proximité au détriment d’importations issues de modes de production écologiquement contestables. La transition énergétique est aussi créatrice d’emplois localement ancrés: nous dépensons chaque année plus de 10 milliards de francs pour importer des énergies fossiles, cet argent serait bien mieux investi sur place dans les énergies et les technologies propres.

 

Peut-être ces mesures ne suffiront-elles pas. Peut-être perdrons-nous effectivement des emplois. Pourquoi ne pas envisager alors un meilleur partage du travail restant ? Pourquoi ne pas réduire le temps de travail des êtres humains, s’il est en partie remplacé par celui des machines ? Les gains que celles-ci offrent en matière de productivité devraient le permettre. Nos plannings surchargés pèsent sur notre qualité de vie et sur notre santé. Le temps libéré serait réinvesti dans d’autres engagements, à l’image de ce qu’envisageaient les défenseurs du RBI : famille, activités artistiques, formation, création de projets et d’entreprises innovants.

 

Il convient en outre de réfléchir à l’avenir de nos assurances sociales. Le débat sur le RBI en a souligné la complexité et la dimension parfois stigmatisante et réductrice pour l’autonomie. Plus fondamentalement, notre filet social est basé sur l’hypothèse d’une société du quasi plein-emploi ou, du moins, du travail en abondance. Il n’est pas là pour combler un manque de travail, mais pour compenser les conséquences sur les travailleurs d’évolutions technologiques ou du marché, et soutenir ceux qui ne peuvent, momentanément ou pas, s’en accommoder. Une réduction de la quantité de travail disponible exigerait que ce système soit adapté.

 

Par ailleurs, la numérisation de notre économie pourrait avoir un effet sur la croissance. On peut certainement penser une « prospérité sans croissance » ou avec une croissance plus faible ou « qualitative ». Mais celle-ci aurait un impact indéniable sur le financement de nos assurances sociales, au-delà de la modification de leur rôle. Notre système actuel a bénéficié de la période des trente glorieuses, caractérisée par une croissance forte. Or toute personne raisonnable sait aujourd’hui qu’on ne saurait la reproduire éternellement. Comment adapter notre système social, si le travail devient moins abondant malgré nos efforts d’innovation, s’il doit être partagé différemment, si une partie de la population se retrouve hors du système salarié traditionnel ? Comment le financer si la croissance en est modifiée ? Comment imposer les algorithmes ou les machines, s’ils deviennent une source plus importante de plus-value ? Voilà des questions que nous devons affronter rapidement. Le débat amorcé dans le cadre du vote sur le RBI doit continuer.


[1] Selon une étude d’Ernst Basler + Partner datant de 2014.

 

Economie verte : paysans et Penans unis contre l’huile de palme

Il y a quelques jours, j’assistai près de Romont à une rencontre improbable : celle d’une famille d’agriculteurs bio fribourgeois avec des représentants du peuple indigène des Penans, arrivés de Malaisie. Il se trouve que les protagonistes de cette rencontre ont un ennemi commun qui les unit, au-delà des kilomètres et des différences de langue, de culture ou de mode de vie : l’huile de palme. Pour Fritz Glauser, qui nous accueillait sur ses terres, l’huile de palme constitue une concurrence brutale et déloyale, puisqu’il cultive, conformément aux exigences de l’agriculture biologique, du colza dont on réalise une huile de proximité et de haute qualité, tant pour la santé que pour le goût. Les Penans à qui il a pu montrer ses cultures venaient, eux, témoigner des atteintes majeures à l’environnement, mais aussi aux droits les plus élémentaires de leur peuple, en lien avec la production d’huile de palme dans leur pays.

 

Leur visite, organisée par le Fonds Bruno Manser, a eu lieu dans le cadre de la remise au SECO d’une pétition forte de 20'000 signatures. Elle demande au Conseil fédéral d’exclure l’huile de palme de l’accord de libre-échange que celui-ci négocie actuellement avec la Malaisie, pour protéger les forêts pluviales de ce pays et ses populations indigènes, mais aussi la production suisse d’huile de colza. La FRC soutient cette revendication. En effet, les effets négatifs sur la santé de l’huile de palme, omniprésente dans la nourriture industrielle, sont dénoncés par les milieux médicaux et suscitent l’inquiétude des consommateurs. La volonté du Conseil fédéral de favoriser l’importation d’un tel produit va dès lors à rebours du bon sens. Mieux vaut privilégier des matières grasses plus favorables à la santé et produites localement. Et pour ce qui concerne les importations, des standards écologiques et sociaux minimaux doivent impérativement être exigés. Les consommateurs suisses ne souhaitent certainement pas contribuer à la destruction des dernières forêts pluviales, ni soutenir des pratiques bafouant les droits humains des populations indigènes.

 

Les demandes du Fonds Bruno Manser bénéficient heureusement d’un soutien croissant. Une initiative cantonale allant dans le même sens que la pétition a été votée à l’unanimité par le Grand Conseil vaudois. Au parlement, des politiciens de tout bords ont déposé des interventions sur le sujet, de la verte Maya Graf à l’UDC Jean-Pierre Grin. Le Conseil fédéral lui-même est conscient du problème. Dans le cadre du contre-projet à l’initiative pour une économie verte, il avait proposé de promouvoir des standards écologiques pour les importations de matières premières à fort impact sur l’environnement, dont l’huile de palme. Ce produit est en effet emblématique de notre responsabilité au-delà de nos frontières, en tant que consommateurs suisses : aujourd’hui, plus de 70 % de notre impact écologique a lieu à l’étranger, via les produits que nous importons. Le contre-projet a malheureusement été refusé à quelques voix près par le parlement. Pour réparer cette erreur, et pour apporter une réponse globale à cet enjeu majeur, les citoyens auront l’occasion de voter oui en septembre à l’initiative pour une économie verte. Parce qu’une économie responsable ménage autant les intérêts des consommateurs que la production locale, tout en préservant notre environnement et ceux qui en vivent. Ici, dans nos campagnes et dans nos entreprises, mais aussi dans les lointaines forêts de Malaisie, patrie des Penans.

L’initiative pour la sortie du nucléaire sera soumise au peuple

La session de printemps a été marquée par le traitement de la Stratégie énergétique, qui nous est revenue après son passage au Conseil des Etats. Toutes les divergences n’ont pas pu être résolues, mais l’on peut d’ores et déjà en tirer un bilan. La Stratégie énergétique a été clairement affaiblie par rapport à la première version issue de nos travaux, puisque le Conseil national a validé dans les grandes lignes les reculs décidés par le Conseil des Etats, revenant sur des améliorations qu’il avait pourtant lui-même apportées au projet. Le concept d’exploitation à long terme des centrales nucléaires, qui permettait de renforcer la surveillance des centrales après 40 ans d’exploitation sur demande de l’IFSN elle-même, a en particulier été biffé définitivement. Il en est de même pour le système de bonus-malus, qui aurait permis d’associer les gestionnaires de réseau aux efforts d’économies d’énergie.

 

Malgré ces affaiblissements, la Stratégie énergétique représente encore un progrès réel par rapport à la situation actuelle dans les domaines des énergies renouvelables, de la préservation du climat et de l’efficacité énergétique. Les moyens dévolus à l’assainissement énergétique des bâtiments seront augmentés et les normes d’émissions de CO2 des véhicules renforcées sur le modèle européen. Même si le système de rétribution à prix coûtant (RPC) a été limité dans le temps et que les valeurs indicatives de développement des énergies renouvelables restent modestes, les moyens alloués à la RPC seront augmentés et il sera désormais possible d’obtenir une aide directe lors de l’investissement. Un compromis a en outre été trouvé pour donner plus d’importance aux grandes installations d’énergies renouvelables lors des conflits avec le paysage et nous avons pu éviter les soutiens aux petites centrales hydroélectriques peu productives mais très dommageables pour l’environnement. Les grandes centrales hydrauliques, victimes des prix bas de l’électricité dus à la surproduction, en lien avec le maintien sur le réseau de vieilles centrales nucléaires obsolètes et avec le subventionnement du charbon, seront par contre soutenues. Ces acquis doivent être salués et la Stratégie énergétique fermement défendue au cas où la droite l’attaquerait en référendum.

 

Cependant, le projet reste dramatiquement insuffisant en ce qui concerne la sortie du nucléaire. Non seulement le parlement a refusé toute limitation de la durée de vie de nos vieilles centrales, mais il a même renoncé à renforcer le rôle de surveillance de l’IFSN lors d’une exploitation prolongée. Ceci rend paradoxalement notre situation, en termes de sécurité nucléaire, plus précaire aujourd’hui qu’avant Fukushima. Les exploitants envisageaient alors de fermer leurs centrales après 40 à 50 ans, ce qui était déjà aventureux pour des installations conçues pour fonctionner 30 à 40 ans. Aujourd’hui, la loi permet une exploitation illimitée des centrales, sans renforcement de la surveillance !

 

Face à cette dérive irresponsable, les Verts maintiennent leur initiative pour la sortie du nucléaire. Le peuple aura ainsi l’opportunité de décider de lui-même, vraisemblablement encore cette année, s’il veut être l’objet d’une expérience nucléaire sans précédent. Le tournant énergétique ne doit pas être reporté à la prochaine génération au prix de mauvais investissements et de prises de risques inconsidérées : la fermeture programmée des centrales nucléaires doit impérativement venir compléter les acquis de la Stratégie énergétique. La situation financière actuelle des sociétés électriques est un argument de plus dans ce sens. Il apparaît clairement que le contribuable devra passer à la caisse pour gérer la fin de vie des centrales dans des conditions de sécurité correctes, sans parler de leur démantèlement et de la gestion, à très long terme, de leurs déchets. Une intervention étatique aussi massive, en faveur d’un système de production qui coûtera finalement bien plus cher que ce qu’il aura rapporté, est inacceptable sans une planification stricte de la fermeture des centrales.