Prévoyance: nos caisses de pensions doivent s’engager pour le climat

Un bilan consternant

Le Conseil fédéral vient de publier un rapport sur l’impact climatique de nos caisses de pensions[1]. Pour le réaliser, il a mis à leur disposition un instrument leur permettant d’évaluer l’empreinte climatique de leurs investissements. Septante-neuf caisses de pensions, représentant deux tiers du patrimoine géré, ont joué le jeu. Le résultat est sans appel : la poursuite de leurs pratiques d’investissements nous inscrirait dans un scénario de réchauffement climatique de quatre à six degrés, avec des conséquences catastrophiques pour notre pays.

Agir sur les investissements est indispensable pour appliquer l’Accord de Paris

La Suisse a ratifié l’Accord de Paris. Elle est de ce fait tenue de contribuer au maintien du réchauffement climatique en dessous de deux degrés. De plus, l’Accord de Paris exige pour la première fois que les investissements soient également concernés, tout comme d’autres activités humaines, par la réduction des émissions de CO2[2].

C’est indispensable. En effet, à quoi cela sert-il de réduire, pas à pas et parfois laborieusement, les émissions liées à nos déplacements, à notre chauffage ou à notre alimentation, si dans le même temps l’argent que nous plaçons est investi dans l’industrie du charbon ou du pétrole ? Selon l’Alliance climatique suisse, l’ensemble des activités gérées depuis la place financière suisse a un impact équivalent à vingt fois les émissions domestiques de notre pays.

Les sommes investies par les caisses de pensions, qui sont parmi les plus importants investisseurs du pays, sont considérables : plus de 700 milliards de francs. Il s’agit d’un levier capital pour la transition écologique de notre économie. Alors que les Suisses émettent chaque année, avec l’argent mis de côté pour financer leurs retraite, à peu près autant de CO2 que lors de leurs propres activités individuelles[3], nous ne pourrons maîtriser les changements climatiques sans agir à ce niveau.

Plus de sécurité pour notre climat, c’est plus de sécurité pour nos retraites

Pourtant, aucune mesure n’est prévue par le Conseil fédéral dans le domaine des investissements. La révision de la loi sur le CO2, qui doit mettre en œuvre les exigences de l’Accord de Paris, ne vise que les domaines déjà concernés jusqu’ici par notre politique climatique, principalement le chauffage et la mobilité. Et, malgré les résultats consternants de l’étude qu’il vient de publier, le Conseil fédéral persiste à vouloir miser sur des mesures volontaires. Cela signifie concrètement que les caisses de pensions et les autres investisseurs pourront, à leur guise, continuer à placer notre argent dans l’industrie des énergies fossiles.

Or ces investissements sales sont irresponsables d’un point de vue environnemental, évidemment, mais aussi d’un point de vue économique. Avec ces placements à courte vue, les caisses de pensions mettent en danger la pérennité de nos retraites. Comme le montre un rapport récent du Conseil fédéral, la « bulle carbone » constitue un risque de plus en plus important pour les investisseurs[4], dont les caisses de pension n’ont visiblement eu que faire jusqu’ici. Il est d’autant plus impératif de les inciter à modifier leurs pratiques d’investissement. La sécurité de notre climat converge avec celle de nos retraites.

La transparence est à assurer en priorité

La première priorité est d’instaurer enfin la transparence sur l’impact climatique des différents investisseurs et, en particulier, des caisses de pensions. Elles nous le doivent bien, puisqu’elles gèrent finalement notre argent. Le Conseil fédéral a effectué un pas important en mettant à leur disposition un instrument crédible d’évaluation de leur compatibilité climatique. Son utilisation doit être généralisée à l’ensemble des caisses de pensions, plutôt qu’offerte à quelques volontaires. Les résultats de ces évaluations doivent en outre être rendus publiques. A ce stade, les résultats individuels des tests de compatibilité climatique effectués n’ont en effet pas été publiés[5]. Or, pour que les assurés puissent exiger de leurs caisses de pensions des investissements responsables, ils doivent être informés sur leurs pratiques[6].

Des stratégies de désinvestissement doivent être exigées

Ensuite, la Suisse doit respecter les engagements qu’elle a pris dans le cadre de l’Accord de Paris, en particulier d’associer les flux financiers à la transition vers une économie respectueuse du climat. L’important levier des investissements doit être actionné. Pour ce faire, le Conseil fédéral devrait notamment exiger des caisses de pensions qu’elles élaborent des stratégies de réduction des émissions de CO2 liées à leurs investissements et qu’elles les rendent publiques, parallèlement aux résultats de leurs tests de compatibilité climatique. Le but à poursuivre est que nos caisses de pensions inscrivent rapidement leurs investissements dans un scénario de réchauffement climatique inférieur à deux degrés et non pus de quatre à six degré, comme c’est le cas actuellement.

Des objectifs sectoriels ou des conventions sont à déterminer

Des objectifs de réduction des émissions de CO2 spécifiques, applicables à l’ensemble de la branche, devraient d’ailleurs être intégrés dans le cadre de la Loi sur le CO2, afin de préciser les attentes de la Confédération envers ce secteur. De tels objectifs sectoriels ont déjà été adoptés pour certains autres domaines d’activités, dans le cadre des précédentes politiques climatiques de notre pays. On pourrait aussi les déterminer sous la forme de conventions d’objectifs, qui devraient toutefois être assorties de sanctions fermes en cas d’échec, afin que l’on puisse être assuré de leur efficacité.

La prévoyance, c’est aussi une qualité

Après tout, les caisses de pensions devraient, par définition, adopter une vision responsable et orientée sur le long terme, puisqu’elles ont pour vocation de nous assurer un revenu durant la période à venir de notre vieillesse. Le mot de prévoyance ne s’applique pas seulement à nos retraites (la « prévoyance vieillesse »). Il décrit aussi, selon le Larousse, la «qualité de quelqu’un qui sait prévoir et qui prend des dispositions en conséquences». Nous savons très bien aujourd’hui quels sont les effets désastreux des changements climatiques et combien ils affecteront, de manière plus violente encore, nos descendants. A nous, dès lors, de prendre « des dispositions en conséquence ».

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[1] https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-68482.html

[2] Dans l’article 2 de l’Accord de Paris, il est précisé qu’il s’agit de rendre « les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques. »

[3] Selon l’étude « Risque carbone pour la place financière suisse » disponible ici https://www.admin.ch/gov/fr/start/dokumentation/medienmitteilungen.msg-id-59285.html: « Globalement les placements en actions à l’étranger de toutes les caisses de pension génèrent 25,1 millions de tonnes d’éq.- CO2, ce qui correspond à peu près à la moitié des émissions annuelles de gaz à effet de serre de la Suisse. Lorsque l’on calcule les émissions financées par assuré, on arrive à 6,4 tonnes d’éq.-CO2  supplémentaires émises à l’étranger (à titre de comparaison, en Suisse, les émissions annuelles de gaz à effet de serre par habitant s’élevaient à 6,5 tonnes d’éq.-CO2  en 2013). » Un article de Bilan cite même un rapport d’une fois et demi: http://www.bilan.ch/argent-finances/investisseurs-suisses-frileux: « Chaque année, un habitant suisse émet en moyenne 9 tonnes d’équivalent CO2 via le financement de sa retraite, soit une fois et demie les émissions liées à son activité ».

[4] Selon l’étude « Risque carbone pour la place financière suisse » disponible ici https://www.admin.ch/gov/fr/start/dokumentation/medienmitteilungen.msg-id-59285.html: « Sur la place financière suisse, les investissements sont donc réalisés dans une très large mesure dans des entreprises à fort taux d’émission de CO2. Les émissions financées de cette manière sont incompatibles avec un objectif de deux degrés. De plus, ces investissements comportent des risques importants qui pourraient entraîner des pertes de valeur considérables tant pour les investisseurs concernés que pour l’ensemble de l’économie. […] Jusqu’à présent, la plupart des investisseurs ne reconnaissent pas, ni ne contrôlent, ce risque. »

[5] Pour le moment, seules la caisse de pensions bernoise BPK, la caisse de pensions de la ville de Bienne et la Fondation Abendrot ont promis d’informer leurs assurés.

[6] Plusieurs sondages montrent que les assurés sont sensibles à cette question et souhaitent que leurs caisses de pensions soient gérées dans un meilleur respect du climat. Une étude de Robecco SAM de 2014 montre que 72 % des assurés réclament des stratégies d’investissement plus durables de la part de leur caisse de pensions. Et 52 % d’entre eux veulent savoir comment leurs capitaux de prévoyance sont investis. Le sondage Univox de 2015 allait dans le même sens puisqu’il a montré que la majorité relative des personnes interrogées (49 %) souhaite que sa caisse de pensions réduise ses investissements dans les énergies fossiles au profit des énergies renouvelables.

Initiative Fair Food pour des aliments équitables : de quoi parle-t-on ?

Une discussion sur de mauvaises bases

Le Conseil national a débuté hier, le 26 septembre, le traitement de l’initiative Fair Food pour des aliments équitables. Or le débat est parti sur de mauvaises bases. En effet, la majorité de la commission a fait sienne une interprétation inadéquate du texte. A ses yeux, le but de l’initiative serait d’appliquer directement et telles quelles aux produits alimentaires importés les innombrables normes régissant la production agricole suisse. Il n’en est évidemment pas question ! Une telle démarche serait impossible à mettre en œuvre et ce n’est pas le propos de l’initiative. Revenons donc à son texte[1].

Améliorer la qualité de l’offre alimentaire, en particulier des importations

L’initiative veut que « la Confédération renforce l’offre de denrées alimentaires sûres, de bonne qualité et produites dans le respect de l’environnement, des ressources et des animaux, ainsi que dans des conditions de travail équitables. » Il s’agit donc d’un processus évolutif que l’initiative veut amorcer, comme le démontre l’idée de « renforcement ». Surtout, l’initiative pour des aliments équitables s’intéresse d’abord, non pas à la production agricole suisse, mais à l’ensemble de l’offre en denrées alimentaires disponible dans notre pays, dont la qualité écologique et sociale doit être améliorée. Ceci implique les importations et c’est principalement là que la marge de manœuvre est importante.

En effet, alors que les produits suisses sont soumis à toute une série de réglementations, les denrées importées sont souvent produites à l’étranger dans des conditions qui sont à des années lumières de l’agriculture durable que les consommateurs suisses appellent de leurs vœux. Nous importons entre autres des fruits et légumes cultivés de manière intensive par des ouvriers agricoles surexploités dans le Sud de l’Europe ou dans des pays en développement, des produits transformés contenant des œufs de poules en batteries, ou encore de la viande issue d’animaux élevés en masse dans des usines. Cette situation pourrait se péjorer encore à l’avenir, avec des accords internationaux comme le TTIP, qui mettront notre production locale fortement sous pression.

Définir des exigences écologiques et sociales simples et applicables

Pour remédier à cette situation insatisfaisante et renforcer la qualité écologique et sociale de l’offre en produits alimentaires de notre pays, la Confédération doit, selon le texte de l’initiative, fixer « les exigences applicables à la production et à la transformation ». Ce sont à ces exigences portant sur l’offre – et non à l’ensemble complexe des normes régissant la production agricole suisse – que les produits importés doivent au moins correspondre. De telles exigences devraient s’inspirer des grands principes appliqués en Suisse[2], mais elles devraient bien sûr être simplifiées et fixer des priorités afin que leur application soit possible. Les standards internationaux existants pourraient aussi servir de référence. Les exigences définies par le Conseil fédéral constitueraient ainsi une forme de ligne rouge, au-delà de laquelle les produits alimentaires devraient être clairement défavorisés voire exclus du marché. Des conditions de détention correctes pour les animaux ou le respect de certaines normes internationalement reconnues en matière de travail devraient certainement figurer en bonne place.

Utiliser des instruments compatibles avec les règles internationales

Le texte de l’initiative précise encore la manière dont la Confédération pourrait appliquer ces exigences visant à renforcer la qualité écologique et sociale de l’offre en denrées alimentaires, en citant différents instruments. Le plus simple est bien entendu de décider d’exclure certains produits issus de pratiques inacceptables du marché mais, si cela n’est pas réalisable du fait de dispositions internationales, ou si cela n’est pas souhaité, d’autres mesures existent. Il serait par exemple possible de conclure des conventions d’objectifs avec les distributeurs et les importateurs, qui s’engageraient par exemple à ne plus importer, après un certain délai, de viande issue d’élevages ne respectant pas des exigences correctes en matière de bien-être animal.

Respect des animaux : prendre les distributeurs au mot

A vrai dire, c’est déjà ce que propose un distributeur suisse bien connu, sous la forme de promesses faites à la génération à venir. Ce distributeur affirme en effet qu’il appliquera les standards suisses pour le bien-être animal à tous ses produits importés d’ici à 2020. L’initiative pour des aliments équitables veut assurer que de telles promesses, qui sont pour le moment d’ordre strictement publicitaire, soient effectivement appliquées. Elle permettrait surtout d’y rallier les autres distributeurs, y compris les moins responsables qui, sans cela, concurrencent inutilement les bons élèves et trompent des consommateurs souvent mal informés.

Une autre possibilité est précisément d’informer correctement les consommateurs des modes de production des produits alimentaires que nous importons[3]. L’exemple des œufs de poules en batterie prouve que cela peut avoir le même effet qu’une interdiction. Les œufs de poules élevées en batterie doivent en effet être déclarés comme tels. Dès lors, on n’en trouve pas sur le marché, car les distributeurs considèrent – probablement à raison – que les consommateurs n’en voudraient pas. Cette exigence ne s’applique cependant pas aux produits transformés contenant des œufs. L’initiative pourrait y remédier et améliorer l’information des consommateurs pour d’autres produits.

Favoriser les produits socialement responsables

Dans le domaine social, la Confédération pourrait citer, parmi les exigences qu’elle devrait fixer en vue de renforcer la qualité de l’offre en denrées alimentaires, le respect des normes internationales de l’OIT, qui excluent notamment le travail forcé ou le travail des enfants et assurent la liberté syndicale des employés. Pour appliquer cette exigence, le Conseil fédéral pourrait également utiliser des conventions d’objectifs avec les importateurs ou encore favoriser clairement, dans le cadre des dispositions douanières, les produits bénéficiant d’un label fair trade ou ceux qui peuvent au moins prouver qu’ils respectent les normes de l’OIT.

Une troisième voie entre protectionnisme et libre-échange

On le voit, une application pragmatique et conforme aux dispositions de l’OMC de l’initiative pour des aliments équitables est tout à fait possible. Elle serait dans l’intérêt des consommateurs qui souhaitent, comme l’a encore démontré le plébiscite du vote sur la sécurité alimentaire dimanche passé, acheter des produits issus d’une agriculture durable. Les pratiques que les consommateurs jugent inacceptables dans nos frontières ne deviennent pas soudainement tolérables à leurs yeux lorsqu’elles ont lieu à l’étranger. En témoigne par exemple le scandale qu’ont déclenché dans notre pays les révélations sur les conditions de travail des ouvriers agricoles à Almeria[4].

L’initiative pour des aliments équitables est aussi favorable aux agriculteurs suisses. Le dumping écologique et social suscité par les produits importés issus de pratiques sociales et écologiques intolérables constitue une forme de concurrence déloyale pour leur production. Tout le monde a intérêt à une concurrence équitable, basée sur la qualité et sur des règles du jeu correctes. C’est ce que l’initiative Fair Food pour des aliments équitables veut instaurer. Comme une troisième voie entre le protectionnisme, auquel nous ne pouvons souscrire, et le chaos d’un libre-échange débridé.

[1] https://fair-food.ch/wp-content/uploads/sites/2/2017/09/140507_ini_initiativtext_fairfood_definitiv_dfi.pdf

[2] Nous ne pouvons pas imposer aux importations des exigences que nous ne nous imposons pas à nous-mêmes. Les exigences définies par le Conseil fédéral pour l’ensemble de l’offre doivent donc être conformes aux principes généraux que nous imposons à la production et à la transformation en Suisse. Elles ne peuvent en aucun cas aller plus loin.

[3] Pour le moment, les consommateurs sont informés des lieux de provenance des aliments mais pas de leur mode de production, à l’exclusion des produits labellisés.

[4] Cet exemple montre bien le degré de désinformation dont les consommateurs sont victimes. Les fruits et légumes concernés étaient certes étiquetés quant à leur provenance géographique. Mais avant que des journalistes ne mettent leurs conditions de production en lumière, personne ne se doutait du fait qu’ils étaient cultivés par des ouvriers réduits à des conditions de quasi esclavage et au prix de destructions massives de l’environnement.

No Billag: une attaque inacceptable contre notre démocratie, les minorités et la culture

Le Conseil national débat ce matin de l’initiative dite “No Billag”. Celle-ci propose de renoncer à la redevance qui finance actuellement la SSR, c’est-à-dire la télévision et la radio dans les trois langues nationales, ainsi qu’une série de radios et de télévisions régionales. Cette initiative, sous couvert d’un changement de modèle de financement, vise en réalité l’abolition pure et simple du service public. Elle doit être démasquée et dénoncée comme une attaque contre notre démocratie, contre les minorités linguistiques et contre la culture.

No Billag s’attaque à notre démocratie

No Billag est une attaque contre notre démocratie. En coupant les revenus de la SSR, l’initiative va considérablement affaiblir l’infrastructure médiatique indispensable à la formation de l’opinion politique des citoyens de notre pays. Nous sommes toutes et tous très fiers de notre démocratie directe. Tous les trois mois, les citoyens suisses sont appelés aux urnes et prennent des décisions fondamentales pour l’avenir de notre pays. Ce beau système ne fonctionne cependant correctement que sous certaines conditions : il dépend notamment de l’existence de médias de qualité, qui constituent un forum, un relai, un catalyseur du débat public.

Or cette fonction essentielle est aujourd’hui menacée dans notre pays. Aujourd’hui, la presse écrite est atteinte dans sa diversité comme dans sa qualité, suite aux contraintes de la numérisation, qui nécessitent un changement majeur de son modèle économique. Des publications de référence disparaissent et la réduction des moyens de celles qui subsistent en appauvrit les contenus, qui deviennent de plus en plus homogènes. Les publications sont possédées par un nombre de plus en plus réduit d’acteurs et des groupes d’intérêts en rachètent certaines, au détriment de leur indépendance éditoriale.

C’est dans un tel contexte, qui constitue déjà un danger clair pour notre démocratie, que No Billag veut menacer encore le service public. La SSR est pourtant un maillon essentiel de l’infrastructure médiatique dont dépend notre démocratie. Elle est en effet tenue, comme organisation indépendante des intérêts politiques et économiques, de garantir une offre neutre et diversifiée, qui illustre de manière impartiale et équitable la variété des opinions politiques et des intérêts en tout genre. Sans une SSR forte, et alors que la situation des médias écrits est alarmante, le débat public suisse ne pourra tout simplement plus avoir lieu dans des conditions correctes, mettant en péril les fondements de notre démocratie.

No Billag s’attaque aux minorités

No Billag constitue par ailleurs une attaque contre les minorités, dont le respect est pourtant l’une des valeurs fondamentales de notre pays. Les prestations de la SSR, des stations radio dans les régions périphériques et des télévisions régionales, sont particulièrement précieuses pour les minorités linguistiques. S’il est déjà difficile d’envisager le maintien d’une telle offre sans la redevance en Suisse alémanique, il est évident qu’elle ne serait en aucun cas viable dans des bassins de population aussi restreints que la Suisse romande ou le Tessin, qui génèrent des coûts fixes élevés pour des possibilités de revenus comparativement faibles.

C’est précisément un système de péréquation financière interne à la SSR qui a permis jusqu’ici de financer des offres de radio et de télévision complètes et de qualité dans ces régions. No Billag menace donc tout particulièrement la possibilités, pour les régions périphériques et les minorités linguistiques, d’être correctement informées, dans leur propre langue, sur l’actualité politique, économique et culturelle en général mais aussi et surtout sur l’actualité de leur propre pays et de leur propre région. Aucune des chaînes de radio ou de télévision étrangères ne fournit ni ne fournira jamais ce type de prestation. Cette attaque contre les minorités et inacceptable et porte atteinte tant à nos valeurs qu’à la cohésion du pays.

No Billag s’attaque à la culture

Enfin, No Billag constitue une attaque contre la culture et la formation. La SSR investit en effet chaque année plus de 300 millions de francs dans ces domnaines, dont plus de 40 millions dans le seul secteur du cinéma suisse. Plusieurs festivals, à l’image de la récente Schubertiade, de nombreux orchestres ou des manifestations littéraires, dont le Salon du livre de Genève, dépendent de ces soutiens. Nous avons besoin de ces productions et événements localement ancrés, qui offrent un accès direct à la culture à toutes et à tous.

Le cinéma suisse nous apporte en outre un regard unique sur des questions qui nous concernent spécifiquement, dans notre identité ou dans notre quotidien. Il nous montre également le monde depuis là où nous nous trouvons, car un regard est toujours incarné. Cette production ne sera remplacée par aucune autre et doit dès lors continuer à être soutenue. Pour cela, nous avons besoin d’un service public fort.

Il faut espérer que le Conseil national rejettera ce texte irresponsable avec la plus grande vigueur ce matin, comme l’a déjà fait le Conseil des Etats. Et nous devons nous préparer à défendre devant le peuple, probablement au printemps 2018, un service public qui a certes un prix, mais qui joue un rôle indispensable et irremplaçable dans notre pays.

En Suisse, la biodiversité se meurt dans l’indifférence générale

Pendant la session d’été 2008, le Conseil national acceptait une proposition de ma part, demandant au Conseil fédéral d’élaborer une stratégie pour la biodiversité pendant la législature[1]. Pour obtenir une majorité, j’avais reçu le soutien du président de la Confédération d’alors, Pascal Couchepin, et je me souviendrai toujours du « alors, t’es contente ? » qu’il m’a lancé à l’issue du vote.

Stratégie biodiversité : une victoire sans suite

C’était il y a bientôt dix ans. Or, depuis cette victoire, il ne s’est quasiment rien passé et notre biodiversité continue à subir des dégâts irréversibles. Le tout dans l’indifférence générale. Un document intitulé « Stratégie Biodiversité Suisse » a certes été validé par le Conseil fédéral en avril 2012[2]. Il fixe dix objectifs ambitieux, à réaliser d’ici 2020. Il s’agit notamment d’assurer une véritable infrastructure écologique permettant, via un réseau de zones protégées, un maintien durable de la biodiversité, de limiter la pression sur les ressources naturelles ou encore d’enrayer la disparition des espèces prioritaires au niveau national. Pour atteindre ces objectifs, un plan d’action était annoncé pour 2014. On l’attend toujours.

On peut bien sûr condamner les lenteurs administratives, mais le renforcement des élus anti-écologistes au parlement a certainement aussi joué un rôle. Un plan d’action crédible, qui comprendrait des mesures assez fortes pour atteindre les objectifs fixés par la Stratégie Biodiversité, aurait bien peu de chances aujourd’hui. Et la volonté politique exprimée en 2008 s’est émoussée. Le plan d’action, quand il sortira, ne comprendra probablement pas de mesure ambitieuse. On le sait déjà, les objectifs fixés dans la Stratégie Biodiversité ne seront pas atteints en 2020.

Un rapport publié par les organisations de protection de la nature illustre l’échec de notre pays dans ce domaine[3]. La Suisse figure parmi les plus mauvais élèves, à l’échelle européenne, en matière de préservation de la biodiversité. Nous serons en outre, probablement, le seul pays d’Europe a ne pas atteindre l’objectif de la Convention européenne sur la biodiversité relatif aux aires protégées d’ici à 2020. Une honte. En Suisse, la biodiversité est dans un état grave, qui exigerait plus que jamais des mesures ambitieuses. En pleine pause estivale, l’Office fédéral de l’environnement publiait des résultats inquiétants[4] : la moitié des milieux naturels étudiés dans notre pays est menacée, ainsi qu’un tiers des espèces animales et végétales.

Un enjeu peu spectaculaire, mais fondamental

Or la préservation de la biodiversité n’est pas une lubie de biologiste en birkenstock. Nous dépendons des services écosytèmiques que nous fournit la nature. Les pertes de biodiversité menacent notre approvisionnement en matières premières, en denrées alimentaires et en médicaments. La biodiversité contribue par ailleurs à la beauté de nos paysages et des espaces où nous nous ressourçons. Mais voilà, il n’y a pas de GIEC[5] de la biodiversité. Sa disparition n’est pas spectaculaire, elle ne fait pas les gros titres des journaux. En Suisse, nos forêts sont touffues et nos campagnes verdoyantes. Quand on les contemple, on n’a pas l’impression qu’un drame ahurissant est à l’œuvre, chez nous comme ailleurs : la sixième extinction, avec plus de 50 % des animaux qui ont déjà disparu durant les quarante dernières années[6]. Quand on voit combien il est difficile de prendre des mesures efficaces contre le changement climatique, alors que nos écrans sont pleins d’images de glissements de terrains ou d’ouragans, on mesure le défi que représente la mise en place de politiques crédibles pour préserver la biodiversité.

Il faudra pourtant bien s’y mettre et les solutions sont connues : gestion durable des ressources, agriculture respectueuse de l’environnement, protection et mise en réseau des biotopes les plus précieux. Pour qu’elles puissent être mises en œuvre, un effort considérable d’information et de sensibilisation, du public comme des décideurs, est nécessaire. Il faut probablement mieux faire connaître l’existence des services écosystémique. Mais au-delà de leur dimension technique, nous devons nous confronter à ces questions fondamentales: peut-on décemment envisager de léguer à nos enfants une nature appauvrie, dont les êtres vivants auraient été décimés par notre génération ? De quel droit portons-nous aussi massivement atteinte au monde magnifique du vivant ? Sommes-nous devenus incapables d’en percevoir l’inestimable valeur et de la respecter ? Quel peut être notre avenir sur cette Terre, si nous éliminons autant de nos compagnons de route ?

[1] https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=13453#votum11

[2] https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/biodiversite/publications/publications-biodiversite/strategie-biodiversite-suisse.html

[3] http://www.birdlife.ch/fr/content/la-biodiversite-suisse-decline-et-la-confederation-ne-fait-rien

[4] https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/documentation/communique/anzeige-nsb-unter-medienmitteilungen.msg-id-67565.html

[5] http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml

[6] https://www.rts.ch/info/sciences-tech/environnement/8769947-l-extinction-de-masse-des-animaux-s-accelere-selon-des-scientifiques.html

Pourquoi il faut accélérer la transition vers l’électromobilité

Les voitures électriques sont d’actualité. Tesla vient de sortir les premiers exemplaires de son modèle 3 qui va offrir, pour le prix d’une Golf, une technologie de pointe à 100 % électrique et en partie automatisée. Parallèlement à cela, plusieurs pays débattent de dates à partir desquelles les nouvelles voitures immatriculées sur le marché devraient êtres exclusivement électriques : 2025 en Hollande et en Norvège, 2040 en France et en Angleterre. L’Inde veut même exclure totalement les voitures à moteur thermique de ses routes d’ici à 2030.

Les nouvelles voitures toutes électriques dès 2025 ?

En Suisse, les Verts ont déposé au parlement la même proposition que celle qui est actuellement défendue par le gouvernement norvégien et qui a d’ores et déjà été adoptée par la chambre basse aux Pay-Bas, à savoir que l’on n’immatricule plus que des nouvelles voitures électriques à partir de 2025[1]. Les voitures à essence ou diesel déjà en circulation resteraient par contre autorisées à la circulation et à la vente d’occasion. Si l’on tient compte de la durée de vie moyenne des voitures, cela signifierait qu’en 2035 environ, notre parc automobile deviendrait totalement électrique, à l’exception des voitures anciennes ou de collection.

Lors des discussions autour du dépôt de cette proposition, j’ai réalisé que beaucoup de personnes étaient mal informées sur les voitures électriques et que certaines pensaient même qu’une transition rapide vers l’électromobilité était impossible. Voici quelques arguments qui montrent le contraire.

Les voitures électriques ont désormais une grande autonomie

Ceux qui pensent que les voitures électriques n’offrent pas une autonomie suffisante se trompent. Les modèles actuels permettent de rouler de 300 à 500 km entre deux recharges. C’est énorme ! Les Suisses ne parcourent que 36 km par jour en moyenne. L’idéal est de charger sa voiture électrique la nuit, comme on le fait avec son téléphone portable. C’est très facile pour ceux qui ont une place de parc privée : il leur suffit d’y installer une prise identique à celle de nos cuisinières. C’est par contre un problème pour les autres. Certaines communes s’engagent pour équiper des places de parc publiques et des entreprises privées sont aussi actives : le réseau de recharge s’améliore donc chaque jour[2]. Un surcroît de volonté politique est cependant nécessaire pour accélérer le processus. Déterminer une date à partir de laquelle les nouvelles voitures seraient toutes électriques contraindrait les collectivités publiques à s’engager pour que le réseau de recharge soit optimisé. Ce serait aussi un signal fort pour le privé, que ce soit pour les constructeurs automobiles ou pour les installateurs de stations de recharge.

Les voitures électriques sont moins chères que ce que l’on croit

C’est vrai, les premiers modèles de Tesla sont chers. Mais pas plus que des berlines Audi, Volvo ou BMW du même niveau de qualité[3]. Ceci dit, le dernier modèle Tesla, disponible dans un an en Europe, coûtera deux fois moins cher, et Renault propose maintenant déjà un modèle, la Zoé, autour des 20’000 francs. La Leaf de Nissan, le modèle électrique le plus vendu au monde, est disponible à partir de 22’000 francs et une toute nouvelle mouture, 100 % électrique et dotée d’assistants de conduite, sortira le 5 septembre. Opel annonce pour sa part la sortie de 29 nouveaux modèles électriques entre 2016 et 2020. Enfin, Volvo se concentrera sur les véhicules en partie ou totalement électriques dès 2019. Le marché va donc être inondé de nouvelles voitures électriques aux prix de plus en plus compétitifs dans les années qui viennent[4]. Par ailleurs, si le prix d’achat est relativement plus élevé, pour le moment du moins, le prix d’usage d’une voiture électrique est très avantageux. L’électricité est en effet moins chère que l’essence et les frais d’entretien sont négligeables par rapport à ceux d’une voiture traditionnelle. La Suisse ne mène pas de politique d’encouragement à l’achat, comme c’est le cas en France, par exemple[5]. Par contre, des avantages fiscaux sont offerts dans certains cantons. Un bilan global montre aujourd’hui qu’une voiture électrique n’est pas significativement plus chère qu’un modèle à moteur thermique équivalent, si l’on considère son prix au km. Dans certains cas, le coût peut même être plus avantageux. Et en 2025, l’offre sera suffisante pour que chacun puisse trouver un modèle qui lui convienne à un prix correct, surtout si les collectivités publiques donnent des signaux clairs au marché.

Les voitures électriques sont plus écologiques que les voitures thermiques

Le bilan écologique d’une voiture électrique doit être considéré de manière globale[6], de la fabrication à la fin de vie, y compris celle des batteries, qui doivent impérativement être réutilisées ou/et recyclées[7]. L’Empa a réalisé une étude de ce type en 2013[8]. Elle montre que le bilan écologique des voitures électriques dépend principalement de l’origine de l’électricité qu’elles utilisent. Ce bilan n’est moins bon, en comparaison avec une voiture à moteur thermique, que dans le cas où l’électricité utilisée serait issue à 100 % du charbon, ce qui est une hypothèse purement théorique. Avec le mix énergétique suisse, une voiture électrique est trois fois plus écologique qu’une voiture à moteur thermique en termes d’impact CO2. Même avec le mix énergétique européen, le résultat est deux fois plus positif. Ce bilan va encore s’améliorer régulièrement, dès lors que la Suisse comme ses voisins européens se sont engagés dans la transition énergétique et produiront, dans les années qui viennent, une part de plus en plus importante d’électricité d’origine renouvelable. Le surcroît de courant qui serait consommé en cas de transfert de l’ensemble de notre parc automobile à l’électricité correspond, selon les calculs, à environ 10 à 15 % de l’électricité produite en Suisse[9]. Si ce chiffre est relativement modeste, c’est parce que les voitures électriques sont extrêmement efficientes : leur rendement est de 80 à 90 %, alors que les voitures thermiques affichent un rendement misérable de 20 à 30 %. L’étude de l’Empa montre enfin que les voitures électriques ont aussi, outre au niveau climatique, un impact moindre en matière d’utilisation des ressources, d’atteintes aux écosystèmes et d’atteintes à la santé humaine (elles n’émettent en particulier pas de substances toxiques, contrairement aux voitures à essence et, surtout, au diesel, et sont beaucoup plus silencieuses).

Mais les voitures électriques ne résolvent pas tout

Il ne faut cependant pas se leurrer. Malgré leurs nombreux avantages, les voitures électriques ne résolvent de loin pas tous nos problèmes de mobilité et doivent donc être intégrées à une politique de mobilité globale. Elles occupent autant de surface que des voitures à moteur thermique et ne changent donc rien aux embouteillages, ni à la saturation de l’espace public par les véhicules en ville. Il reste toujours plus écologique de rationnaliser ses déplacements[10] et de privilégier les transports publics quand c’est possible, ou la mobilité douce, avec tous les avantages supplémentaires qui en découlent pour la santé. Le car-sharing garde un gros potentiel de développement qui doit encore être exploité, surtout en ville, et il faut veiller à ce que l’automatisation optimise, à terme, l’usage des véhicules. Dans les années qui viennent, les nouvelles voitures seront de plus en plus automatisées, ce qui va révolutionner le lien de propriété que nous entretenons aujourd’hui avec elles et générer de nouvelles synergies avec les transports publics. Enfin, construire une voiture électrique requiert des matières premières précieuses, dont l’extraction se fait souvent dans des conditions problématiques et qui doivent ensuite être recyclées. Bref, une meilleure maîtrise de notre mobilité, le transfert modal, une réduction du nombre de véhicules et une utilisation plus rationnelle de ceux qui restent sont encore et toujours des objectifs à poursuivre.

Pourquoi accélérer une transition qui est déjà en cours ?

L’électrification de notre parc automobile est en cours. On pourrait donc penser que « les choses vont se faire d’elles-mêmes » et qu’il n’est pas nécessaire de prendre des mesures. Il est vrai que la transition aura lieu dans tous les cas. Mais le rythme auquel elle aura lieu est important. Actuellement, en Suisse, seul 1 % des voitures nouvellement immatriculées sont électriques, et les consommateurs achètent encore à 40 % des voitures diesel, malgré le scandale VW et les effets désastreux de ces véhicules sur notre santé. La pression sur les collectivités publiques pour qu’elles améliorent le réseau de recharge est faible, ce qui ralentit d’autant la transition. Or, les dernières études scientifiques montrent qu’il nous reste très peu de temps pour respecter l’objectif de maintien du réchauffement climatique en dessous de 2 degrés[11]. Nous ne pouvons continuer à ce rythme, en négligeant le potentiel de solutions technologiques qui existent aujourd’hui déjà : il faut agir pour qu’elles s’imposent sur le marché et que la transition se fasse plus rapidement.

Ce ne serait pas la première fois qu’on exclurait une technologie obsolète du marché

Après tout, nous avons déjà pris des mesures de ce type. En septembre 2012, la Suisse a interdit la vente d’ampoules à incandescence (tout en autorisant l’utilisation, jusqu’à leur fin de vie, de celles qui étaient déjà vendues), au profit des ampoules LED, beaucoup plus efficientes. Elle a été suivie, quelques mois plus tard, par l’Union européenne. Il y a quelque mois, le peuple suisse votait la même mesure d’exclusion d’une technologie obsolète, pour valoriser les énergies renouvelable : on ne peut désormais plus construire de nouvelles centrales nucléaires, mais celles qui sont là peuvent fonctionner jusqu’à la fin de leur durée de vie.

La Suisse, championne de l’innovation ?

Une telle mesure est efficace, peu onéreuse et permet aux consommateurs d’accéder aux technologies propres les plus récentes, en luttant contre la concurrence que leur font inutilement des technologies dépassées et dangereuses tant pour l’environnement que pour notre santé. Des technologies dépassées dont nous faisons payer le coût réel, sous forme d’impact écologique et sanitaire, à nos enfants. D’autres pays vont de l’avant. Que fera la Suisse, elle qui aime tant se décrire comme une championne de l’innovation ?

 

[1] https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20173081 En 2013 déjà, les Verts votaient une résolution favorable à l’électromobilité: http://www.verts.ch/gruene/fr/positions/environnement/transport/trafic_routier/resolutions/resolution-mobilit—lectrique.html Les progrès technologiques réalisés depuis nous permettent d’être encore plus ambitieux aujourd’hui.

[2] On en est actuellement à environ 4’000 bornes recensées à l’échelle suisse, dont 1’600 stations publiques.

[3] Les voitures électriques offrent en outre un confort de conduite bien supérieur aux voitures traditionnelles.

[4] Le marché des véhicules électriques d’occasion, qui existe aujourd’hui déjà, va en outre s’élargir, avec des prix encore plus abordables.

[5] De 6’000 à 10’000 euros de bonus écologique à l’achat d’une voiture électrique. Une telle mesure serait politiquement difficile à faire passer en Suisse. Pourtant, on subventionne bien l’installation des nouveaux systèmes de chauffage renouvelables dans le domaine des bâtiments.

[6] Il devrait aussi en être ainsi lorsque l’on réalise le bilan écologique d’une voiture à essence, or ce n’est pas toujours le cas. Il faudrait en particulier comptabiliser l’ensemble des impacts, notamment ceux qui sont liés à l’extraction du pétrole ou à son transport, en amont de l’utilisation de la voiture. Les atteintes à la santé (pollution de l’air, bruit), doivent aussi être considérées.

[7] On sait le faire aujourd’hui. Les batteries devenues trop paresseuses pour les voitures peuvent être utilisées pour d’autres usages moins exigeants, dans les maisons ou dans des fermes de stockage, qui permettent d’équilibrer la production intermittente d’électricité issue des énergies renouvelables avec les besoins des consommateurs. BMW s’engage déjà dans ce sens : https://electrek.co/2016/09/22/bmw-bosch-energy-storage-facility-built-from-batteries-from-over-100-electric-cars/ Les batteries peuvent et doivent par ailleurs, qu’elles aient bénéficié d’une seconde vie ou pas, être recyclées : https://www.tesla.com/fr_CH/blog/teslas-closed-loop-battery-recycling-program?redirect=no

[8] Cet article en offre un bon résumé : https://www.tagesanzeiger.ch/wissen/technik/Wie-sauber-sind-Elektroautos-wirklich/story/21027239 L’étude se trouve ici: https://www.ta-swiss.ch/?redirect=getfile.php&cmd[getfile][uid]=2400 Malgré le bilan écologique favorable, elle relève aussi quelques points problématiques liés à l’électromobilité, qu’il faudra évidemment gérer. Le renoncement à l’essence nécessitera tout d’abord que le financement de l’entretien des infrastructures routières soit repensé (nouveau système ou prélèvements sur l’électricité). Par ailleurs, il existe, avec les voitures électriques, un fort risque d’effet rebond (grand confort de conduite, plus prix bas de l’électricité, plus bonne conscience : on est moins incité à un usage rationnel du véhicule). Enfin, même si le bilan écologique global est positif, il faut veiller à améliorer le bilan écologique spécifique de l’extraction des matériaux nécessaires à la production des voitures électriques, car il reste très mauvais.

[9] Voir notamment à la rubrique environnement de cette page : http://www.forum-elektromobilitaet.ch/fr/home-fr/e-drive/faq.html.

[10] Par exemple en travaillant à distance quand c’est possible. Un système de mobility-pricing doit aussi être instauré, pour mieux gérer les pics dans l’utilisation des infrastructures de transports (route et rail).

[11] http://tempsreel.nouvelobs.com/sciences/20170628.OBS1345/rechauffement-climatique-il-ne-reste-que-3-ans-pour-inverser-la-tendance.html

 

Pourquoi notre politique climatique est un échec en matière de mobilité

Les transports sont responsables de plus du tiers de nos émissions de CO2, et deux tiers de cette part correspondent au trafic individuel motorisé. Or, dans ce domaine si important, les mesures de politique climatique échouent de longue date. Voyez plutôt : alors que les émissions de CO2 liées à notre mobilité auraient dû, dans le cadre du Protocole de Kyoto, être réduites de 8 % d’ici à 2012[1], elles ont au contraire augmenté de 13 % ! Et cela ne s’améliore pas depuis. Pourquoi ? Peut-être parce que les décisions prises jusqu’ici ont omis un point important : les technologies ne font pas tout, il faut aussi considérer l’usage qu’on en fait. Derrière toute technologie se cachent… des êtres humains, dont on ne peut négliger ni les choix, ni les comportements.

Des prescriptions techniques à la rescousse

A partir de 2012 et en réponse à l’initiative des Jeunes Verts dite « anti 4×4 », la Suisse a fixé des prescriptions pour les émissions de CO2 des voitures nouvellement admises sur le marché. Il s’agit depuis lors de notre principale mesure de politique climatique pour le trafic individuel motorisé. L’objectif était de réduire les émissions moyennes des nouveaux véhicules à 130 g de CO2/km[2], comme cela se fait aussi dans l’Union européenne. La Suisse avait du chemin à faire, puisqu’elle possédait déjà l’un des parcs automobiles les plus polluants d’Europe, avec une moyenne de 149 g de CO2/km pour les nouvelles voitures immatriculées en 2012[3].

A l’issue de la première phase de mise en œuvre, les résultats de cette mesure sont doublement un échec, comme le montre un rapport récemment publié par l’OFEN[4]. Tout d’abord, les importateurs n’ont pas atteint les objectifs qui leur ont été fixés. En 2015, les voitures nouvellement immatriculées ont certes vu leurs émissions réduites, mais à 135 g de CO2/km seulement, 5 g au dessus de la cible[5]. Par ailleurs, et c’est bien plus grave, les émissions de CO2 globalement liées aux transports continuent à excéder les exigences fixées par la loi sur le CO2 : en 2014, les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation de carburants en Suisse étaient encore à 8 % de plus qu’en 1990, alors que l’objectif pour 2015 était de les stabiliser au niveau de 1990. Les derniers chiffres sortis depuis la publication de l’étude montrent que l’objectif n’a effectivement pas été atteint.

Les raisons d’un échec

Comment expliquer de si mauvais résultats ? La réalité est que les prescriptions techniques ne font pas tout. Il ne sert pas à grand-chose d’avoir des véhicules plus efficients, si leurs gains en matière d’efficience sont annulés par la croissance de leur nombre et du nombre des kilomètres parcourus. La moyenne de CO2 émis par les nouveaux véhicules importés en Suisse a certes quelque peu baissé entre 2012 et 2015. Mais comme, durant la même période, le nombre de véhicules et celui des kilomètres parcourus ont augmenté de 7 % chacun, il n’est pas étonnant que nous échouions, une fois de plus, à tenir nos engagements.

D’autres mesures sont nécessaires

Contre l’augmentation du nombre de véhicules et des kilomètres parcourus, les prescriptions sur l’efficience sont impuissantes. Il ne s’agit en effet pas d’un problème technique, mais d’un enjeu de comportement. Pour agir à ce niveau, d’autres instruments existent. Ils sont bien connus et d’autres pays, en particulier au Nord de l’Europe, disposent déjà d’expériences probantes en la matière. On peut ainsi :

  • renchérir le prix de l’essence et la fiscalité sur les automobiles à essence, pour décourager leur achat comme leur usage excessif, voire exclure l’immatriculation de nouveaux véhicules à essence, lorsque l’offre en voitures électriques est assez diversifiée et abordable ;
  • favoriser l’achat et l’usage durable, via des possibilités de recharge adéquates et en électricité verte, des voitures électriques ;
  • encourager les transports publics, pour les rendre encore plus performants et attractifs ;
  • valoriser la mobilité douce, qui a encore un potentiel de développement considérable ;
  • promouvoir la flexibilité des horaires de travail et le travail à distance, ainsi qu’un aménagement du territoire plus durable, pour mieux maîtriser notre mobilité ;
  • mettre en place un système de mobility-pricing ou « tarification de la mobilité », afin d’optimiser l’utilisation de nos infrastructures ;
  • évaluer le potentiel de la numérisation de notre économie et de notre société pour une mobilité plus durable (véhicules autonomes, par exemple) et l’exploiter systématiquement.

Un véritable projet de société

La plupart de ces mesures ne bénéficie pour le moment de majorité ni au Conseil fédéral, ni au parlement. Et il faut admettre que leur mise en œuvre, qui devrait être coordonnée et crédible, constitue un défi autrement plus complexe que l’imposition de simples prescriptions techniques. Cependant, il faudra bien affronter ce défi, si nous voulons un jour remplir nos engagements internes et internationaux en matière climatique et, en particulier, appliquer correctement l’accord de Paris sur le climat. La transition vers une mobilité durable ne constitue pas seulement un changement technique. Elle doit s’inscrire dans un nouveau projet, transversal et commun, de société.

[1] Toujours par rapport à la référence de 1990.

[2] Il faut savoir que ces objectifs sont des valeurs normalisées, mesurées en banc d’essai, qui ne reflètent pas les émissions réelles, lors de l’usage du véhicule. Or l’écart entre les estimations d’émissions normalisées et celles en usage peut être considérable, de l’ordre de 40 %…

[3] La même année, la moyenne des émissions des nouvelles voitures immatriculées en Europe était de 132 g de CO2/km.

[4] https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-65066.html

[5] Manifestement, les sanctions financières prévues lors du non-respect de ces objectifs ne sont pas assez élevées pour que les importateurs fassent plus d’efforts. Par ailleurs, il faut savoir que les améliorations en termes d’efficience des moteurs sont en partie annulées par le poids croissant des véhicules vendus.

Climat : après la ratification de l’accord de Paris, le combat commence

Notre parlement vient d’accepter de ratifier l’accord de Paris sur le climat. L’heure est maintenant à l’action, en Suisse et ailleurs, ce d’autant plus que les Etats-Unis manquent désormais à l’appel. Or on sait déjà que les objectifs de réduction des émissions de CO2 annoncés par les différentes parties ne suffiront pas à nous maintenir en dessous de la limite des deux degrés de réchauffement.

Un projet minimaliste du Conseil fédéral

Le Conseil fédéral, qui s’est fixé un objectif de réduction de 50 % de nos émissions de CO2 d’ici à 2030, a mis en consultation une révision de la Loi sur le CO2. Ce projet est déjà conspué par les milieux conservateurs : la Suisse ne devrait pas agir en pionnière dans le domaine climatique, les mesures de réduction des émissions devraient être prises au maximum à l’étranger plutôt qu’en Suisse, les seules mesures acceptables seraient volontaires… Pourtant, le projet du Conseil fédéral est déjà minimaliste. L’une des victoires de l’accord de Paris a été d’exiger que le réchauffement climatique soit maintenu en dessous des 2 degrés, idéalement à 1,5 degrés. Or notre pays n’a pas adapté les mesures qui étaient envisagées auparavant, des mesures qui avaient déjà été jugées insuffisantes pour atteindre un objectif de 2 degrés.

S’émanciper du mazout

Venons-en aux mesures concrètes. En matière de logement, le Conseil fédéral prévoit certes de relever la taxe CO2 sur le mazout, qui a d’ores et déjà fait ses preuves, voire d’interdire, mais en 2029 seulement et à titre de mesure subsidiaire, l’installation de nouveaux chauffages à mazout (la Norvège prévoit, elle, de le faire en 2020 déjà). Ces deux mesures, violemment attaquée par les milieux bourgeois, sont indispensables. Le premier défi sera de les faire accepter par le parlement. Il ne suffit cependant pas d’augmenter la taxe CO2: si les propriétaires ne parviennent pas à investir dans un système de chauffage écologique ou dans l’isolation de leur logement, elle ne sera pas efficace. Tant que les coûts de ces adaptations constituent un obstacle, il faut continuer à soutenir l’assainissement énergétique des bâtiments. Et bien sûr imposer des prescriptions de plus en plus exigeantes en matière d’innovation et d’efficience, conformément aux derniers développements technologiques, pour les nouveaux bâtiments.

Passer aux voitures électriques

En matière de mobilité, le Conseil fédéral veut réduire progressivement les moyennes d’émissions de CO2 des nouveaux véhicules introduits sur le marché. Cependant, sans taxation de l’essence, et alors que les importateurs ont échoué récemment encore à atteindre les objectifs fixés, il est à craindre que l’impact de telles mesures soit limité. Il faudrait appliquer au domaine de la mobilité le même principe qu’à celui du chauffage. Quand des alternatives innovantes et propres existent et qu’elles deviennent abordables – par exemple les chauffages basés sur les énergies renouvelables ou les voitures électriques – il faut exclure les technologies dépassées et polluantes du marché. Plusieurs pays suivent déjà cette voie : le gouvernement norvégien veut interdire la vente de véhicules équipés d’un moteur à combustion à partir de 2025. Aux Pays-Bas, la Chambre basse du Parlement a adopté une proposition similaire. Enfin, le ministre de l’énergie indien vise un parc automobile 100 % électrique en 2030. Si la Suisse décidait de ne plus immatriculer de nouvelles voitures à essence à partir de 2025, son parc automobile serait assaini d’ici à 2035, compte tenu de la durée de vie moyenne des véhicules. Cela exigerait bien sûr une politique d’accompagnement en termes d’infrastructure de recharge et de production d’électricité durable. Les alternatives au transport individuel motorisé doivent par ailleurs être encouragées de manière renforcée.

Agir sur le trafic aérien

Des solutions doivent être trouvées pour réduire les émissions de CO2 dans l’aviation. Aujourd’hui déjà, cette dernière est responsable de 16% des émissions attribuées à la Suisse. Pourtant, le Conseil fédéral ne prévoit aucune mesure dans ce domaine, si ce n’est d’intégrer l’aviation au système des certificats de CO2 européen, qui ne fonctionne pas du tout, tant les « droits de polluer » sont bon marché. Tout doit être fait pour développer des technologies plus efficientes et le principe du pollueur-payeur doit être appliqué à ce secteur, où les prix sont dérisoires. Ils ne tiennent aucunement compte des dégâts climatiques causés et rendent vaine toute tentative d’innovation. Des systèmes de taxation existent déjà dans plusieurs pays européens, dont la Grande-Bretagne, qui perçoit ainsi entre 3 et 4 milliards de livres par an. Cet argent peut être redistribué à la population ou en partie réinvesti, par exemple dans de nouvelles technologies écologiques en matière de transports. Les alternatives propres existantes doivent aussi être développées, en particulier à l’échelle continentale. Il est surréaliste, notamment, que les trains de nuit soient peu à peu supprimés un peu partout en Europe. L’offre devrait au contraire être améliorée et promue.

Produire et manger mieux

En matière d’alimentation, le Conseil fédéral prévoit de fixer des objectifs à l’agriculture et de prendre des mesures dans la prochaine politique agricole. C’est nécessaire, même si les adaptations de la politique agricole de ces dernières années vont dans le bon sens. Il faudra notamment cesser d’encourager activement la production et la consommation de viande, pour des raisons climatiques mais aussi de santé publique. Notre consommation – plus de 50 kg de viande par personne et par an – est quatre fois plus élevée que ce que recommandent les médecins. Chacun est libre de choisir ce qu’il met dans son assiette et cela doit rester ainsi. Cependant, il n’est pas acceptable que la Confédération dépense chaque année des millions de francs pour faire la promotion de la consommation de viande. Cet argent serait mieux investi dans la sensibilisation aux avantages d’une alimentation locale, diversifiée et de saison. L’efficience et la durabilité dans les méthodes de production agricole doivent aussi être améliorées. Quand on sait que l’agriculture suisse importe deux calories sous forme de pétrole pour produire une seule calorie alimentaire, on perçoit toute l’ampleur de l’enjeu.

Investir dans les technologies propres

Enfin, des mesures doivent être prises pour décourager les investissements dans le carbone. Rien n’est prévu à cet effet dans le projet du Conseil fédéral. Pourtant, chaque franc offert aux barons des énergies fossiles génère des émissions de CO2 et manque aux technologies de l’efficience et des renouvelables. Dans un récent rapport, les Artisans de la transition montraient qu’avec moins de 10 pour cent de sa fortune placés à la Bourse des Etats-Unis, soit 61,5 milliards de dollars, la BNS émettait autant de CO2 que la Suisse entière, contribuant ainsi à placer le monde sur une trajectoire de plus 4 à plus 6 degrés de hausse des températures. Cela doit cesser : la BNS ne peut pas se mettre en totale contradiction avec la politique climatique de la Confédération, ce d’autant plus que l’accord de Paris exige que les flux financiers deviennent compatibles avec la préservation du climat. Par ailleurs, les clients et investisseurs de nos banques et caisses de pensions doivent pouvoir connaître le bilan carbone lié à leur argent, afin d’être à même de prendre des décisions responsables en la matière.

Se mobiliser pour demain

On le voit, la ratification de l’accord de Paris par la Suisse n’est pas un aboutissement. C’est le début d’un combat qui, dans un parlement où la droite conservatrice a la majorité, n’est pas gagné d’avance. Une forte mobilisation des forces progressistes, innovantes et responsables est plus nécessaire que jamais.

Pourquoi je ne suis pas végane

Ma collègue verte lausannoise Léonore Porchet est l’auteure d’un hashtag que j’aime bien : #etreecolocestrigolo. La plupart du temps, ce hashtag est tout à fait justifié. Mais, admettons-le, il y a des domaines où, être écolo, cela peut être un peu compliqué malgré tout. Prenons donc un sujet qui fâche, avec l’alimentation et, en particulier, notre rapport à la viande.

De la cohérence du véganisme

Le mouvement végane a pris rapidement de l’ampleur, alors qu’il n’y a pas si longtemps, le simple fait d’être végétarien vous faisait passer pour un ayatollah de l’écologie. Cela ne peut que m’interpeler comme verte. Le véganisme a quelque chose qui me séduit énormément : la cohérence. En effet, les végétariens qui consomment des produits laitiers cautionnent de fait la filière de la viande bovine, dans la mesure où il faut qu’une vache ait régulièrement des veaux pour produire du lait. Or, ces veaux, il faut bien en faire quelque chose : ils sont consommés par ceux d’entre nous qui sont restés omnivores. Quand on est végane, contrairement aux végétariens, on refuse l’élevage dans son ensemble. Les choses sont claires.

La vie d’un animal de rente peut-elle valoir la peine d’être vécue ?

Cette position vaut cependant la peine que l’on réfléchisse à ses aboutissements. Si l’on refuse tout produit issu de l’élevage d’animaux, cela va plus loin que de refuser l’exploitation ou l’abattage de ces derniers. Si vous décidez, par exemple, de cesser de consommer des produits issus de la pêche ou de la chasse, des animaux sauvages continueront à exister indépendamment de votre choix. Par contre, si nous décidions à large échelle de ne plus consommer de produits issus d’animaux d’élevages, ceux-ci disparaîtraient car ils n’existent que du fait de notre consommation. Se pose alors une question fondamentale : leur disparition est-elle souhaitable ? Dans le cas de l’élevage industriel de masse, je pense que oui. De telles vies entrent tellement en contradiction avec les besoins fondamentaux d’êtres sensibles, qu’elles ne valent pas la peine d’être vécues. Mais, dans de bonnes conditions d’élevage, à petit échelle, extensives, en plein air, correspondant aux besoins de l’espèce, de telles vies ne pourraient-elles pas valoir la peine d’être vécues ?

Manger moins de viande : un impératif pour les consommateurs

Même si j’ai le plus grand respect pour ceux qui ont fait le choix d’être véganes, je continue à manger des laitages et, de temps en temps, la viande qui va avec. Parce que, à tort ou à raison, je ne peux pas renoncer à l’idée qu’un élevage respectueux est possible et que, dans certaines conditions, des animaux de rente peuvent vivre une vie digne d’être vécue. Peut-être aussi parce que je suis gastronome et que je ne suis pas prête à un si grand changement… Mais j’ai réduit drastiquement ma consommation et je choisis des produits locaux et labellisés. Pour notre santé, il est recommandé de se limiter à 240 grammes de viande par semaine. Ce qui est bon pour nous est aussi bon pour notre environnement. En Suisse, nous engloutissons en moyenne une cinquantaine de kilos de viande par personne et par année. C’est beaucoup trop pour notre santé, mais c’est aussi destructeur pour le climat : la production de viande est responsable de 14 % des émissions mondiales de CO2. Enfin, seul un élevage à petite échelle peut assurer un certain respect des animaux.

Politique: les conditions-cadres doivent aussi évoluer

La politique joue également un rôle. Ce mardi 6 juin, le parlement a refusé de supprimer des subventions annuelles de six millions de francs visant à promouvoir la viande. Vous vous souvenez de cette publicité « Tout le reste n’est que garniture » ? Une telle politique de soutien est complètement dépassée à l’heure de l’Accord de Paris et du rejet, par des consommateurs de plus en plus nombreux, de l’élevage traditionnel. Les conditions-cadres doivent évoluer, sans qu’il soit pour autant nécessaire de nous contraindre dans nos choix personnels. Ce n’est certainement pas la consommation de viande que les collectivités publiques doivent encourager, mais celle d’aliments écologiques et sains. Ensuite, chacun d’entre nous est libre de choisir ce qu’il met dans son assiette.

Il faut oser étudier l’opportunité de soutiens à la presse

Médias romands: une situation inquiétante

La situation des médias en Suisse, et particulièrement en Suisse romande, est très inquiétante. La disparition de L’Hebdo a été accompagnée de coupes sévères dans les effectifs des autres grands titres romands. C’est ainsi la diversité de la presse qui est menacée, mais aussi sa qualité. Alors que le service public est violemment attaqué par l’initiative No Billag, il est temps de réagir et de s’engager avec fermeté pour la diversité, l’indépendance et la qualité de nos médias.

La numérisation aux origines de la crise

La crise de ce secteur est étroitement liée à la numérisation. Celle-ci a d’abord fait perdre aux médias écrits leur attrait en tant que supports publicitaires. L’internet offre désormais la possibilité de faire de la publicité à bas prix, avec un très large public. Pour un tout petit marché comme la Suisse romande, cette concurrence est mortelle. La publicité a permis aux médias de vivre dans une sécurité relative pendant des années. Les grands éditeurs se sont habitués à certains rendements et, face à leur chute, n’hésitent plus à sacrifier des titres. Le risque est grand qu’ils abandonnent progressivement ce secteur dans les années à venir, pour s’orienter vers des activités plus lucratives. Par ailleurs, la presse écrite, mais aussi l’audiovisuel, ne peuvent plus survivre sans être présents sur le net et les réseaux sociaux : c’est là que le public se trouve. Cette transition exige des investissements. Il faut enfin citer les difficultés générées par le développement de contenus gratuits, dans les journaux gratuits mais aussi sur les réseaux sociaux.

Les médias comme infrastructure du débat démocratique

Bien sûr, la numérisation offre aussi des opportunités. Sans elle, des projets innovants comme Republik ou Bon pour la tête, lancés grâce au crowdfunding, n’auraient pas pu voir le jour. Cependant, la presse vit une phase de transition délicate qui pourrait créer des dégâts majeurs: atteintes à sa diversité et à sa qualité, mais aussi perte d’indépendance, avec le rachat de titres par de grands groupes d’intérêts. Nous ne pouvons pas nous le permettre. Dans un pays comme le nôtre, où les citoyens sont appelés à voter tous les trois mois sur des enjeux majeurs, les médias jouent un rôle central. Ils constituent une infrastructure sans laquelle le débat démocratique ne peut fonctionner. Les données échangées sur les réseaux sociaux ne peuvent en rien remplacer leur rôle. Chacun y évolue dans sa bulle. De plus, les émetteurs ne sont soumis à aucune règle déontologique, contrairement aux journalistes, formés au traitement correct des contenus et à respecter certaines règles éthiques.

Des pistes pour agir

Une mobilisation est dès lors indispensable pour soutenir non pas tel ou tel média mais, en soi, la diversité, l’indépendance et la qualité de notre infrastructure médiatique. La première chose à faire est de lutter sans concession contre l’initiative No Billag, dont l’acceptation équivaudrait à la condamnation de la SSR et du service public. Il faut ensuite renforcer les soutiens indirects à la presse. Plusieurs propositions ont été déposées, dont certaines ont déjà été acceptées : réduction de la TVA pour les contenus électroniques (ils ne disposaient jusqu’ici pas du taux plus bas offert aux contenus papier), renforcement de l’ATS, soutiens supplémentaires à l’impression et à l’envoi des journaux papier, tant que ce format existe. Par ailleurs, il faut oser étudier l’opportunité de soutiens directs, au moins durant cette phase de transition. Ceux-ci existent déjà dans plusieurs pays européens. En France, un journal comme Le Monde bénéficie de soutiens annuels de près de 14 millions de francs, et personne ne douterait de son indépendance éditoriale. Le fait de dépendre de publicitaires ou de grands groupes d’intérêts constitue un risque bien plus réel.

Une interface pour réunir les soutiens

Il ne serait cependant pas sain que des soutiens publics aillent directement aux rédactions : une structure intermédiaire doit être créée. Le projet romand FIJOU (pour « financement du journalisme ») pourrait jouer ce rôle, tout en restant ouvert à d’autres sources de financement (crowdfunding ou fondations, par exemple). Ce projet, constitué sur le modèle des soutiens à la culture, prouve que le secteur est prêt à innover et à se mobiliser pour développer un nouveau modèle économique. Les médias doivent aussi se préparer à s’émanciper des éditeurs, dans l’hypothèse où ceux-ci se retireraient du secteur. Pour minimiser leurs coûts, ils pourraient se doter d’infrastructures et de moyens communs, notamment en matière d’ingénierie informatique ou de système de micro-paiement, mais aussi via la création de bourses d’échange d’articles, par exemple.

Des prestations de service public à défendre 

Enfin, une fois le danger de No Billag écarté, peut-être faudra-t-il se poser la question de l’évolution du service public. A l’origine, seule la SSR avait vocation à être soutenue dans ce cadre, car la réalisation de contenus audiovisuels exigeait des investissements considérables. Aujourd’hui cependant, les frontières entre les différents formats s’effacent : dans un monde numérique, tout devient multimédia. Par ailleurs, on ne peut plus nier le fait que la presse joue aussi un rôle de service public : la SSR ne peut assurer seule la fonction d’infrastructure médiatique de notre démocratie. Les prestations de service public assumées par les médias écrits, en complément du rôle, toujours aussi indispensable, de la SSR, méritent certainement d’être aussi soutenues par les collectivités, en tant que garantes du bon fonctionnement de notre démocratie. Car nous avons besoin autant d’une SSR forte, que de médias libres, diversifiés et indépendants.

Stratégie énergétique 2050 : sur quoi vote-t-on exactement le 21 mai ?

La campagne autour de la Stratégie énergétique, caractérisée par de nombreux « faits alternatifs », nécessite un retour aux contenus précis du projet. Pour que la démocratie fonctionne, chacun doit savoir sur quoi il vote exactement, avant même que le débat d’idées ou de valeurs commence.

Sur quoi vote-t-on donc le 21 mai ? La Stratégie énergétique a ses racines dans la catastrophe nucléaire de Fukushima, en 2011. Deux projets de nouvelles centrales nucléaires étaient alors à l’agenda en Suisse, pour remplacer nos plus vieux réacteurs. Après Fukushima, le Conseil fédéral annonça qu’il ne donnerait plus d’autorisation pour de nouvelles centrales. Les Verts ayant lancé leur initiative pour une sortie programmée du nucléaire, la Stratégie énergétique fut conçue comme son contre-projet. Elle vise à inscrire dans la loi le refus d’autoriser de nouvelles centrales nucléaires, mais répond aussi à un triple défi. Il s’agit d’assurer notre approvisionnement électrique en remplaçant progressivement la production de nos vieilles centrales qui, même en l’absence de délais, vont fermer les unes après les autres, pour des raisons économiques et de sécurité. La Stratégie énergétique constitue en outre un premier pas dans l’application de l’Accord de Paris sur le climat, puisqu’elle comprend des mesures de réduction de nos émissions de CO2. Enfin, elle vise à renforcer notre autonomie énergétique. Aujourd’hui, 75 % de l’énergie que nous consommons – essence, mazout, gaz, uranium – sont importés, pour environ 10 milliards de francs par an. En renforçant les énergies renouvelables produites localement, nous serons plus indépendants et investirons notre argent chez nous.

 

La Stratégie énergétique a été conçue en deux étapes. Seul le premier volet, qui nous mènera jusqu’en 2035 environ, est soumis au vote le 21 mai. Il prévoit principalement la poursuite et le renforcement de mesures éprouvées, dont la plupart sont déjà en vigueur. La décision du Conseil fédéral de ne plus autoriser de nouvelle centrale nucléaire sera concrétisée légalement. Les soutiens aux énergies renouvelables seront renforcés, afin d’assurer notre approvisionnement. Cette mesure coûtera environ 40 francs par an et par famille. Elle permettra de réaliser des projets qui sont depuis longtemps en attente : 38’000 projets d’installations d’énergies renouvelables, principalement du solaire, dorment dans les tiroirs de l’administration. Ils pourront compenser la production de nos plus vieux réacteurs. Avec 1’000 nouveaux projets déposés chaque mois, nous pouvons être optimistes quant au potentiel de production nécessaire au remplacement, le moment venu, des réacteurs plus récents. Des soutiens seront également destinés à nos barrages, aujourd’hui menacés, afin d’éviter qu’ils ne soient vendus à des acteurs étrangers et pour qu’ils puissent optimiser leur production. La loi octroie par ailleurs un intérêt national aux grandes installations d’énergie renouvelable. Cela ne signifie pas que l’on pourra construire des éoliennes partout. Le droit de recours des organisations environnementales – qui soutiennent le projet – reste valable, et la loi prévoit une protection totale des biotopes d’intérêt national. Enfin, l’efficacité énergétique sera promue dans les domaines des appareils électriques et de production, des voitures et du bâtiment. Nous pourrons donc bénéficier d’appareils, de véhicules et de logements plus économes, avec à la clé des gains financiers : les automobilistes pourront économiser environ 400 francs par an, par exemple, grâce à des voitures moins gourmandes en essence. La Stratégie énergétique est favorable à l’environnement et au climat, car elle réduit nos émissions de CO2 et permet une sortie progressive du nucléaire. Elle favorise en outre notre économie, via la création de nombreux emplois, notamment dans le bâtiment, et les gains des entreprises, qui réduiront leurs dépenses énergétiques en étant plus efficientes.

 

On le voit, il n’y a dans le premier volet de la Stratégie énergétique, soumis au vote le 21 mai, aucune nouvelle taxe, aucune interdiction ni aucune mesure menant à des privations pour les entreprises ou les particuliers. Les chiffres agités par les opposants à la Stratégie énergétique sont faux. Ils tiennent compte, qui plus est de manière erronée, de mesures qui ont certes été évoquées, mais qui auraient du appartenir au deuxième volet de la Stratégie énergétique. Ce deuxième volet n’est d’ailleurs plus d’actualité. Il a été balayé par le Conseil national, tous les partis, y compris les Verts, y étant opposés. La loi soumise au peuple le 21 mai est au contraire un projet issu de cinq années de débats parlementaires, un compromis réaliste, qui réunit l’adhésion de tous les partis hormis l’UDC. L’UDC qui, en attaquant la Stratégie énergétique, lutte de facto contre la sécurité et l’indépendance énergétiques de notre pays, contre la pérennité de nos barrages et contre la compétitivité de notre économie. Ne vous laissez donc pas berner le 21 mai : c’est un oui qu’il faut glisser dans les urnes.