…l’abeille valeur universelle…

Pour saluer la décision historique de la formation d’un groupe parlementaire “abeille” formé de 60 membres du Parlement suisse, soit un quart de nos élus, je reprends ici un texte publié initialement à l’attention de mes collègues apicultrices et apiculteurs en avril dans la Revue suisse d’apiculture à l’occasion de la journée mondiale des pollinisateurs du 20 mai dernier. Ce texte a pour ambition de mettre en valeur le rôle étonnant que l’abeille, prise dans un sens très large, occupe dans les cultures humaines et dans notre courte histoire sur cette planète, nous humains dont l’espèce n’est guère vieille que d’un à deux millions d’années, alors que les abeilles sont présentes sur terre depuis plusieurs dizaines de millions d’années, qu’elles sont restées pour certaines presque inchangées, elles qui ont accompagné et modelé l’apparition et le développement des plantes à fleurs avec lesquelles elles ont établi ce pacte unique de collaboration et de paix réciproque, jamais remis en cause, que nous nommons “pollinisation“.

En effet, l’abeille occupe depuis la nuit des temps une place unique dans l’histoire de l’humanité. Aussi, loin que remontent nos connaissances et que l’homme laisse des traces interprétables (c’est-à-dire grosso modo depuis le néolithique), des indices de cohabitation entre l’homme et l’abeille sont avérés. Sur le plan figuratif, la plus ancienne représentation remonte à quelques 6’000 à 10’000 ans, avec cette très célèbre scène de récolte de miel (ou chasse au miel), illustrée sur une paroi de la grotte de l’Araignée (Valence, Espagne). Datant de la même époque, des traces de cire d’abeille ont également été retrouvées sur des restes de poteries dans de nombreux sites archéologiques à travers le monde. C’est toutefois à la période historique que les premières représentations d’apiculture au sens moderne du terme apparaissent, en particulier sur des bas-reliefs de l’Egypte antique. Des fouilles archéologiques ont confirmé que des ruches cylindriques en terre cuite étaient répandues à la même époque dans l’ensemble du Moyen-Orient.

Au-delà de l’exploitation des produits de la ruche, l’abeille occupe dès l’antiquité une place à laquelle aucun autre insecte n’a osé prétendre : celle de divinité. C’est le cas dans l’Egypte ancienne, dans la Grèce et la Rome antiques avec le mythe d’Aristée, mais aussi dans les civilisations pré-colombiennes, avec les abeilles mélipones (abeilles mellifères sans dard d’Amérique latine) qui sont considérées comme filles du dieu créateur de l’univers.

Bien que toujours respectées, mais domestiquées et exploitées pour la cire et le miel, les abeilles perdent leur statut de divinité avec l’avènement des religions monothéiques, dans lesquelles un dieu unique règne sans partage. Malgré cela, l’abeille conserve au cours des deux derniers millénaires de notre ère une part du charisme acquis dans l’antiquité, celui d’un insecte industrieux, régulé par des relations sociales remarquables et souvent donné en exemple pour assoir ou justifier des positions politiques : une société conduite par un roi dans l’antiquité, puis par une reine dès la Renaissance, pour finir par illustrer le modèle de la démocratie participative dans laquelle les décisions sont prises lors de véritables « débats démocratiques » résultant en consensus comparables à ceux dont s’enorgueillit l’Helvétie moderne.

Mais patatras, voici qu’à la fin du 20ème siècle, les populations de cet insecte, dont ne se préoccupaient plus que quelques passionnés, s’écroulent. Dans une indifférence générale et un silence assourdissant, malgré les cris d’alarme de ces passionnés. Qui finissent par se faire entendre en invoquant un mythe moderne, faussement attribué à Einstein : « si les abeilles disparaissent, l’humanité n’aura plus que quelques années à vivre ». Les signaux d’alarme se transforment en cris de détresse. Ils finissent par inonder les media qui les répercutent au point que chacune et chacun est désormais dûment informé et s’inquiète du destin des abeilles et des pertes de biodiversité qui accompagnent le déclin de leurs populations.

Autrefois considérés comme de sympathiques illuminés, les amis des abeilles sont subitement devenus des héros modernes, incarnant le futur de l’humanité. Mais surtout, c’est l’abeille qui prend une dimension nouvelle : elle symbolise désormais par son déclin les dégâts que l’homme a causés à son environnement. Mais par les mesures prises en sa faveur, elle incarne aussi la voie et l’issue à nos errances passées. Prononcez le mot « abeille » et vous générez autour de vous un formidable élan de sympathie. Eh ! oui, l’ « abeille » au sens large, métaphorique, incluant l’abeille domestique, les abeilles sauvages et solitaires, mais aussi les divinités des civilisations anciennes bénéficie d’un engouement extraordinaire. Tout le monde en veut dans son jardin, sous formes d’hôtels à abeilles sauvages et même sous forme de colonies d’abeilles domestiques. Jamais il n’à été si difficile d’élever et de garder des abeilles en vie, jamais l’intérêt de débuter en apiculture n’a été si prononcé

L’ abeille, valeur pour le 21ème siècle.

En 2017, l’ONU, lors de son Assemblée générale a décrété à l’unanimité le 20 mai « journée mondiale de l’abeille », reconnaissant ainsi la valeur exceptionnelle de cet insecte à la fois comme pollinisateur, mais également comme élément important de nos cultures. Mais, ne nous y trompons pas, l’abeille n’a pas de pouvoir magique : ce ne sera qu’en réalisant, en prenant la mesure et en admettant l’ampleur des dégâts, puis en ayant le courage d’initier et de mettre en place les mesures de correction nécessaires, que les choses changeront et s’amélioreront.

Toutefois, l’ « abeille »  au sens large a un effet multiplicateur, car elle est ce qu’on appelle une espèce « parapluie ». En prenant des mesures pour la protéger, on protège et on soutient indirectement tout un cortège d’autres espèces, souvent méconnues, et qui constituent ce qu’on appelle la « biodiversité ».  A prendre ces mesures, il y a là bien sûr des intérêts directs pour le bien-être et la santé humaine, mais il y a surtout derrière ce projet un idéal profond et puissant qui transcende et doit dépasser une pure et simple conception utilitariste de la nature.

La nature est belle : c’est une raison suffisante et même impérative pour en prendre soin, la respecter et, par là-même offrir à nos enfants et petit-enfants la chance d’éprouver la joie de s’en émerveiller eux aussi. Notre intelligence et notre capacité d’action sur le monde sont gigantesques : la responsabilité et les devoirs qui en découlent sont de la même ampleur. C’est à une dimension morale, éthique que nous sommes confrontés. L’« abeille » peut devenir l’une des « valeurs » qui motivent et conduisent nos actions au 21ème siècle.

Mesdames et Messieurs les parlementaires à vous de jouer, d’ouvrir et de déployer le parapluie!

Forum des 100 : repenser l’agriculture…

En septembre 2018, « avenir suisse », le thinktank d’ « economie suisse » publiait, sous la plume de Patrick Dümmler et Noémie Roten, un document polémique, intitulé « Une politique agricole d’avenir : stratégie en 10 points en faveur des consommateurs, des contribuables et des entreprises agricoles». Cette publication est en fait une déclaration de guerre au peu qui subsiste d’agriculture et d’agriculteurs/ices dans ce pays. Un arrêt de mort, décliné en 10 mesures de politique néo-libérales.

Si rien n’est fait pour inverser la tendance, la dernière exploitation agricole pourrait disparaître avant 2050 en Suisse

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… verte panique chez les libéraux …

Aurais-tu perdu la raison? ne cesse de me susurrer la petite voix qui me tient lieu tout à la fois de conseillère prudentielle, d’assistante personnelle et d’agence en communication. T’attaquer à Poncet! Le Poncet! Ce grand maître de l’éloquence, de la rhétorique et de l’ironie? Toi qui es incapable d’articuler deux phrases en public sans chercher tes mots (ni les trouver d’ailleurs), sans les ponctuer de “euh!” et de raclements de gorge embarrassés? Quelle mouche t’a donc piqué? Une abeille sauvage? un faux-bourdon? Il va t’écraser comme un misérable vermisseau, le Poucet, toi qui n’es rien. C’est un suicide médiatique!

Mais non, vas-y, courage, n’aie pas peur, me murmure et m’encourage l’aiguillon de la témérité et de l’inconscience. Ta “petite voix” n’est qu’une mijaurée, une défaitiste!  Elle n’a jamais cru en toi. Allons, tu as gagné perfide! Je me lance, c’est trop tentant, j’en ai trop envie, même si je sais que tes conseils de diablesse ne m’ont jamais rien valu de bon.

Hier au soir, 29 avril 2019, le célèbre avocat genevois était, fort opportunément vous en conviendrez, en interview dans l’émission Forums de la RTS, invité à s’exprimer sur la vague verte, le tsunami, qui s’abat sur son cher parti libéral-radical (à réécouter en podcast interview de Charles Poncet). Que vous m’avez déçu mon cher Carlo ! Vous ne m’en voudrez pas j’espère, que je m’autorise cette familiarité. Cela crée une forme d’intimité et me donne le sentiment d’appartenir un peu à votre monde. Car même si vous ne me connaissez pas, vous appartenez un peu à mon monde à moi. Avec vos amis, Jacques-Simon Eggly, CriCri Luscher, le bellâtre Bonnant et heureusement le camarade Jean Ziegler pour faire contrepoids et contre-balancer vos ardeurs, vos audaces et vos excès, oui vous faites un peu partie de mon monde, vous qui depuis plusieurs décennies nous rappelez que les ténors de la politique et du génie libéral se retrouvent au bout du lac.

Et pourtant, pour la première fois, vous m’avez déçu. Pas la moindre perfidie, pas un sarcasme, aucune cruelle saillie, pas la moindre pointe d’ironie, ni même d’humour tout simplement. Seriez-vous souffrant? Je suis inquiet. Pire même, on vous a entendu encenser les sociaux-démocrates ! Croyez-moi, l’autre CriCri a frôlé la syncope. Je vais l’appeler d’ailleurs pour prendre de ses nouvelles et je crains le pire pour Jean Z. Peut-être est-ce une nouvelle stratégie? Est-ce ainsi que vous comptez désormais combattre vos adversaires?

Je suis un peu rassuré toutefois par la clarté de votre message, quoi qu’inquiet que vous ayez dû le répéter mot pour mot par trois fois. Vous répéter ainsi, comme un régent d’école primaire! Ce message se résume en trois points (corrigez-moi si j’en oublie): “Si, et je dis bien “si” (car tout le monde n’est pas de cet avis), si, dis-je donc, les questions environnementales sont un problème, ce n’est pas avec des taxes que nous les résoudrons, mais par des solutions technologiques”. Quelle pensée limpide! quelle clarté dans l’expression! Et ce “si”, ce “si” qui suggère, insuffle le doute : là je retrouve enfin un peu votre verve. Ah les taxes! Ces taxes liberticides! Comme je vous comprends! Et comme je partage avec vous la profonde conviction que l’idée même de taxe ne peut éclore que dans des esprits (mais peut-on parler d’esprits?) dénués de toute imagination! Et que j’approuve votre foi inébranlable dans la technologie! Des insectes ravagent nos cultures? Inventons l’insecticide! Les insecticides se déposent dans nos aliments? Qu’à cela ne tienne: inventons la machine à détoxifier les aliments. Tiens quelle bonne idée! Je suis convaincu que personne n’y a encore songé. De nouveaux marchés vont s’ouvrir. Des brevets à rédiger, à défendre, de beaux procès en perspective. CriCri, tu me suis? On va pouvoir engager de nouvelles stagiaires… engager? que dis-je? inviter à se former. C’est cela l’économie libérale. Et puis dans 30 ans, nous serons toujours là, prêts à défendre nos partenaires contre les attaques insidieuses de prétendues victimes de ces technologies désormais dépassées depuis longtemps. Quelle magistrale leçon de libéralisme! Tu me suis toujours, CriCri?

Et pourtant je ressens un malaise, comme une inquiétude. Car, non, tu n’étais pas dans ton assiette, Carlo (tu ne m’en voudras pas de passer au tutoiement, je ressens si fort ta détresse). Comment cette Petra a-t-elle osé? demander à tout un chacun son opinion? et laisser (volontairement sans doute) fuiter les résultats… Comment est-ce possible? Je te l’avais bien dit CriCri. Jamais nous n’avions dû confier les rennes du parti à cette Petra. Un coeur d’artichaut! Une féministe probablement! Une incapable, sans nul doute. D’ailleurs, aucune autorité! On l’a bien vu avec Maudet… Te rends-tu compte du désastre CriCri?

Oh oui, Carlo! Je l’entrevois aussi et comme je le partage ton cauchemar éveillé, te retrouvant comme Jonas dans le ventre de la baleine, gobé par les verts libéraux d’Isabelle Chevalley. Je t’entrevois aussi, comme aux carrousels, entraîné dans une folle sarabande avec la dissidente Isabelle, tous deux accrochés aux pales d’une éolienne… Puis, pourquoi pas absorbés par les Verts eux-mêmes? Je t’imagine, pauvre Carlo, invité par une journaliste narquoise pour défendre les idées de ton nouveau parti sur les ondes de la RTS. Et les titres des manchettes, et les commentaires du lendemain: “C’est avec son brio légendaire que Me Poncet a défendu la t axe carbone! Quelle remise en question! Quel chemin parcouru par cet homme de convictions”. Oui la politique peut être cruelle parfois…

Mais tu ne m’as toujours pas répondu, Carlo. Etais-tu souffrant? Un coup de chaud? Un peu de température? Cela n’a l’air de rien, mais un ou deux degrés et on ne se sent plus le même, on perd ses moyens, on a des sueurs froides, des tremblements, des crises de panique parfois. Un ou deux degrés, une jeune suédoise portant couettes tressées suffiraient-t-ils à terrasser le vieux lion?

20 mai, journée mondiale des pollinisateurs: mobilisons-nous!

http://www.un.org/en/events/beeday/

En 2016, l’ONU a délaré le 20 mai « Journée mondiale des abeilles » à la demande de la Slovénie, date anniversaire de la naissance de Anton Janša, fondateur de l’apiculture slovène au 18ème siècle. L’ONU reconnaissait ainsi l’importance des pollinisateurs dans le fonctionnement des écosystèmes. Les abeilles et les pollinisateurs en général sont dorénavant considérés comme une « valeur universelle » pour le 21ème siècle. Célébré pour la première fois en 2018, cet événement est passé relativement inaperçu.

Objectif : sensibiliser: C’est pourtant une occasion formidable de sensibiliser le public au rôle crucial que jouent les pollinisateurs pour notre plus grand profit. C’est la raison pour laquelle nous invitons chacune et chacun à marquer et à célébrer cette date en 2019. Le projet est d’organiser une série d’évènements, impliquant tous les milieux concernés par les menaces qui planent sur les pollinisateurs, soit l’apiculture, les milieux de protection de l’environnement et des abeilles sauvages, mais aussi l’agriculture, la science, la politique, les enseignants, les consommateurs et le public en général. Nous en appelons donc à votre créativité, à votre dynamisme et à votre énergie pour marquer ce jour très spécial en organisant dans votre section, association, avec des collègues, dans votre rucher, au marché ou dans les écoles de votre commune, une manifestation autour du thème des pollinisateurs.

Suggestions : Cette action pourra prendre la forme d’une « porte ouverte au rucher », d’une dégustation de miel, d’un stand ou d’une table au marché, d’un brunch dans un verger ou dans une culture fécondée par les abeilles, dans un musée, une école d’agriculture ou encore d’une causerie ou d’un café au miel sur votre lieu de travail. Le 20 mai 2019 étant un lundi, nous appelons à cette mobilisation dès le le samedi 18 mai 2019.Toutes les initiatives et propositions sont bienvenues. Elles seront répertoriées dans un grand calendrier qui sera accessible en ligne et communiqué aux media du pays.

Votre engagement sera déterminant Plus la mobilisation au niveau local sera grande, plus grand sera l’écho au niveau national le 20 mai. Un matériel de base sera élaboré pour cette journée et sera diffusé par voie électronique. Chaque apicultrice/eur, agricultrice/eur, scientifique, enseignant est une immense source de savoir, de connaissances et de compétences et c’est par votre engagement direct que vous serez le plus crédible dans vos communautés locales. N’hésitez pas à relayer et diffuser cet appel.

Contact, renseignements, annonce d’un évènement, coordination: laissez-moi un message.

…sur les épaules des géants….

Quelle belle surprise que ce court message de T. Deonna m’annonçant en début de semaine que les deux François, Huber et Burnens, faisaient l’objet de plusieurs émissions de Jean-Claude Ameisen durant ces premiers samedis de février 2019. Médecin de formation, auteur à succès, ce merveilleux conteur nous enchante tous les samedis de onze heures à midi sur France Inter. Une voix envoutante, une érudition hors du commun, une documentation très approfondie, à l’affût des dernières découvertes sur le vivant, mais également à l’écoute des poètes et capable d’étonnants retours aux sources de la connaissance.

C’est ce que nous offre Jean-Claude Ameisen autour de Huber et Burnens. Autour de plusieurs publications dont le livre classique “La vie des abeilles” de Maeterlinck, le très récent “Apiculteur aveugle” de Sara George et ma chronique sur François Huber dans la Revue suisse d’apiculture, il nous invite à revivre leur étonnante aventure alternant textes personnels avec la lecture des originaux de François Huber, de Sara George, de Maeterlinck, ou encore du poète américain Nick Flynn dont il sait rendre toute la beauté, la richesse et la poésie.

Comme a déjà su le faire avec talent, imagination, sensibilité et émotion Jean Winiger lors du vernissage du livre de Sara George en octobre dernier (vernissage de l’apiculteur et son élève), c’est avec une égale justesse que le conteur nous invite à nous hisser “sur les épaules des géants” que sont François Huber et François Burnens, pour “voir plus loin, voir dans l’invisible, à travers l’espace et à travers le temps “. Fermez les yeux, imaginez le bruissement d’un essaim d’abeilles, écoutez Jean-Claude Ameisen. Vous découvrirez alors toute la richesse qu’apporte la voix humaine à ces textes sublimes. Inutile d’être amateur de littérature pour apprécier les poèmes de Nick Flynn, encore moins d’être scientifique pour suivre la pensée et les découvertes de Huber et Burnens.

La lecture à voix haute apporte une dimension supplémentaire à la qualité des textes qui m’avait échappé jusque là. A l’écoute du récit de leurs premiers travaux consignés sous forme de lettres à Charles Bonnet, on apprécie avec quelle pertinence les arguments sont amenés dans un ordre naturel, comment les détails méthodologiques sont dispensés à propos, comment ils soutiennent la compréhension de la pensée, comment sont conçues les expériences et découvertes des deux hommes. Rien à voir avec la forme moderne des articles scientifiques, arides, rébarbatifs et inaccessibles aux non-spécialistes. Ici au contraire, on est invité à participer au processus de la découverte, à l’examen critique des hypothèses et des théories, à imaginer des expériences qui permettent de discriminer le vrai du faux, à suivre ses propres intuitions et sortir du cadre dans lequel l’ignorance et la confusion des idées nous enferment souvent.

On croirait presque, en écoutant la lecture de la réponse de Bonnet à la première lettre des “Nouvelles observations sur les abeilles”, de participer à la conversation qui s’est peut-être déroulée dans le salon du naturaliste de Genthod et qui débute ainsi: “Vous m’avez étonné Monsieur!”… Burnens et Huber avaient découvert la fécondation de la reine abeille, dans les airs, à l’extérieur de la ruche…

Pour écouter et réécouter:

 

…il est minuit moins cinq…

(Le titre de cet article a été repris par Roger Nordmann dans l’émission Forum sur la RTS (Minute 9:33) du 7 mai 2019)

A l’initiative de Jean-Marc Bonmatin et de ses collègues, s’est déroulé les 24 et 25 janvier 2019 au CNRS à Paris un colloque interculturel sur le thème “Sociétés d’abeilles- sociétés humaines : une interdépendance de la préhistoire au futur”. Etaient invités les milieux de la recherche, de l’apiculture, de l’agriculture, de la politique et de la société civile. Avec près de 200 participants, une taille idéale, le colloque s’est tenu dans une ambiance chaleureuse. Le but était de faire communiquer des milieux qui échangent peu et de générer un débat participatif ce dont nos voisins français sont friands, mais constitue encore un exercice auquel ils sont peu habitués.

Le programme comportait des communications de scientifiques renommés dont les travaux sont bien connus (p.ex. Martin Giurfa sur les incroyables compétences du cerveau de l’abeille, Yves le Conte sur les phéromones de régulation sociale des colonies, Jean-Marc Bonmatin sur l’impact des néonicotinoïdes, Vincent Bretagnolle sur les écosystèmes agricoles, de Lionel Garnery sur les efforts de conservation de l’abeille noire, la race native dans nos contrées), mais également d’intéressantes contributions de chercheurs en sciences sociales, ethnographie, anthropologie que l’on a moins l’occasion de rencontrer, ainsi qu’une vingtaine de posters. L’Helvétie était aussi représentée par une conférence brillante et très applaudie d’Edward Mitchell et de ses collègues de l’université de Neuchâtel sur la contamination des 3/4 des miels de la planète par les néonicotinoïdes, une étude qui a créé un électrochoc dans les milieux de la recherche. Deux posters, l’un d’Olivier Besson et collègues, également de Neuchâtel, sur une ruche hyper-connectée et l’autre, de ma part, sur l’éthique autour des abeilles, complétaient la contribution de la délégation helvétique.

A part quelques exceptions et comme nous l’a rappelé Elsa Faugère et ses collègues, les études en sciences sociales sont quasiment inexistantes ou très récentes. Avec son groupe, elle s’intéresse à la sociologie de l’apiculture, les relations, parfois compliquées, entre eux, mais aussi avec les scientifiques et le public en général. Martin Gruber de Brême nous a invités à visionner l’impressionnante technique de confection de ruches traditionnelles à l’aide de végétaux au Cameroun, alors que Nicolas Césard nous a initié aux méthodes utilisées en Asie pour s’approprier le miel de l’abeille géante, Apis dorsata, une abeille qui migre sur des dizaines de kilomètres et construit un cadre unique, toujours à l’air libre, et pouvant peser plusieurs dizaines de kg. Le tout fut suivi d’une invitation d’Eric Tourneret à voyager autour du monde pour y découvrir la variété des abeilles et de l’apiculture sur la planète.

Le colloque s’est terminé par une table ronde sur le thème “Scientifiques, Apiculteurs, Agriculteurs, Décideurs, quel dialogue ?” qui a été l’occasion d’un échange nourri, quoi qu’entre convaincus, malgré des points de vue parfois divergents. En résumé, tout le monde est convaincu de l’extrême nocivité des nouveaux pesticides, néonicotinoïdes en tête et de l’urgence de les bannir au plus vite. Ils causent non-seulement la mort des abeilles, mais celle d’innombrables insectes et invertébrés. Seuls 5% des substances enrobant les graines passent directement dans les plantes, les 95% restants s’accumulent dans les sols, occasionnant une rémanence dans le temps, avec des concentrations au-delà des doses létales pour les abeilles durant plusieurs années dans des cultures non-traitées, à un point tel que les vers de terre en perdent la faculté de creuser leurs galeries! Ils sont également lessivés dans les eaux de ruissellement, causant une hécatombe silencieuse, mais également massive, de la faune aquatique. Les vertébrés qui les consomment sont également affectés, en particulier les oiseaux dont la survie et le succès de reproduction en dépend. Les résultats des travaux les plus récents apportent les premières évidences des effets de ces neuro-toxiques sur les humains, laissant augurer de conséquences pouvant s’étaler sur plusieurs décennies. L’histoire montre que nous n’avons rien appris des erreurs du passé, p.ex. du scandale du DDT dans les années 1960 et que nous reproduisons les mêmes schémas pour des profits à court terme. Cerise (amère, très amère) sur le gâteau, Frédéric Delbac, de Clermont-Ferrand, spécialiste des micro-organismes nous a informé qu’il est désormais établi que le tant contesté glyphosate est impliqué dans certains dysfonctionnements du microbionte de l’intestin de l’abeille domestique!

De plus, nombre d’études indiquent que ces pesticides utilisés à large échelle et en traitement préventif, comme la pénicilline dans les années 1960 ou en production animale, sont contre-productifs, que les pollinisateurs favorisent dans une mesure importante la productivité des cultures, que des méthodes alternatives sont financièrement plus intéressantes pour les agriculteurs.

Le constat est que nous sommes dépourvus face à l’ampleur de la tâche. Comment réformer les pratiques agricoles engagées depuis plusieurs générations dans une fuite en avant à la recherche de nouveaux produits pour éliminer d’innombrables “pestes”, alors que leur destruction ne fait que libérer la place pour un autre? Comment soutenir une transition vers une agriculture durable, respectueuse de l’environnement, respectueuse des agriculteurs et, en définitive, des consommateurs que nous sommes tous?

Il est minuit moins cinq, réveillons-nous! A nous de convaincre que notre survie passe par des produits sains, une agriculture de proximité, respectueuse des producteurs, valorisant leur travail et leurs produits!

… dernière ligne droite avant Noël pour “L’apiculteur et son élève”…

Une fois n’est pas coutume, je vais vous inciter à la consommation.Si les idées vous manquent, si vous souhaitez soutenir la cause des abeilles, si vous souhaitez faire vraiment plaisir, si vous n’aimez pas les cadeaux convenus, n’hésitez pas : offrez “L’apiculteur et son élève” à vos proches et à vos amis. Je me suis déjà beaucoup exprimé à ce sujet et je ne fais que me répéter: le livre est magnifique. Il retrace l’extraordinaire aventure de François Huber, l’apiculteur aveugle de Genève, et de François Burnens, son habile assistant vaudois, qui ont inventé la ruche moderne et découvert maintes choses nouvelles sur l’histoire naturelle de notre abeille mellifère.

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… en quête du St-Graal…

Comme chacun sait, avec les pesticides, le Varroa, acarien parasite originaire d’Asie, est le principal souci des apiculteurs depuis plusieurs décennies. A part quelques cas isolés et exceptionnels, nos abeilles sont incapables de survivre aux attaques de ce parasite qui en deux ou trois ans provoque la mort des colonies infestées. Pour protéger leurs abeilles de l’effondrement, les apiculteurs du monde entier recourent à des méthodes de lutte, chimiques le plus souvent. En Suisse, (suite…)

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…vous dessinaient une vache…

Etapes 1 et 2: deux formes simples
Etape 3: deux autres formes simple

Quoi de plus simple que de dessiner une vache?

1) Un cercle pour la tête

2) un carré pour le museau,

3) deux croissants de lune pour les cornes

 

Et voilà, en quelques coups de crayon vous avez un dessin identifiable de manière indiscutable comme un animal à cornes, connu universellement sous le nom de “vache”. (suite…)

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