… en quête du St-Graal…

Comme chacun sait, avec les pesticides, le Varroa, acarien parasite originaire d’Asie, est le principal souci des apiculteurs depuis plusieurs décennies. A part quelques cas isolés et exceptionnels, nos abeilles sont incapables de survivre aux attaques de ce parasite qui en deux ou trois ans provoque la mort des colonies infestées. Pour protéger leurs abeilles de l’effondrement, les apiculteurs du monde entier recourent à des méthodes de lutte, chimiques le plus souvent. En Suisse, la plupart des pesticides de synthèse sont interdits depuis plusieurs années, en particulier l’amitraze qui est toujours en vente libre en France voisine et que l’on retrouve parfois dans les cires de nos ruches.

L’attitude face au Varroa varie en fonction des objectifs poursuivis. Cakmak&Fuchs (2013) distinguent trois approches “philosophiques” de la question, la “bonne (good)”, la “mauvaise (bad)” et la “moche (ugly)”,

  1. Commençons par la moche. Elle se base sur l’hypothèse de la sélection naturelle. Elle propose de renoncer à toute intervention et de laisser la nature faire ses oeuvres, jusqu’à ce que les abeilles trouvent la parade (ou pas). C’est une approche cynique, la politique de la terre brûlée en somme. Mais aussi une approche rationnelle pour peu que l’on prête quelques vertus à la théorie de Darwin. En plus, cela semble marcher : plusieurs exemples sont documentés. Pourtant quel déboire, quel crève-coeur que de sacrifier des milliers de colonies à la voracité du parasite pour le plaisir de voir ne survivre que quelques colonies résistantes! Et ce n’est évidemment pas facile à accepter pour les professionnels dont les revenus dépendent des abeilles.
  2. Passons à la mauvaise. C’est la stratégie inverse, celle de l’interventionnisme systématique qui vise à mettre en oeuvre une batterie de mesures de protection et de traitements, une approche similaire à celle de l’industrie fruitière où on peut appliquer jusqu’à 35 traitements annuels pour obtenir des pommes, belles, au calibre idéal et sans tâches et aux couleurs à faire pâlir d’envie Eve et Blanche-Neige réunies. Elle est qualifiée de mauvaise, car elle préconise des traitements indiscriminés, qui, toujours du point de vue de la sélection naturelle, préserveront indistinctement colonies susceptibles et résistantes, masquant les propriétés souhaitées de ces dernières et ne laissant en définitive aucune chance de trouver des abeilles naturellement résistantes à Varroa.
  3. La troisième qualifiée de bonne, préconise une voie médiane, à savoir de ne traiter que les colonies fortement infestées pour les sauver à court terme. Quant à celles qui montrent des capacités à s’opposer à la croissance incontrôlée des populations du parasite, on va d’une part renoncer à les traiter, mais on va favoriser leur reproduction et les utiliser pour produire des filles dont on espère qu’elles vont démontrer les mêmes caractéristiques que leurs mères face à Varroa. Ces reines seront ensuite transférées dans les colonies susceptibles préalablement sauvées par les traitement pour remplacer des reines aux caractéristiques peu appréciées. Il s’agit donc d’une approche de sélection artificielle, telle que celle pratiquée depuis le néolithique dans la domestication des plantes et des animaux et dont Darwin s’est largement inspiré pour formuler sa théorie de la sélection naturelle.

Situation en Suisse La stratégie de lutte préconisée en Suisse par la station de recherche apicole d’Agroscope à Liebefeld près de Berne entre clairement dans la seconde catégorie. Elle recourt à l’utilisation d’acides organiques, en particulier l’acide formique (une substance produite naturellement par les fourmis comme moyen de défense), l’acide lactique (produit par des bactéries dans la fermentation du lait ou dans nos muscles lors de crampes) ou encore l’acide oxalique (substance que l’on trouve dans diverses plantes, par exemple dans la rhubarbe). Dans cette stratégie de lutte, on traite deux fois par an à l’acide formique après la récolte du miel et une troisième fois en hiver à l’acide oxalique lorsque les abeilles sont en repos. Cette méthode de lutte contre le varroa est aussi admise en production biologique.

Modèle de masque à gaz recommandé pour l’application du traitement par sublimation à l’acide oxalique

Les acides sont-ils inoffensifs? Quid de ces produits dans les miels et autres produits de la ruche ? La communication officielle argumente qu’il s’agit d’acides naturels, qui se trouvent aussi naturellement dans le miel, les produits lactés et la rhubarbe. De plus, le discours s’appuie sur l’argument que ces produits sont sans danger, qu’ils s’éliminent automatiquement par évaporation et ne s’accumulent pas dans les produits de la ruche. Ces  problématiques ont été peu étudiées et sont généralement non-testées.

Dans les faits, ces acides sont hautement toxiques, y compris pour la santé humaine. Ils sont utilisés à très forte concentration dans les ruches (60-80%) et diffusés à l’aide d’appareils ad-hoc. On recommande à l’apiculteur/rice de porter des gants, de se protéger les yeux et de porter un masque pour éviter d’inhaler les émanations toxiques lors des manipulations de ces acides.

Comparée aux substances chimiques de synthèse les plus efficaces et désormais interdites, l’efficacité de ces traitements aux acides est très élevée, de l’ordre de 80 à 95%. L’action des acides sur Varroa est cependant mal connue. Ce sont non seulement des acarides (qui tuent les acariens comme Varroa), mais aussi de puissants insecticides. Leur intérêt contre Varroa réside essentiellement dans la plus grande sensibilité des acariens, ce qui nécessite des dosages bien contrôlés pour éviter de tuer également les abeilles elles-mêmes. L’acide formique est utilisé en été, car il atteint aussi les varroas qui se reproduisent dans le couvain, alors que l’acide oxalique est réservé aux traitements d’hiver lorsqu’il n’y a plus de ponte et que tous les varroas sont en phase phorétique, c’est-à-dire fixés sur les abeilles ouvrières. Les traitements ne sont pas aisés à exécuter. Ils nécessitent des précautions particulières et une expertise personnelle, car les dosages dépendent aussi de la taille de la colonie et surtout de la température extérieure. L’un des principaux écueils est la perte de reines qui peut facilement atteindre 20% si les conditions et l’application des produits ne sont pas optimales.

La quête du Graal Inutile d’ajouter qu’un objectif de l’apiculture contemporaine réside dans les efforts de sélection d’abeilles qui soient sinon résistantes, tout au moins tolérantes, au parasite, de manière à pouvoir continuer à élever des abeilles sans traitement chimique. De nombreux apiculteurs et instituts de recherche s’y emploient depuis plusieurs décennies. Malgré des pistes intéressantes, des résultats prometteurs, leur mise en oeuvre à large échelle dans la pratique apicole est pour le moment prématurée. Cette quête du Graal était le thème principal des Journées d’étude de l’ANERCEA (Association Nationale des Eleveurs de Reines et des Centres d’Elevage Apicole) qui se sont déroulées les 20 et 21 novembre 2018 à Forbach (prononcé « Forbac ») en Lorraine. Plus de 400 participants ont participé aux débats, en provenance essentiellement de France, Belgique, Italie, Luxembourg, Suisse.

Le modèle génétique de Paul Junkels

Inséminations artificielle d’abeilles VSH  En Europe centrale, les pionniers s’inspirent de découvertes faites aux USA sur des comportements hygiéniques particulièrement développés dans certaines souches d’abeilles et connues sous le nom de VSH (pour Varroa sensitive hygiene). Ils sont emmenés, entre autres, par l’américain de Toulouse, John Kefuss, le luxembourgeois Paul Jungels, et de nombreux passionnés. Ces praticiens ont lancé divers programmes de sélection sophistiqués. Celui de Paul Jungels (déjà évoqué dans l’article étaient en congrès) est basé sur l’insémination artificielle de reines de haute qualité par des mâles issus de souche également soigneusement choisies. L’insémination par un seul mâle (au lieu de fécondations multiples par plusieurs mâles dans les conditions naturelles), permet de mieux contrôler la contribution des mâles et de réduire la variabilité des phénotypes dans la progéniture. Ces méthodes essaiment depuis quelques années dans les pays avoisinants (Allemagne, Belgique, France et Suisse).

Sélection dans les amandiers en Californie Une approche plus simple et tout aussi prometteuse est en train d’être développée en Californie par Randy Oliver. Apiculteur professionnel, auteur d’une page web intitulée Scientific Beekeeping, Randy est une personnalité très connue aux USA. Il écrit régulièrement dans la revue American Bee Journal. Il était invité comme orateur principal aux journées de l’ANERCEA. Il a présenté la méthode qu’il est en train de mettre au point depuis deux ans pour sélectionner des abeilles tolérantes au Varroa. Bien que partageant les objectifs des sélectionneurs européens, Randy n’est toutefois par sur la même ligne. En américain typique et praticien à la tête d’une exploitation de plusieurs milliers de colonies consacrées essentiellement à la fécondation des amandiers, il privilégie les approches pragmatiques. Pas de temps pour les longues généalogies de souches sélectionnées, ni pour les théories compliquées, ni pour les questions de pureté des races. Tout est dans la pratique et l’efficacité. Et les résultats suivent.

Voici en quelques points sa méthode :

  1. Quatre objectifs de sélection
    • Productivité en miel
    • Douceur
    • Survie à l’hivernage
    • Tolérance au Varroa
  2. Formation de nuclei et sélection de reines tolérantes

    • Création de nuclei au retour de la saison des amandiers
    • Traitement à l’acide oxalique pour éliminer les varroas phorétiques avant l’apparition de couvain
    • Introduction de reines sélectionnées pour ces quatre objectifs
    • Tests d’infestation à intervalles réguliers (4 entre avril et décembre) par lavage d’échantillons d’abeilles nurses à l’alcool
    • Traitement des nucléi dépassant un taux d’infestion supérieur à 3% (>3 varroa pour 100 abeilles)
    • Elimination des reines dans les colonies dont les taux d’infestation sont extrêmes
    • Elevage de reines à partir de colonies ne nécessitant aucun traitement pour la prochaine saison de nuclei
  3. Résultats prometteurs
  4. durant les deux années d’étude, le taux de reines ne nécessitant pas de traitement est de 2 à 4 %, soit de 30 à 60 reines de qualité supérieure parmi les 1500 nuclei produits et testés annuellement par Randy
  5. Randy estime qu’il faudra 6 générations pour obtenir 100% de reines présentant les caractères souhaités
  6. Mais pas encore de réduction du nombre de traitements
    • Randy est passé aux traitements aux acides formique et oxalique
    • il applique toujours 4 traitements par année

Durant la seconde matinée, Randy a donné une présentation sur sa méthode d’élevage. Il a également présenté ses résultats avec les traitements à l’acide oxalique imprégnée dans la glycérine, une méthode récemment mise au point en Argentine et commercialisée sous forme de bandelettes à introduire dans la ruche.

L’abeille noire en Suisse

La matinée du second jour s’est terminée par une passionnante présentation de Gabriele Soland. Après un survol de la distribution des populations résiduelles de l’abeille noire, Apis mellifera mellifera, qui occupait originellement la plus grande partie de l’Europe au nord des Alpes, Gabriele a présenté les projets de conservatoire qui sont en train d’être mis en place en Suisse alémanique. Elle a également évoqué les difficultés de gestion de tels projets, en insistant sur les soucis d’hybridation avec les souches d’abeilles importées pour remplacer la noire du pays et sur les méthodes d’analyse, génétiques en particulier, qu’il est nécessaire d’appliquer pour s’assurer de la pureté des caractères de la race tout en maintenant une abeille douce, productive et bien entendu tolérante à Varroa. Un fascinant projet à découvrir sous mellifera.ch,

 

…vous dessinaient une vache…

Etapes 1 et 2: deux formes simples
Etape 3: deux autres formes simple

Quoi de plus simple que de dessiner une vache?

1) Un cercle pour la tête

2) un carré pour le museau,

3) deux croissants de lune pour les cornes

 

Et voilà, en quelques coups de crayon vous avez un dessin identifiable de manière indiscutable comme un animal à cornes, connu universellement sous le nom de “vache”. (suite…)

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…vous invitaient à revivre l’épopée de deux François, Huber et Burnens ou l’histoire d’une révolution scientifique à Genève à l’époque de la révolution française…

Les abeilles n’ont pas attendu l’élection d’un pape pour célébrer le prénom François. En effet, à la fin du 18ème siècle déjà, deux François, Huber, le fameux savant genevois aveugle, disciple de Charles Bonnet, et Burnens, son non moins remarquable assistant,  jeune paysan vaudois d’Oulens-sous-Echallens, écrivaient l’une des plus belles pages de l’histoire naturelle de l’abeille dite “domestique”. Ensemble, ils vont décrire, entre autres, le vol nuptial de la Reine-Abeille, le massacre des mâles en fin d’été, l’origine de la cire, la fonction du pollen comme nourriture des larves, la construction des cellules et l’architecture du rayon. Comme en passant, ils commencent par inventer un outil de rech (suite…)

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…pourquoi les insectes disparaissent-ils? signez la pétition…

www.declin-des-insectes.ch :

signez et faites signer la pétition pour soutenir l’action du Conseil fédéral dans sa ferme volonté de protéger notre environnement et la biodiversité dans notre pays

La mort des abeilles n’est qu’un symptôme d’un phénomène de beaucoup plus grande envergure. Il semble en effet que non seulement les abeilles, mais la plupart des espèces d’insectes sont en diminution massive depuis une trentaine d’année. On peut le vérifier chaque été par l’effet du “pare-brise” propre, un phénomène dont les moins de trente ans ne peuvent même pas imaginer l’ampleur (cf  L’accent mis sur les insecticides est-il véritablement exagéré? dans ce blog).

Ainsi, quand j’étais gamin, il fallait s’arrêter sur la route des vacances tous les 100 km environ dans une station service pour nettoyer son pare-brise englué de nuées d’insectes écrabouillés. C’était même un petit gagne-pain pour étudiant(e)s.

Une récente étude* tire la sonnette d’alarme: près de le moitié des insectes auraient disparu en Allemagne voisine. Mais qu’en est-il en Suisse? Ne se satisfaisant plus d’un “y’a rien à voir, circulez” un regroupement d’association diverses, dont des amis de la nature, les fédérations apicoles, l’Union suisse des paysans et quelques député(e)s lancent une pétition pour demander que la Confédération helvétique s’intéresse à cette problématique et fournisse  une réponse sur la situation des insectes dans notre pays également.

A quoi bon, me direz-vous, se préoccuper de moustiques, guêpes, hannetons et autres bestioles nocturnes qui n’ont d’autre but dans la vie que de vous piquer quand vous dormez ou quand vous croquez dans une poire trop mûre, ou de se ruer nuitamment dans les ondes de vos merveilleux cheveux parfumés de senteurs enivrantes? Pourtant, vous vous émerveillez devant la grâce d’un papillon, l’assiduité d’une ruche d’abeilles, la poésie émanant d’un vol de lucioles à la nuit tombée et de l’élégance de l’hirondelle. Les guêpes sont cousines des abeilles. Leurs piqures occasionnent une douleur de la même ampleur et ont le même emploi: se protéger des importuns et des prédateurs. Mais voilà, sans moucherons et autres insignifiants insectes, plus d’hirondelles, de martinets, de rouge-gorges, encore mois de mésanges, de pics ou de chauve-souris. A quoi ressembleraient nos prés et nos forêts, sans les anonymes fourmis, cloportes, vermisseaux et autres rampants qui compostent nos déchets organiques, sinon à des tas d’immondices pestilentiels?

Répartition en Suisse du Hanneton commun (Melolontha melolontha). En rouge: observations depuis l’an 2000; en orange: données historiques (antérieures à 2000).

Et pourtant, c’est aussi cela la biodiversité, des nuées d’insectes sur vos lunettes de cycliste, ou même jusque dans votre estomac si vous pédalez et respirez bouche ouverte, sans compter les pollens, plus ou moins bienvenus ou allergènes.

En attendant d’en savoir plus, n’hésitez pas à visiter le site web du Centre suisse de cartographie de la faune (CSCF), qui vous fournira des cartes de répartition de toutes les espèces du pays. La figure ci-jointe donne l’exemple de celle du hanneton commun. Ces cartes reportent en rouge les observations faites depuis le début du 20ème siècle; les observation antérieures sont indiquées orange. Cet insecte peu répandu aujourd’hui était considéré comme un ravageur lorsque j’étais gosse. Les autorités récompensaient ceux qui les capturaient, au même titre que les taupes et les campagnols.

Si ma mémoire est bonne, les chasseurs de hannetons étaient rémunérés au volume (tant par bocal d’un litre). Puis vinrent les premiers épandages par avion dont  les archives RTS nous offrent un saisissant reportage datant de mai 1965.

Premiers épandages aériens d’Endosulfan pour lutter contre les Hannetons en Valais (Archives RTS;1965). Hautement toxique pour les organismes non-cible, dont les abeilles et les poissons, l’endosulfan est interdit depuis 2012. Ce petit film de la RTS est éloquent! En trois minutes, il nous résume 50 ans d’histoire!

On s’interroge alors déjà sur la potentielle toxicité pour les abeilles de l’insecticide utilisé. Sans surprise, la réponse est claire et unanime: le produit est totalement inoffensif pour l’apiculture nous affirme avec conviction un producteur de miel dans le reportage. Sans surprise non plus, cet insecticide, l’Endosulfan, s’est au contraire avéré très nocif pour l’ensemble des organismes non-cible, à commencer par les abeilles, mais aussi pour les poissons et toute la faune aquatique et, bien entendu pour la santé humaine. Il a été progressivement banni dans la plupart des pays développés dès le début des années 2000, avant d’être définitivement interdit sur le plan international en 2012 dans le cadre de la convention de Stockholm. Mais rassurez-vous si vous avez investi dans l’entreprise américaine qui le commercialise, vos revenus sont toujours assurés. Car selon la revendiquée tradition de la responsabilité individuelle prônée par le libéralisme triomphant, les produits à base d’endosulfan sont toujours en vente et sont, entre autres, encore utilisés en Chine et en Inde (source Wikipedia: Endosulfan)

En consultant le site du CSCF, vous constaterez à quel point nos connaissances sur les insectes dans notre pays sont pauvres et lacunaires. La situation est bien plus alarmante encore dans le reste du monde. Suivant les sources, on estime le nombre d’espèces d’insectes sur la planète entre 1 et 100 millions, approximativement. La grande majorité d’entre elles n’ont pas encore été découvertes, ni décrites évidemment. De nombreuses espèces disparaissent avant même d’avoir été découvertes. On estime leur nombre à 26’000 par année, contre 16’000 espèces nouvelles découvertes dans le même laps de temps (source: Planetoscope).

Si comme moi vous êtes nostalgique des pare-brise englués, que vous souhaitez connaître l’état de notre faune entomologique, et que vous n’avez pas peur d’ingurgiter un moucheron au guidon de votre vélo, signez et faites signer la pétition:

www.declin-des-insectes.ch

* Référence:

Halmann et al. (2017) : More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas

PLOS/one: https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0185809

…en appelaient à Emmanuel Macron pour faire interdire les néonicotinoïdes…

Monsieur le Président de la République Française,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres du gouvernement français,

Mesdames et Messieurs les député(e)s à l’Assemblée nationale,

Lors du 21ème Congrès de l’UNAF (Union nationale d’apiculture française) en octobre 2016 à Clermond-Ferrand, Mme Ségolène Royal, alors ministre de l’environnement du précédent gouvernement français, avait annoncé la prochaine interdiction des néonicotinoïdes et de tous les pesticides en agriculture. Près de deux ans plus tard, le débat est toujours vif entre les défenseurs d’une planète favorable à l’épanouissement du vivant et les marchands de produits phytosanitaires, qui malgré les preuves qui s’accumulent, continuent à en nier la dangerosité.

Depuis votre accession au pouvoir, la France a repris un rôle exemplaire dans bien des domaines. Un espoir formidable est né, y compris dans le domaine de la protection des conditions de vie sur terre, préalable à toute prospérité à long terme. Les meilleurs scientifiques s’accordent à dénoncer la dangerosité des néonicotinoïdes sur la santé des abeilles et lancent, sous forme d’une tribune, un appel que nous reproduisons ci-dessous. Cet appel est soutenu par plusieurs dizaines de personnalités en France et plusieurs centaines de scientifiques dans le monde entier. Gouverner c’est prévoir, mais c’est aussi faire preuve de vision et de courage, ce dont vous et votre gouvernement ne manquez pas.

Tribune Néonicotinoïdes

Monsieur le Président Emmanuel Macron, Madame et Messieurs les Ministres Nicolas Hulot, Agnès Buzyn et Stéphane Travert, ne sabordez pas la loi sur leur interdiction !

Les insecticides néonicotinoïdes constituent avec certitude une des pires menaces pour la biodiversité planétaire : pour enrayer la catastrophe écologique en cours, il est impératif de les interdire définitivement, dès maintenant.

Cette petite famille d’insecticides neurotoxiques est parmi la plus toxique jamais synthétisée. Utilisés de manière préventive, les néonicotinoïdes représentent près de 40% du marché mondial. Ils sont très persistants, contaminent tout l’environnement (plantes, air, sols, eaux) et empoisonnent tous les invertébrés. De plus, ils finissent dans nos verres et nos assiettes alors que des études montrent des impacts sur la santé humaine lors d’une exposition chronique [1].

En effet, en dépit des dénégations des firmes qui les produisent, les néonicotinoïdes possèdent une écotoxicité inégalée pour les insectes qui aurait dû empêcher leur homologation pour un usage systématique en agriculture. Ces insecticides systémiques rendent les plantes traitées nocives pour les espèces bénéfiques, mais aussi les plantes alentour ou les plantes à venir. Les premiers impacts concernent toute l’entomofaune, à commencer par les pollinisateurs.

Dès leur arrivée sur le marché français, les premiers dommages ont été rapportés par les apiculteurs sur les floraisons de tournesol puis, au fur et à mesure de leur usage grandissant, sur les autres cultures. Le même phénomène s’est produit en 2006 en Amérique du Nord avec le Colony collapse disorder (CCD), alors que le marché américain ne s’est véritablement lancé sur les néonicotinoïdes que l’année précédente [2].

Depuis plus de vingt ans la communauté scientifique sans conflit d’intérêt n’a cessé de lancer des alertes. La dernière initiative est une lettre ouverte de 233 scientifiques internationaux publiée le 1er juin dernier dans la revue Science. Or les quantités de ces insecticides n’ont cessé d’augmenter, alors que les chercheurs accumulaient les preuves de leur toxicité et de leurs impacts aussi graves qu’inacceptables sur les écosystèmes [3]. Plus largement l’état de la biodiversité est maintenant critique : effondrement des trois quarts de la biomasse des insectes volants en 27 ans [4] ; menace sur la pollinisation des trois quarts des cultures qui font la diversité de notre alimentation. Ces chiffres attestent d’une catastrophe en cours.

Parce que l’avifaune est très majoritairement insectivore, la raréfaction des insectes a déjà généré la disparition d’un tiers de nos oiseaux des champs [5]. Aux Pays-Bas, les impacts de la contamination des cours d’eaux à l’imidaclopride réduisent chaque année les populations d’oiseaux communs [6]. Où sont nos moineaux, alouettes et hirondelles ? Nous pouvons envisager les mêmes effets chez les reptiles et les amphibiens [7].

La France a pris une position pionnière pour la sauvegarde de la biodiversité planétaire avec la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages et l’amendement sur l’interdiction des néonicotinoïdes. Cette interdiction doit entrer en vigueur le 1er Septembre 2018. Cet engagement a été élargi dans le « Plan biodiversité » présenté début juillet, dont l’action 23 entend interdire « tous les insecticides contenant une ou des substances actives présentant des modes d’action identiques à ceux de la famille néonicotinoïdes ».

Il est en effet primordial que les effets toxiques de ces néonicotinoïdes cessent aussi vite et aussi complètement que possible. Il est donc essentiel qu’aucune dérogation d’aucune sorte ne soit négociée.

Monsieur le Président Emmanuel Macron, Madame et Messieurs les Ministres Nicolas Hulot, Agnès Buzyn et Stéphane Travert, alors que l’Union Européenne, la Suisse, le Canada et les Philippines prennent des mesures qui suivent celles de la France, notre pays doit rester un modèle pour le monde entier en appliquant une interdiction ferme et définitive aux pesticides néonicotinoïdes !

Mieux, il s’agit d’une opportunité pour enclencher une mutation définitive vers une agriculture de qualité et respectueuse de l’environnement. Investissez, soutenez et développez les alternatives non chimiques aux pesticides : elles existent [8] ! Prétendre que l’absence d’alternative ne permet pas de se passer de ces pesticides n’est plus recevable. C’est l’acharnement à poursuivre qui est irresponsable.

Le futur intrinsèquement mêlé de la biodiversité et de l’humanité se joue ici et maintenant.

[1] Cimino et al, 2016, doi: 10.1289/EHP515

[2] Douglas & Tooker, 2015, doi: 10.1021/es506141g

[3] Simon-Delso et al, 2015, doi: 10.1007/s11356-014-3470-y

[4] Hallmann et al, 2017, doi: 10.1371/journal.pone.0185809

[5] Études CNRS & MNHN, 2018

[6] Hallmann et al, 2015, doi:10.1038/nature13531

[7] Pisa et al, 2017, doi: 10.1007/s11356-017-0341-3

[8] Furlan et al, 2018, doi: 10.1007/s11356-017-1052-5

 

Signataires

François Ramade, Professeur Émérite d’Écologie et de Zoologie à l’Université de Paris-Saclay, Président d’Honneur de la Société Française d’Écologie et de la Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN)

Maarten Bijleveld van Lexmond, Biologiste et conservateur, ancien CEO de la Commission d’Écologie de l’UICN, Président de la Task Force on Systemic Pesticides (TFSP)

Rémi Luglia, Historien associé à l’université de Caen, Président de la Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN)

Gilles Lanio, Apiculteur, Président de l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF)

Allain Bougrain-Dubourg, Président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)

Frank Alétru, Président du Syndicat National d’Apiculture (SNA)

Agnès Michelot, Enseignant-chercheur à l’université de La Rochelle, Présidente de la Société Française pour le Droit de l’Environnement (SFDE)

Michel Dubromel, Président de France Nature Environnement (FNE)

Christophe Eggert, Directeur de la Société herpétologique de France (SHF)

Christian Arthur, Président de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM)

Audrey Pulvar, Présidente de la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH)

Isabelle Autissier, Présidente du WWF France

Jérôme Dehondt, Porte-parole paysan du Mouvement inter-régional des AMAP (MIRAMAP)

Jean-François Julliard, Directeur de Greenpeace France

Laurent Péru, Président de l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie)

Julie Potier, Directrice générale de Bio Consom’Acteurs

Nicolas Girod, Secrétaire national de la Confédération paysanne

Gilles Huet, Délégué général de Eau et Rivières de Bretagne

François Veillerette, Directeur de Générations Futures

Henri Rouillé d’Orfeuil, Académie d’agriculture de France

Jacques Caplat, Secrétaire général d’Agir Pour l’Environnement

Françoise Vernet, Présidente de Terre et Humanisme

Arnaud Apoteker, Délégué général de Justice Pesticides

Béatrice Robrolle, Présidente de Terre d’abeilles

Marc Giraud, Écrivain et chroniqueur animalier, Président de l’Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS)

Quentin Deligne, co-porte-parole de la Fédération Française des Apiculteurs Professionnels (FFAP)

Plaidoyer pour la recherche, y compris en pédagogie

Dans un récent billet, Suzette Sandoz, s’interroge sur l’engouement et la fascination d’un jeune bachelier, futur médecin, pour le charme irrésistible de la recherche. Sous entendu, les jeunes feraient peut-être mieux d’apprendre un vrai métier, de le pratiquer, plutôt que de rêver de recherche, de facilité et de célébrité. Puis de s’en prendre aux crédits attribués à la recherche dans l’éducation et d’inciter les parlementaires vaudois à y regarder de plus près avant de passer au vote des budgets… C’est bien écrit, percutant, l’ironie, arme imparable, est malheureusement mise au service de la démagogie… Bref, rire au détriment des ayathollah de la pédagogie est un plaisir dont on ne se lasse pas dans les anciens baillages bernois…

Et pourtant! Quoi de plus beau que l’ambition d’un jeune homme à apprendre la médecine, puis de l’approfondir, pour ensuite dépasser les connaissances de ses maîtres et enfin contribuer à améliorer la santé de ses compagnons de misère, lors de leur court passage de vie sur terre. Car la recherche, c’est avant tout se poser des questions,  maintenir sa curiosité en éveil, se remettre en question et ne pas se reposer sur les lauriers de ses prédécesseurs.

Personne ne songe à remettre en cause le rôle de la recherche en physique, en biologie, en pharmacologie ou encore en agronomie. Et pourtant, dans les années 1990 des politiciens éclairés et inspirés des mêmes préceptes ont décimé la recherche sur les abeilles en Suisse – fil rouge du présent blog. Avec les menaces sur la santé des abeilles, nous nous sommes retrouvés confrontés 20 ans plus tard à d’énormes problèmes et à une absence de relève scientifique pour affronter ces défis.

Il en va de même dans tous les domaines, y compris en pédagogie. Que seraient nos écoles sans les esprits éclairés et précurseurs des lumières et de leurs successeurs du 19ème siècle? On connaît bien les Rousseau,  Fellenberg, Pestalozzi et consorts. On connaît moins Anne-Marie de Molin, fille du célèbre savant aveugle et apiculteur de Genève, François Huber. Elle est l’auteure d’un opuscule de 37 pages publié en 1829 et intitulé Quelques pensées sur l’éducation des femmes. C’est à son instigation que l’on doit la fondation de  l’école Vinet, institut pour jeunes filles fondé en 1834 à Lausanne, puis d’une autre institution féminine à Paris. Où en serions-nous sans ces précurseurs éclairés? Probablement dans un système d’éducation encore basé sur les châtiments corporels, dans des classes à cinquante élèves, de tous niveaux et exclusivement masculins…

En tant qu’élu, responsable du dicastère des écoles dans ma commune, je suis à chaque fois éberlué par la maturité, le niveau d’intelligence sociale et humaine des jeunes enseignant(e)s qui viennent se présenter pour re-pourvoir un poste vacant. Evidemment, les méthodes d’enseignement changent, les objectifs également, mais les conditions auxquelles les enseignants sont confrontés ne sont plus mêmes que celles que nous avons connues. Et si nos hautes écoles sont perfectibles – mais elles n’existent que depuis quelques années après tout-, elles forment des enseignant(e)s étonnamment aptes et bien préparé(e)s à répondre à ces nouveaux défis.

Est-il toujours primordial de réciter des tables de multiplication, alors qu’on a dans la poche un smart-objet qui vous fournit des réponses exactes à tous vos calculs, à plusieurs décimales près si nécessaire? Est-il toujours essentiel de maîtriser à la perfection une orthographe figée, alors que les langues sont vivantes et évoluent et que le même smart-objet vous corrigera au besoin et vous fournira même une traduction dans n’importe quelle langue si vous souhaitez communiquer avec une personne qui ne parle pas la vôtre?

Comment relever ces défis sans se poser les bonnes questions, y chercher des réponses et accorder des crédits dans cette optique? Refuser de s’y confronter, se contenter de répéter ce que nos aînés nous ont appris, c’est le début de la sclérose. La sclérose est un moyen utile pour renforcer un organisme vieillissant, incapable de se rajeunir. Mais elle le rend aussi plus rigide et plus fragile. A l’encontre des organismes vivants qui ne savent survivre qu’en vieillissant, les institutions humaines sont capables de rajeunissement, et ce rajeunissement passe par un questionnement, la recherche de nouvelles solutions, de réponses adaptées à un monde en changement.

 

Coupe du monde : prime aux comportements voyous

A quelques heures de la probable qualification de l’équipe suisse pour les huitièmes de finale, voici un billet qui sort du thème de ce blog habituellement consacré aux abeilles et qui ne me vaudra guère de commentaires sympathiques… mais qu’importe, la colère est trop grande…

Que l’on soit ou non un/e fan de foot, impossible d’échapper à l’émotion que provoquent (suite…)

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… se dotaient d’une “app” pour compter les Varroa…

Björn Lagerman, initiateur du projet

Les fantastiques progrès réalisés récemment dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) profitent désormais aussi aux apiculteurs et aux abeilles. On connaît depuis quelques années, les ruches connectées. Mais ce que nous propose le projet BeeScanning.com, animé par l’apiculteur suédois Björn Lagerman, est d’un autre calibre. En effet, ce groupe d’apiculteurs et de scientifiques proposent une application permettant d’évaluer l’état de santé de nos colonies à l’aide de photos prises à d’aide d’un téléphone portable. L’application est simple à utiliser, vous définissez vos paramètres (nom du rucher, souche, no de ruche) et c’est parti. Vous faites quelques photos de vos cadres couverts d’abeilles et vous cliquez sur  “scannez photos”. L’application les analyse en ligne et vous renvoie un diagnostic dans les secondes qui suivent. Ce diagnostic vous indique un niveau d’infestation avec un seuil d’alarme : dès 3% d’infestation, l’application vous conseille d’effectuer un traitement. Elle permet également d’identifier la reine, et dans le futur de détecter les abeilles aux ailes déformées, indice de contamination par le virus du même nom.

Le projet a débuté en 2017 et est encore en développement. L’application et peut être téléchargée gratuitement (android 7.0 et iOS 8.0). Chacun peut participer à améliorer le système en envoyant ses photos, ses commentaires et remarques sur d’éventuelles erreurs. L’application (version Beta =développement) n’est actuellement disponible qu’en anglais et en suédois, mais des traductions sont prévues. Elle vous offre gratuitement un capital de 1000 “tokens” et vous en facture 10 pour chaque analyse.

Le projet a été récompensé par plusieurs prix à l’innovation et devrait être prochainement  soutenu par un financement européen.

Essayez vous-même et faites-moi part de vos remarques…

Page web : BeeScanning.com

…glyphosate… mourir pour mûrir… petite histoire d’une agriculture que l’on fait marcher sur la tête…

L’utilisation du glyphosate comme méthode de préparation des champs avant semis est l’une des aberrations les plus choquantes de l’agriculture moderne. Pensez-donc, plutôt que de labourer les terres selon la méthode traditionnelle, l’industrie agro-chimique a réussi à convaincre le monde agricole et ses techniciens de préparer les champs en éliminant chimiquement toute trace de végétation avant les semis à l’aide d’un herbicide total, le fameux glyphosate.

Traiter avec un herbicide total pour faire pousser des plantes, voilà (suite…)

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…15 miels sur 16 contaminés par le glyphosate en Suisse…

Disons le d’emblée, c’est un rapport décevant que nous a offert, ce 9 mai 2018, le Conseil fédéral*. Intitulé “Etude de l’impact du glyphosate en Suisse“, le rapport délivre, enfin, les conclusions de nos autorités en réponse au Postulat*** de la “Commission de la science, de l’éducation et de la culture” du Conseil national ** du 6.11.2015, soit un peu plus de 2 ans après l’avoir accepté le 27.01.2016. Rappelons que le dépôt de ce postulat est intervenu suite à la démonstration de présence de glyphosate dans les urines de près de la moitié de la population européenne, y compris en Suisse (cf émission RTS A bon entendeur (ABE) du 29.09.2015). Qu’apprend-on dans ces 15 pages? Qu’il n’y a aucun danger de santé humaine pour la population, car les doses sont infimes! Mais pour nous, apiculteurs, la très mauvaise nouvelle c’est que la plupart de nos miels sont contaminés.

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