… modifiaient la constitution… chap. II

Il y a quelques semaines, j’évoquais ici (cfle billet  et si les abeilles modifiaient la constitution, Chap. I), l’initiative populaire de Future 3.0, “Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse”. C’était alors la dernière ligne droite pour récolter les 100’000 paraphes nécessaires. Vous trouvez ci-dessous le message de remerciement des initiants qui invitent toutes les personnes qui soutiennent le texte à une petite fête qui aura lieu vendredi 25 mai 2018 à 13h30 à Berne sur la Place fédérale (suite…)

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…garnissaient les rayons de nos super-marchés…

Le quotidien allemand “Frankfurter Allgemeine” rapportait hier 14 mai 2018 que la chaîne de supermarchés allemande “Penny” s’est livrée à l’intéressante expérience suivante:

“Penny retire de ses rayons tous les produits provenant des abeilles”

Le discounter découvre la pollinisation: une filiale a trié et retiré tous les produits qui n’existeraient pas sans la performance des insectes. Et soudain, le supermarché était vide…

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…vous parlaient d’Einstein et de fake news propagées par un prix Goncourt…

En nommant ce blog “et si les abeilles” et en publiant mon premier billet en 2015, j’avais bien évidemment en tête la fameuse citation soi-disant attribuée à Albert Einstein : “si les abeilles disparaissaient, l’humanité n’aurait plus que quatre ans à vivre“. En choisissant ce titre, que je trouvais séduisant et percutant, j’en suis naturellement venu à me poser la question de la véracité de la citation. Comme je ne savais qu’en penser, c’est en quelques clics, que la question fut résolue, croyais-je naïvement à l’époque. En effet, une page web intitulée “Einstein et les abeilles : sur la piste d’une intox” expliquait avec convaincantes citations et force arguments qu’Einstein n’aurait jamais prononcé une telle phrase. Pour moi la question était réglée, j’étais convaincu et je citais cette référence à l’appui de ma prise de position sur le sujet.

Mais  ne voilà-t-il pas qu’il y a quelques jours, qu’écoutant par hasard l’émission culturelle Vertigo du 5 avril 2018 diffusée sur notre chère “RTS la Première”, j’entends l’invité, Didier van Cauwelaert, (min 7-8 sur les 40 de l’interview) j’entends prononcer, entre autres élucubrations dans le domaine du surnaturel, les propos suivants : “On sait que le dernier combat d’Einstein, c’était le sauvetage des abeilles. C’était la prise de conscience. Et cela il l’a vraiment dit. Sur Internet, des gens qui sont liés à Monsanto et compagnie font croire que la fameuse phrase d’Einstein est une invention des écologistes. (suite…)

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…modifiaient la constitution …chap. I

La démocratie serait, nous disent les philosophes, née dans la Grèce antique. Non! rétorque le biologiste T. Seeley:  les abeilles ont inventé la démocratie bien avant l’apparition de l’Homo “sapiens” sur la planète Terre (cf Quand les abeilles s’assemblent en Landsgemeinde).

Et voici qu’en 2016, quelque défenseurs des abeilles (mais également défenseurs de notre santé et de notre qualité de vie) , lançaient sur les rives du Lac de Neuchâtel une initiative populaire visant à inscrire dans la Constitution helvétique l’interdiction de l’utilisation de pesticides de synthèse dans notre agriculture. Qualifiés d’idéalistes et de doux rêveurs par les instances officielles des organisations agricoles défendant l’idéologie dépassée d’une agronomie à la dérive et prônant le “tout chimique”, voici que ces doux rêveurs sont sur le point d’aboutir… En effet, à quelques semaines de l’échéance officielle, le nombre de paraphes nécessaires est atteint ou presque atteint.

Etonnament, l’initiative a été peu relayée par les organisations apicoles du pays. Présentée lors de diverses assemblées locales, elle fait actuellement un tabac, comme lors de l’assemblée annuelle de SAR (Société d’apiculture romande) à Lullier qui a réuni une centaine de personnes représentant les associations apicoles de Romandie. L’assemblée fut ponctuée par une conférence du Prof. Jean-Marc Bonmatin (dont les principaux éléments sont décrits ci-dessous) et une invitation à signer l’initiative, invitation soutenue par le comité de la SAR  que nous remercions.

Si vous ne l’avez pas encore signée, il est encore temps. Téléchargez-la sur la page “Future 3.0“), signez-la, faites-la signer par vos amis et renvoyez-la au comité d’initiative avant le 30 mars 2018, ou validée par votre commune de domicile avant le 31 mai.

Et s’il est encore besoin d’être convaincu, voici un compte-rendu succinct de la conférence de Jean-Marc Bonmatin du 17.03.2018 à Lullier, GE.

Sous une apparence décontractée (pull de montagne, sous lequel on devinait une stricte chemise/cravate),  J.-M. Bonmatin fut comme à son habitude, excellent: simple direct, pédagogique, vulgarisateur, mais sans concessions. Après un bref rappel de la nature chimique et du mode d’action des principaux néonicotinoïdes, il a fait une synthèse des connaissances scientifiques sur le domaine.

Mode d’action: Les néonicotinoïdes sont des molécules de synthèse reposant sur diverses combinaisons de deux molécules organiques naturelles de base, la nicotine (alcaloïde bien connu) et l’acétylcholine (un neuromédiateur de la transmission des influx nerveux entre les cellules). Ils entrent en compétition avec les médiateurs naturels et provoquent la paralysie et la mort des insectes.

Quelques chiffres sur la toxicité des néo-nicotinoïdes pour les abeilles:

Quantité répandue sur la planète par année 20’000 tonnes
Dose répandue en traitement classique (pulvérisation en plein champ) 0.5 kg /ha (=0.05 g/m2)
 Dose sous forme de graines (graines enrobées)  0.1 kg/ha (=0.01 g/m2)
Toxicité aigüe:  DL50 (dose provoquant une mortalité de 50% des abeilles en une seule exposition)  3-5 ng/abeille
 Toxicité subléthale à dose chronique (exposition répétée sur 10 jours) 0,1 ng / abeille (ng=nanogramme) c’est-à-dire 10-10g, ou encore 0,0000000001 g/abeille)
Nombre de molécules de néonicotinoides dans le système nerveux d’une abeille intoxiquée à 1 ng/g  2,3 millions
Nombre d’abeilles qui pourraient potentiellement être tuées par les 20’000 tonnes de néonicotinoïdes utilisés annuellement 5 milliards de milliards d’abeilles, c’est-à-dire 5 *109 * 109= 5 * 1018, ou 5’000’000’000’000’000’000 d’abeilles individuelles

 

Une toxicité aigüe 10’000 fois supérieure à celle du DDT: pour faire simple, la toxicité de ces molécules est grosso modo 10’000 fois plus grande que le DDT, insecticide des années 1950. C’est à dire qu’on obtient un effet équivalent avec une quantité de substance 10’000 fois moindre. Répandu à vau-l’eau dans le monde entier, le DDT a été banni depuis, mais reste néanmoins encore utilisé dans certains pays en développement dans la lutte contre le paludisme.

Une détection difficile: Comme ces molécules ont des effets à très, très basse concentration, il est nécessaire de développer des méthodes très raffinées, que Bonmatin compare à trouver une pièce de dix centimes dans la masse de la Tour Eiffel. C’est donc un exploit technique que les scientifiques de l’environnement ont dû réaliser pour mettre au point des techniques permettant d’identifier ces substances aux basses concentrations affectant les insectes.

Une action systémique: les néonicotinoïdes font partie des pesticides systémiques, c’est-à-dire qu’ils colonisent les tissus des plantes qu’ils sont censés protéger contre les insectes herbivores, des racines au sommet des plantes. Ainsi, on les retrouve aussi dans le nectar des fleurs et dans le pollen butiné par les abeilles.

Synergie entre les molécules ou effet “cocktail”: non seulement ces molécules sont efficaces à de très faibles doses, mais souvent on en détecte plusieurs présentes simultanément dans les mêmes échantillons, typiquement de 3 à 5. Les chercheurs ont démontré que dans ces conditions, les effets étaient nettement supérieurs à l’effet simplement additionné des molécules prises séparément. Ce qui signifie qu’en “cocktail”, des molécules sont efficaces à des doses nettement inférieures aux doses habituelles déjà très basses.

Une rémanence importante dans les sols: une part importante (jusqu’à 98%) se déposent et s’accumulent dans les sols, d’où ils s’écouleront dans les eaux de ruissellement. Leur durée de vie et d’action peut atteindre plusieurs années suivant les molécules considérées.

Une hécatombe pour les espèces non-cibles: du fait de leur mode d’action, les néonicotinoïdes affectent de manière indiscriminées de nombreuses espèces non-cibles d’insectes et d’arthropodes terrestres et aquatiques qui disparaissent dans la plus totale indifférence. Même les vers de terre sont affectés, car ils perdent leur capacité à creuser des tunnels dans la terre. Les oiseaux sont également touchés de manière directe, mais surtout indirecte, car la survie de leurs nichées dépend dans la plupart des cas de l’abondance en larves d’insectes dont ils nourrissent leurs petits.

Contamination généralisée dans l’environnement et dans les produits de la ruche: pour peu qu’on les recherche, on retrouve des néonicotinoïdes dans la plupart des écosystèmes agricoles, et bien entendu dans le nectar et le pollen des fleurs butinées par les abeilles, mais également dans les produits de la ruche, le miel en particulier, et parfois à des concentrations supérieures à la toxicité aigüe pour les abeilles.

Synergie avec le varroa: Bonmatin a également présenté des résultats démontrant que les colonies d’abeilles soumises aux néonicotinoïdes présentaient des populations de Varroas plus élevées que des colonies non exposées à ces pesticides.

Effets sur la santé humaine: Bonmatin a enfin énuméré quelques publications récentes faisant un lien entre ces insecticides et la santé humaine. On n’en est qu’aux balbutiements dans ce domaine, mais de premiers résultats indiquent que les nénonicotinoïdes affecteraient des fonctions essentielles du développement du système nerveux humain durant la grossesse. Un lien aurait aussi récemment été établi entre le Fipronil (un insecticide non-néocotinoïde, mais très utilisé) et la maladie d’Alzheimer. En 2014, au Japon, 90% des personnes présentaient aux moins 4 néonicotinoïdes détectables dans leurs urines.

Aucune utilité en agriculture et économiquement défavorables pour les producteurs: mais la plus énorme des découvertes récentes est celle de l’absence d’efficacité de ces produits en agriculture intensive. En effet, l’argument le plus répandu opposé à leur banissement est celui de l’effondrement de la productivité de l’agriculture, en l’absence de produit de traitement alternatif.

Des études sur le rendement agricole des récoltes où ces pesticides sont le plus utilisées (soja, maïs, riz) démontrent que les rendements sont peu différents avec ou sans usage de néonicotinoïdes, mais qu’en revanche, les revenus pour le producteur sont nettement plus élevés (jusqu’à 2 à 3 fois) en l’absence de pesticides et ceci pour deux raisons:

  1. l’agriculteur économise le prix du produit et de son application (machines et main d’oeuvre)
  2. l’agriculteur vend à bien meilleur prix des produits exempts de pesticides

Bonmatin cite également l’exemple d’un groupe d’agriculteurs du nord de l’Italie exploitant 53’000 ha de maïs et qui se sont associés en syndicat depuis quelques années. Ils ont créé une forme d’assurance mutuelle afin de dédommager les 4% de pertes de récoltes dues aux ravageurs des cultures en l’absence de pesticides. L’assurance leur coûte 3,5 Euro/ha, contre 40 Euros/ha pour les pesticides.

Ainsi, l’argument de l’effondrement de la productivité en l’absence de néonicotinoïdes est balayé et l’alternative est simple: renoncez aux traitements et vous vous en sortirez mieux, économiquement parlant. Mais également votre santé et celle des acheteurs de vos produits en bénéficiera.

Optimiste malgré tout: malgré ce panorama peu réjouissant, Jean-Marc Bonmatin reste optimiste et confiant dans l’avenir. Fier de son pays, Bonmatin note avec satisfaction que la France prend les devants et que l’usage de néonicotinoïdes y sera proscrit dès septembre 2018. La Chine, où l’on ne fait pas les choses à moitié, aurait également réduit de 96% l’utilisation de pesticides dans certaines régions entre 1992 et 2012. Bonmatin est enfin reconnaissant et confiant envers les apiculteurs qui on su attirer l’attention du public sur ces problématiques et qui, il en est persuadé, sauront rester vigilants dans les prochaines décennies.

Mais le vrai message d’espoir est surtout celui d’une alternative simple à l’utilisation des pesticides : y renoncer sera à la fois source de prospérité pour les agriculteurs et de meilleure santé pour l’ensemble de la population.

Pour en savoir plus :

…exigeaient l’abandon définitif des néonicotinoïdes…

Ce matin dans l’émission CQFD sur RSR1, le très réputé scientifique français, Jean-Marc Bonmatin, spécialiste de l’étude des effets des pesticides, en particulier des néonicotinoïdes sur la santé des abeilles, affirmait : “les néonicotinoïdes ne servent à rien”. Et d’ajouter, sur la base de l’analyse de l’ensemble des publicati

Photo:Thierry Cantalupo

ons dans le domaine, que l’usage de ces produits, en plus d’être toxiques pour une foule d’insectes non-cible, dont les abeilles, est une aberration économique. Selon Bonmatin, les méthodes traditionnelles ne recourant pas aux traitements à tout-va, mais à des systèmes de lutte biologique et d’assurance contre les pertes dues aux ravageurs sont de l’ordre de 10 fois moins chères que l’usage irréfléchi de pesticides, tel que pratiqué dans de nombreux pays dits “développés”.

Invité à l’assemblée annuelle de la SAR (Société d’apiculture romande), Jean-Marc Bonmatin donnera le 17 mars prochain à Lullier, une conférence à ne pas manquer sur les résultats les plus récents de ses travaux.

69….célébraient la St-Valentin…69

Quelque soit votre âge, sexe et inclinations personnelles, vous n’avez sans doute pas échappé à l’incontournable rendez-vous commercial de février, au dîner en amoureux ou au bouquet offert avec tant de spontanéité, ce jour-là si précisément…

Chez nos voisins français, la journée était marquée par les aveux du meurtrier d’une petite fille disparue depuis plusieurs mois lors d’une fête de mariage. De leur côté, nos grands-frères américains enregistraient une nouvelle fusillade dans une école, la 18ème de l’année, soit 18 en 45 jours, ou près d’une tous les deux jours…

Quant à elles, les abeilles étaient de sortie au théâtre, à Vevey, pour savourer des “Zakouskis Erotiks”, hors-d’oeuvres proposés par le Tof Théâtre. Ambiance coquine, mais pas trop, public décontracté, mais un peu retenu. Répartis en trois groupes, nous étions invités à trois prestations “émoustillantes” sur un mode un peu “voyeur” par les marionnettistes belges. Malgré d’indéniables qualités, dont la géniale mise en scène de la chambre à coucher et la performance des acteurs/marionnettistes, le spectacle ne m’a guère emballé, car assez éloigné de mon imaginaire érotique personnel.

J’ai personnellement mieux goûté l’entrée en matière de Franciso Rey, apiculteur professionnel chilien lors des journées d’études de l’ANERCEA (Association Nationale des Eleveurs de Reines et des Centre d’Elevage Apicole) la semaine dernière à Valence dans la Drôme. Après nous avoir présenté, son épouse Luz, belle femme à la crinière léonesque, Francisco, a enchaîné par une photo de la maison dans laquelle ils vivent parmi les milliers de ruches de fécondation dont ils s’occupent quotidiennement.

Francisco Rey en conférence à Valence

Leur maison au nord de Santiago

Sur le fronton d’entrée trône une reine-abeille gigantesque,  décoration réalisée par Luz. Francisco a pris un coquin plaisir à attirer notre attention sur le no très particulier que porte cette reine-abeille et que je vous laisse découvrir sur leur page (www.pacificqueens.com).

Dans le même registre, j’ai également rencontré lors de ces journées des couples d’apiculteurs professionnels admirables, tant par leur complémentarité, leur complicité et leur solidarité face aux aléas de l’apiculture moderne (parasites, maladies, marché du miel), tous animés d’une force et d’un amour de leur métier et de leurs abeilles sans lesquels il n’est guère possible de réussir.

…nous apprenaient à voler…

C’est l’un des secrets le mieux gardé de la vie des animaux: nous comprenons mal comment volent les abeilles et les insectes en général. En effet, appliquant les lois de l’aéronautique, les scientifiques sont arrivés dans les années 1930 à l’étonnante conclusion que voler était  “en théorie impossible pour les insectes.

…et pourtant,ils volent ! ne peut-on pas s’empêcher de répondre en paraphrasant une citation attribuée à Galilée. (suite…)

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…étaient enfin entendues…

Comme pour  faire écho à mon “trop, c’est trop” du 25 septembre dernier, voici une nouvelle très encourageante annoncée par les hebdomadaires “Agri” du 5 janvier (“Vaud, Jura et Jura bernois s’unissent pour les abeilles”) et “Terre et nature” de ce 11 janvier 2018 (“Paysans et abeilles se donnent un coup de pouce réciproque”). La nouvelle avait déjà été donnée le 22 décembre dernier sur les ondes de la RTS  et la veille par la Tribune de Genève.

De quoi s’agit-il?

Selon le site web de Prométerre (Association vaudoise de promotion des métiers de la terre), les cantons de Vaud, Berne et Jura lancent un projet “Agriculture et pollinisateurs” qui s’inscrit, selon l’art. 77a et 77b de la Loi fédérale sur l’Agriculture (LAgr), dans l'”Utilisation durable des ressources naturelles”. Il est proposé par le Service de l’agriculture et de la viticulture (SAVI) du canton de Vaud et par les cantons du Jura et de Berne, en collaboration avec Prométerre et la Fondation Rurale Interjurassienne (FRI), ainsi qu’avec le soutien de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).

Mais encore? (suite…)

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…allaient au théâtre…

18 novembre dernier, quelle grande et belle soirée…

Allessandra Borin
Jean Winiger

Devant une salle pleine et comblée, Jean Winiger nous faisait le somptueux cadeau d’une magnifique mise en scène de la vie de François Huber et de son disciple Burnens aux Tréteaux de Chalamala à Bulle.

Inspiré des “Nouvelles observations sur les abeilles” de F. Huber et de “L’apiculteur et son disciple” de Sara George, Winiger, incarnant tour à tour Voltaire, Huber et Burnens, nous a régalés durant plus d’une heure d’une nouvelle oeuvre inédite de son crû… A son habitude, un spectacle total où la musique, grâce aux divines Patricia Siffert, pianiste, et Alessandra Borin, soprano, ne fut pas le moindre des plaisirs.

 

Patricia Siffert

Quelle splendide interprétation que celle des “badinages” de Burnens, de Voltaire tourné en bourrique par Jean Huber, peintre et père de François Huber, ou encore par le chien de de dernier rongeant un morceau de fromage à l’effigie du philosophe de Fernet. Winiger a également fait revivre le grand amour de Marie-Aimée Lullin et de F. Huber,  sans parler des envolées lyriques et de l’inoubliable interprétation de la danse des “abeilles” par deux “butineuses” de la grande musique. Fasciné par le destin de la reine-abeille et celui de son homologue à la cour de France, Winiger nous a entraîné dans les airs, poursuivis par les faux-bourdons, nous a fait revivre les affres et les horreurs de la guillotine, avant de s’extasier sur la sagesse de la ruche qui sait à dessein se débarrasser de ses mâles inutiles et nous a fait ressentir l’atmosphère de paix, de méditation et de contemplation qui régnait alors à Pregny au rucher des Huber.

Bravissimo è grazie a tutte è tutti

L’accent mis sur les insecticides est-il véritablement exagéré?

Dans un entretien accordé à Simon Bradley de swissinfo.ch, Jean-Daniel Charrière, directeur du Centre suisse de recherche sur les abeilles, Agroscope Liebefeld, exprime l’opinion que l’accent mis sur les insecticides est disproportionné en regard des risques encourus par les abeilles, alors que la cause première des pertes de colonies reste due à Varroa . Je ne suis pas d’accord avec ce point de vue:

Premièrement, et c’est un problème sérieux, les chiffres concernant le nombre d’apiculteurs, les colonies d’abeilles et les pertes de colonies sont, au mieux, des estimations approximatives et peu fiables. En effet, depuis 1996, il n’existe plus pour la Suisse de statistiques solides sur l’apiculture, c’est à dire fondées sur des bases scientifiques (voir et si les Abeilles nous étaient comptées pour l’histoire de la destruction de nos statistiques officielles). Par exemple, dans le canton de Fribourg, où j’ai mes colonies d’abeilles, il est obligatoire pour chaque apiculteur de tenir une liste détaillée de ses ruches et de ses pertes. Aucune de ces données n’est utilisée pour les statistiques. Au lieu de cela, nous devons remplir un questionnaire à fin janvier, alors que les abeilles dorment encore! De plus, chaque canton a sa propre pratique.

Le deuxième point concerne les insecticides. Si je suis d’accord avec Charrière sur le diagnostic que l’acarien Varroa est notre problème principal, je suis en profond désaccord avec son appréciation que l’accent mis sur les insecticides est exagéré. Au contraire, les nouvelles molécules, connues sous le nom de néonicotinoïdes, ont des effets beaucoup plus forts que leurs prédécesseures, tels que le DDT. Elles sont actives à des doses ou des concentrations beaucoup plus faibles et ont même des effets plus forts dans des combinaisons qui sont ironiquement appelées effets «synergiques».

Troisièmement, je ne suis pas d’accord avec la politique développée pour la Suisse (voir si les abeilles prenaient leur destin en main pour une analyse détaillée). Si Varroa est le principal problème et si notre objectif est de produire des produits apicoles sans pesticides, alors l’État devrait aborder ces deux questions de manière cohérente. Au lieu de cela, la stratégie de l’État développe et soutient les pratiques agricoles dans lesquelles des bandes florales «naturelles» alternent avec des parcelles de cultures traitées aux pesticides, cultures toutes deux fortement subventionnées. Comment ces étroites bandes florales peuvent-elles soutenir les abeilles sauvages et domestiques, alors que ces dernières sont intoxiquées dans les cultures avoisinantes où les abeilles font la plupart de leur récolte?

Quatrièmement, l’argument selon lequel nous devrions être plus préoccupés par le sort des abeilles sauvages (sous prétexte que les abeilles domestique disposent de mécanismes de compensation au sein de leurs colonies) ne s’applique pas. Le succès reproducteur doit être comparé en termes de nombre de descendants, c’est-à-dire dans le cas des abeilles domestiques, du nombre de nouvelles colonies produites. Nous avons déjà des preuves alarmantes que la qualité de la reine est affectée par les insecticides. En outre, les abeilles domestiques sont une espèce emblématique dont le destin reflète ce qui arrive à des milliers d’espèces d’insectes qui passent le plus souvent inaperçues. Le test du «pare-brise de voiture» fournit des indications qualitatives sur le déclin massif de la diversité d’insectes au cours des dernières décennies.

Enfin, les apiculteurs ont offert pendant des décennies (voire des siècles) des services de pollinisation gratuits à l’agriculture suisse, dont la valeur a été estimée récemment à 350 millions de francs. Charrière mentionne que ces services de pollinisation pourraient déjà être compromis dans certaines régions (voir l’article de Bill Harby «Le mythe de l’apiculture bio en Suisse – et comment les abeilles en paient le prix»).

Dans une approche cohérente pour traiter le problème des pertes de colonies d’abeilles, il y a peu d’espoir de résoudre le problème de Varroa (identifié comme le problème majeur) si les abeilles continuent à être intoxiquées dans les cultures qu’elles pollinisent. Les deux problèmes devraient être considérés simultanément ou séparément. Le problème des insecticides est facile à gérer: soit cesser d’utiliser ces produits chimiques dans les cultures visitées par les abeilles, soit retirer les abeilles de ces régions. La question de Varroa est certainement plus compliquée. Cependant, il existe déjà plusieurs projets prometteurs de sélection de souches d’Apis mellifera capables de vivre avec l’acarien Varroa, comme les abeilles natives d’Asie se sont adaptées à ces parasites dans leur pays d’origine. Aucun de ces objectifs n’a été identifié comme une priorité dans les récents documents de stratégie nationale de soutien aux abeilles mellifères et de promotion d’une agriculture durable.