Le miel, meilleur que le sucre?

Dans son édition du 25 juin 2019, l’hebdomadaire  “Coopération”, organe de la société COOP, “géant orange”, numéro deux du commerce de détail en Suisse, présente dans sa rubrique “Le conseil de l’experte” une comparaison peu nuancée des qualités du miel par rapport au sucre blanc qui en a choqué plus d’un/e et a fâché les apiculteurs/trices du pays. De plus, l’article laisse entendre que l’idée largement répandue que les miels sont préférables au sucre de cuisine ne repose sur aucun fondement.

L’indice glycémique fait toute la différence: S’il est exact que le contenu en calories des miels et du sucre de cuisine sont similaires, les miels contiennent des sels minéraux, de nombreuses vitamines, des enzymes, des agents antiseptiques, en quantités certes faibles, mais néanmoins quantifiables, toutes substances excellentes pour la santé et absentes du sucre de cuisine. De plus, depuis plus de trente ans, on distingue les qualités des sucres en fonction de leur vitesse d’absorption dans le sang, sous la forme de l’indice glycémique (IG). Cet indice prend la valeur 100 pour le glucose, le sucre par excellence en physiologie humaine. Avec un IG de 20 seulement, on trouve à l’autre extrême le fructose, un isomère du glucose, une molécule qui ne diffère du glucose que par l’arrangement de leurs atomes.

Le sucre blanc est un di-saccharide, formé de glucose et de fructose en parts égales (50/50). Avec un indice glycémique de 80, il est classé dans les sucres à IG élevé. Les miels sont composés d’une fraction d’eau (moins de 18%) et de plus de 80% de sucres variés, dont le fructose (environ 40%), le glucose (environ 30%), le maltose (5-10%) sont les plus fréquents.  Comme la part de fructose est généralement supérieure à celle du glucose, les miels ont un IG généralement inférieur à 60, qui les classe parmi les aliments à indice glycémique modéré, avec la plupart des fruits riches en sucres naturels. Le miel d’acacia (ou robinier faux acacia), présente même un IG plus faible qui le classe parmi les sucres à IG faibles avec la carotte et la plupart des légumes crus. Il convient encore de relever que le fructose a un pouvoir sucrant plus élevé que le glucose.

Comment déterminer simplement l’indice glycémique d’un miel? Un critère simple est celui de la vitesse de cristallisation. Plus le contenu en glucose est élevé, plus rapide sera la cristallisation. C’est le cas des miels de fleurs et des miels de printemps (pissenlit, colza, etc.). En revanche, les miels plus tardifs, de tilleul, de châtaignier et de forêt en général ont un contenu plus élevé en fructose et une vitesse de cristallisation nettement plus lente, certains miels comme celui d’acacia ne cristallisant pas du tout.

En conclusion, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, il est démontré que les miels se distingues du banal sucre de betterave et qu’ils sont du point de vue diététique préférables au sucre blanc. Enfin, les miels ont des propriétés organoleptiques d’une infinie richesse dont il serait absurde de se priver.

…attendaient la canicule…

C’est une semaine de folie que certains apiculteurs ont vécue! La chaleur, étouffante, écrasante, que nous avons subie, obsédante, au centre de toutes les conversations, reléguant aux second plan le reste de l’actualité, avec ses listes de recommandations aux personnes fragiles, ses plans de baignades, la recherche d’air conditionné, les ventilateurs en rupture de stock et j’en passe, a aussi eu des conséquences inattendues qui n’ont pas fait la une des journaux télévisés.

En effet, une extraordinaire miellée de forêt s’est déclenchée durant la seconde quinzaine de juin. Depuis 15 jours, vers 7h du matin, chez moi l’air est parfumé d’une odeur sucrée que je n’avais plus ressentie depuis au moins 10 ans. “La sens-tu, cette divine odeur de miel?” demandais-je régulièrement à mes proches et à mes voisins, incrédules et insensibles, pour essayer de me conforter dans mes perceptions. La réponse était invariablement. “Non, rien de particulier, ou peut-être une vague odeur de foin séché?”  A quoi je rétorquais: “Non, c‘est autre chose, une fragrance sucrée, un parfum doucereux“.

Hausse vue de dessus. On distingue les cadres couverts par les abeilles, remplis de miel et les constructions de cire pour fixer les cadres au plafond de la ruche, le tout réalisé en une semaine, situation typique des fortes miellées.

Les abeilles, elles ne s’y sont pas trompé, comme les résultats de ma ruche connectée sur balance n’a pas tardé à me le confirmer. En effet depuis le lundi 24 juin, je reçois chaque matin entre 10h et midi le texto suivant : “Alarme: seuil de prise de poids dépassé sur la ruche de Vuippens”. Dans les paramètres de ma balance électronique, j’ai fixé le seuil d’alarme journalier à +/- deux kilogrammes. Une perte supérieure à 2 kg indique soit un prélèvement de miel, le retrait d’une partie du matériel ou en l’absence d’intervention humaine, la sortie d’un essaim, ce qui nécessite des mesures appropriées (récupération de l’essaim, suivi particulier de la colonie, etc.). En revanche, une prise de poids de même ampleur est le signe d’une forte collecte de nectar. Et chaque matin, le même scénario se répète: l’air embaume, de 200 à 600 grammes d’abeilles quittent la ruche vers 8h., soit à 100mg/abeille, de 2000 à 6000 butineuses qui battent la campagne.  Durant les deux à trois heures qui suivent, elles récoltent plus de 2kg de nectar. Puis la miellée cesse et la colonie s’occupe de sa récolte, assèche le nectar qui comprend plus de 50% d’eau. La colonie perd environ un kg d’humidité évaporée durant les heures suivantes et durant toute la nuit. Ce qui, du 24 au 30 juin, correspond à une récolte de 14kg de nectar au moins, soit  6 à7kg de miel une fois maturé1, ou une demi-hausse2.

La ruche en question est la plus faible de mon rucher. La colonie a changé sa reine en début de saison, ce qui fait que son développement est très en retard par rapport aux autres. La hausse n’a été posée qu’à la mi-juin, au lieu de fin avril pour les colonies “en bonne forme”. Ces dernières ont rempli la première hausse durant la même semaine et commençaient d’accumuler dans la seconde hausse et la situation était similaire sur mes divers emplacements. Donc, une très belle récolte en perspective pour la mi-juillet!

Et la situation ne semble pas être particulière à mon emplacement, ni localement restreinte, comme c’est souvent le cas de certaines miellées. Lors d’une rencontre à Delémont jeudi dernier avec les apiculteurs jurassiens, l’un des participants racontait: ” Je n’ai jamais vu cela: avant hier, elles ont rentré 6 kg, et hier encore 8 kg. Elles ne sortent pas de toute la journée, mais seulement en début de soirée, lorsque la chaleur s’atténue et que l’air fraichit un peu. Et elles travaillent presque toute la nuit. Sur le tilleul“. Et en fin de soirée, à la sortie de cette réunion, vers 10h, j’ai en effet à nouveau été assailli par ce parfum de miel embaumant l’air delémontain. Mais clairement teinté des senteurs du tilleul. Aucun doute, les abeilles devaient se régaler…

Personnellement, je n’avais plus vécu de telles conditions depuis de nombreuses années. Il y a dix ans environ, la première récolte, celle des fleurs, était une rentrée de miel garantie, sauf en cas de conditions météorologiques exceptionnellement mauvaises. Depuis lors, les pratiques agricoles ont tellement changé que même cette première récolte est devenue une exception en dehors des plaines à colza. Cette situation évoque, la canicule de 1995, l’année ou Lausanne accueillait en fin d’été Apimondia, la rencontre bisannuelle des apiculteurs du monde entier. Les apiculteurs romands rayonnaient de joie et du plaisir de faire visiter des ruches débordant de miel à leurs hôtes des pays voisins. Les conditions climatiques avaient été exceptionnelles : presque un mois d’une chaleur inhabituelle durant le jour, des précipitation régulières, mais modérées durant les nuits, et le nectar ruisselait des feuilles, jusque sur les pare-brise des voitures stationnant sous les arbres, les pucerons se gorgeaient de sève sucrée et les abeilles s’en régalaient. Décidément, la canicule peut aussi avoir de très bons côtés.

 

1: selon les nombres européennes, un miel doit contenir moins de 20% d’eau pour se conserver et être commercialisable; en Suisse le seuil conseillé est abaissé à 18%

2: la hausse est un compartiment supplémentaire que l’apiculteur ajoute au corps de la ruche pour que les abeilles puissent y déposer le miel. Un apiculteur responsable et respectueux, ne prélève que le miel situé dans la hausse en s’assurant que ses abeilles disposent de suffisamment de nourriture dans le corps de ruche pour faire face à une période de disette, qui survient souvent après de belles récoltes.

 

…l’abeille valeur universelle…

Pour saluer la décision historique de la formation d’un groupe parlementaire “abeille” formé de 60 membres du Parlement suisse, soit un quart de nos élus, je reprends ici un texte publié initialement à l’attention de mes collègues apicultrices et apiculteurs en avril dans la Revue suisse d’apiculture à l’occasion de la journée mondiale des pollinisateurs du 20 mai dernier. Ce texte a pour ambition de mettre en valeur le rôle étonnant que l’abeille, prise dans un sens très large, occupe dans les cultures humaines et dans notre courte histoire sur cette planète, nous humains dont l’espèce n’est guère vieille que d’un à deux millions d’années, alors que les abeilles sont présentes sur terre depuis plusieurs dizaines de millions d’années, qu’elles sont restées pour certaines presque inchangées, elles qui ont accompagné et modelé l’apparition et le développement des plantes à fleurs avec lesquelles elles ont établi ce pacte unique de collaboration et de paix réciproque, jamais remis en cause, que nous nommons “pollinisation“.

En effet, l’abeille occupe depuis la nuit des temps une place unique dans l’histoire de l’humanité. Aussi, loin que remontent nos connaissances et que l’homme laisse des traces interprétables (c’est-à-dire grosso modo depuis le néolithique), des indices de cohabitation entre l’homme et l’abeille sont avérés. Sur le plan figuratif, la plus ancienne représentation remonte à quelques 6’000 à 10’000 ans, avec cette très célèbre scène de récolte de miel (ou chasse au miel), illustrée sur une paroi de la grotte de l’Araignée (Valence, Espagne). Datant de la même époque, des traces de cire d’abeille ont également été retrouvées sur des restes de poteries dans de nombreux sites archéologiques à travers le monde. C’est toutefois à la période historique que les premières représentations d’apiculture au sens moderne du terme apparaissent, en particulier sur des bas-reliefs de l’Egypte antique. Des fouilles archéologiques ont confirmé que des ruches cylindriques en terre cuite étaient répandues à la même époque dans l’ensemble du Moyen-Orient.

Au-delà de l’exploitation des produits de la ruche, l’abeille occupe dès l’antiquité une place à laquelle aucun autre insecte n’a osé prétendre : celle de divinité. C’est le cas dans l’Egypte ancienne, dans la Grèce et la Rome antiques avec le mythe d’Aristée, mais aussi dans les civilisations pré-colombiennes, avec les abeilles mélipones (abeilles mellifères sans dard d’Amérique latine) qui sont considérées comme filles du dieu créateur de l’univers.

Bien que toujours respectées, mais domestiquées et exploitées pour la cire et le miel, les abeilles perdent leur statut de divinité avec l’avènement des religions monothéiques, dans lesquelles un dieu unique règne sans partage. Malgré cela, l’abeille conserve au cours des deux derniers millénaires de notre ère une part du charisme acquis dans l’antiquité, celui d’un insecte industrieux, régulé par des relations sociales remarquables et souvent donné en exemple pour assoir ou justifier des positions politiques : une société conduite par un roi dans l’antiquité, puis par une reine dès la Renaissance, pour finir par illustrer le modèle de la démocratie participative dans laquelle les décisions sont prises lors de véritables « débats démocratiques » résultant en consensus comparables à ceux dont s’enorgueillit l’Helvétie moderne.

Mais patatras, voici qu’à la fin du 20ème siècle, les populations de cet insecte, dont ne se préoccupaient plus que quelques passionnés, s’écroulent. Dans une indifférence générale et un silence assourdissant, malgré les cris d’alarme de ces passionnés. Qui finissent par se faire entendre en invoquant un mythe moderne, faussement attribué à Einstein : « si les abeilles disparaissent, l’humanité n’aura plus que quelques années à vivre ». Les signaux d’alarme se transforment en cris de détresse. Ils finissent par inonder les media qui les répercutent au point que chacune et chacun est désormais dûment informé et s’inquiète du destin des abeilles et des pertes de biodiversité qui accompagnent le déclin de leurs populations.

Autrefois considérés comme de sympathiques illuminés, les amis des abeilles sont subitement devenus des héros modernes, incarnant le futur de l’humanité. Mais surtout, c’est l’abeille qui prend une dimension nouvelle : elle symbolise désormais par son déclin les dégâts que l’homme a causés à son environnement. Mais par les mesures prises en sa faveur, elle incarne aussi la voie et l’issue à nos errances passées. Prononcez le mot « abeille » et vous générez autour de vous un formidable élan de sympathie. Eh ! oui, l’ « abeille » au sens large, métaphorique, incluant l’abeille domestique, les abeilles sauvages et solitaires, mais aussi les divinités des civilisations anciennes bénéficie d’un engouement extraordinaire. Tout le monde en veut dans son jardin, sous formes d’hôtels à abeilles sauvages et même sous forme de colonies d’abeilles domestiques. Jamais il n’à été si difficile d’élever et de garder des abeilles en vie, jamais l’intérêt de débuter en apiculture n’a été si prononcé

L’ abeille, valeur pour le 21ème siècle.

En 2017, l’ONU, lors de son Assemblée générale a décrété à l’unanimité le 20 mai « journée mondiale de l’abeille », reconnaissant ainsi la valeur exceptionnelle de cet insecte à la fois comme pollinisateur, mais également comme élément important de nos cultures. Mais, ne nous y trompons pas, l’abeille n’a pas de pouvoir magique : ce ne sera qu’en réalisant, en prenant la mesure et en admettant l’ampleur des dégâts, puis en ayant le courage d’initier et de mettre en place les mesures de correction nécessaires, que les choses changeront et s’amélioreront.

Toutefois, l’ « abeille »  au sens large a un effet multiplicateur, car elle est ce qu’on appelle une espèce « parapluie ». En prenant des mesures pour la protéger, on protège et on soutient indirectement tout un cortège d’autres espèces, souvent méconnues, et qui constituent ce qu’on appelle la « biodiversité ».  A prendre ces mesures, il y a là bien sûr des intérêts directs pour le bien-être et la santé humaine, mais il y a surtout derrière ce projet un idéal profond et puissant qui transcende et doit dépasser une pure et simple conception utilitariste de la nature.

La nature est belle : c’est une raison suffisante et même impérative pour en prendre soin, la respecter et, par là-même offrir à nos enfants et petit-enfants la chance d’éprouver la joie de s’en émerveiller eux aussi. Notre intelligence et notre capacité d’action sur le monde sont gigantesques : la responsabilité et les devoirs qui en découlent sont de la même ampleur. C’est à une dimension morale, éthique que nous sommes confrontés. L’« abeille » peut devenir l’une des « valeurs » qui motivent et conduisent nos actions au 21ème siècle.

Mesdames et Messieurs les parlementaires à vous de jouer, d’ouvrir et de déployer le parapluie!

Forum des 100 : repenser l’agriculture…

En septembre 2018, « avenir suisse », le thinktank d’ « economie suisse » publiait sous la plume Patrick Dümmler et Noémie Roten un document polémique, intitulé « Une politique agricole d’avenir : stratégie en 10 points en faveur des consommateurs, des contribuables et des entreprises agricoles». Cette publication est en fait une déclaration de guerre au peu qui subsiste d’agriculture et d’agriculteurs/ices dans ce pays. Un arrêt de mort, décliné en 10 mesures de politique néo-libérales.

Evolution du nombre d’exploitations agricoles de 1975 à 2016 en Suisse. Si la tendance ne s’infléchit pas la disparition de la dernière exploitation pourrait intervenir avant 2050

Inutile de chercher bien loin l’objectif de cette publication: la politique initiée par l’ancien conseiller fédéral Schneider-Amann pour tenter de sauver « son » industrie des machines moribonde. Et pour cela, il faut faire des concessions ! Et de sacrifier ce joyau de notre économie et de notre culture au profit d’accords internationaux : l’agriculture contre des contrats de libre échange ! La belle affaire… Et pour juguler une éventuelle rébellion, il suffira de mettre un ancien agriculteur à la tête du département dès l’année suivante.

Les organisations professionnelles de défense de la branche ont bien compris les enjeux. Elles s’en sont naturellement émues, quoique très mollement en fin de compte. Elles ont bien tenté d’attirer l’attention du public sur les conséquences des décisions fédérales, de déclencher les sirènes d’alarme. Sans grand écho. Comment expliquer que le lobby des agriculteurs,  l’un des plus puissant et des plus efficace du pays, demeure ainsi presque sans voix, incapable de répondre sur le fonds aux arguments du document d’avenir suisse, témoin paralysé et impuissant de sa propre agonie ? La réponse est assez simple : l’agriculture suisse a perdu ses « repères », ses « valeurs » de base, ce lien essentiel qui ancre le paysan à sa terre.

Comment en est-on arrivé là ? La réponse est assez simple également : c’est le résultat de 50 ans d’une politique agricole débilitante qui a détruit la culture et la fierté de femmes et d’hommes dignes, responsables, entrepreneurs indépendants, et qui ont fait ce pays durant des siècles. Avec la perte de ses valeurs, la profession d’agriculteur/trice est devenu un job comme les autres, dénué de « sens » profond. Ce que l’on appelle aujourd’hui pudiquement des « agriculteurs » ont oublié qu’ils étaient avant tout de fiers « paysans ». On leur a volé leur dignité.

L’objectif de ce billet est de répondre, sur le fond, aux arguments d’avenir suisse. Et de proposer, en dix points également, des pistes de refondation d’une agriculture digne qui mette les véritables intérêts des principaux acteurs au centre du débat, à savoir les femmes et les hommes de ce pays, qu’ils soient producteurs ou consommateurs.

Les constats d’avenir suisse : même si on diffère sur les mesures à prendre, il faut reconnaître au rapport d’avenir suisse de très nombreuses qualités, en particulier la lucidité et la pertinence des constats, mais également la mise en évidence d’éléments souvent ignorés. Les principaux sont les suivants :

  1. La politique agricole ne profite pas aux agriculteurs. Malgré une politique de subventionnement soutenue à force de milliards annuels, leur nombre décline inexorablement depuis plusieurs décennies et leurs revenus s’amenuisent. Qu’advient-il donc de cet argent ?
  2. Les subventions fédérales sont en grande partie séquestrées par un système de « parasites économiques » qui exploitent et étranglent les producteurs. Les grandes chaînes de distribution (la Coop et la Migros sont explicitement pointées du doigt dans le rapport d’avenir suisse) s’accaparent directement une part des subventions fédérales, celles destinées à la promotion et à l’écoulement des produits. Le montant est chiffré à plusieurs centaines de millions dans le rapport. Plus grave, les organisations de « valorisation » et de transformation des produits s’accaparent indirectement d’une plus grande encore part encore de la même manne en contrôlant complètement les marchés. Ici, le groupe FENACO, propriétaire des centres de commerce LANDI est le principal acteur, mais les centrales de traitement et de transformation des produits laitiers comme EMMI et Cremo contrôlent d’autres secteurs clé selon les mêmes principes. Fort habilement, ces acteurs non seulement contrôlent la vente des semences, des engrais, des machines et des pesticides (pudiquement nommés « produits phytosanitaires »), mais il achètent également la production et ce sont eux qui fixent les prix. Selon le rapport d’avenir suisse, ces « parasites économiques » s’accaparent grosso modo la moitié des 4 milliards de subventions de la politique agricole.
  3. La politique de subventionnement démotive les agriculteurs qui ne voient plus de « sens » à leur travail. Comment garder sa dignité, lorsque de producteurs de vivres essentiels, de nourriture de la population, une mission d’une grande noblesse, vous êtes soudainement incité(e) à produire moins, voire à ne plus rien produire, à cultiver, encourager le développement de plantes que des décennies de politique agricole vous avaient par le passé conditionné à combattre et à détruire comme de « mauvaises herbes » ?
  4. La politique agricole est illisible et incohérente. La politique agricole, définie dans des plans pluri-annuels, ne présente aucune ligne lisible à moyen ou long terme. Tous les cinq ans de nouvelles priorités et directions sont définies, souvent contradictoires avec les précédentes, alors que les agriculteurs doivent pour les mettre en œuvre s’engager dans des investissements, souvent très lourds, planifiés sur une génération. Comment survivre lorsque vos investissements planifiés sur 20 ans sont ruinés par un changement d’orientation 5 ou 10 ans plus tard ?
  5. La politique agricole induirait des coûts cachés très supérieurs aux montants des subventions. Selon le rapport d’avenir suisse, le bilan de la politique agricole est très nettement déficitaire. Du côté des revenus, le bilan est estimé à 4 milliards, L’estimation se décline comme suit : sur la base de la statistique officielle des « Comptes économiques de l’agriculture » de l’OFS de 2016, la valeur de la production est estimée à 10.3 milliards de francs suisses, dont il faut retrancher 6.3 milliards de consommation intermédiaire et 2 milliards de consommation de capital fixe, soit une valeur ajoutée nette aux prix de base de 2 milliards, auxquels il convient de rajouter 1,4 milliards pour prestations d’intérêt général et 0.6 milliards de rentrées sous forme de frais de douane. Du côté des dépenses, selon le rapport d’avenir suisse, le soutien à l’agriculture a induit des coûts de l’ordre de 4,9 milliards pour les contribuables, de 4,6 milliards pour les consommateurs, de 3,1 milliards pour l’économie et de 7,3 milliards de dégâts à l’environnement, soit un coût global d’environ 20 milliards à opposer au bilan de 4 milliards de revenus, soit un coût global d’environ 16 milliards pour l’économie du pays. Ces chiffres reposent sur des estimations qualifiées de « non quantifiables », puisqu’il est par définition impossible de chiffrer la valeur de transactions virtuelles. Ce qui frappe toutefois, c’est l’ampleur des coûts de l’agriculture pour l’environnement, de très loin la plus grande part des coûts estimés par avenir suisse, soit 8,7 milliards, si l’on additionne aux 7,3 milliards non compensés les 1,4 milliards générés par les prestations d’intérêt général qui visent eux-mêmes essentiellement des buts environnementaux.
  6. La politique agricole est administrativement trop compliquée. Et c’est peu dire : 4’000 pages de lois, réglementations et directives diverses, font de la mise en œuvre de la politique agricole une jungle administrative incompréhensible et contre-productive. Le rapport remet même question l’utilité d’un Office de l’agriculture. Sans surprise, une partie du fardeau est attribuée aux mesures visant la protection et la défense de l’environnement.

Dix mesures néo-libérales pour réformer l’agriculture

Le rapport liste ensuite un florilège de 10 mesures pour améliorer la situation. Vous ne serez pas surpris qu’aucune de ces mesures ne vise le bien-être ou la survie des agriculteurs, ni le soutien à une agriculture durable et encore moins la compensation des 7,3 milliards de dégâts causés par notre agriculture à notre environnement. Non bien entendu, les mesures visent à réduire trois postes: les coûts pour les contribuables, les coûts des consommateurs par un allègement des mesures à l’importation et l’économie d’exportation par des mesures similaires. Si l’on exclut les deux premiers groupes dont les intérêts ne sont pas au centre des préoccupations d’avenir suisse, il ne reste que les mesures visant à favoriser les importations et les exportations, soit un potentiel de 2,5 milliards, si l’on retranche du potentiel de 3.1 milliards les pertes en rentrées douanières. Deux milliards et demi, ce n’est pas rien bien entendu, mais terriblement disproportionné face aux enjeux environnementaux et agricoles qu’une politique responsable devrait remettre au centre de la réflexion.

Forts de ce constat, les auteurs du rapport proposent 10 mesures pour la politique agricole dont on ne sera nullement surpris qu’elles contribueront à encourager la libéralisation des marchés et l’étranglement définitif d’un secteur d’une l’économie sous perfusion de subventions mal ciblées qui ne servent qu’à accélérer l’issue fatale au taux de 2.7 % par année.

En réponse à ces propositions dont on a compris que je ne les partage pas, j’invite le lecteur, les consommateurs et le monde politique à envisager une autre perspective, que je vais énumérer ci-dessous, également sous forme d’une liste de 10 propositions.

Dix mesures alternatives pour une agriculture durable en Suisse :

  1. Définir la sécurité alimentaire comme objectif central de la politique intérieure. Cela signifie remettre l’agriculture au centre du dispositif de défense nationale de manière à ce que la production de notre agriculture locale soit en mesure d’approvisionner la population du pays en cas de crise majeure. On peut se passer de beaucoup de choses, de presque tout en fait, tant que l’on dispose d’un toit et de quoi remplir son assiette tous les jours. Cela peut paraître risible, démodé, rappeler l’époque des plans Wahlen. L’utopie et l’objectif d’une paix mondiale à long terme à la suite des horreurs de la deuxième guerre, le formidable élan d’une Europe et d’un monde pacifié semble hors d’atteinte. L’équilibre atomique dit « de la terreur » entre les USA et l’URSS était tellement effrayant qu’il était garant de stabilité. Depuis l’effondrement de l’URSS et le traitement calamiteux de cette opportunité d’une véritable coopération mondiale (triomphe outrageant du libéralisme, humiliation des vaincus, humiliation du monde arabe et musulman) nous replongent dans une situation qui rappelle fort le début du 20ème siècle, avec une Russie humiliée qui se renforce, qui est redevenu un état totalitaire, qui cherche à reconquérir les territoires perdus, à diviser une Europe aux abois, une Chine triomphante, non-moins totalitaire et colonialiste. La montée du populisme et de l’extrémisme de droite en Europe, des terrorismes partout dans le monde nous replonge dans une situation d’un instabilité que le monde n’avait plus connue depuis un demi-siècle et dont l’issue la plus probable est celle d’un ou de conflits majeurs dans les décennies à venir. Selon cette analyse, maintenir une capacité à assurer l’indépendance alimentaire de notre pays est et reste une priorité de politique intérieure.
  2. Rendre sa dignité à la profession d’agriculteur/trice:  permettre à cette part de la population qui vit de la terre de récupérer sa dignité d’antan, la foi en sa mission et la confiance de la population. Tous les témoignages le confirment, les agriculteurs ne voient plus de sens à leur travail. On leur enjoint de devenir des entrepreneurs, alors qu’ils ont le sentiment d’être abandonnés, trahis, humiliés, eux forment les racines et le terreau de toute civilisation.
  3. Repenser les rapports philosophiques entre l’homme et la nature et de son éthique vis-à-vis de l’environnement. L’agriculture moderne repose sur deux piliers :
    1. ajout d’intrants (engrais) pour compenser l’appauvrissement des sols résultant de pratiques inappropriées (surexploitation, tassement, érosion). Ce point est facile à réformer.
    2. lutte contre les « nuisibles». Ce second aspect est beaucoup plus complexe. Il résulte d’une vision manichéenne et utilitariste du monde vivant, les organismes étant classifiés de manière simpliste en « utiles » et « nuisibles », avec l’abus avec le temps d’attribuer à la seconde catégorie tout ce qui n’est pas identifié comme « utile ». De projet positif visant à produire des produits appréciés et valorisés, l’agriculture s’est transformée en une guerre contre une nuée d’ennemis menaçants et souvent fantasmés. La nature n’aimant pas le vide, une fois l’un maîtrisé, voire éliminé, la place reste vacante à l’invasion par un autre « ennemi », le pire des ennemis se trouvant dans la recherche à tout prix d’un nouvel ennemi à combattre. Cette aliénation est si profondément ancrée dans les cerveaux de l’Homo domesticus, qu’à défaut d’ennemis légitimes on s’en trouve de nouveaux dans les rares espèces qui sont capables de survivre ou de recoloniser les endroits laissés vacants et que l’on nomme « espèces invasives ». Que d’efforts et d’argent gaspillé à lutter en vain contre ces héros de la vie survivante et qui constituent le meilleur espoir de l’évolution de ce qui reste du vivant. C’est donc à un véritable changement de paradigme, à une révolution des esprits, qu’est confrontée l’agriculture du futur : envisager le monde comme un univers peuplé de plantes et d’animaux ayant toutes et tous un droit légitime à exister et, en conséquence, développer des pratiques permettant de favoriser les organismes souhaités dans nos cultures sans nécessairement exterminer toutes les autres.
  4. Ne pas nuire : mettre en place une politique neutre vis-à-vis de l’environnement En dépit des mesures déjà prises pour favoriser l’environnement et l’entretien du paysage estimées à un montant de 1,4 milliard de CHF, l’agriculture telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui cause selon le rapport d’avenir suisse des dégâts estimées à 7,3 milliards de CHF chaque année. A l’instar du principe d’Hippocrate « avant tout ne pas nuire », l’objectif de neutralité pour l’environnement devrait être un principe cardinal d’une agriculture durable et renouvelable. C’est un strict minimum et l’atteindre serait un magnifique accomplissement. Car il y a une bonne nouvelle, la nature n’ayant pas besoin de nous, il suffira de cesser de lui nuire pour qu’elle se reconstitue et se porte à merveille.
  5. Réformer en profondeur l’Office de l’agriculture et le transférer dans un autre département, par exemple au département de l’Intérieur, de la Défense ou l’intégrer au service de l’environnement. En effet, dans la perspective proposée ici, l’agriculture ne peut plus être traitée comme une simple industrie soumise aux lois d’un marché mondialisé. On doit redéfinir ses missions dans le sens de défense, d’indépendance alimentaire, en définitive de soutien à la population.
  6. Redéfinir les objectifs de la recherche, de la formation des ingénieurs agronomes Les ingénieurs agronomes sont actuellement toujours formés à des objectifs de productivité reposant sur l’ajout d’intrants (engrais) et la lutte contre les nuisibles. Ils ne disposent pas des connaissances d’écologie et des écosystèmes fondamentales indispensables et nécessaires à des approches alternatives. Comme ce sont eux qui conduisent la recherche, cette dernière reste orientée vers les mêmes objectifs de productivité.
  7. Redécouvrir et revaloriser les connaissances de traditionnelles du monde paysan Sous l’égide de l’OFAG, l’agriculture dispose d’une structure de formation des praticiens d’une redoutable efficacité connue sous le nom de « vulg » ou « vulgarisation agricole ». Ce système est organisé hiérarchiquement du haut vers la base et encadre l’agriculture à tous les niveaux. Conçu initialement pour améliorer les connaissances des foules de paysans incultes , elles ont conduit à l’élimination de tous les savoirs ancestraux, de cette grande sagesse des anciens au profit d’une vision technologique de l’agriculture déconnectée du monde naturel, au point de développer des cultures hors sol.
  8. Renverser la tendance à la disparition inexorable des exploitations agricoles Ce n’est un secret pour chacun, le nombre d’exploitations agricoles diminue régulièrement depuis des décennies. Ce déclin est illustré sur le graphe ci-cessus. Selon les chiffres officiels publiés par l’Office fédéral de la statistique, le nombre d’exploitations à diminué continûment de 2.7% par année en moyenne. Si rien n’est fait pour ralentir ou inverser cette tendance, la courbe prédit la disparition de la dernière exploitation avant 2050 ! (graphe).
  9. Elimination de l’utilisation de pesticides de synthèse C’est une évidence partagée par nombre d’entre nous et dont nous saurons l’an prochain si nous parvenons à rassembler une majorité de citoyens autour de cette idée.
  10. Offrir aux consommatrices/eurs des produits alimentaires sains et d’une qualité nutritionnelle optimale et mettre en place une politique de valorisation des produits locaux et des circuits court.

… verte panique chez les libéraux …

Aurais-tu perdu la raison? ne cesse de me susurrer la petite voix qui me tient lieu tout à la fois de conseillère prudentielle, d’assistante personnelle et d’agence en communication. T’attaquer à Poncet! Le Poncet! Ce grand maître de l’éloquence, de la rhétorique et de l’ironie? Toi qui es incapable d’articuler deux phrases en public sans chercher tes mots (ni les trouver d’ailleurs), sans les ponctuer de “euh!” et de raclements de gorge embarrassés? Quelle mouche t’a donc piqué? Une abeille sauvage? un faux-bourdon? Il va t’écraser comme un misérable vermisseau, le Poucet, toi qui n’es rien. C’est un suicide médiatique!

Mais non, vas-y, courage, n’aie pas peur, me murmure et m’encourage l’aiguillon de la témérité et de l’inconscience. Ta “petite voix” n’est qu’une mijaurée, une défaitiste!  Elle n’a jamais cru en toi. Allons, tu as gagné perfide! Je me lance, c’est trop tentant, j’en ai trop envie, même si je sais que tes conseils de diablesse ne m’ont jamais rien valu de bon.

Hier au soir, 29 avril 2019, le célèbre avocat genevois était, fort opportunément vous en conviendrez, en interview dans l’émission Forums de la RTS, invité à s’exprimer sur la vague verte, le tsunami, qui s’abat sur son cher parti libéral-radical (à réécouter en podcast interview de Charles Poncet). Que vous m’avez déçu mon cher Carlo ! Vous ne m’en voudrez pas j’espère, que je m’autorise cette familiarité. Cela crée une forme d’intimité et me donne le sentiment d’appartenir un peu à votre monde. Car même si vous ne me connaissez pas, vous appartenez un peu à mon monde à moi. Avec vos amis, Jacques-Simon Eggly, CriCri Luscher, le bellâtre Bonnant et heureusement le camarade Jean Ziegler pour faire contrepoids et contre-balancer vos ardeurs, vos audaces et vos excès, oui vous faites un peu partie de mon monde, vous qui depuis plusieurs décennies nous rappelez que les ténors de la politique et du génie libéral se retrouvent au bout du lac.

Et pourtant, pour la première fois, vous m’avez déçu. Pas la moindre perfidie, pas un sarcasme, aucune cruelle saillie, pas la moindre pointe d’ironie, ni même d’humour tout simplement. Seriez-vous souffrant? Je suis inquiet. Pire même, on vous a entendu encenser les sociaux-démocrates ! Croyez-moi, l’autre CriCri a frôlé la syncope. Je vais l’appeler d’ailleurs pour prendre de ses nouvelles et je crains le pire pour Jean Z. Peut-être est-ce une nouvelle stratégie? Est-ce ainsi que vous comptez désormais combattre vos adversaires?

Je suis un peu rassuré toutefois par la clarté de votre message, quoi qu’inquiet que vous ayez dû le répéter mot pour mot par trois fois. Vous répéter ainsi, comme un régent d’école primaire! Ce message se résume en trois points (corrigez-moi si j’en oublie): “Si, et je dis bien “si” (car tout le monde n’est pas de cet avis), si, dis-je donc, les questions environnementales sont un problème, ce n’est pas avec des taxes que nous les résoudrons, mais par des solutions technologiques”. Quelle pensée limpide! quelle clarté dans l’expression! Et ce “si”, ce “si” qui suggère, insuffle le doute : là je retrouve enfin un peu votre verve. Ah les taxes! Ces taxes liberticides! Comme je vous comprends! Et comme je partage avec vous la profonde conviction que l’idée même de taxe ne peut éclore que dans des esprits (mais peut-on parler d’esprits?) dénués de toute imagination! Et que j’approuve votre foi inébranlable dans la technologie! Des insectes ravagent nos cultures? Inventons l’insecticide! Les insecticides se déposent dans nos aliments? Qu’à cela ne tienne: inventons la machine à détoxifier les aliments. Tiens quelle bonne idée! Je suis convaincu que personne n’y a encore songé. De nouveaux marchés vont s’ouvrir. Des brevets à rédiger, à défendre, de beaux procès en perspective. CriCri, tu me suis? On va pouvoir engager de nouvelles stagiaires… engager? que dis-je? inviter à se former. C’est cela l’économie libérale. Et puis dans 30 ans, nous serons toujours là, prêts à défendre nos partenaires contre les attaques insidieuses de prétendues victimes de ces technologies désormais dépassées depuis longtemps. Quelle magistrale leçon de libéralisme! Tu me suis toujours, CriCri?

Et pourtant je ressens un malaise, comme une inquiétude. Car, non, tu n’étais pas dans ton assiette, Carlo (tu ne m’en voudras pas de passer au tutoiement, je ressens si fort ta détresse). Comment cette Petra a-t-elle osé? demander à tout un chacun son opinion? et laisser (volontairement sans doute) fuiter les résultats… Comment est-ce possible? Je te l’avais bien dit CriCri. Jamais nous n’avions dû confier les rennes du parti à cette Petra. Un coeur d’artichaut! Une féministe probablement! Une incapable, sans nul doute. D’ailleurs, aucune autorité! On l’a bien vu avec Maudet… Te rends-tu compte du désastre CriCri?

Oh oui, Carlo! Je l’entrevois aussi et comme je le partage ton cauchemar éveillé, te retrouvant comme Jonas dans le ventre de la baleine, gobé par les verts libéraux d’Isabelle Chevalley. Je t’entrevois aussi, comme aux carrousels, entraîné dans une folle sarabande avec la dissidente Isabelle, tous deux accrochés aux pales d’une éolienne… Puis, pourquoi pas absorbés par les Verts eux-mêmes? Je t’imagine, pauvre Carlo, invité par une journaliste narquoise pour défendre les idées de ton nouveau parti sur les ondes de la RTS. Et les titres des manchettes, et les commentaires du lendemain: “C’est avec son brio légendaire que Me Poncet a défendu la t axe carbone! Quelle remise en question! Quel chemin parcouru par cet homme de convictions”. Oui la politique peut être cruelle parfois…

Mais tu ne m’as toujours pas répondu, Carlo. Etais-tu souffrant? Un coup de chaud? Un peu de température? Cela n’a l’air de rien, mais un ou deux degrés et on ne se sent plus le même, on perd ses moyens, on a des sueurs froides, des tremblements, des crises de panique parfois. Un ou deux degrés, une jeune suédoise portant couettes tressées suffiraient-t-ils à terrasser le vieux lion?

20 mai, journée mondiale des pollinisateurs: mobilisons-nous!

http://www.un.org/en/events/beeday/

En 2016, l’ONU a délaré le 20 mai « Journée mondiale des abeilles » à la demande de la Slovénie, date anniversaire de la naissance de Anton Janša, fondateur de l’apiculture slovène au 18ème siècle. L’ONU reconnaissait ainsi l’importance des pollinisateurs dans le fonctionnement des écosystèmes. Les abeilles et les pollinisateurs en général sont dorénavant considérés comme une « valeur universelle » pour le 21ème siècle. Célébré pour la première fois en 2018, cet événement est passé relativement inaperçu.

Objectif : sensibiliser: C’est pourtant une occasion formidable de sensibiliser le public au rôle crucial que jouent les pollinisateurs pour notre plus grand profit. C’est la raison pour laquelle nous invitons chacune et chacun à marquer et à célébrer cette date en 2019. Le projet est d’organiser une série d’évènements, impliquant tous les milieux concernés par les menaces qui planent sur les pollinisateurs, soit l’apiculture, les milieux de protection de l’environnement et des abeilles sauvages, mais aussi l’agriculture, la science, la politique, les enseignants, les consommateurs et le public en général. Nous en appelons donc à votre créativité, à votre dynamisme et à votre énergie pour marquer ce jour très spécial en organisant dans votre section, association, avec des collègues, dans votre rucher, au marché ou dans les écoles de votre commune, une manifestation autour du thème des pollinisateurs.

Suggestions : Cette action pourra prendre la forme d’une « porte ouverte au rucher », d’une dégustation de miel, d’un stand ou d’une table au marché, d’un brunch dans un verger ou dans une culture fécondée par les abeilles, dans un musée, une école d’agriculture ou encore d’une causerie ou d’un café au miel sur votre lieu de travail. Le 20 mai 2019 étant un lundi, nous appelons à cette mobilisation dès le le samedi 18 mai 2019.Toutes les initiatives et propositions sont bienvenues. Elles seront répertoriées dans un grand calendrier qui sera accessible en ligne et communiqué aux media du pays.

Votre engagement sera déterminant Plus la mobilisation au niveau local sera grande, plus grand sera l’écho au niveau national le 20 mai. Un matériel de base sera élaboré pour cette journée et sera diffusé par voie électronique. Chaque apicultrice/eur, agricultrice/eur, scientifique, enseignant est une immense source de savoir, de connaissances et de compétences et c’est par votre engagement direct que vous serez le plus crédible dans vos communautés locales. N’hésitez pas à relayer et diffuser cet appel.

Contact, renseignements, annonce d’un évènement, coordination: laissez-moi un message.

…sur les épaules des géants….

Quelle belle surprise que ce court message de T. Deonna m’annonçant en début de semaine que les deux François, Huber et Burnens, faisaient l’objet de plusieurs émissions de Jean-Claude Ameisen durant ces premiers samedis de février 2019. Médecin de formation, auteur à succès, ce merveilleux conteur nous enchante tous les samedis de onze heures à midi sur France Inter. Une voix envoutante, une érudition hors du commun, une documentation très approfondie, à l’affût des dernières découvertes sur le vivant, mais également à l’écoute des poètes et capable d’étonnants retours aux sources de la connaissance.

C’est ce que nous offre Jean-Claude Ameisen autour de Huber et Burnens. Autour de plusieurs publications dont le livre classique “La vie des abeilles” de Maeterlinck, le très récent “Apiculteur aveugle” de Sara George et ma chronique sur François Huber dans la Revue suisse d’apiculture, il nous invite à revivre leur étonnante aventure alternant textes personnels avec la lecture des originaux de François Huber, de Sara George, de Maeterlinck, ou encore du poète américain Nick Flynn dont il sait rendre toute la beauté, la richesse et la poésie.

Comme a déjà su le faire avec talent, imagination, sensibilité et émotion Jean Winiger lors du vernissage du livre de Sara George en octobre dernier (vernissage de l’apiculteur et son élève), c’est avec une égale justesse que le conteur nous invite à nous hisser “sur les épaules des géants” que sont François Huber et François Burnens, pour “voir plus loin, voir dans l’invisible, à travers l’espace et à travers le temps “. Fermez les yeux, imaginez le bruissement d’un essaim d’abeilles, écoutez Jean-Claude Ameisen. Vous découvrirez alors toute la richesse qu’apporte la voix humaine à ces textes sublimes. Inutile d’être amateur de littérature pour apprécier les poèmes de Nick Flynn, encore moins d’être scientifique pour suivre la pensée et les découvertes de Huber et Burnens.

La lecture à voix haute apporte une dimension supplémentaire à la qualité des textes qui m’avait échappé jusque là. A l’écoute du récit de leurs premiers travaux consignés sous forme de lettres à Charles Bonnet, on apprécie avec quelle pertinence les arguments sont amenés dans un ordre naturel, comment les détails méthodologiques sont dispensés à propos, comment ils soutiennent la compréhension de la pensée, comment sont conçues les expériences et découvertes des deux hommes. Rien à voir avec la forme moderne des articles scientifiques, arides, rébarbatifs et inaccessibles aux non-spécialistes. Ici au contraire, on est invité à participer au processus de la découverte, à l’examen critique des hypothèses et des théories, à imaginer des expériences qui permettent de discriminer le vrai du faux, à suivre ses propres intuitions et sortir du cadre dans lequel l’ignorance et la confusion des idées nous enferment souvent.

On croirait presque, en écoutant la lecture de la réponse de Bonnet à la première lettre des “Nouvelles observations sur les abeilles”, de participer à la conversation qui s’est peut-être déroulée dans le salon du naturaliste de Genthod et qui débute ainsi: “Vous m’avez étonné Monsieur!”… Burnens et Huber avaient découvert la fécondation de la reine abeille, dans les airs, à l’extérieur de la ruche…

Pour écouter et réécouter:

 

…il est minuit moins cinq…

(Le titre de cet article a été repris par Roger Nordmann dans l’émission Forum sur la RTS (Minute 9:33) du 7 mai 2019)

A l’initiative de Jean-Marc Bonmatin et de ses collègues, s’est déroulé les 24 et 25 janvier 2019 au CNRS à Paris un colloque interculturel sur le thème “Sociétés d’abeilles- sociétés humaines : une interdépendance de la préhistoire au futur”. Etaient invités les milieux de la recherche, de l’apiculture, de l’agriculture, de la politique et de la société civile. Avec près de 200 participants, une taille idéale, le colloque s’est tenu dans une ambiance chaleureuse. Le but était de faire communiquer des milieux qui échangent peu et de générer un débat participatif ce dont nos voisins français sont friands, mais constitue encore un exercice auquel ils sont peu habitués.

Le programme comportait des communications de scientifiques renommés dont les travaux sont bien connus (p.ex. Martin Giurfa sur les incroyables compétences du cerveau de l’abeille, Yves le Conte sur les phéromones de régulation sociale des colonies, Jean-Marc Bonmatin sur l’impact des néonicotinoïdes, Vincent Bretagnolle sur les écosystèmes agricoles, de Lionel Garnery sur les efforts de conservation de l’abeille noire, la race native dans nos contrées), mais également d’intéressantes contributions de chercheurs en sciences sociales, ethnographie, anthropologie que l’on a moins l’occasion de rencontrer, ainsi qu’une vingtaine de posters. L’Helvétie était aussi représentée par une conférence brillante et très applaudie d’Edward Mitchell et de ses collègues de l’université de Neuchâtel sur la contamination des 3/4 des miels de la planète par les néonicotinoïdes, une étude qui a créé un électrochoc dans les milieux de la recherche. Deux posters, l’un d’Olivier Besson et collègues, également de Neuchâtel, sur une ruche hyper-connectée et l’autre, de ma part, sur l’éthique autour des abeilles, complétaient la contribution de la délégation helvétique.

A part quelques exceptions et comme nous l’a rappelé Elsa Faugère et ses collègues, les études en sciences sociales sont quasiment inexistantes ou très récentes. Avec son groupe, elle s’intéresse à la sociologie de l’apiculture, les relations, parfois compliquées, entre eux, mais aussi avec les scientifiques et le public en général. Martin Gruber de Brême nous a invités à visionner l’impressionnante technique de confection de ruches traditionnelles à l’aide de végétaux au Cameroun, alors que Nicolas Césard nous a initié aux méthodes utilisées en Asie pour s’approprier le miel de l’abeille géante, Apis dorsata, une abeille qui migre sur des dizaines de kilomètres et construit un cadre unique, toujours à l’air libre, et pouvant peser plusieurs dizaines de kg. Le tout fut suivi d’une invitation d’Eric Tourneret à voyager autour du monde pour y découvrir la variété des abeilles et de l’apiculture sur la planète.

Le colloque s’est terminé par une table ronde sur le thème “Scientifiques, Apiculteurs, Agriculteurs, Décideurs, quel dialogue ?” qui a été l’occasion d’un échange nourri, quoi qu’entre convaincus, malgré des points de vue parfois divergents. En résumé, tout le monde est convaincu de l’extrême nocivité des nouveaux pesticides, néonicotinoïdes en tête et de l’urgence de les bannir au plus vite. Ils causent non-seulement la mort des abeilles, mais celle d’innombrables insectes et invertébrés. Seuls 5% des substances enrobant les graines passent directement dans les plantes, les 95% restants s’accumulent dans les sols, occasionnant une rémanence dans le temps, avec des concentrations au-delà des doses létales pour les abeilles durant plusieurs années dans des cultures non-traitées, à un point tel que les vers de terre en perdent la faculté de creuser leurs galeries! Ils sont également lessivés dans les eaux de ruissellement, causant une hécatombe silencieuse, mais également massive, de la faune aquatique. Les vertébrés qui les consomment sont également affectés, en particulier les oiseaux dont la survie et le succès de reproduction en dépend. Les résultats des travaux les plus récents apportent les premières évidences des effets de ces neuro-toxiques sur les humains, laissant augurer de conséquences pouvant s’étaler sur plusieurs décennies. L’histoire montre que nous n’avons rien appris des erreurs du passé, p.ex. du scandale du DDT dans les années 1960 et que nous reproduisons les mêmes schémas pour des profits à court terme. Cerise (amère, très amère) sur le gâteau, Frédéric Delbac, de Clermont-Ferrand, spécialiste des micro-organismes nous a informé qu’il est désormais établi que le tant contesté glyphosate est impliqué dans certains dysfonctionnements du microbionte de l’intestin de l’abeille domestique!

De plus, nombre d’études indiquent que ces pesticides utilisés à large échelle et en traitement préventif, comme la pénicilline dans les années 1960 ou en production animale, sont contre-productifs, que les pollinisateurs favorisent dans une mesure importante la productivité des cultures, que des méthodes alternatives sont financièrement plus intéressantes pour les agriculteurs.

Le constat est que nous sommes dépourvus face à l’ampleur de la tâche. Comment réformer les pratiques agricoles engagées depuis plusieurs générations dans une fuite en avant à la recherche de nouveaux produits pour éliminer d’innombrables “pestes”, alors que leur destruction ne fait que libérer la place pour un autre? Comment soutenir une transition vers une agriculture durable, respectueuse de l’environnement, respectueuse des agriculteurs et, en définitive, des consommateurs que nous sommes tous?

Il est minuit moins cinq, réveillons-nous! A nous de convaincre que notre survie passe par des produits sains, une agriculture de proximité, respectueuse des producteurs, valorisant leur travail et leurs produits!

… dernière ligne droite avant Noël pour “L’apiculteur et son élève”…

Une fois n’est pas coutume, je vais vous inciter à la consommation.Si les idées vous manquent, si vous souhaitez soutenir la cause des abeilles, si vous souhaitez faire vraiment plaisir, si vous n’aimez pas les cadeaux convenus, n’hésitez pas : offrez “L’apiculteur et son élève” à vos proches et à vos amis. Je me suis déjà beaucoup exprimé à ce sujet et je ne fais que me répéter: le livre est magnifique. Il retrace l’extraordinaire aventure de François Huber, l’apiculteur aveugle de Genève, et de François Burnens, son habile assistant vaudois, qui ont inventé la ruche moderne et découvert maintes choses nouvelles sur l’histoire naturelle de notre abeille mellifère.

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… en quête du St-Graal…

Comme chacun sait, avec les pesticides, le Varroa, acarien parasite originaire d’Asie, est le principal souci des apiculteurs depuis plusieurs décennies. A part quelques cas isolés et exceptionnels, nos abeilles sont incapables de survivre aux attaques de ce parasite qui en deux ou trois ans provoque la mort des colonies infestées. Pour protéger leurs abeilles de l’effondrement, les apiculteurs du monde entier recourent à des méthodes de lutte, chimiques le plus souvent. En Suisse, (suite…)

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…vous invitaient à revivre l’épopée de deux François, Huber et Burnens ou l’histoire d’une révolution scientifique à Genève à l’époque de la révolution française…

Les abeilles n’ont pas attendu l’élection d’un pape pour célébrer le prénom François. En effet, à la fin du 18ème siècle déjà, deux François, Huber, le fameux savant genevois aveugle, disciple de Charles Bonnet, et Burnens, son non moins remarquable assistant,  jeune paysan vaudois d’Oulens-sous-Echallens, écrivaient l’une des plus belles pages de l’histoire naturelle de l’abeille dite “domestique”. Ensemble, ils vont décrire, entre autres, le vol nuptial de la Reine-Abeille, le massacre des mâles en fin d’été, l’origine de la cire, la fonction du pollen comme nourriture des larves, la construction des cellules et l’architecture du rayon. Comme en passant, ils commencent par inventer un outil de rech (suite…)

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François Huber, le genevois qui mit au jour les secrets des abeilles

Conférences sur François Huber, 18 et 20 mai 2017

Société entomologique de Genève, Malagnou, jeudi 18 mai, 19h30

Nuit des Musées, Berges de Vessy, samedi 20 mai 2017, 19h

https://www.ville-ge.ch/culture/nuitdesmusees/programme.html#?inEnglish=false&hdcp=false

L’AVIS DE L’EXPERT Mardi 20 mai 2014

Il y a tout juste 200 ans, François Huber publiait un ouvrage qui révolutionna les connaissances de l’époque sur l’histoire naturelle des abeilles. Ce savant des Lumières n’a jamais vu l’objet de ses études puisqu’il fut atteint de cécité à l’âge de 20 ans.

Retour sur un destin d’exception, par l’apiculteur et biologiste Francis S
aucy

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