Un poison illégal tue des centaines de milliers d’abeilles en Argovie

Selon la SonntagsZeitung d’hier dimanche 20 octobre 2019, des centaines de milliers d’abeilles ont récemment été empoisonnées en Argovie par un insecticide commercialisé par les magasins Landi. Il contenait du fipronil, un produit interdit en Suisse et dans l’Union européenne. L’Office fédéral de l’agriculture tente d’étouffer l’affaire, Landi s’en lave les mains….

Voici une traduction de l’article Mischa Aebi dans la Sonntagszeitung

Un apiculteur argovien a récemment signalé un mystérieux incident à la police. En quelques jours, la moitié de ses abeilles était mortes, 600’000 au total, soit 24 colonies. Selon certaines indications, les insectes ont été empoisonnés au fipronil. Il s’agit d’un insecticide interdit en Suisse et dans l’UE. Il était clair que l’affaire était explosive.

La police cantonale argovienne l’a signalé à l’Office fédéral de l’agriculture qui a fait appel à des spécialistes de l’institut de recherche Agroscope. Le laboratoire cantonal de Zurich et l’Aargauer Amt für Verbraucherschutz ont ensuite été impliqués. Aujourd’hui, selon les autorités zurichoises, une procédure pénale est en cours. Les analyses de laboratoire montrent que le fipronil interdit était bien présent, mais sous une forme méconnaissable dans un insecticide légal et sans problème, comme le confirme Armin Feurer de l’Aargauer Chemiedienst.

Ce spray légal s’appelle Pirimicarbe. Un agriculteur sans méfiance l’avait acheté dans un centre agricole de Landi et l’avait utilisé sur ses champs pour combattre les pucerons. Il n’avait aucune idée que cela causerait la mort des abeilles dans son quartier. Les autorités partent du principe qu’il y a beaucoup plus d’aérosols contaminés en circulation dans toute la Suisse. L’Office fédéral de l’agriculture a donc ordonné un rappel urgent.

Selon le Laboratoire cantonal de Zurich, il s’agit au total de 2000 paquets de l’insecticide hautement concentré. C’est suffisant pour pulvériser 3300 hectares. Cela correspond à la surface de 180 fermes ou 4700 terrains de football au standard FIFA. Personne ne sait quelle quantité de produits contaminés ont déjà été épandus sur des cultures maraîchères ou des plantations fruitières, ni le Département de l’agriculture, ni les autorités cantonales, ni Fenaco, l’exploitant des commerces Landi.

Anja Ebener, directrice générale d’apiservice, a des indices. Il est “très probable” que d’autres colonies d’abeilles sont mortes dans d’autres régions de Suisse à cause de l’agent contaminé. Selon Ebener, les apiculteurs ne signalent souvent pas de tels incidents par crainte de conflits avec les agriculteurs voisins. D’autres n’imaginent même pas que la mort de leurs colonies d’abeilles pourrait être causée par une pulvérisation. Dans le cas de l’agriculteur argovien, “c’est une chance” qu’il n’y ait pas eu une “catastrophe beaucoup plus grande”. Selon Ebener, la quantité de principe actif qui y a été appliquée aurait pu “tuer beaucoup plus de colonies d’abeilles”.

Si cela ne s’est pas produit, c’est que la zone était étroite du point de vue topographique. L’affaire interroge sur les pratiques des autorités fédérales en matière de délivrance de permis : le produit incriminé a été fabriqué par Sharda Cropchem, une entreprise chimique indienne peu connue. Le détenteur de la licence pour la vente en Suisse est une entreprise de boîtes aux lettres sans employés, comme le montre la recherche de la Sonntagszeitung. L’adresse est celle d’une société fiduciaire à Zurich. L’autorisation a été accordée par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).

Personne en Suisse n’est désormais responsable de facto de l’action de rappel : Landi, en tant que revendeur, ne se voit aucune obligation. Leur porte-parole, Andrea Hohendahl, déclare : “Le rappel est l’affaire du premier distributeur”. Et c’est la boîte aux lettres orpheline. Ebener critique le fait que dans la plupart des cantons, il n’y a que très peu de contrôles ponctuels. Elle exige un contrôle beaucoup plus fréquent de la présence de substances étrangères dans les produits de pulvérisation.

Il est étrange que cette affaire qui a fait beaucoup de bruit au sein des autorités n’ait pas été communiquée par l’OFAG, ni que l’ordre de rappel du produit contaminé n’ait été transmis à un public plus large. Personne ne sait en quels autres endroits ce pesticide peut avoir a été pulvérisé : 24 colonies d’abeilles sont mortes dans l’accident d’Argovie.