Réintroduction du Gaucho: qui ment à qui?

Depuis la fin de l’été, les producteurs de betteraves réclament la réintroduction du Gaucho, arguant de pertes de récoltes énormes. Les estimations de la branche réalisées à la même époque indiquent que la récolte serait supérieure à la moyenne des dernières années et à celle de  l’année dernière. Qui ment à qui?

Depuis la fin de l’été, les agriculteurs producteurs de betteraves sucrières réclament à corps et à cris (c’est-à-dire par des interventions dans les media et au parlement) la réintroduction du Gaucho, l’un des pires pesticides “tueur d’abeilles”. Il s’agit d’un produit commercial dont le principe actif est l’imidaclopride, l’un des néonicotinoïdes interdit en Suisse depuis le 1er janvier 2019. Il s’agit d’une molécule emblématique, car c’est aussi l’un des premiers néonicotinoïde à avoir montré sont extrême toxicité pour les abeilles. Dès sa mise en oeuvre dans les cultures de tournesol en France, il y a une vingtaine d’année, les apiculteurs ont observé des pertes importantes, manifesté leurs craintes et alerté les autorités. Le gaucho est utilisé de manière prophylactique par enrobage des semences.

A en croire ceux qui demandent la réintroduction du Gaucho, l’année 2020 serait une année catastrophique pour la production de betteraves à sucre, avec des rendements inférieurs de 30-50% à la moyenne et des teneurs en sucre fortement réduites également. Les mêmes milieux clament aussi  haut et fort qu’il n’y a pas d’alternatives aux néonicotinoïdes et que la filière “sucre” est gravement compromise.

Les défenseurs de l’environnement essaient vainement de faire entendre un point de vue différent. Récemment, apisuisse, l’organisation faîtière des sociétés suisse alémanique, romande et tessinoise d’apiculture a adressé une lettre au conseil fédéral et publié un communiqué de presse demandant de sursoir à toute ré-autorisation de ce pesticide interdit pour d’excellentes raisons, motifs d’interdiction qui n’ont pas été remis en cause. Une décision des autorités fédérales serait imminente.

En réponse au message d’apisuisse repris par la BauernZeitung du 29.10.2020, l’organisation swiss-food.ch, qui regroupe diverses industries, mais également plusieurs respectables offices fédéraux, ridiculise la prise de position des apiculteurs, la qualifiant de “fake news”. Elle lui attribue trois Pinocchios au nez très allongé. Elle accuse ainsi le monde apicole de répandre de fausses informations et indirectement de mentir dans ses déclarations (lien à la pages en question)

Mais sur quelles sources se fondent donc les betteraviers pour affirmer depuis la fin de l’été que les récoltes sont catastrophiques alors que betteraves étaient encore en terre? Sur des faits avérés ou sur des appréciations non vérifiées? Jamais, ils n’ont cité de sources. Il se trouve que ces sources existent et qu’elles sont publiées par la branche elle-même (sucre.ch) sur la base de sondages et d’estimations quantitatives. Ces documents sont en ligne sur le site web de sucre.ch: https://www.zucker.ch/fr/planteurs/culture-de-la-betterave/.

On y trouve en particulier, un document intitulé “2ème sondage de récolte 2020” qui donne des chiffres relatant la situation au mois d’août 2020 pour l’ensemble de la Suisse, séparément pour l’ouest et l’est du pays . Et ces chiffres, le croirez-vous? contredisent totalement le message de ceux qui dépeignent une image catastrophique de la situation en 2020 et réclament l’introduction des néonicotinoïdes. Les commentaires du rapport sont très explicites à ce sujet:

“Malgré les conditions peu optimales mais grâce à une masse foliaire importante lors du 1er échantillon la croissance journalière est supérieure à la moyenne; 960kg/ha à l’Ouest et 1’080kg/ha à l’Est. A l’Ouest les différences sont très marquées selon les parcelles; celles fortement atteintes par la jaunisse virale ont une croissance journalière en dessous de la moyenne. Les rendements en racines atteignent 69.1t/ha à l’Ouest et 76,1t/ha à l’Est. Cela correspond aux chiffres de l’année dernière. La teneur en sucre a évolué de manière insignifiante. Cela était attendu en Romandie suite à la forte propagation de la jaunisse virale. Les raisons du léger recul en Suisse orientale est plus difficilement explicable. Pour les deux usines, les teneurs sont supérieures à celles de l’année dernière. Sur la base de ces échantillons la récolte à venir devrait atteindre des rendements en racines supérieurs à la moyenne avec des teneurs en sucre décevantes”.

Qui  ment à qui? Cherchez l’erreur.

Le rapport complet peut aussi être téléchargé ici: Betterave_2020_rapport_août

Une pétition est également en cours: cliquer ici pour signer

PS du 05.11.2020: dans un commentaire, un internaute me reproche d’occulter le 3ème rapport. Le rapport produisant les chiffres de septembre 2020 a été retiré du site de sucre.ch et remplacé par un autre sans chiffres comparables aux précédents. Les chiffres confirment ceux d’août 2020. Voici ce rapport tel qu’il apparaissait dans sa première teneur il y a quelques jours encore: sur le site de sucre.ch Betterave_2020_rapport_septembre

Un tribunal américain annule l’homologation du dicamba, un herbicide pire que le glyphosate

 

Selon wikipediale dicamba est un désherbant organochloré actif sur un certain nombre d’adventices dicotylédones. Il a été ad en tant qu’herbicide aux États-Unis en 1967 et a depuis été communément utilisé aussi bien en agriculture que dans les secteurs industriels et résidentiels. C’est un dérivé du benzène, ou plus précisément de l’acide benzoïque. Il est produit par de nombreuses entreprises (25 fabricants aux États-Unis en 2010) et commercialisé sous diverses marques, notamment Banvel, Diablo, Oracle et Vanquish. Les principaux producteurs à l’échelle mondiale sont BASF, Changqing Agrochemical, DuPont, Monsanto, Syngenta et Yangnong Chemical.

Voici une traduction d’extraits d’un article de Mike LaSusa, de l’agence Law360, une entreprise américaine offrant un service d’information juridique par abonnement géré par la société Portfolio Media, une filiale de LexisNexis. Le journaliste rapporte ainsi le 3 juin 2020 une décision récente d’un tribunal américain: ” La neuvième cour a annulé mercredi une décision de l’Agence américaine de protection de l’environnement (APE) autorisant l’utilisation de l’herbicide dicamba sur les cultures de coton et de soja, affirmant que le régulateur avait “considérablement sous-estimé” les risques associés au désherbant produit par plusieurs grandes entreprises agrochimiques.

L’APE a violé la loi fédérale sur les insecticides, les fongicides et les rodenticides (Federal Insecticide, Fungicide and Rodenticide Act) lorsqu’elle a minimisé l’étendue de l’utilisation du dicamba ainsi que les dommages qu’il a causés, a déclaré la cour d’appel. En outre, le panel a déclaré que le régulateur avait fermé les yeux sur d’autres risques potentiels tels que le fait que les utilisateurs ignorent les restrictions “onéreuses” sur l’utilisation du dicamba ainsi que les éventuels effets anticoncurrentiels et les coûts sociaux associés au pesticide.

Les juges ont reconnu que leur décision de mercredi d’annuler les homologations conditionnelles de trois herbicides à base de dicamba, contenus dans des produits fabriqués par l’unité Monsanto de Bayer AG, la société Corteva Inc, spinoff de  DuPont. et BASF, pourrait causer des préjudices aux agriculteurs qui ont déjà planté des cultures résistantes aux pesticides et qui prévoient d’utiliser le dicamba pour les protéger pendant leur croissance.

Ils ont été placés dans cette situation sans qu’il y ait faute de leur part”, ont déclaré les juges. “Cependant, l’absence de preuves substantielles pour soutenir la décision de l’APE nous oblige à annuler les homologations”.

L’un des juges du panel, le juge William A. Fletcher, avait auparavant exprimé son scepticisme quant à l’homologation par l’APE, qualifiant de “chiffre magique” la distance  de 57 pieds (=17,4m) décrétée par l’APE comme zone tampon pour l’atténuation des risques, alors que les propriétaires fonciers ont déclaré avoir vu des dommages à un quart de mile (=400 m) des cultures pulvérisées.

L’audition a eu lieu lors d’une audience en avril suite à une action déposée par quatre organisations (Center for Food Safety, National Family Farm Coalition, Center for Biological Diversity et Pesticide Action Network North America) contestant la décision de l’APE de 2018 de prolonger l’homologation du dicamba pour le coton et le soja.

Le dicamba est le principe actif des herbicides vendus par Monsanto sous la marque XtendiMax. L’APE a initialement approuvé ses nouvelles utilisations en 2016 afin qu’il puisse être pulvérisé sur le coton et le soja que Monsanto a génétiquement modifiés pour survivre à la pulvérisation de l’herbicide, puis l’agence a maintenu son approbation en 2018.

L’avocate du Centre pour la sécurité alimentaire, Sylvia Shih-Yau Wu, a déclaré mercredi à Law360 que la décision de la 9e cour est importante car elle met en lumière les critères que l’APE doit prendre en compte lors de l’évaluation des homologations.

“Depuis trop longtemps, l’APE a essentiellement enregistré comme argent comptant les données et le récit des sociétés de pesticides pour décider quels risques sont acceptables. La décision de la cour indique clairement que l’APE n’est pas autorisée à le faire”, a déclaré Wu. L’APE a annoncé à Law360 qu’elle révisait la décision de la cour et qu’elle “agira rapidement pour répondre à la directive de la cour”. Bayer, Corteva et BASF n’ont pas répondu mercredi aux demandes de commentaires (…)“.

Une pétition contre le dicamba adressée à Elisabeth Borne, ministre de la “Transition écologique et solidaire” du gouvernement français est actuellement en cours sur le net. Plus de 350’000 signatures ont déjà été récoltées à ce jour.

Journée mondiale des abeilles et des pollinisateurs 2020: initiez-vous à la dégustation des miels!

Cela fait plusieurs semaines que je me creusais la tête à la recherche d’une action originale à proposer pour la journée mondiale des abeilles et des pollinisateurs en cette année 2020, synonyme de pandémie Covid-19. En effet l’année dernière, j’avais appelé dans ce blog (cf Journée des pollinisateurs 2019) les amis des abeilles à organiser des petits déjeuners au miel, des visites de rucher ou encore des promenades dans les prairies fleuries à la découverte des abeilles sauvages et autres pollinisateurs. Rien de tel n’est possible cette année et l’ensemble de ces activités ont dû être annulées.

Si de multiples idées m’ont traversé l’esprit, aucune n’a vraiment fait “tilt”, soit trop compliquée à mettre en oeuvre, trop loufoque ou nécessitant plus de temps et de moyens. Je les garde en réserve pour une autre année, car le siècle n’a que 20 ans et bien qu’il ait atteint une sorte de “majorité”, il lui manque encore un peu de maturité et la sagesse nécessaire pour prendre les décisions qui s’imposent s’il veut devenir un centenaire alerte et fier de passer la main et de laisser une terre heureuse au siècle suivant.

Heureusement, le Jardin Botanique de Neuchâtel, et son directeur Blaise Mulhauser, qui s’emploient depuis plusieurs années à animer cette journée, viennent à mon secours avec une idée simple, originale, moderne et facile à mettre en oeuvre: une dégustation de miel en ligne.

Je me suis donc prêté à l’exercice. Comme le montre l’image ci-contre, armé d’un bocal de mon propre miel 2020 fraîchement extrait, d’une cuiller, le tout à côté du clavier et de mes multiples écrans (doigts collants déconseillés, mais comment faire autrement ces jours-ci, alors que le miel coule à flot dans nos contrées?).

La dégustation d’un miel c’est tout un art.

Voir avec les yeux: D’abord on apprécie la couleur. C’est assez facile. Du très clair, presque blanc, miel d’acacia aux teintes foncées, presque noires, des miels africains en passant par les sombre vert bouteille de nos de miels de sapin, toute une gamme de colorations est représentée.

Sentir avec le nez: Définir les odeurs qui s’exhalent à l’ouverture du bocal, c’est nettement plus compliqué déjà, pour moi du moins. Dans un récipient en verre, tel que celui de la photo, c’est un bouquet d’arômes qui vous assaille et éblouit les sens. Je raffole de ce contact avec un miel. J’y retrouve ces parfums uniques qui se dégagent des ruches lorsque vous les visitez, mélange de senteurs de cire, de miel, de propolis, de fumée aussi, et de souvenirs. Le voyage de mes réminiscences m’emporte à Soral (GE), à l’époque de mes débuts. Je me souviens de telle saison particulière, ou de telle colonie que j’ai dû ouvrir six matins de suite pour trouver la reine, mais aussi les steppes à asphodèles et cirses blancs de Sardaigne qui produisent des miels si fins et si délicats. Mais l’écran me rappelle à la réalité: il faut mettre des mots sur ces sensations, mes propres mots, et pour moi c’est difficile. Je ne peux tout de même pas raconter mes souvenirs et émotions d’apiculteur fasciné par ses avettes…

Gouter avec  la bouche: Il s’agit ici de qualifier la saveur et les arômes. Avec la langue, mais aussi avec le nez, puisque le goût passe aussi par les muqueuses nasales. Plus directif, le test vous propose une liste à choix, plus simple pour moi. Sucré? oui, évidemment. Très sucré? Avec une teneur en sucre supérieure à 82%, c’est évidemment aussi très sucré. Autres choix: “acide/amer”? non définitivement pas amer, mais acide je ne saurais dire. Ou encore “fraîcheur”? Franchement cela n’évoque rien pour moi. Je choisis donc sucré, pas très fier de mes facultés gustatives. Quant aux saveurs, on vous en propose une liste des 16 les plus fréquentes, dont certaines me paraissent très étranges, comme “végétal”. Pour moi, ce sera floral. C’est un miel de fleurs après tout.

Avez-vous ainé ce miel? C’est la dernière question. Je l’aime bien celle-là, car elle est à la portée de mes perceptions simples. Oui, je l’aime, c’est mon miel, non? Blague à part, c’est vraiment l’un de mes préférés. Mais, peut-on ne pas aimer un miel? Oui, certainement. Il y a d’abord des personnes qui n’aiment pas le miel du tout. Difficile à comprendre pour moi, mais j’en connais plus d’un/e. Quant à moi, je n’apprécie guère les miels très forts comme celui de châtaignier, certains miels de forêt que produisent mes propres abeilles et le mythique miel de “corbezzolo”, ou arbousier, le nectar le plus réputé de Sardaigne.

Et qu’en disent les spécialistes? De manière assez surprenante, la dégustation des miels est peu pratiquée, peu documentée, peu connue du grand public, rien à voir avec celle des vins. La terminologie est également beaucoup plus réduite. C’est donc sans surprise à ces spécialistes que les chercheurs se sont adressés, aux oenoloques de Changins, près de Nyon. Et les résultats sont déconcertants. En fait ce ne sont pas les résultats qui le sont, mais les oenologues qui furent déconcertés. Leur vocabulaire s’applique assez mal à ce qu’ils doivent tester à l’aveugle. Ils ne se sont accordaient que sur un point: tous présentaient des défauts plus ou moins marqués! Du moins en référence à ce qui pour un vin est considéré comme des défauts.

Et maintenant, à vous de jouer: la technique est simple, à portée de chacun/e. Procurez-vous un pot de miel, par exemple dans un placard, ou chez votre apiculteur/trice préféré/e. Munissez-vous d’une cuiller. Allumez votre ordinateur ou votre téléphone portable. Connectez-vous à “honeyatlas.com“. Mettez vos sens en éveil. Je vous souhaite une belle expérience. Et peut-être découvrirez-vous aussi des qualités à ce divin produit.

Pour en savoir plus:

visitez  la page du CARI (Centre Apicole de Recherche et d’Information): Décrire un miel, pas si facile par Etienne Bruneau

téléchargez La Ronde des arômes de miel (pdf)

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Intoxications d’abeilles: ça n’arrive pas qu’aux autres

Et si cela m’arrivait à moi aussi ? Eh bien oui, c’était le cas chez moi samedi dernier. La photo ci-contre illustre la situation que j’ai trouvée en arrivant à l’un de mes ruchers: la planche de détection des mortalités posée devant les ruches était tapissée d’abeilles mortes sur une largeur de 50 cm, soit la taille d’une entrée de ruche en pleine période de récolte. Un examen plus détaillé a montré qu’une partie des abeilles étaient encore vivantes et mourraient devant l’entrée de leur ruche dont on voit la planche d’envol 20 cm plus haut à droite sur la photo.

La collecte de ces abeilles a produit l’équivalent du volume d’un pot à miel de 500 g pour un poids de 140 g. Une poignée d’abeilles mortes, est-ce si donc grave? Qu’est ce que cela représente sur les milliers d’individus que compte une colonie? Je n’étais pas loin de banaliser l’affaire, avant que je ne me penche plus en détail sur la question. Avec un poids moyen de 80 à 100 mg, ces 140 g d’abeilles représentent environ 1500 individus, soit le 5% d’une colonie de 30’000 avettes. Cinq pourcents, c’est aussi la proportion de butineuses d’une colonie en pleine saison de butinage:  ce serait donc l’équivalent de la population totale de butineuses d’une colonie de cette taille qui serait ainsi étalée sur la planche de détection!

Le soupçon d’une intoxication aiguë s’impose donc comme une cause possible, voire probable.

Et si ce n’était pas la première fois? L’emplacement compte cinq colonies récemment introduites au début avril, car l’automne dernier les ruches avaient été retrouvées vides, désertées de toute abeille à la fin du mois d’octobre sans explication! Et c’était la seconde fois que cette mésaventure m’arrive depuis que j’ai des abeilles à cet emplacement. L’agriculteur qui exploite les terres où se trouve le rucher est hors de cause, il est en bio et est un ennemi convaincu des pesticides. Il exploitait d’ailleurs lui-même ce rucher il y a quelques années et est fort conscient de la problématique des empoisonnements.

Mais son exploitation est petite et entourée d’agriculteurs aux pratiques plus agressives. Le colza est actuellement en fin de floraison, comme les arbres fruitiers de la région, toutes cultures qui subissent de multiples traitements durant l’année. Et avril-mai, c’est bien connu des apiculteurs, c’est la saison des empoisonnements d’abeilles. Le service sanitaire apicole (SSA) a d’ailleurs émis récemment un avertissement à l’égard des producteurs intitulé: “La plupart_des_intoxications d’abeilles_ont lieu en_avril_et en mai“.

Aura-t-on un jour une explication? Les abeilles récoltées seront analysées. Les chances d’obtenir une explication, voire une confirmation d’intoxication sont maigres. En effet, pour détecter ces produits mortels pour les abeilles en doses infinitésimales, il faut des conditions idéales de collecte du matériel, car ils se dégradent très vite. Il faut aussi qu’il s’agisse d’un produit inscrit à la liste des quelques 500 molécules testées, la plupart des produits interdits n’étant même plus recherchés. Les situations avec des indices tels que ceux récoltés dans ce cas sont plutôt rares, car dans la majorité des cas d’empoisonnement aigu les abeilles ne rentrent même pas à la ruche. Quant à identifier l’auteur à l’origine d’une intoxication dans un rayon de plusieurs km autour d’un rucher, les chances sont encore moindres.

Quand les abeilles dansent avec les robots

C’est sous ce titre, que Kurt de Swaaf dans un article de la Neue Zürcher Zeitung du 03.01.2020 nous invite à entrer dans un bal des abeilles d’un genre nouveau . En voici une traduction pour les lecteurs francophones.

“Nous sommes en 2032, c’est le mois de juin, le printemps a été une fois de plus beaucoup trop sec. L’ouvrière n° 32-4157 commence sa journée. (suite…)

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…si les abeilles étaient libres…

le samedi 23 novembre 2019, le grand auditoire de l’Institut agricole de l’Etat de Fribourg à Grangeneuve était plein à craquer pour écouter l’apiculteur allemand Torben Schiffer, invité par l’organisation FreeTheBees, nous parler de sa vision de l’apiculture… décryptage…

Depuis quelques années, André Wermelinger, apiculteur et activiste, auteur du site web “Free the bees” et président de l’association éponyme, plaide avec ses adhérents pour la “libération” des abeilles” Qu’entendent-ils donc par là? (suite…)

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…scandale du pirimicarbe contaminé au fipronil: l’Union suisse des paysans réagit…

Sous le titre: SHARDA CROPCHEM LIMITED : aucun employé en Suisse, le journal “Bauerschweizer” réagit au cas d’intoxication d’abeilles en Argovie durant l’été. Il exige en particulier de l’Office fédéral de l’agriculture des mesures de surveillance plus sévères et l’interdiction d’octroi de licence de vente à des sociétés “boite-à-lettres”. A noter que le fipronil, interdit dans l’agriculture en Suisse et dans l’Union européenne, reste toujours autorisé dans les colliers acarides pour chiens et chats.

Voici une traduction de l’article de Susanne Meier du Bauerschweizer du 6 novembre 2019

SHARDA CROPCHEM LIMITED : Aucun employé en Suisse

(suite…)

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… vous parlaient d’art contemporain…

Au cours des dernières décennies, les avancées de la science n’ont fait que repousser les limites qui nous séparent du reste du règne animal, reléguant un à un aux oubliettes de l’histoire des sciences les préjugés anciens sur ce qui fait le “propre de l’homme”. En effet, nous partageons une forme de “rire” avec les grands singes, de perception de la mort avec les éléphants et d’intelligence au sens large avec les grands cétacés et les mammifères en général, mais aussi avec de nombreuses espèces animales considérées comme beaucoup moins “évoluées”, telles que les céphalopodes, pieuvres et poulpes, qui appartiennent à l’embranchement des mollusques, qui sont donc des cousins des limaces et des escargots.

Ou encore avec les insectes, dont les abeilles mellifères, qui sont également capables de prouesses étonnantes. Il a été démontré qu’elles sont capables de manier des notions telles que le haut et le bas, la droite ou la gauche, de compter jusqu’à cinq et qu’elles maîtriseraient même la notion du zéro, un concept qui n’apparaît que tardivement dans l’histoire des mathématiques, et n’est guère maîtrisé avant 10 ans chez l’humain.

La danse des abeilles Mais les abeilles ont aussi développé une forme de langage symbolique, dont tous les détails ne sont pas encore complètement élucidés. Une butineuse est en effet capable en rentrant à la ruche, de communiquer à ses compagnes, en plus de sa composition et de sa qualité, la localisation d’une source de nourriture, en précisant à la fois la direction et la distance où la trouver. S’engage alors un processus de recrutement qui peut en quelques minutes, si les abeilles sont affamées et si la source est riche, inciter des centaines, voire des milliers d’abeilles mellifères à converger vers cette manne providentielle. Cette forme de communication est connue sous le nom de “danse frétillante des abeilles”, au cours de laquelle, la butineuse effectue de manière répétitive un parcours en forme de “huit”, dont l’orientation indique la direction et la vitesse du frétillement la distance à la source de nourriture (voir un exemple en video).

L’art comme ultime frontière ? Or pour nous la danse est un art, une forme d’expression culturelle, mais aussi de séduction, une ritualisation des rapports humains, de rapprochement des sexes et de formation des couples. Peut-on parler de performance artistique dans le cas de la danse frétillante des abeilles, dans les parades nuptiales de certains oiseaux, ou encore des ensorcelantes danses des serpents? A priori non. Et pourtant, à les regarder, à les observer frétiller sans comprendre la signification de leurs actions, on ne peut que s’émerveiller, y trouver une forme de beauté gratuite. Et c’est probablement ici que se situe l’une des dernières frontières entre animaux et humains. Si ces “danses” sont bien une forme de communication, elle ne revêtent apparemment pas d’intentionnalité en vue de produire du beau ou une émotion de nature artistique chez le spectateur ou le partenaire. Mais qui saurait vraiment l’affirmer? L’art serait-il donc l’une de ces frontières? En tout état de cause, il n’est à ce jour pas connu de forme d’ “art pour l’art” dans le reste du règne animal.

Arts, abeilles et écologie Il est difficile de faire communiquer des mondes aussi éloignés, et aussi peu perméables l’un à l’autre que sont les arts et les sciences. Pourtant, avec la philosophie et les sciences, l’art est en définitive ce qui reste de plus marquant d’une civilisation. Face aux enjeux environnementaux qui nous attendent en ce début de troisième millénaire, les abeilles (au sens large du terme) s’imposent comme nouvelle valeur universelle, à la fois symbole de perte de la biodiversité et de survie des humains sur Terre. Avec leur sensibilité propre, de nombreux artistes s’engagent et intègrent ces préoccupations majeures dans leurs oeuvres.

Ainsi, durant tout l’été et jusqu’au 11 octobre, Genève abrite une œuvre d’art éphémère consacrée aux abeilles dans un cadre insolite : le cimetière des Rois. S’inspirant du roman « Le sang des fleurs » de sa compatriote Johanna Sinisalo, l’artiste finlandaise Ulla Taipale nous invite à explorer cette frontière, à méditer sur les liens que nous entretenons avec la nature, mais également avec l’au-delà. L’exposition genevoise est également dédiée au grand naturaliste genevois, François Huber et maintes fois mentionné dans ce blog (cf Billets consacrés à François Huber ci-dessous), qui a su faire de sa cécité une force et a tant apporté à la connaissance de ces insectes sociaux,

Le vernissage de l’exposition, organisée par l’association Utopiana dans le cadre de son programme “1000 écologies” était initialement prévu le 19 juin. Il a dû être repoussé en raison d’un violent orage qui a abattu plusieurs arbres et endommagé le dispositif. Il se déroulera officiellement ce lundi 16 septembre 2019 à 17h en présence de l’artiste. L’expo est inscrite dans une démarche résolument moderne. Elle se présente sous la forme d’une expérience de réalité augmentée au cours de laquelle les visiteurs sont invités à écouter sur leur smartphone une dizaine de textes d’auteurs variés à propos des abeilles. Sur le plan pratique, il convient au préalable de télécharger l’application Arylin, puis, sur place, de chercher et scanner de petits panneaux distribués entre les tombes d’illustres personnalités qui ont fait Genève. L’app déclenche alors la lecture du texte associé au panneau.

 

1: Billets consacrés à François Huber

François Huber, le genevois qui mit au jour les secrets des abeilles,

Quand les abeilles s’assemblent en Landsgemeinde,

…vous invitaient à revivre l’épopée de deux François, Huber et Burnens ou l’histoire d’une révolution scientifique à Genève à l’époque de la révolution française…)

…sur les épaules des géants….

la démocratie des abeilles mise en oeuvre au sommet des jeunes pour le climat

Smile for future“, le sommet des jeunes pour le climat réunis à Lausanne la semaine dernière s’est terminé après cinq jours d’intenses débats par une remarquable prise de position rédigée en anglais et intitulée “Déclaration de Lausanne“. J’invite chacune et chacun à la consulter. Son contenu est impressionnant et ce document fera probablement date dans l’histoire moderne.

Le texte débute par une déclaration d’intention présentant les objectifs, mais aussi la diversité et les différences des participants à la conférence, introduction qui se conclut par “Ensemble nous voulons changer ce monde pour le meilleur. Pour nous et pour toutes les générations à venir“. Elle se poursuit en déclinant Valeurs, Motivation, Méthode et Action. Elle affirme l’unité, la non-violence, la transparence et l’absence de structures hiérarchiques comme principes cardinaux d’un mouvement parti de la jeunesse, ouvert à tous les âges, qui rejette toutes les discriminations et les propos haineux. La déclaration se termine par une liste de trois revendications autour du climat et une vingtaine de suggestions pour démarrer la mise en oeuvre. Quelle impressionnante maturité dans ce mouvement et cette déclaration réalisée en une semaine à peine par des jeunes de tous les horizons de la planète!

Michel Serres serait-il enfin entendu? Il y a près de 30 ans, en 1990 très exactement, le philosophe français Michel Serres, récemment décédé, publiait un texte fondateur, véritable déclaration d’amour à la planète Terre, intitulé “Le contrat naturel“, allusion métaphorique, mais explicite au “Contrat social” de Rousseau de 1762. Les idées égalitaristes du Genevois devaient se concrétiser, entre autres, par la “Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen” de 1789 et la “Déclaration universelle des droits de l’Homme” proclamée par les Nations Unies en 1948.

Dans ce livre écrit comme un poème d’amour, destiné à être lu à haute voix, exigeant, invitant à s’arrêter presqu’à chaque mot, Michel Serres fait le constat tragique suivant: depuis Rousseau et les Lumières, la philosophie et les sciences humaines ont oublié de prendre en compte le “Monde”.  Elles se sont attachées à décrire les relations entre humains et à théoriser la domination de l’homme sur la nature, une approche anthropocentrique qui caractérise toutes les formes de conception du monde en Occident, de la philosophie aux idéologies sociales, en passant par les religions, et cela jusqu’à la deuxième moitié du 20ème siècle.

Cette conception du monde, étroite,  restreinte par les oeillères de l’anthropocentrisme, ne posait pas véritablement problème, tant que l’action de l’homme sur le “Monde” restait insignifiante.En effet, la Nature, par ses déluges, ses tempêtes et autres tremblements et catastrophes naturelles se chargeait opportunément de rappeler périodiquement à l’ordre ce bipède “tout-puissant?”. Mais, tout a changé au 20ème siècle. Avec la maîtrise de l’atome, l’homme s’est soudain trouvé en possession d’armes assez puissantes pour détruire la Terre, “sa” Terre?. Puis, avec le “progrès” et la mondialisation, ont suivi l’empoisonnement des sols, des réserves d’eau, de l’atmosphère, sans parler de la la destruction progressive et en accélération des autres espèces vivantes. Enfin, cerise sur le gâteau, il a imprimé un impact majeur sur les conditions climatiques globales de la planète. Mais la Nature ne se laisse pas dominer si facilement. Le présomptueux Prométhée sur deux jambes doit s’attendre au retour de manivelle. S’il continue à maltraiter la Nature de la sorte, sans en connaître les lois, ni en mesurer la force, elle lui montrera ses capacités à surmonter des  “accidents”, tels que le passage de l’homme sur Terre, incidents négligeables à l’échelle des temps géologiques.

C’est donc à un constat d’humilité et de respect pour le monde que Michel Serres nous convie dans son livre. Il nous invite à vivre en harmonie avec le monde et à conclure avec lui un “Contrat naturel”, dans lequel les intérêts de l’homme, comme ceux de la planète seraient respectés, ainsi que Rousseau invitait ses contemporains à conclure un “Contrat social” face aux inégalités des sociétés humaines de son temps. Et c’est à l’ébauche d’un tel contrat que les jeunes ont travaillé la semaine dernière. Cette déclaration de Lausanne en est une première étape.

Ayant consacré sa vie à créer des ponts entre la philosophie, les sciences humaines d’une part et celles de la nature de l’autre, Michel Serres arrive au constat que ces deux mondes des connaissances humaines ne se parlent pas, ne se comprennent pas et que cela est source de tragiques conséquences pour nos sociétés. Il conclut en particulier que le “Monde” est dirigé par des personnalités formés en sciences humaines qui ignorent tout des lois du “Monde”, telles que décrites par les sciences de la nature. Et ils prennent forcément des décisions inadaptées. C’est aussi ce que nous rappellent les jeunes dans leur troisième revendication:

Décideurs: écoutez ce que la meilleure des sciences possible nous apprend !“.

Et les abeilles dans tout cela? Comme les jeunes l’ont indiqué aux media, l’accord n’a pas été simple à trouver. Des divergences, des dissensions se sont manifestées au cours des débats, mais à la fin, c’est à un consensus général résumé dans la déclaration qu’ils ont abouti. Et ce processus, rappelle étrangement les mécanismes de prise de décision d’un essaim d’abeilles. Comme déjà mentionné dans ce blog (Quand les abeilles s’assemblent en Landsgemeinde), la démocratie n’a pas été inventée en Grèce il y a quelques siècles, mais probablement depuis plusieurs millions d’années par les sociétés d’insectes.

Selon Thomas Seeley, biologiste américain, auteur du livre “La démocratie des abeilles“, ce mode de système politique serait une propriété émergente de la vie en société, avec comme archétype l’abeille mellifère. Lorsqu’un essaim d’abeilles cherche un emplacement pour s’installer, il délègue la tâche de la reconnaissance à quelques dizaines, ou centaines d’individus, qui vont visiter différents lieux, les évaluer, les comparer et en discuter au cours d’un véritable “débat démocratique“, chaque exploratrice se faisant sa propre opinion, puis tentant de convaincre ses collègues de la qualité de chacun des sites potentiels. Cette opération se déroule généralement sur deux à trois jours. Et ce n’est que lorsqu’un consensus absolu est atteint que les milliers d’individus formant l’essaim s’envolent vers leur nouvelle demeure, guidés par les exploratrices qui seules connaissent la destination. Sans consensus général, la colonie est vouée à la mort, car l’essaim se disperse dans plusieurs directions, la reine ne sachant quel parti suivre.

J’expliquais récemment ce mécanisme à un auditoire d’apiculteurs jurassiens. A la question d’un collègue, par ailleurs parlementaire connu, je répondis : “Imaginez les résultats d’un parlement dont les membres seraient contraints au consensus pour toute décision vitale, les décisions prises à la majorité étant fatales pour la société!”. C’est ce que les abeilles nous apprennent. C’est aussi ce que les quelques centaines de jeunes présents à Lausanne (représentants leurs pairs du monde entier) ont mis en pratique cette semaine à Lausanne. Faisant preuve d’une remarquable maturité politique, ils ont aussi su préserver leur jeune reine scandinave, sans laquelle rien ne serait possible…