Pesticides: ça bouge en Europe

Selon un communiqué de Keystone SDA (Agence télégraphique suisse ATS) du 28.06.202, “les ministres européens de l’Agriculture se sont accordés lundi sur la manière de prendre en compte, dans l’évaluation des pesticides, leurs effets sur les colonies d’abeilles. Ils ont ainsi ouvert la voie à de nouvelles mesures contre le déclin de ces insectes. Les pesticides ne peuvent être autorisés dans l’UE que si “une évaluation complète des risques” a démontré l’absence de nocivité sur la santé humaine et d’effets “inacceptables” sur l’environnement.

“les critères pour évaluer l’impact sur les abeilles n’avaient pas évolué depuis 2002, selon la Commission européenne. Saisie en mars 2019 par l’exécutif européen, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a élaboré plusieurs scénarios permettant de fixer des “objectifs spécifiques” de protection des abeilles mellifères dans l’évaluation des pesticides.
Un objectif ambitieux : moins de 10% de pertes de colonies par an

“Parmi les diverses méthodes proposées, les ministres des Vingt-Sept, réunis au Luxembourg, ont conclu lundi que fixer un seuil de réduction “acceptable” de la taille des colonies d’abeilles “offrait une protection suffisante”, selon un communiqué. Alors que les Etats étaient initialement très partagés sur le niveau de ce seuil, ils se sont finalement accordés sur “un taux de réduction maximum” de 10% de la taille des colonies d’abeilles dans l’ensemble de l’UE. Une baisse supérieure de la population d’abeilles serait donc considérée comme critique”.

Pour comparaison, selon une enquête de BienenSchweiz supervisée par le Centre de recherche apicole de l’Agroscope à paraître prochainement en traduction française dans la Revue suisse d’apiculture du mois d’août 2021, les pertes en Suisse durant l’hiver  2020-2021 ont été estimées à 32,4% (31,2% l’hiver précédent). Ces pertes se décomposent comme suit :

  • «ruches désertées et abeilles mortes au fond de la ruche» (8,2 %, année précédente 7,1 %),
  • «problèmes liés aux reines et dommages dus aux éléments naturels» (6,0 %, année précédente 6,1 %),
  • «pertes avant l’hivernage» (7,3 %, année précédente 5,3 %)
  • «colonies trop faibles à la sortie de l’hivernage» (10,9 %, année précédente 12,6 %).
  • Il en résulte un total de 32,4 %, soit 1,2 point de pourcent de plus que l’année précédente (31,2%)”, c’est-à-dire plus de trois fois le seuil à considérer comme “critique” selon l’UE.

Assez curieusement, dans son communiqué de presse du 31 mai 2021, apisuisse ne comptabilise que les deux premières causes de réduction du nombre de colonies, soit 14,2% (année précédente 13,2%) laissant accroire que la situation est sous contrôle et tolérable.

Toujours selon Keytsone, “Plusieurs Etats plaident pour abaisser encore ce seuil. “Les ministres sont convenus de la nécessité d’accroître les ambitions de l’UE en matière de protection des abeilles mellifères tout en veillant à ce que les mesures puissent être mises en oeuvre par les États”, indique le communiqué sans autre précision. Selon l’ONU, citée par le Conseil européen, les abeilles pollinisent 71 des 100 espèces cultivées fournissant 90% des denrées alimentaires mondiales. Or ces dernières années, l’effondrement des populations d’insectes pollinisateurs, très vulnérables aux pesticides, menace des productions agricoles.

Le gouvernement français a d’ailleurs mis ce lundi en consultation un “plan pollinisateurs” visant à contrer le déclin des abeilles – un plan promis par Paris en août 2020 après la réintroduction temporaire des insecticides néonicotinoïdes, qualifiés de “tueurs d’abeilles”, pour la culture de la betterave. Ce plan français prévoit d’évaluer le risque de tous les pesticides, dont les herbicides et fongicides, pour les pollinisateurs en vue d’une possible restriction, voire interdiction de traitement sur les cultures attractives en floraison, aujourd’hui applicable uniquement aux insecticides.”

Francis Saucy

Francis Saucy, Docteur ès sciences, biologiste, diplômé des universités de Genève et Neuchâtel, est spécialisé dans le domaine du comportement animal et de l'écologie des populations. Employé à l’Office fédéral de la statistique, Franci Saucy est également apiculteur amateur et passionné, et il contribue par ses recherches et ses écrits à l'approfondissement des connaissances sur les abeilles et à leur vulgarisation dans le monde apicole et le public en général. Franci Saucy fut également élu PS à l'exécutif de la Commune de Marsens, dans le canton de Fribourg de 2008 à 2011 et de 2016 à 2018. Depuis mars 2019, Franci Saucy est rédacteur de la Revue suisse d'apiculture et depuis le 15 septembre 2020 Président de la Société romande d'apiculture et membre du comité central d'apisuisse Blog privé: www.bee-api.net

Une réponse à “Pesticides: ça bouge en Europe

  1. Ce qui est encore incompréhensible c’est qu’on utilise encore plus de 400 tonnes de d’insecticides et 80 tonnes de rondenticides en Suisse par année ! Ces chiffres augmentent chaque année !
    On marche sur la tête ! C’est affligeant de voir qu’on est pas capable de réduire ces valeurs et qu’on ne prenne pas conscience de changer de comportement même dans nos votations!

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