Rejet de l’économie verte : l’idéologie en guise de vision

Le Conseil national a décidé d’enterrer le contre-projet du Conseil fédéral à l’initiative des Verts pour une économie verte. Ce faisant, l’UDC, le PLR ainsi qu’une partie du PDC et du PBD ont refusé, par pur dogmatisme, de moderniser notre loi sur la protection de l’environnement. Elle date pourtant de 1983 et ne vise, conformément aux préoccupations de l’époque, qu’à mieux gérer les pollutions et les substances dangereuses.

 

Ils ont ainsi refusé d’inscrire dans cette loi la nécessité de gérer durablement les ressources, alors que cet enjeu est le grand défi économique et environnemental du 21ème siècle, à l’échelle mondiale. Ils ont en outre refusé d’inscrire dans la loi la nécessité de tenir compte de notre impact écologique à l’étranger, alors que celui-ci représente aujourd’hui plus de 70 % de notre impact écologique total.

 

Ils ont refusé d’inscrire dans la loi la nécessité de revaloriser les matériaux et les déchets avant de les brûler, alors que nous ne le faisons aujourd’hui que pour une part infime d’entre eux. Ils ont en particulier refusé de permettre au secteur du recyclage de revaloriser le phosphore contenu dans nos boues d’épuration, alors que nos agriculteurs dépendent des importations de phosphore pour leurs cultures et que des pénuries s’annoncent d’ici quelques décennies seulement. Ils ont aussi refusé de permettre au secteur du recyclage de revaloriser les métaux contenus dans les scories de nos usines d’incinération, alors que ce gaspillage absurde représente des pertes annuelles de près de 100 millions de francs, dont 10 millions rien que pour l’or. Ils ont enfin refusé de permettre aux collectivités publiques de fixer, en accord avec les branches économiques concernées, des objectifs de réduction des emballages, qui constituent pourtant entre 30 et 50 % des contenus de nos poubelles.

 

Ils ont aussi refusé d’exclure de notre marché, comme le fait déjà l’Europe, le bois importé issu de coupes illégales, alors qu’il détruit les forêts primaires et concurrence de manière déloyale notre propre production. Ils ont refusé de favoriser, en dialogue avec les branches économiques concernées, les standards écologiques internationalement reconnus pour les matières premières importées à fort impact écologique, alors que les consommateurs sont horrifiés par l’impact écologique de produits comme l’huile de palme, le poisson issu de la pêche industrielle ou le coton. Enfin, ils ont refusé la création, avec les branches économiques concernées, d’une plate-forme sur l’économie verte, alors qu’elle aurait permis aux entreprises pionnière de notre pays de partager et de donner à connaître leur expérience et leur savoir-faire.

 

Ils ont refusé tout cela, alors que ces mesures bénéficiaient du soutien des cantons – dont beaucoup auraient même voulu aller plus loin – des consommateurs et de tous les secteurs économiques concernés par la loi : cleantech (avec Swisscleantech et Oebu, représentant des centaines de milliers d’emplois), acteurs publics et privés du recyclage, industrie du bois, commerce de détail. Ils ont refusé tout cela, parce qu’economiesuisse est partie en croisade dogmatique contre cette révision, au mépris du soutien des secteurs économiques concernés, envoyant aux parlementaires des lettres de lobbying signées par des secteurs économiques qui ne sont en rien concernés par la loi et en ignorent probablement les contenus. Economiesuisse qui a par ailleurs fait réaliser une étude contre cette révision, dont il a été montré en commission qu’elle ne concernait en rien les contenus de la loi, mais qui a néanmoins continué, sans aucun scrupule, à l’utiliser pour faire du lobbying. Des méthodes indignes de notre démocratie, indignes de notre économie.

 

Le prochain parlement, qui devra se prononcer, sauvera-t-il ce contre-projet ? Il est permis d’en douter, à moins qu’un changement des équilibres, le 18 octobre, voie les défenseurs pragmatiques d’une politique environnementale et économique responsable et innovante gagner du terrain.

 

En l’absence de contre-projet, les Verts suisses mèneront en tous les cas leur initiative populaire pour une économie verte devant le peuple. Parce qu’il s’agit en réalité de l’avenir de notre économie et de notre environnement. Pas d’idéologie.

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz est conseillère nationale verte vaudoise. Elle a coprésidé les Verts suisses entre 2012 et 2016. En matière de formation, elle a un Master ès Lettres en philosophie, histoire et sciences politiques (UNIL) et un certificat postgrade en politiques de l’environnement et de la durabilité (IDHEAP). Ses dossiers de prédilection sont l'économie verte, le climat et la biodiversité.

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