Comment la cause environnementale va de l’avant

L’écorating vient de sortir. Il montre que les partis de droite – à l’exception des Verts libéraux – constituent un frein aux questions environnementales. Les Verts sont par contre le parti le plus cohérent en la matière, suivi de près par le PS et les Verts libéraux. La proximité entre ces trois partis dans l’écorating et, en particulier, entre les Verts et le PS, a fait dire à un journaliste alémanique que les Verts n’étaient plus nécessaires pour faire avancer les dossiers environnementaux. Une telle assertion dénote une grande méconnaissance, d’une part, des dossiers environnementaux et, d’autre part, des pratiques politiques. En réalité, pour faire avancer un dossier, environnemental ou pas, il faut – toujours – une collaboration entre plusieurs partis. Et les Verts ont un rôle indispensable à jouer dans ce contexte.

 

La « naturalisation des idées »

 

La transition énergétique est emblématique de ces processus. Le thème de la sortie du nucléaire et du tournant énergétique a été mis à l’agenda il y a plus de trente ans par les Verts, parti pionnier, qui s’est engagé seul sur cette thématique pendant des années. Elle est devenu aujourd’hui « mainstream » et d’autres partis, en particulier le PS et les Verts libéraux, se la sont appropriée. Cette « naturalisation des idées », selon un bon mot de Luc Recordon, est pour les Verts un succès. Elle est surtout indispensable pour espérer former des majorités.

 

Juste après Fukushima, les Verts ont aussi défini un objectif – la sortie du nucléaire après 45 ans d’exploitation de nos centrales nucléaires et le remplacement de leur production par les économies d’énergie et l’électricité verte – via une initiative populaire, déposée en 2012. Une étape indispensable elle aussi : après avoir mis un objet à l’ordre du jour, il faut que quelqu’un ait le courage politique de fixer un objectif ambitieux, sur la base duquel des compromis peuvent ensuite être, au besoin, réalisé.

 

Le rôle des « négociateurs »

 

La Stratégie énergétique est précisément le contre-projet du Conseil fédéral à notre initiative populaire. Dans le cadre de son traitement, le PS et le PDC ont joué un important rôle de « négociateurs ». Le fait d’être un parti gouvernemental et de disposer d’un grand groupe au parlement – autant de voix que l’on peut mettre dans la balance – facilite grandement ce rôle. Des compromis ont été réalisés au Conseil national : hausse de la RPC (l’instrument de soutien des énergies renouvelables) et bonus-malus pour les économies d’énergie, pour les meilleurs d’entre eux. Limitation de la durée de vie à 60 ans pour nos trois plus vieux réacteurs et concept d’exploitation renforcé en termes de sécurité pour l’exploitation de nos centrales après 40 ans, pour les plus minimalistes. Nous avons participé à ce processus et même négocié nous-mêmes certains accords, en particulier pour éviter des blocages entre protection du paysage et énergies renouvelables.

 

Le maintien de la pression

 

Ces différents compromis s’avèrent cependant fragiles, comme le montrent les dernières décisions de la commission de l’énergie du Conseil des Etats. Elle a biffé le système de bonus-malus de la loi. Une partie des soutiens, déjà modestes, prévus pour les énergies renouvelables, sera soustraite du solaire et de l’éolien au profit des centrales hydrauliques, mises à mal par l’effondrement des prix de l’électricité du fait de la surproduction actuelle. Par ailleurs, la commission a biffé de la loi le compromis déjà très faible concernant l’exploitation de nos vieilles centrales nucléaires. Désormais, les exploitants ont carte blanche pour faire durer leurs centrales le plus longtemps possible, sans date limite ni assurance supplémentaire, au détriment de la sécurité de la population. Les Verts ont certes tenté de réaliser un dernier compromis, en proposant d’exiger au moins que les exploitants assurent, pour leur vieilles centrales nucléaires, un degré de sécurité équivalent à celui que l’on exige aujourd’hui des nouvelles centrales nucléaires. En vain.

 

Dans de telles situations, les Verts jouent leur rôle de garant de la crédibilité écologique du projet, mais aussi de pression, via leur initiative populaire. En effet, si la Stratégie énergétique n’est pas améliorée, les Verts iront devant le peuple en 2016. Une telle menace permet de maintenir la pression pendant les négociations. Les Verts participent par ailleurs à la procédure judiciaire lancée contre la vieille centrale de Beznau, via la présidente de l’association de riverains à l’origine de la plainte, la députée écologiste Irène Kälin. Nous collaborons enfin avec les Verts allemands, qui sont intervenus dans leur parlement pour exiger la fermeture de Beznau, qui est toute proche de la frontière.

 

Les enjeux de demain

 

Les « négociateurs » sont absolument nécessaires pour faire avancer la cause environnementale. Mais ils ne sont pas suffisants. L’action d’un parti pionnier, crédible et cohérent comme les Verts est indispensable, aujourd’hui comme hier[1]. Au-delà du rôle des Verts, ce sont toutes les forces progressistes qui doivent s’engager pour réaliser la transition énergétique. Nous devons être unis et collaborer pour atteindre le même but. Nous devons, chacun, jouer le rôle dans lequel nous sommes le plus efficace, au service de la même cause. C’est comme ça qu’on gagne : ensemble. Les élections d’octobre diront si les politiciens progressistes seront assez nombreux pour mener la transition énergétique à bien, car c’est le prochain parlement qui en décidera.

 

Ceci dit, l’environnement ne s’arrête pas à la stratégie énergétique. Les Verts définissent aujourd’hui les thèmes de demain. Nous nous engageons pour le climat et la biodiversité, grands défis de ce siècle, mais nous avons aussi mis à l’agenda politique l’économie verte et la réduction de notre empreinte écologique, l’économie circulaire, l’économie de fonctionnalité, la lutte contre l’obsolescence programmée, la lutte contre l’éco-dumping ou encore l’industrie 4.0. Des enjeux qui ne disent encore rien à beaucoup de nos collègues politiciens, mais qui seront des classiques des politiques environnementales dans dix ou vingt ans. Et que nous ferons alors avancer, en créant des majorités, avec d’autres. Parce que c’est comme ça que ça marche, la politique.

 


[1] Les citoyens ne s’y trompent pas, puisqu’ils considèrent que les Verts sont, de très loin, le parti qui apporte le plus de solutions pour l’environnement, selon la dernière étude de Claude Longchamp (p. 65 du « Wahlbarometer » de juin 2015).

 

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz est conseillère nationale verte vaudoise. Elle a coprésidé les Verts suisses entre 2012 et 2016. En matière de formation, elle a un Master ès Lettres en philosophie, histoire et sciences politiques (UNIL) et un certificat postgrade en politiques de l’environnement et de la durabilité (IDHEAP). Ses dossiers de prédilection sont l'économie verte, le climat et la biodiversité.

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