Pakistan: Human Rights Watch dénonce les refoulements massifs des réfugiés afghans et la complicité du HCR

En 40 ans le Pakistan a accueilli 1.5 million de réfugiés afghans mais depuis six mois, le vent a tourné. Les attaques terroristes au Pakistan et la détérioration des relations avec l’Afghanistan qui s’est rapproché de l’Inde, ont conduit au durcissement du gouvernement pakistanais à l’égard des réfugiés afghans. Depuis juin 2016, les menaces de renvois massifs, les abus et les violences policières généralisées et impunies à l’encontre de la communauté afghane ont forcé 600’000 afghans à fuir le Pakistan.

Le HCR complice dans les refoulements en Afghanistan

Dans son rapport de 76 pages intitulé “Pakistan Coercion, UN Complicity: The Mass Forced Return of Afghan Refugees” Human Rights Watch condamne les autorités pakistanaises pour avoir forcé le départ de milliers de réfugiés et dénonce la complicité du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) qui a financé le refoulement illégal de milliers de personnes vers des zones dangereuses où les combats armés prolifèrent.

Depuis juin 2016, 365’000 réfugiés et 200’000 afghans illégaux ont été refoulés. Ils disent avoir choisi la meilleure option, celle de fuir la violence, les menaces et les extorsions au Pakistan même s’ils risquent d’être pris au piège des combats entre rebelles et soldats. C’est ce qui ressort des entretiens effectués par Human Rights Watch sur le terrain. Responsable de l’organisation des retours volontaires lorsque la situation dans le pays d’origine le permet, le HCR aurait encouragé financièrement le retour des réfugiés vers des terres hostiles et dangereuses sans informer les personnes sur ce qui les attendait.

Le HCR nie en bloc mais l’agence est peu crédible. En juin 2016 elle a doublé l’aide au retour de 200 à 400 dollars par personne tout en taisant les exactions et les abus répétés de la police pakistanaises à l’encontre des réfugiés. Selon Gerry Simpson chercheur à Human Rights Watch, le HCR aurait dû dénoncer publiquement les exactions commises à l’encontre de cette communauté. Et dans l’organisation des “retours volontaires”, l’agence onusienne doit donner toutes les informations sur la situation dans le pays natal et dans les régions concernées conformément à son mandat de protection. Sur son site internet, l’organisation insiste sur les conditions des retours volontaires:

“La principale condition du retour dans le pays natal est que les personnes concernées prennent cette décision de manière éclairée et de leur plein gré. Le HCR promeut et soutient le retour volontaire : un élément particulièrement important est la mise à disposition d’informations actuelles sur la situation dans le pays natal et dans les régions concernées, ainsi que les conseils juridiques aux personnes rentrant dans leur pays. Le HCR organise, en particulier pour les réfugiés ayant fui dans des régions voisines, également des visites dites « go-and-see », qui offrent aux réfugiés la possibilité de se faire sur place une image de la situation dans leur pays.”

Des employés du HCR en Afghanistan sont sortis du silence pour critiquer la procédure de retour désorganisée, inhumaine et illicite. Cette vague de refoulements survient alors que la situation sécuritaire s’empire. Depuis 2009, plus d’un million de civils ont été déplacés en Afghanistan. Malgré la présence de 10’000 soldats américains, la montée en puissance des Talibans et des groupes armés affiliés à l’Etat islamique et Al-Qaeda défient en permanence les forces armées gouvernementales qui ne contrôlent plus que 60% du territoire. En 2016 le conflit civil a fait 11’000 victimes selon l’Organisation des Nations-unies.

Vers une suspension généralisée des renvois?

Les autorités pakistanaises viennent de repousser de mars à décembre 2017, la date butoir pour le retrait des permis de réfugiés, après quoi ils devront tous quittés le pays.  Ce délai est beaucoup trop court selon Human Rights Watch qui recommande de prolonger leur séjour au moins jusqu’en mars 2019. Dans ses recommandations, l’organisation s’adresse aussi aux pays européens qui en 2016 ont privilégiés les renvois vers l’Afghanistan sans tenir compte des problèmes sécuritaires croissants.

En 2015 et 2016, l’Europe a enregistré plus de 350’000 demande de requérants d’asile afghans et a commencé à exécuter des renvois depuis la signature en octobre 2016 de l’accord entre l’Union européenne et le gouvernement afghan. La Suisse, l’Allemagne, la Suède, la Norvège et la Grande-Bretagne, font parties des pays qui ont renvoyé prématurément un nombre important de requérants déboutés.

En Allemagne, malgré plusieurs renvois exécutés en décembre et janvier, six des seize Länder ont décidé de les stopper à cause des problèmes sécuritaires. L’attaque mortelle contre un convoi humanitaire du CICR dans le nord du pays qui a fait six victimes et la disparition de deux autres employés montre en effet la gravité de la situation et il n’y a pas d’indice d’apaisement. L’avancée des Talibans tuent chaque jour 30 à 50 soldats et menacent les capitales importantes des provinces alors que les autres groupes armés Etat islamique et Al-Qaeda gagnent du terrain.

Les recommandations de Human Rights Watch tombent à point. En poursuivant les refoulements, le Pakistan et les pays européens mettent en difficulté ce gouvernement fragile dont les forces perdent tous les jours du terrain. Ils sont prématurés et ne feront qu’aggraver l’instabilité politique du pays causant inévitablement d’autres déplacements de civils et d’autres vagues de réfugiés.

 

Jasmine Caye

Avec une expérience juridique auprès des requérants d'asile à l'aéroport de Genève, Jasmine Caye aime décrypter l'information sur les réfugiés et les questions de migration. Elle préside le Centre suisse pour la défense des droits des migrants (CSDM). Les articles sur ce blog paraissent en version courte sur un autre blog ForumAsile.

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