Economie verte : paysans et Penans unis contre l’huile de palme

Il y a quelques jours, j’assistai près de Romont à une rencontre improbable : celle d’une famille d’agriculteurs bio fribourgeois avec des représentants du peuple indigène des Penans, arrivés de Malaisie. Il se trouve que les protagonistes de cette rencontre ont un ennemi commun qui les unit, au-delà des kilomètres et des différences de langue, de culture ou de mode de vie : l’huile de palme. Pour Fritz Glauser, qui nous accueillait sur ses terres, l’huile de palme constitue une concurrence brutale et déloyale, puisqu’il cultive, conformément aux exigences de l’agriculture biologique, du colza dont on réalise une huile de proximité et de haute qualité, tant pour la santé que pour le goût. Les Penans à qui il a pu montrer ses cultures venaient, eux, témoigner des atteintes majeures à l’environnement, mais aussi aux droits les plus élémentaires de leur peuple, en lien avec la production d’huile de palme dans leur pays.

 

Leur visite, organisée par le Fonds Bruno Manser, a eu lieu dans le cadre de la remise au SECO d’une pétition forte de 20'000 signatures. Elle demande au Conseil fédéral d’exclure l’huile de palme de l’accord de libre-échange que celui-ci négocie actuellement avec la Malaisie, pour protéger les forêts pluviales de ce pays et ses populations indigènes, mais aussi la production suisse d’huile de colza. La FRC soutient cette revendication. En effet, les effets négatifs sur la santé de l’huile de palme, omniprésente dans la nourriture industrielle, sont dénoncés par les milieux médicaux et suscitent l’inquiétude des consommateurs. La volonté du Conseil fédéral de favoriser l’importation d’un tel produit va dès lors à rebours du bon sens. Mieux vaut privilégier des matières grasses plus favorables à la santé et produites localement. Et pour ce qui concerne les importations, des standards écologiques et sociaux minimaux doivent impérativement être exigés. Les consommateurs suisses ne souhaitent certainement pas contribuer à la destruction des dernières forêts pluviales, ni soutenir des pratiques bafouant les droits humains des populations indigènes.

 

Les demandes du Fonds Bruno Manser bénéficient heureusement d’un soutien croissant. Une initiative cantonale allant dans le même sens que la pétition a été votée à l’unanimité par le Grand Conseil vaudois. Au parlement, des politiciens de tout bords ont déposé des interventions sur le sujet, de la verte Maya Graf à l’UDC Jean-Pierre Grin. Le Conseil fédéral lui-même est conscient du problème. Dans le cadre du contre-projet à l’initiative pour une économie verte, il avait proposé de promouvoir des standards écologiques pour les importations de matières premières à fort impact sur l’environnement, dont l’huile de palme. Ce produit est en effet emblématique de notre responsabilité au-delà de nos frontières, en tant que consommateurs suisses : aujourd’hui, plus de 70 % de notre impact écologique a lieu à l’étranger, via les produits que nous importons. Le contre-projet a malheureusement été refusé à quelques voix près par le parlement. Pour réparer cette erreur, et pour apporter une réponse globale à cet enjeu majeur, les citoyens auront l’occasion de voter oui en septembre à l’initiative pour une économie verte. Parce qu’une économie responsable ménage autant les intérêts des consommateurs que la production locale, tout en préservant notre environnement et ceux qui en vivent. Ici, dans nos campagnes et dans nos entreprises, mais aussi dans les lointaines forêts de Malaisie, patrie des Penans.

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz est conseillère nationale verte vaudoise. Elle a coprésidé les Verts suisses entre 2012 et 2016. En matière de formation, elle a un Master ès Lettres en philosophie, histoire et sciences politiques (UNIL) et un certificat postgrade en politiques de l’environnement et de la durabilité (IDHEAP). Ses dossiers de prédilection sont l’économie verte, le climat et la biodiversité.

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