Santé numérique : et si la vraie révolution était celle des patients ?

Le numérique est-il utile en médecine et si oui, pour faire quoi ? Poser la question pourrait passer pour de l’idiotie tant le discours ambiant est que le numérique va tout révolutionner, y compris la santé. Pourtant, lorsque l’on se rend chez le médecin ou à l’hôpital, l’utilité du numérique ne saute pas aux yeux. Mon avis ? La révolution actuelle est plus celle du patient que celle de la technologie.

Le numérique santé ?

Le premier point à éclaircir est de savoir ce qui se cache derrière cette notion de « santé numérique ». La réalité est multiple puisque cela concerne tout ce qui touche à l’utilisation des technologies de la communication et de l’information dans le monde de la santé : le web, les Apps santé, le dossier médical informatisé, le dossier électronique du patient, la communication électronique, la télémédecine, les médias sociaux, les objets connectés, l’intelligence artificielle, le big data et mille autres innovations.

Le web

Même si elle n’est plus vraiment nouvelle, la plus grande innovation numérique reste à mes yeux le web. Ce réseau informatique a permis l’apparition de nouveaux services. On peut penser à la possibilité pour le patient de prendre rendez-vous chez son médecin par Internet, mais la grande révolution est surtout l’accès facilité, pour les patients, à l’information santé. Avant le web, seuls les professionnels de la santé avaient accès au savoir, désormais les citoyens peuvent aussi s’informer. Avec la disparition de cette asymétrie d’accès à l’information, la relation soignant – soigné peut évoluer vers une relation de partenariat, plus riche pour le patient mais aussi pour le professionnel de la santé.

 

A lire aussi sur ce blog : Comment trouver une information médicale de qualité sur Internet ?

 

Même si l’accès aux sites web santé est naturellement aussi utile aux professionnels de la santé, c’est l’utilisation faite par les patients qui représente un vrai changement, simplement car l’accès au savoir a permis aux patients d’être plus actifs dans la prise en charge de leur santé.

Les Apps santé

Quant aux applications santé pour smartphone, le résultat est le même, les applications qui se sont révélées les plus utiles sont celles qui renforcent le rôle du patient. Même si de très nombreuses applications dites de santé n’ont en réalité aucune validité, une minorité d’applications ont prouvé leur utilité. Elles portent sur la promotion des changements d’habitude de vie1, sur la gestion de la douleur2 et sur la réhabilitation cardiaque3.

Les Apps santé les plus utiles sont celles qui favorisent l’accès aux soins ou qui rapprochent patients et professionnels de la santé. Quelques exemples ? L’application « Urgence Lausanne » qui aide les Vaudois à trouver le centre d’urgences médicales le plus proche et le plus disponible dans tout Lausanne, InfoKids développé par les Hôpitaux universitaires de Genève et destinée aux parents dont les enfants nécessitent une consultation médicale urgente ou encore l’App Moovcare qui réduit la fréquence des récidives du cancer du poumon par une meilleure communication patient – médecin.

Les soins à distance

Ceux qui me font le plaisir de lire régulièrement ce blog savent l’importance que j’accorde aux soins à distance, par exemple à l’utilisation du courrier électronique entre le patient et son médecin ou à la téléconsultation, la prochaine grande innovation qui va bouleverser le monde de la santé.

On retrouve dans ces deux exemples les mêmes ingrédients, un meilleur accès aux soins et un renforcement de la relation patient professionnel de la santé.

Le patient augmenté

Il est bien sûr possible d’argumenter qu’il est logique que ces innovations concernent les patients, qui restent de toute évidence les principaux concernés. Il n’en demeure pas moins que les services et dispositifs numériquement utiles sont ceux qui renforcent le patient, en faisant de lui un « patient augmenté ».

Un des grands défis de ce 21ème siècle sera de réussir le mariage entre la médecine clinique et le numérique. Ce virage numérique ne sera couronné de succès que s’il est centré sur les réels besoins des patients.

Et si la révolution actuelle était surtout celle des patients?

 

  1. P Lunde BB Nilsson A Bergland KJ Kvaerner A. Bye The effectiveness of smartphone apps for lifestyle improvement in noncommunicable diseases : systematic review and meta-analyses. J Med Internet Res 2018 (20)
  2. SE Thurnheer I Gravestock G Pichierri J Steurer JM. Burgstaller Benefits of mobile apps in pain management : systematic review. JMIR mHealth uHealth 2018 (6)
  3. SJ Hamilton B Mills EM Birch SC. Thompson Smartphones in the secondary prevention of cardiovascular disease : a systematic review. BMC Cardiovasc Disord 2018(18)

 

A lire aussi sur ce blog à propos des patients acteurs de leur santé :

 

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Médecine : comment évaluer l’efficacité des dispositifs numériques ?

La médecine numérique est-elle différente ? C’est la question qui est posée dans un excellent éditorial publié en juillet 2018 dans le journal médical The Lancet. Son objectif est de réfléchir aux évaluations que doivent subir les services et outils numériques avant d’être diffusés à large échelle. L’idée sous-jacente est bien sûr de dire que l’aspect numérique, technologique, aussi novateur soit-il, ne suffit pas à prouver l’utilité d’un outil.

Des applications non validées

Deux exemples sont donnés dans cet article. Le premier est une application lancée par le National Health Service (NHS), le service de santé publique du Royaume-Uni. Cette application doit permettre aux patients de trouver les réponses aux questions qu’ils se posent pour leurs problèmes de santé, de prendre rendez-vous chez leur médecin et de consulter leur dossier médical informatisé en ligne. Le deuxième exemple concerne le système d’intelligence artificielle Babylon Health dont j’ai déjà dit les limites dans un article de ce blog. Pourquoi ces applications sont-elles disponibles sans avoir été validées scientifiquement, sans que leur utilité ne soit prouvée ?

Evaluer les outils numériques ?

Les critiques soulignent un problème courant dans le domaine de la santé numérique : l’incapacité à définir ce qu’est une évaluation appropriée. Les auteurs rappellent qu’il existe pourtant des autorités de régulation, mais leur champ de compétences se limite aux applications « à hauts risques » alors que de très nombreux outils numériques sont jugés « à bas risques ».

Les essais contrôlés randomisés, qui permettraient de prouver la validité de ces applications, ne sont que sont rarement utilisées en médecine numérique, d’une part en raison de la difficulté à mener ces études mais d’autre part à cause de leurs coûts élevés.

Le numérique, une exception ?

L’auteur de cet éditorial rappelle que cette situation est pourtant familière à tous ceux qui travaillent en dehors de l’industrie du médicament ; les chirurgiens connaissent par exemple depuis longtemps la difficulté de mener des essais randomisés, notamment en raison de la forte influence des compétences individuelles. Malgré ces problèmes, les chirurgiens ont réussi à élaborer des règles qui leur permettent d’évaluer la qualité de leurs interventions.

L’absolue nécessité d’établir des normes

Il est nécessaire de créer, pour la médecine numérique, des normes qui permettront de juger de l’efficacité des dispositifs numériques tout en répondant aux exigences de la protection des données.

Sans un cadre clair pour différencier les produits numériques efficaces de l’opportunisme commercial, les entreprises, les cliniciens et les décideurs auront du mal à prouver l’utilité de la médecine numérique

Je ne peux qu’être d’accord avec les conclusions de cet éditorial, qui s’applique d’ailleurs aussi aux recherches sur l’intelligence artificielle :

« Continuer à plaider en faveur de l’exceptionnalisme numérique sans réussir à évaluer de façon solide les interventions en santé digitale représente un risque majeur pour les patients mais aussi pour les systèmes de santé ».

 

Humour, santé mobile, objet connecté et humanité numérique

Quels articles ont été les plus lus sur ce blog en 2018 ?

Les lecteurs du Temps ont de l’humour, vous avez été plus de 9’000 à lire l’article « Pour savoir réagir face à un arrêt cardiaque, humour suisse ou humour anglais ? ». Les deux vidéos qui y sont présentées expliquent probablement ce succès.

Le deuxième article le plus lu est, avec plus de 5800 vues, « Le fossé qui sépare la connaissance scientifique et les croyances des patients est-il en train de s’élargir ? » qui parle de la mauvaise qualité des informations santé sur le web et de ce qui pourrait être fait pour l’améliorer. Un sujet difficile qui ne semble pas vous avoir effrayé.

Avec plus de 5’000 vues, les 3ème, 4ème et 5ème places sont occupées par des articles qui montrent que vous vous interrogez sur l’impact des nouvelles technologies sur la santé :

Merci à vous pour le temps consacré à la lecture de ces articles.

 

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Les milles visages de la télémédecine

Faire voyager les informations plutôt que le malade ?  Il sera à l’avenir toujours plus facile de se faire soigner à distance, mais quelles réalités se cachent derrière ce terme de « télémédecine » ?

La télémédecine est actuellement plus développée aux Etats-Unis qu’en Europe, en 2016 déjà l’organisation américaine Kaiser Permanente, dont les 21’000 médecins soignent plus de 11 millions de patients, déclaraient que plus de la moitié de leurs consultations étaient effectuées à distance.

En Europe la situation varie fortement d’un pays à l’autre mais, probablement sous la pression des patients, les services de télémédecine sont toujours plus nombreux. La télémédecine est très développée en Suisse, la France voit les projets se multiplier depuis le 15 septembre, les actes de téléconsultation sont ouverts à l’ensemble de la population depuis cette date. La Belgique n’a elle pas encore pris de décision.

La télémédecine ?

La télémédecine correspond a « de la médecine à distance », quel que soit le moyen de communication utilisée. Ce terme englobe en réalité plusieurs pratiques. La plus fréquente, la téléconsultation, qui relie un professionnel de la santé et un patient, nous concerne tous, cet article y sera consacré.

Le téléconseil est une variante de la téléconsultation, il s’agit d’un service sans diagnostic ni prescription. La télésurveillance permet elle de suivre un patient à distance, par l’envoi automatique chez son médecin de valeurs mesurées au domicile du patient, sa tension artérielle ou sa fréquence cardiaque par exemple. La dernière variante est la téléexpertise, lorsqu’un professionnel de la santé sollicite à distance l’avis d’un autre professionnel de la santé, un spécialiste par exemple.

Il est à ce stade important de souligner que les deux premières variantes de la télémédecine, la téléconsultation et le téléconseil, permettent de soigner à distance mais assurent aussi une fonction de triage : votre situation ne nécessite pas un contact avec un professionnel de la santé, vous devez voir un médecin sans urgence ou au contraire consulter sans attendre. Face aux carences des systèmes de santé actuels pour cette étape essentielle de tri, la télémédecine a un rôle important à jouer.

Deux mondes différents

La téléconsultation englobe deux mondes complètement différents. Dans le premier cas, il s’agit d’un échange entre un professionnel de la santé et un patient qui se connaissent, cela peut être un simple téléphone entre un médecin et son patient. Dans l’autre cas, les soins sont donnés à un patient que le professionnel ne connait pas, un exercice plus difficile.

Téléphone, courrier électronique ou vidéoconférence ?

Pour la téléconsultation, les différents moyens de communication ne se valent pas. Une première distinction doit être faite entre les communications asynchrones et synchrones. Un exemple de communication asynchrone ? Le courrier électronique, vous écrivez à votre médecin, vous ne devez pas vous attendre à une réponse instantanée. Le téléphone et la vidéoconsultation sont eux synchrones, ils permettent un échange immédiat.

Le courrier électronique est un moyen de communication puissant, il peut être envoyé et lu à n’importe quel moment, il peut être envoyé à plusieurs destinataires, des pièces jointes peuvent venir facilement enrichir son contenu.

Les moyens de communication synchrones sont cependant les plus utiles pour soigner à distance : le téléphone, la messagerie instantanée ou la vidéoconférence. La vidéoconférence doit être considérée comme la solution la plus complète, tant la vision du patient est un élément important en médecine.

Pour quels problèmes ?

Certains services sont généralistes, vous pouvez vous y adresser pour n’importe quel problème de santé. D’autres, à l’image du service en ligne de dermatologie de l’hôpital de l’Ile, sont consacrés à une spécialité bien précise. D’autres enfin sont prévus pour des situations particulières, les urgences notamment (la Rega en est un exemple).

Par quel professionnel ?

Le soignant sera souvent un médecin mais cela ne sera pas toujours le cas. Cela peut être un autre professionnel de la santé, un infirmier par exemple. Chez Doudoucare, les téléconsultations sont faites pas des spécialistes de l’enfance, chez SafeZone.ch, un service destiné aux personnes souffrant de dépendance, par des professionnels des addictions.

Les défis actuels ?

Ils sont nombreux. Deux me paraissent particulièrement importants. Le premier est celui de la qualité des soins : la qualité des téléconsultations devra être au minimum équivalente aux consultations traditionnelles. Pour le prouver, il ne suffira pas de l’affirmer, il faudra le mesurer. Le deuxième défi sera d’intégrer ces nouveaux services dans le système de santé actuel, car isolés, leur utilité sera moindre.

 

Autres articles publiés sur ce thème sur ce blog :

 

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Ce que les patients attendent de leurs médecins (pendant et en dehors des consultations)

Les patients sont-ils satisfaits des professionnels de la santé qui les soignent ? Comment souhaitent-ils communiquer avec eux ? Formulé autrement, quelles améliorations mettre en place pour favoriser la relation soignant – soigné ?

Une enquête réalisée aux Etats-Unis apporte un certain nombre de réponses. Même si ces chiffres américains ne peuvent certainement pas être automatiquement transposés à notre pays, ils doivent nous permette de nous interroger sur les attentes des patients en ce début de 21ème siècle.

Temps et communication

Première réponse, les patients souhaitent avoir plus de temps lorsqu’ils voient leur médecin en consultation. En ces temps de développement technologique, ce rappel nous parait d’une grande importance.

Le second élément qui ressort de cette enquête est le désir de pouvoir communiquer plus facilement avec les professionnels de la santé en dehors des consultations. L’objectif est de pouvoir avoir des contacts par téléphone, par courrier électronique ou par SMS mais aussi de pouvoir utiliser de nouveaux services numériques, par exemple pour prendre un rendez-vous chez son médecin simplement par Internet.

Des différences entre les générations

Même si une meilleure communication est souhaitée par tous les répondants, les chercheurs ont constaté d’importantes différences selon l’appartenance à la génération des Millennials (21 à 34 ans), à la génération X (35 à 51 ans) ou à celle des baby-boomers (52 à 70 ans).

Parmi les trois générations, les Millennials sont les moins satisfaits de leur suivi médical, ils sont 42 % à répondre qu’ils souhaiteraient changer de médecin. Ces 21 à 34 ans sont ouverts à échanger par différents canaux, plus de 70 % d’entre eux déclarant qu’il est intéressant de pouvoir prendre des rendez-vous ou recevoir des rappels de consultation par téléphone, par courriel ou par SMS.

Pour les 35 à 51 ans de la génération X, le téléphone demeure le canal de communication privilégié, ils sont cependant plus de 60% à dire qu’ils souhaitent recevoir des alertes par e-mail ou par SMS. Pour la génération des baby-boomers, le moyen de communication préféré reste le téléphone.

Les nouvelles attentes des patients

Premier enseignement, le temps, donc la disponibilité du médecin, reste un élément essentiel. Ce point était déjà ressorti dans un ancien article de ce blog consacré à la médecine « centrée sur le patient ». A l’heure où les politiques limitent la durée des consultations, l’importance pour les patients de la durée du contact avec le professionnel doit être rappelé.

Deuxième élément à retenir, les patients souhaitent pouvoir communiquer plus facilement avec les professionnels de la santé, le téléphone n’étant, pour les plus jeunes en tout cas, plus suffisant, le courrier électronique et les solutions de messagerie sont aussi sollicités.

Troisième élément, les services souhaités ne se limitent pas à des échanges avec les professionnels de la santé, les systèmes de rappel de rendez-vous sont par exemple aussi plébiscités.

Les résultats de cette enquête montrent que les attentes des patients évoluent et ne se limitent plus au moment de la consultation elle-même. Les professionnels de la santé peuvent-ils et doivent-ils suivre ce mouvement ?

 

Une consultation en ligne (anonyme) pour les personnes dépendantes ?

Vous trouverez à l’adresse SafeZone.ch un site web consacré aux problèmes d’addiction. Il s’adresse aux personnes dépendantes mais aussi à leur famille, à leurs proches ainsi qu’aux professionnels.

Tabac, alcool, drogues, addiction aux jeux de hasard ou à Internet ? Il est possible d’obtenir de l’aide gratuitement et anonymement auprès de spécialistes des addictions.

Discuter anonymement ?

Cette offre est intéressante car il est souvent difficile de demander de l’aide pour un problème d’addiction, que ce soit pour soi-même ou pour un proche. Il est bien sûr toujours possible d’en parler à son médecin mais la gratuité, l’anonymat et la possibilité de consultation en ligne font de ce service un bel exemple de médecine moderne.

SafeZone propose plusieurs types de consultation, notamment par mail ou par chat (le « chat » ou « tchat » est un système de messagerie instantanée). Pour ceux qui souhaitent de l’aide sur leur lieu de vie, le site propose également un moteur de recherche qui permet de trouver l’adresse d’une institution spécialisée proche de chez soi, ceci pour chaque type de dépendance.  L’utilisateur peut donc choisir le lieu, l’horaire et la forme de consultation qui lui conviennent.

Qui vous conseille ?

SafeZone.ch est une offre de l’Office fédéral de la santé publique en collaboration avec des cantons et des institutions spécialisées dans les addictions. Les consultants qui répondent aux demandes disposent d’une formation en psychologie, en travail social ou en pédagogie sociale ainsi que de plusieurs années d’expérience.

Qui utilise SafeZone et pourquoi ?

En 2017, les problèmes les plus souvent mentionnés étaient l’alcool, le cannabis, les addictions sans substances (addiction aux jeux ou cyberdépendance), la cocaïne et les médicaments. Cette même année, 673 personnes ont sollicité de l’aide par courrier électronique : la grande majorité ont des problèmes concrets, 20 % recherchent uniquement des informations.

La télémédecine des addictions

L’utilisation du web pour cette offre de soins est aussi très intéressante pour les professionnels de la santé, et ceci pour deux raisons en tout cas. Premièrement, elle vient utilement compléter l’offre traditionnelle dans des lieux de soins physiques. Mais surtout, elle permet de regrouper les forces des professionnels de la santé, les experts qui répondent aux questions de SafeZone proviennent de 24 institutions différentes. L’union fait la force.

Les consultations en ligne vont à l’avenir se développer, ce service est un bel exemple de télémédecine consacrée à un domaine particulier, celui de la dépendance. La consultation en ligne permet l’anonymat mais est aussi une offre de soins très pratique, particulièrement adaptée aux besoins des personnes dépendantes et à leur entourage.

Un service à utiliser, sans modération.

 

Un clip vidéo de 52 secondes qui illustre la difficulté de parler des problèmes de dépendances.

 

Un conseiller numérique pour savoir si vous devez aller chez le médecin ?

L’assurance CSS propose désormais à ses assurés d’avoir recours à « un conseiller numérique » qui analyse leurs symptômes pour savoir s’ils doivent ou non aller chez le médecin.

Est-ce une bonne idée ? Sur quelles connaissances se base ce système ? Est-il fiable ? Ne risque-t-il pas, par précaution, d’envoyer inutilement un grand nombre de personnes chez le médecin ?

Le conseiller numérique « myGuide »

Il est assez rare que je fasse des compliments aux caisses-maladie mais il faut avouer que ce projet est une belle initiative. Le monde médical actuel s’intéresse peu ou pas à la question du tri. Savoir s’il faut consulter, si oui chez qui et dans quel délai est pourtant d’une importance cruciale (pour une question de qualité des soins et pour une question économique).

Bravo donc à la CSS, même si l’on peut se demander si de tels services entrent vraiment dans le cahier des charges d’une caisse-maladie. Mes connaissances juridiques étant limitées, je suis intéressé à connaître l’avis des spécialistes : le travail fait par myGuide est comparable à celui d’un professionnel de la santé, est-ce que cela entre dans les compétences d’une caisse-maladie ?

Qui myGuide veut-il remplacer ?

On peut lire sur le site Internet de la CSS une déclaration de Philippe Luchsinger médecin de famille à Affoltern am Albis. Le Dr Luchsinger, même si cela n’est pas précisé sur le site de la CSS, est aussi président du comité de l’Association « Médecins de famille et de l’enfance Suisse », sa déclaration a donc un certain poids :

« myGuide ne remplace pas les médecins, mais les recherches sur Internet, qui sèment souvent la confusion. Ce conseiller numérique a une structure simple et donne rapidement des informations compréhensibles pour les patients ».

MyGuide serait donc supérieur aux recherches Internet ? Probablement, même si cela dépend à l’évidence de la qualité des sites utilisés. Mais la vraie question est de savoir quelle place veut prendre myGuide ? La place des recherches sur le web ? La place des appels aux médecins ou aux centrales d’appels ? Ou est-ce simplement un nouveau service ? Cette dernière option me parait la plus crédible.

Les conseils donnés par myGuide sont-ils fiables ?

La question est d’importance.

  • On peut lire sur le site de la CSS « myGuide a été élaboré par des médecins spécialisés et des informaticiens médicaux ». C’est bien mais cela ne veut rien dire, ce n’est en tout cas pas une garantie de fiabilité.
  • Le deuxième argument présenté sur le site de l’assurance est « L’International Board of Experts in Medical Triage recommande myGuide». Même si ce n’est pas une preuve de son inexistence, il est assez étonnant de savoir qu’une recherche de ce comité d’experts sur Google ne donne aucun résultat. Ceci dit, les cinq membres de ce comité existent bel et bien et semblent avoir une réelle expertise de ce domaine. La valeur de cette recommandation est cependant affaiblie par le fait que le membre suisse de ce comité est aussi directeur de la société qui a vendu le système à la CSS.
  • Troisième argument, cette solution aurait été autorisée par l’autorité de surveillance Swissmedic, dommage que l’on ne trouve pas cette information sur le site de la CSS.

MyGuide se base sur une application développée par la société In4Medicine qui porte le nom de Swiss Medical Assessment System. Cette solution a elle-même été conçue, entre autres, à partir d’un travail réalisé à l’Institut bernois de médecine de famille et intitulé « Klinische Alarmzeichen, Red Flags, für die notfallmässige Telefonkonsultation » (« Alarmes cliniques, drapeaux rouges, pour consultations téléphoniques d’urgence »).

Les références médicales qui soutiennent cette application sont certainement importantes mais on regrette tout de même de ne pas trouver sur le site de son créateur ou de la CSS une ou des études qui nous démontrent que cette solution a été testée et validée.

Que penser de ce « conseiller numérique » ?

Le service média de la CSS m’a permis de tester myGuide. Il est vrai que les questions posées semblent a priori pertinentes, elles permettent étape après étape de préciser son problème de santé tout en écartant les situations à risque.

Les points positifs :

  • MyGuide est une belle initiative tant la question du tri est importante en médecine, mettre en contact un patient avec le bon professionnel dans un délai adéquat est un défi que ce début de 21ème siècle doit relever.
  • Les conseils donnés par myGuide sont dans la majorité des cas de meilleure qualité que ce qu’un internaute trouve en faisant une recherche sur Internet.

Mais des questions restent ouvertes :

  • Les conseils donnés par myGuide sont-ils fiables ? A défaut d’études qui le prouvent, le doute persiste.
  • Quel est l’impact de ce conseiller numérique sur les coûts de la santé ? Pour cet aspect financier, nous n’avons pas de réponse non plus. Ma crainte principale est que, par précaution, le nombre de personne envoyées chez le médecin, ou pire aux urgences, augmentent drastiquement.
  • Même si l’on peut lire sur le site de la CSS que « myGuide répond aux normes les plus élevées en matière de sécurité et de protection des données», l’introduction du numéro de client permet bien sûr à l’assurance d’identifier les personnes qui utilisent ce système. Les utilisateurs de myGuide doivent être conscients qu’ils transmettent à leur assurance de précieuses informations.

Et les principaux concernés ?

Je suis très intéressé à connaître l’avis des abonnés de la CSS qui ont utilisé myGuide. Ont-ils été aidés par ce conseiller numérique ? Ont-ils suivi ses conseils ? Ne sont-ils pas inquiets de l’utilisation qui peut être faite par la CSS des informations médicales fournies ?

 

A lire aussi, sur un autre projet numérique de la CSS « Promotion de la santé : la fausse bonne idée d’un assureur-maladie ».

 

Santé numérique : quels services intéressent les citoyens ?

On parle beaucoup de l’importance du numérique pour la santé. Ne devrait-on pas, avant de développer des services plus ou moins utiles, se demander quels sont les services numériques souhaités par les citoyens, par les patients ?

L’exemple canadien

Quels services numériques santé intéressent les citoyens ? Un rapport publié récemment nous informe de l’intérêt des Canadiens pour les services de santé électroniques. Les informations contenues dans ce document proviennent de quatre sondages d’opinion publique auprès d’échantillons représentatifs de la population canadienne :

  • « Les Canadiens estiment que les services de santé électronique ne sont pas assez accessibles ». Cette insatisfaction montre qu’il y a un intérêt des Canadiens pour ces services.
  • « La proposition de Canadiens qui ont accédé à leurs dossiers médicaux dans la dernière année a doublé (de 7 à 15%) ». Un résultat beaucoup plus élevé que ce qui est observé en Suisse où seuls certains résidents genevois accèdent à leur dossier médical.
  • Les 4 services de santé électroniques qui intéressent le plus les Canadiens : le renouvellement d’ordonnances, la visualisation de leurs dossiers de santé, la confirmation de l’envoi d’une demande de consultation avec le spécialiste et la prise de rendez-vous avec le spécialiste en question, la prise de rendez-vous électronique. Ce point est intéressant ; on est loin de l’intelligence artificielle et du big data, les Canadiens sont simplement intéressés par les services qui facilitent la prise en charge de leur santé : accès à leur dossier médical, ordonnance électronique et prise de rendez-vous en ligne.Pour ce qui est des ordonnances électroniques, les Canadiens souhaitent « pouvoir voir toutes les ordonnances en ligne, peu importe qui les a délivrées mais aussi recevoir des courriels ou des textos qui leur rappellent de passer prendre leur médicament à la pharmacie ».
  • « De plus en plus de gens utilisent leur téléphone intelligent pour accéder à des services de santé électroniques ». Ce point prouve, si cela est encore nécessaire, que les services proposés doivent impérativement être adaptés aux « téléphones intelligents ».

Ce rapport est aussi intéressant pour connaître l’impact de ces services numériques sur la santé des Canadiens:

« Les Canadiens qui peuvent déjà en profiter estiment que les services de santé numériques sont commodes et les aident à s’occuper de leurs soins. Qui plus est, grâce à ces services, ils obtiennent des soins plus rapidement, communiquent mieux avec leurs professionnels traitants et ont le sentiment d’être des partenaires à part entière de leur équipe de soins ». Ce point me parait particulièrement important, le numérique, s’il est utilisé intelligemment, doit permettre de faire du patient un partenaire.

« Les visites virtuelles – la consultation de professionnels de la santé par vidéo – sont un autre service numérique qui intéresse les Canadiens : 41 % d’entre eux aimeraient pouvoir en profiter, mais seuls 6 % le peuvent actuellement ». Cette déclaration démontre l’intérêt des patients pour les consultations électroniques.

Et en Suisse ?

Les attentes des Suisses sont présentées sur le site d’e-healthforum où l’on peut télécharger le rapport « Sondage d’opinion auprès de la population ». On peut y lire : « l’étude « Opinion publique sur la cybersanté » est destinée à permettre une description correcte de l’opinion publique actuelle concernant la cybersanté et surtout concernant le dossier électronique du patient ».

Les partenaires de cette étude sont Curaviva.ch, ehealthsuisse, la FMH, Spitex, l’Office fédéral de la santé publique, la Caisse des médecins et le département de la santé du Canton de St-Gall.

Le sous-titre de ce rapport est déjà tout un programme : « Le potentiel du Dossier électronique du patient (DEP) augmente même en l’absence de discussions intenses sur le DEP ».

On peut lire dans ce document sous « L’essentiel en bref » :

« La popularité des applications de fitness et de mouvement a augmenté rapidement entre 2015 et 2017. Si l’on en croit l’enquête réalisée au début de 2018, cette tendance ne se poursuit pas, mais l’utilisation de ces applications continue cependant sa progression. Elles semblent faire leurs preuves dans la vie de tous les jours (…) ».

Le premier sujet présenté dans ce « baromètre cybersanté » est donc les applications de fitness, des applications dont l’utilité santé est plus que discutable. Mais quelles questions a-t-on posé aux citoyens suisses pour que le premier élément signalé soit aussi peu intéressant ?

Toujours sous « L’essentiel en bref » :

« Internet en général devient plus important en tant que source d’informations et dépasse maintenant les quotidiens et les revues en termes de portée. Les jeunes personnes interrogées utilisent aujourd’hui principalement Internet comme source d’informations de santé bien que, pour la population résidente dans l’ensemble, la radio reste légèrement plus importante que le Web, qui se situe désormais en seconde place parmi les sources consultées ».

Que voilà un sujet novateur 😉

Pas un mot sur la qualité des informations santé sur Internet, pas un mot sur les moyens à mettre en œuvre pour dire aux citoyens – patients les sites à utiliser et ceux qu’ils doivent éviter.

Que tirer de ce rapport ? Que l’on ne sait rien des attentes des résidents suisses pour ce qui est de leur intérêt pour les services de santé numérique.

Suisse – Canada 0 – 1 

La différence entre ces deux rapports est frappante. Il est possible que le fossé qui sépare ces deux documents proviennent de la faiblesse des services de santé numérique actuellement disponibles en Suisse. Il est aussi possible que la pauvreté de ce document soit simplement le reflet du peu d’intérêt pour l’avis de la population.

A quand une enquête digne de ce nom pour connaître les attentes des citoyens – patients suisses en matière de cybersanté ?

 

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Intelligence artificielle : le métier de médecin va-t-il évoluer plus rapidement qu’imaginé ?

On sait depuis un certain temps déjà que l’intelligence artificielle remplacera les professionnels de la santé pour ce qui est de l’analyse des images, un article publié dans Le Temps le 29 mai dernier nous apprenait par exemple  qu’une machine avait détecté correctement 95 % des mélanomes contre un taux de détection de lésions malignes par l’humain de 89 %.

Même si je reste convaincu que le plus intéressant restera la combinaison homme – machine, plutôt que l’un ou l’autre, une récente publication nous montre que l’intelligence artificielle va peut-être venir empiéter sur une partie de la médecine que l’on croyait réservée aux médecins pour un certain temps encore.

L’intelligence artificielle toute-puissante

Les auteurs de cette recherche A comparative study of artificial intelligence and human doctors for the purpose of triage and diagnosis, nous rappellent que les systèmes qui analysent en ligne les symptômes  (online symptom checkers) sont peu performants, ceci aussi bien pour le triage (urgent / non urgent) que pour établir un diagnostic. Ils ont donc voulu savoir si l’utilisation de l’intelligence artificielle pouvait améliorer la précision du triage et des diagnostics.

Des cas identiques ont donc été soumis au système d’intelligence artificielle « Babylon » et à des médecins. La qualité du triage et des diagnostics a été analysée « à l’aveugle », donc par des évaluateurs qui ne savaient pas si les réponses étaient celles de la machine ou d’un humain.

Les conclusions des auteurs de cette publication sont que le système de triage et de diagnostic de l’intelligence artificielle a été plus précis que ce qui a été fait par les médecins. Ils ajoutent encore qu’ils ont constaté que les conseils de triage recommandés par le système d’intelligence artificielle étaient, en moyenne, plus sûrs que ceux des médecins, « comparativement à ce qui est jugé comme acceptable par des juges experts indépendants, avec une réduction minimale de la pertinence ».

Même si les auteurs de cette étude écrivent que « d’autres études plus importantes qui utiliseront des cas médicaux réels seront encore nécessaires pour démontrer l’efficacité des systèmes d’intelligence artificielle », leur publication suggère clairement que l’ajout de l’intelligence artificielle à un système d’analyse automatique des symptômes améliore la qualité du triage et des diagnostics.

Quelle validité?

La première critique que l’on peut faire par rapport à cette publication est qu’elle n’a apparemment pas été publiée dans une revue médicale avec un système de revue par les pairs, empêchant ainsi une évaluation critique des conclusions par d’autres chercheurs.

La deuxième limite est le faible nombre de cas soumis, des cas théoriques qui ne sont probablement pas représentatifs des besoins de la population.

La troisième faiblesse, reconnue par les auteurs eux-mêmes, est l’obligation pour les médecins interrogés de choisir leurs diagnostics parmi les énoncés présents dans le système d’intelligence artificielle Babylon.

Suite à cette publication, les critiques sur Twitter ont été nombreuses, @adbeggs écrit que le système a proposé comme diagnostic pour des symptômes d’appendicite une constipation, une urétrite ou une déshydratation.  Plus grave, le cas présenté par @DrMurphy11 qui, vidéo à l’appui, montre que Babylon lui a pour des symptômes compatibles avec une pathologie cardiaque proposé comme diagnostic « une attaque de panique ».

Les médecins vont-ils disparaître?

Il est à mes yeux à l’heure actuelle difficile de savoir la place exacte que prendront ces systèmes dans le quotidien médical de demain, nous avons à l’évidence encore besoin d’études scientifiques rigoureuses pour pouvoir répondre à cette question.

Il n’en reste pas moins, même si l’établissement des diagnostics devaient rester du ressort des médecins pour un certain temps encore, qu’un système de triage automatique serait le bienvenu, tant le système actuel est déficient. Cela permettait d’éviter d’envoyer chez le médecin, ou pire aux urgences, un patient dont les symptômes sont bénins tout en mettant en relation le patient qui nécessite des soins avec le professionnel de la santé adéquat.

Les médecins disparaîtront-ils ? Je ne le crois pas. Même s’il est possible que les médecins qui utiliseront l’intelligence artificielle remplaceront ceux qui ne l’utilisent pas. Rien de très banal en sorte, la science a toujours intégré de nouveaux outils pour progresser.

 

A écouter sur le sujet de l’intelligence artificielle, « Pour une intelligence artificielle de service public », Marcel Salathé, EPFL, Avis d’experts, RTS.

 

 

Objets connectés et santé, que savons-nous ?

Vous utilisez un objet connecté santé ? Lisez cet article.

Une équipe de chercheurs de l’Institut de psychologie de l’Université de Lausanne a publié une revue de la littérature sur les promesses, défis et craintes de la santé digitale, en mettant un accent particulier sur l’utilisation santé des objets connectés. Ce travail passionnant présente l’état actuel des connaissances sur l’utilité des objets connectés en santé.

Les auteurs rappellent que les utilisateurs d’objets connectés santé peuvent se répartir en quatre grandes catégories :

  • Des patients qui doivent gérer une maladie chronique et mesurer au quotidien leurs symptômes et leurs fonctions vitales.
  • Des sportifs qui collectent leurs données dans le but de mesurer leurs performances et de les améliorer, à travers l’adaptation des objectifs et le contrôle des progrès.
  • Des individus tout-venant qui débutent un auto-suivi de leurs activités par curiosité ou pour atteindre des objectifs de santé ou de bien-être (par exemple arrêter de fumer, perdre du poids, dormir mieux).
  • Des passionnés du suivi, intéressés à documenter leurs activités avec autant de détails possibles, et qui parfois en font une forme d’expression artistique à part entière.

Si différents aspects de la vie peuvent faire l’objet de mesures, le domaine le plus exploité est celui de l’activité physique, suivi de l’alimentation, du sommeil, de l’humeur et la qualité de vie.

Objets connectés et santé. Vous êtes soit pour, soit contre

La littérature scientifique révèle deux tendances opposées. D’un côté, les enthousiastes qui sont convaincus de l’utilité des objets connectés, de l’autre les critiques qui s’inquiètent de ces phénomènes d’auto-surveillance.

L’espoir suscité par les objets connectés et par ses promesses : l’idéal du corps quantifié et de la santé surveillée

Les auteurs de cette publication démontrent que la littérature scientifique abordant les objets connectés est marquée chez un nombre important d’auteurs par un grand espoir face à l’arrivée des technologies digitales pour améliorer la santé et le bien-être des individus.

L’utilisation la plus fréquente des objets connectés est celle du « soi quantifié », c’est-à-dire la mesure par les individus de leurs propres paramètres, que ce soit leur activité physique, leur alimentation ou leurs signes vitaux. L’idée sous-jacente est qu’une meilleure connaissance de son corps amène vers une meilleure santé.

Scepticisme et craintes face aux objets connectés : menace du corps contrôlé et de la santé instrumentalisée

Face à ces auteurs enthousiastes, les psychologues de l’Université de Lausanne montrent l’existence d’un second courant, moins important, qui a lui une attitude plus réticente face aux objets connectés.

« Le dénominateur commun reliant les travaux au sein de cette tendance se définit par la dénonciation d’une représentation de la santé digitale qui menace d’instrumentaliser le corps humain et la santé ».

Oui, l’être humain, le patient notamment, n’est pas constitué que de données, sa complexité va bien au-delà des mesures, aussi précises et nombreuses soient-elles.

Un enthousiasme dangereux

“Des auteurs, notamment en sociologie, soulignent le caractère biomédical, et de ce fait réducteur, des approches enthousiastes de la santé digitale. Les promesses issues du mouvement du Soi Quantifiée sont remises en question avec celles du « solutionnisme » technologique qui l’accompagnent”.

Le solutionnisme est l’affirmation qu’à tous les problèmes de l’humanité il existe une solution technologique, avec parfois de dangereux raccourcis : vous vous pesez chaque jour, idéalement avec une balance électronique, vous perdrez du poids….

On découvre aussi dans cette publication la position de certains chercheurs qui me parait essentielle : « l’enthousiasme dominant qui règne actuellement constitue un empêchement au questionnement critique sur les dimensions sociales, culturelle, éthiques, politiques et économiques des développements technologiques actuels ».

Alors ?

Dans leurs conclusions, les auteurs de cette publication écrivent que « la littérature analysée oscille rapidement entre prise de position « pour » ou « contre », entre « l’homme augmenté par la technique » et « l’homme diminué et soumis à la technique ».

« Au-delà d’un positionnement clairement antagoniste, cette opposition récurrente dissimule une conception du corps humain largement partagée, et qui s’apparente à une croyance qui semble partagée par les deux, soit pour la promouvoir, soit pour s’en inquiéter : le corps humain pourrait être mesuré, ajusté, programmé, contrôlé par les technologies, que cela soit espéré ou redouté ».

Les psychologues lausannois appellent à la poursuite de la recherche à travers des études de terrain, pour mieux connaître « les influences psychosociologiques qu’exercent les technologies digitales » en rappelant que l’étude des usages sociaux et des risques psychopathologiques de l’usage des objets connectés en santé demeure à l’état d’ébauche.

Je rejoins bien sûr les conclusions de cette étude, les recherches futures doivent nous permettre de dépasser le « pour » ou « contre » de l’usage des objets connectés en santé, cela implique d’inclure dans les projets futurs des spécialistes des sciences humaines.

Sans cette démarche, les professionnels de la santé ne pourront pas introduire les objets connectés dans leur pratique médicale. Pour ce qui est des utilisateurs d’objets connectés, patients ou non, ils doivent impérativement comprendre que leur complexité va au-delà de simples mesures.

 

Source : Santé digitale : promesses, défis et craintes. Une revue de la littérature. Centre de Recherche en Psychologie de la Santé, du Vieillissement et du Sport (PHASE), Université de Lausanne. Maria del Rio Carral, Pauline Roux, Christine Bruchez, Prof. Marie Santiago-Delefosse.

 

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