La médecine fondée sur la personne

Doit-on changer de paradigme pour passer d’une médecine basée sur la science à une médecine basée sur la personne ? C’est en tout cas la thèse du Prof. Gérad Reach, endocrinologue à l’Université Paris 13, dans un discours1 tenu devant le Comité d’Éthique de l’Académie nationale de Médecine.

Une crise de la médecine

Pour le Prof. Reach, la médecine est en crise. Du côté des patients, il évoque le problème de la non observance, c’est-à-dire le fait que les patients ne suivent pas les prescriptions de leurs médecins, médicaments ou autres.  Il voit aussi un problème du côté des professionnels de la santé qui eux ne suivent pas les recommandations officielles de prise en charge pour leur patients, les recommandations basées sur la science. Cette résistance des soignants porte le nom d’inertie clinique. Cette crise touche donc tout le système de santé car ni les patients, ni les médecins ne suivent ce qu’on leur demande de faire : tout le monde désobéit, tout le monde se distancie des recommandations.

La médecine scientifique

L’un des visages de cette médecine scientifique est l’Evidence-based Medicine (EBM), la médecine factuelle. Formulé de façon très simplifiée, son idée est de baser les décisions médicales non pas sur des croyances ou de simples avis d’experts mais sur les résultats d’études scientifiques. L’EBM a eu dès son origine une double ambition, la première étant de produire des connaissances, la seconde des recommandations.

Le Prof. Reach souligne que « les pères fondateurs de l’EBM insistaient sur le fait que la décision clinique devait reposer sur une triangulation : non seulement sur les faits scientifiques (« l’evidence »), mais aussi sur l’expérience clinique du praticien et les souhaits du patient. La décision médicale doit à la fois reposer sur les meilleures données de la science, et être individualisées. Le Prof. Reach d’ajouter « on peut néanmoins se demander si la deuxième exigence n’a pas été quelque peu oubliée ».

Un nouveau paradigme

Pour le Prof. Reach, « ce nouveau paradigme serait une médecine fondée sur la personne prenant en compte la complexité de la pensée des patients et des médecins ; il se traduit par l’élaboration d’un nouveau type de recommandations, non-algorithmique, et il a des implications profondes pour l’enseignement et la pratique de la médecine ».

Je trouve personnellement qu’il faut aller plus loin encore, cette complexité n’est pas uniquement celle de la pensée des patients et des médecins, elle est aussi celle de leurs réalités. On ne soigne pas deux individus qui souffrent de la même maladie de façon identique, simplement car chacun d’eux est unique, avec ses besoins et ses croyances. Le Dr William Osler, le disait déjà au 19ème siècle : « ne demandez pas quelle maladie la personne a, mais plutôt quelle personne a la maladie ».

Un certain malaise 

A mon avis, les deux problèmes relevés par le prof. Reach sont justes mais ils reflètent une crise plus profonde, une crise du sens. Les patients ne suivent pas les traitements prescrits parce qu’ils ne sont pas convaincus de l’utilité de ces traitements pour eux, ils les jugent possiblement utiles à d’autres mais pas à eux (par exemple une balance effets positifs / effets secondaires négative).  Le chemin suivi par les professionnels est proche, ils estiment que les recommandations sont fondées mais qu’elles ne s’appliquent souvent pas au patient particulier qu’ils ont en face d’eux.

Les soignants et les soignés s’écartent donc souvent des recommandations pour de bonnes raisons, simplement parce que ces recommandations ne tiennent pas compte de leur individualité, de leurs particularités. Ils ont raison mais risquent tout de même de ressentir un certain malaise de n’avoir pas suivi « ce qui était recommandé ».

Une médecine non algorithmique

A l’heure du développement du digital, il est sûrement utile de se souvenir de la complexité de l’humain. Les recommandations ne doivent donc pas être vues comme « vous devez faire » mais plutôt comme « vous devez savoir que ». Puis, comme le dit le Prof. Reach, « on apprend à s’en dégager : on devient expert ». Un dégagement qui permet aux professionnels de la santé mais aussi aux patients d’adapter les recommandations de la science à leurs particularités.

La médecine fondée sur la personne

Il ne s’agit donc pas d’opposer science et individualité mais plutôt d’encourager soignants et soignés à définir les meilleurs soins en s’inspirant de ces deux mondes. La médecine basée sur la personne devrait cependant être plus que cela, notamment en intégrant mieux les patients dans les choix relatifs à leur santé. Dans ce domaine, les opportunités sont nombreuses, la plupart des patients sont prêts, les professionnels de la santé doivent répondre à leurs attentes.

 

  1. Simplicité et complexité en médecine. Gérard Reach. Bull. Acad. Natle Méd., séance du 6 février 2018 Version pre-print mise en ligne le 8/02/2018

 

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Aurez-vous bientôt accès à votre dossier médical ?

Souhaiteriez-vous pouvoir accéder à votre dossier médical, pouvoir consulter les courriers des spécialistes consultés, prendre connaissance des rapports de vos radiographies, comprendre vos résultats de laboratoire, bref accéder à vos données médicales ? Cela paraitrait pour le moins normal.

Le dossier électronique du patient (DEP) est attendu pour ce printemps. Répondra-t-il à vos attentes ?

Les buts du dossier électronique du patient

Dans un article publié sur ce blog en janvier 2016 (il y a 5 ans déjà…), j’écrivais :

« Les citoyens devraient pouvoir accéder à leur dossier médical. En premier lieu car ce sont leurs données, mais surtout parce qu’elles leur permettraient de mieux prendre en charge leur santé ».

Et plus loin dans cet article:

 « La médecine doit évoluer vers un modèle de partenariat entre le médecin et le patient. La première étape de cette indispensable collaboration est de permettre au patient d’accéder à ses données médicales ».

Le concept du dossier électronique est en réalité double, nous permettre bien sûr d’accéder en ligne à l’ensemble de nos données médicales, mais aussi de faciliter leur partage avec les différents professionnels qui nous soignent.

 Le DEP, pour être mieux soigné ?

Même si l’on ne peut qu’être d’accord avec les objectifs du DEP, j’écrivais dans un autre article publié en janvier 2020 (« Dossier électronique du patient : serez-vous mieux soigné ? ») mes craintes quant à sa capacité à être vraiment utile. Rappelons que le but n’est pas de construire un dispositif technologique mais bien de créer un outil qui permette aux citoyens de ce pays d’être mieux soignés. Il n’est à mon avis actuellement pas possible d’affirmer que le DEP permettra une meilleure prise en charge des patients.

Le coup de poker du parlement

Jusqu’à présent, le DEP avait un caractère doublement facultatif : le citoyen n’était pas obligé d’ouvrir un dossier et les professionnels de la santé du domaine ambulatoire n’étaient pas obligés d’y déverser les données de leurs patients.

La commission de la sécurité sociale et de la santé publique du conseil des Etats a en date du 22 février dernier publié un rapport sur une motion intitulée « Un dossier électronique du patient pour tous les professionnels de la santé impliqués dans le processus de traitement ». On peut y lire :

« La motion charge le Conseil fédéral d’élaborer les bases légales obligeant tous les fournisseurs de prestations et professionnels de la santé à s’affilier à une communauté ou une communauté de référence certifiées selon l’article 11 lettre a, de la loi fédérale du 19 juin 2015 sur le dossier électronique du patient ».

On peut bien sûr d’un côté se réjouir de cette obligation. Comme les professionnels de la santé du domaine ambulatoire prodiguent l’essentiel des soins, leur participation est synonyme de dossiers plus complets. Mais c’est un coup de poker car de nombreux professionnels ne sont pas équipés d’un dossier électronique, et ceux qui le sont n’ont pas forcément une solution compatible avec le DEP. Il faut éviter de surcharger les soignants avec des tâches administratives, ils doivent garder du temps pour soigner leurs patients. Il existe avec cette motion un risque réel de voir les professionnels de la santé s’opposer au DEP. J’espère me tromper mais je pense que cette motion, qui part d’une bonne intention, est ce que l’on pourrait appeler une “fausse bonne idée”.

Santé : quelle stratégie numérique ?

Permettre aux patients d’accéder à leurs données médicales et faciliter l’échange de ces données entre les professionnels est une nécessité absolue. J’ai cependant de nombreux regrets par rapport à la solution retenue. Le premier est celui de la voie suivie pour donner accès aux données médicales. Le DEP est ce que l’on appelle un dossier secondaire, chaque professionnel y déverse les données de son propre dossier, les informations n’y seront ni structurées ni valorisées. Certains parlent un peu sévèrement d’une « poubelle à PDF ». Bref beaucoup d’énergie et d’argent pour un projet dont on ne connait pas encore l’utilité.

Au-delà de cet aspect, un point me dérange encore plus, c’est celui de la place prise par le DEP. On résume actuellement la santé digitale à ce projet alors qu’il n’en constitue qu’un seul élément. La preuve avec le document « Stratégie Cybersanté Suisse 2.0 2018-2022 » qui ne parle que du DEP. Pour la Confédération et les cantons, la cybersanté se limite au DEP ? C’est grave. Les citoyens de ce pays n’ont-ils pas droit pour leur santé à une stratégie numérique plus ambitieuse ?

 

La mesure de la tension artérielle va vivre dans le monde une révolution, grâce à des sociétés suisses

Vous mesurez encore votre tension avec un tensiomètre au bras ou au poignet ? Vous pourrez bientôt le faire avec un bracelet ou, mieux encore, simplement avec votre smartphone.

9 millions de morts par an

L’hypertension artérielle est un tueur silencieux. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que cette affection tue plus de 9 millions de personnes par an. Silencieux car un grand nombre de malades souffrent d’hypertension sans le savoir, cette affection ne provoquant souvent aucun symptôme. Même lorsqu’elle est diagnostiquée, l’hypertension n’est pas toujours bien contrôlée, avec comme conséquence de nombreux incidents cardiovasculaires, des infarctus du myocarde ou des accidents vasculaires cérébraux notamment.

Une révolution 

La mesure de la tension artérielle était par le passé réservée aux professionnels de la santé, la baisse des prix des tensiomètres a permis à de nombreux hypertendus de mesurer eux-mêmes leurs valeurs. Même si cette évolution a permis d’obtenir des mesures plus exactes et plus nombreuses, obtenir des valeurs qui représentent vraiment la tension artérielle du patient reste un défi. La mesure de la tension artérielle est en train de vivre une révolution, ou plus exactement deux, grâce à deux sociétés suisses.

Aktiia

La société suisse Aktiia a obtenu la certification européenne CE « dispositif médical de classe IIa » pour son système de surveillance en continu de la pression sanguine. Il est donc désormais possible de suivre sa tension artérielle de façon continue, de jour comme de nuit, grâce à un simple bracelet. Les données récoltées sont transmises à une application pour smartphone, le porteur peut alors les consulter ou les envoyer à son médecin.

Bien qu’Aktiia soit basée dans le canton de Neuchâtel, le dispositif est actuellement disponible en pré-commande mais uniquement en Grande-Bretagne.

Même s’il s’agit à l’évidence d’une innovation majeure, nous pouvons avoir des réserves sur trois éléments. Le premier, la taille des études: la recherche qui a comparé les mesures faites avec le dispositif d’Aktiia avec celles obtenues directement dans l’artère du patient, n’a inclue que 23 participants. Deuxième élément, les résultats obtenus par Aktiia sont précis dans de nombreuses situations, mais pas chez les plus de 65 ans. C’est ennuyeux pour une affection dont l’incidence augmente avec les années. Troisième élément, le prix. Le dispositif est vendu 199.99 livres anglaises (254 chf) avec un prix de lancement de 159.99 livres (160 chf). Il faut cependant ajouter à cette dépense un abonnement mensuel de 8.99 livres, donc environ 11 francs suisses à payer chaque mois.

Biospectal

Une autre société suisse travaille sur une solution plus simple encore, mesurer la tension artérielle en posant son doigt sur la caméra de votre smartphone, sans qu’un dispositif supplémentaire ne soit nécessaire. Biospectal a publié dans la revue Scientific reports by Nature une étude qui montre la précision de sa solution en comparaison aux mesures de tensions prises de façon traditionnelle, répondant ainsi aux exigences de la Food and Drug Administration, l’organisme américain de certification.

Soutenu par une grande organisation non gouvernementale mais aussi par le Fondation Bill & Melinda Gates, Biospectal poursuit actuellement ses recherches pour s’assurer de la précision de ses mesures dans différentes populations (femmes enceintes, différentes couleurs de peau, conditions extrêmes de certains pays tropicaux, etc.). Espérons que ces études viennent confirmer la précision de cette solution.

Biospectal, présent au dernier CES de Las Vegas, a présenté lors de cet évènement la version béta de son application. Une simple inscription sur le site de Biospectal permet de la tester, actuellement uniquement pour les smartphones sous Android.

Le soutien des ONG est naturellement lié à la philosophie de Biospectal, proposer une solution simple, ne nécessitant qu’un smartphone, un appareil beaucoup plus répandu que les tensiomètres, en particulier dans les pays à faibles revenus. La version finale, également disponible sous iOs, est attendu pour cette année encore.

Oui, une révolution.

 

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Votre médecin a-t-il un site Internet ?

Cette question peut de prime abord paraître étrange. Pourquoi un médecin aurait-il besoin d’un site Internet, on lui demande d’être compétent avec ses patients, pas d’être présent sur le web.

Les médecins qui ont un site Internet sont rares, le but de cet article est de vous dire pourquoi je le regrette.

L’idée de cet article m’est venue en raison de la collusion de deux éléments. Le premier est la création pour mon cabinet d’un nouveau site Internet. Le second est la réponse de l’un de mes collègues lors d’une réunion consacrée à imaginer le centre médical de demain. Alors que je défendais justement l’idée que les médecins devaient être plus actifs sur le web, il m’a répondu qu’il n’avait pas besoin d’un site internet, qu’il ne cherchait pas de nouveaux patients. Attention, il ne s’agit pas d’un médecin grincheux travaillant au fond d’une vallée perdue, il s’agit d’une personne compétente, ouverte et intelligente.

En entendant sa réponse, je me suis dit que l’on avait peut-être oublié de transmettre aux médecins, durant leur formation, l’importance de répondre aux attentes et besoins de leurs patients. Le but premier d’un site Internet d’un cabinet ou d’un centre médical n’est pas de servir les intérêts des professionnels de santé qui y travaillent, mais plutôt de leurs « clients », de leurs patients.

Les professionnels de la santé sont sensibilisés à l’importance de la communication dans le cadre de la consultation, moins en dehors de celle-ci. La vie des patients ne s’arrête pourtant pas au moment de leur face à face avec leur médecin, leurs besoins en informations non plus.

Donner comme exemple le site de mon cabinet est à l’évidence prétentieux. Je le fais car cela me permet de vous expliquer pourquoi je tiens à ce moyen d’information et de communication.

On trouve sur ce site une présentation générale du cabinet mais aussi des informations pratiques : numéro de téléphone, adresses mail et pour les nouveaux patients un plan d’accès. On y rappelle que nos patients peuvent prendre rendez-vous eux-mêmes par Internet par notre service de prise en rendez-vous en ligne, un service très apprécié dont j’ai parlé dans un autre article (Docteur, votre système est génial).

On trouve aussi sur notre site une page « Urgences » pour que nos patients sachent où et comment prendre rendez-vous si le cabinet est fermé ou qu’il s’agit d’une urgence nécessitant une intervention rapide. Nous avons aussi créé sur notre site une page « Sites Internet pour les patients » pour leur dire quels sites web utiliser pour trouver des informations santé de qualité.

Ce moyen de communication est particulièrement utile en ces temps troublés de pandémie. Nous l’utilisons pour informer au mieux nos patients. Les actualités présentes sur la page d’accueil ont comme objectif de répondre aux questions qu’ils se posent : « Coronavirus, souhaitez-vous vous faire vacciner ? », « Coronavirus, dois-je me faire dépister » et pour finir « Pandémie de coronavirus, où trouver des informations de qualité ? ».

Cette démarche, aussi modeste soit-elle, a comme objectif de mieux informer les patients, de les rendre le plus autonomes possible.

Le monde de la santé est probablement celui où l’on tient le moins compte de ce que l’on appelle « l’expérience utilisateur » pour faire évoluer la prise en charge des patients. Il y a là un énorme potentiel pour améliorer le système de santé, pour le bien des patients mais aussi pour celui des professionnels de la santé.

 

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L’ordonnance électronique (enfin)

Lordonnance électronique offre de très nombreux avantages, le premier étant de diminuer le risque derreurs au moment de la lecture de la prescription par le pharmacien. Mais ses bénéfices vont bien au-delà.

 Papier et électronique

Votre médecin pourra toujours imprimer une ordonnance papier à utiliser pour vous rendre dans votre pharmacie, mais il pourra aussi l’envoyer directement par voie électronique, soit à votre pharmacie, soit à une centrale de distribution qui vous enverra vos médicaments par poste dès le lendemain.

Un système sécurisé

Lordonnance électronique offre le même niveau de sécurité que les solutions bancaires, avec un système de double authentification. Le patient décide lui-même sil veut regrouper au même endroit les médicaments pris dans différentes pharmacies mais aussi à qui il donne accès à la liste de ses médicaments. Cela pourra être à son médecin généraliste, à son pharmacien, à d’éventuels spécialistes mais aussi par exemple aux infirmiers et infirmières à domicile.

Une liste à jour et un historique

Le principal avantage de cette solution est de permettre aux professionnels de santé mais aussi à chaque patient davoir en permanence la liste des médicaments à jour. Chaque patient peut aussi y ajouter la liste des traitements pris sans ordonnance, ce qui offre une vue de la totalité de son traitement. Un module dinteraction médicamenteuse signale si certains de vos médicaments sont incompatibles.  Lajout de vos allergies médicamenteuses permet aussi au système de vous signaler sil y a dans votre traitement un médicament que vous devriez éviter.

Ce moyen est aussi très utile pour les traitements renouvelables. Chaque patient peut voir sur son ordinateur ou sur son smartphone si ses médicaments sont renouvelables et si oui, jusqu’à quelle date. Il peut aussi par ce système demander au médecin prescripteur le renouvellement de son traitement dun simple clic.

Lordonnance électronique a aussi comme atout de donner accès aux médicaments prescrits par le passé, ce qui vous permettra de savoir si tel ou tel médicament vous a déjà été donné, même plusieurs années auparavant.

Les nouvelles fonctionnalités

Lordonnance électronique est aussi une solution dynamique qui, en se basant sur un système expert, fera des propositions. Elles seront principalement de deux ordres, soit économiques pour proposer un traitement équivalent mais moins cher, soit pour proposer larrêt de traitements qui pourraient ne plus être utiles, un arrêt qui devra évidemment être discuté et validé par le médecin.

Mieux informé, mieux soigné

Le dernier atout de ce système est de permettre au patient de voir lindication de chaque médicament, le premier est un médicament contre lhypertension, le deuxième un médicament pour le diabète, etc. Un simple clic sur le nom dun médicament permet de découvrir ses indications, ses effets secondaires mais aussi sa forme et sa couleur.

Vous êtes intéressé ?

Désolé pour ceux dentre vous qui se réjouissaient de pouvoir utiliser cette ordonnance électronique, elle nexiste pas (encore). Elle représente ce que je souhaiterais pouvoir utiliser pour tous mes patients, pour avoir une liste de médicaments à jour en permanence qui serait partagée avec tous les professionnels en charge de chacun d’eux. Un outil qui permettrait aussi de mieux intégrer le patient lui-même dans sa prise en charge médicale.

Votre avis

Même si je suis convaincu quun tel outil me serait utile pour soigner mes patients, jaimerais avoir votre avis. Si elle existait, seriez-vous intéressé par une telle solution ? Quels en seraient les atouts et les dangers Jaimerais surtout savoir, à lheure où lon vante les mérites de la santé numérique, pourquoi un tel outil nest pas encore disponible ?

 

Faut-il se faire vacciner, oui ou non ?

Deux questions : Que sait-on sur ce vaccin ? Devez-vous vous faire vacciner ?

Que sait-on ?

L’autorisation. L’institut suisse des produits pharmaceutiques SwissMedic a annoncé ce 19 décembre que le vaccin de Pfizer/BioNTech était désormais autorisé en Suisse. Les données disponibles font état d’une efficacité élevée, comparable dans tous les groupes d’âges étudiés. Il s’agit de la première autorisation mondiale de ce vaccin dans le cadre d’une procédure ordinaire et non urgente.

Combien de doses seront disponibles ? Les 100’000 premières doses seront livrées encore en décembre, Pfizer livrera ensuite 250’000 doses par mois à la Confédération.

Son nom. Ce vaccin à ARN messager dont le nom scientifique est BNT162b2 aura comme nom commercial Comirnaty.

Son efficacité. La protection vaccinale est supérieure à 90% sept jours après la seconde injection. Les résultats de la phase 3 ont été publiés le 10 décembre dans le New England Journal of Medicine (la phase 3 d’une étude représente une étape où le produit est testé chez un grand nombre d’individus, la moitié reçoit le vaccin, l’autre un placebo, sans que ni le patient, ni l’examinateur ne sachent qui a reçu quoi).

Son prix. La vaccination sera gratuite pour la population.

Qui pourra être vacciné ? La Commission fédérale pour les vaccinations et l’Office fédéral de la santé publique ont établi la liste des priorités :

  1. Les personnes vulnérables (hormis les femmes enceintes).
  2. Le personnel de santé en contact avec des patients et le personnel accompagnant les personnes vulnérables.
  3. Les contacts étroits (membres du ménage) des personnes vulnérables.
  4. Les personnes résidant dans une institution communautaire qui présente un risque d’infection et un potentiel de flambée (p. ex. institutions pour personnes handicapées) ainsi que le personnel.
  5. Tous les autres adultes qui voudraient se faire vacciner.

Le vaccin n’est pas recommandé pour les enfants de moins de 16 ans, les données d’efficacité pour cette tranche d’âge étant jugées insuffisantes. Pour les personnes ayant déjà été contaminées par le SARS-Cov-2, une vaccination sera probablement recommandée 3 mois après la maladie (puisque que l’on sait que la maladie offre une protection de 3 à 6 mois, voire plus).

Ses effets secondaires. Comme vous pourrez le lire dans un article d’Heidi.news publié ce 19 décembre, ce vaccin est globalement très bien toléré. Comme pour d’autres vaccins, les effets secondaires les plus fréquents sont de type inflammatoire, locaux (douleur et rougeur au point d’injection) ou généraux (fièvre, fatigue, maux de tête, courbatures, etc.). Leur durée est de 1 à 3 jours en moyenne.

La FDA, l’équivalent américain de Swissmedic, recommande de suivre la survenue de paralysies de Bell (une paralysie faciale qui dure plusieurs mois), certains cas ayant été relevés à une fréquence très faible (4 cas sur 18’000), ce qui ne permet pas de savoir s’ils sont liés ou non au vaccin. Comme un peut le lire dans cet article, le principal point de vigilance en matière de sécurité concerne le risque, rarissime mais attesté sur une poignée de personnes, de réaction allergiques sévère, de type choc anaphylactique.

Vous hésitez ?

Les vaccinations ont permis de contrôler des maladies qui étaient autrefois fréquentes en Suisse, comme le tétanos, la poliomyélite, la diphtérie, la coqueluche, la rougeole, la rubéole, les oreillons, l’hépatite B et certaines formes graves de méningites. Les vaccins représentent donc un des outils les plus puissants de la médecine préventive.

Même si je ne demande pas à tout le monde de croire à l’innocuité des vaccins, je suis tout de même surpris de la crainte qu’ils inspirent. J’ai personnellement plus d’interrogations pour les pesticides et autres perturbateurs endocriniens que pour les vaccins, qui en fait ne font que provoquer au sein de l’organisme la production d’anticorps, un mécanisme somme toute naturel. Certains peuvent bien sûr craindre les effets secondaires, ceux-ci sont en réalité rares.

 

La balance entre les bénéfices et les effets secondaires des vaccins peut être illustrée avec cette image assez forte : ne pas vacciner un enfant contre une malade potentiellement grave en raison de la crainte des effets secondaires, c’est comme de ne pas attacher un enfant dans une voiture de peur qu’il ne se blesse avec la ceinture de sécurité.

 

Malgré cela, il est juste de s’interroger sur la balance bénéfices / risques de ce vaccin contre le coronavirus : il a été développé très rapidement, avec une technologie nouvelle, pour une maladie qui est pour les plus jeunes souvent bénigne.

Le Dr Alessandro Diana, pédiatre et expert en vaccinologie, a publié avec des collègues un article passionnant sur la « vaccino-hésitation ». Cette publication ne porte pas sur la vaccination contre le coronavirus mais sur les vaccins en général. On y apprend que 70 personnes sur 100 acceptent la vaccination. Parmi les 30 autres, 28 personnes sont indécises et 2 sont convaincues de leur position anti-vaccinale. On y découvre les facteurs qui renforcent la vaccino-hésitation et quelques pistes pour y répondre. Pour le dire de façon simplifiée, on ne convainc pas avec des données factuelles (efficacité du vaccin, innocuité, etc.) mais plutôt au travers d’une écoute et d’un échange avec le patient.

J’ai demandé à quelques-uns de mes patients s’ils avaient l’intention de se faire vacciner. Les seniors répondent le plus souvent positivement. Ils souhaitent même pouvoir se faire vacciner dès que possible. Ils ont peur d’être contaminés, ils craignent les conséquences potentiellement graves de l’infection et aimeraient pouvoir revivre « normalement ». Chez les plus jeunes, la réponse est beaucoup plus nuancée.

Devez-vous vous faire vacciner ?

Vous seul pouvez répondre à cette question. Vous devez vous informer mais en utilisant des sources d’information fiables (attentions aux réseaux sociaux…). Si vous êtes âgé ou faites partie des personnes vulnérables, je pense que la réponse devrait être oui. Si vous êtes en contact avec des patients et des personnes vulnérables, la réponse est certainement oui aussi. Pour les femmes enceintes et les moins de 16 ans, non (en tout cas avec ce vaccin en raison des données disponibles actuellement). Pour les plus jeunes ? La maladie est le plus souvent bénigne mais certains pourraient souhaiter le vaccin pour éviter la forme longue de la maladie.

Au-delà de ces considérations, il existe certainement une raison qui justifie que nous soyons nombreux à nous faire vacciner : on en a tous marre de ce virus.

 

Pour en savoir plus

Consultez le site Infovac, la plateforme d’informations sur les vaccins, qui propose une page consacrée au COVID-19, très complète et actualisée en permanence.

 

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Apple Watch, la santé du futur, dès à présent

Le titre de cet article est le slogan utilisé par Apple pour promouvoir la dernière version de sa montre et ses nombreuses applications santé. Apple annonce sur son site « qu’une nouvelle vie s’offre à vous, toujours plus saine, plus active et plus connectée ». Au-delà du slogan, l’Apple Watch a-t-elle réellement un impact positif sur la santé ?

Les promesses

On peut lire sur le site d’Apple le texte suivant : « mesurez votre taux d’oxygène dans le sang grâce à un capteur et à une app révolutionnaires. Faites un électrocardiogramme n’importe où, n’importe quand. Surveillez votre forme et vos statistiques d’un coup d’œil sur l’écran Retina toujours activé, encore amélioré. Avec l’Apple Watch Series 6, une nouvelle vie s’offre à vous. Toujours plus saine, plus active et plus connectée ».

Un article récemment publié dans l’Agefi permet de voir que le marketing de la marque à la pomme fonction bien. Son titre est déjà une perle : « Comment Apple réinvente l’innovation ». On peut y lire : « en effet, Apple Watch ne sert plus tellement à indiquer l’heure, elle est conçue pour le futur de notre santé. C’est maintenant clair que la santé va remplacer l’heure. On revient à l’essentiel : sauver des vies ! ».

Mesurer le taux d’oxygène

C’est la dernière fonctionnalité santé proposée par Apple. Premier élément, Apple précise sur son site que « les mesures de l’app Oxygène sanguin ne sont pas destinées à un usage médical ». Deuxième élément, on peut lire dans un communiqué de presse publié le 15 septembre qu’Apple « s’est associé à des chercheurs pour mener trois études de santé impliquant l’utilisation de l’Apple Watch pour voir comment les niveaux d’oxygène dans le sang pourraient être utilisés dans de futures applications de santé ». Ces études portent sur l’asthme, sur l’insuffisance cardiaque et sur la détection du COVID-19 ». Si les 2 premières études semblent pertinentes, la troisième relève de l’opportunisme.

Formulé autrement, on développe une mesure, ici en l’occurrence la détermination du taux d’oxygène sanguin, et ce n’est que dans un deuxième temps que l’on se demande à quoi cette mesure peut servir. Pour l’heure, nous n’avons donc aucune évidence que cela soit utile.

L’électrocardiogramme

Même si obtenir un électrocardiogramme avec une montre est une prouesse technologique, la seule question intéressante est de savoir si cela a un impact positif sur la santé des porteurs d’Apple Watch. J’ai déjà dans un autre article de ce blog démontré que la réponse est négative, les arythmies détectées par la montre étant le plus souvent de fausses alertes. Pour que l’app ECG soit utile, il faut qu’elle soit portée par des personnes de plus de 80 ans, un âge où les arythmies cardiaques sont plus fréquentes.

Le sommeil

Je n’ai pas connaissance d’études qui montrent que l’app sommeil ait un impact positif sur la qualité des nuits des porteurs de l’Apple Watch. Une recherche dans la base de données médicales PubMed avec le mot clé « Apple Watch » retrouve 153 publications mais aucune ne porte sur le sommeil. La plupart des spécialistes du sommeil déclarent que de vouloir mesurer et contrôler son sommeil aboutit souvent à une aggravation des troubles.

La forme

Est-ce qu’il suffit de mesurer ses performances physiques pour être en meilleure santé ? Mesurer ses pas est-il suffisamment motivant pour transformer les sédentaires en actifs ? Une revue systématique des études publiées sur ce sujet montre qu’il n’existe qu’un effet à court terme, mais pas au-delà de trois mois. Idem pour la perte de poids, il n’existe actuellement pas d’évidence pour un lien entre la mesure de son activité physique et la perte pondérale. 

Mesurer n’est pas suffisant

J’ai décidé d’écrire cet article pour expliquer que de mesurer une valeur sur votre corps, même grâce à un bel outil, ne signifie pas que cela ait un impact positif sur votre santé. Il est important de combattre l’idée que la technologie se suffit à elle-seule. Vous peser tous les jours, même sur une balance connectée, ne vous fera pas automatiquement perdre du poids.

L’Apple Watch est une belle montre, qui donne l’heure.

 

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Comment le numérique permettra-t-il d’améliorer notre système de santé ?

C’est la question à laquelle a répondu l’Institut Montaigne, un think tank français, dans un rapport de 220 pages publié ce 18 juin. Les publications sur la eSanté sont nombreuses mais leurs contenus souvent décevants, les propositions étant le plus souvent floues et le fruit d’une foi aveugle en la technologie. La publication de l’Institut Montaigne se caractérise par des propositions concrètes qui me paraissent, pour la plupart d’entre elles, réalistes.

Le comité de pilotage était composé d’une vingtaine d’experts. Plus d’une centaine de personnes spécialisées dans le secteur de la santé ont été auditionnées pendant les travaux du groupe de travail (experts, représentants de patients, de start-ups et d’entreprises).

Pour ce groupe de travail, la transformation du système de santé peut se matérialiser au travers de cinq axes : l’autonomisation des patients, la dématérialisation des échanges, la télémédecine, l’automatisation des processus logistiques et l’appui à la décision médicale et paramédicale.

1. L’autonomisation des patients

Les patients sont rendus plus autonomes et gèrent leur propre santé, à travers des solutions digitales leur permettant de suivre leur maladie et d’interagir avec le système de soins (applications mobiles, chatbots appuyés sur l’intelligence artificielle, prises de rendez-vous en ligne, etc.). La e-santé permet ainsi une plus grande implication des patients, qui deviennent des acteurs de leur santé et apprennent à surveiller leur maladie chronique ou leurs symptômes et à mieux s’orienter dans leurs parcours de soins.

Je partage évidemment ce point de vue, pour moi l’autonomisation du patient est la plus grande source de transformation de notre système de santé.

2. La dématérialisation des échanges

La circulation des informations médicales est fluidifiée au bénéfice des patients par la dématérialisation des échanges.

Oui, le fax sera abandonné…

3. La télémédecine

La télémédecine permet un accès aux soins à travers des canaux multiples. L’accès à la meilleure expertise pour tous est facilité. L’épidémie de Covid-19 a permis le développement de nombreuses solutions de téléconsultation et a mis en lumière leurs impacts positifs en termes d’accès aux soins et de facilitation des parcours dans le contexte d’une crise sanitaire, au-delà de la pratique courante.

Je me réjouis naturellement de voir ce groupe d’experts souligner les potentialités de la télémédecine. Les soins à distance sont encore trop souvent perçus comme une variante de la consultation présentielle alors que la télémédecine est plus que cela : un puissant outil de triage, un service permettant un accès facilité aux soins. La téléconsultation n’est pas de la médecine de faible qualité, c’est une nouvelle façon de concevoir la relation soignant – soigné.

4. Les outils numériques, l’intelligence artificielle et l’automatisation

L’efficacité des structures de soins est décuplée et l’expérience des patients améliorée grâce aux outils numériques, à l’intelligence artificielle et à l’automatisation qui permettent aux établissements de santé d’améliorer la performance et la disponibilité des équipes, du matériel médical et des plateaux techniques.

Les experts dans leur rapport citent en exemple le bloc opératoire : “l’utilisation d’outil numérique permet d’automatiser des tâches à faible valeur ajoutée (par exemple la suppression de saisie des feuilles de bloc) en recentrant les personnels de santé sur le soin pour améliorer la qualité de la prise en charge des patients”.

 5. Grâce au numérique, une amélioration des processus

La décision médicale et paramédicale est rendue plus fiable et sûre, grâce à des outils permettant la diminution des risques d’erreur ou de retard au diagnostic et augmentant la fiabilité et la sûreté globale des processus. Ces outils, qui s’appuient sur des solutions d’intelligence artificielle, vont progressivement devenir indispensables pour une médecine au plus près des attentes des patients et des professionnels.

Mes connaissances ne me permettent pas de connaître la place que prendra l’intelligence artificielle dans ces développements, je suis par contre convaincu que le numérique a un rôle essentiel à jouer pour soutenir les professionnels de la santé dans la gestion des données santé. Comme le dit un des membres de ce groupe de travail « le système de santé est riche en données mais pauvre en informations ».

Les barrières

L’Institut Montaigne rappelle dans son rapport que le secteur de la santé est l’un des secteurs de l’économie les moins digitalisés. Les membres de ce groupe de travail ont identifié un certain nombre d’obstacles au développement de la santé numérique : des barrières à la pleine utilisation des données de santé du fait notamment d’un investissement insuffisant dans les systèmes d’information, une trop faible incitation à la télémédecine ainsi qu’un déficit de formation et d’équipement des professionnels de santé, des dispositifs de financement de l’innovation peu coordonnés et peu lisibles, une filière santé hétérogène et peu structurée, un cadre d’évaluation qui n’implique pas suffisamment les patients.

Ces barrières ne sont naturellement pas spécifiques à la France.

Une médecine augmentée

Les cinq axes de transformation proposés dans ce rapport n’ont comme objectif que de proposer aux patients et aux professionnels de la santé un système moderne, qui permette aux soignants de travailler avec efficience et aux patients d’être soignés selon leurs besoins, leurs attentes. Il n’y a rien de révolutionnaire dans ces développements, uniquement l’envie d’une médecine digne de ce 21ème siècle.

 

Vous n’avez pas téléchargé l’application SwissCovid? Pourquoi?

Votre téléphone est trop vieux. Acheter un nouveau téléphone pour télécharger cette application n’est ni financièrement, ni écologiquement défendable, cette excuse est acceptée.

Je ne sais pas comment la télécharger. Demandez de l’aide !

Cette App est inutile. Il est possible que ce soit vrai. Pour que SwissCovid fonctionne, il faut que plusieurs critères soient remplis :

  • Que le nombre de personnes qui téléchargent l’application soit élevé.
  • Que les règles utilisées par SwissCovid (une notification est déclenchée si, au cours d’une même journée, l’utilisateur s’est tenu, pendant au moins 15 minutes au total, à moins de 1,5 mètre de distance d’au moins une personne infectée) soient valides.
  • Il faut aussi que le virus soit présent dans la population, nous sommes pour ce dernier point en bon chemin.

Cette application sera peut-être inutile mais tant que l’on n’a pas fait l’expérience, on n’en sait rien. Excuse refusée.

Une pandémie, quelle pandémie ? Vous vivez de façon très isolée, vous n’avez aucun contact avec l’extérieur, vous avez entendu parler de la grippe espagnole mais vous savez qu’elle est terminée depuis longtemps. Excuse acceptée.

C’est un complot. Vous savez que cette pandémie n’existe pas, que c’est une invention des gouvernements, que l’objectif est de contrôler la population, que c’est une opération contre les pédophiles ou l’œuvre de Bill Gates (lequel il faut bien l’avouer a acquis une belle expérience en matière de virus avec les premières versions de Windows). Excuse refusée (mais c’est compliqué de vous expliquer pourquoi).

Que fera-ton de mes données?  C’est une préoccupation légitime. Je ne suis pas un spécialiste du sujet mais, même si Google et Apple sont liés au projet, il me semble que la Confédération et l’EPFL sont plutôt des gages de sécurité.

Dans un récent article, le rédacteur en chef du temps a écrit : « A tous ceux qui font des commentaires négatifs au sujet de SwissCovid et les partagent sur Facebook, Twitter, Linkedin, Instagram, chaînes WhatsApp et j’en passe, je ne donnerai qu’un seul conseil : le courrier postal existe toujours, n’hésitez pas y retourner ». Je partage cette position même si je me demande si nous ne devrions pas aussi nous méfier du courrier postal (la Poste, c’est plus comme avant).

Un référendum a été lancé « pour dire non à l’application de traçage », j’avoue ne pas comprendre ce projet : alors que les conséquences en terme sanitaire et économique sont pour certains majeurs (oui la mort est une conséquence majeure), l’idée de ce référendum pour s’opposer à une application dont le téléchargement est volontaire me dépasse. Le débat est toujours utile, la démocratie un bien précieux mais dans ce cas j’ai de la peine à comprendre. Excuse refusée.

Je ne comprends pas ce truc. Si comme Ueli Maurer, vous ne comprenez pas le fonctionnement et les objectifs de SwissCovid, informez vous sur le site de l’Office fédéral de la santé publique : nouveau coronavirus : questions fréquentes.

 

 

SwissCovid c’est comme le lavage des mains et le port du masque, c’est pour vous mais aussi pour les autres.

Merci.

 

 

Télémédecine : les consultations téléphoniques sont-elles dangereuses?

Les téléconsultations sont vues par de nombreux professionnels de la santé, et par de nombreux patients, comme une médecine de qualité inférieure. La pandémie de COVID-19 a cependant permis à un certain nombre d’entre eux de découvrir que l’on pouvait prendre en charge à distance, sans perte de qualité, de nombreux problèmes de santé.

Les publications sur la vidéoconsultation, la seule forme de téléconsultation qui, au travers de l’image, donne accès au langage corporel, sont nombreuses. Les articles sur les consultations par téléphone, pourtant beaucoup plus fréquentes, sont presque inexistants.

Que sait-on des consultations téléphoniques ? Sont-elles sûres ? Surchargent-elles les médecins ? Provoquent-elles une augmentation des visites au cabinet ? Plusieurs publications sur ce sujet permettent de répondre à ces questions.

Une pratique fréquente

Un article de revue publié en 2017 dans la libraire Cochrane[1] donne de nombreuses informations sur les consultations téléphoniques. On peut y lire :

« Depuis 1879, année de la première consultation téléphonique médicale documentée, la possibilité de consulter par téléphone fait partie intégrante des systèmes de santé modernes. Aux États-Unis, les médecins passent au moins un huitième de leur temps professionnel à évaluer des cas cliniques par téléphone et plus d’un quart de toutes les consultations de soins sont aujourd’hui effectuées par cette méthode ».

La British Medical Association (BMA) a dès 2001 publié des conseils pour les médecins généralistes (GP), intitulés “Consulting in the Modern World” : Guidance for GPs », où l’on peut lire que “les consultations téléphoniques, lorsqu’elles sont correctement menées, peuvent être considérées comme une pratique sûre et acceptable”[2]. Plusieurs recherches arrivent aux mêmes conclusions[3,4].

Des patients satisfaits

Pour ce qui est de la satisfaction des patients, elle semble identique, qu’ils soient pris en charge par téléphone ou en consultations présentielles[5]. Les consultations téléphoniques diminueraient le nombre de visites immédiates chez le médecin sans pour autant augmenter la fréquentation des services d’urgence[5].

Les cliniciens et les patients utilisent le téléphone pour toute une série de situations, notamment les soins de routine mais aussi parfois d’urgence, le renouvellement des ordonnances, la transmission des résultats des examens de laboratoire ou la promotion de la santé. Parmi les exemples de consultations téléphoniques, on peut citer la gestion d’affections telles que l’insuffisance cardiaque, l’asthme et les soins palliatifs.

Les consultations téléphoniques peuvent réduire la charge de travail des médecins en face à face et améliorer l’accès aux soins sans les inconvénients et les coûts associés à la présence physique à une consultation, ce qui augmente la flexibilité et la disponibilité des services[4,5,6].

La nécessité de former les professionnels de la santé

Comme les consultations téléphoniques jouent un rôle important dans la prise en charge des patients, il est essentiel que les professionnels de la santé, lorsqu’ils consultent par téléphone, se sentent en confiance pour mener et documenter l’entretien avec précision et compétence clinique. Il est donc important qu’ils reçoivent une formation adéquate pour leur permettre de remplir efficacement ce rôle.

Une étude publiée en 2012[7] a montré que l’adhésion globale des patients aux conseils de triage fournis par les télé-infirmières était de 62 %, et que l’adhésion était influencée par la qualité de l’interaction entre le professionnel et le patient. Les auteurs soulignent la nécessité d’une formation aux techniques de communication dans un contexte de consultation téléphonique centré sur le patient et portant spécifiquement sur les techniques d’écoute active et de conseils.

Les compétences en matière de consultation téléphonique font partie d’un ensemble plus large de compétences en matière de consultation à distance dont l’importance s’accroît à mesure que de plus en plus de soins médicaux sont dispensés à distance avec le soutien des technologies de l’information.

Une formation spécifique aux techniques de communication à distance, y compris par téléphone, serait pour les professionnels de la santé une indéniable plus-value.

 

Ce que nous apprennent ces publications :

  • La possibilité de consulter par téléphone fait partie intégrante des systèmes de santé modernes, centrés sur le patient.
  • La communication téléphonique est le principal mode de communication entre les médecins et les patients en dehors des visites au cabinet.
  • Les consultations téléphoniques, lorsqu’elles sont correctement menées, peuvent être considérées comme une pratique sûre et acceptable.
  • Les consultations téléphoniques semblent diminuer le nombre de visites immédiates chez le médecin sans pour autant augmenter la fréquentation des services d’urgence.
  • Les consultations téléphoniques peuvent réduire la charge de travail des médecins en face à face et améliorer l’accès aux soins sans les inconvénients et les coûts associés à la présence physique à une consultation.
  • Les compétences en matière de consultation téléphonique font partie d’un ensemble plus large de compétences en matière de consultation à distance dont l’importance s’accroît à mesure que de plus en plus de soins médicaux sont dispensés à distance avec le soutien des technologies de l’information.

 

A lire aussi sur ce sujet:

Santé.

 

 

  1. Vaona  A, Pappas  Y, Grewal  RS, Ajaz  M, Majeed  A, Car  J. Training interventions for improving telephone consultation skills in clinicians. Cochrane Database of Systematic Reviews 2017, Issue 1. Art. No.: CD010034. DOI: 10.1002/14651858.CD010034.pub2.
  2. British Medical Association, General Practitioners Committee. Consulting in the Modern World: Guidance for GPs. London: British Medical Association, 2001.
  3. Car J, Freeman GK, Partridge MR, Sheikh A. Improving quality and safety of telephone based delivery of care: teaching telephone consultation skills. Quality and Safety in Health Care 2004;13(1):2-3.
  4. Patel H, Patel M, Car J. Telephone consultations in general practice: aAreas for improvement. Journal of Telemedicine and Telecare 2005;11:265-6.
  5. Bunn F, Byrne G, Kendall S. Telephone consultation and triage: effects on health care use and patient satisfaction. Cochrane Database of Systematic Reviews 2004, Issue 4. [DOI: 10.1002/14651858.CD004180.pub2]
  6. Hallam L. Patient access to general practitioners by telephone: the doctor’s view. British Journal of General Practice 1992;42(358):186-9. Purc-Stephenson RJ, Thrasher C. Patient compliance with telephone triage recommendations: a meta-analytic review. Patient Education and Counseling 2012;87(2):135-42.
  7. Purc-Stephenson RJ, Thrasher C. Patient compliance with telephone triage recommendations: a meta-analytic review. Patient Education and Counseling 2012;87(2):135-42