Adaptation du tarif médical Tarmed – Serez-vous moins bien soignés ?

Sur décision du Conseil fédéral, le tarif médical utilisé pour les prestations médicales ambulatoires sera modifié au 1er janvier 2018. Selon l’Office de la santé publique, « ces adaptations devraient permettre de réaliser des économies annuelles de l’ordre de 470 millions de francs ».

A priori, au vu de la progression sans fin de nos primes de caisses-maladie, je trouve rassurant que ce tarif médical, utilisé pour toute la médecine ambulatoire, soit révisé. Mais, au-delà de l’aspect financier, la question qui m’intéresse est celle de l’impact de cette décision sur la qualité des soins. Formulé autrement, mes patients seront-ils plus mal soignés depuis le 1er janvier 2018 ? La réponse est oui.

J’essaye d’exercer une médecine humaine, moderne et efficiente, la décision du Conseil fédéral limitera mes possibilités.

 

Les adaptations à venir

La fiche d’information « Adaptation du tarif médical TARMED » de l’Office fédéral de la santé publique nous renseigne sur les modifications qui entreront en vigueur le 1er janvier 2018. Certaines adaptations me paraissent justifiées, je ne présente que celles qui auront un impact négatif sur mon travail, sur mes patients :

  • « La consultation de base est limitée à 20 minutes pour tous les médecins. Cette limite est élevée à 30 minutes pour les enfants et les personnes âgées. Pour d’autres patients présentant des besoins en soins plus élevés, la limitation peut aussi être fixée à 30 minutes d’entente avec l’assureur ».

Vous m’imaginez contacter l’assureur de mes patients chaque fois que la situation médicale est complexe ? Mais j’ai trouvé la solution, demander à mes patients de n’avoir qu’un seul problème de santé à la fois : « s’il vous plait, évitez de cumuler diabète, hypertension et maladie cardiaque… ».

Et c’est quoi cette idée de demander l’autorisation de prolonger à l’assureur ? Oui, l’assureur, celui qui justement veut payer le moins possible, et qui en plus, ne connait rien à votre situation médicale.

Cette modification est aussi intéressante pour les patients qui auraient la mauvaise idée de souffrir de problèmes psychologiques. Je demanderai à mes patients de n’avoir que de petites déprimes, vingt minutes top chrono, pas de réelles dépressions qui nécessiteraient plus de temps et d’écoute.

Le deuxième point porte sur « l’accroissement de la transparence pour les prestations en l’absence du patient »

  • « Les limitations fixées à ce jour pour ces positions tarifaires seront réduites de moitié, de 60 à 30 minutes par trimestre, pour contrer la forte augmentation du nombre de prestations facturées sur cette position ces dernières années ». On peut aussi lire : « Cette modification dissuadera les prestataires de recourir inconsidérément à cette position tarifaire ».

Deux phrases, deux idioties :

  1. D’abord « pour contrer la forte augmentation du nombre de prestations facturées sur cette position ces dernières années ». Les grands décideurs, vous vous êtes demandé pourquoi le temps en l’absence du patient augmente ? Et si cela était dû à une médecine toujours plus rapide, toujours plus complexe, avec un nombre d’intervenants toujours plus nombreux ? Même si la médecine à l’hôpital et la médecine en cabinet sont différentes, on doit tout de même se poser des questions lorsque l’on apprend que les médecins assistants, au CHUV par exemple, ne passent que 1,7 heure par jour avec leur malade. Trop de travail administratif certainement mais ces chiffres montrent aussi qu’une partie des soins se fait loin du patient : téléphone à la famille, appeler les spécialistes, rédiger une ordonnance, lire un rapport, etc.
  2. « Cette modification dissuadera les prestataires de recourir inconsidérément à cette position tarifaire ». Il y a peut-être des médecins qui profitent de cette position, mais quel climat de confiance… M. Alain Berset, je vous invite à venir passer une journée dans mon cabinet, pour voir comment j’utilise « la prestation en l’absence du patient ».

 

Pourquoi mes patients seront moins bien soignés

J’écrivais plus haut dans ce texte, avec prétention, que j’essayais d’exercer une médecine « humaine, moderne et efficiente ».

  • Humaine, cela signifie que j’aimerais pouvoir consacrer à mes patients le temps nécessaire à les soigner avec humanité et respect. Cela concerne par exemple les patients qui souffrent de maladies chroniques, de maladies graves ou ceux qui souffrent psychiquement. Ecouter, conseiller un patient, cela nécessite du temps. Je souhaite aussi que mes patients comprennent ce dont ils souffrent, connaissent les médicaments qu’ils reçoivent. Cela prend du temps.
  • Moderne, c’est de limiter le nombre de consultations, le nombre de fois où le patient doit venir à mon cabinet. Par contre, lorsqu’il vient, j’essaye de régler tous ses problèmes. En dehors des patients qui ne consultent que pour un seul problème (infection virale, entorse, etc.), mes consultations dépassent souvent 20 minutes. Lorsqu’une consultation en chair et en os n’est pas nécessaire, je communique par téléphone ou par courrier électronique. J’ai donc peu de consultations courtes, soit des longues, soit mail ou téléphone.
  • Efficiente. Si un spécialiste m’envoie un rapport pour un de mes patients, je prends le temps de le lire en détail et d’inscrire ses propositions dans mon dossier médical informatisé : temps en absence du patient. Pour mes patients suivis par un infirmier ou une infirmière à domicile, j’ai régulièrement des contacts par mail : temps en absence du patient. Analyser le dossier d’un patient pour être sûr que j’ai vraiment fait tout ce que je pouvais pour sa santé : temps en absence du patient. Pour renouveler une ordonnance ? S’il faut vérifier dans le dossier du patient les médicaments et leurs dosages : temps en absence du patient. Il y a mille exemples dans le quotidien d’un médecin. Rien ne justifie que cela ne soit pas rémunéré.

Si l’on veut éviter que les professionnels de la santé ne s’épuisent, il faut que leur travail garde du sens. Au moment où l’on décide de faire des économies, il me parait indispensable d’y penser.

 

Une App pour ne plus oublier de prendre vos médicaments?

 

Votre smartphone peut-il vous aider à ne plus oublier de prendre vos médicaments ? Si oui, quelle application utiliser ? En 2015, sur les 165’000 applications santé disponibles dans les différents stores, 6 % étaient destinés aux informations et rappels de médicaments. Laquelle de ces 10’000 applications installer sur votre smartphone ?

C’est la question à laquelle a répondu Carla Moyano, étudiante en Sciences Pharmaceutiques à l’Université de Genève, dans son travail de Master. Son objectif était de mettre à disposition du pharmacien d’officine une sélection d’applications répondant aux mieux aux besoins des patients chroniques de Suisse romande en 2017. Ce travail, réalisé à la Pharmacie de la Policlinique Médicale Universitaire de Lausanne sous la supervision de Marie Paule Schneider Voirol et de Claudine Backes, donne des résultats passionnants.

 

« Il y a une App pour ça… »

Même si les médecins sont convaincus que la grande majorité de leurs patients prennent bien consciencieusement les médicaments prescrits, la réalité est tout autre. L’OMS estime que l’adhésion thérapeutique à long terme n’est que de 50% et qu’il s’agit de la principale raison pour laquelle les patients ne retirent pas tous les bienfaits qu’ils pourraient attendre de leurs médicaments. La santé mobile est-elle une partie de la solution ? Existe-il des applications de qualité qui puissent être conseillées aux patients chroniques ?

 

1883 applications identifiées, 4 retenues… 

A l’aide de mots-clés en français et en anglais, Carla Moyano a identifié dans l’App Store d’Apple 1883 applications. Elle les a ensuite soumises à des critères d’inclusion et d’exclusion pour ne retenir que les meilleures. Les critères de sélection étaient par exemple que l’application devait être disponible en français, que sa dernière mise à jour devait dater de moins d’un an et qu’elle devait être gratuite.

On peut se demander s’il était juste d’introduire la gratuité comme critère. En effet, si une application est utile, il parait justifié d’investir quelques francs pour son acquisition. L’étudiante en pharmacie justifie son choix en disant qu’il est peu probable qu’un patient investisse dans l’achat d’une application sans avoir pu la tester au préalable.

Pour ce qui est des critères d’exclusion, les applications ont été écartées si elles ne proposaient pas de fonction de rappel mais aussi si elles étaient spécifiques à une certaine médication (contraception) ou à une maladie (diabète). Les applications proposant de la vente de médicaments en ligne ont aussi été éliminées.

 

Les vainqueurs sont…

Afin d’évaluer de manière scientifique les applications incluses, 27 critères ont été retenus et répartis dans les six catégories suivantes : sécurité, qualité du contenu de santé, qualité de l’information au sujet de l’app, fonctionnalité, esthétique et absence de publicité. L’étudiante en pharmacie donne le palmarès : « Medisafe est l’application avec le plus haut score (59%) suivie par MyTherapy (56%), Meds on time (44%) et Médi’rappel (33%) ».

Carla Moyano précise : « Il est intéressant de constater que toutes les applications ont perdu un nombre de points importants dans la catégorie «qualité de l’information au sujet de l’application». En effet, aucune app ne mentionne les sources ou les références bibliographiques d’où sont tirés les informations et le contenu éducationnel, ce qui limite la confiance accordée à l’application ».

Elle signale un autre problème : « Aucune application n’indique les sources de financement ou les déclarations d’intérêt. En faisant des recherches plus poussées, on découvre que Meds on time et Médi’rappel sont liées à deux laboratoires pharmaceutiques ». On est bien sûr en droit de se demander si les données récoltées sont utilisées par ces firmes.

 

Des applications à ne pas conseiller !

Au vu de ces résultats décevants, y compris pour les quatre applications retenues, Carla Moyano conclut en écrivant que « des applications de qualité sont encore difficiles à trouver et que les pharmaciens ne doivent les conseiller qu’avec prudence et seulement si le patient est demandeur d’applications permettant de soutenir la prise de son traitement ». 165’000 applications santé, 10’000 destinés aux informations et rappels de médicaments et pas une qui soit de qualité suffisante pour que votre pharmacien vous la recommande. Effrayant.

 

Le futur ?

Ce travail de Master montre aussi que la fonctionnalité de gamification « qui consiste à envoyer des messages de récompense si l’adhésion est bonne, n’est présente dans aucune des applications ». Pourtant, des études montrent que la gamification dans les applications de santé est un avantage car elle permet au patient de s’engager de manière plus importante avec l’application grâce à des badges, des trophées ou des passages à un niveau supérieur ». Il est peut-être temps que les développeurs d’applications santé se fassent conseiller par des spécialistes des sciences du comportement.

Même si je la partage, c’est la conclusion finale de ce travail qui m’effraye le plus : « Dans les années à venir, il nous parait essentiel que des pharmaciens ainsi que des patients professionnels soient présents dans les projets de conception des applications soutenant l’adhésion thérapeutique ».

Il faut donc en 2017 encore préciser que des patients et des professionnels de la santé doivent être intégrés dans le développement d’applications santé ?

 

Mes remerciements à Carla Moyano, au Dr Marie Paule Schneider Voirol, à Claudine Backes et au Prof. Olivier Bugnon pour m’avoir permis d’utiliser ce travail de Master pour la rédaction de cet article.

 

Devrais-je faire un check-up ?

Le check-up est un bilan qui s’adresse à des personnes à priori en bonne santé. Son objectif est de dépister des maladies ou des comportements à risque avant que les problèmes de santé ne surviennent.

 

Check-up = prise de sang ?

J’ai l’impression que pour la majorité des patients, check-up signifie prise de sang. La réalité est très différente, les examens sanguins étant souvent la partie la moins utile de cette évaluation médicale. On peut schématiquement diviser le bilan de santé en quatre catégories :

  1. Les questions du médecin. La partie la moins technique mais certainement la plus utile. Le médecin cherche à connaître vos éventuels problèmes de santé mais aussi vos habitudes de vie : tabac, alcool, activité physique, etc. Bref, vous allez chez le médecin pour une simple prise de sang et lui vous pose toute une série de questions désagréables…
  2. Un examen clinique simple, avec notamment la mesure de la tension artérielle.
  3. Des examens complémentaires. Cela peut-être une prise de sang mais aussi un examen radiologique comme une mammographie.
  4. Des vaccins.

 

Quels examens à quel âge ?

Les examens qui doivent être effectués dépendent de votre âge et de votre sexe. Les recommandations suisses actuelles sont le fruit d’un travail réalisé dans le cadre du programme EviPrev, qui regroupe des médecins affiliés aux cinq centres académiques de médecine interne générale ambulatoire (Lausanne, Berne, Genève, Bâle et Zürich). Le tableau qui regroupe ces éléments est visible sur le site de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne ; vous y trouverez les recommandations qui correspondent à votre âge.

A 45 ans par exemple, le médecin voudra savoir si vous fumez, il évaluera votre consommation d’alcool. Si vous avez un excès de poids, il vous encouragera à avoir une activité physique régulière, il vous donnera peut-être aussi des conseils alimentaires. Il pourra aborder la question de votre sexualité pour savoir si vous avez des comportements à risque. Il sensibilisera les personnes dont la peau est claire aux dangers de l’exposition solaire.

 

Examens sanguins et vaccins

Pour ce qui est des examens sanguins, peu sont utiles à 45 ans. On peut toutefois en retenir deux : le dosage du sucre (en particulier en cas d’excès pondéral) et le contrôle du cholestérol, qui pourra ensuite être recontrôlé 5 ans plus tard.

Le check-up est aussi un moment où les vaccins peuvent être vérifiés : deux injections pour se protéger de la varicelle (jusqu’à 40 ans), deux injections contre « rubéole-oreillons-rougeole », un rappel contre le tétanos tous les 20 ans (tous les 10 ans à partir de 65 ans) et le vaccin contre la grippe pour les personnes à risque.

 

Rester en bonne santé ?

Si le check-up est une démarche préventive utile, votre santé dépend en réalité surtout de vous : ne pas fumer, bouger, limiter votre consommation d’alcool, vous alimenter de façon équilibrée et vous protéger du soleil ! Le tout, en n’oubliant pas de profiter de chaque jour 😉

 

Pour en savoir plus

Le site de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne propose pour un grand nombre de thèmes des sources d’informations de qualité : alcool, alimentation, cancers, comportement sexuel, diabète, hépatites, ostéoporose et vitamine D pour ne citer que quelques exemples.

 

 

En médecine, la révolution numérique n’existe pas

Si vous voulez être lu, vous devez écrire sur la révolution numérique, sur le big data, sur la blockchain ou sur l’internet des objets. C’est le succès assuré, vous serez liké et retweeté. Ces innovations ont pourtant actuellement un impact pour le moins limité sur le quotidien des patients et des professionnels de la santé. Lire à longueur de tweets les louanges du big data, alors que je reçois les rapports d’hospitalisation de mes patients par fax six semaines après leur sortie, me fait dire que nous avons actuellement un problème de priorité.

Plutôt que de se passionner pour les innovations qui bouleverseront (peut-être) le futur de la médecine, ne devrions-nous pas d’abord nous intéresser aux besoins actuels des patients?

 

Que souhaitent les patients ?

Le big data et l’intelligence artificielle sont à l’évidence des thèmes importants pour le futur, y compris en médecine. Je vous assure pourtant que ces sujets sont bien éloignés des préoccupations actuelles des patients. Leurs demandes sont beaucoup plus pragmatiques.

Si son problème de santé est mineur, le patient 2017 souhaitera trouver sur Internet une information de qualité qui lui permettra de se soigner seul. Si son problème est plus important, il voudra un contact avec un professionnel de la santé qui puisse l’aider. Nous avons à mes yeux dans ces deux phrases les premiers objectifs de la santé numérique, l’accès à une information de qualité (pour les patients comme pour les professionnels de la santé) et l’accès aux soignants :

  • Pour ce qui est de l’accès à des informations de qualité, il faut impérativement améliorer la formation du grand public et des soignants pour qu’ils sachent effectuer sur Internet des recherches efficientes. Pour ceux qui le souhaitent, une connaissance des médias sociaux, des communautés de patients par exemple, constituera un plus indéniable.
  • L’accès aux soins est un des domaines où le numérique a un rôle essentiel à jouer. On peut penser à la simple prise de rendez-vous en ligne, à la communication par voie électronique entre patient et professionnel de santé, à la téléconsultation ou aux systèmes qui permettent de mettre en relation un utilisateur malade qui a un besoin spécifique avec un professionnel de la santé disponible.

Le plus bel exemple de cette évolution est à ma connaissance le système britannique eConsult qui propose l’ensemble de ses services au travers d’une unique interface. Le patient peut soit obtenir des informations pour se soigner lui-même, soit découvrir les propositions d’un pharmacien, soit bénéficier d’un conseil téléphonique ou enfin être mis en contact avec son généraliste.

 

Une révolution ?

Les développements de ces nouveaux services ne constituent cependant pas une révolution. Le patient qui s’exprime dans l’article Are Patients Seeing A Digital Health Revolution? à propos de la possibilité de prendre rendez-vous chez son médecin par Internet résume la situation en une phrase :

Ne vous méprenez pas, la possibilité de prendre rendez-vous en ligne est beaucoup plus pratique que de téléphoner à son médecin pendant les heures d’ouverture du cabinet ou de laisser un message sur le répondeur. Mais je n’appellerais pas cela une « révolution de l’expérience patient », une phrase souvent entendue lors de conférences consacrées à la santé ».

 

La coordination des soins

Face à la complexité toujours plus grande du système de santé, l’accès à l’information et l’accès aux soins ne seront cependant pas suffisants. Il faudra aussi, pour obtenir des soins de qualité, assurer la coordination du système. Le numérique doit nous aider à y faire face, en facilitant la documentation médicale et la transmission d’informations entre les différents acteurs en charge du patient. Il faudra pour cela pouvoir s’appuyer sur des dossiers médicaux et des dossiers patients électroniques de qualité, cette partie-là n’est pas encore gagnée. Il s’agit pourtant d’une condition sine qua non si l’on veut d’une part que les professionnels de la santé puissent travailler efficacement, d’autre part que les patients soient traités dans de bonnes conditions de sécurité.

 

Une médecine connectée

Même s’il s’agit plus d’une évolution que d’une révolution, le changement que l’on doit souhaiter est celui d’une médecine connectée. Des patients qui trouvent des informations santé de qualité sur Internet, qui échangent avec d’autres malades dans des communautés patients, qui peuvent bénéficier de téléconsultation tout en accédant à leurs propres données médicales. Pour les professionnels de la santé, cela pourrait se traduire par l’utilisation d’un dossier médical intelligent et par un accès à toutes les données concernant un patient, avec des informations qui circulent efficacement entre les différents partenaires de soins. L’idée est simple, être mieux soignés pour les patients, travailler plus efficacement pour les professionnels de la santé. Cela n’a rien de révolutionnaire.

 

Des informations sur les maladies psychiques sur Internet?

Oui, à l’adresse SantéPsy.ch. Vous y trouverez des informations sur les troubles anxieux, la dépression, les troubles bipolaires, la schizophrénie, les troubles addictifs, les troubles du comportement alimentaire et les troubles de la personnalité borderline

Il s’agit d’une excellente initiative, pour deux raisons en tout cas. Premièrement, car il n’est pas facile de parler de ses problèmes psychiques autour de soi, Internet permet donc de s’informer en toute discrétion. Deuxième raison, ce site est une vraie mine d’or pour celui qui recherche des informations ou de l’aide pour un problème psychique. Vous y trouverez par exemple des informations sur la détresse existentielle et le suicide mais aussi une présentation des principaux troubles psychiques .

« La santé mentale nous concerne tous. Une personne sur deux est touchée un jour ou l’autre dans sa santé psychique ».

Santépsy.ch est le fruit d’un partenariat entre les cantons romands, son objectif est d’offrir une information générale sur la santé psychique et de répertorier les offres d’aide et de soutien disponibles en Suisse romande.

 

Demander de l’aide

Le lien Que faire ? accessible depuis la page d’accueil donne des informations pratiques sur ce qui peut être fait lorsque l’on cherche de l’aide pour soi ou pour un proche, également pour les situations d’urgence.

 

Trouver une adresse

Il existe dans chaque canton des organisations qui peuvent vous aider en cas de problème psychique, la difficulté est de trouver celle qui correspond à votre besoin. SantéPsy.ch propose un moteur de recherche qui devrait vous faciliter la vie.

Le seul regret que l’on puisse avoir est que ce site ne propose pas un moteur de recherche pour trouver un thérapeute qui puisse prendre en charge ceux qui en ressentent le besoin.  Il serait très utile de pouvoir ainsi trouver un psychiatre, un psychologue ou un infirmier en psychiatrie, en sélectionnant idéalement sa spécialité et la région où l’on vit.

 

Des témoignages

Une rubrique « Témoignages » permet de se rappeler que derrière ces maladies, des individus souffrent. On peut en particulier lire les témoignages laissés par des adolescents qui ont séjourné suite à une crise suicidaire dans l’unité pour adolescents Malatavie des HUG :

« Mon séjour à Malatavie fût la seule occasion jusqu’ici d’enlever « mon masque » et de réfléchir sur ce qu’est la vie. Finalement elle vaut la peine d’être vécue ou du moins supportée ».

Oui, un site utile.

 

Médecine : les objets connectés sont inutiles

 

Pouvez-vous améliorer votre santé en utilisant un objet connecté, un capteur d’activité par exemple ? Si l’on regarde ce qui s’écrit sur le web et ce qui se like et se retweete sur les médias sociaux, la réponse ne fait aucun doute, les objets connectés ont déjà révolutionné la médecine. Si l’on recherche les preuves scientifiques confirmant cette hypothèse, c’est moins évident.

 

Les objets connectés dont on parle mais qui n’existent pas

Le dernier exemple en date est le soutien-gorge connecté qui détecte les cancers du sein. Une information diffusée largement par un très grand nombre de médias. Il est vrai que l’histoire est touchante : l’inventeur est un jeune mexicain de 18 ans dont la mère a souffert d’un cancer du sein. L’image de ce soutien-gorge rose diffusée partout n’est qu’une image de synthèse, ce projet n’est qu’un concept qui a (malheureusement) de grandes chances de ne jamais voir le jour.

 

Les objets connectés, commerciaux ou médicaux ?

T’as fait tes 10’000 pas ? Le capteur d’activité le plus célèbre est sans aucun doute le podomètre. Je passerai sur le fait que cette limite des 10’000 pas n’a aucune valeur scientifique. Connaître la distance que l’on parcourt chaque jour peut à l’évidence avoir un côté stimulant, pour preuve les conférences consacrées à la santé numérique où un sportif connecté vient vous expliquer à quel point la « mesure du soi » est utile et qu’en plus il a perdu 5 kilos. Génial. J’aimerais juste rappeler qu’une étude qui a inclus 471 personnes qui souhaitaient maigrir a montré qu’après 2 ans le groupe qui avait un podomètre avait perdu moins de poids que le groupe comparatif qui n’en avait pas.

J’aimerais aussi au moment où l’on réfléchit à l’utilité santé des capteurs d’activités que l’on n’oublie pas les très nombreuses personnes qui ont investi dans l’acquisition d’un tel appareil et qui après quelques semaines l’abandonnent, déçues de ne pas atteindre les 10’000 pas espérés.

 

Les objets connectés sont-ils fiables ?

Il y a évidemment autant de réponses que de capteurs. Une étude de l’Université de Stanford a par exemple montré que la plupart des capteurs mesurent la fréquence cardiaque avec précision mais que le calcul des dépenses énergétiques était très imprécis, avec des erreurs allant selon les appareils de 27 à 93 %. Dans un article publié dans la Revue Médicale Suisse, le Dr Mathias Tschopp rappelle qu’il est difficile de baser une intervention médicale sur la base de données récoltées par du matériel non certifié pour un tel usage. Les différents exemples présentés dans cet article montrent les possibilités mais aussi les limites actuelles de l’utilisation des objets connectés en médecine. L’exemple de l’analyse du sommeil pour la détection des apnées du sommeil est dans ce sens illustratif, les capteurs peuvent détecter des apnées mais au prix de nombreux faux négatifs, avec comme conséquence des examens coûteux pour des suspicions d’apnées qui n’en sont pas.

 

Big brother is watching you…

Si vous en doutez encore, lisez l’article Comment le Big Data façonne nos vies publié dans Le Temps pour vous rendre compte du nombre de données que nous créons chaque jour, le plus souvent même sans nous en rendre compte.

Nos données santé sont le plus souvent stockées à l’étranger, rendant leur contrôle d’autant plus difficile. Ce danger n’a pas échappé au Préposé fédéral à la protection des données pour qui le risque d’une perte de contrôle, et donc d’une atteinte à la protection des données, est bien réel. Un matelas pouvant servir à autre chose qu’à dormir, l’entreprise qui vous a vendu votre capteur de sommeil connait certainement la durée et la fréquence de vos ébats amoureux.

 

Des preuves scientifiques

L’utilisation médicale des objets connectés va certainement se développer. Il est pour cela indispensable que leur utilité soit prouvée par des études scientifiques. Plusieurs entreprises travaillent dans cette direction, à l’image du suisse DomoSafety qui fournit des services de détection et de surveillance à distance pour le suivi des maladies chroniques.

Mais déclarer partout que x pourcent de la population a un capteur d’activité et que les objets connectés vont révolutionner la santé ne suffit pas. Une réflexion un peu plus poussée est indispensable, qui porte en particulier sur l’utilité des mesures effectuées, que ce soit pour le patient ou pour le professionnel de la santé. Dans ce sens, une voie prometteuse est celle des objets connectés qui faciliteront la communication entre patients et professionnels de la santé.

 

Cet article attend vos critiques, je serai en particulier très heureux de découvrir des objets connectés médicaux scientifiquement utiles que je ne connais pas encore, l’objectif étant je l’espère de faire mentir le titre de cet article.

 

Vidéo. Les objets connectés, pour votre bien (4 min 42)

 

A lire aussi: Comment nous avons découvert le côté sombre des objets de fitness connectés.

A écouter:  Mesurer pour mieux soigner… #oupas. RTS, Six heures – Neuf heures, le samedi., 20 mai 2017. Antoine Droux, Martine Galland et Théo Chavaillaz

 

Dois-je vraiment arrêter de fumer?

 

Je pense que oui. Pour ce 31 mai, journée mondiale sans tabac, je vous dis pourquoi arrêter et comment le faire.

Même si en tant que médecin j’ai quelque difficulté à trouver des raisons de fumer, je suis capable d’entendre le plaisir de la première cigarette du matin ou le délice d’une dose de nicotine après un repas. Et l’immense difficulté à arrêter de fumer…

 

En fait, on risque quoi ?

Tout le monde sait que le tabac n’est pas génial pour la santé. Mais quelles sont réellement ses conséquences ? En Suisse, le tabagisme est responsable chaque année du décès prématuré de presque 9’500 personnes. Mais quelles sont en réalité les maladies provoquées par le tabac ? Essayez de lire le paragraphe suivant jusqu’au bout, ce n’est pas facile. Il est long comme une maladie chronique, grave comme la souffrance.

 

Un cow-boy impuissant ?

Le tabac favorise les maladies cardio-vasculaires, infarctus et accidents vasculaires cérébraux notamment. Les cancers, le cancer pulmonaire bien sûr mais aussi le cancer colorectal, de la gorge, des cavités nasales, de l’œsophage, des voies urinaires, du pancréas, de l’estomac, de l’utérus et du sang (oui, il y a peu d’organes épargnés), les maladies pulmonaires, notamment la bronchite chronique obstructive. Le tabagisme favorise plusieurs infections, comme la tuberculose, la pneumonie à pneumocoque, la grippe et autres infections virales respiratoires. Il double le risque de développer un diabète. Il favorise l’ostéoporose. La cigarette augmente les risques pendant la grossesse, favorise la ménopause précoce, la dysfonction érectile, elle diminue la fertilité chez l’homme et chez la femme, elle augmente les ulcères gastriques et duodénaux et les complications post-opératoires…

Savoir que le tabagisme favorise l’impuissance sexuelle modifie l’image publicitaire que l’on a du valeureux cow-boy sur son cheval au milieu du Far West.

 

La Suisse, Cuba et la Corée du Nord

N’attendez pas d’aide du monde politique pour instaurer un climat favorable à l’arrêt du tabac. La loi suisse sur les produits du tabac protège très mal la population de notre pays. Nos parlementaires fédéraux ont décidé que les intérêts économiques étaient plus importants que la santé de la population. Notre législation est la plus libérale du continent européen et ne respecte pas les exigences minimales de l’OMS. Comme Cuba et la Corée du Nord…

 

Je n’ai pas la volonté…

Combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase ? Souvent de la bouche d’une personne qui se lève à six heures du matin, s’occupe de ses enfants, travaille à plein temps et œuvre comme bénévole dans une organisation x ou y. De la volonté pour tout sauf pour le tabac ? Non, le principal problème vient du fait que la nicotine est une drogue, elle engendre une très forte dépendance. Vous pouvez d’ailleurs calculer sur Internet votre score de dépendance à la cigarette.

 

Comment arrêter ?

Fixer une date et essayer (il n’y a pas que le 1er janvier dans le calendrier !). Ne jamais se décourager et, en cas d’échec, réessayer plus tard. Et chercher de l’aide. Auprès de votre médecin, sur Internet (stop-tabac.ch) ou auprès des ligues pulmonaires.

 

A lire aussi : Loi sur les produits du tabac : un grand bravo à nos parlementaires fédéraux.

 

 

 

Les lobbies des caisses maladie payent mal les parlementaires, 1250 francs de l’heure

 

Le site Lobbywatch.ch qui se présente comme « une plateforme pour une politique transparente » a publié le 8 avril dernier un article dénonçant les liens entre le Groupe Mutuel et certains parlementaires fédéraux.

 

Des parlementaires sous influence ?

Le Groupe Mutuel a créé un « Groupe de réflexion santé » où sont invités des parlementaires fédéraux, en tout cinq conseillers nationaux et quatre conseillers aux Etats. Sur ces neufs parlementaires, huit siègent dans les commissions parlementaires de la santé. Un seul romand au sein de ce groupe, l’ex-UDC Raymond Clottu. Parmi ces neuf parlementaires, rien de moins que les deux présidents des chambres, Jürg Stahl (UDC/ZH) et Ivo Bischofberger (PDC / AI).

 

 Que font-ils ?

Ils se réunissent apparemment quatre fois par an. Mais vous ne saurez rien de plus. On peut lire sur le site lobbywatch que « le rôle exact de ce groupe de discussion n’est pas connu. Ce qui est discuté lors des réunions ne sort pas des bureaux. Il n’existe pas de rapport des comptes ni de rapport d’activités. Il n’a même aucune existence dans le rapport d’activité du Groupe Mutuel.

Ces réunions n’ont bien sûr pas pour objectif d’influencer les parlementaires, uniquement de les informer.

 

Des parlementaires mal payés

Apparemment, le seul à avoir communiqué son salaire est le Président du Conseil des Etats, Ivo Bischofberger, en 2016, le Groupe Mutuel lui a versé 4673.75 francs. D’autres témoignages évoquent la somme de 10’000 francs par an.

Si on calcule quatre séances de 2 heures, cela représente un salaire horaire qui oscille entre 584 chf et 1250 chf, pas mal payé. En réalité, je trouve que nos parlementaires sont très bon marché, entre 5’000 et 10’000 chf pour influencer les décisions politiques en matière de santé, c’est peu.

Isabelle Moret (PLR / VD) a fait un autre choix : « ces groupes d’intérêts m’intéressent car ils permettent des échanges sur des dossiers techniques, j’ai donc décidé d’y participer mais j’ai refusé d’être payée, cette rémunération me dérangerait ».

 

Un manque de transparence qui nuit à la démocratie

Une étude menée par des chercheurs des Universités de Lausanne et de Genève montre que les liens entre lobbies et parlementaires sont au fil des ans toujours plus intenses. Le socialiste Didier Berberat est cité dans un article paru dans la Tribune de Genève :

« Cela peut être utile d’être informé, mais il ne faut pas être sous influence ». Il regrette surtout l’opacité du système. « Nous devons signaler nos intérêts mais rien n’est dit sur le montant de la rémunération. Toutes les demandes qui ont été faites en ce sens ont été refusées au Parlement. Si une entreprise nous verse 100 000 francs par année, on va voter dans son intérêt ».

Des parlementaires sous influence dont notre système de santé n’a vraiment pas besoin.

 

Promotion de la santé : la fausse bonne idée d’un assureur-maladie

 

Promotion de la santé : la fausse bonne idée d’un assureur-maladie

L’assurance-maladie CSS propose de récompenser votre activité physique. Est-ce une bonne idée ? La réponse est non.

 

L’offre

On peut lire sur le site Internet de l’assureur « myStep », le système de rémunération pour les pas effectués de la part de la CSS, récompense votre activité physique. Pour chaque jour pour lequel 10’000 pas ou plus sont enregistrés sur votre compte personnel myStep, vous obtenez un avoir de CHF 0.40. Si vous avez parcouru entre 7500 et 9999 pas par jour, l’avoir est de CHF 0.20. Par année civile, il est possible de toucher une contribution de CHF 146 pour vos pas ».

Même si l’on doit a priori se réjouir de voir un assureur s’intéresser à la promotion de la santé, il s’agit je pense d’une fausse bonne idée. Explications.

 

Les 10’000 pas

Cette recommandation de l’OMS remonterait aux années 60 et n’a aucune valeur scientifique. Comme l’écrit le Figaro, « les fabricants d’objets connectés dédiés à la santé citent tous des recommandations de l’OMS pour en justifier l’usage. Avec des raccourcis souvent rapides ». Les recommandations actuelles de l’OMS sont plus élaborées et individualisent les recommandations. Pourquoi fixer comme objectif 10’000 pas à une personne en surpoids pour qui 5000 pas est déjà un réel progrès ?

Cette limite des 10’000 pas n’a donc pas de valeur scientifique, elle pourrait même être contre-productive. Comment se sentent les très nombreuses personnes qui ne parviennent pas à effectuer ces 7’500 ou ces 10’000 pas ? Déçues ? Coupables ? Dévalorisées ? Au risque pour elles de marcher encore moins après leur adhésion à ce programme.

 

La protection des données

Ce système semble quelque peu inquiéter le Préposé fédéral à la protection des données pour qui il existe des risques d’atteinte à la protection des données des assurés : « Dans leurs conditions générales de vente (CGV), de nombreux assureurs ou fournisseurs de capteurs fitness se réservent le droit de réutiliser les données de leurs clients à des fins commerciales (en les revendant à des tiers, par ex.) ». Son conseil ? « Renseignez-vous sur la nature des données personnelles qui seront enregistrées et sur la forme sous laquelle elles seront traitées. Lisez à cet égard les CGV et les dispositions relatives à la protection des données ».

Ce que chacun de nous fait bien sûr systématiquement.

 

10’000 pour 40 centimes ?

Pour moi, 10’000 pas représentent  1 heure et vingt minutes de marche. Si vous souhaitez marcher, faites-le pour votre santé, pas pour 40 centimes. Et si 146 francs par an représentent un montant conséquent pour votre budget, changez plutôt d’assurance.

 

Utile ?

Ne confondons pas outil et résultat. Même si, n’en déplaise à Churchill, l’activité physique est utile en elle-même, il est tout de même intéressant de se pencher sur les travaux qui ont analysé l’impact des capteurs d’activité sur la santé, sur le poids en particulier. Une étude d’une durée de 24 mois publiée dans le journal médical JAMA arrive à la conclusion que la perte pondérale était plus faible dans le groupe qui a utilisé un capteur d’activité. Oui, surprenant.

 

Une sélection des risques ?

Dans ce pays étrange où le même assureur peut proposer une assurance sociale (LaMal) et une assurance privée (une complémentaire), le programme de la CSS aurait-il comme objectif caché de sélectionner les bons risques ? On peut bien sûr le craindre.

 

Laisser la promotion de la santé à ceux dont c’est le métier

Je me réjouis bien sûr de voir un assureur proposer à ses affiliés de nouveaux services, surtout relatifs à la promotion de la santé. Mais il faut laisser ce travail aux professionnels de la santé. Les changements de comportement sont des processus complexes et l’équation capteur d’activité égal meilleure santé est définitivement trop simpliste.

Merci aux assureurs qui ont de l’argent à investir pour la promotion de la santé de le donner aux institutions santé dont c’est le métier. Et pour ceux d’entre vous qui souhaitent marcher pour leur santé, faites-le pour vous, pas pour 40 centimes.

 

Santé : « Je sais, je ne devrais pas aller sur Internet…. »

 

Mais d’où vient cette idée que les patients ne doivent pas utiliser Internet pour y chercher des informations santé? Si quelqu’un a une réponse, je suis intéressé.

Les enquêtes réalisées en Suisse et à l’étranger nous apprennent que plus de 60 % des personnes interrogées disent utiliser Internet à des fins médicales. Cela fait tout de même pour la Suisse 4.8 millions de personnes qui font des recherches tout en étant convaincues qu’elles ne devraient pas…

 

Les sites de santé, pièges pour anxieux ou outil de démocratie sanitaire ? 

Il y a d’une part ceux qui pensent que le web permet au patient de mieux comprendre sa maladie, d’être plus actif et, en s’émancipant de l’autorité du corps médical, de définir ses propres choix face à la maladie. A l’opposé, ceux qui estiment que les informations santé retrouvées sur le net souvent mauvaises, commerciales et anxiogènes ; et que de toute façon les patients n’ont pas les compétences pour les comprendre.

 

Internet, utile ou dangereux ?

Pour être sincère, la littérature médicale nous dit tout et son contraire. Petit florilège : cette étude consacrée à l’utilisation d’Internet avant une consultation en pédiatrie qui nous dit que les parents ne sont ni mieux informés, ni plus inquiets (pour les patients à la recherche d’informations de qualité, je vous conseille monenfantestmalade.ch). Cette deuxième étude à propos de la qualité des informations sur la prise de poids pendant la grossesse montre elle que les recommandations sont essentiellement commerciales. Une troisième étude nous confirme que les recherches santé sur Internet peuvent augmenter l’anxiété (oui, il est possible de passer d’un simple mal de tête à une tumeur cérébrale en quelques clics). Enfin, cette dernière étude qui porte sur le grave sujet du suicide et des auto-mutilations nous apprend qu’Internet est à la fois utile et dangereux. Utile car on y trouve des sites de prévention et de soutien, dangereux car on peut aussi dénicher des conseils pour s’auto-mutiler ou porter atteinte à ses jours.

Ces résultats hétérogènes peuvent paraître surprenants, ils reflètent simplement le nombre infini de situations possibles : l’utilité d’une recherche santé dépend de la pathologie étudiée, mais aussi des compétences de l’internaute et surtout des sites utilisés.

A la lecture de cette diversité, une conclusion s’impose  : il est impératif de former le grand public à l’utilisation de l’Internet médical, à la fois pour sensibiliser les patients que nous sommes tous aux dangers du web santé mais aussi pour les diriger vers des sites de qualité (pour en savoir plus, lisez l’article Comment trouver une information médicale de qualité sur Internet ? publié précédemment sur ce blog).

 

Allez sur Internet !

Internet permet de combattre l’asymétrie d’accès à l’information qui existait avant l’existence du web, le savoir médical n’est plus la seule propriété du professionnel de la santé. Ce nouveau paradigme permet au patient d’acquérir les informations nécessaires à la prise en charge de sa santé ; c’est aussi le meilleur moyen de faire évoluer la relation médecin – patient vers un réel partenariat. Cet accès à la connaissance est nécessaire dans de nombreuses situations, en particulier pour les maladies chroniques, pour les maladies graves et pour les maladies rares (pour trouver des informations sur les maladies rares, consultez www.info-maladies-rares.ch). Internet doit cependant rester pour le patient une source d’information, et non pas de diagnostic. Allez sur Internet ! Les patients les plus engagés dans les processus de soins, les mieux informés, sont ceux qui ont les meilleurs résultats cliniques.

 

L’avis d’une patiente

Si les arguments théoriques présentés jusqu’ici ne vous ont pas convaincu, lisez sur le blog Suis(s)ePatiente de Christine Bienvenu l’article On trouve de tout et n’importe quoi sur Internet… Elle y parle de sa propre expérience et donne des conseils aux patients et aux soignants. A lire absolument.