Accéder à ses données médicales, depuis n’importe où, n’importe quand ?

Pourquoi peut-on accéder à nos données bancaires en ligne et pas à nos données médicales ?

Actuellement, vos données médicales sont stockées chez les différents professionnels de la santé qui vous ont soigné mais vous n’y avez vous pas accès. Ne devrait-on pas pouvoir accéder à nos informations médicales en ligne, comme on le fait pour nos comptes bancaires ?

Si votre médecin est absent

Il parait tout de même assez évident qu’il serait utile de pouvoir accéder à votre dossier médical si vous avez besoin de soins et que votre médecin est absent.  Votre médecin traitant ne travaille pas 24 heures sur 24, son cabinet est fermé le week-end et, en plus, il prend parfois des vacances. Si vous devez durant ces moments-là consulter en urgence, le professionnel de la santé qui vous prendra en charge ne connaitra pas vos problèmes de santé, vos traitements et vos résultats d’analyses. Est-ce encore acceptable en 2019 ?

Mieux soignés

Les études nous montrent aussi que les patients qui accèdent à leurs données médicales, par exemple à la liste de leurs diagnostics et aux rapports des spécialistes consultés, comprennent mieux leurs maladies, suivent mieux leurs traitements et sont mieux soignés. Accéder à ses données permet au citoyen d’être plus actif dans la prise en charge de sa santé.

Au-delà des données, les services

Si l’on s’inspire de ce que proposent de nombreux établissements de santé à l’étranger, aux Etats-Unis en particulier, les dossiers médicaux en ligne ne donnent pas seulement accès à vos données médicales, ils proposent en plus toute une série de services: la possibilité de prendre rendez-vous chez les professionnels de la santé qui vous soignent, un système de rappel qui vous alerte lorsque le prochain rendez-vous approche, la possibilité de faire renouveler vos ordonnances mais aussi de contacter votre médecin par courrier électronique.

Un dossier “médical” ou un dossier “santé” 

Le réel objectif ne devrait en réalité pas être un dossier médical mais un dossier santé. Formulé autrement, votre dossier ne devrait pas se limiter à lister vos diagnostics, vos traitements et vos allergies, il devrait vous aider à rester en forme. Cela pourrait prendre la forme d’un simple courriel qui vous rappelle qu’il est temps d’effectuer un examen de dépistage ou, autre exemple, de vous permettre de trouver dans votre région la liste des spécialistes qui pourront vous aider à stopper votre tabagisme. L’idée est somme toute simple, transformer un dossier médical orienté « maladies » vers un dossier « santé » qui vous aide à rester en forme.

De nouveaux métiers

Actuellement, les données médicales sont dispersées, certaines chez votre médecin traitant, d’autres à l’hôpital, d’autres encore dans votre pharmacie et à mille autres endroits. Ces données ne sont le plus souvent pas structurées, elles ne sont constituées que de textes et de chiffres. Un travail humain est donc nécessaire pour récupérer ces données médicales et les présenter dans un dossier médical que chaque citoyen pourra consulter en ligne. Il faut confier ce travail de récupération et de valorisation de vos données à des spécialistes de la gestion des données de santé, de nouveaux métiers doivent être créés.

Patient acteur

Vous pourriez ainsi, en quelques clics seulement, accéder à vos données médicales, à des conseils santé et à différents services : un tableau de bord qui vous permettrait, de « piloter » votre santé. Cet outil serait évidemment aussi bien utile aux professionnels de la santé qui vous soignent, ils auraient accès en permanence à vos données médicales complètes, mises à jour en permanence.

Intéressé(e) ?

 

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Notre système de santé doit être réinventé

Notre système de santé est complètement dépassé. Je dis parfois, en exagérant un peu, qu’à part les patients et les professionnels de la santé, tout pourrait être changé. Il est vrai que de se plaindre de l’offre de soins proposée dans notre pays, si on le compare à ce qui existe dans des endroits moins favorisés de la planète, peut paraître indécent. Il n’en reste pas moins que de profonds changements seront nécessaires si l’on espère pouvoir faire face aux défis qui attendent notre système de santé.

Un système fragmenté

Le monde de la santé fonctionne encore comme il y a 100 ans, lorsque la médecine n’était constituée que de rares soins aigus, le patient allait chez le médecin pour une grippe et y retournait l’année suivante pour soigner une blessure. Entre ces deux épisodes, il ne se passait rien.  Ce système qui fonctionnait pour des problèmes médicaux simples ne répond plus aux défis actuels, en particulier pour la prise en charge des patients souffrant de maladies chroniques. S’ils ont la mauvaise idée de souffrir de plusieurs maladies simultanément, c’est pire encore.

Ce système qui a déjà atteint ses limites risque d’imploser avec la quantité grandissante de données générée pour chaque patient, les informations que vous transmettez à votre médecin mais aussi les rapports des spécialistes consultés, les résultats d’analyses de laboratoire et bientôt les données génétiques.

Une offre globale

La complexité grandissante de la médecine nécessite d’abandonner un système fait de différents prestataires de soins qui communiquent plus ou moins bien entre eux en faveur d’un système intégré. L’unité ne doit plus être l’individu, le médecin, le spécialiste, l’infirmier et le pharmacien mais une structure qui les regroupe tous.

La porte d’entrée à ce système doit être constitué de centres de proximité où les patients peuvent se rendre en cas de besoin mais qu’ils peuvent aussi contacter à distance, téléphone ou vidéo, lorsque le contact physique avec le professionnel de la santé n’est pas nécessaire. Ce mariage de la médecine traditionnelle qui s’effectue dans un lieu physique donné complété par des soins à distance rendra le système plus efficient mais permettra aussi une meilleure orientation des patients.

Le patient devra aussi bien sûr pouvoir accéder à ses données santé, pour connaître et comprendre ses problèmes de santé, pour pouvoir prendre rendez-vous, faire renouveler ses ordonnances ou recevoir des conseils santé adaptés à sa situation médicale.

Il faut aussi passer du tout curatif à une offre qui donne une réelle place à la prévention. Même si la formule est facile, il ne faut plus réfléchir maladie mais santé.

Pour qui, par qui ?

Pour diriger les changements à venir, la voie à suivre est double, il faut penser aux patients mais aussi aux professionnels de la santé. L’intégration des patients dans les choix futurs est une garantie que les innovations iront dans la bonne direction. Comme déjà mentionné dans d’autres articles de ce blog, il ne faut plus faire pour les patients mais avec eux. Même si, comme l’écrit avec pertinence Bertrand Kiefer, le rédacteur en chef de la Revue médicale suisse, il est difficile de savoir qui sont exactement ces patients et comment choisir ceux qui auront le droit à la parole.

L’autre acteur à ne pas oublier est le professionnel de la santé. Si l’on veut qu’il soit capable de soigner, de conseiller et d’accompagner, il faut que son travail garde son sens. Pour lui aussi la médecine est toujours plus complexe, plus rapide, plus technologique, il faut qu’il puisse continuer à soigner l’individu unique qui se cache derrière chaque patient.

 

 

 

Vers une médecine plus efficace grâce aux patients ?

« Au Canada, l’hôpital à l’écoute des patients pour améliorer les soins ». Ce titre d’un article publié récemment sur le site Pourquoidocteur.fr a attiré mon attention.

On peut y lire : « D’après une nouvelle étude menée au Canada, demander aux patients de rapporter leur expérience dans les hôpitaux pourrait grandement aider à améliorer la qualité des soins ».

Cet article fait référence à une recherche publiée dans le Canadian Journal of Cardiology où des patients opérés du cœur ont été interviewés,  l’objectif était d’améliorer la qualité des soins en tenant compte de leurs besoins.

Avait-on vraiment besoin d’une étude pour arriver à cette conclusion ?

Je pense que non. Cette étude est cependant intéressante pour deux raisons en tout cas. La première est bien sûr que d’être convaincu d’une croyance est bien, en avoir la conformation dans une étude est mieux. La deuxième raison est de découvrir qu’il existe dans cet hôpital de l’Alberta une réelle conscience de la valeur de l’avis des patients.

Même si je pense que la grande majorité d’entre nous est d’accord pour dire que l’expérience patient est essentielle pour améliorer notre système de santé, force est de constater que peu de choses sont mises en place pour recueillir l’avis des patients dans notre pays.

Vers une co-construction

L’objectif n’est pas simplement de demander aux patients de remplir un questionnaire de satisfaction lors de leur sortie de l’hôpital, mais de mettre en place un système qui permette une réelle implication des patients.

Des chercheurs de l’Université de Toronto ont analysé toutes les études publiées sur le lien entre l’intégration des patients et l’amélioration de la qualité des soins. Ils ont identifié quarante-huit études sur ce sujet. Leurs conclusions ? Le niveau d’engagement influe sur les résultats : un engagement faible (un simple questionnaire donné aux patients) a un faible impact, les engagements plus importants (co-conception, partenariat) peuvent eux aboutir à des modifications importantes du système de santé.

Des initiatives existent

Même si elles sont encore rares, des initiatives existent : les Hôpitaux universitaires de Genève ont lancé un programme « Patients partenaires » avec l’objectif justement d’améliorer la qualité des soins. On peut lire sur le site des HUG « cette évolution implique un repositionnement des rôles : le patient sait mieux que personne quels sont ses symptômes et comment il les vit. Son regard sur l’hôpital et ses prestations est celui du client. On ne peut le soigner et progresser qu’avec lui. Le professionnel, de son côté, ne décide plus tout seul, mais cherche davantage à collaborer avec le patient ».

Une belle initiative qu’il faudra suivre pour en mesurer les réelles conséquences.

Un changement culturel

Notre système de santé fait face à un certain nombre de défis auquel il faudra répondre par des changements multiples, humains, technologiques et organisationnels. Ces changements ne seront utiles que s’ils intègrent les besoins et les attentes des patients. Il ne faut plus faire « pour les patients » mais avec eux. Cela nécessite un profond changement au sein de notre système de santé.

 

A lire aussi sur ce sujet :

  • Sur ce blog : Le médecin décide, le patient obéit, sur la relation médecin patient et plus particulièrement sur la nécessité d’évoluer vers une relation de partenariat.
  • Sur le site de la Revue médicale suisse : Patients : sujets avant d’être partenaires, écrit par Béatrice Schaad, Céline Bourquin, Francesco Panese et Friedrich Stiefel. On peut y lire : les patients, leurs proches comme les professionnels de la santé souffrent d’un processus de dé-subjectivisation alimenté par la place grandissante des technologies et la standardisation des prises en charge. Ils éprouvent d’abord le besoin d’être reconnus comme des sujets avant de pouvoir envisager de devenir des partenaires. Un éclairage essentiel.
  • Sur le site du Figaro santé, Vers une médecine plus efficace grâce aux patients. A lire absolument. En espérant que son auteur me pardonne d’avoir copié le titre de son article.

 

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Envoyer les rapports médicaux aux patients plutôt qu’aux médecins ?

« Les spécialistes ne devraient à l’avenir plus envoyer leurs rapports aux généralistes mais directement aux patients, le généraliste ne recevant lui qu’une copie de ce courrier ». Cette proposition émane de la très sérieuse Academy of Medical Royal Colleges, une organisation qui représente pas moins de 250’000 médecins en Grande-Bretagne.

« Ecrivez-moi ! »

Cette proposition est présentée et expliquée dans un document intitulé «Please, write to me». On peut y lire :

« Ces lignes directrices devraient aider et encourager les médecins à écrire la plupart de leurs lettres directement aux patients, le médecin généraliste recevant lui une copie du courrier ».

Les auteurs de ces recommandations précisent qu’une telle démarche implique de former les médecins et que cela devrait déjà être fait durant leur formation. Ces directives contiennent des conseils précis : écrire au patient bien sûr mais aussi rédiger un courrier clair, informatif et compréhensible (en bannissant le jargon médical). Ce document doit aussi contenir des propositions et un plan de traitement, utiles à la fois au patient et au généraliste.

Pourquoi écrire aux patients ?

Les auteurs de ce document rappellent que les règles du NHS (National Health service, le service de santé publique anglais) précisent que le patient, sa famille et son entourage doivent être informés sur tout ce qui concerne les mesures préventives, diagnostiques et thérapeutiques le concernant, lui adresser à lui directement les rapports médicaux va donc dans cette direction.

L’Academy of Medical Royal Colleges présente aussi plusieurs études qui montrent que l’envoi des courriers aux patients a un impact positif 1, 2  et que cela permet aux médecins qui ont adopté cette nouvelle façon de communiquer d’exercer une médecine qui est plus centrée sur le patient.

Il est aussi très intéressant de lire les commentaires des patients qui ont pu vivre cette expérience :

« Après une consultation, lorsque on arrive à la maison, on a déjà presque tout oublié de ce que le médecin nous  a dit. Recevoir une lettre permet de mieux comprendre sa maladie et savoir ce qui peut être fait pour aller mieux ».

Cette affirmation a été démontrée par des études qui indiquent qu’entre 40 et 80 % de l’information délivrée par le personnel médical est immédiatement oubliée par le patient et que près de la moitié de l’information retenue est incorrecte.

Les commentaires des patients montrent aussi que la possibilité pour le patient de lire le courrier permet des corrections :

« Je ne prends plus la Pravastatin comme indiqué mais de la Simvastatin ». Ou encore : « Il manque deux médicaments dans la liste de mon traitement… ».

Pour le Dr Hugh Rayner, un médecin impliqué dans cette initiative, « écrire au patient plutôt qu’à son sujet modifie la relation entre  le médecin et son patient, le patient est plus impliqué dans sa prise en charge et cela apporte toutes sortes d’avantages ».

A l’heure où se développe partout dans le monde le « Dossier électronique du patient »,  il serait tout de même utile que les documents qui s’y trouvent puissent être lus et compris par les principaux intéressés.

Et en Suisse ?

Les médecins qui envoient une copie de leur courrier au patient sont minoritaires mais ce phénomène va en grandissant. Il n’existe par contre à ma connaissance aucune initiative qui propose d’écrire directement au patient. Une pratique qui pourrait d’ailleurs s’étendre au-delà des courriers entre spécialistes et généralistes…

S’adresser au patient plutôt qu’à son médecin ? La preuve que la médecine centrée sur le patient n’est pas qu’un slogan.

 

  1. Baker DL, Eash T, Schuette JL, Uhlmann WR. Guidelines for writing letters to patients. J Genet Couns. 2002 Oct;11(5):399-418. doi: 10.1023/A:1016841731426.
  2. O’Reillx M, Cahill MR, Perry IJ. Writing to patients: a randomised controlled trial. Clin Med (Lond). 2006 Mar-Apr;6(2):178-82.

 

Mes remerciements à Philippe Galipon (@p_galipon) et à Philippe Ameline (@p_ameline) qui m’ont permis de découvrir ce document.

 

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« Consulter Google avant de voir un médecin serait tout de même une bonne idée »

Très intéressante conclusion que celle des auteurs d’une étude qui vient d’être publiée dans le Medical Journal of Australia : l’utilisation de Google avant un passage aux urgences aurait un impact positif sur la consultation.

Google, oui ou non ?

Dans un autre article de ce blog, j’ai expliqué comment trouver une information médicale de qualité sur Internet. Un des conseils donnés est d’utiliser des sites médicaux plutôt qu’un moteur de recherche, l’utilisation de Google aboutissant souvent à des résultats décevants. Même si sur le fond je ne change pas d’avis, cette publication montre que l’utilisation de Google peut malgré tout avoir un impact positif.

Le sondage, effectué auprès de 400 patients adultes dans deux centres d’urgences australiens, avait comme objectifs de connaître la fréquence d’utilisation d’Internet avant leur venue aux urgences et son impact sur la relation médecin – patient, et sur le suivi du traitement.

La crainte que l’on aurait pu avoir est que ces patients informés soient plus méfiants envers les médecins et que cela ait un impact négatif sur la consultation, les résultats montrent justement le contraire.

Un impact globalement positif sur la consultation

Sur ces 400 patients, 190 ont indiqué avoir fait des recherches en ligne avant de venir aux urgences. La majorité des recherches ont été effectués sur smartphones (76 %), le plus souvent en utilisant Google. Sur ces 190 cyberpatients, 150 ont indiqué que leurs recherches leur ont permis de mieux communiquer avec le médecin. Les patients ont déclaré être capables de poser des questions plus précises, de pouvoir mieux échanger avec le professionnel mais aussi de mieux comprendre ce qui leur était expliqué.

Le fait d’avoir effectué une recherche sur Internet n’a pas diminué la confiance du patient dans le diagnostic posé par le médecin et n’a pas diminué son choix de suivre le traitement proposé. Le seul impact négatif est l’anxiété plus élevée observée chez ces patients informés, un élément qui doit être connu des professionnels.

Dr Google ?

Non, Google ne mérite toujours pas le titre de « docteur » comme on le lit trop souvent, Internet doit si possible rester pour les patients une source d’information et non de diagnostic.

Je rejoins cependant les conclusions des auteurs de cette recherche : les médecins doivent désormais être prêts à parler avec leurs patients des recherches qu’ils ont effectuées avant de consulter, d’une façon non culpabilisante. Les patients leur en seront reconnaissants.

 

Articles liés déjà publiés sur ce blog :

 

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Pour faire baisser les coûts de la santé, contestez les factures de votre médecin !

 

J’ai peut-être (enfin) trouvé une solution pour faire diminuer les coûts de la santé : contester les factures de votre médecin et de votre hôpital.

Les factures que l’on vous demande de payer sont-elles correctes ? Avez-vous la possibilité de les vérifier ? Si vous détectez une erreur, pouvez-vous la faire corriger ?

 

Un patient, trois histoires

Un de mes patients m’a raconté la mésaventure vécue avec son dermatologue. Comptable de profession, il a l’habitude de vérifier les factures qu’il reçoit. Ayant constaté qu’une prestation non effectuée avait été facturée, il a demandé des explications à son dermatologue. Réponse du spécialiste ? « Venez chercher votre dossier, je ne vous recevrai plus à ma consultation ».

Fort de cette expérience, il m’a demandé de vérifier les honoraires de deux autres médecins consultés plus tôt dans l’année. Les factures qu’il avait reçues étaient toutes deux trop élevées.

La première facture concernait un examen de dépistage. Comme mon patient n’avait aucune plainte à signaler, la discussion qui avait précédé l’examen avait duré moins de cinq minutes. Sur la facture reçue, les vingt minutes facturées représentent une surfacturation d’environ 50 francs. Si cette erreur est répétée six ou huit fois par jour, cela représente en fin de journée 300 à 400 francs. Je vous laisse faire le calcul du montant facturé en trop en fin d’année.

Pour ce qui est de la deuxième facture, il ne s’agit pas de temps comptabilisé en trop mais de prestations facturées qui n’ont pas été effectuées. Sur les 334.85 francs de sa facture, 109.75 représentent un geste jamais effectué, une surfacturation excessive de 33 %.

 

Pourquoi ?

Il n’est pas exclu qu’une petite minorité de médecins, jugeant qu’ils ne sont pas assez payés, surfacturent volontairement. Mon sentiment, et mon espoir, est cependant que la grande majorité de ceux qui facturent trop ne le font pas de façon volontaire.

Mon hypothèse est la suivante : leurs factures sont excessives car les médecins ne facturent pas eux-mêmes. Leurs assistantes médicales facturent à leur place, les factures ne contiennent donc pas le temps réellement consacré au patient ni les prestations effectuées. A la demande des médecins, les assistantes enregistrent des « paquets » de prestations, prédéfinis à l’avance, qui correspondent à des consultations types, sans tenir compte du travail réellement réalisé. J’ai l’impression que ce mécanisme explique les deux factures excessives de mon patient – comptable.

 

Comment contrôler une facture ?

On trouve sur le blog « Madame santé » de Santésuisse l’article Facture du médecin : un vrai casse-tête – Le Tarmed démystifié. On nous y présente les différents éléments qui constituent une facture mais cela ne rend toujours pas les factures lisibles.

L’organisation suisse des patients liste dans son guide la boussole du patient les questions à se poser : les dates et le nombre de consultations sont-ils corrects ? Les médicaments et/ou le matériel facturés ont-ils bien été donnés ou utilisés ? Les prestations facturées ont elles bien été fournies ? Les temps facturés sont-ils justes ? Ces conseils sont pertinents mais vous verrez lors de la lecture de votre prochaine facture que l’analyse des honoraires de votre médecin reste un exercice difficile, décourageant. Les factures hospitalières étant certainement encore plus opaques que les honoraires des professionnels de la santé du secteur ambulatoire.

 

Mission impossible ?

Première étape, réussir à analyser sa facture. Quel pourcentage de la population vérifie les factures reçues ? Je n’en sais rien mais le chiffre ne doit pas être très élevé.

Deuxième étape, se décider à contester la facture. Pas toujours simple, surtout si vous pensez avoir encore à l’avenir besoin des soins du professionnel concerné.

Troisième étape, se faire entendre. Plusieurs de mes patients m’ont raconté avoir signalé à leur assurance des prestations facturées mais non effectuées. La réponse de l’assurance ? « On ne peut rien faire ».

 

Un système à réinventer

Contester une facture médicale est possible mais définitivement trop compliquée. Une situation que l’on peut regretter, si les factures étaient plus souvent contestées, les médecins et les hôpitaux feraient plus attention lors de l’élaboration de leurs honoraires. Avec, à la clé, des économies importantes pour notre système de santé.

 

Vos réactions et commentaires m’intéressent.

 

Réinventer la santé en 48 heures?

 

Le monde de la santé a besoin de se réinventer, le numérique est un des moyens pour y parvenir.

L’idée est simple, réunir le temps d’un week-end des professionnels de la santé, des patients, des développeurs et des designers autour de problématiques concrètes de santé. Ce mouvement qui porte le nom de Hacking Health  est organisé dans plusieurs villes du monde, son objectif est de faire émerger des solutions concrètes et innovantes en associant les compétences des professionnels de santé et des développeurs dans un cadre informel et propice à la création.

Sierre, capitale de la eSanté

Le prochain Arkathon Hacking Health Valais se déroulera au TechnoArk de Sierre du 7 au 9 avril 2017. Les défis à résoudre proviennent du terrain, ils sont déposés par des établissements de santé publique ou privée, des associations de patients ou de prévention de la santé. En face, pour concevoir des solutions, des développeurs, des programmeurs, des codeurs,  des designers, des professionnels de la santé, bref des cerveaux qui veulent créer la santé de demain.

Quels sont les défis à relever ?

En 2016, c’est un projet de stéthoscope connecté à un smartphone qui a remporté le prix principal de 25’000 chf, le coup de cœur du jury récompensant lui de 10’000 chf le projet MeasureMe dont l’objectif était d’estimer le poids et la taille d’un individu grâce à une photo.

L’édition 2017 s’annonce riche et variée. Du défi  C’est quoi cette pilule qui imagine une application mobile permettant d’identifier un médicament sur la base d’une simple photo à ChatOp, solution interactive de suivi pré et post-opératoire en chirurgie ambulatoire basée sur des dialogues automatisés entre l’hôpital et le patient en passant par une application incitant des personnes âgées à prendre soin de leur santé , ce ne sont pas moins de 25 défis qui seront proposés aux développeurs.

Y participer ?

Il y a naturellement deux manières de participer, la première en proposant un défi, la seconde en intégrant une équipe qui travaillera à résoudre un des défis proposés.

Le principe du défi est de présenter une problématique liée à des enjeux de santé susceptible d’être résolue, ou du moins en partie, par une approche technologique, logicielle ou matérielle. Les compétences recherchées pour « réinventer la santé en 48 heures » sont nombreuses : développeurs, designers, programmeurs, informaticiens ou professionnels de santé. Intéressé ? Vous trouverez toutes les informations sur le site de Arkathon Hacking Health Valais 2017.

 

Découvrez l’ambiance de Arkathon Hacking Health Valais avec ces images de l’édition 2016

Vous vivrez plus longtemps si votre médecin est une femme…

 

Et si c’était vrai? Une étude publiée dans le très sérieux Jama Internal Medicine vient justement de répondre à cette question…

 

Les Hommes viennent de Mars, les Femmes de Vénus 

Est-ce que les hommes médecins et les femmes médecins soignent différemment? Si oui, est-ce que cette différence a des répercussions mesurables sur la santé des patients?

Des recherches réalisées par le passé avaient effectivement déjà montré que les médecins hommes et les médecins femmes travaillaient différemment, en mettant  en particulier en évidence le fait que les femmes suivaient avec plus d’assiduité les recommandations médicales. L’équipe qui a mené cette nouvelle étude a  cette fois voulu savoir si cette différence avait des répercussions sur la santé des patients, notamment sur leur mortalité.

 

Plus de morts ?

L’étude a porté sur  1.5 millions de patients du système américain Medicare, le système d’assurance-santé géré par le gouvernement des États-Unis et  au bénéfice des personnes de plus de 65 ans. L’âge moyen de la population étudiée était élevée, 80.2 ans. Les auteurs ont mesuré la mortalité à 30 jours ainsi que le taux de réadmission.

Les résultats montrent que la mortalité à 30 jours a été  plus faible lorsque les patients ont été traités par des femmes médecins, 11.07 % contre 11.49%, ce qui représente un mort de plus pour les hommes médecins pour chaque tranche de 233 patients traités. Pour ce qui est du taux de réadmission, les résultats étaient aussi en faveur du sexe dit faible, pour utiliser une expression définitivement stupide : 15.02% pour les femmes, 15.57% pour les hommes. Cette faible différence de pourcentage indique une réadmission  supplémentaire chez les hommes médecins pour chaque tranche de 182 patients traités.

 

Changer de médecin ?

Si vous êtes suivi par un homme, devez-vous changer de médecin? Certainement pas, les hommes médecins ont certainement d’autres qualités, non mesurées dans cette étude. Enfin, peut-être.

Plus sérieusement, qu’est-ce qui définit un « bon » médecin ? Une question complexe. Cela doit en tout cas être quelqu’un en qui vous avez confiance, quelqu’un qui vous écoute.  Un homme ou une femme.

 

Et si votre hôpital était piraté?

Les médecins connaissent depuis longtemps les virus vivants, ils découvrent désormais les virus informatiques.

Des hôpitaux paralysés

Des hôpitaux bloqués par des logiciels pour  obtenir  une rançon? Les exemples se multiplient. En février 2016, des hackers ont pris le contrôle d’un hôpital californien grâce à la présence sur un ordinateur d’un malware, un logiciel malveillant. Durant dix jours, l’hôpital a été totalement paralysé. Le personnel n’avait non seulement plus accès à internet mais surtout aux dossiers médicaux des patients, aux fiches d’admissions et autres documents administratifs. Le paiement d’une rançon a permis le retour à la normale.

Début novembre 2016, un article du journal Le Monde relatait la mésaventure de quatre hôpitaux britanniques paralysés plusieurs jours par un virus informatique: « Toutes les opérations non vitales ont été annulées durant quatre jours. Les accouchements prévus dans l’hôpital ont été redirigés vers d’autres hôpitaux de la région. Les systèmes de gestion des analyses sanguines, l’accès aux dossiers des patients et le fichier de la banque du sang étaient inaccessibles, rendant les opérations extrêmement complexes ».

Les hôpitaux peuvent-ils ne pas payer?  Les hôpitaux américains qui ont tenté l’expérience ont retrouvés les dossiers médicaux de 655’000 de leurs patients à vendre sur Internet…

Un problème fréquent

Aux Etats-Unis, toute entreprise ayant subi un vol important de données médicales doit le déclarer publiquement. La publication de ces vols sur un site du département américain de la santé nous apprend qu’au minimum deux fois par semaine des données de plus de 500 patients sont volées, mais ces vols touchent aussi  parfois des centaines de milliers voire des millions de patients.

Inquiétant.

En Suisse aussi

Un article de décembre 2016 du Bulletin des médecins suisses était précisément consacré à ce sujet des « logiciels de rançon ».   On y découvre la mésaventure d’une clinique psychiatrique qui a vu son système informatique paralysé par une fausse candidature envoyée par e-mail, le document attaché n’était pas le CV annoncé mais un cheval de Troie.

L’expert de la Centrale d’enre­gistrement et d’analyse pour la sûreté de l’information (MELANI) de la Confé­dération interviewé dans cet article déclare « qu’au cours des derniers mois, le nombre de victimes des logiciels de chantage en Suisse a forte­ment augmenté. Ce ne sont désormais plus seulement les utilisateurs privés qui sont visés par ces attaques, mais de plus en plus de petites et moyennes entre­prises (PME) principalement dans le secteur de la santé (hôpitaux) ».

Les implants médicaux, futurs cibles

La vulnérabilité du monde médical ne se limite malheureusement pas à ses institutions, les implants médicaux constituant aussi une menace. A l’heure où l’Internet des objets prend une place grandissante dans le monde de la santé, on doit pouvoir garantir aux porteurs d’un stimulateur cardiaque, d’une pompe à insuline ou d’électrodes pour la stimulation cérébrale profonde une sécurité absolue. A l’automne 2016, le laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson est entré en contact avec 114 000 patients aux Etats-Unis et au Canada afin de corriger une faille de sécurité  sur l’un de ses modèles de pompe à insuline. Son boîtier de contrôle présentait en effet une vulnérabilité qui, si elle était exploitée, permettait d’injecter une dose d’insuline potentiellement mortelle pour son porteur.

Tout stopper ?

Ces craintes ne doivent bien sûr pas stopper le développement de l’informatique dans le monde de la santé mais des garanties de sécurité devront être données aux professionnels de la santé et aux patients si l’on souhaite qu’ils acceptent  cette digitalisation de la santé.

 

L’Hollywood presbyterian medical center, l’hôpital californien piraté

Rendre les blouses d’hôpital plus gaies?

Etre hospitalisé, c’est une double souffrance. La première, c’est bien sûr la raison qui vous amène à l’hôpital. La seconde, c’est de devoir porter une blouse d’hôpital. Certainement fonctionnelles, elles sont monotones et, avec leur ouverture à l’arrière, pas vraiment sexy. Tout le monde n’a pas un fessier de top modèle.

 

Les patients se révoltent

En France, des patients énervés de voir leur pudeur bafouée à chaque fois qu’ils se rendaient à l’hôpital, ont décidé de se faire entendre et de dénoncer cette pratique de la blouse d’hôpital, ouverte dans le dos et qui doit se porter nu :

« La même blouse pour tous. Que ce soit pour une hospitalisation longue ou courte, que le patient ait 25 ans ou 85 ans, qu’il pèse 50 ou 150 kg, la blouse est la même pour tous. Uniforme, unisexe, elle s’enfile par les bras et s’attache dans le dos par 4 pressions ou un lacet, qui sont loin de cacher l’anatomie des patients ».

 

Se déplacer avec une blouse d’hôpital…

Farfadoc, un médecin généraliste français parle sur son blog de sa propre expérience de malade, elle y expose les différentes options lorsque l’on veut se déplacer :

  • Option 1 : on montre ses fesses à son voisin de chambre et à tous ceux qu’on peut croiser dans le couloir en allant demander un renseignement à la salle de soin, remplir sa carafe d’eau ou juste se dégourdir les jambes.
  • Option 2 : on se contorsionne pour tenir d’une main le bas de sa blouse au niveau des fesses quand on se déplace.

Un conseil : dès que les soins qui vous sont prodigués ne nécessiteront plus l’utilisation de votre blouse d’hôpital, enfilez plutôt vos propres vêtements. Vous irez tout de suite mieux.

 

Une belle idée

Pour les adolescents hospitalisés, la situation est encore pire. Même si les modes évoluent sans cesse, le look « blouse d’hôpital » n’a pour l’instant pas la côte. Pourquoi ne pas réinventer la blouse d’hôpital ? C’est en réalité ce qu’a fait la branche canadienne de la Starlight Children’s Foundation, une association qui a pour but d’améliorer le quotidien des enfants et des adolescents hospitalisés. Elle a fait appels à quelques designers afin de réaliser des blouses d’hôpital pour le moins uniques. Ce projet, baptisé Ward+Robes, a été lancé dans un hôpital de l’Ontario, au Canada. Ses initiateurs espèrent développer le projet dans tout le Canada, voire, dans le monde entier.

Pour voir la réaction des ados, avant et après la livraison des blouses Ward+Robes, regardez cette vidéo.

 

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