Le médecin décide, le patient obéit

 

Le titre de cet article vous choque ? Tant mieux. Mais au-delà du principe, comment se passent les échanges avec votre médecin-traitant ?

Un peu d’histoire…

Dans son excellent livre The Patient will see you now, le cardiologue américain Eric Topol retrace l’histoire du consentement éclairé aux USA. Il dit sa surprise qu’il ait fallu attendre 1957 pour que la mention de consentement éclairé apparaisse dans le code d’éthique  de l’Association américaine de médecine.  On pouvait y lire « un chirurgien doit informer son patient sur l’utilité et les risques de l’opération » mais aussi « que l’expérimentateur doit obligatoirement obtenir l’accord du patient lorsqu’il utilise de nouveaux traitements ou de nouvelles procédures ».

Il faut du temps pour que  les mentalités changent : 90 % des médecins interrogés dans le cadre d’une étude déclaraient en 1961 avoir comme règle de ne pas informer leurs patients lorsqu’un cancer était diagnostiqué…

Eric Topol reconnait que la situation a évolué depuis mais reste très critique. Pour le cardiologue américain, la démarche actuelle de la plupart des médecins ressemble trop souvent aux accords que l’on donne lorsque l’on installe une application sur son smartphone : un long texte illisible avec un bouton « J’accepte ».

Comment mieux intégrer le patient dans les choix qui concernent sa santé ?

Au-delà du consentement éclairé, la relation médecin malade

La psychiatre Adella Abella présente dans un article intitulé Fantasmes inconscients dans la relation médecin-malade  et publié en 2016 dans la Revue médicale suisse les trois modèles de la relation médecin-patient qui coexistent dans la pratique médicale actuelle.

  • La relation paternaliste : « il s’agit d’un modèle foncièrement asymétrique construit autour d’une relation de dépendance. Le médecin est considéré comme le seul dépositaire du savoir, les connaissances du patient (ce qu’il sait de lui-même, en dehors ou autour de ses symptômes, ce qu’il peut apporter concernant ses conditions de vie et ses valeurs) ne sont qu’accessoires ».
  • A l’opposé, le modèle du « patient décideur » : « ce modèle transpose dans la relation médecin malade le modèle plus général du contrat de prestations de services. Le médecin est un technicien, un expert dont le seul devoir est de répondre correctement aux demandes de son client ».
  • Le modèle du partenariat est une tentative de « dépasser les inconvénients des deux modèles précédents, il est centré sur la notion de partenariat. On ne parle plus ici de patient (comme dans le premier modèle) ou de client (comme dans le deuxième), mais de partenaire. Le partage est la règle à tous les niveaux du processus décisionnel et tend à révéler les préférences du malade ». On parle alors d’une décision médicale partagée, il y a transmission d’informations mais aussi échange.

L’idéal dans la pratique d’un médecin est de pouvoir s’adapter et passer selon le désir du patient et le moment de la consultation d’un type de relation à l’autre. Il parait cependant assez naturel de se dire que la décision médicale partagée est souvent la voie la plus intéressante.

Cet exercice est un défi permanent pour le médecin que je suis : que dire, avec quels mots, comment conseiller sans influencer ?

« Peut mieux faire »

Comme je l’ai souvent lu dans mes bulletins scolaires, « Peut mieux faire ». Mon sentiment est que le couple professionnel de la santé – patient, même s’il a j’espère évolué depuis 1957, peut mieux faire, pour aller vers un réel partenariat. Cette évolution nécessite des changements de mentalité, elle doit aussi pouvoir s’appuyer sur des innovations technologiques.

Pour ce qui est des changements de mentalités, on doit souhaiter des changements chez les médecins comme chez les patients. Chez les professionnels de la santé pour mieux prendre en compte les droits du patient, leur individualité. Du côté des patients pour jouer un rôle plus actif dans la prise en charge de leur santé, en s’investissant davantage, déjà simplement en utilisant Internet pour s’informer: le patient acteur, le patient émancipé.

La technologie doit aussi faciliter cette évolution, par exemple en permettant à tout un chacun d’avoir accès en permanence à ses données médicales. La plupart d’entre nous peuvent consulter sur leur smartphone leurs informations bancaires, ne devrait-on pas pouvoir y consulter notre dossier médical ?

Il est prévu que le futur dossier patient informatisé, dont le lancement est planifié pour 2017, permette à chacun de consulter ses données médicales, il s’agit d’une étape indispensable pour combler l’asymétrie d’informations dont souffrent actuellement les patients.

Dr Jean Gabriel Jeannot

Dr Jean Gabriel Jeannot

Médecin, spécialiste en médecine interne, avec un intérêt particulier pour l’utilisation des technologies de l’information et de la communication en médecine.

10 réponses à “Le médecin décide, le patient obéit

  1. Travaillant dans le domaine de la médecine alternative, ce sujet très intéressant mériterait d’être approfondi et je vous remercie de l’avoir abordé par l’écriture de ce billet. J’ai reçu plusieurs dizaines de patients qui ne demandaient qu’à être “partenaires” de leur médecin. Malheureusement ils ne sont pas écoutés et dans certains cas que je ne vais pas développer ici, il y a eu un diagnostique très voire trop tardif et la santé du patient a été mise gravement en danger, état de fait ayant nécessité un traitement beaucoup plus long et donc plus pénible pour le patient. J’ai d’autres exemples de cas ou les médecins sont passés totalement à côté de la maladie, pourtant les patients avaient bien décrits les symptômes. Je ne suis pas là pour critiquer la médecine classique, au contraire, je souhaite vivement que médecine classique et médecine alternative travaillent mains dans la mains et c’est malheureusement loin d’être le cas. De plus en plus de patients sont demandeurs d’allier médecine classique et alternative, écoutons les, leur bien-être doit être au centre de notre préoccupation.

  2. D’utiliser le mot paternalisme est de déjà condamner une pratique qui la plupart du temps est motivée par la bienveillance. De plus, c’est de vouloir changer une manière de faire qui est la norme dans nos sociétés modernes: lorsque j’ai une difficulté, je consulte un professionnel, qu’il soit plombier, mécanicien ou médecin. On refuse maintenant, ou on ne peut, prendre en charge tout ce qui est nécessaire à notre bien-être. On a donc recours à quelqu’un qui sait… ou qui prétend savoir. C’est pour cette raison que nous avons proposé une division des rôles en santé qui reconnait le savoir du professionnel tout en reconnaissant le rôle du patient. Selon la condition du patient, différents rôles peuvent être adoptés. Ces rôles sont: Expert-prise en charge (à l’urgence par exemple), Expert-guide (pour des problèmes aigus non urgents), Partenaire (pour des problèmes non aigus), Facilitateur (pour des problèmes chroniques où le patient est très au fait de sa maladie). Voir également le modèle proposé par Szasz et Hollender. Pour une discussion plus développéeallex voir “La communication professionnelle en santé” 2016 ERPI de Richard et Lussier

  3. Je confirme Pierre, le Honcode est un site très trusté et en plus il est simple très simple de s’incrire dessus, il suffit tout simplement de suivre quelques consignes et les appliquer sur son site et ça valide généralement après 2 mois https://www.hon.ch
    Sinon l’internaute peut trouver tout sur internet il suffit de créer un site web voila quelques exemples
    http://sante.org, http://social-sante.gouv.fr/, https://www.tunisie-chirurgie.com,

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