Notre système de santé doit être réinventé

Notre système de santé est complètement dépassé. Je dis parfois, en exagérant un peu, qu’à part les patients et les professionnels de la santé, tout pourrait être changé. Il est vrai que de se plaindre de l’offre de soins proposée dans notre pays, si on le compare à ce qui existe dans des endroits moins favorisés de la planète, peut paraître indécent. Il n’en reste pas moins que de profonds changements seront nécessaires si l’on espère pouvoir faire face aux défis qui attendent notre système de santé.

Un système fragmenté

Le monde de la santé fonctionne encore comme il y a 100 ans, lorsque la médecine n’était constituée que de rares soins aigus, le patient allait chez le médecin pour une grippe et y retournait l’année suivante pour soigner une blessure. Entre ces deux épisodes, il ne se passait rien.  Ce système qui fonctionnait pour des problèmes médicaux simples ne répond plus aux défis actuels, en particulier pour la prise en charge des patients souffrant de maladies chroniques. S’ils ont la mauvaise idée de souffrir de plusieurs maladies simultanément, c’est pire encore.

Ce système qui a déjà atteint ses limites risque d’imploser avec la quantité grandissante de données générée pour chaque patient, les informations que vous transmettez à votre médecin mais aussi les rapports des spécialistes consultés, les résultats d’analyses de laboratoire et bientôt les données génétiques.

Une offre globale

La complexité grandissante de la médecine nécessite d’abandonner un système fait de différents prestataires de soins qui communiquent plus ou moins bien entre eux en faveur d’un système intégré. L’unité ne doit plus être l’individu, le médecin, le spécialiste, l’infirmier et le pharmacien mais une structure qui les regroupe tous.

La porte d’entrée à ce système doit être constitué de centres de proximité où les patients peuvent se rendre en cas de besoin mais qu’ils peuvent aussi contacter à distance, téléphone ou vidéo, lorsque le contact physique avec le professionnel de la santé n’est pas nécessaire. Ce mariage de la médecine traditionnelle qui s’effectue dans un lieu physique donné complété par des soins à distance rendra le système plus efficient mais permettra aussi une meilleure orientation des patients.

Le patient devra aussi bien sûr pouvoir accéder à ses données santé, pour connaître et comprendre ses problèmes de santé, pour pouvoir prendre rendez-vous, faire renouveler ses ordonnances ou recevoir des conseils santé adaptés à sa situation médicale.

Il faut aussi passer du tout curatif à une offre qui donne une réelle place à la prévention. Même si la formule est facile, il ne faut plus réfléchir maladie mais santé.

Pour qui, par qui ?

Pour diriger les changements à venir, la voie à suivre est double, il faut penser aux patients mais aussi aux professionnels de la santé. L’intégration des patients dans les choix futurs est une garantie que les innovations iront dans la bonne direction. Comme déjà mentionné dans d’autres articles de ce blog, il ne faut plus faire pour les patients mais avec eux. Même si, comme l’écrit avec pertinence Bertrand Kiefer, le rédacteur en chef de la Revue médicale suisse, il est difficile de savoir qui sont exactement ces patients et comment choisir ceux qui auront le droit à la parole.

L’autre acteur à ne pas oublier est le professionnel de la santé. Si l’on veut qu’il soit capable de soigner, de conseiller et d’accompagner, il faut que son travail garde son sens. Pour lui aussi la médecine est toujours plus complexe, plus rapide, plus technologique, il faut qu’il puisse continuer à soigner l’individu unique qui se cache derrière chaque patient.

 

 

 

Dr Jean Gabriel Jeannot

Dr Jean Gabriel Jeannot

Médecin, spécialiste en médecine interne, avec un intérêt particulier pour l’utilisation des technologies de l’information et de la communication en médecine.

2 réponses à “Notre système de santé doit être réinventé

  1. Bonjour, À notre époque rare sont les médecins ou spécialistes qui posent les bonnes questions à leurs patients, afin de connaître d’où pourrait venir le mal! Et ceci est certainement dû aux différents intervenants ( médecins spécialisés, laboratoires, donnés génétiques …etc)Il me parais important de connaître sont propre corps et de se poser les bonnes questions pour pouvoir également guider le médecin ou personnel soignant. La complexité de certaines maladies et l’évolution constante de la médecine en sont la preuve. Nous devons d’abord pensée à la prévention pour éviter un maximum de tomber dans le curatif. Je suis pour une médecine où le patient est au centre des préoccupations mais que ce même patient doit se connaître pour mieux guider le corps médical en général. Cela permettrait de désengorgé les urgences notamment où la plupart du temps on y vient pour tout et n’importe quoi !

  2. Le problème essentiel me paraît résider dans la définition de ce qu’est la santé. Ce n’est nil’absence ni la présence de la maladie, mais la capacité de la personne de s’adapter adéquatement et salutairement aux conditions de vie présentes. La santé ainsi définie l’est donc de manière bottom-up et repose sur les facteurs salutaires (pour la plupart acquis, simples et peu onéreux) de la personne. A l’inverse, les mesures souvent préconisées sont de type top-down, complexes et reposant sur des facteurs de risques souvent anxiogènes et dévalorisants. Il est théoriquement favorable de mettre les données et les personnes en réseau mais ce ne sera pas aussi efficace et surtout pas aussi économique qu’’on le souhaite du simple fait que cela est trop imposé en top-down.
    En recherchant d’abord les facteurs salutaires de la personne, le soignant use avant tout de son attention, de sa présence auprès d’elle sans d’abord tenir compte des antécédents qui sont autant de potentiels préjugés nuisibles. Il est donc favorable de rencontrer d’abord le patient avant de connaître ses data afin de garder le plaisir de soigner une personne vraiment présente, afin de garder un sens au soin !

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