Pandémie SARS-CoV-2: où trouver des informations de qualité ?

Dois-je me faire dépister ? Dois-je me placer en isolement ? Quels sont les traitements efficaces ? Disposera-t-on bientôt d’un vaccin ? Nous nous posons tous d’innombrables questions sur le coronavirus. Le but de cet article est de vous donner les noms de sites de qualité où vous devriez trouver les réponses aux questions que vous vous posez.

Les premiers sites sont destinés à tous, les derniers, souvent en anglais, sont plutôt destinés à ceux d’entre vous qui ont besoin d’informations plus pointues, je pense notamment aux professionnels de la santé.

Le site de l’OFSP

La première source d’information est la page Coronavirus du site de l’Office fédéral de la santé publique. Il faut un peu fouiller mais on y trouve de nombreuses informations : des chiffres sur la situation de la pandémie en Suisse, des informations sur les mesures à suivre pour se protéger mais aussi la procédure en cas de symptômes et d’éventuelle infection. C’est aussi sur cette page que vous verrez le numéro de téléphone de l’Infoline coronavirus : + 41 58 463 00 00, ouverte tous les jours de 6 à 23h.

L’OFSP propose aussi sur son site une page « maladie, symptômes, traitement » qui vous permettra de découvrir ce que l’on sait (et ce que l’on ne sait pas) sur ce nouveau coronavirus (transmission, symptômes, évolution, traitement).

L’OFSP propose aussi une page spécifique pour les professionnels de la santé.

Coronacheck

Créé en mars 2020, Coronacheck est le fruit de l’étroite collaboration des experts de la Policlinique de Médecine Tropicale, Voyages et Vaccinations et des ingénieurs de l’équipe Informatique d’Unisanté. L’objectif de cet outil disponible en ligne est de permettre à la population et aux professionnels de la santé de recevoir en quelques clics des recommandations sur l’attitude à suivre face une situation particulière. Dois-je me faire dépister ? Dois-je m’isoler ? Coronacheck vous donnera la réponse en une minute. Cet outil est particulièrement utile face à des recommandations de prise en charge qui évoluent sans cesse.

Sur les vaccins

Vous trouverez des informations très complètes sur le développement des vaccins contre le SARS-CoV-2 sur la plateforme d’informations sur les vaccins Infovac.

Les sites des cantons

Vous trouverez aussi des informations utiles sur le site de votre canton: BerneFribourgJuraNeuchâtelGenèveValais et Vaud.

Pour aller plus loin

Plusieurs sites donnent des informations sur la prise en charge de la COVID, des sources d’information qui intéresseront particulièrement les professionnels de la santé.

Pour ce qui est des sites suisses :

Au-delà de nos frontières :

La source d’information la plus intéressante est à mon avis le site UpToDate. Cette base de données américaine propose habituellement des contenus gratuits pour le grand public mais par abonnement aux professionnels de la santé. Les pages consacrées au COVID-19 sont exceptionnellement mises à disposition de tous en libre accès. Sur le site du British Medical Journal, la page « Coronavirus disease 2019 (COVID-19) » propose un contenu proche mais qui me parait moins complet. Troisième possibilité, la page COVID-19 du Centre for Evidence-Based Medicine d’Oxford.

Pour ce qui est de la prise en charge du coronavirus, les professionnels de la santé trouveront aussi des informations sur le site des Centers for Disease Control and Prevention ou en français sur le site de l’OMS ou sur celui du Gouvernement canadien.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. S’il manque une source d’information de qualité, merci de me le signaler.

Vous avez une question ?

Le Temps organise ce mardi 17 novembre de 14h à 15h un chat en ligne au cours duquel Valérie D’Acremont, infectiologue et cheffe du secteur santé numérique et globale à Unisanté, répondra à vos questions. Vous pouvez poster votre question sur la page consacrée à cet événement.

PS: Protégez-vous et protégez les autres.

 

Coronavirus : un test en ligne pour connaître votre risque

CoronaCheck

Le centre universitaire de médecine générale et de santé publique Unisanté de Lausanne a lancé un site Internet qui permet à chacun d’entre nous d’évaluer son risque d’être contaminé par le coronavirus. Vous le trouverez à l’adresse coronavirus.unisante.ch. Ce site qui porte le nom de CoronaCheck propose en réalité un questionnaire pour la population et un autre pour les professionnels de la santé.

Pour la population

Le premier questionnaire permet à chaque citoyen, en répondant à quelques questions, de connaître son risque. Si vous souffrez par exemple d’une infection respiratoire avec fièvre mais que vous n’avez pas effectué un voyage dans une zone touchée par le coronavirus ni eu de contact étroit avec un cas confirmé par laboratoire, le système donnera comme résultat « Infection sans suspicion de coronavirus ». CoronaCheck vous donnera les conseils suivants :

Actuellement, le virus circule très faiblement dans le canton de Vaud. Le risque actuel que vous soyez infecté.e par le coronavirus est donc très faible.

Les symptômes du coronavirus sont similaires à ceux de la grippe saisonnière. En pleine saison de grippe il est donc beaucoup plus probable que vous ayez une grippe.

  • Restez à la maison, si votre état s’aggrave appelez votre médecin.
  • Évitez, dans la mesure du possible, de consulter un médecin ou un centre d’urgences sans prévenir.
  • Respectez les mesures d’hygiène.

Pour les professionnels de la santé

CoronaCheck propose aussi un outil pour les professionnels de la santé qui permettra aux médecins de savoir si leurs patients répondent aux critères de « cas suspects ».

Le citoyen 2020 est connecté

On ne peut que saluer l’initiative d’Unisanté qui, avec ce site, a transformé des recommandations peu digestes en un outil que tout un chacun peut utiliser depuis son ordinateur ou son smartphone. Le droit d’être informé implique aussi de proposer aux citoyens des outils facilement utilisables.

 

Autres articles de ce blog en lien avec le coronavirus:

 

Vous êtes malade et votre médecin est absent. Pourquoi ne pas essayer la télémédecine ?

Lorsque l’on tombe malade, l’idéal est de se faire soigner par son médecin. Il arrive malheureusement que cela ne soit pas possible. Cela peut être le cas si vous avez besoin de soins un soir, un week-end ou un jour férié. Ou que votre médecin est en vacances. Ou que son agenda est déjà plein. Ou que vous êtes en déplacement. Ou simplement parce que vous n’avez pas de médecin…

Dr Google ou votre pharmacien ?

Dans cette situation, que faire ? La première option est de prendre l’avis de Dr Google : vous introduisez vos symptômes et cherchez parmi les sites proposés les solutions à votre problème. Cette solution peut parfois être utile mais vous serez probablement souvent déçu, le défi est de trouver une information de qualité mais surtout qui corresponde vraiment à votre situation, à vos symptômes.

La deuxième option, pour les situations simples, est de prendre l’avis de votre pharmacien. Il ne fera pas de diagnostic mais pourra vous donner un conseil.

Je veux l’avis d’un médecin

Mais l’on peut parfois souhaiter avoir l’avis d’un médecin. Jusqu’à récemment, vous n’aviez comme option que de vous rendre dans un service d’urgence. Avec le risque de devoir attendre, de prendre la place de quelqu’un de plus malade que vous mais aussi de vous retrouver avec une facture élevée (surtout ennuyeux lorsque l’on n’a pas atteint sa franchise).

Il existe depuis quelques semaines une autre option : se faire soigner à distance. C’est l’idée de la plateforme Soignez-moi.ch qui propose des consultations médicales pour la somme de 39 francs (remboursés par les caisse-maladies). Certains assurés peuvent bien sûr depuis longtemps contacter la centrale téléphonique de leur caisse-maladie, mais l’offre de Soignez-moi s’en distingue par plusieurs aspects.

Soignez-moi.ch = Internet + médecin

Vous verrez à la fin de cet article que j’ai un lien avec Soignez-moi.ch. Je n’y travaille pas mais j’ai participé à la rédaction des fiches d’information qui sont envoyées aux patients une fois un diagnostic posé. Malgré ce conflit d’intérêts, j’assume de dire que Soignez-moi.ch est actuellement en Suisse le meilleur moyen de se faire soigner à distance pour les problèmes de santé de base:

  • Vous devez tout d’abord remplir un questionnaire en commençant par sélectionner le symptôme qui vous dérange le plus. Pour des maux de gorge, vous choisirez par exemple « Tête et cou ». Si nécessaire, par exemple pour un problème de peau, vous pourrez aussi envoyer une photo.
  • Un médecin prend en charge votre demande dans l’heure et, une fois le diagnostic posé, envoie si nécessaire une ordonnance dans votre pharmacie (par voie électronique).
  • Un suivi médical est assuré les jours suivants.

Une prise en charge par des médecins installés 

Soignez-moi.ch se différencie des autres solutions de télémédecine par un certain nombre de caractéristiques :

  • Si les informations que vous avez transmises ne sont pas suffisantes, le médecin vous contactera par téléphone.
  • Si le questionnaire montre que vous ne pouvez pas être soigné à distance, vous ne payerez rien.
  • A moins que vous ne vous y opposiez, un rapport sera, à la fin de la consultation, envoyé à votre médecin.
  • Soignez-moi.ch peut être utilisé depuis un smartphone, une tablette ou un ordinateur.
  • La plateforme collabore avec des médecins expérimentés qui travaillent en cabinet en Suisse.

La force de Soignez-moi.ch est aussi de se concentrer sur les problèmes de santé qui peuvent être soignés à distance. On peut lire sur le site de la plateforme :

Nous ne prenons en charge que des cas simples qui peuvent être traités par télémédecine. A titre d’exemple, nous ne traitons pas de cas chroniques ou qui existent depuis plusieurs mois, une visite médicale est nécessaire pour ce genre de symptômes. Pour les maux de dos de plus d’un mois ou maux de tête liés avec une vision trouble, le questionnaire médical vous conseillera gratuitement de consulter un médecin.

Malgré cette réserve, les problèmes qui peuvent être pris en charge sont nombreux.

Pour les patients 

Je suis élogieux face à cette solution car cette plateforme a réussi le bon mariage entre la technologie (questionnaire en ligne, ordonnance électronique, etc.) et l’humain : derrière les algorithmes de la plateforme se trouvent des médecins. Un projet qui donne l’impression d’avoir été développé en pensant aux besoins des patients. Ce n’est pas toujours le cas.

 

PS: intéressé(e) par une formation en télémédecine (sur deux demi-journées) ? Vous trouverez le programme ici.

 

Conflit d’intérêts : je ne travaille pas comme médecin pour Soignez-moi.ch mais je collabore avec la plateforme pour différents travaux (rédaction de fiches d’information, organisation de formations, etc.).

 

 

Accéder à ses données médicales, depuis n’importe où, n’importe quand ?

Pourquoi peut-on accéder à nos données bancaires en ligne et pas à nos données médicales ?

Actuellement, vos données médicales sont stockées chez les différents professionnels de la santé qui vous ont soigné mais vous n’y avez vous pas accès. Ne devrait-on pas pouvoir accéder à nos informations médicales en ligne, comme on le fait pour nos comptes bancaires ?

Si votre médecin est absent

Il parait tout de même assez évident qu’il serait utile de pouvoir accéder à votre dossier médical si vous avez besoin de soins et que votre médecin est absent.  Votre médecin traitant ne travaille pas 24 heures sur 24, son cabinet est fermé le week-end et, en plus, il prend parfois des vacances. Si vous devez durant ces moments-là consulter en urgence, le professionnel de la santé qui vous prendra en charge ne connaitra pas vos problèmes de santé, vos traitements et vos résultats d’analyses. Est-ce encore acceptable en 2019 ?

Mieux soignés

Les études nous montrent aussi que les patients qui accèdent à leurs données médicales, par exemple à la liste de leurs diagnostics et aux rapports des spécialistes consultés, comprennent mieux leurs maladies, suivent mieux leurs traitements et sont mieux soignés. Accéder à ses données permet au citoyen d’être plus actif dans la prise en charge de sa santé.

Au-delà des données, les services

Si l’on s’inspire de ce que proposent de nombreux établissements de santé à l’étranger, aux Etats-Unis en particulier, les dossiers médicaux en ligne ne donnent pas seulement accès à vos données médicales, ils proposent en plus toute une série de services: la possibilité de prendre rendez-vous chez les professionnels de la santé qui vous soignent, un système de rappel qui vous alerte lorsque le prochain rendez-vous approche, la possibilité de faire renouveler vos ordonnances mais aussi de contacter votre médecin par courrier électronique.

Un dossier “médical” ou un dossier “santé” 

Le réel objectif ne devrait en réalité pas être un dossier médical mais un dossier santé. Formulé autrement, votre dossier ne devrait pas se limiter à lister vos diagnostics, vos traitements et vos allergies, il devrait vous aider à rester en forme. Cela pourrait prendre la forme d’un simple courriel qui vous rappelle qu’il est temps d’effectuer un examen de dépistage ou, autre exemple, de vous permettre de trouver dans votre région la liste des spécialistes qui pourront vous aider à stopper votre tabagisme. L’idée est somme toute simple, transformer un dossier médical orienté « maladies » vers un dossier « santé » qui vous aide à rester en forme.

De nouveaux métiers

Actuellement, les données médicales sont dispersées, certaines chez votre médecin traitant, d’autres à l’hôpital, d’autres encore dans votre pharmacie et à mille autres endroits. Ces données ne sont le plus souvent pas structurées, elles ne sont constituées que de textes et de chiffres. Un travail humain est donc nécessaire pour récupérer ces données médicales et les présenter dans un dossier médical que chaque citoyen pourra consulter en ligne. Il faut confier ce travail de récupération et de valorisation de vos données à des spécialistes de la gestion des données de santé, de nouveaux métiers doivent être créés.

Patient acteur

Vous pourriez ainsi, en quelques clics seulement, accéder à vos données médicales, à des conseils santé et à différents services : un tableau de bord qui vous permettrait, de « piloter » votre santé. Cet outil serait évidemment aussi bien utile aux professionnels de la santé qui vous soignent, ils auraient accès en permanence à vos données médicales complètes, mises à jour en permanence.

Intéressé(e) ?

 

Merci aux 97 personnes qui se sont inscrites pour être informées de la sortie de chaque nouvel article de ce blog !

 

 

Me faire soigner à distance ? Moi, jamais !

Pourquoi se faire soigner à distance alors que le contact humain est si important ? Pourquoi recourir à la téléconsultation alors que le médecin doit souvent vous examiner ? Pourquoi accepter cette déshumanisation des soins ?

Très développée en Suisse

La téléconsultation est déjà une réalité en Suisse, moins souvent utilisée qu’aux USA mais plus fréquemment que dans la plupart des pays européens.  Les acteurs historiques sont liés aux assureurs, leurs services sont réservés aux assurés des caisses affiliées, certains patients ayant l’obligation de les contacter avant de prendre rendez-vous chez un médecin. Les centrales téléphoniques de Medgate, Medi24 et Santé24 reçoivent entre cinq et six mille appels par jour.

Plus récemment sont apparus de nouveaux acteurs, à l’image de Tondocteur.ch, qui annonce sur son site, au moment d’écrire ces lignes, « 78 docteurs en ligne et dispos pour téléconsulter via webcam ! ». Il est aussi désormais possible de se faire soigner à distance pour des situations particulières, l’envoi d’une photo de votre peau permet par exemple aux médecins de derma2go ou de OnlineDoctor de répondre à vos problèmes dermatologiques. A signaler aussi l’initiative originale d’une diététicienne qui a développé avec son site Coeurnutrition.com une solution permettant une prise en charge diététique à distance.

Les Hôpitaux universitaires de Genève viennent quant à eux de lancer HUG @ home , une solution de soutien des soins à domicile par vidéo qui permet aux personnels soignants faisant face à un problème aigu de recevoir les conseils d’un médecin des HUG, évitant ainsi un déplacement du patient aux urgences.

De nouveaux projets vont être lancés prochainement à l’image de Soignez-moi qui a comme objectif la prise en charge à distance de nombreux problèmes de santé en un temps maximum d’une heure.  Les créateurs de Soignez-moi publieront les algorithmes utilisés pour la prise en charge des patients, un effort de transparence à saluer.

Les atouts

De prime abord, nous avons tous le sentiment qu’une consultation chez le médecin est préférable à des soins à distance. Les avantages de la téléconsultation sont cependant plus nombreux que ce que l’on pourrait imaginer.

Même si une analyse complète des atouts de la consultation dépasse le cadre de cet article, on peut tout de même citer :

  • L’accès aux soins pour des personnes isolées (habitat éloigné, vacances à l’étranger, prison, etc.) ou peu mobiles (handicapés, parent avec enfants, personnes âgées).
  • Le gain de temps, pour le patient et pour le professionnel de la santé.
  • L’impact écologique positif puisque la téléconsultation permet d’éviter des déplacements.
  • Une plus grande disponibilité, la téléconsultation permet souvent l’accès au système de santé en dehors des heures d’ouverture des cabinets médicaux.
  • La téléconsultation peut aussi être utile pour le suivi des patients souffrant de maladies chroniques, les soins à distance en alternance avec des consultations présentielles permettant un rapprochement soigné – soignant.

Enfin, un atout potentiel de la téléconsultation est sa fonction de triage : elle permet de définir qui peut être soigné à distance, qui doit consulter et avec quel degré d’urgence. Même si la comparaison avec la petite Helvétie est difficile, des études faites au Canada montrent que les services de santé électroniques évitent bien des visites inutiles chez le médecin et génèrent une valeur importante pour le réseau de la santé.

Pour ce qui est de l’impact économique, il est probablement aussi à ranger du côté des atouts même si cette affirmation ne s’appliquera certainement pas à toutes les solutions de télémédecine.

Téléconsultation, les limites

Le premier danger est celui de la qualité des soins. La téléconsultation a besoin de professionnels de la santé bien formés, des professionnels qui devront à mon avis être spécifiquement formés aux particularités des soins à distance.

Même avec des professionnels de la santé expérimentés, il est possible que certaines situations engendrent des soins de moins bonne qualité lorsque la consultation n’a pas lieu dans le cabinet du médecin. Une étude réalisée aux Etats-Unis montre par exemple que les enfants soignés à distance pour des infections ORL reçoivent trop d’antibiotiques ou parfois des antibiotiques non adaptés.

Le principal argument évoqué contre la téléconsultation est que « le médecin a besoin de m’examiner ». Cette affirmation doit probablement être fortement nuancée, l’analyse de 500 dossiers médicaux de patients ayant consulté leur médecin traitant pour une infection aiguë des voies respiratoires montre que 63 % des patients inclus auraient pu être traités de façon appropriée sans déplacement au cabinet. Cet exemple est certainement valable pour de nombreux problèmes médicaux.

Un risque de fragmentation des soins ? 

Des chercheurs ont interrogé les utilisateurs d’un système américain de téléconsultation par vidéo pour connaître leurs motivations et leurs craintes. Nonante pourcents des personnes interrogés ont répondu avoir choisi la vidéoconsultation en raison de son aspect pratique, près de 50 % disant ne pas avoir obtenu de rendez-vous auprès de leur médecin. La téléconsultation permet donc un accès facilité aux soins mais les auteurs de cette recherche insistent dans leurs conclusions sur un danger, celui d’une fragmentation des soins en raison d’une mauvaise communication des services de téléconsultation.

Il est à ce titre très surprenant que les géants de la téléconsultation que sont Medgate et Medi24 n’envoient, après avoir pris en charge un patient, aucune information à son médecin traitant. Pour éviter que la téléconsultation n’aboutisse à une fragmentation des soins, les solutions qui me paraissent les plus prometteuses sont celles qui, en plus d’offrir des soins de qualité, auront comme priorité de s’intégrer au système de santé traditionnel.

La question actuelle n’est donc pas consultation présentielle ou consultation à distance mais comment tirer le meilleur de ces deux mondes. Il faudra veiller à ce que les deux approches se complètent harmonieusement, pour le bien des patients.

 

NB : Téléconsultation, télémédecine, téléexpertise: aidez-moi à répertorier la liste des solutions de télémédecine existants en Suisse.

 

Maladies chroniques : quel est l’impact du numérique sur la vie des patients ?

Quel est l’impact des technologies numériques sur la vie des patients atteints de maladie chronique ? C’est la question à laquelle a voulu répondre le collectif d’associations de patients ICA, en partenariat avec des chercheurs de la chaire réseaux sociaux et objets connectés de l’Institut français Mines-Télécom.

L’objectif de cette étude était de mieux comprendre comment les personnes vivant avec une maladie chronique utilisent les technologies numériques mais aussi de connaître l’impact de ces technologies sur leur qualité de vie et leurs comportements santé. Plus de 1000 patients ont répondu de manière complète au questionnaire établi par les chercheurs.

Maladie chronique et numérique

Quels usages pour quelles technologies ? Premier enseignement, Internet est une source d’informations fortement sollicitée par les personnes vivant avec une maladie chronique, plus particulièrement lors des premiers temps qui suivent le diagnostic. Internet est utilisé par une majorité de patients, seuls 2,4% d’entre eux déclarent ne jamais y avoir recours dans ce cadre.

Les chiffres montrent néanmoins une hétérogénéité dans la régularité de l’utilisation d’internet : 59,4% des répondants se décrivent comme des utilisateurs réguliers (au moins une fois par semaine) tandis que 38,1% ont une utilisation plus rare (moins d’une fois par semaine) voire très exceptionnelle (moins d’une fois par mois).

Les réseaux sociaux sont le premier type de sites visité, les malades chroniques utilisent donc davantage le web 2.0 que les sites web ou les forums. Les recherches des malades chroniques sur Internet sont donc caractérisées par une approche communautaire, les contenus privilégiés sont ceux élaborés par d’autres personnes malades chroniques. Intéressant.

Cette étude confirme aussi que l’utilisation d’applications de santé et d’objets connectés reste encore aujourd’hui minoritaire voire marginale dans le cadre de la maladie chronique.

Nouvelles technologies et empowerment : vers un nouveau patient plus autonome ?

Les réponses des malades chroniques montrent que plus la fréquence d’utilisation d’Internet augmente, plus ils se sentent autonomes et s’autorisent à s’impliquer et à prendre part aux décisions concernant leur santé et la prise en charge de leur maladie.

Les auteurs de cette étude insistent sur un point qui est pour moi essentiel : les technologies numériques opèrent une transformation effective des patients vers une autonomisation qui se révèle être un allié pour le renforcement de la relation patient – médecin. Ils insistent aussi sur la nécessité pour le patient de relever les défis et dangers de l’Internet santé : la qualité variable des informations retrouvées, les risques d’erreur d’auto-diagnostic et l’équilibre émotionnel face au rappel de la maladie.

Alors, utile ?

Les résultats de cette recherche mettent en avant deux éléments du point de vue des malades. D’une part, que l’usage des technologies numériques dans le cadre de la gestion et du suivi de la maladie chronique n’est pas délétère à leurs motivations et leurs comportements liés à la santé, ni à la confiance qu’ils peuvent avoir envers leur médecin. D’autre part, qu’il permet d’augmenter l’empowerment, ce qui contribue à l’amélioration de la qualité de la relation et des échanges avec le médecin, notamment au sentiment d’être plus engagé et de vouloir maintenir cette relation, déterminante pour la qualité de vie des malades chroniques.

Bravo à eux

Au-delà de ces résultats, ce qui me réjouit le plus est de voir que ce sont désormais les patients eux-mêmes qui mènent des recherches sur les sujets qui les concernent. Bravo à eux.

 

NB: si vous n’avez vraiment plus de livres à lire et que la santé numérique vous intéresse, vous trouverez la totalité des articles publiées sur ce blog sur cette page.

 

Santé numérique : et si la vraie révolution était celle des patients ?

Le numérique est-il utile en médecine et si oui, pour faire quoi ? Poser la question pourrait passer pour de l’idiotie tant le discours ambiant est que le numérique va tout révolutionner, y compris la santé. Pourtant, lorsque l’on se rend chez le médecin ou à l’hôpital, l’utilité du numérique ne saute pas aux yeux. Mon avis ? La révolution actuelle est plus celle du patient que celle de la technologie.

Le numérique santé ?

Le premier point à éclaircir est de savoir ce qui se cache derrière cette notion de « santé numérique ». La réalité est multiple puisque cela concerne tout ce qui touche à l’utilisation des technologies de la communication et de l’information dans le monde de la santé : le web, les Apps santé, le dossier médical informatisé, le dossier électronique du patient, la communication électronique, la télémédecine, les médias sociaux, les objets connectés, l’intelligence artificielle, le big data et mille autres innovations.

Le web

Même si elle n’est plus vraiment nouvelle, la plus grande innovation numérique reste à mes yeux le web. Ce réseau informatique a permis l’apparition de nouveaux services. On peut penser à la possibilité pour le patient de prendre rendez-vous chez son médecin par Internet, mais la grande révolution est surtout l’accès facilité, pour les patients, à l’information santé. Avant le web, seuls les professionnels de la santé avaient accès au savoir, désormais les citoyens peuvent aussi s’informer. Avec la disparition de cette asymétrie d’accès à l’information, la relation soignant – soigné peut évoluer vers une relation de partenariat, plus riche pour le patient mais aussi pour le professionnel de la santé.

 

A lire aussi sur ce blog : Comment trouver une information médicale de qualité sur Internet ?

 

Même si l’accès aux sites web santé est naturellement aussi utile aux professionnels de la santé, c’est l’utilisation faite par les patients qui représente un vrai changement, simplement car l’accès au savoir a permis aux patients d’être plus actifs dans la prise en charge de leur santé.

Les Apps santé

Quant aux applications santé pour smartphone, le résultat est le même, les applications qui se sont révélées les plus utiles sont celles qui renforcent le rôle du patient. Même si de très nombreuses applications dites de santé n’ont en réalité aucune validité, une minorité d’applications ont prouvé leur utilité. Elles portent sur la promotion des changements d’habitude de vie1, sur la gestion de la douleur2 et sur la réhabilitation cardiaque3.

Les Apps santé les plus utiles sont celles qui favorisent l’accès aux soins ou qui rapprochent patients et professionnels de la santé. Quelques exemples ? L’application « Urgence Lausanne » qui aide les Vaudois à trouver le centre d’urgences médicales le plus proche et le plus disponible dans tout Lausanne, InfoKids développé par les Hôpitaux universitaires de Genève et destinée aux parents dont les enfants nécessitent une consultation médicale urgente ou encore l’App Moovcare qui réduit la fréquence des récidives du cancer du poumon par une meilleure communication patient – médecin.

Les soins à distance

Ceux qui me font le plaisir de lire régulièrement ce blog savent l’importance que j’accorde aux soins à distance, par exemple à l’utilisation du courrier électronique entre le patient et son médecin ou à la téléconsultation, la prochaine grande innovation qui va bouleverser le monde de la santé.

On retrouve dans ces deux exemples les mêmes ingrédients, un meilleur accès aux soins et un renforcement de la relation patient professionnel de la santé.

Le patient augmenté

Il est bien sûr possible d’argumenter qu’il est logique que ces innovations concernent les patients, qui restent de toute évidence les principaux concernés. Il n’en demeure pas moins que les services et dispositifs numériquement utiles sont ceux qui renforcent le patient, en faisant de lui un « patient augmenté ».

Un des grands défis de ce 21ème siècle sera de réussir le mariage entre la médecine clinique et le numérique. Ce virage numérique ne sera couronné de succès que s’il est centré sur les réels besoins des patients.

Et si la révolution actuelle était surtout celle des patients?

 

  1. P Lunde BB Nilsson A Bergland KJ Kvaerner A. Bye The effectiveness of smartphone apps for lifestyle improvement in noncommunicable diseases : systematic review and meta-analyses. J Med Internet Res 2018 (20)
  2. SE Thurnheer I Gravestock G Pichierri J Steurer JM. Burgstaller Benefits of mobile apps in pain management : systematic review. JMIR mHealth uHealth 2018 (6)
  3. SJ Hamilton B Mills EM Birch SC. Thompson Smartphones in the secondary prevention of cardiovascular disease : a systematic review. BMC Cardiovasc Disord 2018(18)

 

A lire aussi sur ce blog à propos des patients acteurs de leur santé :

 

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Humour, santé mobile, objet connecté et humanité numérique

Quels articles ont été les plus lus sur ce blog en 2018 ?

Les lecteurs du Temps ont de l’humour, vous avez été plus de 9’000 à lire l’article « Pour savoir réagir face à un arrêt cardiaque, humour suisse ou humour anglais ? ». Les deux vidéos qui y sont présentées expliquent probablement ce succès.

Le deuxième article le plus lu est, avec plus de 5800 vues, « Le fossé qui sépare la connaissance scientifique et les croyances des patients est-il en train de s’élargir ? » qui parle de la mauvaise qualité des informations santé sur le web et de ce qui pourrait être fait pour l’améliorer. Un sujet difficile qui ne semble pas vous avoir effrayé.

Avec plus de 5’000 vues, les 3ème, 4ème et 5ème places sont occupées par des articles qui montrent que vous vous interrogez sur l’impact des nouvelles technologies sur la santé :

Merci à vous pour le temps consacré à la lecture de ces articles.

 

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Quelques conseils pour votre cure détox

Après les excès de fin d’année, que consommer pour purifier votre organisme ?

Le texte ci-dessous est largement inspiré d’une série de tweets publiés par Asclépios, le président du collectif Fakemed, une association dont le but est la promotion de la médecine, des soins, et des thérapeutiques, fondées sur les preuves scientifiques.

Merci à lui de m’avoir autorisé à publier ses recherches sur les aliments détox. Ci-dessous, en italique, une reprise de ses tweets:

 

J’ai découvert en cherchant sur Google que tous les aliments sont « détox » sans aucune exception.

Le Kaki qui est un peu méconnu, exotique mais assurément détox.  La banane est aussi détox. Si vous aimez les courges, rassurez-vous, elles sont aussi détox. Les patates ? Aussi.

La choucroute est également un aliment détox. Mais à priori, il faut enlever la viande (quoique certains sites disent qu’avec la viande ce serait détox quand même).

Si vous avez carrément renoncer à manger des trucs comestibles, il y a aussi de nombreuses recettes à base de cactus. Vous pouvez aussi sucer le jus d’un arbre quelconque : sapin, bouleau ou un arbre indien vaguement mystérieux.

Il n’y a pas que les plantes qui vous entourent qui soient toutes détox, il y a aussi des vêtements détox.

Ce qui est rigolo, c’est le laïus selon lequel il faudrait utiliser différents aliments en “smoothies” ou en “jus” étiquetés détox pour transformer notre corps en station d’épuration. Sous l’apparence d’un discours santé est discrètement suggérée l’idée que l’intoxication de votre corps vient du monde extérieur.

Je vous rappelle simplement que votre foie et vos reins n’ont pas besoin de vous pour éliminer les toxines. Que les régimes restrictifs et ultra sélectifs sont juste des moyens de capter des gens vulnérables et de vous faire faire des achats inutiles.

Et que systématiquement, ils servent de vitrines à des vendeurs de compléments alimentaires bio.  Ou de labos peu scrupuleux qui vous fournissent les produits pour nourrir votre volonté de devenir un centre de recyclage de déchets.

Un véritable “effet de mode” marketé par des pseudothérapeutes qui vous inventent une intoxication pour justifier leur laïus et les séances qu’ils vous proposent.

Un business grotesque et fleurissant sur la crédulité des gens que le Figaro a dénoncé récemment.

 

Le collectif Fakemed est un groupe de professionnels de santé aux spécialités et aux modes d’exercice très divers. Leur point commun est de penser que la médecine doit adapter ses pratiques aux faits, ils cherchent à diffuser ces faits en la vulgarisant via des vidéos Youtube, des blogs, ou encore par le biais des réseaux sociaux.

En 2018, ce collectif a publié dans le Figaro une tribune dont le titre était « Comment agir contre les Fake Médecines ? » (texte reproduit ici).Le débat entraîné par la publication de cette tribune a mené ce collectif à créer une association, ouverte à tous, qui a pour objet la promotion de la médecine, des soins, et des thérapeutiques, fondées sur les preuves scientifiques et la lutte active contre les pratiques de soins non scientifiques, déviantes, délétères, aliénantes ou sectaires.

Ce mouvement ne s’est malheureusement pas étendu à la Suisse. En Helvétie, on n’entend que le silence des professionnels de la santé et des autorités. Aucun questionnement. Aucune information ni mise en garde des citoyens, ni pour les cure détox, ni pour les nombreuses thérapies douteuses qui essaiment sur le web.

Un smoothie cactus ?

 

A lire aussi:

 

 

Rechercher sur Google le nom de vos médicaments augmentera-t-il vos effets secondaires ?

Les patients qui font des recherches sur Internet pour en savoir plus sur leurs médicaments ont-ils plus d’effets secondaires ? C’est la question à laquelle ont voulu répondre des chercheurs canadiens dont les travaux ont été publiés dans l’International Journal of Cardiology.

Les auteurs de cette étude « Does Googling lead to statin intolerance ? » se sont demandé si les effets secondaires augmentaient chez les patients qui prennent des médicaments contre le cholestérol et qui font des recherches sur le web.

La fréquence des effets indésirables de ces médicaments, les statines, a été établi dans 13 pays grâce à une enquête effectuée auprès des médecins généralistes et spécialistes de chacun de ces pays. En parallèle, en utilisant le moteur de recherche Google pour chaque pays, le nombre de sites web sur les effets secondaires des statines a été déterminé.

Les résultats de cette recherche montrent que les pays anglophones (Australie, Canada, Royaume-Uni, États-Unis) qui ont la plus forte prévalence d’intolérance aux statines sont aussi ceux qui ont le plus de sites sur les effets secondaires de ces médicaments.

Pour les auteurs de cette étude, la recherche d’information sur Internet sur un médicament pourrait donc renforcer les effets secondaires des internautes.

S’il existe un lien entre les effets négatifs ressentis par les patients et le nombre de sites web consacrés aux effets secondaires, une question reste à mon avis sans réponse : la consultation de ces sites web a-t-elle provoqué chez ces patients des effets secondaires qu’ils n’avaient pas ou au contraire leur a-t-elle permis d’attribuer au médicament un effet négatif déjà ressenti ?

Où trouver des informations de qualité sur les médicaments ?

Pouvoir trouver une information de qualité sur un médicament devrait pour chaque patient être un droit. Mais quel site utiliser ?

La réponse du Dr Jérôme Berger, pharmacien-chef adjoint à la Policlinique médicale universitaire de Lausanne.

« Je recommande d’utiliser le site Swissmedicinfo, un site géré par Swissmedic, l’autorité d’autorisation et de contrôle des produits thérapeutiques en Suisse. En introduisant le nom d’un médicament dans le moteur de recherche présent sur le site, on y trouve la monographie du médicament mais aussi un document intitulé « Informations destinées aux patients » (dont le texte correspond à la notice papier distribuée avec le médicament). Les patients devraient plutôt consulter cette notice, plus lisible ».

Jérôme Berger précise encore un point important :

« Il faut bien insister sur un élément : les monographies sont rédigées par les firmes, puis validées par les autorités, c’est ainsi dans tous les pays. La lecture critique d’une monographie (qui est à la fois un texte scientifique, mais aussi juridique car il précise le cadre dans lequel la firme accepte d’assumer le risque lié au bon usage de son médicament) me semble difficilement possible pour un patient. Un exemple typique concerne l’usage des médicaments durant la grossesse : alors qu’un grand nombre de médicaments peuvent être utilisés durant cette période, la plupart des monographies de médicaments en déconseillent leur usage. Les patients ne doivent donc pas hésiter à discuter des informations trouvées avec un professionnel de la santé, avec leur pharmacien par exemple ».

Ce dernier point me parait essentiel. Consulter la liste des effets secondaires d’un médicament, y compris dans la notice patient, est le meilleur moyen de se faire peur. Les médicaments peuvent bien sûr avoir des effets secondaires mais la liste sans fin d’effets négatifs que l’on trouve pour chaque médicament fait penser que ces notices sont plutôt rédigées par les pharmas pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires que pour informer les patients.

Même si cela devrait être pour chaque patient un droit fondamental, s’informer sur un médicament reste donc difficile. Les trois conseils à retenir sont : utiliser le site Swissmedicinfo, ne pas prendre à la lettre tout ce que vous pourrez y lire et, en cas de doute, ne pas hésiter à en parler à votre médecin ou à votre pharmacien.

 

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