Burning the Field

I once overheard an economist suggesting to a political scientist: “We should get him on the committee, he’s got field experience”.

What does that really mean?, I thought to myself.

Over the years, I had heard this sentence uttered too often in academe and in policy-making – used as an accepted and valued benchmark to assess credentials and expertise. That the referred-to colleague was a distinguished sociologist made the remark appear innocuous, indeed flattering.

Yet something was off.

The issue was not the context but the subtext, indeed the acceptability of it and the unseen coded nature of the term – often too as used by those reflexively resorting to the phrase.

For all practical purposes, ‘the field’ is an accepted term of art for the Global South. It presents and represents it as a normal destination of a type of study whose nature is particular. The chosen ‘field’ metaphor conveys a clear idea of open land and nature environment.

Those using it may not realize it. Their work, after all, is in favor of that ‘global south’. Benign humanitarians acquire experience ‘in the field’ before returning to headquarters to display that gained knowledge.

The fact remains that an allegedly scientific term is eminently non-scientific for it is associated with a given destination rather than left open.

Unsurprisingly, the concealed soundscape of the field is the result of its history and the asymmetric power relations it establishes. Eurocentrism travels. Orientalism as well, in imagery and in sound. Most importantly, both constructs do so in language. In this case, the semantics are that the field is that which stands away from the center.

More specifically, the field is Africa, the Middle East, Asia, at times Latin America. It most certainly never is Europe or North America. If it is Western, it is merely in circumscribed places in its midst; troubled, so-called no-go areas, which as it were are inhabited by ‘communities’ ‘whose citizens originally ‘come from’ somewhere else. And so, even in the center, the field is imported periphery.

As dominion, the field can be surveyed. One flies over it romantically as do the characters of Meryl Streep and Robert Redford – hurriedly followed on foot by the helping local Kenyans – in Sidney Pollack’s Out of Africa, with John Barry’s lush violins smoothing that imperial privilege of unquestioned ownership.

Elsewhere in North Africa, the field – also a derivative battlefield in this case as Rommel Afrika Korps squared off with Montgomery’s troops – is similarly the normalized backdrop of colonial ownership and field studies as in The English Patient‘s archeological team. One passes through it safely, in David Lean’s A Passage to India.

For the field is for the taking, that is by the non-fielder so to speak. Historically a playground or dominion, it logically became a place of study and social sciences codified it this way.

The true nature of the field is, however, revealed by the violence such language erases. The field is where the ‘field negro’ lives – in resentment and exploitation – as Malcolm X famously brought it home.

The field can never be another place which can be researched similarly. And therein lies the hypocrisy of the term as used contemporaneously. ‘Field research’ in the corridors of the European Union in Brussels or those of the World Bank in Washington is incongruous. Can one gain field experience in the police precincts of Alabama or the courtrooms of Mississippi? Or are only interviews of tribesmen in Yemen or rebels in Burkina Faso to be listed in vitaes?

If the field can never be in North, it is because by definition that realm has been defined as the center and the field is derivative of an equally identifiable ‘center of power’.

Tired of being paternalistically asked by the wielders of such claimed authority whether he had ‘done field work’, a brilliant and cherished Lebanese friend once retorted: “I was born in the field”.

 


Photo: Tron directed by Steven Lisberger, © 1982, Walt Disney Productions

Le Conseiller Bienveillant

Le troisième épisode de la nouvelle saison de la série télévisée Homeland – dont la sophistication du racisme échappe à beaucoup – met en scène le personnage du Conseiller national américain pour la sécurité, Saul Berenson (interprété par Mandy Patinkin), en négociations avec le chef des Talibans, Haissam Haqqani (campé par Numan Acar). Dans une scène nimbée de lyrisme, les deux hommes, scrutant un émouvant lever de soleil sur Kaboul, se mettent d’accord pour enterrer leurs différences (culturelles autant que géostratégiques) afin, comme l’indique Saul Berenson, ex-chef de la CIA, d’ouvrir un jour nouveau pour le monde et « apporter la paix et la prospérité au peuple afghan ».

Ce couple et ce moment sont une des plus anciennes vignettes de l’Orientalisme, autant dans la réalité politique du Moyen-Orient que dans sa représentation romanesque. Suivant ce trope, le décideur Oriental – dans son acception large – se retrouve dans l’intimité d’une relation de confiance avec un envoyé politique, officiellement ou officieusement, et ce premier en arrive à être influencé par le second, invariablement à des fins nobles et envers la poursuite d’objectifs transformant pour le meilleur la vie de ses sujets.

Si au départ le décideur moyen-oriental est quelque peu soupçonneux et sur la réserve – il faut bien construire une tension narrative à dissiper par la suite – il n’en est pas pour le moins intrigué par cet intriguant opérateur externe « différent », et lui ouvre donc derechef l’accès à son monde, le faisant envers et contre l’avis de ses propres conseillers, autant circonspects que jaloux de leur prérogatives d’influence.

Rencontrant T.E. Lawrence (Peter O’Toole) pour la première fois sous sa tente dans le désert d’Arabie, le prince Faysal (Alec Guinness) lui rappelle, pour le garder quelque peu à distance, que d’autres amoureux de l’Orient, tels « Gordon of Khartoum », ont emprunté ce chemin par le passé. Le parcours de ce général et administrateur colonial britannique, Charles George Gordon, également surnommé « Chinese Gordon » et « Gordon Pasha » suivant ses autres missions en Chine et en Égypte, illustre plus en avant ce positionnement d’influence stratégique. Séduction, oui, mais service national d’abord.

Ce rapport, non de forces, mais de sentiments, dissimule bien entendu le but premier du conseiller bienveillant, à savoir remplir sa mission qui est d’obtenir l’alignement du décideur oriental sur une politique décidée en métropole. L’invisibilisation de l’assujettissement passe par la mise en scène d’une camaraderie qui viendrait transcender les différences au nom d’un service rendu au subalterne.

Cette camaraderie peut, parfois, se muer en véritable fratrie, à l’image d’un T.E. Lawrence rédigeant au lendemain de son aventure avec les Arabes, son opus majeur, Les Sept Piliers de la Sagesse, parsemé autant d’admiration pour ces derniers que de réprobations à l’égard de ses supérieurs britanniques. Elle peut aussi, souvent, demeurer un calcul hypocrite et efficace de l’agent capable de se jouer de la psychologie (fragile et dépendante) du politique orientale. Même s’il en arrive à développer empathie, voire sympathie, à l’égard de celui-ci, l’agent externe, un « missionnaire » cliniquement, est par la force des choses ramené à cette nécessaire distance, par le fil des évènements ou par quelque décision révélatrice de la nature « intrinsèque » du prince Oriental.

Dans le film Syriana (2005), le personnage de Matt Damon (Bryan Woodman, un représentant d’une compagnie pétrolière américaine) rencontre celui d’Alexander Siddig (Prince Nasir Al Subaai) dans un hôtel à Genève pour le convaincre d’introduire des réformes qui apporteraient démocratie, droit de l’homme et émancipation des femmes à son émirat du Golfe. Le touchant dithyrambe de bonne gouvernance du conseiller énergétique masque difficilement les intérêts de son mandataire commercial, de la même manière que celui d’indépendance de Lawrence occultait la mainmise britannique sur l’Arabie bientôt post-Ottomane ou encore que celui de Saul Berenson de dépassement des conflits voile l’administration néocoloniale de l’Afghanistan post-11 Septembre.

La tâche du conseiller bienveillant, que l’on rencontrera hors-fiction sous les traits d’un Thomas Friedman ou d’un Jared Kushner, est néanmoins rendu plus aisée par la demande despotique des leaders moyen-orientaux, qui, admiratifs et touchés par l’attention qui leur est portée, s’épanchent volontiers, avec ce partenaire, de façon fataliste sur leur fardeau d’avoir à diriger des peuples « arriérés » et « indisciplinés », et donc ingrats et incapables de les suivre dans leur haute mission de modernisation. Autant de paternalisme, élitisme et récits auto-gratifiants qui font bon ménage avec la mission orientaliste de leur proche-lointain conseiller.


Photos : © Homeland, 2020; Lawrence of Arabia, 1962; et Syriana, 2005

Open Season in the Age of Apathy

On January 21, 1996, the New York Times published a story entitled “Seeing Green; The Red Menace is Gone but Here’s Islam”. Five solid years before the events of ‘9/11’ forcefully unleashed a global moment in that direction, Islam had already been introduced or decreed as the new enemy – of the West, that is.

Notwithstanding the problematic nature of the “Islam vs. the West” construct, the reality is that the artifice has been successful beyond the wildest dreams of its proponents or adherents, from Bernard Lewis to Niall Ferguson by way of Samuel Huntington and Francis Fukuyama.

Close to a quarter century after that self-explanatory essay by Elaine Sciolino substituting midway into the post-Cold War the Muslim to the Communist as the needed bête noire (et marron), anti-Islam feelings have now vastly expanded across the world as discrimination, repression, and hostility towards Muslims have been routinized. In the event, Islamophobia features now as mere background noise of international politics.

In his new, paradigm-shifting book Europe and its Shadows – Coloniality after Empire, Hamid Dabashi offers a key insight on the misleading and skewed nature of the ideological tenet that has underwritten this past and current phase of global politics. As he writes: “In what particular way can the 1,400 years of civilizational unfolding of a world religion be summoned into just one word, ‘Islam’ – placed next to the allegorical gathering of a recent imperial concoction called ‘the West’ and offered as the towering binary of our time – be the explanatory frame of reference for the current events?…What happens to historical accuracies, analytical nuances, judicious cultural comparativism when it comes to ‘Islam and the West’”.

Such nuances and accuracies, as the Columbia University professor terms them, are indeed now widely absent, and the ‘Islam as a problem’ narrative has been normalized. As seen in the current flare-up between the United States and Iran, the cultural-religious narrative features alongside each new geopolitical crisis playing out in the region. It can be summoned or it can surface on its own, at will.

How did we get here?

To be certain, the colonial and the post-colonial experiences are the heart of the matter. Foundationally, however, it is the years following the Second Gulf War of 1990-1991 that had allowed the George H. Bush administration to turn the initially-empty-slate post-Cold War into a period of military interventionism in the Middle East. What had been done in a limited way and indirectly by way of the decade-long United Nations embargo on Iraq was then unleashed directly in 2003 with the George W. Bush administration occupation of that country.

Since then, and as the successive stories of Al Qaeda and the Islamic State materialized, the so-called 9/11 wars in Afghanistan, Iraq, Somalia, Libya, Yemen, and in the Sahel all played out back-to-back amidst a religious theme. By the time, President Donald Trump announced in January 2016, a racist ‘Muslim Ban’, the ground had been laid for the acceptability of that discriminatory measure.

Whereas that Trumpian high point of unprecedented contemporary institutionalized animosity towards Islam could have been a marker triggering de-escalation, it stood rather as the harbinger of a more insidious insertion of that disposition in the fabric of global politics. And so over the past three years, rather than simmering in Western societies, particularly those with a colonial past or an imperial present, the anti-Muslim bias traveled to Asia or resurfaced thereabout. Better yet, it was accompanied by tolerance of it in…Muslim societies.

Under the leadership of a former Nobel Peace Prize winner, Myanmar has been perpetrating a modern-day genocide against the Rohingya people since 2016. In parallel, China has been conducting another genocide on the Uighur community, sending millions to so-called ‘re-education camps’.

The crimes of Myanmar – which included infanticide – and of China on these Muslim groups have been widely reported and denounced by the United Nations, the International Criminal Court, human rights organizations, investigative journalists and athletes. In November 2019, the New York Times released 400 pages of leaked internal documents exposing the scale of the Chinese cultural genocide against the Uighur of whom reportedly three million are held in concentration camps.

By and large, however, these two genocides and Islamophobia more generally have been allowed to continue. Just as they did with the Myanmar ‘fallen icon’, many instead drew a line under the problem and moved on, sweeping aside dissonance in their favourite saviour narrative, and mezzo voce expressing ‘concern with Islam’, hardly dissociating the religion of one-fourth of the world’s population from its militant Islamist use. The tepidity has found itself replayed in social media where Facebook turned a blind eye on anti-Muslim hate.

It is in this degenerated context that India’s Narendra Modi was able to introduce in November 2019 a Trumpian Muslim Ban-like citizenship bill excluding Muslim refugees.

Not only have Muslim and Arab states not been vocal or active on this issue, but they have actually enabled and whitewashed it. It was not Saudi Arabia, where the holy sites of Islam are located, or the United Arab Emirates, which hosted a ‘tolerance’ summit in spite of their dismal human rights record, who took the initiative of filing a case against Myanmar before the International Court of Justice but Gambia. In July 2019, Saudi Arabia signed a letter defending China’s policies against the Uighurs. Earlier, in February, the country’s Crown Prince Mohammed Bin Salman, had already declared that China had “the right” to do so.

Such complicity and apathy in the face of fast-advancing anti-Islam policies and feelings is arresting at the dawn of a new decade. With those whose communities themselves are or have in the past been targeted by discrimination now onboard, one wonders what the next frontier is.

 


Illustration: Chinese Exclusion Act poster, 1882

Le Vietnam de l’Arabie Saoudite

Militairement, politiquement et stratégiquement, l’aventure de Mohamed Ben Salman au Yémen s’est avérée un désastre

Lorsque le président égyptien Gamal Abdel Nasser rendit l’âme en septembre 1970, prématurément à l’âge de 52 ans, beaucoup y virent le contre-coup physique et psychologique du choc de la défaite arabe en juin 1967 face à Israël. Certes, la Naksa avait indéniablement diminué à la fois le camp arabe et son leader de facto, Nasser, rendant ce dernier un fantôme politique les trois années qui suivirent. Pour autant, à l’examen historique, c’est un autre conflit, à savoir la guerre larvée au Yémen dans laquelle le président égyptien s’était impliqué depuis septembre 1962, déployant ses troupes en soutien aux nationalistes du nord-Yémen, qui, au cours de la décennie, avait graduellement anémié son armée.

À terme et à l’image de la guerre perdue militairement et politiquement par les États-Unis en Asie à la même époque, le Yémen, cet ingérable casse-tête, s’avéra bel et bien le « Vietnam » de l’Égypte et de Nasser. Aujourd’hui, c’est à un autre pays de la région et à un autre leader moyen-oriental que le Yémen est, petit à petit, en train de réserver le même sort : l’Arabie Saoudite de Mohamed Ben Salman.

Récemment nommé par son père, le roi Salman ben Abdelaziz al Saoud, ministre de la défense et vice-prince héritier du Royaume wahabite, l’ambitieux trentenaire décide le 26 mars 2015 de déclencher une intervention militaire pour mettre fin au chaos ambiant qui règne chez son voisin du sud depuis la chute du président Ali Abdallah Saleh, son remplacement par le pro-saoudien Abdrabbu Mansour Hadi et la montée en puissance du mouvement islamiste des Houthis de la secte Zaidi chiite et sa prise de contrôle de la capitale Sanaa.

Calquée sur les interventions américaines en Irak et en Afghanistan – briefings « format Pentagone » et campagne de communication à l’appui – l’invasion saoudienne est dotée du nom de ‘Asifat al Hazm (Tempête Décisive, autre référence à la « Tempête du Désert » des États-Unis en 1991 contre l’occupation irakienne du Koweït) à laquelle sont ralliés neuf autres pays arabes – le royaume pouvant être insistant auprès de ses amis-clients. Quatre ans et demi plus tard, nul des objectifs du blitzkrieg envisagé n’a été atteint et c’est l’envahisseur du nord qui est désormais sur la défensive ; les incursions yéménites en territoire saoudien se multipliant et redoublant d’impact.

Militairement, politiquement, économiquement et stratégiquement, l’aventure de Ben Salman au Yémen s’est avérée un désastre. Les milices Houthis sont devenues une force militaire des plus redoutables, mettant en pratique tout le volet des guerres asymétriques – véritable cauchemar pour une armée classique telle celle de Riyad formée et encadrée de longue date par les États-Unis – tout comme ils ont pu tenir tête aux mercenaires occidentaux soutenus notamment par les Émirats Arabes Unis, allié de l’Arabie Saoudite mais avec lequel des dissensions ont vu le jour depuis l’été dernier. Les combattants yéménites ont surtout inséré une donne des plus dangereuses pour Riyad en contre-attaquant par le biais d’une campagne soutenue d’attaques de drones. Le 14 septembre dernier, le siège de la principale compagnie pétrolière, Aramco, à Abqaiq a été visée par une flotte de dix-huit drones envoyés par les Houthis, paralysant de moitié la production nationale saoudienne et déstabilisant les marchés internationaux. L’opération de la mi-septembre avait été précédée par des attaques de drones similaires provenant du Yémen qui avait frappé l’Arabie Saoudite en août et en mai derniers.

Si Ben Salman, désormais prince héritier depuis juin 2017, a pu, pour l’heure, poursuivre impunément cette aventure-bourbier, c’est principalement grâce au soutien des États-Unis, mais également parce que la communauté internationale ferme les yeux de facto sur la tragédie humanitaire au Yémen. En avril dernier, une étude du PNUD estimait que si le conflit venait à prendre fin en 2019, il aurait déjà causé la mort de 233.000 personnes dont 140.000 enfants de moins de cinq ans, de nombreuses violations du droit humanitaire et de droits de l’Homme, ainsi que 89 milliards de dollars de pertes matérielles pour ce qui était déjà le pays arabe le plus pauvre. La décision de l’administration Trump – annoncée ce 10 octobre alors que la procédure d’impeachment du président américain s’accélère – d’accroître son soutien à Riyad en envoyant 3.000 soldats supplémentaires et en déployant son système Patriot de protection anti-aérienne indique que le conflit perdurera au-delà de cette année.

« Tout pouvoir repose sur un acte fondateur », avait appris Nicolas Machiavel à un autre prince. Le pouvoir du prince héritier saoudien, initialement JFKisé en « MBS » par la presse occidentale avant son implication dans le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre 2018 dans le consulat saoudien à Istanbul, n’est semblablement ni ce crime, ni les arrestations au sein de l’élite saoudienne en novembre 2017, ou même le conflit avec le Qatar divisant le Conseil de Coopération du Golfe, mais peut être bien plus l’invasion de ce Yémen qui a déjà été si préjudiciable à d’autres dirigeants arabes.


Illustration : Cristal qui Songe (The Dreaming Jewels) de Theodore Sturgeon ©J’ai Lu 1978

Whitewashing White Supremacist Terrorism

The euphemizing of white supremacist terrorism is a discriminatory practice long enabled by irresponsible media, populist policymakers, and tunnel-vision terrorism researchers

 

Terrorism at the hands of white supremacists has been treated differently than any other forms of terrorism. This historical trend has become widespread in the 2000s and 2010s. Media outlets, national governments, international organizations, scholars and researchers have in their vast majority consistently dealt with this type of terrorism in ways that were strikingly at variance with the terminology, policies, and analyses put forth to represent other terrorisms, notably radical Islamist terrorism.

If the August 3 and 4, 2019 terrorist attacks in El Paso, Texas and Dayton, Ohio in the United States have shown how untenable such bias has now become, and if more and more voices are coming forth to denounce this representational asymmetry and to call for political and societal remedies to the situation, the problem is deeper as it has been indulged for far too long. In many ways and for many, the current epiphany – embodied in an August 4 New York Times editorial, soon enough contradicted by angled coverage of President Donald Trump’s statements on the recent attacks, as US Representative Alexandria Ocasio-Cortez aptly noted – is too little too late. It is so because terrorism has been the single most important security question over the past two decades and, consequently, one of its major manifestations cannot be disingenuously misrepresented as either gun violence or mental health issues.

White supremacist terrorism or white nationalist terrorism (in the larger constellation of the “white power movement”, as Kathleen Belew examines it in her 2018 book Bring the War Home: The White Power Movement and Paramilitary America) has been the dominant form of terrorism in the United States over the past ten years.

Since 2009 – while public attention was near-exclusively focused on Al Qaeda’s and the Islamic State’s terrorism – close to 75% of the terrorist attacks in that country were committed by white supremacists. Similarly, White supremacist or right-wing terrorism is also the fastest growing type of terrorism globally. In 2017, out of 65 attacks round the world, 37 (that is 56.9 per cent) were committed at the hands of racist, Islamophobic, anti-Semitic, or neo-fascist attackers. The trend continued in 2018 as that year was the fourth deadliest on record for domestic extremist-related killings in the United States since 1970, with the murders overwhelmingly linked to right-wing extremists. And in 2019, FBI director Christopher Wray told the US Congress that most of the domestic terrorism arrests made so far this year have been associated with white supremacy.

As the evidence piled up, most news media conspicuously refrained from representing the violence as terrorism, policymakers did the same and terrorism researchers minimally examined the problem – overwhelmingly devoting their resources to the manifestation of radical Islamist terrorism.

Particularly consequential has been the resistance by most news media organizations to depict white supremacist terrorist attacks as precisely that. Time and again, including in the recent cases of El Paso and Dayton, the terror is referred to as “shooting” and the terrorist as “shooter”. This was so notably in the cases of the attacks in Charleston, South Carolina on June 17, 2015; Finsbury Park, London on June 19, 2017; Charlottesville, Virginia on August 12, 2017; Las Vegas, Nevada on October 1, 2017; Pittsburgh, Pennsylvania on October 27, 2018; Sutherland Springs, Texas on November 5, 2017; and Christchurch, New Zealand on March 15, 2019.

Whether against Muslims, African-Americans, Jews, or counter-protestors to a neo-Nazi march, these attacks were all factually terroristic in nature, not simply shootings or car-rammings. For all the debate about the definition of terrorism and the political subjectivity attached to it, these actions matched clinically the core elements of what terrorism is; specifically they were violent unlawful acts conducted illegitimately and indiscriminately against a non-combatant population with a view to further the advancement of a political, religious, or ideological goal by creating a psychological climate of fear beyond the physical limitations of the original act of violence.

And yet in London, the BBC initially referred to the Finsbury Park terrorist attack by Darren Osborn as a “collision” (in contrast to the same terrorist car-ploughing modus operandi used earlier in Nice, France on July 14, 2016), as did most other international media outlets. Policymaking tagged along. In Charlottesville, the terrorist James Fields was initially charged with one “hit-and-run count”. In Charleston, then-FBI director James Comey chose to not refer to the rampage as a terrorist attack. In the same vein – terrorism being also about attacks on property – the White House refused to call a terrorist incident the January 2-February 11, 2016 armed occupation of the Malheur National Wildlife Refuge in Harney County, Oregon by the Sovereign Citizen Movement militia.

Besides the shortcoming due to the widespread predisposition to readily see white supremacist terrorism differently than other terrorism, there is here the additional, outsized, and crucial factor of the litany of racist statements by US President Donald Trump which have been seized on by white supremacists to further their political agenda. Brenton Tarrant, who killed fifty-one people in the Christchurch attacks against two mosques, hailed President Trump as “a symbol of renewed white identity and common purpose”. Patrick Crusius, who killed nineteen people in the Cielo Vista Mall in El Paso, Texas, was an ardent supporter of Trump and his ideas against immigrants. The two communities targeted by the terrorists, Muslims and Latinos, had been repeatedly and explicitly vilified by President Trump.

The sum total of this problematic double-standard is that, whether unwittingly or wittingly, what can analogously be termed the ‘white privilegisation’ of white supremacist terrorism corresponds to a form of racism. In effect, the invisibilization of white supremacist terrorism is the combined result of the mainstream news media euphemizing the terror (invariably terming it a “shooting” or “incident”), politicians reflexively speaking of “mentally-disturbed” individuals when the terrorist is not brown or black, officialdom failing to prosecute right-wing terrorism under the relevant anti-terrorism laws (whereas anti-terrorism laws have been strengthened and expanded in most countries since 9/11), and researchers failing to properly decipher the contemporaneously-cementing patterns of neo-KKK, neo-Nazi, and neo-fascist terrorism.

Incessantly talking only radical Islamist violence, terrorism experts failed to contextualize the historical lineage of this other violence going back to the attacks by Anders Breivik in July 2011 in Norway – who bombed a government building before proceeding to a youth camp to kill 77 people –; Timothy McVeigh and Terry Nichols who truck-bombed the FBI offices in Oklahoma City in April 1995 killing 168 people; the assassination of the Denver, Colorado Jewish talk show host Alan Berg in June 1984 by members of the white nationalist group The Order, or indeed much earlier another form of terrorism that is never called thus, the racial terror lynching from the 1870s to the 1950s.


Illustration: Jackson Pollock, White Light, 1954

 

 

 

 

Palestine, Mississippi

Adoptant une dimension plus globale au cours de la décennie écoulée, la question palestinienne s’est déplacée du monde arabe et musulman à la sphère internationale. Cette évolution n’est pas anodine, s’inscrit dans une histoire longue et est révélatrice de la nature du climat politique à la fois dans le monde arabe et parmi les sociétés au sein desquelles le soutien à la cause palestinienne est allé crescendo, notamment aux États-Unis.

Alors que, depuis le Printemps arabe de 2011, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord se sont substantiellement moins mobilisés pour le règlement de la question palestinienne – question auparavant politiquement sacro-sainte mais désormais rétrogradée régionalement par les crises successives en Syrie, au Yémen et en Libye, ainsi que les transitions en Tunisie et en Égypte et le conflit en Irak – une nouvelle génération au sein des sociétés civiles en Amérique Latine, en Afrique, en Asie et en Europe a démontré plus d’intérêt, voire de militantisme, pour la Palestine.

Aux États-Unis, les intellectuels et militants Noirs américains ont, en particulier, de plus en plus exprimé leur soutien aux Palestiniens – et ce, au même moment où l’administration Trump a coupé 200 millions de dollars d’aide aux programmes dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Trois récents épisodes ont illustré cette mobilisation de façon significative venant souligner ce rapprochement entre la lutte des noirs américains pour leurs droits civiques et la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne. Le 28 novembre dernier, lors d’une intervention aux Nations-Unies à l’occasion de la Journée Internationale de Solidarité avec la Palestine (commémoration instaurée en 1977 par les Nations-Unies), Marc Lamont Hill, professeur à Temple University à Philadelphie en Pennsylvanie et analyste sur la chaîne d’information CNN, a appelé à « des actions locales et internationales pour obtenir la justice nécessaire en Palestine ». Suite à l’intervention de celui-ci, CNN a mis fin à sa relation avec le professeur Hill pour l’utilisation par ce dernier de la formule « du fleuve à la mer » associée à des sentiments antisémites. Hill s’est défendu de cette accusation indiquant qu’il rejetait l’antisémitisme et que son appel à la justice concernait « à la fois Israël et la Cisjordanie/bande de Gaza ».

Dans un article intitulé « Time to Break the Silence on Palestine » (il est temps de briser le silence sur la Palestine) paru dans le New York Times le 19 janvier, le professeur Michelle Alexander, auteur de The New Jim Crow – Mass Incarceration in the Age of Colorblindness, rappelant la montée actuelle de l’antisémitisme aux États-Unis et le danger réel que la critique des politiques du gouvernement israélien peut devenir antisémite, a dénoncé les « excuses et rationalisations »  et les « tactiques McCarthyiennes » qui président au silence sur « l’un des grands défis moraux de notre époque : la crise israélo-palestinienne » notant : « Nous nous devons de condamner les actions israéliennes : incessantes violations du droit international ; occupation continue de la Cisjordanie, Jérusalem-est et Gaza ; démolitions et confiscations de maisons… nous devons agir avec courage et conviction pour dénoncer le système de discrimination légale qui existe en Israël ».

Enfin, le 16 février dernier, le musicien John Legend, invité de l’émission Real Time with Bill Maher du comédien Bill Maher sur la chaîne télévisée HBO a déclaré, lors d’une discussion avec l’ex-conseiller du président George W. Bush, David Frum, que « les progressistes aux États-Unis se doivent de défendre les droits humains des Palestiniens » et que cette question a été déséquilibrée depuis trop longtemps. Il est temps que tous ceux qui se disent progressistes « se fassent entendre » sur ce sujet a ajouté Legend.

Peut-être encore plus révélateur de ce moment est le volte-face qu’a du faire, en janvier, le Birmingham Civil Rights Institute (BCRI) en Alabama. Sous le feu de pressions de certains groupes, l’institut avait décidé d’annuler sa décision de récompenser la militante historique pour les droits civiques et universitaire, Angela Davis, en lui attribuant son prix annuel des droits de l’Homme, le Fred L. Shuttlesworth Human Rights Award, au vu des positions de celle-ci à l’égard des politiques israéliennes envers les palestiniens. Rapidement, la décision a été fortement critiquée par de nombreux leaders, dont le maire de Birmingham, quelque 500 professeurs qui ont signé une lettre de soutien ainsi que le groupe Jewish Voice for Peace, amenant le BCRI a ré-inviter Davis a accepter le prix.

Ces épisodes soulignent le renouveau plus large de l’internationalisme afro-américain et de ses liens d’antan avec le tiers-mondisme. La relation entre les Afro-américains et les palestiniens remonte aux années 1960 et s’inscrit, en effet, dans des solidarités qui se sont exprimées régulièrement. Pour autant, le contexte précédent était qualitativement différent, à savoir celui de la concomitance de la décolonisation au Sud et de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. À la suite de Malcom X – le premier à aller dans ce sens – Angela Davis, Robert F. Williams, Stokely Carmichael et Harold Cruse, parmi d’autres, avaient élaboré une vision liant le colonialisme et le racisme dans une logique de systèmes co-constitutifs. Aujourd’hui, ces liens et cette perspective sont ravivés alors que les tensions raciales augmentent à nouveau au États-Unis et que la question palestinienne demeure irrésolue.

Si la question palestinienne a, certes, toujours fait l’objet d’un mouvement international de solidarité, celui-ci s’était ralenti durant les années 1990 et les années 2000. Mis à part une forme de fatigue du problème et les stratégies changeantes des Palestiniens – cristallisés dans la virulente opposition Fatah/Ramallah-Hamas/Gaza depuis 2006 – la question palestinienne a également fait les frais de l’évolution de l’espace politique arabe lui-même accaparé de loin en loin par une multitude de dystrophies politiques issues principalement de l’autoritarisme local et de l’interventionnisme externe. Plus généralement, et paradoxalement à la faveur d’une ouverture post-printemps arabe, les populations du monde arabe, provinciales à souhait, sont de moins en moins mobilisées pour des questions de solidarité internationale se recroquevillant sur des débats principalement nationaux et régionaux.

Aussi, le déplacement de la question palestinienne et son retour à la scène internationale sont fortement marquée par cette intersectionnalité, comme le note le professeur Khaled Beydoun, entre des mouvements tels Black Lives Matter et les Palestiniens – ces derniers ayant été parmi les premiers à soutenir les Afro-américains au lendemain des émeutes de Ferguson en août 2014 – ou le rôle joue par les femmes dans ces deux luttes.

Cette solidarité croissante en Occident à la cause palestinienne au nom de l’indivisibilité de la justice demeure néanmoins limitée par des tendances plus fortes qui relativisent cette évolution.  En Europe, l’islamophobie et l’antisémitisme sont en hausse à la faveur d’une montée en puissance des droites extrêmes souvent ralliées aux positions du gouvernement israélien sur cette question. Aux États-Unis, même si la question divise de plus en plus et peut être plus que jamais, le soutien à Israël demeure largement majoritaire.

Au final, résume l’historien israélien Ilan Pappé, « l’inertie politique, la timidité des élites politiques occidentales et les évènements en Syrie et en Irak (ainsi que leur impact sur l’Europe) » expliquent pourquoi  cela prendra du temps avant que l’Occident ne formule une nouvelle approche à la Palestine. Mais, ajoute-t-il – et alors qu’un sondage indique qu’un jeune israélien sur quatre soutient le droit au retour des palestiniens – la scène changeante internationale à l’égard de la Palestine doit nous amener à soutenir une nouvelle vision sur la question palestinienne.


Photo : Le militant afro-américain Eldridge Cleaver et son épouse Kathleen Cleaver dans les rues d’Alger en couverture du magazine The Black Panther, 9 août 1969.

The Mini-Mezation of Arab Autocracy

Unable – like all autocracies – to hear the swan song and exit gracefully, Arab authoritarianism has found a new way to cling to power: tactical infantilization. In strikingly-comedic vignettes, were it not for the urgency of the political crises hitting both of their countries, Algerian President Abdelaziz Bouteflika and Libyan dictator-in-the-making Khalifa Haftar recently appeared at press conferences with a child by their side.

The obvious attempt was to woo their audiences – one can hardly speak of a constituency – in feeling sympathy to the falling Bouteflika and the rising Haftar.

To be sure, the public relation technique of showcasing relatives has, since at least the JFK and Jackie early 1960s Camelot days, become quite the routine technique for politicians round the world in need of deflecting any crisis or navigating a turbulence zone. In that sense, Arab autocrats are no exception in being unimaginative and manipulative, and indeed leaders such as Jordan’s King Abdallah II and Syria’s Bachar al Assad have regularly made extensive use of this, including as regards their respective spouses and in hiring Western public relation firms.

What the simultaneous 2019 Bouteflika/Haftar moment reveals, however, is slightly different – a combination, at different ends of the political life spectrum, of a similar trick used rather nonchalantly and, as it were, unconvincingly. For the Algerian demonstrators clamoring to end a clanic 56-year old system will hardly be coaxed into halting their calls for democracy upon such sights of humanity. Similarly, the road to Tripoli is through a fight-to-the-finish about the northern corridor held by the Misrata militias, not a matter of winning Libyan hearts and minds.

The little boys episode is also importantly a sign of the times of the impasse reached by Arab political transformation. Having, for now, survived the 2011 Arab Spring tsunami, several of these regimes have successfully repackaged authoritarianism, a systemic closure branded now unashamedly as a viable long-term political development option, as vividly depicted in the case of Egypt’s Abdelfattah al Sisi reelected potentially for the next eleven years.

The cosmetics of the affair also speak to another dimension of the degeneration of an Arab polity in which the ‘strongman’ and ‘stability’ stratagem have been dusted off, showing an uncanny resilience in their deceitful power. That Faustian bargain has, however, always been successful thanks primarily to the role of Western major powers. Once only hypocritical or tacitly supportive – of, say, Zein al Abidine Ben Ali’s or Hosni Mubarak’s corrupt regimes – the current leaders of these democratic countries are now actively contriving the forging ahead of the new breed of Middle Eastern and North African authoritarianism.

In Saudi Arabia, Mohammad Bin Salman’s alleged ordering the assassination of Jamal Khashoggi has been all but whitewashed with the help of the White House and other Western leaders, and in Libya the international bandwagoning behind a warlord (described as “an insurgent combating terrorism”) is getting crowded ahead of a likely coronation in the name of chaos-avoidance.

Though not to that extent, physical rejuvenation was tried before in the region. In the late 1990s, the Egyptian sociologist Saad Eddin Ibrahim ironically coined the double-entendreGamlaka” to capture the nepotistic manner in which Mubarak was increasingly putting forth his son Gamal as heir apparent to the presidency – in so doing turning the republic (gamhouriya) into a monarchy (mamlaka).(Ibrahim was summarily put in house arrest and, later, jailed.) In 2000, that is precisely what took place in Syria when the son of the dictator Hafez al Assad was installed in power upon the death of his father – a position he retains. Others in that mold feature Saddam Hussayn’s sons Uday and Qusay and Muammar Gaddafi’s son, Saif al Islam.

Gamlaka, however, travels, and the global reach of nepotism can not yet be minimized as one can now listen to the daughter of the current US president speak security at the Munich conference or see her turn down the directorship of the World Bank.


Picture: Former Algerian President Abdelaziz Bouteflika and Libyan General Khalifa Haftar, 2019.

Si le terroriste n’est pas musulman

1. Il ne s’agit pas immédiatement de terrorisme ; c’est une « attaque », une « fusillade », un « incident » ou un « massacre ».

2. Il ne s’agit pas forcément de terroriste ; c’est un « tireur » ou un « assaillant ».

3. Son nom n’est pas diffusé immédiatement et son visage est flouté.

4. Ce n’est pas un monstre criminel, mais un « dérangé » ou un « taré » qui avait des « problèmes psychologiques ».

5. Le président des États-Unis peut considérer que le terrorisme d’extrême-droite ne constitue pas un problème sérieux alors que 73.3% des attaques terroristes depuis 2009 aux États-Unis sont le fait de suprémacistes blancs.

6. Le manifeste de haine du terroriste et son apologie du terrorisme ainsi la vidéo qu’il a filmé en direct de ses meurtres sont mis en ligne par des grands quotidiens.

7. La philosophie du terroriste fait l’objet de discussions sur les peurs justifiées pour certains du « grand remplacement ».

8. On s’interroge comment un «petit garçon blond », l’un des nôtres, a pu devenir un tueur.

9. Celui qui consigne cette asymétrie de représentation est accusé d’être défensif.

10. Nous ne sommes pas « tous musulmans ».


Photo : Mississipi Burning d’Alan Parker, © Metro Goldwyn Mayer, 1988

The Sublime Porte is Open Again

On October 27, 2018, Turkish President Recep Tayyip Erdoğan hosted President Vladimir Putin, German Chancellor Angela Merkel, and French President Macron. The occasion was an unremarkable umpteenth special summit on Syria. Appearances were, however, deceiving. For seldom had a seemingly banal diplomatic encounter embodied so many larger signs of the times in recent Middle Eastern history. That both Russian and German leaders had been a mere year ago at odds with the Turkish president, enmeshed in respective nasty crises and committed to punishing Turkey, only to find themselves just about summoned to Ankara by their foe was extraordinary in and of itself. In a striking reversal of fortune, here they were both sitting as ‘collaborative guests’, so to speak, of a President Erdoğan in full neo-Ottoman effect.

What, secondarily, was equally extraordinary was that this was a head of state who, two summers ago, was minutes away from being forcefully driven out of office – awol for several hours – by an ultimately-failed coup led by his own military forces. To be certain, Turkey had known five such coups since Kemal Atatürk’s era ended in 1938, with the army regularly stepping into politics until the late 1990s. The failure of that latest attempt was due not merely to a plan gone awry or the ability of the target to elude those seeking to unseat him, but more so to Turkey’s society spontaneous – however divided and in significant quarters resentful – decision to turn the page of such military changes. Never recognized as such in Western media single-thematically focused on Erdoğan (Islamic) figure and his authoritarianism, this was, for all intents and purposes, a de facto sign of Turkey’s democratic coming-of-age.

Neither, however, Erdoğan’s power move summoning of Putin and Merkel nor that de facto authoritative ending of a seventy-year old army tradition were the tell-tale sign of the October 27 Ankara meeting. What was crucially important about that gathering is that it took place at the height of the Jamal Khashoggi affair; a matter handled deftly and shrewdly by an Erdoğan proceeding much like Lieutenant Columbo, as Hamid Dabashi insightfully put it. The deeper meaning was elsewhere: in calling for such a meeting and making it happen the way it did, Erdoğan was in effect confirming a regional power displacement.

For once, in current affairs that are too often about the photo op, the optics were less important than the subtext.

Let there be no doubt: Turkey is now the leader of the Middle East, or at least in pole position for the time being. Saudi Arabia has been dethroned – principally by its own making in cavalierly shedding decades of stability (however conservative and sterile) and indulging Mohammad Bin Salman’s shenanigans and covering his crimes, in Istanbul for that matter. Iran is too questioned regionally and has gone back to being controversial internationally, as well as increasingly fragile domestically with repeated terrorist attacks on its soil (a rarity until recently), to claim a top spot it has always coveted but could never fully reach. The rest are a supporting cast jockeying for position, with Qatar, whom Turkey had assisted when Saudi Arabia led an overnight embargo against Doha in 2017, an indirect winner of the current sea change, and Abdelfattah al Sisi’s Egypt a loser which can probably lose more in the next phase as its sponsor Saudi Arabia turns inward to fix a crisis of historical proportions.

Recep Tayyip Erdoğan has always been a complex and divisive figure. For the West, irremediably unable to accept an independent, democratically-elected Muslim leader. For the Middle East and North Africa, shunning Erdogan’s paternalistic ways, notably in the wake of the Arab Spring when he unsuccessfully toured the then-thought-to-be new democracies to roadshow “the Turkish model” – before returning to find a Taksim Square following in the footsteps of a Tahrir Square. For his population, in majority voting for him repeatedly but a country nonetheless deeply uneasy as to the man’s increasingly despotic rule – Turkey, a nation wooed by the engineering of a return to a certain greatness underwritten by spectacular economic success but a people too vested in historical matters to swallow unquestionably neo-dynastic ways. On the fateful night of the failed August 2016 coup, the pendulum swung in favor of going along what had been achieved since the late 1990s – and probably not so much for Erdoğan sake but rather for a cementing of ‘the new Turkey’ whatever that is and whoever leads it.


Illustration: Ivan Aivazovsky, View of Constantinople by Evening Light, 1846

La Chute de la Maison Saoud 3.0

Il est communément admis que l’Arabie Saoudite survit à toutes les crises. Depuis près d’un siècle, lorsque l’Arabie précédemment « Hachémite » devient « Saoudite » en septembre 1932  suite à la fin de la conquête de la péninsule (entamée en 1902) par Abdelaziz Ben Abderrahmane Al Saoud, issu de la région orientale du Najd, le royaume a, d’abord, connu l’important défi du nationalisme arabe porté par le président égyptien Gamal Abdel Nasser durant les années 1950 et 1960. La monarchie a ensuite fait face à la révolution iranienne en 1979, un séisme religieux chiite, compétiteur et hostile au Wahhabisme saoudien. Une décennie plus tard, ce sont les ambitions régionales militaires de Saddam Hussein et la crise puis guerre du Golfe de 1990-1991 auxquelles Riyad doit faire face. Dix ans plus tard, les opérations terroristes du 11 Septembre 2001 contre l’allié américain, qui ouvrent l’ère de la « Guerre contre le Terrorisme »,  sont le fait de 19 assaillants dont 15 saoudiens, mettant à mal la relation avec Washington. Enfin, en 2011, le vent du printemps arabe ébranle tous les dirigeants du monde arabe, et ce jusqu’au Bahreïn voisin forçant Riyad à intervenir militairement à Manama, sous mandat du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), pour mettre fin à la révolte dans ce pays. Tous ces tests – et d’autres, tels, régulièrement, le conflit arabo-israélien, le militantisme des Frères Musulmans ou encore les attaques d’Al Qaida durant les années 1990 et 2000 puis celles de l’État islamique au cours de cette décennie – ont, de fait, été passés avec succès par le régime saoudien.

Peut-on alors, au lendemain de l’affaire Jamal Khashoggi, parler une fois de plus, d’une crise qui « risquerait d’emporter le régime à Riyad » ? N’y-a-t-il pas un risque évident de se tromper précisément à la lumière de cette si singulière capacité saoudienne à surpasser tous les défis politiques (peut-être parce que l’argent est le nerf de la guerre) ? Si, toutefois, le vent semble tourner différemment et avec plus de puissance cette fois ci, comment lire historiquement cette actualité si potentiellement conséquente sur la résilience du pouvoir ? De quand, ensuite, dater l’entame de cette hypothétique chute de la Maison Saoud ?  Faut-il, de façon précipitée et opportuniste, la décréter aujourd’hui à la suite d’une affaire Khashoggi encore en cours et qui n’a pas entièrement livré tous ses secrets ? Doit-on plutôt voir le début de la fin lorsqu’en août 1990, le roi Fahd invite les troupes américaines à entrer dans le pays afin de faire front à Saddam Hussein – invitation que le concitoyen du souverain Fahd, Osama Ben Laden, citera plus tard dans ses déclarations de guerre contre l’Amérique en 1996 et 1998 parmi les causes de son casus belli à l’égard d’à la fois, le royaume (frappé en 1995 et en 1996) et les États-Unis (ciblés en 1998, 1999 et 2001) ?

S’agira-t-il, plutôt, de remonter plus loin et nommer le passage de bâton en 1953 entre le fondateur du royaume, Abdelaziz Saoud, et ses fils (Saoud, Faysal, Khaled, Fahd, Abdallah, Nayef et, aujourd’hui, Salman) le moment d’inévitable mouvement du déclin par héritage politique et non victoire militaire comme lui l’avait fait ? Ou peut-on parler d’un inévitable moment de résolution de la sorte dès l’entame de l’intenable aventure saoudienne elle-même ? Intenable parce qu’inscrite contre la marche de l’histoire, à la fois de la région et d’un nouveau siècle tentant une modernisation par l’État-nation. Intenable peut-etre aussi parce qu’ancrée presque exclusivement dans la disponibilité d’une rente énergétique (limitée) et le soutien d’une superpuissance (lunatique). En 1996, le journaliste palestinien Saïd Aburish signait un ouvrage intitulé The Rise, Corruption, and Coming Fall of the House of Saud dans lequel il prédisait que le régime saoudien, « décomposé », finirait comme celui du Shah d’Iran en 1979 en raison de sa corruption et décrivait les étapes de cette chute à venir. La Maison Saoud a survécu à Aburish, décédé en 2012.

Si donc, tout invite à la prudence, on peut, néanmoins, aujourd’hui s’aventurer avec plus de certitude à voir poindre le début d’une « fin » saoudienne différente et qui ne viendra pas – et c’est toute l’erreur des Cassandres précédents – d’une opposition externe ou quelque ennemi déterminé, tel, par exemple, l’Iran ou un groupe armé militant, mais bien plus simplement de l’intérieur même de la famille Saoud elle-même. Aussi, il est tout autant communément admis que le père de la sociologie moderne, le nord-africain Ibn Khaldoun, a, dans son observation de l’avènement et déclin des dynasties articulée dans son Introduction à l’Étude de l’Histoire (1377), établi l’axiome selon lequel la troisième génération est celle qui entame la chute d’un régime politique. Et de fait, tout à leurs styles forts différents, les héritiers directs d’Abdelaziz Saoud avaient réussi à tenir la maison ; et ils le firent principalement en raison du respect de la règle sacro-sainte de consensus et d’équilibre entre les différents membres de la famille.

En s’attaquant à cet équilibre, certes par nature précaire, Mohammed Ben Salman a ouvert une boîte de Pandore des plus remplies. De plus en plus de Saoudiens vont, désormais, être en mesure d’entamer une remise en question de la nature de leur système politique. Et cette opposition naissante, issue de l’humiliation internationale que connaît leur pays aujourd’hui, constituera peut-être un réveil politique inattendu, là où l’opposition au régime avait longtemps été majoritairement religieuse ou issue de l’élite (à l’image de Khashoggi lui-même ou encore Ben Laden).

Puis en cherchant à charmer un Occident qui a toujours trouvé le royaume rébarbatif, acceptant de traiter avec uniquement par motivation pécuniaire – comme l’admis en pleine affaire Khashoggi le président Donald Trump – Ben Salman a ensuite péché à la fois par amateurisme politique et par vanité personnelle tant il pensait les effets du marketing magiques et irrésistibles. Au final, tel l’aristocrate londonien Dorian Gray du dix-neuvième siècle qui, dans le pénétrant roman d’Oscar Wilde, voulait, à tout prix, perpétuer éternellement sa jeune image d’une vie hédonistique, son hideuse réalité fut accidentellement révélée par le tableau qu’il fit lui-même peindre et qui illustra chacun de ses vices.


Photo: Albert Lewin, The Portrait of Dorian Gray, © Metro Goldwyn Mayer, 1945.