Avant Le Tombeau des lucioles et Le Voyage de Chihiro, il y a eu Heidi

Le Landesmuseum Zurich, ou Musée national suisse, propose en ce moment une exposition consacrée au dessin animé japonais Heidi réalisé en 1974. Les 52 épisodes qui composent cette série ont, grâce à son immense succès, aidé à promouvoir l’image de la Suisse au Japon et dans le monde entier. Cet anime (mot désignant les dessins animés et films d’animation provenant du Japon) a même connu un joli succès en Suisse. L’exposition, qui se termine le 13 octobre 2019, revient sur sa conception et notamment sur la visite préparatoire en 1973 en Suisse et en Allemagne à laquelle participèrent Yoichi Kotabe (character designer – Panda Petit Panda; Super Mario Bros.; The Legend of Zelda; Pokémon), Hayao Miyazaki (animateur – Nausicaä de la vallée du vent; Mon Voisin Totoro; Porco Rosso; Le Voyage de Chihiro), Junzo Nakajima (producteur – Conan, le fils du futur; Princesse Sarah), et Isao Takahata (réalisateur – Horus, prince du Soleil; Le Tombeau des lucioles; Le Conte de la princesse Kaguya).

 

 

Aujourd’hui, Heidi est encore très populaire au Japon. On trouve facilement du merchandising estampillé «Heidi» dans les magasins pour enfants ou les boutiques de bricolage, tandis qu’en Suisse la série est toujours disponible en DVD en français comme en allemand. Cette exposition de trois mois était accompagnée d’un symposium de deux jours qui s’est tenu fin août 2019, soutenu entre autres par des organisations promouvant les échanges entre la Suisse et le Japon.

Heidi in Japan est située dans un peu à l’écart du musée. On y est tout d’abord accueilli par un montage suspendu offrant un effet assez laid (on l’aperçoit dans la vidéo ci-dessus), peut-être censé représenter comment se compose un plan de film d’animation. Ensuite, on enchaîne sur une série de photographies assez fascinantes montrant les quatre membres de l’équipe visitant la campagne et les montagnes suisses. Puis viennent des documents de production: photos et dessins en repérages, esquisses, croquis, dessins définitifs, recueils de dialogues, storyboard… que l’on ne peut évidemment pas consulter. Une vitrine montre des objets associés à l’anime et commercialisés au Japon. Pour terminer, une salle de projection passe un épisode de la série.

 

Les trois premiers depuis la gauche : Hayao Miyazaki, Yoichi Kotabe et Isao Takahata. Photo prise par Junzo Nakajima. L’exposition propose d’autres images, cependant il n’était pas permis de prendre des photos.

L’exposition m’a déçu, notamment parce qu’elle se visite en une poignée de minutes. Les objets exposés sont magnifiques mais relativement peu nombreux. Surtout, le travail de médiation accompagnant les visiteurs et visiteuses est très léger. Il y a peu de contextualisation. À l’issue de la visite, on ne comprendra pas l’importance de ce dessin animé dans l’histoire de l’animation japonaise, ni dans les carrières des quatre personnes ayant fait le voyage du Japon en 1973, ni pour le tourisme en Suisse, etc. Il faut alors consulter des sources en dehors de l’exposition.

Si elle échoue dans sa médiation, il faut garder en tête que l’exposition propose d’admirer les dessins originaux d’un moment historique dans le développement de l’industrie de l’animation au Japon comme pour le développement touristique de la Suisse. Ce qui est non négligeable et excusera aux yeux de certains la relative brièveté de l’exposition. On a le sentiment que celle-ci était un prétexte pour le symposium… ou le contraire. À noter que le reste de l’aile du musée où est située l’exposition est lugubre, froide, très vide, et que je n’ai pas eu beaucoup de plaisir à la visiter.

 

 

Pour information, dans la boutique du musée, l’espace consacré à Heidi est restreint. Il existe un livre de l’expo, traduit en trois langues, intéressant mais relativement cher pour sa brièveté. Il sera cependant nécessaire pour pouvoir apprécier l’expo, de même que les communiqués de presse mis en ligne:

 

En conclusion, si vous venez à Zurich pour cette exposition, n’oubliez pas d’inclure d’autres points d’intérêt dans votre voyage.

 


 

Encore plus de lecture!

 


L’image d’en-tête est tirée du matériel mis à disposition par l’organisation de l’exposition. Le dessin original est l’oeuvre de Yoichi Kotabe.

 

Yannick Rochat

Yannick Rochat

Yannick Rochat est premier assistant à l'Université de Lausanne et chercheur en digital humanities, un domaine où se rencontrent informatique, mathématiques et sciences humaines et sociales. Ses travaux portent notamment sur les réseaux, les twitterbots, les game & play studies, et les archives de journaux. Mathématicien de l'EPFL, il est également docteur en mathématiques appliquées aux sciences humaines et sociales de l'UNIL.

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