Terrifier ses amis n’a jamais été aussi amusant

Cette année, le cours « Science et Littérature » donné en deuxième année de Bachelor à l’EPFL en collaboration avec l’UNIL GameLab invitait les étudiant-e-s à analyser des jeux vidéo. Deux étudiantes se sont intéressées à un jeu en pleine campagne de financement participatif: Hell Eluja. L’occasion de les inviter à synthétiser et adapter leur travail au format d’un billet de blog, et ainsi coller à l’actualité.

Merci à elles d’avoir accepté l’invitation, ainsi qu’à Marc Atallah d’avoir approuvé la démarche.


Hell Eluja

par Ryker Ben Ali et A. Donnet

Dans le cadre du cours de Science et Littérature (Collège des Humanités, EPFL) donné par Marc Atallah, nous avons eu l’occasion de tester et analyser Hell Eluja, un jeu d’horreur asymétrique disponible pour Android et Gear VR développé par Oniroforge, un studio de développement fribourgeois composé d’une artiste, d’un programmeur et d’un game designer.

Hell Eluja est né de la fusion de deux idées. La première est un jeu créé lors de la Global Game Jam 2016. Le thème « Rituals » et l’envie de développer un jeu en réalité virtuelle avaient alors engendré la toute première version d’Hell Eluja, un jeu d’horreur en noir et blanc au style graphique très « bande dessinée ». La deuxième consiste en un projet de jeu pour deux joueurs dans lequel l’un doit s’échapper d’un labyrinthe tandis que l’autre y dépose des monstres. La rencontre de ces deux univers a permis d’aboutir au gameplay actuel d’Hell Eluja que l’on peut définir ainsi: tandis que l’un tente de s’évader d’un terrifiant donjon virtuel, l’autre endosse le rôle d’un maître de donjon sadique et sans pitié.

 

Le maître du donjon

L’un des joueurs, le maître du donjon, voit sur sa tablette ou son smartphone le plan du donjon. En collectant des ressources au fil du temps, il pose dans les couloirs des caméras ou des monstres dans le but d’attraper le héros. Il a l’avantage de connaître tout l’environnement du jeu, à l’exception de la position du joueur. Cette position avantageuse sur l’autre exacerbe le sentiment de compétition: personne ne veut perdre en étant donné gagnant au départ.

Le héros

Incarner le héros semble de prime abord être une position désavantageuse donnant envie de relever le défi et l’emporter, mais une fois dans le donjon ce n’est plus l’esprit de compétition qui prime. En effet, l’instinct de survie le plus primaire va alors prendre le dessus, car dans Hell Eluja l’environnement est conçu pour porter la peur et l’angoisse à leur paroxysme. Du champ de vision court et étriqué au gameplay one-button, des restrictions dans les déplacements – on ne peut avancer que dans la direction dans laquelle on regarde, sans pouvoir courir – à l’absence de musique au profit de bruits d’ambiances, tout est fait pour ajouter au stress. Rester sur place n’est pas une option, il faut survivre.

Influences

Les influences de ce jeu sont multiples, les différents membres de l’équipe ayant tous une expérience riche et une large culture en matière de jeux vidéo. Elles se ressentent fortement dans le jeu. Pour l’ambiance, on peut citer en premier lieu Diablo III (Blizzard, 2012) et Dark Souls (FromSoftware, 2011–2016). L’atmosphère d’Hell Eluja fait également écho à la série des Castlevania (Konami, 1987–2017) ou au jeu horrifique Slender: The Eight Pages (Parsec Productions, 2012). Le style et le gameplay, quant à eux, rappellent des jeux de plateaux tel Descent: Journeys in the Dark (Fantasy Flight Games, 2012) et des jeux de rôle, avec une ressemblance manifeste entre le “maître du jeu” et le maître du donjon. On peut également citer l’influence de ZombieU (Ubisoft, 2012) et de Keep Talking and Nobody Explodes (Steel Crate Games, 2015) pour leurs gameplays asymétriques. Enfin, les décors et monstres sont hérités de tout un catalogue d’images de films d’horreurs, mais aussi d’imageries biblique et satanique.

Conclusion

Pour conclure, il est intéressant de se rendre compte à quel point tout dans Hell Eluja a été conçu dans l’idée de faire un bon jeu d’horreur asymétrique en VR. Des graphismes au gameplay, chaque design de monstre ou de décors et chaque mécanique ont été pensés pour maximiser les émotions de peur et le stress infligés au héros pour le plus grand plaisir du maître du donjon. Hell Eluja a entre autres gagné le prix du public au Stunfest de 2016, ce qui est d’après nous largement mérité.

Hell Eluja est sorti le 1er novembre en démo publique et gratuite. Celle-ci met à disposition un niveau – le monastère – ainsi que deux monstres: le « boucher » et la « nonne ». De nouvelles cartes et de nouveaux monstres sont à venir en DLC. Pour cela Oniroforge a lancé un kickstarter. Ce financement pourrait également amener le portage du jeu sur d’autres plateformes comme l’HTC Vive ou l’Oculus Rift.

Ryker Ben Ali et A. Donnet

 

 


L’image d’en-tête est tirée du dossier de presse du jeu.

Yannick Rochat

Yannick Rochat

Yannick Rochat est premier assistant à l’Université de Lausanne et chercheur en digital humanities, un domaine où se rencontrent informatique, mathématiques et sciences humaines et sociales. Ses travaux portent notamment sur les réseaux, les twitterbots, les game & play studies, et les archives de journaux. Mathématicien de l’EPFL, il est également docteur en mathématiques appliquées aux sciences humaines et sociales de l’UNIL.

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