En Suisse, les jeux vidéo de demain (vu de 2017)

Pro Helvetia a rendu publique la liste des 23 jeux vidéo retenus à la suite du premier appel à projet de «Culture and Business», son nouveau programme de soutien au jeu vidéo après «Game Culture» et «Mobile». Les projets pouvaient être de quatre types: concept, prototype, réalisation, ou distribution. (Pour en savoir plus, voir le billet que j’avais rédigé sur ce sujet en juin.)

Parmi les projets retenus, on décèle des noms connus mais aussi de nouveaux arrivants qu’il va falloir garder à l’oeil dans les mois et années à venir. Voici un survol des jeux ayant obtenu un soutien de Pro Helvetia.

Concept

Dans cette catégorie, sept projets ont été retenus. Il s’agit de concepts de jeux – même pas de prototypes – ayant séduit le jury. Les récipiendaires reçoivent une somme pouvant aller jusqu’à 5000 CHF pour creuser l’idée présentée.

Et… je ne connais aucun des projets retenus dans cette catégorie, ce qui me semble – mais c’est un peu prétentieux de ma part – être un bon signe pour la relève. Des noms qu’il faut pour l’instant se contenter de mémoriser:

  • AR Flowers – «AR Flowers»
  • Maria Guta – «iMultiply»
  • Xavier Heimgartner – «Scrap Bots»
  • Tabea Iseli – «AVA»
  • Quentin Lannes – «Far-Fetched»
  • Robbert van Rodden – «The Journey of Europe»
  • RMDD GmbH – «Foolhardy Company»

Prototype

La condition requise pour entrer dans cette catégorie était de présenter un prototype – plutôt à l’état de proto-prototype – ainsi qu’un business plan.

Le jury a retenu sept jeux et cette fois j’en connais la majorité, ayant même parfois eu l’occasion d’en parler sur ce blog.

Tout d’abord, notons la présence de deux projets romands. Créé dans le cadre de la HEAD par Sarah Bourquin, Jessica Friedling, Valérie Pierrehumbert et Eun-Sun Lee, j’ai eu l’occasion de jouer à Darklight lors du Salone Ludico: une exposition de jeux vidéo créés par les étudiantes et étudiants du Master en Media Design de la Haute École d’Art et de Design de Genève (HEAD) et organisée dans le cadre du Salone internazionale del Mobile di Milano d’avril 2017. J’espérais à l’époque pouvoir trouver le temps d’écrire un compte-rendu de cette visite et suis dès lors très heureux de retrouver ici un des jeux de ce salon ludique.

 

 

Le second jeu retenu est Colorful Darkness, par David “Captain WIP” Roulin, Sarah Pochon, Sandrine Pilloud et Daniele Santandrea. J’en parlais dans mon compte-rendu de la Gamescom 2017, où je présentais également Retimed, un jeu créé par une étudiante et un étudiant de la filière Game Design de la Zürcher Hochschule der Künste (ZHdK), qui était mon coup de coeur à Cologne cette année. Je suis heureux de le retrouver ici comme lauréat.

Parmi les quatre autres jeux primés, Letters est un projet poétique jouant avec le texte sur plusieurs niveaux. Il est également réalisé par une équipe issue de la ZHdK. Mundaun est le jeu d’une équipe lucernoise. Dans les nombreux visuels dévoilés, il montre une ambiance très sombre et une esthétique unique. Quant à lui, Baba Yuga est un jeu originaire d’Argovie dans lequel un enfant doit aider son âne en ouvrant le chemin afin que celui-ci puisse tranquillement avancer le long de la route, de gauche à droite, tirant sa charrette. Le dernier jeu retenu de cette catégorie est Stop, Ampeltime!, une simulation de gestion de traffic automobile réalisée par un Bernois.

 

 

Réalisation

Voici la catégorie principale, où un montant pouvant s’élever à 50’000CHF récompense un projet déjà bien avancé (prototype + business plan + pitch en personne chez Pro Helvetia). Dans ce cas, en plus de devoir convaincre avec un jeu tournant déjà, les auteurs et autrices doivent avoir déjà obtenu un financement par une autre source (par exemple avec une campagne de financement participatif). La contribution de Pro Helvetia viendra égaler ce montant. Des trois jeux vidéo lauréats, deux ont déjà été évoqués sur ce blog.

Don’t Kill Her est l’oeuvre du Fribourgeois Wuthrer, interviewé ici et lauréat du prix «Espoir» au dernier Stunfest, en 2016. Le jeu se démarque par un style graphique unique, chaque personnage ou décor étant dessiné au crayon. La narration promet également quelques surprises. Une démo du jeu est disponible.

 

 

Jeu issu de la ZHdK possédant une gamme de couleurs proche de celle de Don’t Kill Her, FAR: Lone Sails a également beaucoup attiré l’attention, remportant notamment plusieurs distinctions. Le jeu met à mal les genres du jeu vidéo: jeu de plateforme? d’aventure? de gestion? La question n’a évidemment aucun intérêt: les paysages que l’on a pu apercevoir en y jouant sont magnifiques et l’on se réjouit de pouvoir bientôt les traverser à l’aide de cette étrange machine dont l’enjeu sera de parvenir à la diriger.

 

 

Le troisième jeu à bénéficier d’un co-financement se nomme Nimbatus, en développement depuis plus de trois ans. Je n’ai encore jamais eu l’occasion d’y jouer, mais je vois régulièrement des GIFs composés de tirs de lasers multicolores apparaître dans mon fil Twitter. En effet, le jeu se déroule dans l’espace et consiste à construire un drone démolissant son environnement à l’aide de batteries de lasers pour un résultat parfois spectaculaire. Le jeu vient de lancer une campagne de financement participatif, qui est bien partie à l’heure où j’écris ces lignes.

 

 

Distribution

La dernière catégorie couvre des jeux terminés nécessitant par exemple de l’aide pour la promotion ou pour une traduction en vue d’un autre marché que la Suisse. Le montant maximal est de 20’000 CHF. Dans cette catégorie, on trouve aussi deux «non-jeux»: une application pour en créer, Struckd, et une installation en réalité virtuelle offrant de faire pousser des colonnes de bras, Hana Hana.

Parmi les jeux à proprement parler, on trouve deux alémaniques et deux romands. Né dans les murs de la ZHdK, DERU est un jeu de coopération pour deux personnes sortant sur PC, Mac et Switch. Il faudra y résoudre des puzzles en déplaçant une forme blanche et une forme noire pouvant chacune interagir avec des obstacles différents, libérant ainsi des passages. Oeuvre de David Stark, Airships: Conquer the Skies est déjà disponible en early access et propose de construire d’immenses machines de guerre volantes. Le jeu possède une importante communauté en ligne. À noter que David Stark est avec David Javet de l’UNIL Gamelab à l’origine d’un projet de recensement des jeux vidéo suisses.

 

 

Pour terminer, les deux jeux romands retenus sont Oniri Islands et Splash Blast Panic.

En lien avec la HEAD, Oniri Islands est un jeu de coopération sur tablette où l’on manipule des figurines dans un décor vu du ciel. Le jeu est destiné à un public large et rencontre toujours beaucoup de succès auprès dans les salons et les festivals. À noter également que le jeu a récolté plus de 30’000 CHF dans une campagne de financement participatif. Marion Bareil, co-autrice du jeu, était interviewée récemment sur ce blog à propos de cette campagne.

Pour terminer, Splash Blast Panic est un jeu de confrontation à coup de pistolets à eau se déroulant dans des décors variés et colorés. Le jeu se joue en local ou en ligne. Les personnages sont tous plus farfelus les uns que les autres et possèdent des super pouvoirs pouvant aller jusqu’à emporter tout ce qui est à l’écran. Le jeu a été présenté tout autour du monde (Tokyo, San Francisco, Yverdon) et sortira au mois de mars 2018 sur tous les supports (y compris la Switch, mais quand même pas la Ouya).

 

 

Prochain appel: mars 2018?

Les représentants de Pro Helvetia venus à Lausanne en juin 2017 pour présenter ce nouveau programme de soutien y annonçaient le prochain appel pour mars 2018. La date est proche et l’on se réjouit de découvrir la prochaine volée de jeux vidéo soutenus, mais surtout ce que les jeux de la liste ci-dessus seront devenus.

 


L’image d’en-tête est tirée du jeu Mundaun.

Yannick Rochat

Yannick Rochat

Yannick Rochat est premier assistant à l'Université de Lausanne et chercheur en digital humanities, un domaine où se rencontrent informatique, mathématiques et sciences humaines et sociales. Ses travaux portent notamment sur les réseaux, les twitterbots, les game & play studies, et les archives de journaux. Mathématicien de l'EPFL, il est également docteur en mathématiques appliquées aux sciences humaines et sociales de l'UNIL.

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