Rechercher sur Google le nom de vos médicaments augmentera-t-il vos effets secondaires ?

Les patients qui font des recherches sur Internet pour en savoir plus sur leurs médicaments ont-ils plus d’effets secondaires ? C’est la question à laquelle ont voulu répondre des chercheurs canadiens dont les travaux ont été publiés dans l’International Journal of Cardiology.

Les auteurs de cette étude « Does Googling lead to statin intolerance ? » se sont demandé si les effets secondaires augmentaient chez les patients qui prennent des médicaments contre le cholestérol et qui font des recherches sur le web.

La fréquence des effets indésirables de ces médicaments, les statines, a été établi dans 13 pays grâce à une enquête effectuée auprès des médecins généralistes et spécialistes de chacun de ces pays. En parallèle, en utilisant le moteur de recherche Google pour chaque pays, le nombre de sites web sur les effets secondaires des statines a été déterminé.

Les résultats de cette recherche montrent que les pays anglophones (Australie, Canada, Royaume-Uni, États-Unis) qui ont la plus forte prévalence d’intolérance aux statines sont aussi ceux qui ont le plus de sites sur les effets secondaires de ces médicaments.

Pour les auteurs de cette étude, la recherche d’information sur Internet sur un médicament pourrait donc renforcer les effets secondaires des internautes.

S’il existe un lien entre les effets négatifs ressentis par les patients et le nombre de sites web consacrés aux effets secondaires, une question reste à mon avis sans réponse : la consultation de ces sites web a-t-elle provoqué chez ces patients des effets secondaires qu’ils n’avaient pas ou au contraire leur a-t-elle permis d’attribuer au médicament un effet négatif déjà ressenti ?

Où trouver des informations de qualité sur les médicaments ?

Pouvoir trouver une information de qualité sur un médicament devrait pour chaque patient être un droit. Mais quel site utiliser ?

La réponse du Dr Jérôme Berger, pharmacien-chef adjoint à la Policlinique médicale universitaire de Lausanne.

« Je recommande d’utiliser le site Swissmedicinfo, un site géré par Swissmedic, l’autorité d’autorisation et de contrôle des produits thérapeutiques en Suisse. En introduisant le nom d’un médicament dans le moteur de recherche présent sur le site, on y trouve la monographie du médicament mais aussi un document intitulé « Informations destinées aux patients » (dont le texte correspond à la notice papier distribuée avec le médicament). Les patients devraient plutôt consulter cette notice, plus lisible ».

Jérôme Berger précise encore un point important :

« Il faut bien insister sur un élément : les monographies sont rédigées par les firmes, puis validées par les autorités, c’est ainsi dans tous les pays. La lecture critique d’une monographie (qui est à la fois un texte scientifique, mais aussi juridique car il précise le cadre dans lequel la firme accepte d’assumer le risque lié au bon usage de son médicament) me semble difficilement possible pour un patient. Un exemple typique concerne l’usage des médicaments durant la grossesse : alors qu’un grand nombre de médicaments peuvent être utilisés durant cette période, la plupart des monographies de médicaments en déconseillent leur usage. Les patients ne doivent donc pas hésiter à discuter des informations trouvées avec un professionnel de la santé, avec leur pharmacien par exemple ».

Ce dernier point me parait essentiel. Consulter la liste des effets secondaires d’un médicament, y compris dans la notice patient, est le meilleur moyen de se faire peur. Les médicaments peuvent bien sûr avoir des effets secondaires mais la liste sans fin d’effets négatifs que l’on trouve pour chaque médicament fait penser que ces notices sont plutôt rédigées par les pharmas pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires que pour informer les patients.

Même si cela devrait être pour chaque patient un droit fondamental, s’informer sur un médicament reste donc difficile. Les trois conseils à retenir sont : utiliser le site Swissmedicinfo, ne pas prendre à la lettre tout ce que vous pourrez y lire et, en cas de doute, ne pas hésiter à en parler à votre médecin ou à votre pharmacien.

 

A lire aussi sur ce blog: Une App pour ne plus oublier de prendre vos médicaments?

 

Dr Jean Gabriel Jeannot

Dr Jean Gabriel Jeannot

Médecin, spécialiste en médecine interne, avec un intérêt particulier pour l’utilisation des technologies de l’information et de la communication en médecine.

5 réponses à “Rechercher sur Google le nom de vos médicaments augmentera-t-il vos effets secondaires ?

  1. Merci pour votre article qui expose bien les questions de l’accessibilité aux informations sur les médicaments, ses conséquences possibles positives ou négatives, les conseils… en prenant au sérieux les patients. Je me souviens qu’il y a quelques dizaines d’années, les notices de médicaments présentaient le produit en deux volets, l’information relative à la prise, la posologie, les effets secondaires courants, moins courants, ou rares, et si l’on devait s’en inquiéter ou non. Le deuxième volet donnait les informations scientifiques sur l’effet physiologique de la molécule active, et même des constats cliniques de résultats sur des groupes de patients… Puis grand changement, la “notice” est arrivée, toutes précautions prises pour ne pas inquiéter, avec le message répétitif de s’adresser à son médecin. Bien… Certaines personnes ont pu penser qu’on les prends pour des ânes, parce que leur connaissances en chimie ou biochime et leur raisonnement scientifique pouvait leur permettre de ne pas dériver en imaginant “n’importe quoi”, mais il y a “les autres” qui raisonneront sur des notions mal comprises, il faut en tenir compte, ils existent aussi. Le pharmacien était cependant là pour donner des renseignements fiables, et de manière accessible. L’apparition des Sunstores de grande surface vendant en parallèle des ours en peluches ont abîmé cette profession. Un seul pharmacien responsable, entouré d’une ribambelle d’aides en pharmacie, pour une foule de clients… Alors bien-sûr il y a ces dernières qui répondront aux questions, un peu plus que la notice, mais sans la fiabilité. Ce ne sont pas trois ans d’apprentissage (que l’on appelle maintenant études), avec des manuels d’anatomie, de physiologie et de chimie vulgarisée, qui leur permettront d’assurer le rôle qu’elle doivent tenir bien souvent. Mais il y a eu Internet qui est apparu entretemps, avec une avalanche de théories et conseils stupides, sans compter la médecine douce et ses spécialistes qui au mieux ont suivi leur cours de 3 mois, donné par l’une ou l’autre de ces personnes qui ont construit elles-même leur diplôme à défaut d’avoir passé six ans sur les bancs à l’université. Tout ceci pour dire qu’il y a trente ans ou plus, on ne disposait pas de toutes les connaissances scentifiques actuelles, mais ce qui peut sembler peu rétroactivement ne prenait pas sa place dans l’extraordinaire désordre des thérapies et remèdes fantaisistes… dont certains(es) sont reconnus et remboursés par les Caisses maladies ! Merveilleux ! La notice du vrai remède n’a ainsi que peu d’informations à donner, pendant que le produit homéopatique expose sa “science”, avec le grand avantage que sans effet principal le malade sera heureux qu’il n’y ait pas d’effet secondaires… Je me suis certainement éloigné du sujet de votre blog, aujourd’hui je suis revenu de la pharmacie avec mon médicament à la main, et bien que satisfait de celui-ci je me sentais mécontent !.. J’ai avalé mon comprimé, allumé mon ordinateur, et suis tombé d’un coup sur votre article… Mon mécontentement s’est alors révélé, il n’était pas sans raisons…
    Mon commentaire est terminé, merci pour l’effet thérapeutique de votre blog !

  2. Bonjour,
    La question de l’information des patients est importante. Mais il manque un gros chapitre, concernant l’absence totale de culture des médecins généralistes sur le sujet (au moins en France où je réside). Personnellement, je suis un traitement contre l’hypertension. Or tous les médicaments qui m’ont été donné jusqu’à présent m’ont fait des effets secondaires,y compris ceux qui ont échoué à traité mon HTA. Et pourtant je ne lis pas la notice des médicaments. De plus, nombre de ces effets secondaires étaient contraire à un certain nombre de principes d’hygiène de vie pour lutter contre la HTA. Essayez donc de faire du sport quand vous n’avez plus envie de faire quoi que ce soit (Sartans), ou qu’en 5 min les yeux sont brulés par la transpiration (Zestroric). Essayez de maigrir quand le médicament vous rend boulimique. Etc. Or, à chaque fois cela a été à moi de m’interroger sur l’origine de ces modifications, qui sont parfois intervenus plusieurs années après le début du traitement. A aucun moment mon médecin ne m’a interrogé pour surveiller l’apparition d’un effet secondaire quelconque. Pire, quand un médicament m’a été retiré du fait d’un effet secondaire, quelques années après je me suis retrouvé avec un autre de la même gamme, qui a fait le même effet. Sans parler du jour où il a tenté une association de 4 molécules, ce qui a multiplié de manière exponentielle les risques. Et l’effet secondaire ne s’est pas fait attendre.

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Votre histoire est pour moi inhabituelle, le nombre d’anti-hyertenseurs à disposition fait que l’on peut souvent trouver un médicament efficace qui a peu ou pas d’effets secondaires.

      Un peu dans le sens de ce que vous dites, j’ai été il y à quelques temps frappé de lire une étude sur les effets secondaires des traitement utilisés dans le cancer du sein. Cette recherche montraient que les femmes finissaient par ne plus se plaindre des effets secondaires de leurs traitements car elles ne se sentaient pas entendues par leur médecin. La raison invoquée par les auteurs de ce travail n’était pas une insensibilité des soignants mais leur désir que leurs patient aillent mieux, avec comme conséquente une surestimation des bénéfices des traitements et une sous-estimation des effets secondaires.

      Le plus important? Une bonne communication soignant-soigné. Les médecins doivent progresser mais les patients ont aussi un rôle à jouer. La relation médecin patient doit être un partenariat.

      1. Bonjour,
        c’est peut-être justement cette question de communication qui fait qu’on cherche de plus en plus sur Internet, que ce soit pour identifier des effets secondaires, ou pour trouver des “traitements alternatifs”. Ce qui, dans les deux cas, peut entrainer des effets pervers sur la santé. En même temps c’est aussi sur Internet qu’on a des chances de trouver des récits de patients qui peuvent faire qu’on se pose de bonnes questions. Si je prends encore une fois mon cas personnel, suite au dernier échec de traitement, j’ai temporairement décidé d’arrêter, pour voir ce que cela donnerai. Et j’avoue être plus que surpris de l’impact important que cela a eu. Ainsi en quelques semaines j’ai perdu 7 kgs, sans aucun régime. Mais qui irait déclarer une prise de poids de quelques kilos par an comme “effet secondaire”. J’ai aussi un bien meilleur sommeil, un transit intestinal clairement amélioré, etc. Et j’attends avec curiosité ma prochaine prise de poids pour savoir comment aura évolué ma glycémie à jeun, qui grimpait faiblement mais régulièrement depuis que j’étais passé sous Lercapress. Et là encore, qui irait déclarer un augmentation de glycémie de 0.02g/an comme effet secondaire? Malheureusement le seul paramètre qui ne veut pas évoluer dans le bon sens c’est ma tension. Ce qui me forcera donc à reprendre un traitement.

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