La destruction climatique a commencé et a frappé Zurich hier

Depuis quelques années je vois des articles sur des vents étonnement forts qui se produisent à plusieurs endroits du globe.  Dans une ville après l’autre, un vent très fort se lève et cause des dégâts  inouïs. 

J’ai près de cinquante ans, et je  n’avais  jamais vu d’arbre cassé par le vent,  de tornade ni de grêle.  Je n’ai même jamais entendu d’informations mentionnant des tornades en Europe.  Je considère donc ces événements comme exceptionnels.  Nous sommes d’accord, ils sont clairement rares, n’est-ce pas?  Ils se sont produits près de chez moi cet été.  La tempête a déraciné un arbre devant l’école de ma fille à un kilomètre, il y a eu des dizaines d’orages et des petits grêlons sont tombés sur ma vitre. Ils se multiplient énormément.  J’ai aussi remarqué la nouvelle érosion du sol dans les forêts de montagne, due certainement à une alternance de chaleur et de sécheresse et de pluies intenses de ces dernières années.

Depuis quelques années, les articles rapportant des vents très forts qui cassent des arbres dans les villes s’accumulent.  Ils semblent apparus  après le réchauffement rapide de 2015 et 2016.  La Terre a alors quitté le climat dans lesquelles  l’Humanité a toujours vécu, et l’Organisation Météorologique Mondiale a averti que des phénomènes climatiques nouveaux peuvent se produire. 

En 2016 ou 2017,  quelques tempêtes étonnamment fortes se sont abattues sur Varsovie en  Pologne et la Russie. En Pologne, en tout cas, il s’agissait d’événements exceptionnels, tout à fait étonnants et nouveaux pour les habitants.  Les arbres ont été déracinés, sont tombés sur des voitures, qui ont été soulevées.  

En 2018, la tempête David (Frederike) a frappé les Pays-Bas (vidéo).

Le début des jeux Olympiques de  Corée du Nord a aussi été bloqué par un souffle extrêmement fort (lien). 

Et cette même année des forts orages, appelées pluies tropicales,  ont provoqué une inondation à Lausanne et à plusieurs endroits en France.

Depuis, des articles de journaux mentionnant des vents forts et des arbres arrachés se multiplient sur internet.  Ce sont clairement des événements exceptionnels, qui arrivent dans une ville après l’autre.   D’autres images montraient des grues de chantier cassées et frappant les vitres d’un immeuble, au Canada et en Allemagne.

En 2019 il y a eu quelques tempêtes assez fortes en Suisse, au début de l’année, et une forte bourrasque a fait tomber le mur de Trump entre les Etats-Unis et le Mexique (lien).

En 2020, je relève la tempête Petra à Aigle (lien). En été, un fort orage a déraciné une cinquantaine d’arbres dans les parcs de Genève (lien,  blog).  C’était aussi un événement rare. A cette même période, le Iowa aux Etats-Unis a essuyé un vent violent, un Derecho, qui a cassé des milliers d’arbres, de poteaux électriques et a laissé les habitants d’une grande région sans électricité , sans route practicable et sans secours pour plusieurs jours dans la chaleur (blog).

Et cette année, la presse californienne a rapporté un vent étonnamment fort (lien),  la Chine a été impitoyablement balayée pendant plusieurs jours (vidéo).  J’ai vu  de toits d’immeubles arrachés à Manaos (vidéo), en Amazonie Brésilienne et en Russie (vidéo).

Nous avons aussi eu un ciel totalement orange, martien, quand le Sable du Sahara a été amené au-dessus de nos montagnes. Ce phénomène s’est produit plusieurs fois cette année à différents endroits du globe.    

La preuve de l’augmentation des vents n’est apparemment pas évidente techniquement. J’utilise personnellement le critère du nombre d’arbres cassés, subjectif, pour tenir le compte des fortes tempêtes qui apparaissent dans les médias.  Cela pourrait être une base de calcul pour un article scientifique,  mais le nombre d’arbres n’est pas fixe, et surtout l’année prochaine, ils pourraient ne plus être là, alors qu’ Eole reviendra.  Des statistiques pourraient aussi être effectuées sur le nombre de poteaux de feux de circulation pliés dans le monde par année, ou sur les toits arrachés. 

L’augmentation des pluies intenses est beaucoup plus visible  depuis que les précipitations sont comptabilisées par heure, et non pas par jour. Pour le vent, j’ai reçu la réponse que des épisodes très forts se sont toujours produits.  Un changement de critère est peut-être nécessaire pour mesurer correctement ces nouveaux phénomènes.  Il faut peut-être faire un calcul sur  l’intensité du souffle en plaine, sans tenir compte du sommet des montagne, ou mesurer la vitesse ou la puissance sur une certaine surface minimale. Ils pourraient placer 10’000 poteaux standardisés partout dans le monde et les remplacer s’ils se facturent.  Les instruments de mesure actuels sont peut-être trop sensibles.  Ecoutez, franchement, il se passe quelque chose! Les statisticiens ont en tout cas montré une aggravation des ouragans et des orages, et l’augmentation de la température devrait favoriser ces phénomènes. Selon l’expert Stefan Rahmstorf la météo actuelle est surtout étonnante par sa persistance, qui pourrait être due au réchauffement de l’Arctique et aux changements de vents qui en découlent (lien).

Regardez les vidéos catastrophique que je mets en lien. Je suis convaincue que nous verrons ces événements, plus intenses arriver ici. Je demande que nous ne construisions plus rien qui ne puisse résister aux ouragans.

Cet été a apporté des semaines d’orages violents sur l’Europe Centrale, plusieurs tornades, et des dizaines de chutes de grêle, grosse de plusieurs centimètre ou abondante, s’accumulant en congères sur le sol.  Les événements ont débouché sur des inondations, et des glissements de terrain en Suisse (article Temps). Les inondations sont bien plus fortes ailleurs, en ce moment en Chine et en Inde.

J’ai trouvé une étude concernant l’Est des Etats-Unis, qui fait état d’orages plus forts au cours des dernières décennies. Elle  estime que le réchauffement climatique va y causer  des orages encore plus intenses, propices aux tornades (avec une forte augmentation de jours à CAPE > 4’000 J/kg; Robust increases in severe thunderstorm environments in response to greenhouse forcing’).

De plus, il peut y avoir une différence importante entre ce que le consensus du GIEC prévoit et l’intensité de phénomènes réels, d’un phénomène qui sera très destructeur.

Hier, James Hansen ne m’a pas du tout rassuré. Il a appelé la période allant de 2016 à 2021 une pause du réchauffement (lien).  J’espère vivement que nous n’allons pas vivre encore une augmentation de température d’un demi-degré Celsius en un an, comme en 2015-2016. Je crois qu’alors l’intensité des phénomènes atmosphériques serait décuplée, qu’ils deviendraient vraiment dangereux. Nous devons nous y préparer des maintenant. 

Nous vivons maintenant le début de la destruction de l’Europe par les phénomènes climatiques.  

 

Addendum le 21 juillet: tempête étonnamment forte à Chihuahua au Mexique https://www.youtube.com/watch?v=pVfAHfUbMnM

Dorota Retelska

Dorota Retelska, décrypte les nouvelles du climat. Docteure ès Sciences de l’UNIL, auteure d’Antarctique-Ouest dans le Vide, elle alerte sur les dangers du climat depuis plusieurs années. Elle est active dans plusieurs organisations de défense du climat, entre autres l’Association Climat Genève, Greenpeace, TACA, et le Collectif Climat 2020.

19 réponses à “La destruction climatique a commencé et a frappé Zurich hier

  1. Très rafraîchissantes vos histoires.

    En 2005, c’était pire;
    En 1999, c’était Lothar.

    Je demande instamment aux journalistes du Temps de factchecker vos affirmations.

    1. S’il vous plait Madame la Docteur de l’Unil retrouvez votre mémoire au de-là du passé proche et faites les recherches nécessaires sur le sujet avant d’écrire un texte; vos propos dégoulinent d’un ressenti personnel, dommage le sujet est grave

  2. ” La Terre a alors quitté le climat dans lesquelles l’Humanité a toujours vécu…”
    Madame, avez-vous jamais lu un livre d’Histoire ? Seulement dans la phase entre l’optimum climatique médiéval (époque de renaissance économique ) et la petite âge glaciaire qui a démarré au XIV, il y a eu des épisodes d’instabilité inexplicables comme maintenant.
    Le Moyen Âge a été plus chaud que le XX siècle et l’Histoire n’a été qu’une alternance d’époques chaudes et froides
    Et, soit dit entre nous, il n’y a jamais eu de grandes civilisations dans les époques de froid ou chez les peuples du Nord de la Planète.

    1. L’Optimum médiéval et le petit âge glaciaire correspondent à des variations en terme de température moyenne globale au deçà de 0.5°C.

      Au mieux on se dirige vers 1.5°C, au pire 4°C ou plus.

      4°C de moins c’est un âge glaciaire avec 1km de glace sur le leman.

      Je ne sais pas a quoi +4°C va ressembler, mais probablement rien bon.

  3. En fait , c’est plus compliqué que cela pour attribuer des causalités : rien que dans les Vosges , j’ai deux souvenirs de tornades autrement plus dévastatrices que celles que vous évoquez : celle de juillet 1984 qui a soufflé des toits dans la commune d’Escles et a ravagé la forêt de Darney ( chênes centenaires ) et bien sûr , celle de décembre 1999 qui a provoqué encore plus de dégâts ( seulement 15 ans d’écart) et le réchauffement climatique n’est pas responsable .

    1. Indépendamment des causalités, si ces phénomènes augmentent bel et bien en fréquence, il est urgent (car cela prend du temps) d’adapter le bâti, les normes pour le mobilier urbain, échafaudages, grues, de même qu’en campagne (p.ex. serres) etc. Notez que cela se fait peut-être déjà (les assureurs devraient pousser en ce sens en tout cas).

  4. Dorota se trompe. Le Temps momentané n’est pas le Climat sur une longue durée… Lothar en 1999, la canicule de 2003, la grêle de 2013, etc ont été plus dévastateurs. Ce qui est important est de voir la tendance sur 30 ans avec une augmentation des précipitations moyennes, fontes et mouvement des glaciers des Alpes, nombre tmde tornades par décennies, etc… La température moyenne annuelle en Suisse a augmenté de 2 C en moyenne de plus que l’ère pré-industrielle, donc le DOUBLE de la planète. Comme la planète va encore augmenter de 2 à 3 degrés d’ici 2100, car tout le monde s’en fout de produire plus d’électricité et de chaleur avec du charbon ( y compris l’autrice de ce blog qui a défendu le charbon, l’énergie la plus polluante au monde, dans au moins 2 posts…), je vous laisse faire le calcul pour la Suisse …

  5. Indubitablement, ça va vite, très vite, et il semble bien que ces phénomènes extrêmes soient exponentiels. Moi je n’avais jamais vu ni entendu parler de grêlons de 7 cm comme ceux tombés récemment en Suisse orientale, je n’imaginais même pas que des trucs pareils puissent exister. Nul ne sait précisément ce qui nous attend ces prochaines années, mais ce sera sans doute rien de bon. D’ici 2100, c’est 8 à 10°C de plus prévus au rythme actuel, 2 à 3°C seront déjà atteints entre 2030 (2°C) et 2050 (3°C). Mais je pense toutefois que, bien avant 2100, la cause du phénomène -la pollution anthropique- aura disparu dans le meilleur des cas (résolution de ce problème) ou au pire avec la disparition de l’être humain.

    1. Complètement faux. Le CO2 est CUMULATIF dans l’atmosphère. Donc même si l’être humain disparaît, la température continue à augmenter. Et AUCUNS Scientifiques sérieux du GIEC ne prédit de 8 à 10 C rn plus pour la Terre d’ici à 2100 …

      1. @François Donneur. Complètement faux? Réfléchissez-y davantage en vous renseignant un peu mieux, avant d’être aussi péremptoire. Vous ne m’avez pas bien compris, l’être humain pourrait disparaître bien avant 2100. Les effets réels du CO2 sont décalés d’environ 20 ans et la fin de la pollution anthropique devrait donc entraîner celle du réchauffement dans ce délai. Mais là où vous avez hélas raison, c’est que le dégazage croissant du méthane (bien plus puissant et pérenne) des fonds marins et pergélisols est totalement hors de contrôle en renforçant les effets du CO2, avec à moyen terme une “explosion” prévisible des températures extrêmes. 2° Pour la température moyenne en 2100, d’excellents graphiques récents sont très significatifs :
        https://blogs.letemps.ch/jacques-dubochet/2021/05/06/demographie-et-climat-parlons-en/
        https://blogs.letemps.ch/jacques-dubochet/2021/05/14/encore-a-propos-de-climat-et-de-demographie/
        Le déni est hélas la plus prévisible et la plus répandue des réactions humaines, pourtant cela ne ralentira ni n’empêchera en aucune façon le changement climatique en cours. Bien au contraire, cela risque de trop retarder les mesures indispensables pour limiter les dégâts, en sapant ainsi tous les efforts pour éviter une catastrophe alors inexorable. C’est absolument consternant et effrayant de voir à quel point certain(e)s persistent dans leur déni de la réalité par le doute, la désinformation et le mensonge, malgré la concrétisation de plus en plus réelle et terrible de tous les effets climatiques annoncés il y a déjà près de 15 ans par Al Gore dans “Une vérité qui dérange” (2007).

  6. Des évènements catastrophiques ont toujours eu lieu, mais force est de constater qu’ils s’accumulent ces dernières années. Nous aurions tous bien rigolé il y a dix ans si on nous avait dit que la température atteindrait presque 50 degré au Canada. Et c’est bien ce que l’on a observé il a peu. La vitesse a laquelle les choses changent nous surprend chaque année. Je relis non sans une certaine ironie ce qu’affirmait début 2018 Peter Brang, directeur du programme de recherche sur la forêt et les changements climatiques de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt (WSL):

    “En absence de canicules extrêmes, le hêtre ne devrait pas connaître de problèmes majeurs d’ici à la fin du XXIe siècle, mais sa niche écologique se déplacera peu à peu en altitude.”

    Nous savons tous ce qui s’est passé par la suite. Cet épisode tend à me faire penser que le futur, c’est déjà aujourd’hui et nous devrions d’hors et déjà agir comme si nous étions en 2100…

  7. Si seulement les boomers n’avaient pas écouté les anti-nucléaires et maintenu les investissements et le renouvellement des centrales nucléaires.

    Le dérèglement climatique est la conséquence directe de ces enfants gâtés… on ne veut pas des centrales de charbon ou des éoliennes, mais des centrales nucléaires de nouvelle génération.

    1. Pas faux. Le nucléaire est une des solutions au changement climatique. Par contre les éoliennes et autres énergies renouvelables aussi … Le charbon reste effectivement le plus grand pollueur énergétique de la planète, devant le pétrole..

Répondre à Pierre-Olivier Mojon Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *