Les incendies des forêts tropicales sont criminels. Nous pouvons encore les sauver.

Une lettre ouverte de plusieurs chercheurs publiée dans le journal Science cette semaine attire l’attention sur la disparition rapide de la  forêt de Chiquitano en Bolivie. Celle-ci s’étend vers l’Est de Santa Cruz, jouit d’un climat assez sec, et abrite une flore et un faune variées.

Elle est consumée par des incendies qui embrasent essentiellement sa lisière, mitée par la déforestation. De nombreuses preuves indiquent que ces incendies sont causés par l’Homme.  Le gouvernement bolivien actuel de Morales désire étendre la surface consacrée à l’agriculture, et la production des biofuels et légalise la déforestation. A ce rythme, la Bolivie pourrait perdre ses forêts vers la moitié du siècle, ce qui compromettrait le climat, le cycle hydrique, et l’agriculture du pays. Des chercheurs de plusieurs universités appellent à protéger la forêt et les écosystèmes et à privilégier l’agriculture durable.

Ailleurs aussi, les feux de forêts sont le fait de l’Homme. En Indonésie, d’immenses incendies sont provoqués par la déforestation pour la création de plantations d’huile de palme, en Amazonie ils coïncident avec la prise du pouvoir par Jaïr Bolsonaro, qui veut clairement privilégier le développement économique au dépens de la forêt. Les brasiers se multiplient, le fonctionnaire chargé de la protection des Indiens a été assassiné, l’Amazonie et ses habitants semblent très menacés.

La jeune Vanessa Nakate qui manifeste pour la sauvegarde de la forêt du Congo en Afrique, une des plus grandes du monde, communique que celle-ci est aussi la proie d’incendies d’origine humaine. En RDC, la déforestation a doublé au cours des cinq dernières années (Climate Focus, rapporté par le Guardian). Ce pays est déjà frappé par le réchauffement climatique et subit justement de graves et mortelles inondations.

 Si les feux de forêt sont allumés par l’Homme, ils ne sont pas une fatalité. Nous pouvons cesser demain.  Ils pourraient être arrêtés par une politique efficace, par des lois adéquates ou des encouragements financiers. Les forêts pourraient même être étendues par la reforestation des zones défrichées récemment et succombant ainsi rapidement à l’aridité.

Les forêts captent le gaz carbonique, adoucissent le climat local, abritent une incomparable biodiversité, attirent les pluies, et protègent les sols. Sans elles, le sol s’appauvrit rapidement, le dégagement de CO2 et le réchauffement pourraient s’accroître. Aujourd’hui, nous en avons besoin pour sauver l’Humanité. Nous pouvons le faire.

Appel des onze mille scientifiques à l’urgence climatique

Récemment, plus de onze mille scientifiques ont rédigé une lettre ouverte au monde entier.  Ils déclarent que nous sommes face à une urgence climatique. Tout en reconnaissant les progrès de Rio, du protocole de Kyoto et de la COP21 de Paris, ils avertissent que  les gaz à effet de serre augmentent vite et que leurs effets s’aggravent rapidement. Des souffrances sans nom pourraient en découler pour l’Humanité (voir mes blogs précédents pour les détails dramatiques).

Les scientifiques remarquent des nombreux signes inquiétants sur la Planète. L’augmentation de la population, du cheptel, de la consommation de viande par personne, ainsi que de l’aviation, de la déforestation et des émissions de CO2 qui provoquent une augmentation rapide de l’effet de serre.

Selon eux, la crise climatique est causée par les émissions de carbone  des populations aisées de la Planète.  Celles-ci augmentent, les glaces fondent, les incendies, les catastrophes climatiques augmentent. La crise climatique est plus rapide que prévue et menace les écosystèmes et le destin de l’Humanité.

Les points de basculement sont très inquiétants et pourraient causer un changement climatique incontrôlable, beaucoup plus fort qu’actuellement. Un réchauffement d’apparence anodine peut mener à la mort des forêts tropicales, à la fonte de la glace sur la mer Arctique,  au dégagement de méthane du permafrost, ce qui pourrait au final transformer la Terre en Planète Venus, après plusieurs étapes telles que des tornades en Suisse puis l’ébullition des océans (James E. Hansen). Je dois dire que ces dangers deviennent de plus en plus réels chaque année. Nous pouvons et devons les combattre maintenant.

Les scientifiques signataires proposent plusieurs axes:

Energie

Le monde doit vite mettre en place des mécanismes d’efficacité énergétique et remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables bas carbone, et d’autres sources d’énergie propre.
Le développement de la capture de carbone, par des techniques naturelles et chimiques doit continuer.

Polluants à courte durée de vie

Nous devons vite réduire les émissions de polluants à courte durée de vie, le méthane, la suie et les HFCs. Cela pourrait éviter les boucles rétroactives et un climat incontrôlable.

Nature

Nous devons protéger et restaurer les écosystèmes. Il est essentiel de protéger la biodiversité et de développer la reforestation et l’afforestation.

Alimentation

L’alimentation doit être basée sur des produits végétaux, nous devons limiter  le gaspillage alimentaire et la perte de carbone du sol lors des labours.

Economie

Au niveau économique, nous avons besoin d’une économie zéro carbone qui prend en compte la dépendance de l’Homme de la Biosphère et des directives qui permettent de la mettre en place.

Population

La population de la Terre qui augmente encore doit être stabilisée. Les scientifiques suggèrent  de faciliter l’accès au planning familial et d’éduquer les filles.

https://academic.oup.com/bioscience/advance-article/doi/10.1093/biosci/biz088/5610806

La mort des géants: Près de la moitié des grands arbres de la Sierra Nevada américaine ont péri en 2015 et 2016

Les forêts dans toutes les région du monde, en Amazonie et au Congo tropicaux, dans les zones tempérées, et dans les zones boréales subissent depuis quelques années des sécheresses prolongées.  Et les arbres en meurent.

En Suisse, au printemps 2019, j’ai remarqué des arbres jaunes, secs, dont certains ont succombé à la prolifération de bostryches. D’autres ont été fauchés par  les vents violents de l’hiver passé.

Aux Etats-Unis,  des scientifiques ont compté les arbres morts après les avoir filmé par avion. Ils ont ainsi étudié près de deux millions d’arbres dans la Sierra Nevada, où se trouve le parc National de Yosemite et ses séquoias millénaires. La végétation était filmée et les individus morts, jaunis, étaient comptés par un algorithme informatique.  Les forêts ont été observées entre 2009 et 2016.  Presque la moitié de grands arbres (de plus de trente mètres de haut) sont morts au cours de ces années, essentiellement entre 2014 et 2016.  Selon les auteurs de l’article, leur vulnérabilité pourrait s’expliquer par leur taille. Les arbres les plus hauts ne résistent pas aux sécheresses prolongées. Lors de celles-ci, les vaisseaux conducteurs des grands arbres, qui sont en permanence remplis d’eau, pourraient être définitivement endommagés, ce qui peut être fatal pour la plante.

Ils pourraient encore préciser si une seule espèce est touchée, ou si les arbres sont souffrent d’une maladie particulière ou seulement de la sécheresse. Des solutions différentes s’imposeraient alors. L’événement est dramatique. Ce sont probablement les plus belles forêts du monde, des cathédrales de profonde paix verte. Au sol,  la végétation pousse sur une enchevêtrement de troncs anciens. Le carbone est conservé ainsi des dizaines d’années après la chute de l’arbre.  Les végétaux les plus hauts sont souvent les plus âgés, ils sont là depuis cent ou deux mille ans, ils sont exceptionnels, irremplaçables. Ils ont survécu aux changements météorologiques survenus au cours de ces dernières centaines d’années. Ils ont succombé à l’année la plus chaude de notre l’Histoire.  On peut supposer que la météo de l’année 2016 a dépassé tout ce qu’ils ont vécu et leur a été fatale. Des études antérieures ont montré que les séquoias avaient cessé de poussé  il y a quelques années,, les sécheresses avaient arrêté leur croissance. Ils souffraient déjà des effets du changement climatique depuis plusieurs années.   Combien ont encore été touchés cette année, combien en reste-il maintenant?

Actuellement, la Californie est dévastée par de grands incendies. Des études ont montré que les feux sont favorisés par la fonte des neiges précoce, par les températures élevées et la sécheresse, ainsi que par les vents forts. La mort des arbres pourrait aussi provoquer les feux de forêts, les arbres morts et secs brûlent plus facilement. Il semble y avoir actuellement trois incendies dans la Sierra Nevada (carte).

Si ces arbres uniques, millénaires succombent vraiment à la sécheresse, je propose de les arroser  pour les sauver, et cela dès cette année, car il semblent mourir très vite. La Californie est un état riche est prospère, et ses forêts contiennent des individus de plus de deux mille ans mais sont relativement petites. Il est sûrement possible d’amener des conduites d’eau, et de mettre en place des installations qui sauveraient les arbres. Le changement climatique va continuer et s’aggraver, et sans les forêts, il progresserait plus vite encore.

Michael E. Mann estime que les feux sont provoqués par le réchauffement climatique. Il prévoit qu’à l’avenir, la Californie sera touchée par des feux plus graves, ou tout au moins plus exposée aux feux. Ils ont tout intérêt à centupler les investissements pour éviter les incendies.

 

https://www.nature.com/articles/s41467-019-12380-6