Mesures énergiques nécessaires pour éviter le basculement de la Terre vers un climat inconnu

L’équilibre du climat terrestre pourrait basculer soudainement vers un climat nouveau. Des changements tels que par exemple la mort des forêts tropicales pourraient accélérer le réchauffement. Si la chaleur ou la sécheresse ont raison des forêts, cela provoquerait la libération de carbone contenu dans les arbres et le sol et augmenterait instantanément l’effet de serre.

Les dominos climatiques par Spratt et Dunlop

Un récent rapport intitulé ‘Les dominos climatiques” de Spratt et Dunlop, basé sur les conclusions de dizaines d’éminents spécialistes, (lien) développe ces risques et tire un constat alarmiste. Il y a beaucoup de vrai dans ce rapport. Je le résume brièvement:

La fonte de la glace Arctique, et l’exposition de la surface sombre de l’océan aux rayons du soleil augmente le  réchauffement. La fonte du permafrost et la mort ou les feux de forêts ajoutent du gaz carbonique dans l’atmosphère.  L’effondrement de l’Antarctique-Ouest provoquerait une importante montée du niveau de la mer. Ces points de basculement pourraient se mettre en branle tels de dominos, se déclenchant à tour de rôle.

Par exemple, le réchauffement fera bientôt baisser l’efficacité de la photosynthèse et donc la quantité de CO2 absorbé par les plantes et les algues planctoniques. Cela accélérera le réchauffement, la fonte des glaces du Groenland, et l’ajout d’eau douce à l’océan ralentira le Gulf Stream. En conséquence, les pluies au dessus de l’Amazonie diminueront, ce qui nuira encore plus à la forêt.  Ces événements semblent souvent initiés par les changements des glaces polaires.

Zones où les glaciers antarctiques se décollent de leur socle ce qui constitue un sérieux risque

En Antarctique, Les satellites ont détecté des fractures sur la plateforme est du glacier Thwaites, large de 45 km.  Elle s’effondrera probablement dans 5 ou 10 ans, exposant les glaciers environnants  à la fonte.  Cela pourrait déboucher sur l’effondrement de l’Antarctique-Ouest et une montée du niveau de la mer de 3 à 5 mètres en 200 ans. A cela il faudrait ajouter les changements du Groenland et de l’Est de l’Antarctique.

Les changements de l’Arctique sont aussi sous-estimés par les modèles actuels. La moitié de l’océan Arctique est maintenant libre de glace en été. Par le passé, des tels changements ont été accompagnés par la fonte des glaces du Groenland. La destabilisation du courant-jet amène maintenant des vagues de chaleur dans l’Arctique et au Groenland. Un beau jour, au cours de la prochaine dizaine d’années (2020-2030), l’Arctique sera libre de glace en été une semaine, puis un mois, puis plusieurs mois.  Les conséquences seront graves, les écosystèmes en souffriront, les glaces du Groenland entreront dans une période de fonte incontrôlable, et modifieront la circulation océanique et le climat mondial. La différence de température entre l’Arctique et les tropiques se réduirait, avec d’importantes conséquences sur le climat mondial. Elles toucheraient l’Amazonie, l’Afrique de l’Ouest, l’Asie. Le phénomène El Nino, qui nous a apporté l’année record de chaleur 2016, augmenterait encore. Le méthane du permafrost pourrait libérer d’importantes quantités de carbone dans l’atmosphère.

Le Groenland, exposé à des températures plus élevées,  des vagues de chaleur et un océan plus chaud, a probablement passé le point de non-retour, et ses glaces fondront. Plusieurs événements peuvent accélérer cette fonte.

Calotte Arctique en été en 1980 et en 2012

Actuellement la végétation absorbe 30% des émissions de carbone. Mais les températures optimales pour la photosynthèse sont dépassées, et ce puits de carbone pourrait se réduire de moitié en 20 ans (Je dois  vérifier ce point en détail,  j’espère que c’est faux). La mort des forêts n’est pas inclue dans ce calcul.  L’Amazonie, qui contient 120 milliards de tonnes de carbone, est particulièrement menacée par la déforestation, la sécheresse et les feux de forêts. L’absorption du CO2 par l’Amazonie s’est réduite d’un tiers entre 2005 et 2015, et cet écosystème est menacé.  Ces changements sont en grande partie causés par l’Homme, et je dirais que la gouvernance de Bolsonaro pourrait être un point de basculement climatique à elle seule.

Le permafrost, les terres gelées du grand-Nord, contient de grandes quantités de carbone. Sa fonte le libérerait sous forme de gaz carbonique et de méthane. Le seuil de réchauffement de 1,5°C a été choisi pour éviter le dégel du permafrost, qui entraînerait le dégagement de méthane, un réchauffement fort et rapide, une fonte du permafrost plus importante, et ainsi de suite. Ces écosystèmes relâchent déjà 1,1 à 2.2 Milliards de tonnes de carbone. Les feux de forêt accélèrent la fonte, et le permafrost sous-marin subit des modifications sur une large surface de la plateforme de Sibérie de l’Est. Le permafrost fond plus vite que prévu, il n’est pas inclus dans les calculs, et le budget carbone restant disparaîtrait si nous en tenions compte.

Spratt et Dunlop citent aussi la mort des coraux, qui ne supportent pas l’eau trop chaude de ces dernières années. La Grande-barrière de corail a récemment perdu la moitié de ses coraux, et des vagues de chaleur rapprochées ne permettent pas la régénération.

Ils concluent que nous avons déjà passé le point de basculement pour des nombreux écosystèmes (NB pour certains d’entre eux, comme le Groenland, la disparition pourrait théoriquement s’étaler sur des milliers d’années) : les changements se produisent plus vite que prévu, ne sont pas tous inclus dans les modèles climatiques. Le système Terre subit un changement abrupt, qui pourrait déboucher un réchauffement très important. Les risques sont plus importants. Ces auteurs conseillent des solutions de géo-engénierie  pour sauver le climat.

Leur rapport repose sur des nombreux faits récents ainsi sur les déclarations de dizaines d’éminents scientifiques. Il brosse un tableau possible de l’évolution climatique, mais tout n’y est pas calculé précisément. Il est en tout cas à prendre au sérieux.

Lenton et Rockstrom

Dans une réunion européenne sur les points de basculement  le 7 juin, les éminents climatologues Tim Lenton et Johan Rockström ont alerté sur les dangers des points de basculement. Leurs demandes sont plus modérées.

Ils ont dit aux décideurs européens que avons besoin de nombreux changements. Il faut limiter les vols et d’abandonner les énergies fossiles dans de nombreux secteurs industriels.

Il y a maintenant des preuves d’instabilité de nombreux systèmes importants de la Planète Terre, tels que la forêt amazonienne, la glace d’été sur la mer arctique. Un réchauffement de 1,5°C comporte déjà le risque de dépasser le seuil de tolérance d’écosystèmes uniques et menacés (Johan Rockström).

Rockström explique la situation dans cette vidéo qui comporte des sous-titres en plusieurs langues. Les points de basculement pourraient entraîner une montée de niveau de la mer de deux mètres ou plus, la libération du méthane du permafrost créerait un cercle vicieux de réchauffement incontrôlable, et ces événements se déclenchent mutuellement.

Selon lui, ces prochaines années seront déterminantes pour le climat. Nous devons réduire les émissions de moitié en 2030 et atteindre le zéro net au plus tard en 2050, décarboner les grands systèmes, l’énergie, le transport, le bâtiment, transformer l’agriculture en puits de carbone et protéger les écosystèmes essentiels pour la terre, dont les forêts et les océans.

“Si nous voulons avoir le moindre espoir de limiter le réchauffement climatique à près de 1,5 degrés Celsius, nous devons accélérer la décarbonisation de l’économie mondiale d’au moins un facteur cinq”, a déclaré le conférencier principal Tim Lenton, directeur du Global Systems Institut et professeur de changement climatique et de science du système terrestre à l’Université d’Exeter.

Un moyen important de modifier des comportements profondément enracinés est de trouver des “points de basculement” sociaux et politiques, a-t-il déclaré. Il cite la grève de l’école de Greta Thunberg qui a entraîné une adhésion massive des jeunes et a accéléré le changement. Cependant, selon lui,   la majorité des gouvernements ne fait pas encore assez d’efforts.

Ils ne demandent pas la géoenginérie, de nombreux scientifiques ont déclaré qu’elle est très risquée et incertaine.

https://phys.org/news/2022-06-irreversible-shifts-climate-experts.html

 

 

Chaleur exceptionnelle en Europe et aux Etats-Unis – Informations de l’Organisation Météorologique Mondiale

Une vague de chaleur inhabituellement précoce et intense se propage de l’Afrique du Nord à l’Europe. Près d’un tiers de la population des Etats-Unis subit actuellement des vagues de chaleur.

Bien que ce ne soit que la mi-juin, les températures sont plus typiques de celles observées en juillet ou en août. Les épisodes en cours font suite à une vague de chaleur prolongée en Inde et au Pakistan en mars et avril.

En raison du changement climatique, les vagues de chaleur commencent plus tôt et deviennent plus fréquentes et plus sévères en raison de concentrations record de gaz à effet de serre piégeant la chaleur.

L’Europe

Le service national météorologique et hydrologique espagnol AEMET a indiqué que les températures à l’intérieur du pays approchaient les 40°C le 14 juin et que la chaleur allait persister.

Les températures élevées et la sécheresse se sont combinées dans un risque d’incendie extrême pour une grande partie de l’Espagne et une partie du Portugal. L’Institut portugais de la mer et de l’atmosphère (IPMA) a signalé le mois de mai le plus chaud depuis 1931 et la grave situation de sécheresse affecte 97 % du territoire.

La France a connu son mois de mai le plus chaud et le plus sec jamais enregistré.

Météo-France a indiqué que la chaleur se propagerait du sud du pays à partir du 15 juin et culminerait entre le 16 et le 18 juin. Les températures maximales diurnes sont prévues entre 35 et 38°C et les minimales nocturnes supérieures à 20°C. D’autres prévisions indiquent 42°C.

“La remarquable précocité de cet épisode est un facteur aggravant”, a déclaré Météo-France, précisant qu’il s’agissait du premier depuis 1947.

La chaleur est alimentée par une dépression atlantique entre les îles des Açores et Madère, favorisant la remontée d’air chaud en Europe occidentale.

Fin juin 2019, la France et les pays voisins ont également connu une vague de chaleur extrême, avec de multiples records de température battus.

“Chaque vague de chaleur qui se produit en Europe aujourd’hui est rendue plus probable et plus intense par le changement climatique induit par l’homme”, a déclaré une étude publiée par des scientifiques de World Weather Attribution sur la contribution humaine à la vague de chaleur record de juin 2019 en France.

Les États-Unis

Le Service météorologique national des États-Unis a déclaré que la chaleur dangereuse et record devrait se poursuivre du Haut-Midwest au Sud-Est jusqu’en milieu de semaine en raison d’un dôme de haute pression. Cette chaleur, combinée à une humidité élevée, produira probablement des indices au dessus de 38°C dans de nombreux endroits.

Les veilles de chaleur excessive, les avertissements de chaleur excessive et les avis de chaleur s’étendent actuellement du Haut-Midwest au Sud-Est, touchant près d’un tiers de la population américaine.

La population est encouragée à rester à la maison ou à se réfugier dans des lieux climatisés. Les personnes âgées et les bébés sont particulièrement vulnérables. Un expert avertit sur les risques de coupure de courant  dans le Midwest alors que la climatisation peut être vitale (msn). Dans ce cas, ils devraient mettre en place un plan d’action efficace pour sauver des vies, arrêter les consommateurs d’électricité les plus voraces, fermer les lieux de travail ce qui éviterait aussi des risques pour les employés, instaurer des jours de fermeture de centres commerciaux, etc.

L’année passée, fin juin 2021, une vague de chaleur exceptionnelle s’abattait sur l’Ouest de l’Amérique du Nord amenant une température supérieure à 49°C à Lytton, en Colombie Britannique. Après quelques jours de fournaise, la ville a brûlé. La vague de chaleur a causé environ 1400 décès aux Etats-Unis et au Canada et 8.9 milliards de dollars de dégâts (Wikipédia). Elle était tellement extrême qu’elle n’aurait pas pu se produire sans réchauffement climatique.

Les maladies et les décès liés à la chaleur sont très préoccupants dans ces conditions, mais ils sont largement évitables grâce à une planification, une éducation et une action appropriées (NIHHIS).

Action contre la chaleur

Le Réseau mondial d’information sur la chaleur et la santé coparrainé par l’OMM et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) (lien) a décrété  le 14 juin comme Journée d’action contre la chaleur pour sensibiliser à la manière de combattre la chaleur.

La campagne aborde des questions telles que la façon de reconnaître et de prévenir les risques pour la santé liés à la chaleur à la maison, au travail, pendant les sports et les loisirs. Elle donne des conseils sur la façon de rester au frais et de s’hydrater et d’assurer la sécurité de la famille, des amis et des voisins (lien).

« En raison du changement climatique, les vagues de chaleur sont en augmentation dans le monde, devenant à la fois plus chaudes et plus longues. Mais elles ne doivent pas mener à la tragédie. Nous pouvons tous prendre des mesures simples pour nous protéger, protéger nos voisins, les membres de notre famille et nos amis. Il s’agit notamment de boire de l’eau, de se reposer à l’ombre et d’éviter les activités de plein air pendant la partie la plus chaude de la journée », a déclaré Francesco Rocca, président de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

La chaleur extrême est le plus meurtrier de tous les aléas naturels. La communauté OMM est un partenaire essentiel des autorités locales pour sauver des vies face à ce grave danger climatique et sanitaire. La diffusion d’avertissements sanitaires liés à la chaleur et d’avis publics efficaces contribue à mettre en œuvre des plans d’action contre la chaleur, notamment en mobilisant la préparation aux épisodes de chaleur accablante. Les citadins sont particulièrement sensibles en raison de ce que l’on appelle l’effet d’îlot de chaleur urbain qui amplifie les impacts de la chaleur par rapport à la campagne où il y a plus de végétation. L’Organisation mondiale de la santé a recommandé d’étendre les plans d’action chaleur-santé dans la région européenne.

Communiqué officiel OMM:  OMM.

Image de couverture  par Barbara A Lane de Pixabay

Addendum le 16 juin: Pour compléter la discussion: Graphique du grand climatologue américain James Hansen qui montre que les températures moyennes de l’hémisphère Nord en été ont augmenté et de plus les températures extrêmes augmentent plus (en rouge foncé). 20200706_HunkyDory

Dans cet article vous trouverez le graphique Météosuisse, la montée des températures annuelles en Suisse: https://www.swissinfo.ch/fre/changement-climatique_le-temps-commence-à-manquer-pour-les-forêts/43473844

 

A Miami les limousines dans le déluge

Une tempête de pluie tropicale a frappé le sud de la Floride et a déchargé d’énormes quantités de précipitations.

Les débuts de la tempête tropicale Alex ont traversé la Floride, Cuba et les Bahamas de vendredi à samedi, transformant les rues en rivières, submergeant et bloquant les véhicules, annulant les vols à destination et en provenance du sud de la Floride et tuant au moins deux personnes à Cuba après que plus de 250 mm  de pluie soient tombés dans certaines régions.

La tempête de pluie tropicale a commencé à se former près de la péninsule du Yucatan, où elle a traîné avec une vitesse d’avancement de seulement 5 miles par heure à un moment donné. Elle a ensuite pris de la vitesse en se rapprochant des Etats-Unis.

Dans la capitale cubaine, La Havane, les autorités ont imputé au moins deux morts à la tempête, selon un rapport de la BBC. De fortes pluies incessantes ont provoqué des inondations dévastatrices dans le pays. Plus de 2 000 personnes ont été évacuées et environ 50 000 personnes à La Havane et dans les environs étaient sans électricité samedi. La tempête se composait de l’énergie restante de l’ouragan Agatha, qui avait déjà fait des ravages sur Cuba.

Au nord de la Floride, les routes du centre-ville de Miami ont été inondées de vendredi soir à tôt samedi matin.

De nombreuses personnes avaient grimpé à travers les toits ouvrants pour s’échapper de leur voiture, des fêtards en robes de soirée ont pataugé dans l’eau jusqu’à la taille, alors les limousines avançaient toujours, lentement, au milieu du déluge. Les images semblent sorties de Gatsby le Magnifique, la fête continuait encore, alors que le monde ancien s’écroule, que la ville de Miami est de plus en plus souvent inondée, que le niveau des inondations atteint les prévisions de 2100.

Des équipes de secours ont conduit sur des routes inondées avec des lumières allumées dans une vidéo partagée par le service d’incendie de Miami.

“Je voyais toutes ces voitures flotter sur l’eau. Je suis allé à la mienne et j’ai vu l’eau à l’intérieur de ma voiture”,

Une vidéo de drone a montré des voitures échouées le long de la Southwest First Avenue inondée de Miami samedi matin.

De jeunes garçons pagaient sur un kayak gonflable dans une rue inondée de Miami, le samedi 4 juin 2022. Un avertissement de tempête tropicale était en vigueur le long de certaines parties de la côte de la Floride et du nord-ouest des Bahamas. Plusieurs rues de Miami ont été inondées et les autorités remorquaient des véhicules abandonnés.

 Alors que la tempête continuait de se diriger vers le nord-est à travers la Floride, elle a fait des ravages dans les aéroports du sud de la Floride, entraînant l’annulation de près de 200 vols à destination et en provenance de la région et des retards pour des dizaines d’autres vols entrants et sortants.

Miami et ses environs immédiats ont subi le plus gros des précipitations, avec des quantités de plus de 250 mm. La tempête de pluie tropicale s’est ensuite déplacée vers le large. En fin d’après-midi samedi, la majeure partie des précipitations s’était éloignée de la côte atlantique de la Floride.   La tempête, qui s’est développée en partie à partir de l’énergie résiduelle de l’ouragan historique Agatha du bassin du Pacifique Est une semaine plus tôt, s’est ensuite renforcée en s’éloignant du continent américain, devenant la première tempête nommée de la saison pour le bassin de l’Atlantique alors qu’elle se dirigeait vers les Bermudes.

Aujourd’hui, les marées inondent Miami quatre fois plus que précédemment, les maisons du bord de mer sont de plus en plus souvent touchées.

Les previsions actuelles indiquent que la montée du niveau de la mer inondera de nombreuses rues vers le milieu du siècle, et elles n’incluent pas l’hypothèse de l’effondrement des glaciers Antarctiques, alors la mer pourrait arriver plus vite.  La ville de Miami, et de nombreuses autres, ont peu de chances d’échapper à l’océan. 

Forts orages et grosses grêles sur l’Europe

 Il y a deux semaines, j’avais commencé un blog sur les orages, qui inondaient les réseaux sociaux.   L’Inde avait connue une vague de chaleur exceptionnelle au printemps, qui a été suivie, le 19 mai, d’un fort orage. De nombreux arbres ont été déracinés, et les intempéries se sont accompagnées de nombreux éclairs et de grosse grêle. La tempête a été si violente qu’elle avait provoqué 19 morts. Simultanément, des posts Facebook des Etats-Unis rapportaient ‘ le pire orage que j’ai jamais vu’, et une tornade exceptionnelle au Michigan lors d’une forte tempête.
Il faisait 30°C en Suisse, 0°C en Pologne à environ 1000 km de là,  et entre deux des orages et des tornades balayaient l’Allemagne, probablement à cause de la forte de différence de températures.
Le mois de mai a constitué un record de chaleur en France et dans une partie de l’Europe.
Ce weekend, des forts orages se sont abattus, avec des grosses grêles et des inondations.  En France, les orages ont touché la surface la plus importante depuis une vingtaine d’année, couvrant 65 départements.  Des ponts ont été emportés, des routes inondées, et des grosses grêles ont fait d’importants dégâts ( vidéo).
Jeudi, des orages ont été plus intenses encore ont sévi en Autriche et en Croatie. Ils ont apporté une épaisse couche de grêle, qui a paralysé le traffic, provoqué des inondations et détruit des récoltes.  La compagne Autrichienne d’assurance contre la grêle s’attend à près de 3 millions de frais de dommages dans l’agricultures, sur un territoire de 12’000 hectares (vidéo).
En Croatie, le sol était couvert d’une épaisse couche de grêle (vidéo).
Les orages s’aggravent ces dernières années, le changement climatique nous apporte des phénomènes météorologiques que nous n’avons jamais vu auparavant. Il est tout à fait possible que les grêlons soient de plus en plus gros, les éclairs et les vents plus forts et les pluies plus abondantes.
La chaîne de Météo Accuweather annonce cette année un été semblable à l’été passé, chaud au Sud et des orages en Europe Centrale.. L’été 2021 nous avait apporté de nombreux et forts orages, des chutes de grêles exceptionnelles, des inondations en Belgique et en Allemagne, et des températures au dessus de 45°C dans le Sud de l’Europe (lien).

L’afforestation capte le plus de carbone dans le sol

Il y a mille ans, l’Europe était couverte d’une immense forêt. Peu à peu, elle a été défrichée pour faire place aux champs et aux pâturages. Le carbone s’accumulait alors dans le sol par les racines des arbres, les organismes vivants du sol, et les feuilles qui tombent. 

J’ai l’impression que notre agriculture a consommé au cours des siècles ce carbone accumulé par les arbres. Le sol est pourtant la meilleure solution pour de le stocker,  car il y augmente la fertilité et la rétention d’eau.

L’agriculture régénératrice enrichit les champs en carbone par des applications de compost ou des restes végétaux.  Elle inclut des techniques telles que la réduction du labour, les couverts végétaux, la rotation des culture,  le compost et le fumier.  Une étude effectuée sur les terres du Vermont, état américain au climat tempéré, suggère que dans des systèmes pérennes, le pâturage en rotation est la stratégie de régénération la plus efficace.  Au cours des premières décennies, le ‘rotational grazing’, l’élevage avec rotation, permet d’enrichir le sol en carbone de 5,3% en dix ans.

Cependant la stratégie la plus efficace est l’afforestation. Elle augmente le carbone du sol de 6.5% en dix ans.  Il faudrait y ajouter le carbone accumulé dans le bois des arbres, et leur effet régulateur sur le climat local.  

Si les champs actuels sont utilisés en agriculture régénératrice, le sol peut être enrichi de 5% en 50 ans.  Si par contre ils étaient transformés en pâturages bien gérés, ils acculeraient 11% de plus de carbone, et en tant que forêts, ils en contiendraient 17% déplus dans 50 ans.

Les forêts dont le bois est exploité accumulent moins de carbone dans le sol que celles-ci qui atteignent la maturité.

 

Accumulation de carbone dans le sol au cours des années  Afforestation to old growth: Afforestation à croissance naturelle;  Afforestation with harvest: Afforestation avec coupe de bois; All rotation grazing: pâturage en rotation; Same land use with BMPs: Maintien de la même culture (maïs) en agriculture régénératrice; All continuous pasture: pâturage permanent; Business as usual: Agriculture actuelle sans changement.

Le sol forestier s’enrichit continuellement pendant cent ans, même quand les arbres ralentissent leur croissance. Ce résultat est cohérent avec d’autres études,  qui avaient aussi rapporté une augmentation de carbone du sol dans les forêts anciennes.

Cette étude montre encore une fois que des changements dans la gestion de l’agriculture, en particulier un passage de la culture d’aliments pour bétail aux pâturages, et surtout l’afforestation, pourraient compenser une partie des émissions de carbone.

Les chiffres obtenus ici sont plus modestes que ceux présentés par le projet 4 pour mille, qui estimait que 20 à 35% d’émissions de carbone pourraient être stockées dans le sol.  L’agriculture sans labour n’est pas inclue car  les auteurs mentionnent des informations contradictoires à ce sujet.

Les auteurs supposent que le bétail est nourri avec des aliments produits localement dans la ferme, mais actuellement, l’élevage s’accompagne souvent de déforestation et cultures polluantes ailleurs dans le monde.  Leur vision est donc pour le moment exagérément optimiste, mais un tel élevage est possible.  Ils soulignent aussi que la conversion des champs de maïs fourrager en pâturages ne signifie pas une diminution des ressources alimentaires pour l’Homme, mais simplement une autre façon d’alimenter le bétail.  Par contre, je suis sûre que si les aliments végétaux cultivés dans les champs étaient directement consommés par les humains, une partie des terres agricoles pourrait être afforestée.   Nous vivons le début de l’Anthropocène, qui se caractérise par des inondations et des vagues de chaleur de plus en plus importantes.  L’élevage et le transport du bétail seront perturbés par ces changements climatiques et il faut mettre en place d’autres solutions pour les prochaines décennies.

Lien sur l’article: https://journals.plos.org/climate/article?id=10.1371/journal.pclm.0000021

Image de couverture:  yoshitaka2 de Pixabay

Quelle économie après la transition? Demandons des pièces détachées universelles

Quelle organisation de la société sera possible en réchauffement climatique?

De nombreuses initiatives de transition fleurissent autour de nous, c’est magnifique. Elles incluent la production locale, notamment des aliments, des systèmes de partage de biens, et de recyclage, ainsi que la production locale d’énergie renouvelable. Mais que nous apportera  vraiment l’avenir?

Les catastrophes climatiques de ces dernières années ont déjà apporté des inondations très étendues, en 2019 les cyclones Idaï et Kenneth ont dévasté le Mozambique et le Zimbabwe 2019,  et en Iran les 90% du territoire ont été recouverts par les eaux, annihilant la production alimentaire du pays. La Chine subit aussi des déluges ces dernières années.

Actuellement, les inondations causent les dégâts les plus graves. Les eaux interrompent les voies de communication. Les pluies intenses provoquent aussi de nombreux glissements de terrain, qui ont par exemple ont isolé un tiers de la Colombie du reste du pays. Une tempête de vents forts a jeté des milliers d’arbres ainsi que les poteaux électriques sur les routes de l’Iowa. Les habitants ont été isolés des semaines sans alimentation ni électricité.

Ces perturbations des transports et de l’approvisionnement électrique iront en s’accroissant. La montée du niveau de la mer touchera les côtes et les ports. Le niveau de la mer pourrait monter vite à la fin du siècle. Imaginons 5 mètres d’élévation, avec des vagues plus grandes, peut-être le triple des vagues actuelles, et des superstorms, d’immenses ouragans.  Le transport maritime, qui d’ailleurs rencontre problème sur problème ces dernières années, sera-t-il possible à l’échelle actuelle? 

Futur A. Société médiévale, sans électricité ni machines

Quelle économie pourra exister dans un tel monde en réchauffement?

Certaines initiatives de transition sont entièrement locales et artisanales. Il s’agit par exemple de coopératives locales de légumes bio, parfois transportés à vélo, de fabrication artisanale de savons locaux, etc. 

Un jour j’ai été terrifiée en regardant les jeunes enthousiastes qui construisent des maisons en terre, posent un panneau sur le toit solaire et plantent d’excellents légumes autour.  Ces projets me semblent visionnaires. Oui, l’électricité doit être produite localement. Mais pourquoi? Vivrons -nous en autarcie? Mais alors, excusez-moi,  qu’adviendra-t-il alors du reste du monde?

Les transports seront les premiers touchés, et de plus en plus perturbés.

Allons-nous vraiment vivre un effondrement total de la société industrielle avec un retour à des technologies médiévales? Allons-nous nous retrouvés isolés au niveau économique? Cela pourrait se produire si des gigantesques ouragans, ou des nuées de tornades détruisent les usines et les systèmes de transports chinois, et que des glissements de terrain et des inondations coupent les routes européennes au point de rendre les transports trop difficiles.  Les entrepôts industriels sont aussi à la merci des vents et des inondations.

Ces perturbations de notre économie mondiale commencent déjà,  continueront certainement, et iront probablement croissant. Nous devons en être conscients.

J’aimerais qu’une société un peu organisée subsiste, où la sécurité humaine serait assurée. Personnellement, dans trente ans, j’aurai sûrement besoin de sécurité,  d’une canne pour marcher, d’appareils médicaux sophistiqués,  et peut-être de l’aide des plus jeunes. 

Outre le retour à une société médiévale autosuffisante,  nous enfants pourraient vivre vêtus de lambeaux de nos habits d’antan, et leur société utiliserait les déchets de la nôtre. C’est avenir est fort possible, il est peut-être très proche.

Futur B. Société de récupération de nos déchets

Dans son livre 2052, Joergen Randers du Club de Rome prévoit 20 ans de catastrophes, suivis de 20 ans de réorganisation écologique de nos sociétés. Il suppose qu’une certaine organisation des Etats et une certaine industrie subsistera à l’avenir. En tout cas, il vaut mieux commencer la réorganisation au plus tôt, avant que les bâtiments et les infrastructures ne soient détruits.

Nous devons tout faire pour préparer un avenir agréable pour nos enfants. Pour que la transition hors de l’économie mondiale et de la société industrielle se passe le mieux possible, je propose que les critères de durabilité des machines actuelles soient fortement renforcés. Elles devraient être bien conçues, durables, et leurs pièces détachées devraient être quasiment universelles, en tout cas convenir à plusieurs objets différents. Ainsi, nous pourrions dans vingt ans reconstruire en Europe un ordinateur à partir de deux anciens, etc. Comme quasiment tout est aujourd’hui fabriqué en Chine et que c’est une économie planifiée, elle pourrait sûrement planifier la conversion de ses usines pour des objets plus durables.

L’Union européenne a décidé d’exiger un chargeur de téléphone portable universel. C’est une bonne idée, mais nous pouvons certainement aller beaucoup plus loin dans cette direction, éviter tout gaspillage et planifier des objets solides, convertibles et moins nombreux. Nous devons aller vers une société consommant moins de plastique, moins d’objets, qui seront plus durables.

Addendum le 2 mai: La création d’une base de données de fournisseurs et des pièces détachées utilisées par les usines permettrait déjà d’éviter des gaspillages, serait un point de départ pour mieux planifier la production. Cela permettrait aussi d’anticiper les situations où une usine cesse de fonctionner ou de livrer, auxquelles nous serons de plus en plus confrontés lors du réchauffement climatique. Il serait plus sûr de prévoir plusieurs fournisseurs possibles, et lors de cette planification, on peut aussi prévoir des pièces plus durables et plus largement utilisables.

Futur C: Sobriété, alimentation végétale, technologie durable

 

 

Michael Mann s’attend maintenant à une montée de mers de plusieurs mètres

Je partage et retranscris en français la vidéo d’une interview récente de Michael Mann et de Kiya Riverman.  Michael Mann est un des grands climatologues américains qui a établi que le réchauffement actuel était sans précédent au cours de l’histoire.  Il est un scientifique exceptionnel, un des auteurs des rapports du GIEC, a été vilipendé et honni pour son travail et a écrit des livres entiers sur ses “guerres climatiques” avec ses détracteurs à la solde de l’industrie pétrolière.

Les deux chercheurs déclarent que nous avons sous-estimé la fonte des glaces du Groenland et d’Antarctique.

L’élévation du niveau de la mer est un problème qui retient de plus en plus l’attention des scientifiques et des médias. Et alors que le changement climatique continue de réchauffer la terre, le taux actuel de montée des eaux de 1,4 pouce par décennie devrait augmenter.

Le point de basculement le plus important, en ce qui concerne l’élévation du niveau de la mer, est le glacier Thwaites, situé dans l’ouest de l’Antarctique. également connu sous le nom de glacier du jour du Jugement Dernier,  Lorsque cette calotte glaciaire fondra, les mers de la Terre devraient monter d’au moins deux pieds. Mais à ce moment-là Thwaites ne sera plus là pour stabiliser la région qui l’entoure. De nombreux scientifiques prédisent que si ce système s’effondrait complètement, nous verrions en fait une élévation du niveau de la mer de quelques mètres – un scénario vraiment catastrophique. New York, une grande partie de la Floride et du Bangladesh seraient alors inondés.

Les chercheurs considèrent que la plateforme principale pourrait d’effondrer dans moins de dix ans.  Elle empêche la course du glacier dans l’océan. Kiya Riverman a lancé un robot sous la plateforme pour étudier le fonds. Il semble y avoir un immense réservoir de chaleur en dessous, ce qui est très inquiétant.

Les images suivantes montrent des scientifiques qui pataugent en Floride. Certains  habitants abandonnent déjà les maisons du bord de mer.  Selon les projections actuelles, la marée touchera une partie de Miami vers 2040 – 2065, mais celles-ci n’incluent pas l’effondrement de grandes zones d’Antarctique.

Michael Mann: “25 millions de personnes vivent dans des régions qui seront inondées.  La vraie question est combien de temps cela prendra.” “Historiquement, nos modèles ont sous-estimé la vitesse de la montée du niveau de la mer.” “Ils prévoient un demi-siècle ou un siècle.   “L’histoire de la Science nous a appris que ces impacts pourraient se produire plus vite que nos modèles ne l’ont prévu.”  “Il y a une dizaine d’années nous ne voyions pas de contribution des plateformes glaciaires à la montée du niveau de la mer, mais maintenant elles y participent. Il s’agit des glaces du Groenland, qui pourrait ajouter 5 mètres au niveau des mers du monde, et d’une grande partie de la plateforme Antarctique (Ouest je crois dr), qui pourrait relever d’un effondrement à grande échelle au cours de plusieurs décennies et ajouter peut-être 5 autres mètres au niveau des océans.”

Kiya Riverman déclare qu’ils ont d’abord pensé en milliers d’années, puis ont compris que les glaciers répondent en quelques années, et même en quelques semaines, aux changements de l’océan et de l’atmosphère.  Ces réactions ont été observées lors de l’effondrement de la plateforme Larsen B en 2002. Et ces changements sont maintenant visibles au niveau du glacier Thwaites. Sa langue flotte sur l’océan et s’arrête contre une île.  Riverman et ses collègues ont remarqué que l’eau sous le glacier est trop chaude, et que la glace flotte et plie avec la marée. Ce mouvement agit comme une pompe qui amène l’eau chaude sous le glacier. Selon Kiya Riverman, au cours des prochaines 3, 4, 5 ou 6 années nous verrons cette plateforme changer vraiment vite et se désintégrer.

Elle dit aussi que nous avons changé l’Antarctique, et que les conséquences de sa fonte ne sont pas si loin.

Michael Mann déclare que le changement climatique dangereux est déjà là, mais que nous pouvons prévenir les pires conséquences. Selon lui, il y a une immense différence entre ce qui va se passer si nous agissons énergiquement maintenant et les conséquences d’un échec.

J’ajoute que si la plateforme s’effondre, la course du glacier Thwaites accélèrera,  la montée du niveau de la mer s’étalera alors en années ou plutôt en décennies.

Mes propres réflexions récentes sur le même sujet Blog

 

Laissons des très grands arbres dans nos forêts – sylviculture dynamique naturelle

La stratégie de développement de la biodiversité de l’Union européenne appelle à une utilisation plus large des pratiques forestières ” proches de la nature “.

Aujourd’hui, la gestion forestière  en Europe n’imite pas les schémas de la nature, en particulier les schémas complexes créés par les perturbations naturelles qui laissent derrière elles une mosaïque de types, d’âges et de tailles d’arbres ; bois mort debout et abattu; et des paysages très variables et résilients.

La grande majorité – près de 73 % – des forêts européennes penche vers des plantations homogènes et équiennes. Celles-ci, historiquement, ont été gérés pour maximiser la croissance et le rendement du bois et d’autres produits du bois, mais sont de plus en plus vulnérables au stress environnemental et au changement climatique.

Si nous homogénéisons un paysage pour que tout soit épicéa à perte de vue, cela signifie que lorsque les scolytes de l’épinette arrivent, ils peuvent également se propager à perte de vue.

Aujourd’hui, des nombreuses forêts européennes souffrent d’importantes épidémies d’insectes, de problèmes de maladies forestières, de fréquences croissantes de tempêtes de vent et d’incendies plus intenses.  Le réchauffement climatique favorise les épidémies, certains insectes prolifèrent dans la chaleur, les scolytes attaquent des arbres affaiblis par la sécheresse.

Les perturbations naturelles qui se produisent dans les forêts sont de taille très variable, mais moins graves que les dégâts laissés par l’exploitation forestière et d’autres formes de gestion humaine des forêts. Certaines, comme les grands incendies et les tempêtes de vent, se produisent rarement mais façonnent les paysages pendant de nombreux siècles. Les perturbations causées par la coupe forestière en rotation sont plus fréquentes, laissant moins de temps aux écosystèmes pour développer des habitats qui se rétablissent lentement. Les événements naturels laissent généralement plus d’arbres et de bois vivants et morts que les principaux types de gestion forestière populaires en Europe incluant la coupe à blanc, les coupes répétées de les jeunes arbres dans les systèmes de taillis, les coupes progressives et l’élimination continue des arbres d’âge moyen dans un système de sélection.

Une étude  montre comment les pratiques forestières européennes pourraient imiter plus étroitement les perturbations naturelles pour produire une gamme plus large d’habitats et de services écosystémiques pour être plus durables et résiliantes. Il s’agit d’une nouvelle réflexion de pointe pour l’Europe, où contrôler et éliminer les perturbations, plutôt que de les imiter, a été la façon dominante de penser pendant plusieurs siècles.

Les scientifiques suggèrent un style de foresterie appelé “proche de la nature” ou “sylviculture dynamique naturelle” pour les forêts européennes.  Des grands arbres, des arbres fauniques, des arbres d’habitat, du bois mort à différents stades de décomposition, des microhabitats et des canopées complexes permettraient le développement de nombreux types de créatures et de biodiversité.

Les techniques sylvicoles qui accordent plus d’attention à ces éléments des forêts naturelles – et copient la dynamique des perturbations naturelles à l’échelle de peuplements individuels d’arbres et de paysages plus vastes peuvent enrichir le portefeuille de systèmes de gestion de l’Europe, surtout  si la production de bois n’est pas l’objectif principal.

Et un nombre croissant de citoyens européens et de gestionnaires des terres souhaitent que leurs forêts contribuent davantage à l’absorption de carbone, à la protection de la biodiversité et à d’autres services tels que la qualité de l’eau et la protection contre les inondations. Or aujourd’hui, seulement 8% des forêts européennes ne sont pas gérées ou le sont pour des objectifs non ligneux tels que le stockage du carbone, la qualité de l’eau ou l’habitat faunique.

Les pratiques de gestion forestière équienne à haute intensité sont loin des conditions dans lesquelles les organismes ont co-évolué et auxquelles ils sont adaptés.

Depuis la fin de la dernière période glaciaire, l’Homme a modifié les forêts d’Europe, de manière décisive depuis la révolution néolithique de la colonisation et de l’agriculture au cours des 6 000 dernières années.  Il y a encore mille ans, l’Europe était une immense forêt.

Depuis quelques siècles, la production intensive de bois s’est appropriée les restes de celle-ci.

Ces plantations gérées,  souvent entretenues avec des coupes à blanc, composées de peuplements de même âge d’une seule espèce; et récoltées tous les 80 ou 120 ans , contrôlent la dynamique forestière pour maintenir un flux de bois vers le marché. Les avantages supposés de l’élimination des perturbations – comme les incendies, les arbres morts et mourants, les inondations ou les espèces non commercialisables – ont été largement tenus pour acquis jusqu’à ces dernières années. Cependant, elles  diminuent souvent la résilience d’une forêt à de nombreux stress, du changement climatique aux scolytes en passant par la sécheresse.

“Nous avons constaté que plus de 85 % des forêts gérées en Europe imitent une sorte de perturbation de remplacement des peuplements. Il s’agit d’un pourcentage énorme de nos forêts étant donné que presque toutes les forêts d’Europe sont gérées et qu’il existe très peu de réserves naturelles”, déclare le scientifique forestier Dominik Thom, co-auteur de la nouvelle étude à l’Université technique de Munich à Freising, en Allemagne. “Ce qui nous manque le plus dans nos forêts, ce sont les stades de développement tardif”, dit-il, “les structures anciennes, comme les très grands arbres” (cité par Joshua Brown, article).

Dans une forêt naturelle, une grande complexité émerge au fil des années et des siècles. Elle peut être intégrée aux techniques forestières comme le propose une nouvelle étude. Les perturbations naturelles créent aussi des patchs et des mosaïques très complexes. Si nous pouvons imiter les perturbations naturelles d’un peu plus près dans les forêts gérées, nous aurons une meilleure chance de fournir la gamme complète d’habitats dont les salamandres, les champignons, les araignées et de nombreuses autres formes de vie ont besoin… et nous rendrons probablement ces forêts européennes, et nous-mêmes, plus résistantes au changement climatique rapide. Elles doivent aussi être protégées de la pollution.

Nos forêts sont en danger, les épidémies de scolytes, les vents, l’alternance des sécheresses et de pluies intenses, l’érosion les menacent ces prochaines années déjà. L’étude constate plus de dommages dûs au vent. L’été passé le Canada a connu une vague de chaleur à 49,6°C, et les climatologues ont annoncé que des événements semblables, et plus graves, viendront encore. Le réchauffement climatique pourrait apporter un printemps à 30°C dans quelques années, ou une autre aberration météorologique de ce niveau.   Les techniques pour améliorer la résilience des forêts, par exemple des poches laissées à l’évolution naturelle, doivent être appliquées immédiatement.  Personnellement, je suggère aussi l’étude sérieuse de solutions de sauvetage, de plusieurs solutions différentes, telles que en place de réservoirs ou d’arrosage de forêts en cas de catastrophe météorologique. Nous devons les sauvegarder.

Autre blog sur les forêts: https://blogs.letemps.ch/dorota-retelska/2021/12/05/la-mort-et-les-tentatives-de-renaissance-des-forets-allemandes/

Blog: la mort et l’importance des forêts

Blog: L’importance des grands arbres pour les forêts

L’effritement de l’Antarctique alerte sur la montée des mers

Un grand  fragment de banquise s’est détaché mi -mars de l’Antarctique – Est. 

Jusqu’ici, elle avait été épargnée par la fonte. Le mois de mars a apporté des températures anormalement élevés,  de 40 degrés au-dessus des normes antarctiques. Ces températures sont causées par des flux atmosphériques imprévus.   Une rivière atmosphérique a piégé la chaleur au dessus de l’Antarctique.  La plateforme de glace Conger, qui se réduisait depuis les années 2000, s’est détachée à la mi-mars. 

Au moins trois vêlages importants de glaciers d’Antarctique-Est ont été observés au mois de mars, trois glaciers ont perdu des icebergs à cette période:

Les plateformes de glace bloquent la course des glaciers, et lorsqu’elles s’effondrent, l’ écoulement de ceux-ci s’accélère, parfois des centaines de fois. La disparition des banquises constitue probablement le début de la fonte des glaces Antarctiques. 

Les modèles estiment que cette fonte pourrait s’étaler sur des milliers d’années, mais ces estimations n’ont pas prévu  les vagues de chaleur qui touchent ce continent aujourd’hui, ni la stratification des océans dont parle James Hansen.

Des observations par satellite ont permis de constater que la surface de glace d’Antarctique-Est fond en été, et se couvre de nombreux lacs.  Les plans d’eau changent de saison en saison, et d’année en année (Lien) . D’autres études montrent qu’ils se vident parfois par le fond, l’eau percole alors dans la plateforme, et réchauffe celle-ci. La glace est de plus en plus chaude. Plusieurs événements de ce type préparent la fracture finale. La présence de lacs constitue un des signes précurseurs de la fonte et du détachement des plateformes. 

L’effondrement de l’Antarctique -Ouest entraînerait l’accélération et la fonte progressive des glaciers qu’elle retient, et pourrait mener à une augmentation du niveau de la mer de 7 mètres. 

Si l’Antarctique-Est est aussi touchée, et que ses glaciers, tels que Totten, s’effondrent, le niveau de la mer pourrait monter de 20 mètres.  

Il est probablement trop tard pour éviter l’effondrement de l’Antarctique-Ouest  La rapidité de la fonte est très incertaine,  elle prendra des dizaines, des centaines, ou des milliers d’années.  

Une montée du niveau de la mer de plusieurs mètres serait fatale pour la plupart des villes côtières. James Hansen estime qu’elle pourrait se produire assez rapidement, et même  au cours du 21ième siècle.   Avant cela, la fonte des glaces arrêterait la circulation océanique. Cela augmenterait le réchauffement des tropiques et amènerait des “superstorms”, des tempêtes géantes, notamment sur l’Est des Etats-Unis. Les températures des tropiques deviendraient vraiment dangereuses.  Selon lui, les modèles sous-estiment les changements  réels. Par contre,  une fonte importante des glaces apporterait une couche d’eau froide à la surface des océans et limiterait la montée des températures (James Hansen video). 

Lien sur mon livre électronique sur ce sujet:

La forêt amazonienne est encore là mais pourrait approcher d’un seuil critique

Le changement climatique apporte à l’Amérique du Sud des sécheresses, d’intensité et de durée croissante.  Les températures augmentent.

Une nouvelle étude a exploité les données satellite pour comprendre les réponses de la jungle amazonienne à ces changements. Ils ont utilisé les données satellitaires de VOD (vegetation optical depth) qui mesurent bien la biomasse de la forêt (Boulton, Lenton and Boers, Nature Climate Change).

Les mesures d’activité photosynthétique, qui renseignent sur la croissance active des plantes, et notamment des feuilles, indiquent par contre une forte activité dans les zones nouvellement défrichées. Les satellites rapportent que des végétaux poussent intensivement là-bas, il s’agit probablement des pâturages ou de cultures. Cette mesure ne renseigne pas bien sur la présence d’arbres.

Les données de la profondeur optique de la végétation VOD sont bien indicatives de la biomasse de la forêt.  Les scientifiques ont étudié les changements de celle-ci au cours du 21ième siècle. La forêt subit des variations annuelles, en raison des pluies et des chaleurs saisonnières.  Si on fait abstraction de ce cycle naturel, des variations inattendues apparaissent. Des perturbations se sont toujours produites, mais elles perdurent malheureusement de plus en plus. La forêt ne se régénère plus aussi bien après des dommages subis. Les scientifiques ont mesuré l’autocorrelation de ces changements.

Ce changement touche les trois quarts de l’Amazonie. Il se produit dans quasiment toutes les régions, proches de l’activité humaine ou pas. Les zones attenantes aux exploitations humaines sont exposées aux feux qui abîment les arbres alentour. La déforestation et la dégradation des forêts diminuent l’évapotranspiration, ainsi que la formation des pluies favorisée par les arbres, et font monter la température localement lors des vagues de chaleur, car la végétation abondante tempérait le climat.

Seules quelques zones reculées dans le Nord semblent épargnées sur une carte qui représente l’évolution au cours de la dernière vingtaine d’années. Un autre graphique, qui représente le changement annuel, semble pourrait indiquer que même les zones les plus éloignées perdent de leur résilience aux cours des quelques dernières années, dès 2013, mais les auteurs attirent l’attention sur le faible nombre de parcelles concernées. Il n’est donc pas certain si les zones éloignées de l’Homme sont encore viables.

La perte de résilience est en tout cas plus forte dans les régions touchées par l’Homme. Evidemment, les arbres coupés et remplacés par des pâturages repoussent difficilement.

La pluviométrie ne semble pas influencer la résilience de la forêt, qui diminue sur la majorité du territoire.

Selon les auteurs de l’article, la perte de résilience peut annoncer une transition critique, la perte de cette forêt. Cette observation est très inquiétante. Il s’agit d’un des plus grands réservoirs de biodiversité du monde, une merveille de la Nature.

L’Amazonie est point de retroaction potentiel dans le système climatique mondial, et un grand puit de carbone terrestre. Sa perte changerait dangereusement le climat local et mondial.

Cette étude a étudié la stabilité du système de la forêt amazonienne, en calculant un indicateur de stabilité. La forêt pourrait vivre un ralentissement critique (CSD). La perte de résilience indique un affaiblissement des feedbacks négatifs qui permettaient à la forêt de récupérer après un dommage.  D’autres systèmes de la biosphère terrestre semblent aussi vivre un ralentissement critique: la hauteur des glaces du Groenland,  ainsi que la circulation océanique dans l’Atlantique (Boulton, Lenton and Boers). Nous pourrions être à la veille de la perte de ces systèmes. Le sommet des glaces du Groenland pourrait se trouver à une température supérieure à zéro degrés ce qui précipitera sa fonte, mais là le phénomène devrait s’étaler sur des centaines ou des milliers d’années.

Une forêt peut par contre mourrir en une année, ou en quelques années. Si elle dépérit, elle augmentera rapidement le réchauffement planétaire.

 

Les arbres meurent-ils debout?

Une étude portant sur la mort des arbres de la forêt amazonienne indique que les grands arbres meurent en premier, de défaillances hydrauliques lors des sécheresses ou frappés par la foudre. Le manque de lumière ou la sécheresse sont un des problèmes principaux.  Environ une moitié d’arbres tombe, déracinée ou brisée, et l’autre moitié meurt et sèche debout. Les espèces à croissance rapide subissent le plus de pertes (Nature). Cependant, il est à noter que la croissance ralentit avant la mort de l’arbre. Elle intervient donc après une maladie ou un affaiblissement, l’arbre tombe après une maladie, qui pourrait par exemple saper ses racines. Même les arbres qui s’effondrent encore verts ont en fait subi des dommages avant. Aujourd’hui, une partie de la forêt Amazonienne a cessé de croître. Les immenses arbres sont encore debout.

La sécheresse est responsable seulement dans le Sud de l’Amazonie, dans le Nord elle ne semblait pas jouer de rôle (Nature). Une étude portant sur les espèces de la forêt amazonienne indiquait en 2019 une mortalité accrue des espèces habituées à l’humidité, et un remplacement progressif par des essences tolérantes à la sécheresse. La forêt s’adaptait alors au changement qu’elle vivait (article). Une autre étude montrait aussi que la mortalité dépend du climat et de l’espèce végétale (Nature). Cela suggère qu’une meilleure irrigation aiderait la forêt.

Le rapport du GIEC prévoit une augmentation de températures en Amérique du Sud, ainsi qu’une diminution de pluies dans le Nord-Est du Brésil.  Les deux changements menacent la forêt.  Les vagues de chaleur seront plus longues, plus fortes, plus fréquentes, dureront plus de deux mois. Le risque de feux de forêt augmente aussi énormément. La jungle amazonienne est en danger. Des grandes parties seront remplacées par une végétation plus modeste et adaptée à la sécheresse.  La cascade de conséquences du changement climatique et des activités humaines pourrait entraîner la perte de cet écosystème autour de 2°C de réchauffement. (6ième rapport du GIEC). Mais les événements pourraient se précipiter. Une étude rapporte une perte de carbone par la forêt Amazonienne plus rapide que prévu par les modèles du GIEC (Nature Climate Change). La perte de résilience observée actuellement pourrait signifier que la jungle Amazonienne touche à la fin de son existence.

Sa disparition amènerait des sécheresses et des vagues de chaleur plus intenses, probablement insupportables dans la région.

L’Amazonie sera-t-elle bientôt un effrayant tourbillon de poussière et de décombres centrifugé par la colère d’un ouragan biblique, comme Macondo de  Garcia Marquez’?  Ne le permettons pas.

Comme je l’ai écrit la semaine passée la déforestation et la dégradation des forêts sont encore très actives au Brésil. L’activité humaine peut être arrêtée et inversée demain.

Anciens blogs sur l’Amazonie, autres détails et solutions:

Sauvez la forêt Amazonienne: cessons les importations de produits de la déforestation