429.81 ppm, sommet de Bonn, et solutions de la semaine

Le somment climatique de Bonn a commencé la semaine passée.  Selon le commentaire paru dans Nature Climate Change, il y a un consensus sur le fait qu’il y a trop de gaz carbonique (CO2)  dans notre atmosphère. Les diplomates réunis à Bonn pour les pourparlers sur le climat admettent que la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère est trop élevée.  Les opinions divergent sur la façon de régler ce problème.

Même si le réchauffement est limité à 1,5°C, des millions de personnes souffriront de dramatiques vagues de chaleur, sécheresses et inondations.  Au-delà de cette limite l’existence de toute l’Humanité est en jeu (détails dans ancien blog). 

Le leader de la COP28 prévue en automne, un magnat du pétrole, déclarait récemment que la préservation du climat nécessite de retirer du CO2 de l’atmosphère, sans cela  ‘climate maths don’t add up’, le total correct ne sera pas atteint (lien AFP). Son calcul inclut peut-être une consommation abondante d’énergies fossiles, mais  d’autres estimations  mènent à cette conclusion.  J’ai personnellement été membre de l’organisation 350.org, dont le nom indique la concentration de gaz carbonique maximale compatible avec un climat stable. Or celle-ci a récemment atteint 424 ppm,  ou 429.81 le 8 juin 2023 au Jungfraujoch en Suisse. Elle est donc actuellement beaucoup trop élevée. J’ai décrit les risques dans plusieurs de mes blogs.( blog). 

Il existe trois façons de traiter ce problème, en intervenant à différents points où le CO2 est présent:  arrêter de brûler des combustibles fossiles, de loin le principal moteur du réchauffement; ou, si cette consommation persiste, empêcher le carbone de polluer l’air; ou finalement éliminer le CO2 de l’atmosphère.

“Toutes les technologies, tous les leviers disponibles doivent être utilisés”, a déclaré à l’AFP Simon Stiell, le chef de l’ONU Climat, à l’ouverture des pourparlers à Bonn.

“Mais la science est très, très claire : le moyen le plus rapide et le plus efficace de nous amener là où nous devons aller est la réduction progressive et l’élimination progressive de tous les combustibles fossiles.” (lien).

Le problème peut donc être géré à trois niveaux:

  1. La réduction d’émissions de CO2 par: le passage aux énergies renouvelables ou d’autres solutions telles que la fermeture des usines polluantes et inutiles
  2. La capture de gaz carbonique dans les usines ou dans les véhicules
  3. La capture de carbone déjà présent dans l’air.

La première solution est de loin la plus facile et la plus efficace.

Je vais maintenant donner quelques éléments concernant le point 3, la capture du carbone déjà émis. Au vu de ce qui précède, il est évident qu’il faut se concentrer sur les réductions d’émissions, le passage aux énergies renouvelables et une optimisation de l’industrie pour réduire les productions inutiles et polluantes. La capture du carbone déjà émis est plus coûteuse et bien moins logique, mais elle sera aussi utile, et  les idées dans ce domaine fourmillent.

Charbon de bois: image par PublicDomainPictures de Pixabay

Un espoir semble venir du coté du chocolat. Les plantes captent le CO2 de l’air, et en font de la cellulose (tiges, feuilles etc). Dans la nature, celle-ci est ensuite consommée par des animaux et des bactéries et le gaz carbonique retourne dans l’atmosphère. Mais il est possible de le bloquer à l’état solide. A Hambourg, les coques de chocolat sont transformées en biochar, sorte de charbon de bois, qui conserve le carbone pendant des centaines d’années. Le produit final peut-être utilisé comme engrais ou comme ingrédient d’un “béton” écologique.  La question de la destination finale de ces résidus se posait, et son utilisation dans la construction serait une excellente idée. Les développeurs de la technologie disent qu’ils inversent le cycle de carbone (AFP). Au delà du chocolat, je pense qu’elle pourrait être utilisée à plus grande échelle sur les tiges des céréales après récolte.

Une autre solution vient des roches. Les glaciers du Groenland fondent et dévoilent une poudre de roches silicates broyée par leur course, appelée farine glaciaire. Les scientifiques ont répandu cette poudre sur des champs au Danemark. Il semble que la roche réagit avec gaz carbonique de l’air (Enhanced weathering) et en capte une partie. Elle constitue simultanément un engrais efficace qui agit mieux que les fertilisants organiques. Les chercheurs ont calculé qu’en répandant cette poudre dans tous les champs de leur pays ils pourraient compenser entièrement leurs émissions de carbone. Les glaciers du Groenland fournissent d’immenses quantités de cette poudre, l’approvisionnement semble donc facile (Université de Copenhague,  Dietzen). J’aimerais quand même voir plus d’études sur l’effet de la poudre sur le sol et sur les cultures alimentaires, aussi à plus long terme.  Les plantes pourraient avoir besoin d’un autre engrais après quelques années. Généralement elles sont fertilisées avec du nitrate ou de la matière organique, du compost ou du fumier. Il faut vérifier aussi l’innocuité de cette poudre pour la santé humaine.

 

 

 

Dorota Retelska

Dorota Retelska, décrypte les nouvelles du climat. Docteure ès Sciences de l’UNIL, auteure d’Antarctique-Ouest dans le Vide, elle alerte sur les dangers du climat depuis plusieurs années. Elle est active dans plusieurs organisations de défense du climat, entre autres l’Association Climat Genève, Greenpeace, TACA, et le Collectif Climat 2020.

3 réponses à “429.81 ppm, sommet de Bonn, et solutions de la semaine

  1. Bonjour Dorota,

    Le point un n’est pas si évident. Vous parlez de fermer les usines polluantes, mais l’industrie du ciment par exemple n’est pas inutile, et par contre extrêmement génératrice de CO2.

    Le levier le plus urgent à utiliser reste la sobriété, puisqu’il est gratuit, et que le seul CO2 dont nous n’ayons pas à nous inquiéter est celui qui n’a pas été produit. Mais cela impose une inflexion de certaines valeurs, ce qui ce heurte jusqu’à présent à des limites cognitives et sociologiques. (Ce qui n’est pas une raison pour ne pas essayer)!

    Pour les machines de captation de CO2… attendons de voir. Nous produisions 59,1 Gt CO2 éq en 2019, quand chaque gramme supplémentaire va contribuer à la déstabilisation du climat pendant 100ans. Régler le problème va nécessiter une sacrée armée de petits gloutons à CO2… (surtout que pour extraire, transformer les ressources, construire les appareil et les faire fonctionner ne va pas être neutre en émissions).

    Dernier point: quand vous parlez du chocolat, vous voulez dire le cacaotier, n’est-ce pas?

    Merci pour vos articles, et meilleures salutations,
    Marcel

    1. Contrairement à ce qui est affirmé dans le blog, le “biochar” n’est pas un engrais, il n’a aucune action en ce sens, il reste dans le sol de manière neutre avec le CO2 qu’il a capté.

  2. Vous écrivez : ” La réduction d’émissions de CO2 par: le passage aux énergies renouvelables ou d’autres solutions telles que la fermeture des usines polluantes et inutiles “.
    Quelles usines sont inutiles ? S’il y avait des usines inutiles qui produisent des choses que personne n’utilise, elle n’existeraient plus faute de marchés et clients.
    Donc si elle existe, c’est qu’elle n’est pas inutile.
    Certaines choses peuvent vous apparaitre à vous comme inutile, mais par pour d’autre et je ne vois pas de quel droit vous pouvez juger de ce qui est utile ou inutile.
    Encore une fois, attaquez-vous aux véritables sources de CO2 massives à savoir les centrales à charbon pour produire de l’électricité à travers le monde et dont 800 nouvelles vont être construites dans les 10 prochaines années. Une seule centrale à charbon allemande produit bien plus de CO2 que toute la Suisse dans sa globalité des émissions de CO2 !
    Vouloir culpabiliser un Suisse qui roule en 4×4 car il n’a d’autre choix pour pouvoir sortir de sa campagne en montage en hiver ou vouloir interdire aux gens de prendre l’avion ne sont que des gesticulations ridicules et pathétiques de bobo-écolos des villes qui ne regardent et ne comprennent pas les réels enjeux du climat. Si vous voulez agir, agisses sur les sources massives de CO2, pas les pouillèmmes après la troisième décimale.
    Enfin, faites de l’écologie, pas de la politique, actuellement les leaders politiques ne parlent que de wokismes, sexisme, féminisme, écriture inclusive etc… mais pas d’écologie. Où sont les vrais écologistes qui traitent l’écologie sérieusement en regardant les priorités et pas les futilités pour faire de l’écologie punitive et communiste.
    Si vous en doutez, lisez les interventions de Sandrine Rousseau de EELV et trouvez quand elle a parlé d’écologie la dernière fois…

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