Sécheresse persistante dans le bassin du Rio de la Plata

Le bassin Parana – La Plata, le deuxième plus grand bassin fluvial d’Amérique du Sud, traverse la pire sécheresse depuis 1944. Des déficits de précipitations record au cours des deux dernières années hydrologiques ont asséché le sud-est du Brésil, le nord de l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Une faible mousson sud-américaine a encore aggravé la situation.

La sécheresse dans le bassin du Parana – La Plata a causé des dommages à l’agriculture avec une baisse des rendements, en particulier pour le soja et le maïs, ce qui a un impact sur les marchés mondiaux. Le bas niveau du fleuve a freiné les transports des récoltes restantes. La sécheresse a persisté en 2022.

La partie inférieure du bassin de La Plata souffre des pires conditions d’humidité du sol et de végétation, en particulier dans ses zones les plus méridionales.

Le bassin de La Plata est l’un des principaux producteurs d’énergie hydroélectrique au monde. C’est la principale source d’énergie renouvelable en Amérique du Sud. Les barrages et les centrales hydroélectriques du bassin de La Plata satisfont environ 55% de la demande de la région. La sécheresse prolongée a un impact considérable sur la production d’énergie et provoque une diminution de la production hydroélectrique qui touche l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et la Bolivie.

Le rapport européen « Sécheresse extrême et à long terme dans le bassin de La Plata : évolution des événements et évaluation de l’impact jusqu’en septembre 2022 » décrit l’épisode de sécheresse extrême 2019-2021 dans le bassin du Rio de la Plata en Amérique du Sud  l’année dernière, causé par des températures exceptionnellement élevées (visible aussi dans la vidéo en lien et décrit dans mon blog ci-dessous l’année passée).

Une grave sécheresse persiste dans le bassin de Parana – La Plata en Amérique du Sud. Cette année, les poissons meurent et échouent en masse sur les bords de rivières, le bétail succombe dans les pâturages, et le soja périclite dans les champs. L’Argentine était récemment le premier producteur mondial de soja.

Selon l’agence de Presse Sud-américaine Mercopress, la récolte sera inférieure à celle de l’année passée, qui était déjà compromise par la sécheresse. Seul un tiers du soja des années précédentes avait été planté cette année. La récolte de cultures d’hiver, d’orge et de blé sera particulièrement mauvaise, et les perspectives pour l’été semblent inquiétantes aussi.  Le réchauffement climatique augmente le risque de mauvaises années.

L’Argentine pourrait remettre en question l’élevage qui souffre de ces conditions météorologiques. La production de céréales suffirait facilement à nourrir l’Humanité si elle n’était pas utilisée pour nourrir un cheptel en expansion rapide. La reforestation ou des plantations agricoles d’arbres, respectant la biodiversité, auraient des effets bénéfiques sur le climat local et global.

Quels arbres pourraient être cultivés en Argentine? Des noix du brésil? Du moringa?

Le rapport préparé conjointement par le Centre commun de recherche de la Commission européenne, l’OMM, le CEMADEN, la Fondation CIMA et le SISSA  : The 2019-2021 extreme drought episode in La Plata Basin

The European Commission’s: Drought in South America – 10 years overview

Mon blog sur la sécheresse de l’année passée:

Canicule, insectes ou soja en Argentine

 

Les revues médicales demandent l’aide pour l’Afrique face au climat

 Une grave famine se déclare en Afrique de l’Est. Après quatre saisons des pluies ratées consécutives, les récoltes en Afrique de l’Est sont devenues si stériles qu’une personne risque de mourir de faim toutes les 36 secondes. Les conditions se détériorent si rapidement en Somalie, en Éthiopie et au Kenya que les experts des droits de l’homme affirment qu’il s’agit de la pire crise de la faim de l’histoire de la région – avec peu de soulagement en vue. La situation est extrême (Article yahoo news).

L’accélération des effets du réchauffement climatique rend malade et tue des centaines de milliers de personnes chaque année sur le continent africain, ont averti mercredi des centaines de revues médicales.

L’appel, rédigé par 16 rédacteurs en chef de revues biomédicales de premier plan de toute l’Afrique, déclare que les dommages déjà causés à travers le continent “devraient être une préoccupation suprême pour toutes les nations”.

“Il est très injuste que les nations les plus touchées aient le moins contribué aux émissions mondiales cumulées, qui sont à l’origine de la crise climatique et de ses effets de plus en plus graves”, déclare l’éditorial.

Il a été publié dans quelque 250 revues scientifiques, dont 50 titres africains et des revues médicales internationales comme The BMJ, The Lancet, le New England Journal of Medicine et le National Medical Journal of India.

Les auteurs ont critiqué l’échec de la communauté internationale à tenir sa promesse de fournir 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 aux pays en développement pour stimuler une transition énergétique verte et aider les nations à se préparer aux futurs impacts climatiques.

Le réchauffement climatique pèse lourdement sur les économies africaines et la santé de leurs populations, affirment les auteurs, appelant à un financement spécifique pour faire face aux coûts des dommages déjà ressentis.

Les sécheresses en Afrique subsaharienne ont triplé entre 1970–79 et 2010–19.  En 2018, des cyclones dévastateurs ont touché 2,2 millions de personnes au Malawi, au Mozambique et au Zimbabwe.  En Afrique occidentale et centrale, de graves inondations ont entraîné la mortalité et la migration forcée, la perte d’abris, de terres cultivées et de bétail. (actuellement inondations au Nigéria et au Tchad).

Les changements dans l’écologie des vecteurs provoqués par les inondations et les dommages à l’hygiène environnementale ont entraîné une augmentation des maladies dans toute l’Afrique subsaharienne, avec une augmentation du paludisme, de la dengue, de la fièvre de Lassa, de la vallée du Rift la fièvre, la maladie de Lyme, la maladie à virus Ebola, le virus du Nil occidental et d’autres infections.

 

L’élévation du niveau de la mer réduit la qualité de l’eau, entraînant des maladies d’origine hydrique, notamment les maladies diarrhéiques, l’une des principales causes de mortalité en Afrique.

Les catastrophes climatiques perturbent l’approvisionnement en eau et en nourriture, augmentant l’insécurité alimentaire et la malnutrition, qui cause 1,7 million de décès par an en Afrique. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la malnutrition a augmenté de près de 50 % depuis 2012, en raison du rôle central de l’agriculture dans les économies africaines. Les chocs environnementaux et leurs effets d’entraînement causent également de graves dommages à la santé mentale. Au total, on estime que la crise climatique a détruit un cinquième du produit intérieur brut des pays les plus vulnérables aux chocs climatiques.

Certains progrès ont été réalisés, notamment sur les systèmes d’alerte précoce et les infrastructures de défense contre l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes.

Mais l’appel estime que les pays les plus riches, historiquement responsables des émissions de combustibles fossiles à l’origine du réchauffement, ont la responsabilité d’agir, à la fois moralement et dans leur propre intérêt.

“Il est temps que la communauté mondiale reconnaisse que la crise climatique, tout en affectant le continent de manière disproportionnée, est une crise mondiale”, a déclaré Lukoye Atwoli, professeur et doyen du Medical College East Africa.

“L’action doit commencer maintenant, et commencer là où elle fait le plus mal, en Afrique. Si nous n’agissons pas, la crise deviendra très bientôt le problème de tous.”

Les auteurs proviennent de revues telles que African Health Sciences, l’African Journal of Primary Health Care and Family Medicine et l’East African Medical Journal.

Lien sur l’éditorial: https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(22)01986-9/fulltext

Blog Famine Afrique 2020: https://blogs.letemps.ch/dorota-retelska/2020/01/29/nous-sommes-responsables-de-la-plus-grande-famine-de-lhistoire-qui-frappe-actuellement-lafrique-australe-et-des-drames-a-venir/

L’avenir du blé – un monde sans pain?

Le blé est la base de notre alimentation.   Il est malheureusement sensible aux conditions météorologiques. La sécheresse, le stress thermique et l’excès d’eau diminuent son rendement.  Ces extrêmes peuvent entraîner d’importantes pertes de rendement et donc avoir de graves impacts socio-économiques, en particulier lorsqu’ils se produisent dans davantage de régions productrices dans un intervalle de temps relativement court.

Le blé est notamment très sensible à la chaleur au printemps. Une vague de chaleur qui survient tôt a des effets très néfastes sur la production des grains de blé, et le réchauffement climatique provoque justement des tels dérèglements météorologiques.

Il amène aussi des ‘compound  events’ (événements composés?), par exemple des chaleurs et une sécheresse extrême simultanées.  Ces événements sont d’ailleurs liées, la canicule cause des sécheresses et un sol sec amplifie la chaleur, que l’évaporation tempère habituellement.

Ils semblent survenir aussi la même année dans plusieurs pays, par exemple en Australie et en Europe. Certaines années réduisent les rendements au niveau mondial (publication), notamment les années la Nina.  Mais l’effet du climat va croissant. Cette année a  apporté à  l’Europe  la pire sécheresse depuis 500 ans, et a réduit sa production agricole.

La culture de blé a subi des aléas météorologiques en Argentine, ou le transport aussi été affecté par l’assèchement du Rio de la Plata et dans l’Ouest américain, qui s’aridifie durablement (lien).  Les vagues de chaleur précoces ont réduit les rendements de blé en Inde (lien).

L’agriculture s’adapte déjà en décalant la culture de blé plus au Nord, ou plus en altitude.

Les effets du climat se feront sentir de plus en plus, sur toute la Planète. Vers le milieu du 21ième siècle, la culture du blé en Afrique pourrait être compromise.  L’Europe, la Russe et les Etats-Unis seront probablement fortement touchés. Les études récentes suggèrent que le climat affectera à l’avenir la production de blé en Grande Bretagne et en Australie.  Le rendement mondial pourrait être réduit de plus de la  moitié (Reuters). Nous devons nous préparer à des chocs sans précédent. Le blé pourrait succomber au réchauffement climatique.

 

 

 

Le réchauffement provoque des graves inondations au Nigeria

L’Afrique de l’Ouest et du Centre a été frappée par d’importantes inondations.  De nombreuses cultures ont été anéanties. L”insécurité alimentaire menace cette région fragilisée par la crise économique due à la guerre d’Ukraine.

Certaines parties du Nigeria sont sujettes aux inondations pendant la saison des pluies, mais cette année est la pire depuis 2012, lorsque plus de 2,1 millions ont été déplacées.

Le fleuve Niger – le principal fleuve d’Afrique de l’Ouest – traverse le nord du Niger et passe la frontière nord du Bénin jusqu’au Nigéria avant d’atteindre le golfe de Guinée sur l’Atlantique à travers le delta du Niger.

Les fortes pluies tombées au Niger depuis juin et les inondations qui s’en sont suivies ont fait 159 morts et touché plus de 225 000 personnes, faisant de cette saison des pluies l’une des plus meurtrières de l’histoire.

“Selon nos études, nous pouvons lier ces pluies au changement climatique en général”, a déclaré Katiellou Gaptia Lawan, directeur général de la météorologie nationale du Niger. “Les pluies deviennent de plus en plus intenses et les précipitations extrêmes augmentent.”

Les pluies au Niger cette année ont également totalement détruit ou endommagé plus de 25 900 maisons et touché les terres agricoles et le bétail,. La saison des pluies de juin à septembre y fait régulièrement des morts, y compris dans les zones désertiques du nord, mais le bilan est particulièrement lourd cette année.

En 2021, 70 personnes sont décédées et 200 000 ont été touchées.

Au Tchad, l’ONU a déclaré que plus de 622 500 personnes avaient souffert “à différents niveaux” des inondations dans plus de la moitié du pays, y compris la capitale N’Djamena, les zones les plus touchées bordant le nord du Cameroun.

Selon les Nations unies, en 2021, 5,5 millions de Tchadiens, soit plus d’un tiers de la population du pays enclavé, avaient déjà besoin d’une aide humanitaire d’urgence, avant même les inondations.

Au Nigeria, les fortes pluies ont provoqué les pires inondations en une décennie, tuant plus de 300 personnes depuis le début de la saison des pluies et en déplaçant au moins 100 000, selon les responsables des urgences.

Des récoltes entières ont été perdues. Un agriculteur constate: “Les pluies n’ont jamais été aussi destructrices. Nous prions pour ne jamais vivre un tel cauchemar.” Je crains au contraire que ces catastrophes ne s’aggravent.

Le porte-parole de l’Agence nationale de gestion des urgences (NEMA) du Nigeria, Manzo Ezekiel, a déclaré que les inondations étaient sans précédent en raison des précipitations continues, 29 des 36 États du pays étant touchés “Des milliers de terres agricoles ont également été détruites. Les chiffres vont encore augmenter car nous subissons toujours des pluies torrentielles et des inondations”.

500 millions de Nigérians ont été touchés par les inondations. L’insécurité alimentaire qui sévissait déjà s’aggrave.

https://www.reuters.com/world/africa/nigerias-food-basket-state-floods-wash-away-homes-crops-hope-2022-10-05/

Image de couverture par michaelalabi774 de Pixabay

Les principaux risques environnementaux se trouvent au Brésil et en Russie

J’ai jeté un coup d’oeil sur le rapport Mapplecroft de cet été, portant sur les risques environnementaux  et sur celui de cet automne,  centré sur l’agriculture. Ils estiment les risques environnementaux pour les investissements financiers dans différents pays. Je suppose que leurs données viennent du rapport du GIEC,  et comme les catastrophes climatiques dépassent plutôt les prévisions (feux d’Australie, coûts,  fonte de la glace Arctique et du permafrost, vagues de chaleur), les conséquences pourraient être plus importantes qu’ils ne les décrivent.   L’index d’évaluation inclut l’exposition au changement climatique, la déforestation, le stress hydrique, les lois de protection de l’environnement, ainsi que d’autres, tels que la gouvernance et les droits de l’Homme.

Cette analyse montre que le monde n’est pas assez préparé aux effets en cascade du changement climatique.  La plupart des pays tentent de se prémunir contre les aléas physiques mais les conséquences économiques de celles-ci ne sont pas étudiées, faute de crédits.  Les pays dont l’économie est dominée par l’agriculture sont considérés comme particulièrement exposés.  Il s’agit en particulier du Brésil, avec la culture du café, de la canne à  sucre, du boeuf et du soja (pour l’alimentation du bétail). Le Brésil est touché par le changement climatique, les sécheresses et les inondations, et sa production agricole future est compromise. 

Une des conclusions principales est que la guerre en Ukraine a des graves conséquences sur le marché de l’énergie et des matières premières. En conséquence,  l’Asie se réfugie dans les énergies fossiles. Les minéraux et métaux achetés jusqu’à maintenant en Russie,  notamment le cuivre ou la potasse, devront être trouvés ailleurs.

Je crois que tout cela pourrait facilement être résolu par une meilleure organisation de l’économie. Nous pourrions éviter de jeter des objets en métal ou contenant de minéraux rares. Les engrais chimiques contenant de la potasse pourraient être remplacés par des solutions naturelles.  La production d’engrais azotés pose déjà de nombreux problèmes. Elle est aujourd’hui très importante. La culture des plantes n’en absorbe que la moitié et l’excédent crée une importante pollution. Il contamine les eaux potables et les écosystèmes aquatiques, dont il entraîne l’acidification et l’eutrophication, c’est à dire la formation de zones mortes dépourvues d’oxygène, mortelles pour les poissons.  L’excès de nitrates dans l’alimentation, notamment dans les salades et les épinards peut causer des modifications de l’hémoglobine nocives pour la santé, notamment des nourrissons. Le taux de nitrates dans l’alimentation, en particulier celle des bébés, est régulé mais me souviens d’une émission de la télévision suisse, qui montrait qu’il y en a souvent trop dans les salades, et je consomme souvent des salades bio pour éviter ce problème (article_nitrates1 , article nitrates2). Les particules fines de nitrates dans l’air sont liées à une mortalité accrue, notamment de maladies cardio-vasculaires et respiratoires (étude). La production d’engrais azotés consomme énormément d’énergie, ce qui devient cher aujourd’hui, et a récemment provoqué une immense explosion d’un entrepôt à Beyrouth, qui a causé une centaine de décès.  Ces engrais peuvent par exemple être remplacés par des semis de plantes légumineuses entre les cultures. Celles-ci captent l’azote de l’air comme la fabrication d’engrais chimiques, sans pollution. 

Le passage aux énergies renouvelables pourrait avoir de nombreuses conséquences. Notamment, les panneaux solaires sont fabriqués à 70% en Chine, qui est aussi la source de 60% de minéraux rares, et que cela renforce le pouvoir politique de ce pays.  Ces changements politiques devraient surtout décourager les investissements dans les énergies fossiles.

Le rapport Mapplecroft sur l’agriculture montre que le changement climatique est un grave risque dans ce domaine.   En 2045, le changement climatique sera un risque extrême pour le Brésil, l’Inde, mais aussi pour le sud-est des Etats-Unis et de la Chine. Sept pays européens, dont l’Italie, verront une forte augmentation des risques pour l’agriculture, et tout cela pourrait aussi être sous-estimé. 

Je salue la prise de conscience des conséquences du changement climatique, et l’observation sur les risques en cascade. Ils sous-estiment certainement les effets climatiques, notamment ceux des inondations.  Je remarque dans ce rapport que les principaux risques financiers à court terme sont le Brésil et la Russie.  Il me saute au yeux que cette insécurité est due à des leaders malintentionnés. Je trouve personnellement qu’ils représentent aussi les principaux risques pour la Planète à plus long terme. Bolsonaro, par la déforestation de l’Amazonie (radiofrance), pourrait dérégler sérieusement le climat mondial et créer des problèmes alimentaires pour la Planète entière. De nouvelles élections se sont déroulées au Brésil hier, et le dernier compte rendu préliminaire que je vois sur Facebook donne Lula gagnant, alors cette menace planétaire pourrait disparaître bientôt (CNN vers minuit). Non, maintenant le Monde rapporte un avantage pour Bolsonaro au premier tour !!!

La Russie représente une menace environnementale plus grave encore. Elle agitée spectre de la bombe nucléaire, qui créerait d’immenses dommages. 

Les principaux problèmes semblent dus à une mauvaise gouvernance.  Cela donne une petite idée du potentiel de solutions qui pourraient être réalisées avec de la bonne volonté et des  décisions éclairées.

 

Sécheresse, champ, jardin, femme

La Suisse desséchée

Sécheresse et agriculture

Ce matin, il faisait déjà chaud à huit heures. Une nouvelle vague de chaleur s’abat sur la Suisse ce début d’août, Genève pourrait atteindre 38°C.

La sécheresse dure depuis début juillet. La NASA a publié les images satellite de la Suisse en juillet 2022. Les prairies sont asséchées et jaunes (images ici vers le bas). La Suisse vit une aridité sans précédent. Les mois de mai et de juillet ont été exceptionnellement chauds, ensoleillés, et les pluies étaient rares. Le mois de juillet, après quelques orages, au début, a maintenu cette tendance…  Les températures ont dépassé 35°C et atteint 39.1°C à Genève-Cointrin le 19 juillet. Les températures en montagne sont aussi exceptionnellement élevées, et les glaciers suisses s’écoulent en torrents furieux gris. Il fallait s’élever à 5184 m d’altitude pour atteindre 0°C. La persistance de conditions anticycloniques a rendu cette vague de chaleur exceptionnellement longue (Météosuisse juillet).

La chaleur et l’absence de précipitations causent de graves dommages à l’agriculture Suisse. Les prés, le maïs et les navets, ainsi que les cultures de plein champ, y compris les pommes de terre, sont touchés. La production de fourrage est insuffisante.

Toute la France est en alerte sécheresse. Le maïs en souffre particulièrement, ainsi que le fourrage. L’Espagne et la région de la mer noire sont aussi touchées et la production de maïs fourrager est réduite en Europe.

Les éleveurs du Jura vaudois prévoient une désalpe précoce (article Le Temps). La production de Gruyère  pourrait diminuer à cause de la météo causant une moindre productivité des vaches.  D’autres agriculteurs montent l’eau aux alpages par hélicoptère. L’élevage est donc confronté au manque d’eau dans les pâturages estivaux, au manque de fourrage dû à la sécheresse, et bientôt à la mort du bétail dans les vagues de chaleur.

Sécheresse dans les forêts et sécheresse éclair

L’anhydrie expose les épicéas aux scolytes, et ils sont déjà infectés dans de nombreuses régions. Les hêtres laissent tomber des feuilles pour mieux résister (article). Le Valais dispose depuis longtemps de systèmes d’irrigation et ils pourraient être développés dans les autres cantons. Je proposais dans un autre blog de construire aussi des réservoirs et des canaux d’irrigation pour les forêts suisses.

Un nouveau phénomène observé ces dernières années a été appelé sécheresse éclair, “flash drought”. De l’air très chaud et très sec, combiné à des vents forts,  provoque une sécheresse sévère en un mois ou moins. Ce phénomène  observé récemment aux Etats-Unis ainsi qu’en France, est moins prévisible, ou nécessite des outils de prévision spécifiques et augmente encore le risque d’effondrement de la production agricole.

Les agriculteurs tentent de s’adapter en prévoyant des solutions d’irrigation ainsi qu’en passant à des cultures des pays chauds, mais les changements climatiques iront de plus en plus vite.

L’été passé, les températures ont atteint 49°C en Colombie britannique. Cet événement semble rare pour le moment, mais la probabilité de telles températures augmente chaque année.

Du risque d’un réchauffement abrupt

Je suis parfois accusée de paniquer le public et de chercher les pires horreurs climatiques. Il s’avère que c’est très utile. Une nouvelle étude présentée par la BBC montre que les apports du GIEC ne présentent pas assez les pires conséquences possibles du réchauffement climatiques, qui y sont quasiment ignorées.  Or ces conséquences catastrophiques, même ayant une probabilité de 2% ou 10%, seraient très importantes. Prenons pour example l’effondrement de l’Antarctique-Ouest , qui provoquerait  l’inondation de toutes les villes situées en bord de mer où réside plus d’un milliard de personnes. L’étude explique que la prise en compte de ces risques dans les calculs montrerait que le coût du réchauffement est plus important. Elle permettrait aussi de mieux prévoir et gérer ces crises si elles se concrétisent, et de mieux comprendre pourquoi il faut limiter les températures à 1.5° ou 2°C.

En Suisse, les conditions que supportent ou ne supportent pas les barrages ont été soigneusement calculées et sont connues, ce qui permet de prévoir leur consolidation, leur abandon ou au moins l’évacuation des personnes menacées. Nous devons faire de même pour le réchauffement climatique.

D’autre part, de nombreuses conséquences du réchauffement telles que la mortalité due à la chaleur aux Etats-Unis, les dommages et le coût des inondations, les feux de forêt, la fonte du permafrost ont été sous-estimées et des prévisions plus élevées auraient dû être établies. Chacun des derniers rapports du GIEC a révisé le danger à la hausse, car des événements climatiques  graves s’étaient produits dans les années précédentes et se produisent continuellement. Les modèles les plus alarmistes pourraient se révéler vraiment utiles.

Photo de couverture : Christiane Rossi par Dorota Retelska

L’afforestation capte le plus de carbone dans le sol

Il y a mille ans, l’Europe était couverte d’une immense forêt. Peu à peu, elle a été défrichée pour faire place aux champs et aux pâturages. Le carbone s’accumulait alors dans le sol par les racines des arbres, les organismes vivants du sol, et les feuilles qui tombent. 

J’ai l’impression que notre agriculture a consommé au cours des siècles ce carbone accumulé par les arbres. Le sol est pourtant la meilleure solution pour de le stocker,  car il y augmente la fertilité et la rétention d’eau.

L’agriculture régénératrice enrichit les champs en carbone par des applications de compost ou des restes végétaux.  Elle inclut des techniques telles que la réduction du labour, les couverts végétaux, la rotation des culture,  le compost et le fumier.  Une étude effectuée sur les terres du Vermont, état américain au climat tempéré, suggère que dans des systèmes pérennes, le pâturage en rotation est la stratégie de régénération la plus efficace.  Au cours des premières décennies, le ‘rotational grazing’, l’élevage avec rotation, permet d’enrichir le sol en carbone de 5,3% en dix ans.

Cependant la stratégie la plus efficace est l’afforestation. Elle augmente le carbone du sol de 6.5% en dix ans.  Il faudrait y ajouter le carbone accumulé dans le bois des arbres, et leur effet régulateur sur le climat local.  

Si les champs actuels sont utilisés en agriculture régénératrice, le sol peut être enrichi de 5% en 50 ans.  Si par contre ils étaient transformés en pâturages bien gérés, ils acculeraient 11% de plus de carbone, et en tant que forêts, ils en contiendraient 17% déplus dans 50 ans.

Les forêts dont le bois est exploité accumulent moins de carbone dans le sol que celles-ci qui atteignent la maturité.

 

Accumulation de carbone dans le sol au cours des années  Afforestation to old growth: Afforestation à croissance naturelle;  Afforestation with harvest: Afforestation avec coupe de bois; All rotation grazing: pâturage en rotation; Same land use with BMPs: Maintien de la même culture (maïs) en agriculture régénératrice; All continuous pasture: pâturage permanent; Business as usual: Agriculture actuelle sans changement.

Le sol forestier s’enrichit continuellement pendant cent ans, même quand les arbres ralentissent leur croissance. Ce résultat est cohérent avec d’autres études,  qui avaient aussi rapporté une augmentation de carbone du sol dans les forêts anciennes.

Cette étude montre encore une fois que des changements dans la gestion de l’agriculture, en particulier un passage de la culture d’aliments pour bétail aux pâturages, et surtout l’afforestation, pourraient compenser une partie des émissions de carbone.

Les chiffres obtenus ici sont plus modestes que ceux présentés par le projet 4 pour mille, qui estimait que 20 à 35% d’émissions de carbone pourraient être stockées dans le sol.  L’agriculture sans labour n’est pas inclue car  les auteurs mentionnent des informations contradictoires à ce sujet.

Les auteurs supposent que le bétail est nourri avec des aliments produits localement dans la ferme, mais actuellement, l’élevage s’accompagne souvent de déforestation et cultures polluantes ailleurs dans le monde.  Leur vision est donc pour le moment exagérément optimiste, mais un tel élevage est possible.  Ils soulignent aussi que la conversion des champs de maïs fourrager en pâturages ne signifie pas une diminution des ressources alimentaires pour l’Homme, mais simplement une autre façon d’alimenter le bétail.  Par contre, je suis sûre que si les aliments végétaux cultivés dans les champs étaient directement consommés par les humains, une partie des terres agricoles pourrait être afforestée.   Nous vivons le début de l’Anthropocène, qui se caractérise par des inondations et des vagues de chaleur de plus en plus importantes.  L’élevage et le transport du bétail seront perturbés par ces changements climatiques et il faut mettre en place d’autres solutions pour les prochaines décennies.

Lien sur l’article: https://journals.plos.org/climate/article?id=10.1371/journal.pclm.0000021

Image de couverture:  yoshitaka2 de Pixabay

Canicule, insectes ou soja en Argentine

L’hémisphère Sud subit un été torride. En Australie, les températures ont dépassé 50 degrés. Ce pays a subi au moins cinq années de canicule extrême depuis 2015.

L’Amérique du Sud frappée par deux vagues de chaleur en janvier. La première, début janvier, a causé des records de chaleur au Paraguay. La deuxième a touché surtout l’Uruguay et l’Argentine. Elle provenait d’un dôme de chaleur sur la région. Les températures ont atteint 45°C, et de nombreuses pannes de courant ont rendu la climatisation aléatoire. Presque toute l’Argentine ainsi que les pays avoisinants ont subi les jours les plus chauds de leur histoire.

La vague de chaleur a aussi affecté l’agriculture et les écosystèmes naturels.

Elle pourrait meurtrir sérieusement  les écosystèmes argentins. La canicule de 2019 avait provoqué une mortalité massive de penguins. Cette année, une ville argentine a connue une plaie d’insectes, appelés  cascarudos (diloboderus abderus) qui ont transformé la rue en un grouillement brun.

La canicule a touché une région essentielle pour la production mondiale de céréales.  L’Argentine est le premier exportateur mondial de soja, elle assure les 41% de la production mondiale. Elle est aussi un important producteur de maïs.

Alors que les prix mondiaux des denrées alimentaires atteignent actuellement leur plus haut niveau depuis 46 ans, la vague de chaleur et la sécheresse qui y est associée en Argentine sont préoccupantes.

Les sécheresses extrêmes et/ou des inondations amplifiées par le changement climatique qui frappent plusieurs grands « greniers à blé » producteurs de céréales dans le monde au cours de la même année pourraient constituer la plus grande menace du changement climatique pour la civilisation au cours des 40 prochaines années.

Les pénuries pourraient déclencher d’importantes des flambées de prix qui conduisent à la famine massive, à la guerre et à une grave récession économique mondiale. L’Argentine joue un rôle clé dans la stabilité alimentaire mondiale, mais bien sûr le passage à une alimentation plus végétale l’assurerait facilement,

Généralement, les cultures ont une température optimale pour la performance, et des températures plus chaudes entraînent une forte baisse des rendements. Pour chaque degré Celsius d’augmentation de la température moyenne mondiale, les rendements devraient diminuer, en moyenne, d’environ 7 % pour le maïs, 6 % pour le blé, 3 % pour le riz et 3 % pour le soja. Ces calculs ne tiennent pas compte des pertes supplémentaires dues aux conditions de sécheresse qui accompagnent généralement la chaleur extrême. Cependant, elles pourraient être compensées modestement par des gains de croissance des plantes en raison de l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’air qui stimulera la croissance des plantes (l’effet de fertilisation du CO2).

Une étude de 2021 dirigée par Ariel Ortiz-Bobea, Le changement climatique anthropique a ralenti la croissance de la productivité agricole mondiale, a révélé que la température mondiale optimale pour la croissance des cultures est assez fraîche et a été atteinte avant 1961. Depuis cette année, la productivité agricole mondiale a à peu près doublé comme à la suite d’améliorations de la technologie et des pratiques, mais le changement climatique a réduit ces avantages d’environ 21 % – l’équivalent de la perte des sept dernières années de progrès de la technologie agricole. Les pertes dues au changement climatique ont été les plus importantes sous les tropiques et dans les latitudes moyennes du sud, y compris en Argentine (selon Yale Climate Connections basé sur Ortiz-Bobea et al). La sécheresse affecte aussi le transport des céréales. Elle a réduit le niveau du Parana, a empêché le transport fluvial des céréales, et a diminué les exportations de 30%. Les sécheresses pourraient doubler à la fin du siècle dans des nombreuses régions du monde (lien).  Une étude scientifique sur les effets de la chaleur anticipe cette  baisse de la productivité de maïs pour la fin de ce siècle (article vidéo), mais ce déficit a déjà été atteint cette année grâce aux problèmes de transport.

Les sécheresses en Argentine sont souvent liées au phénomène la Nina, alors l’année prochaine pourrait être meilleure.

La pluie pourrait sauver les récoltes argentines cette année, mais une nouvelle vague de chaleur s’annonce.  Il reste à espérer que les récoltes dans l’hémisphère nord seront abondantes, mais les risques planétaires s’aggravent. Une alimentation plus végétale constitue la meilleure solution pour la sécurité alimentaire mondiale.

Je cherche les descriptions des effets de cette vague de chaleur, mais pour le moment je n’en trouve pas assez. Elles seraient très utiles car ces événements seront fréquents et répandus dans le monde. La grande majorité de modèles sous-estime les conséquences réelles. Cette année, la sécheresse affecte aussi le transport fluvial.  Il est essentiel d’observer les catastrophes actuelles, les problèmes météorologiques ponctuels, tels que les vagues de chaleur, les grêles et les inondations, ainsi que des périodes plus longues, de sécheresse ou de chaleur.  Leur observation et leur description ouvre la voie à des modèles réalistes.

Ce problème est terriblement réel. Toute la Planète sera bientôt confrontée à d’intenses vagues de chaleur. Une étude chapeautée par Sonia Seneviratne de l’ETHZ montrait que dès 2030, dans huit ans, la plupart des pays du monde connaîtront des vagues de chaleur record tous les deux ans (lien).  Les canicules exceptionnelles telles que celles de 2003 à Paris, ou celles de l’été 2021, se produiront bientôt tous les deux ans, et des extrêmes plus hauts seront atteints.

Ces vagues de chaleur auront des conséquences importantes sur l’agriculture mais pourraient  aussi toucher directement les populations.

Dans l’interview vidéo ci-dessous, un climatologue s’exprime sur les records de chaleur. Selon lui, ces pics de température, à dix ou vingt degrés au dessus des normales saisonnières, sont aujourd’hui possibles, partout dans le monde. Selon lui, ces prochaines années, des anomalies aussi fortes pourraient aussi toucher les régions chaudes, des villes telles que Delhi, qui seraient alors décimées par la chaleur.  Un autre climatologue à la COP26 déclarait aussi que l’urgence, principale, aujourd’hui, est de prévenir les vagues de chaleur en Afrique.

https://www.nasdaq.com/articles/heat-wave-to-hit-argentina-further-stressing-corn-soybean-crops

Image par Reimund Bertrams de Pixabay

 

Arrêt des investissements dans la culture de soja et la déforestation

Les catastrophes climatiques déferlent et devancent les prévisions. L’économie change aussi, les énergies renouvelables  prennent de plus en plus d’importance et de nombreuses villes et institutions arrêtent les investissements dans les énergies fossiles nuisibles pour le climat.

Maintenant, deux pétitions appellent aussi à l’arrêt des investissements dans l’agribusiness, qui provoque la déforestation de l’Amazonie pour la culture du soja pour le bétail et pour l’élevage direct. La déforestation de l’Amazonie s’est accélére ces dernières années. Elle a augmenté de 57% en 2020 et la moitié de la savane du Cerrado a été transformée en plantation de soja. En 2019, d’immenses feux visibles de l’espace dévastaient la forêt tropicale. Selon les experts, ces feux étaient souvent allumés lors du défrichement de parcelles pour l’agriculture et l’élevage. Ils échappaient  à tout contrôle et embrasaient de grandes étendues de forêt (blog 2019). Une lettre ouverte dans le journal scientifique Science alertait sur le déboisement rapide de la forêt Bolivienne, et établissait que  la responsabilité des feux incombe à l’activité humaine. Les forêts indonésiennes disparaissaient face à la prolifération de plantation de palmiers à huile (blog). L’Indonésie tente de s’attaquer au problème, elle interdit la déforestation et limite le risque de feu par des pluies artificielles. Au Brésil par contre le gouvernement actuel pourrait déclencher des catastrophes planétaires par le mépris de l’environnement et par la déforestation à tout va.

Image par Charles Echer de Pixabay

Une pétition de Sum of Us demande aux banques européennes Barclays, ING Group et BNP Paris de cesser de soutenir cette partie de l’économie (Pétition Sum of US) .  Une autre pétition de Rainforest Action Network s’adresse entre autres à JP Morgan Chase et BlackRock (Pétition RAN).

De nombreuses banques investissent dans l’élevage, la culture du soja destinée aux usines d’animaux ailleurs dans le monde, et les plantations de palmiers à huile. Un site internet répertorie leurs domaines d’investissements et les parties du monde ou ils sont présents: https://forestsandfinance.org/data/. Un rapport de Reclaim Finance cite des chiffres sur la culture du soja au Brésil et sur les entreprises responsables et les banques qui les soutiennent (ReclaimFInance ).

Actuellement, déjà, les trois quarts des terres agricoles dans le monde sont consacrées à l’élevage. La production de viande est inefficace, elle nécessite énormément de surface et d’eau pour une calorie. Elle augmente malheureusement très vite (FAO). Les terres agricoles pourraient encore s’étendre dans les prochaines décennies, alors que nous avons un besoin vital de forêts pour modérer le changement climatique. La déforestation nuit au climat local, provoque une augmentation de températures dans les zones déboisées et des sécheresses, une énorme perte de biodiversité, une augmentation du réchauffement global ainsi qu’une dégradation et l’émission du carbone des sols. Nous ne pouvons pas nous permettre d’aggraver le réchauffement climatique, il faut très vite réorganiser l’économie mondiale pour le contrôler.

Ces pétitions sont donc une excellente idée, nous devons vite juguler le développement de l’élevage et la déforestation pour l’alimentation du bétail. Ils sont beaucoup trop dangereux pour la vie sur la Planète.  Le changement climatique et ses conséquences s’aggravent d’année en année et il faut réagit vite.  Nous devons reboiser la Terre, réduire les pesticides et assurer l’alimentation humaine.

Le consommateur peut signer ces pétitions, choisir des viandes produites de façon écologique ou locale, ou des aliments végétaux.

En Suisse nous voyons encore des vaches paître sur des verts pâturages de montagnes, des superbes prairies alpines très riches en espèces végétales (vaches suisses). La production de lait et de viande de boeuf y est assez écologique, mais c’est assez exceptionnel.  Nous pourrions éventuellement demander une exception pour ce type d’agriculture, si l’alimentation du bétail restait locale et n’utilisait pas de soja d’Amazonie. Ailleurs, il vaut mieux choisir de la volaille. En général, la production animale dans le monde provient de plus en plus de fermes-usines où les animaux sont alimentés au soja, et, si nous ne voyons jamais ces animaux avant le supermarchés, les champs qui leurs sont destinés s’étendent très vite.

L’alimentation végétale est en général beaucoup plus écologique et amène de nombreux bienfaits pour la santé. Si nous devenions tous végans, nous pourrions remplacer à peu près une moitié des terres agricoles actuelles par des forêts et  nourrir l’Humanité sur l’autre moitié. Il faut en tout cas aller dans cette direction. Différentes organisations conseillent de consommer plutôt des légumineuses (lentilles et haricots), des  algues, des noix, du moringa, du fonio, et des champignons.  Actuellement, les aliments végan sont souvent  plus chers que les produits animaux, alors que leur coût de production et écologique est beaucoup plus bas. Il faut transformer les circuits alimentaires pour que les aliments végétaux soient moins chers et reflètent mieux leurs coûts réels. Des investissements bien orientés et des lois bien conçues pourraient vite améliorer le système.  S’ils se dirigent vers la production à grande échelle d’aliments végétaux, l’impact carbone de l’alimentation baissera facilement.

Le Cambridge Institute of Sustainability Leadership (CISL) propose une série de mesures pour mieux planifier l’agriculture: une collaboration accrue entre les banques locales et mondiales, une attention à toute la chaîne de production, et l’adoption de nouveaux standards suffisants pour protéger les forêts tropicales (Independent).  Mettons-les vite en place!

Image de couverture par Rosina Kaiser de Pixabay 

Blog Sauver la biodiversité: Aliments Vegan et restaurants durables

Blog envertetcontretout sur le marchand de grain Cargill. Ils estiment les conséquences des choix de cette entreprise en citant les chaînes qu’elle fournit, telles que McDonalds. Mais cette dernière introduit aussi des produits végétariens, leur demande évolue heureusement aussi.

Addendum le 16 septembre: L’expert anglais David King suggère d’augmenter la productivité des mers britanniques en poisson. Selon lui, une croissance d’algues  accrue et un ajout de fer sous une forme naturelle, de sable ou de cendre volcanique,  augmenterait de dix fois le nombre de poissons, et leur activité (transformer les algues en restes divers) aurait un effet bénéfique sur le cycle du CO2 (lien).

Nous avons besoin de toutes les forêts du monde pour éviter un basculement du climat vers une époque chaude : signez pour les forêts

Une Terre à l’avenir incertain

Une étude importante (menée par des professeurs du Potsdam Climate Institute, du Stockholm Resilience Center, de l’université Catholique de Louvain, de l’Université d’Exeter, Cambridge, Stanford, de Wageningen, les meilleurs centres de recherche du monde), a interrogé le déroulement du réchauffement climatique (étude).  J’ai beaucoup aimé la vidéo ci-dessous , où un des auteurs très réputés (30 min en anglais) présente assez simplement ce travail et ses conclusions.

Le climat actuel est maintenu par plusieurs éléments que le réchauffement pourrait perturber.  La glace sur la mer arctique, les glaces du Groenland, la calotte glaciaire dl’Antarctique-Ouest,  les glaciers de l’Himalaya le permafrost de Sibérie et des océans, les forêts tropicales, les forêts boréales, la capture du carbone par les algues marines,  les récifs coralliens, et la circulation océanique stabilisent le climat terrestre.

Forêt Amazonienne- Australienne-de Bornéo- glace Arctique- forêt du Congo- Sibérienne- Permafrost- Glaciers de l’Himalaya-Canadienne- Groenland-Circulation océanique- Antarctique Ouest – Antarctique Est -etc

Certains de ces éléments devraient rester en place des centaines ou même des milliers d’années, d’autres sont déjà menacés aujourd’hui.  Par contre, quand un de ces événements se produit, il en entraîne d’autres, par exemple la fonte des glaces et la mort des forêts réchauffera encore la Planète.  Nous pouvons équilibrer le climat terrestre autour de 2°C par des mesures de mitigation, ou le précipiter dans un état de ‘HotHouse Earth’, terre serre.  La Planète subirait une série d’événements catastrophiques qui la rendraient plus chaude de plusieurs degrés en milliers d’années. Les glaces polaires, en particulier, fondraient lentement. 

Notre Terre est sortie de son cycle naturel (bleu). Nous pouvons la stabiliser à 2 °C ou la pousser dans un réchauffement fort (étude PNAS).

Cependant, le professeur Steffen explique que dans le modèle l’augmentation de température est régulière, car il ne fonctionne pas bien avec ces soudains sauts de température dûs aux points de basculement.

(23.07) Je n’avais pas très envie non plus de parler de la table de biomes importants pour la survie de l’Humanité (Table S4): récifs coralliens, forêts tropicales, deltas et côtes,  marais, glaciers de montagnes. La majorité de ces écosystèmes essentiels est déjà fragilisée ou en mauvais état.  Les deltas subissent déjà les infiltrations d’eau salée.  Il sera très difficile de sauver les écosystèmes côtiers (La table S5 propose une liste de solutions).

Cette année, après la vague de chaleur du Canada et l’inondation en Allemagne, il fut observé que les modèles climatiques ne prévoient pas bien les événements extrêmes ou des sauts brusques de température. Je crois qu’en réalité nous pourrions avoir devant nous des années de changement très violent et très dangereux.

Et si un de ces événements critiques pour le climat se produit plus vite qu’escompté par les scientifiques, les autres pourraient être précipités.

Le scientifique considère que zéro émissions en 2050 est une cible insuffisante, trop lointaine, et qu’il faudrait prendre des mesures plus rapides.

Les récifs coralliens, l’écosystème le plus riche des océans si ce n’est du monde, sont très sensibles au réchauffement et déjà très touchés.  La moitié est déjà perdue. Leur disparition pourrait perturber les océans entiers.

 Les glaces fondent vite.

Les forêts sont déjà menacées

L’événement qui se produit le plus vite est peut-être l’affaiblissement des forêts tropicales,  il advient plus vite que prévu à cause de l’activité humaine.

La forêt amazonienne émet maintenant du carbone, du fait des sécheresses persistantes. Certains arbres dépérissent, d’autres sont perdus partiellement du fait de l’Homme, de la déforestation (Nature, blog).

Les forêts boréales brûlent dans des méga-feux de forêts, elles subissent un énorme changement de température, des sécheresses sans précédent et des nouvelles maladies.

En Asie du Sud-Est, la déforestation touche les forêts de montagne, épargnées jusqu’à présent (phys.org). L’exploitation des ces zones et peut-être liée aux vagues de chaleur impressionnantes, qui touchent la région depuis quelques années (blog, blog), à un assèchement et à des infiltrations d’eau salée dans le delta du Mékong qui rendent la production alimentaire difficile dans ces régions.

De nombreuses forêts dans le monde sont menacées, certaines peinent déjà à faire face au réchauffement.

Dans les circonstances actuelles, la chose la plus délirante que j’ai vu récemment est une pulvérisation de glyphosate sur les forêts canadiennes.  Le glyphosate est un herbicide qui tue la plupart des monocotylédones et des dicotylédones, les plantes à fleurs, les myrtilles, les buissons, les arbres. Il atteint jusqu’aux racines, mais son action est d’assez courte durée. Il est donc utilisé  dans l’agriculture, avant les semis, et de façon plus hasardeuse pour le consommateur, sur des céréales pour les dessécher et pour pousser à la maturation des graines.

De nombreux articles scientifiques ont mis en évidence des effets néfastes sur l’environnement,  notamment sur certains insectes et de façon indirecte sur les oiseaux qui s’en nourrissent.

Je n’ai encore jamais entendu parler de l’utilisation du glyphosate sur un écosystème naturel. Il serait pulvérisé par hélicoptère sur des forêts entières.  Il tuerait la grande majorité de plantes, les arbres, les fleurs, les buissons, jusqu’à la racine. Tout l’écosystème qui s’en nourrit, les vers, les insectes, les oiseaux, les animaux serait dévasté.

Les ‘mauvaises herbes’, aulne, bouleau, chêne, érable, saule et autres plantes et arbustes à feuilles larges sont considérés comme ayant moins de valeur commerciale que les résineux à feuilles aiguilletées comme le pin tordu et le sapin de Douglas qui souffrent justement déjà du réchauffement.  Ces diverses espèces sont vitales pour la diversité biologique, constituent un capital nutritif pour le sol, ralentissent la propagation des incendies de forêt et sont supérieures aux conifères pour séquestrer et stocker le carbone – une aide forestière importante dans ce monde de changement climatique.

Actuellement les forêts du Canada subissent des sécheresses nouvelles,  et  des vagues de chaleur.  De nombreuses plantes dépériront naturellement, mais certaines s’adapteront au réchauffement et permettront aux animaux de survivre. La biodiversité assure une meilleure résistance face au changement climatique.

D’autre part, une forêt naturelle contient du carbone dans les arbres, dans le sol, dans l’humus, dans les animaux et aussi dans des vieilles souches et branches qui se dégradent lentement au sol. Il faut laisser le bois mort se décomposer naturellement.

Image d’ourson par David Mark de Pixabay

 Le président du Canada, Trudeau nous semblait honnête et bien informé. J’espère qu’il interdira rapidement ce procédé barbare et irresponsable. Greenpeace a lancé une pétition pour arrêter la bien nommée ‘ pluie de la mort’; signez-là :   greenpeace canada

C’est une amélioration très facile à faire et il y en a sûrement beaucoup d’autres.

Dans ce contexte, Avaaz lance un plan pour Glasgow (pétition). Ils demandent:

  • des réductions d’émissions rapides pour rester en dessous de 1,5°C;
  • 100 milliards pour le climat tout de suite, avant le sommet,
  • 50%  des investissements pour l’adaptation,
  • un soutien pour les pertes dues au changement climatiques, telles que les inondations
  • et la mise en place immédiate des engagements de l’accord de Paris.

J’ai signé. Je suis convaincue de la nécessité d’un engagement rapide et fort, je me demande cependant si 50% des fonds doivent être destinés à l’adaptation. Ne serviront-ils pas à des murs et des barrages vite dépassés? Il faudrait aussi investir plus  dans la mitigation, dans la plantation des forêts et dans la reconversion des entreprises polluantes.

Je demande un engagement mondial pour sauver les forêts, une protection générale des de tous les arbres du monde.